II. — Saint Euscbede Verceil
Le même esprit qui dans l'Orient suggérait tant de zèle à saint Basile pour la réformation du clergé, ne laissa pas l'Occident dépourvu de secours. Un autre évêque, non moins célèbre par sa vertu, par ses travaux, par les combats qu'il rendit contre les mêmes hérétiques, par les soutfrances qu'il endura avec une constance admirable, pour le maintien de la .divinité de Jésus-Christ, s'éleva dans l'Iialie, et se servit des mêmes moyens que saint Basile avait employés en Cappadoce pour travailler à une œuvre si importante. On ne peut point avancer avec fondement qu'en cela il marchât sur les pas de saint Athanase ni de saint Basile, nique ces deux, grands ornements de l'état ecclésiastique lui eussent servi de modèle, et appris par leur exemple à introduire dans le clergé les observances de la vie monastique ; c'est-à-dire, à établir dans le monde des communautés de clercs où la perfection des communautés cénobitiques se rencontrât, et où, au milieu des villes, comme au milieu d'un désert, l'esprit sacerdotal pût s'acquérir, se conserver, se fortifier et se réparer : In urbibus quasi in solitudinibus. Ce dessein lui fut purement inspiré d'en haut; il était aussi ancien que ces deux célèbres archevêques ; on ne peut pas se persuader non plus qu'il eût pris l'idée d'un établissement si utile dans les voyages qu'il lit en Egypte et en Orient, où il demeura exilé pour la foi pendant plusieurs années, puisque saint Ambroiso nous apprend qu'il avait déjà établi dans son Eglise cette discipline si salutaire, avant que d'avoir été banni; tellement que cette institution n'a pour auteur dans saint Eusèbe, que le môme esprit de Dieu qui l'avait inspirée à saint Basile, et qui se transporte de nation en nation dans lésâmes saintes qui lui servent d'organes, pour opérer les mystères de la sanctification des hommes, sans distinction du Crée et du Barbare, de l'Orient et de l'Occident : Et per nutionex in animas sanclas se transfert. (Sap. vu, 17.) Prenons de sa vie , d'ailleurs si glorieuse à l'Eglise par un nombre infini de belles actions, ce qui fait seulement à notre sujet. Le premier effet de la grâce apostolique en
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lui, fut de fui faire quitter son pays, ses parents et ses biens, afin de pouvoir véritablement dire avec ceux dont il devait exprimer en lui le détachement: Ecce nos reliquimus omnia. (Matth. xix, "il.) Et c'est ce que saint Ainbroise nous assure de lui : « Hos seculus fiusebius sanctus exivil de terra sua, et domestico otio. «Ensuite la Providence, conduisant comme par la main celui qui devait être le digne réformateur du clergé de son temps, voulut qu'il puisât l'esprit ecclésiastique dans sa source même ; car, selon saint Jérôme, il fut fait lecteur de l'Eglise romaine: Eusebius natione Sardus, et ex lectore urbrs romanœ Vercellensis episcopus.» (De script, eccl.) Il fallut bien| qu'il éclatât dès lors par ses vertus dans le clergé romain, puisque ceux de Verceil , sans l'avoir auparavant connu, le jugèrent digne d'être leur prélat, «lès lors qu'ils l'eurent vu. «Qui sanctum Eusebium, quem nunquam ante cognoverant, post babilis civibus, simui ut vidernnt et probaver un t. » Le voir et le choisir fut la même chose, et la voix éclatante du peuple uni qui Je demandait, fut un signe évident de la voix secrète de l'auteur de l'unité qui le donnait : « ïantumque interfuit ut probarelur quantum ut videretur, » etc. Il regarda le trône pontifical comme une chaire sublime, d'où, par ses paroles et par ses exemples, il devait répandre la semence sacrée des vertus, et les faire germer et fructifier. La chasteté bientôt féconde produisit des communautés de vierges; sou abstinence rigoureuse donna naissance à l'austère institut des moines: son zèle sacerdotal fit revivre l'esprit ecclésiastique, elle fit lui-même revivre en la personne de plusieurs disciples qu'il laissa les héritiers de sa grâce, et qui participèrent tous à cette riche succession : « Ex sancli Eusebii magisterio, » continue saint Ambroise, « quasi quodam virtulum fonte rivulorum puritas raanavit. Nam quia caslitalis vigore pollebat, propositum virginilatis inslituit, quia abstinenliœ gloriabatur angustiis, monachorum introduxit forte servitium : quia pontificii administration? lulgebat, plures e discipulis sacerdotii sui reliquit hœredes. »
Mais quel l'ut le plus admirable de ses ouvrages? en quoi se montra-t-il plus merveilleux? Sans doute que ce fut dans la information de son clergé, pour lors si dépravé en Occident, surtout en Italie, que saint Denis, archevêque de Milan et martyr, pénétré de douleur pour ce sujet, demanda à Dieu et l'obtint,, de mourir dans son exil, pour ne pas voira son retour le dérèglement de ses ecclésiastiques, pervertis par le mélange et le commerce avec les infidèles, ainsi que nous l'apprend son successeur saint Ambroise : « Sanctus Dionysius exegit votis ut in exsilio vilain poneret, ne regressus coni'usa institutis et usu inndeliura sludia cleri inveniret , meruitque hanc gratiam. » (Epist. 25, Ad Ver.) Le grand chef-d'œuvre de saint Eusèbe, pour taire le reste, fut donc de réformer, non pas médiocrement, mais ttès-excellemment son clergé, et cela par
le même moyen dont se servait saint Basile en Orient ; c'est-à-dire, faisant vivre ses ecclésiastiques en communauté, et les portant à observer les règlements des plus parfaits solitaires, sans leur laisser rien diminuer des fonctions de leur ministère. Qui doute qu'un semblable succès ne soit la merveille des merveilles, puisqu'il parut impossible au zèle du grand saint Charles, qui, dans le siècle dernier, fit revivre dans le clergé la sainteté des premiers temps ; car tous les ecclésiastiques de Verceil, continue saint Ambroise, ne s'exerçaient pas moins dans les pratiques de l'abs'tinence et de la chasteté, que dans les fonctions sacerdotales ; ils avaient pour toutes les choses du monde le même mépris que les anachorètes les plus reculés, sans rien rabattre pour cela de lavigilance que doivent avoir les ministres de l'Eglise. A voir les petits lits de leur monastère, on eût cru être dans les solitudes d'Egypte ; et à considérer la dévotion et le zèle de ces saints ecclésiastiques, on sentait la même joie que si l'on eût vu les hiérarchies des anges. Après cela faut-il s'étonner si cette communauté fut une pépinière ou plutôt un séminaire de dignes prélats , ou de saints martyrs , tous s'élant consumés, ou par les travaux du sacerdoce, ou par l'effusion de leur sang : « Nam ut cœtera illud quam admirabile est quod in hac sancta Ecclesia eosdem monachos inslituit esse quam clericos, atque iisdern penetralibus sacerdolalia officia contineri, quibus et singularis castimonia conservatur, ut esset in ipsis viris contemptus rerum et accusatio Levitarum, ut si videres monasterii lectulos, instar Orientalis propositi judicares ; si devoliones cleri prospiceres, angelici ordinis observatione gauderes : qui omnes exstiterunt aut sacerdotes, aut martyres. » (Serm. de luud.) Ce sont les paroles de saint Ambroise, extraites du sermon qu'il fit le jour de la fête de saint Eusèbe ; mais il nous a laissé dans sa lettre à l'Eglise de Verceil une si excellente peinture de la vie sainte qu'on menait dans cet admirable séminaire, qu'il n'y a pas moyen de ne la pas rapporter ici. Heureux si celte lecture, en traçant une si belle idée dans notre esprit, pénètre notre cœur du désir de l'exprimer en nous. Après avoir parlé des vertus de saint Eusèbe, poursuit saint Ambroise, décrivons à présent celles de ses disciples, qui, s'étant revêtus du mérite de leur maître, entrent en part des éloges qu'on lui donne. C'est une milice toute céleste et tout angélique que celle de ces vertueux ecclésiastiques; ils sont occupés jour et nuit à chanter les louanges de Dieu, ils sont sans cesse en oraison; l'élude et le travail partagent tour à tour leurs soins; nulle femme avec eux ; retirés dans leur maison comme dans une forteresse, ils sont eux-mêmes les gardiens et les anges lutélaires de leur chasteté commune. Heureuse retraite, où l'on n'a rien à éviter et beaucoup à imiter! aucune occasion de scandale, et tout sujet d'é#dification ; ou la rigueur du jeûne est adou-
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eie par le contentement de l'esprit, amoindrie par l'habitude, soutenue par le loisir, trompée par l'agrément des occupations; heureux séjour, où. l'on vit affranchi des embarras du. siècle, libre des affaires d'autrui, exempt des courses continuelles et des visites où le inonde engage : « Sed satis de magistro dictum puto; nunc discipulorum vitam qui in illam se laudem induerunt ; hymnis dies ac noctes personant; haec nempe angelorum militia est semper esse in Dei laudibus, orationibus conciliare crebris, at exorare Dominum student; lectione vel operibus continuis mentem occupant; separali a cœtu mulierum sibi ipsi invicem tutam pra?bent custodiam, qualis hœo vita in qua nihil sit quod timeas, et quod imiteris plurimum adest ;jejunii labor compensatur mentis plaeiditate, levatur usu, sustentatur otio, aut fallitur negoiio; non oneratur mundi sollicitudine, non alienis molestiis, non urgetur urbanis discursibus. » N'est-ce pas là l'image d'un véritable séminaire? Après cela faut-il s'étonner si saint Eusèbe, accoutumé à une vie si mortiliée et si parfaite, supporta patiemment les étranges persécutions qu'on lui fit, et si son esprit sacerdotal, fortifié par les exercices d'une communauté austère, triompha du monde déjà vaincu en lui : « Heee igitur patientia in sancto Eusebio monasterii coaluitusu, et durioris observations consuetudine hausit laborum tolerantiam. Namque hsec duo praestantiora esse quis ambigat, clericorum officia et monachorura institula? » Après cela faut-il s'étonner si ce prélat apostolique, qui, dès sa première entrée à sa cléricature, avait dit adieu à ses parents et à sa patrie, souffrit constamment l'exil où il fut relégué pour la foi ; si celui qui se plaisait dans l'obscurité d'une communauté de solitaires, ne s'ennuya pas dans la prison où les hérétiques le renfermèrent; si, étant tout accoutumé au jeûne par l'abstinence qu'il y pratiquait, il demeura sans peine six jours privé de tout aliment et prêt à mourir de faim, plutôt que de condescendre aux volontés de ces impies; si, se macérant sans cesse, il endura les coups horribles, les blessures elle fracassement de tout son corps avec une invincible fermeté, sans que jamais on pût rien arracher de sa bouche qui marquât de la faiblesse; car c'est ainsi que saint Ambroise le raconte.
Enfin, faut-il s'étonner si, après avoir parcouru toutes les provinces et fortifié les Catholiques dans la vraie foi, il eut, au rapport du même saint Ambroise, une vision, peu de temps avant sa mort, dans laquelle il lui sembla qu'il volait d'une montagne à une autre montagne : « Ante aliquantum temporis exitus sui manifesta revelatione vidisse de monte ad montem volare. » Car la haute perfection à laquelle il s'était élevé dans la communauté de ses ecclésiastiques, vrais anges de la terre, l'avait comme proportionné à la haute récompense à laquelle il était attiré dans son étemelle société avec les anges du ciel. Tri fut ce digue réformateur du clergé; tel fut le moyen
dont il se servit pour sanctifier ses ecclésiastiques; telle fut la bénédiction que Dieu répandit sur ce premier séminaire de l'Occident.
( § III. — Saint Augustin.
< Nous n'avons pas dessein de rapporter ici l'histoire de la vie et des vertus du grand saint Augustin. Outre que le travail serait immense, il serait de plus inutile, puisque personne n'ignore une vie si connue. Nous nous restreindrons donc uniquement à ce qui se rapporte au sujpt que nous traitons, c'est-à-dire à la part qu'il a eue à la réformation du clergé de son temps, et à l'établissement d'une communauté qui pût servir de moyen très-effica< e pour cela.
Ce grand saint, retourné en Afrique, se retira, n'étant encore que laïque, dans une maison où, avec quelques amis choisis et do confiance, il vécut en une espèce de communauté pendant trois ans. Là, débarrassé de tout soin temporel, il s'occupait uniquement de Dieu, vacant au jeûne, à l'oraison et aux autres bonnes œuvres, et méditant jour et nuit la loi du Seigneur; c'est ce que rapporte Possidius : « Ferme triennio et a se jam alienalis curis sœcularibus, cum iis qui eidera adhœrebant, Deo vivebat, jejuniis, orationibus, bonisque operibus in lege Dornini meditans die ac nocte. » (Cap. 3.) Co fut là son premier séminaire, ou plutôt sou premier noviciat a l'état ecclésiastique, car' il n'était encore que laïque : le jeûne, la prière, la contemplation, et cela trois années entières. Cependant l'Eglise d'Hippone avait, besoin d'un prêtre; l'évêque Valère, délibérant de ce choix avec son peuple, tout le monde, extrêmement édifié de la doctrine et de la piété de saint Augustin, le saisit et mit la main sur lui, lorsqu'il songeait à toute autre chose : « Quoniam et idem in populo securus et ignarus quid futurum esset adstabat, ergo manu injecta eum tenuerunt, et episcopo ordinandum intulerunt. » (Cap. k.) C'est ce qui s'appelle entrer par la bonne porte dans le clergé. Un homme humble, retiré, pénitent, qui n'a aucune pensée de procurer ni de solliciter sa promotion; que tout un peuple, par une soudaine inspiration, se choisit pour prêtre et pour pasteur;, qu'il arrête par une simple violence, de peur qu'il n'échappe : voilà les gens du caractère qu'il faut pour fructifier dans l'Eglise, et pour servir de modèles de sainteté aux laïques et au clergé : < Omnibus iu uno consensu et desiderio lieri perficiquo petenlibus, magnoque studio et clamore ilagitantibus. » Pour celui qu'on choisissait ainsi, et qui ne songeait à rien moins, il se met à répandre des larmes, marque assurée de la joie qu'il devait causer à toute l'Eglise, et à témoigner par ses sanglots combien la grâce qui remuait tout ce peuple agissait en lui. « Ùbertim eo fiente, » il pleurait abondamment. Mais de quoi pleurait-il? Il gémissait. Mais quelle é!»it la cause de ses gémissements? Etait-ce de ce qu'on ne relevait pas assez haut? Avait-il besoin qu'on le
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consolât, en lui disant qu'à la vérité on lui conférait quelque chose de moins que ce qu'il méritait, en le faisant prêtre, mais qu'il se consolât, que la prêtrise était un degré pour parvenir à l'épiscopat? « Nonnullis lacrymas ejus superbe 'interpretantibus, et tanquam eum consolantibus ac dicenlibus, quia locus presbyterii , licet ipse majore dignus esset, appropinqnaret lamen episcopatui. » Que son cœur était éloigné de cette disposition! qu'il avait bien d'autres vues! Jl s'affligeait par la considération des peines et des périls où la charge des âmes allait l'exposer; il sentait le poids du fardeau qu'on lui imposait, et il gémissait sous ce faix : « Curu homo ille Dei, ut nobis relulit, majori consideratione intelligeret quani multa et quam magna suée vilœ pericuia de régi mi ire et gubernatione Ecclesiœ irapendere jam ac provenire spectarel, atque ideo titre t. »
Ses larmes furent fécondes; et ses gémissements, les heureux présages des bénédictions qu'un tel prêtre attirerait. Cependant le saint évoque Valère, qui l'avait ordonné, homme pieux et craignant Dieu, était, de son côté, rempli de joie d'avoir ainsi élé exaucé, ayant enfin obtenu du Seigneur, après bien des instantes prières, un homme qui fut exemplaire et éloquent, qui joignit à la saine doctrine le don de la prédication, et d'avoir mis sur le chandelier de l'Eglise une lampe si ardente et si lumineuse : « Sanctus vero Valerius ordinator ejus, ut erat vir pius et Deum timens, exsultabat, et Deo gratias agebat, suas exauditas a Domino fuisse preces, quas se frequentissime fudisse narrabat, ulsibi divinilus concederelur talis qui posset verbo Dei et doctrina salubri Ecclesiam Dei aediticare. Unde accensa et ardens elevata super candelabrum lucerna, omnibus qui in domo erant lucebat. »
Mais, puur venir à notre sujet, de quel moyen se servit-il pour se conserver dans la piété chrétienne et dans l'esprit ecclésiastique? Il vivait dans une communauté de laïques, étant laïque; étant prêtre, il érigea une communauté d'ecclésiastiques , dans l'enceinte du cloître de l'Eglise, où il vivait avec des serviteurs de Dieu, selon la perfection que les apôtres établirent en Jérusalem parmi les premiers fidèles : « Factus ergo presbyter, monasterium intra Ecclesiam mox insiituit : ubi cum Dei servis vivere cœpit secundum modum et regulam sub sanctis apostolis conslitutam. » (Cap. 5.)
Il est vrai que Possidius donne le nom de monastère à celU; sorte de maisons ou de communales; mais il ne donna jamais le nom de moines à ceux qui y vivaient et qui y étaient élevés ; au contraire, il les appelle toujours clercs, et il les représente toujours comme des clercs qu'on formait pour les disposer à l'ordination. Or, qu'est-ce qu'une maison où on pratique la perfection et où on élève des sujets pour les promouvoir aux ordres supérieurs, sinon un vrai séminaire de clercs, dans l'esprit de l'Eglise, et qu'on appelait alors un monastère, c'est-à-dire une
maison où on vivait en retraite et en commun, sous l'obéissance d'un supérieur, dans la pratique des plus excellentes vertus, et qui disposaient le plus à la digne réception des ordres supérieurs, du sacerdoce et de l'épiscopat même? C'est ce que Possidius assure en ces termes : « Proficiente vero doctrina divina sub sancto et cum sancto Augustino, in monasterio Dei ferventes Ecclesiœ Hipponensi clerici ordinari cceperunt. » (Cap. 11.) N'est-ce pas là ce que nous appelons aujourd'hui un séminaire? Le nom est différent, mais la chose est la même. D'où vient encore qu'il ajoute que la continence et le détachement ileurissant toujours de plus en plus dans cette communauté, on souhaitait partout d'avoir des ecclésiastiques et des évêijues formés en une si bonne école : « Ac deinde clarescente de die in diem servorum Dei proposito, conlinentia et paupertate, ex monasterio quod per illum memorabilem virum et esse et crescere cœperat, magno desiderio poscere atque accipere episcopos et elericos cœperunt. » Et saint Augustin lira dix prélats de celte communauté, qui furent tous illustres en doctrine et en sainteté, et qui gouvernèrent de grands diocèses avec beaucoup de succès et de bénédiction : « Nam ferme decem quos ipse novi sanctos ac venerabiles viros, continentes et doclissimos, beatus Augustinns divirsis Ecclesiis, nonnullis qnoque eminentioribus, rogatus dédit. » Et ce qui fut de plus consolant, c'est que ces prêtais, tirés du séminaire d'Hippone, établirent dans leurs évêchés de semblables séminaires, où ils élevaient des jeunes gens pour la <:léricature, et où, remplis de ce premier esprit qu'ils avaient puisé sous saint Augustin, ils formèrent à son imitation de si dignes prêtres, qu'ils donnèrent de leur abondance de grands évêques à d'autres Eglises : de sorte que ce premier séminaire fut, en ce temps-là, une riche pépinière d'un grand nombre d'ouvriers évangéliques dont toute l'Afrique se peupla : « Similiterque et ipsi ex illorum sanctorum proposito venientes, monasleria institueront, et studio crescenle œdilicationis, eseteris Ecclesiis promotos fratres ad suscipiendum sacerdotium preastiterunt. » Au rpste, ce même auteur nous apprend que saint Augustin était toujours avec ses ecclésiastiques, vêtu comme eux, logé comme eux, nourri comme eux : « Cum ipso semper clerici, una eliain domo ac mensa, sumptibusque communibus alebant h r et vestiebantur (cap. 25), » marque assurée que cetie communauté était une communauté d'ecclésiastiques, il ajoute que ce saint prélat avait un habit, un lit et un ameublement commun et ordinaire : « Vestis ejus et calceamenla et lectualia ex moderato et competenti habitu erant, nec nitida nimium, nec abjecta plurimum. » (Cap. 22.) Il dit encore qu'il vécut dans la cléricature ou dans l'épiscopat quarante ans : « Vixit in clericatu vel episcopatu annis ferme quadraginia. » Il est donc visible que la communauté que saint Augustin institua, et dans
1SG9 RETRAITE POIR LES ORDINANDS.— ENTRETIEN X1V..DES SEMINAIRES. 1"0
laquelle il vécut, était un vrai séminaire de la divinité de Jésus-Christ, il se rctira d'ecclésiastiques, mais faisant profession dans un désert où il ne vivait que de racines d'une vie très-parfaite; ce qui est si certain, d'herbes : «Multis suppliciis alfectus, nara que, dans son sermon quarante-neuvième, publiée virais cœsus est, aliquandiu radiet cité comme tel de lui par le vénérable cibus vixil herbarum. » Rède et par le concile d'Aix-la-Chapelle, il Mais combien fallut-il employer de slratlit qu'il avait établi dans l'évôché d'Hip- lagèmes pour se saisir de lui et l'obliger à pone un monastère, non de moines, mais de recevoir le sacerdoce? Tout le peuple sort clercs :« Volui habcre in ista domo episcopi secrètement de la ville; on se partage par mecuin monaslerium clericorum. » Après troupes, on se met en embuscade, on a recela, peut-on refuser à ce grand docteur de cours à un artifice, on lui propose un office l'Eglise la qualité de réformateur du clergé de la charité, un le touche de compassion. Il et d'auteur d'un nombre très-considérable quitte sa retraite, il se met en chemin; de séminaires, surtout si l'on considère que aussitôt chacun se lève, on accourt à lui, on la doctrine et la discipline de cet excellent l'arrête, on le met sous une sûre garde, on évêque ne se borna pas dans l'Afrique seu- le conduit à la ville comme quelque fameux lement, mais qu'elles passèrent les mers et criminel qu'on craint qui ne s'échappe : se répandirent dans l'Europe, où elles pro- « Disposais in itinere civium turbis, sub duisirent les mêmes fruits? « Non solum quadarn custodia ad civitatem usque dcduetiam per omnes africanas partes, verum citur. »
etiam in transmarinis, » dit Possidius. Et il Devenu évoque, il ne devint pas autre en est certain que Gélase, qui était Africain, humilité de cœur et en modestie de vêteétant venu à Rome, après la mort de saint ments; plein de cette autorité que donne la Augustin , avec quelques clercs de ce saint sainteté, il soutint la dignité épiscopale, prélat, qui fuyaient la persécution des Van- sans diminuer rien de l'austérité d'un solidales, lesquels avaient ruiné Hippone,et taire: «Idem enim constantissime perseayant été élu Pape, y fit bâtir, auprès de verabat qui prius fuerat. Eadem in corde l'église de Saint-Jean de Latran, une maison ejus humilitas, eadem investit!) ejus vililas où ces clercs se retirèrent et y établirent le erat. Atque ita plenus auctoritatis et graliœ genre de vie qu'ils avaient appris sous la implebat episcopi dignitatem. » Pour se séconduite de saint Augustin, et qu'ils gardé- parer plus du commerce inutile du monde, rent jusqu'à Grégoire 111, c'est-à-dire jus- il se retira dans un lieu assez proche de la qu'au vme siècle, auquel temps ce Pape y ville, mais si à l'écart, qu'il ne lui donnait mit des moines. pas lieu de chercher de solitude plus re- 8 ,v ç • , 1/ culée : «Qui locus lam secretus et remolus § îv. sami Mann. prat> ut eremi S0|j(udjnem non «jesideraret.»
On ne peut se dispenser de mettre saint Quatre-vingts frères qui l'accompagnaient
Martin au rang des principaux réformateurs se creusèrent près de lui des grottes dans le
du clergé, sans lui dérober une partie de la rocher, en manière de cellules, et devinrent
gloire qui lui est due, et sans diminuer cette les imitateurs de ce grand saint. Tout était
qualité qu'on lui a donnée d'avoir été la commun entre eux; nul n'avait rien en
perle des prélats de son siècle, « gemma sa- propre, ils n'achetaient ni ne vendaient rien ;
cejdolum. » Premièrement, on ne saurait les plus jeunes écrivaient, tout autre art
ajouter rien à la profonde vénération que n'étant point d'usage ; les autres vaquaient à
ce grand saint eut toujours pour l'état ec- l'oraison, et ne sortaient de leurs cellules
clésiastique. Saint Hilaire, évêque de Poi- que pour venir au lieu de la prière com-
liers, aiimiranl sa vertu , voulut l'élever au inune ; ils prenaient ensemble leur réfec-
diaconat, l'attachera son église, et l'engager lion; aucun n'usait de vin, que contraint
dans le ministère; mais saint Martin ne par l'infirmité. Plusieurs d'entre eux étaient
voulut jamais y consentir ; son humilité ré- vêtus d'une étotl'e faite de poil de chameau.
lista plusieurs fois à cet honneur, cl il vint Un habit plus doux eût élé parmi eux un
jusqu'aux cris et aux clameurs (tour em- crime; et, ce qui est plus admirable, c'est
pêcher sa promotion :« Tenlavit autem idem que plusieurs d'entre eux étaient des per-
Hilarius, imposito diaconii officio, sibi eum sonnes nobles, et tout autrement élevées, qui
arctius impJicare, et minislerio v incire di- néanmoins se condamnaient à un genre de
vino,sedcums33pissimerestilisset, indignum vie si rigide: « Vinum neino noverat, nisi
se esse vociferans. » (Cap. h.) Il fallut donc quem inurmitas coegisset, plerique came-
se contenter de l'ordonner simplement exor- lorum setis vesliebantur. Mollior ibi habitas.
ciste : « Quam ille ordinalioneiu ne des- pro crimine erat. Quod eo magis minuit,,
pexisse lanquam bumiliorem videretur. non quod mulli inter eos uobiles habebanlur, qui,
repudiavit. » Ce sont les paroles de Sévère longe aliter educati , ad banc se humililaleni
Sulpice. Le premier fruit de son ordination et patientiam coegerant.» (Cap. 7.)
fut celui de la conversion de sa mère, qui 11 est vrai que saint Martin joignit la vie
jusque-là avait été idolâtre, et de plusieurs sacerdotale et la vio monacale ensemble;
autres qu'il convertit aussi par son bon mais cette union n'empêche pas que saint
exemple : «Malrem gentilitatis absolvit er- Martin ne soit un réformateur du clergé;
rore, pluresque suo sahavil exemple.» En- puisqu'enlin , en ce temps-là surtout, ce
suite, après avoir souffert divers tourments n'était autre chose qu'introduire les pra-
de la part des prèlrcs ariens pour le maintien tiques et les vertus des plus parfaits soli-
mo-
laires parmi les ecclésiastiques; et cette communauté, érigée par saint Martin, ne fut qu'une pépinière de prêtres et d'évêques qui répandirent partout la bonne odeur et la sainteté du maître sous la discipline duquel ils avaient été élevés.' Car, ajoute Sévère Sulpice, j'ai connu plusieurs ecclésiastiques tirés de cette digne école, qui ensuite ont gouverné des diocèses ; et quelle était la ville qui ne voulût pas avoir un prêtre formé dans la communauté de saint Martin : «Pluresque ex liis poslea episcopos vidimus. Quœ enim esset civitas, aut ecclesia, quœ non se de Martini monaslerio cuperet habere sacerdotes.» (Cap. 7.) La vénération de ce saint pour le sacerdoce ne parut jamais avec plus d'éclat, que quand, assis à la table de l'empereur Maxime, il présenta à boire au prêtre qui l'accompagnait plutôt qu'à l'empereur; montrant ainsi combien il préférait la dignité du sacerdoce à la pourpre des rois : « Marlinus ubi ebibit, pateram presbytero suo tradidit, nullum scilicet exislimans digniorem qui post se biberet, nec integrum sibi fore, si aut regem ipsum, aut eos qui a rege erant proxiiui, presbytero praetulisset. » (Cap. 23.) Mais comme nous avons ailleurs rapporté cette action avec toutes ses circonstances, nous n'en dirons que cela.
Et c'est sans doute à la grâce de saint Martin, et à son esprit de cléricature, qu'il faut attribuer tant de conciles, de lois et de canons, qui, dans la suite des temps, furent publiés à Tours pour la réformalion de l'état ecclésiastique; nous n'en ferons ici mention quede trèsq)eu, mais que nous pouvons dire contenir en abrégé tous les biens pour lesquels on institue des séminaires. Le premier est un règlement, fait par un synode tenu à Tours, l'an 813, par lequel il est ordonné que ceux qui se destinent au ministère des autels passeront auparavant un temps considérable dans une maison de l'évêque, pour y apprendre les fonctions de cet état, et pour être éclairés et examinés de plus près et plus à loisir, afin qu'on les connaisse à fonds, et qu'on sache bien s'ils sont dignes du sacerdoce, avant que de leur imposer les mains: « Sed priusquam ad eonseeralionem presbyteratus accédât, maneat in episcopio, discendi gratia officium suum tandiu, donec possint et mores et aclus ejus animadverli ; et tune, si dignusfuerit, ad sacerdotium proraoveatur. » Voilà le soin qu'on prenait pour l'instruction des clercs qui se disposaient à l'ordination ; voici celui qu'on se donnait en ce siècle-là pour entretenir et renouveler la science et la piété dans les prêtres et les curés de la campagne, en les faisant venir chaque année dans un lieu desiiné aux exercices convenables puur un si important dessein.
Telle est donc la seconde utilité des séminaires que les évêques entretenaient dans leurs palais, ou au moins dans leur ville épiscopale. Tous les curés de la campagne y étaient appelés, par tour et par bande, les uns après les autres, afin de laisser toujours dans les paroisses autant de ministres qu'il
en était besoin pour l'administration des sacrements, et pour la célébration des divins Offices. L'évêque, ou par lui-même, ou par l'organe des personnes savantes, enseignait à ses curés assemblés auprès de lui toutes les vérités et les pratiques les plus essentielles et les plus importantes, pour s'acquilter saintement de leurs divins ministères, par de fréquentes conférences touchant les saintes lettres, les canons, les Offices divins, la pratique des sacrements, leurs prédications, leur vie et leurs mœurs. C'est ce qui fut ordonné dans les Capitulaires de Charlemagne faits eu ce temps-là : « Slatutum est, ut omnes presbyteri parochiae ad civitatem per lurmas et hebdomadasab episcopo sibi constitutas conveniant discendi gratia; ut aliqua pars in parochiis presbyterorum remaneat, ne populi et ecclesi» Dei absque officio sint, et aliqua utilia in civitate discant, ut meliores ad parochias demum et sapienliores atque populis utiliores absoluti reverlantur, etibiab episcopo, id est in civitate, sive a suis bene doctis uiinistris, bono animo instruantur de sacris lectionibus et divims cultibus, et sanctis canonibus, quœ prœdicare et facere debent,». etc. Ainsi, ces séminaires de la maison ou de la cité épiscopale servaient à former les prêtres et les curés, avant qu'on leur confiât cet ordre divin et cette charge si pénible, et à les soutenir dans la suite de leur administration par ces fréquentes retraites qu'ils venaient faire par troupes, pour se renouveler dans l'esprit et dans la ferveur du sacerdoce.
Ce passage nous apprend les moyens dont on s'est servi de temps en temps dans l'Eglise, pour renouveler l'esprit apostolique dans le clergé. Il serait long et inutile, et même ennuyeux de parcourir tant d'exemples que la suite des siècles nous fournit; mais nous nous arrêterons à ce qui nous touche déplus près, et à quoi nous devons nous intéresser davantage ; je veux dire à la réformation que le concile de Trente a introduite de nos jours par la réformation des séminaires,
Chap. III. — Etablissement des séminaires par le concile de Trente.
De tous les décrets. portés par le saint coiir cile de Trente pour la réformation de l'état ecclésiastique , il est certain qu'il n'y en a point eu de si utile et dont les suites aient été plus avantageuses au clergé, que celui de l'érection des séminaires ; car il est vrai que l'on ne remédie jamais parfaitement aux maux, qu'en allant à la source. Si l'heureux ou le mauvais succès d'une affaire dépend de son commencement, la solidité d'un édifice, de ses fondements, et la compîexion d'un homme, des principes de sa première formation, ne s'ensuit-il pas que, pour réussir dans la réforme qu'on voulait introduire parmi les ecclésiastiques, on ne pouvait rien introduire de plus à propos que d'établir des maisons qui servissent comme de noviciat où l'on s'appliquât à les former et à les per-
fectionner dès leur jeunesse aux vertus el fonctions de leur profession ? lin effet, l'expérience a fait voir, il y a longtemps, qu'il n'est guère moins difficile de redresser un grand arbre, courbé vers la terre, que de relever vers le ciel un homme qui dès son enfance n'a eu que des inclinations basses et terrestres ; vérité que le Saint-Esprit a voulu lui-même nous marquer, quand il a dit par la bouche du Prophète que c'est un bien inestimable à l'homme de porter de bonne heure le joug du Seigneur, parce que s'il^est dépravé dans son bas âge, il sera incorrîgible dans sa vieillesse ; que si cela ne se vérifie que trop dans les laïques, et qu'il soit si rare de voir un vieux pécheur se convertir sincèrement, combien cela est-il encore moins fréquent dans les ecclésiastiques, ainsi qu'on l'a montré ailleurs avec étendue.
Mais afin d'entrer parfaitement là-dessus dans l'esprit uu concile de Trente, de découvrir ses intentions et le but qu'il s'est proposé dans ces établissements, d'en bien pénétrer l'importance, afin de s'y conformer, il semble qu'il est nécessaire d'étudier les raisons qui l'ont porté à faire un décret si salutaire, et de les bien examiner.
Et, premièrement, il est sans doute qu'un des principaux motifs qui a obligé le saint concile d'ordonner que l'on érigerait des séminaires dans tous les diocèses, où l'on élevât à la piété ceux qui se présentent aux ordres, ça été qu'on n'admît dans le clergé que des gens de bonne vie, et de mœurs éprouvées ; qui, par une conduite réglée dès leur tendre jeunesse, eussent conservé leur innocence, n'étant pas possible, moralement parlant, quand une fois on s'est laissé aller à la dépravation du monde, et que le vice a jelé de profondes racines dans un cœur, qu'on puisse jamais bien prendre l'esprit ecclésiastique, ni le conserver longtemps, sans un secours tout extraordinaire de la toute-puissance de Dieu; c'est pourquoi, comme les jeunes gens sont naturellement enclins aux plaisirs des sens, le concile veut que de bonne heure on prévienne ceux qui prétendent se consacrer au service des autels ; qu'on les retire des occasions, qu'on les assemble dans une communauté, où on les forme à la vertu et où on leur inspire l'esprit de leur état. Voici ses paroles : « Ctim adolescentium aetas, nisi rette instiluatur, prona sitad mundi voluptates sequendas, el nisi a leneris annis ad pietatem et religionem informelur, antequam vitiorum habitus totos homines possideal , nunquam perfecte ac sine maximo ac singulari propemodum Dei omnipotenlis auxilio in disciplina eccle- .siastiea perseveret: sanctasynodus statuit. » (Sess. 23, cap. 18.) Car nous tirons de ce peu de mots celte importante instruction, que ceux qui se destinent au sacerdoce doivent, de bonne heure, se tourner vers Dieu et mener une vie pure, parce que si une fois ils se laissent en amer aux voluptés sensuelles, et s'ils ne prennent des sentiments de piété el de religion, avant que les méchantes inclination;' se soient emparées de leur cœur,
ils ne pourront jamais, sans une espèce de miracle, devenir de bons ecclésiastiques, ni persévérer dans la grâce de cette profession. Le concile veut qu'on établisse partout des communautés où, comme dans des asiles sacrés de l'innocence, on vienne, tout jeune, se réfugier et se défendre de la contagion du monde, ou du moins remédier au plus tôt aux désordres auxquels on aurait pu commencer de se laisser aller. C'est pour ce sujet que nous sommes dans cette maison. Heureux si nous nous prévalons d'un tel moyen de salut, et si nous comprenons cette vérité capitale, et qui doit être le fondement de notre vocation et du repos de notre conscience. En effet, si vous sentez bien que vous ne vous êtes que trop laissé aller au désordre ; si vous éprouvez en vous la tyrannie des habitudes invétérées et le plaisir malheureux des sens, que vous n'avez que trop goûtés, comment osez-vous enlrer dans le clergé, portant visiblement en vous, selon le concile un tel caractère de réprobation, c'est-à-dire, un tel présage que vous ne persévérerez pas dans le bon chemin qu'on vous enseigne ? Les séminaires sont donc établis pour recevoir au clergé les jeunes gens qui se sont garantis du péché, ou qui en sont promptement sortis, pour avertir les déréglés de se retirer, les innocents de s'avancer, el les vrais pénitents de s'encourager. Tel est l'esprit du concile de Trente, et le premier motif qu'il a eu d'ordonner l'érection des séminaires.
Que si nous regardons do près ce décret du concile; si nous l'examinons avec attention, nous trouverons qu'il ne parle encore que de la grâce du baptême dans les jeunes gens, et qu'il veut qu'on la cultive en eux avec soin dans un séminaire, comme une préparation éloignée à la cléricature, sans toucher encore à leur vocation ; c'est-à-dire, qu'il désire qu'on les rende de parfaits Chrétiens, auparavant d'en faire des ecclésiastiques. En effet, qu'est-ce que le clergé, sinon la congrégation des principaux membres de l'Eglise, expressément consacrés pour rendre à Dieu le culte qui lui est dû, et spécialement députés pour travailler à la sanctification des âmes? Combien les a-t-on appelés de fois, après les saints Pères : « Sanctiora membra Ecclesiœ, pars membrorum Chrisli prima, electissima quœque Christi membra ? » 11 faut donc avant d'élever quelqu'un au rang des bons ecclésiastiques , l'élever au rang des parfaits Chrétiens, selon le concile, et cultiver en lui la grâce d'un enfant de Dieu, avant que d'attirer en lui la grâce d'un ministre de Jésus-Christ.
Mais voici d'autres motifs qu'a eus le concile dans cette institution. Il veut qu'on apprenne à ceux qui aspirent au sacerdoce quel est le poids des obligations que l'on s'impose par l'ordination ; qu'ils ne sont pas appelés à cet état pour y mener une vie douce, molle, commode, et encore moins sensuelle; qu'ils doivent compter qu'en embrassant cet état ils conlractentde très-grandes obligations, pénibles, laborieuses, mor-
ti fiantes : « Ac se non ad propria commoda, non ad divilias aut luxum, sed ad labores et sollicitudines pro Dei gloria voeatos esse intelligent. » C'est ce qu'il enjoint qu'on leur fasse bien entendre, et il ordonne qu'an diffère leur promotion plusieurs années, afin de Je leur mieux, imprimer dans l'esprit : « Ut eo accuratius quantum sit hujus disciplinée pondus, possint edoceri. » (Sess. 23, cap. 11.) C'est-à-dire qu'ils méditent à loisir s'ils pourront bien remplir les obligations do leur état, être des personnes de vertu, mener une vie exemplaire, sobre, modeste, humble; aimer l'oraison, l'étude, la retraite; conserver une chasteté inviolable, être irrépréhensibles et plus parfaits que les plus saints religieux ; instruire les ignoranls, reprendre les pécheurs, s'opposer aux désordres et aux erreurs, administrer les sacrements, prendre soin des pauvres, des malades et des affligés; protéger la veuve et l'orphelin ; avoir en horreur la bonne chère, le jeu, la chasse, la compagnie des femmes, le vin, l'argent ; faire pénitence pour les peuples, apaiser la colère de Dieu sur eux, prier pour leurs besoins et obtenir les grâces nécessaires ; travailler avec le secours de Dieu à la conversion des pécheurs et à la perfection des justes; être dans un entier détachement de la chair et du sang, des parents, du pays, de la famille, de soi-même et de ses propres intérêts. Tout cela n'est qu'un échantillon du poids des obligations sacerdotales, selon le concile ; mais où un ecclésiastique les apprendra-l-il, les méditera-t-il , s'y préparera-t-il , sinon dans la retraite d'un séminaire, lieu consacré à s'y instruire et à s'y consacrer? Qu'il s'y renferme donc : « Ut eo accuratius quantum sit hujus disciplinas pondus possint edoceri.» Et qu'il ne s'engage pas inconsidérément dans cet étal.
De plus, le concile veut que ceux qui prétendent à l'état ecclésiastique s'exercent assidûment dans les fonctions sacrées et dans la pratique des vertus, afin qu'ils puissent, en croissant en âge, croître en science et en mérite, et aller du même pas aux ordres et à la perfection. « Ut in eis cum eetate vitae roeritum , et doctrina major accrescat. » (Ibid.j Et il veut qu'on juge de leurs progrès dans la sainteté, par leur fidélité à donner le bon exemple; par leur zèle à exercer les fonctions ecclésiastiques ; par leur respect envers ceux qui sont honorés du sacerdoce ou d'un ordre supérieur au leur; par leur attrait à la fervente et fréquente communion : c'est à ces marques qu'on verra quels sont ceux qui sont véritablement appelés à l'état ecclésiastique, qui sont ceux qui seront véritablement de bons ecclésiastiques ; or, quel est le lieu destiné à cette épreuve, sinon un séminaire où l'on ne fait aucune autre profession que celle-là? « Quod et bonorum operum exemplum, et assiduum in ecclesia ministerium, atque major erga presbyteros et superiores ordines reverentia et crebrior quam antea corporis Chrisli communio maxime comprobabunt. » (Ibid.) Et il défend de les honorer
du sacerdoce , à moins que, par l'ardeur de leurdévotion et parla puretéde leur mœurs, ils ne donnent lieu de croire qu'ils reluiront dans l'Eglise p;ir leur bon exemple et par leur doctrine salutaire : « Atque ita pietaie et castis moribus conspicui, ut prseclarum bonorum operum exemplum, et vitee monita ab eis possint exspeclari. » (Sess. 23, cap. \k.) 11 ajoute que, pour être promu au sous-diaconat, ce n'est pas tant l'âge qu'il faut considérer que la vertu, laquelle doit tenir lieu d'une sainte et heureuse vieillesse : « Sciant tamen episcopi non singulos in ea eetate constilutos debere ad hos ordines assumi, sed dignos duntaxat, et quorum probata vita senectus sit. » (Sess. 23, cap. lk.) Mais où sera ce discernement, si ce n'esl dans un séminaire, lieu destiné à cet examen? En effet, voyant bien que de si belles ordonnances demeureraient avec un nombre infini d'autres sans exécution, à à moins qu'on ne trouvât quelque expédient de les faire mettre en pratique, il en vint enfin au chapitre suivant, à celui de l'établissement d'un séminaire dans chaque diocèse; là, il veut que ceux qu'on y recevra s'adonnent à la lecture de l'Ecriture, des livres qui traitent des matières ecclésiastiques et des homélies des Pères ; à l'étude de la théologie et de la morale, par rapport à l'administration de la pénitence; qu'ils apprennent le chant, les cérémonies, les rubriques et les rites ecclésiastiques; qu'ils assirent tous les jours à la Messe, et qu'ils fréquentent les sacrements: « Sacram Scriplurara, libros ecclesiasticos humilias sanclorum, maxime quao ad confessionem audiendas videbuntur opportuna : rituum ao caereinoniarum formas ediscent, et cantus ; singulis diebus Missœ sacrilicio intersint, » etc. Il ordonne, d'un côté, que l'on s'applique soigneusement à y établir tous les règlements et toutes* les pratiques qu'on jugera les plus convenables pour l'accroissement d'un ouvrage si utile et si saint; et que de l'autre, on en bannisse tout ce qui pourrait lui nuire, ou le rendre moins profitable ; il veut que l'on ait à reprendre et même à punir sévèrement les indociles, qui violent les règles de la communauté, et qu'on en retranche les incorrigibles, ou ceux qui, par leurs mauvais discours, leur mauvais exemple, ou leur conduite déréglée, préjudicieraient à la pureté des mœurs et aux louables coutumes de celle maison : « Dyscolos el incorrigibles, ac malorum morum seminaioresacriler punient, eos etiain, si opus fuerit, expellendo; omniaque impedimenta auferentes, quœcumque ad conservandum et augendum tam pium etsanctum instilutum pertinere videbuntur, diligenter curabunt. » Et parce que l'on doit tirer des sujelsde celte communauté pour en peupler le diocèse, le concile ordonne que, quand on en sortira quelques -uns déjà suffisamment formés pour les emplois, on ait soin de les remplacer par d'autres, qui viendront occuper leur lieu; et qu'ainsi cette maison soit une pépinière féconde et
inépuisable de ministres de Dieu et d'hommes apostoliques : « lia ut hoc collegium Dei ministrorum sit perpetuutu seminariuin. »
El pour montrer combien le concile de Treille avait cet institut à cœur, combien le Saint-Esprit pressait intérieurement les Pères qui le composaient à s'appliquer fortement et incessamment à une œuvre d'où dépendait un bien aussi important que la réformaiion du clergé, et que celui par conséquent de la sanctification des peuples, il veut (|ue tous les bénéfices réguliers ou séculiers, et tout ce qu'il y a de biens et de revenus ecclésiastiques, contribuent à de si nécessaires établissements, tant il en espérait de fruits; et que les évoques mêmes qui seront négligents à ériger un séminaire dans leurs évécliés, ou à le conserver et à l'affermir, ou à contribuer de leurs facultés a sa subsistance, en soient sévèrement repris par leurs archevêques, et les archevêques par les synodes provinciaux, qui les obligeront d'y travailler sérieusement; voulant qu'on use de toutes sortes de moyens pour promouvoir sans délai une si pieuse et si salutaire entreprise, et pour l'étendre partout où l'on pourra; tant il en prévoyait d'avantageux succès pour l'Eglise : « Quid si calhedraiurn et aliarum majorum ecclesiarum praeiati, in bac seminarii erectionc, ejusque conservalione, négligentes fuerint tic suam portionem solvere delrectaveriul, episcopuui archiepiscopus, prehiepiscopum et superiores synodus provincialis acriter cornpere, eosque ad omnia supradicla cogère debeal; et ut quampiimum hoc sanetum et pium opus, ubicunque iieri pote rit, promoveatur, sludiose curabit. )>
Au reste, ie concile veut qu'on ne reçoive dans ce séminaire que des sujets de qui le bon naturel et la volonté portée au bien lassent très-apparemment noire qu'ils se dévoueront et se consacreront pour toujours aux ministères des autels : «Quorum inuoles et volunlas speiu asserat eos ecclesiasticis ministeriis perpetuo inservi lui os. »
Tel est l'esprit du concile de Trente, pour l'érection des séminaires. Et, pour réunir tout ce qu'il en dit en peu de mots, et avec mélhode, il n'y a qu'à le rapporter à cinq chefs ; car si, une fois admis dans celle communauté, vous vous demandez à vousmême, ainsi que faisait autrefois un saint diacre qui s'était relire dans une solitude : « Arseni, ad quid venisti ? » Que suis-je venu faire ici? Demande qui, sans doute, vous sera très-utile, atin de vous mettre devant les yeux la tin importante qui vous amène, et de vous efforcer d'y parvenir; si, dis- je, vous vous demandez souvent, et si vous vous interrogez fréquemment vous-même comme vous le devez : «Ad quid venisti?» Que suis-je venu faire ici? pourquoi l'Eglise a-t-elle institué des séminaires? à quoi bon in'obliger d'y [tasser un temps considérable? Etant d'un homme sage, dit saint Grégoire, de ne rien faire inconsidérément, et de se proposer toujours une lin dans toutes ses ac-
tions, à plus forte raison dans celle-ci, à laquelle tant de choses importantes sont attachées : «Omne siquidem quod agimus praevenire per studium cotisiderare debemus. » (Hom. in illud Luc. xiv, 28 : « Quia ex vobis volens turrim. » Si, dis-je encoreune fois, vous demandez pourquoi vous êtes ici, on vous répondra que c'est pour cinq raisons :
Premièrement, pour devenir Chrétien, soit à cause que vous avez perdu la grâce du baptême, qu'il faut par conséquent recouvrer, soit à cause que vous ne l'avez pas cultivée par une vie vertueuse et sainte; et c'est ce que le concile a voulu vous enseigner, lorsqu'il a enjoint qu'on vous formât ici à la piété et à la religion : «Ut ad pielatem et religionem informentur. « Et comment deviendrez-vous ici Chrétien ? Par la pénitence que vous y ferez, par les instructions que vous y recevrez, par la digne réception des sacrements auxquels vous participerez.
En second lieu , vous venez ici pour éprouver votre vocation ecclésiastique, suivant cet avis de l'Apôtre : Probci autem seipsum homo. (I Cor. xi, 28.) Et par quels moyens le ferez-vous ici? Par la méditation, par la direction, par l'expérience ; en sorte que ceux qui seront ainsi éprouvés : « Sperent, Deo auclore, se continere posse,» dit le concile.
Troisièmement, vous y venez pour vous disposer à la digne réception des ordres, par l'acquisition et de la science, et de la piété, et de l'esprit ecclésiastique; ce que le concile insinue par ces paroles: «Ut in disciplina ecclesiaslica instiluantnr , quos religiose edu^are, et ecclesiastieis disciplinis instituere teneantur. »
Qualrièmernent, vous y venez pour vous former aux fonctions ecclésiastiques ; c'està-dire à la prédication de la parole de Dieu, à l'administration des sacrements, à la célébration des divins Offices : « Sacra m Scripturam, libros eeclesiasticos, humilias sanclorum, atque sacramentoruin Iradendorum, maxime quœ ad confessiones amliendas, et rituum ac cacremoniarum forma ediscent, » ajoute le même concile.
Enfin, vous ^enez ici pour apprendre à travailler au salut des Ames, pour vous former à la direction des consciences, pour vous disposer au gouvernement des paroisses, et à la conversation avec les peuples : Ut scias quomodo te oporteat conversari m domo Dei quœ est Ecclesia, dit saint Paul. (/ Tim.iu, 15.) El c'est encore ce que le concile a prétendu par ces ternies : « Juxta illorum in disciplina ecclesiaslica progressum, ecclesiastico ministerio addicenlur. » Voilà pourquoi vous venez ici. Jugez si cela n'est pas important; c'est pour ce sujet qne les séminaires ont élé établis. Examinons à présent ce qu'il convient de faire pour profiter d'un tel séjour.
Chap. IV. — Sommaire des principaux points de doctrine et de discipline que le concile de 1 rente a établis pour la réformation de l'état ecclésiastique.
Auparavant que de passer outre, il a paru Irès-utile de représenter en abrégé les plus importants règlements du concile de Trente, concernant la réforme de l'état ecclésiastique, afin que nous puissions y puiser, comme dans la source de la bonne discipline, renouvelée en nos jours, et qui n'est que le précis de la plus ancienne et de la plus pure morale des premiers temps, l'esprit où nous devons être, et les maximes que nous devons suivre : « Placuit sacrosanctœ synodo, » disent les Pères, « antiquos canones qui lemporum atque bominum injuria, pêne in desuetudinem abierunt, renovare. » Aussi ne sommes-nous dans un séminaire que pour cela, et la doctrine qu'on nous y enseigne, la piété qu'on nous y inspire, les lois qu'on nous y impose, la vie à laquelle on nous y forme, tout cela ensemble n'est que l'exécution des décrets de cette auguste assemblée , qu'il est par conséquent extrêmement nécessaire à un ecclésiastique de bien savoir et de bien pratiquer.
En effet voici quel a été le dessein du concile, et que nous ne saurions assez admirer ni méditer; souvenons-nous-en bien:
i Sacrosancla synodus, prœsidenlibus Sanclœ Sedis legatis, ad restituendara collapsam admodum ecclesiaslicam disciplinam, depravatosque in clero mores emendandos, se accingere volens. » O la sainte entreprise 1 qu'elle sera glorieuse à Dieu et avantageuse à l'Eglise! Aimons-la, coopérons-y, entrons dans cet esprit, et écoutons les oracles qui en sont une suite.
Premièrement, le concile avertit les ecclésiastiques qu'ils aient à se porter avec d'autant plus de zèle à embrasser cette réforme, que rien au monde ne porte plus les finies à Dieu, ni ne nourrit davantage en elles la piété, que la vie exemplaire de ceux qui sont consacrés au ministère des autels ; d'où il s'ensuit, par une raison contraire, que rien ne porte plus à l'impiété et au libertinage, que la vie mondaine, indévote, sensuelle, scandaleuse des mauvais prêtres. Voici ces paroles que nous devrions tous savoir par cœur : « Nihil est quod alios magis ad pietalem et Dei culfum assidue instituât, quam eorum vita et exemplum qui sedivino ministerio consecrarunt.» (Sess. 22, <ap. 1.) Et la raison qu'il en rend, c'est qu'étant élevé au-dessus des autres, chacun a les yeux sur eux, et se porte naturellement à les imiter, soit dans le bien, soit dans le mal; de sorte que leur bonne ou mauvaise conduite est la cause de la sanctification ou de la dépravation d'un nombre infini de gens, du salut ou de la ruine des nations entières dont ils répondront : « Cum enim a rébus sœculi in altiorem sublati locum conspiciantur, in eos tanquam spéculum reliqui oculos conjiciunt, ex iisque sumunt quod imitenlur. » Peut-on, par un motif plus pres-
sant, représenter aux ecclésiastiques l'obligation qu'ils ont de vivre saintement et de fuir le vice, qu'en leur disant qu'à leur bon ou mauvais exemple est attaché un bien ou un mal d'une si grande conséquence qu'est la bonne ou mauvaise vie des peuples auxquels ils sont préposés? Si cela ne les touche point, qui les touchera? Si cela ne leur donne point de crainte, qui leur en donnera ?
C'est pourquoi le concile, conformément à la doctrine des saints Pères, les exhorte à éviter les moindres fautes, qui seraient en eux de très-grands péchés : « Levia etiam delicta, qua? in ipsis maxima essent effugiant. » (Ibid) Vérité importante et prouvée ailleurs avec étendue; ainsi faisons-y réflexion, et voyons combien les vanités, les immodesties, les curiosités, les pertes de temps, les études inutiles, les dépenses superflues, les vaines joies, les distractions volontaires de nos emplois, les occupations frivoles sont pernicieuses au prochain.
Voyons combien l'omission des exercices spirituels, de l'oraison, de la lecture des Livres saints, de la retraite, du silence, est nuisible et à nous et aux autres; voyons combien les petits murmures, les paroles oiseuses, les mouvements de colère, do promptitude, de ressentiment, de gourmauîiise, de paresse, de négligence à l'Office divin, et je ne sais combien d'autres fautes que nous n'envisageons d'ordinaire qu'en elles-mêmes, et jamais par rapporta nous, et par conséquent que nous estimons légères, et dont nous faisons si peu de cas, deviennent grièves en nous : point d'autre autorité à présent que celle du concile : « Levia etiam delicta, quae in ipsis maxima essent, effugiant. »
Le saint concile, considérant de plus l'obligation que les ecclésiastiques ont de reprendre les pécheurs, leur remontre qu'ils aient non-seulement à no pas se laisser aller à aucun crime, mais de plus à mener une vie irrépréhensible, sans quoi ils n'oseraient faire la correction, devoir indispensablement attaché à leur ministère, ou ils la feraient inutilement : « Qua libertate laicos, compère poterunt sacerdotes , cum tacite sibi ipsi respondeant, eadem se admisisse quœcorripiunt? » (Sess. ik, Proœm. Derefor.) En effet, si vous aimez l'argent, la bonne chère, la conversation des femmes, comment pourrez-vous reprendre cet avare, cet intempérant, ce sensuel ? Si vous êtes indévot, emporté , immiséricordieux, comment oserez-vous reprendre cet impie, ce vindicatif, cet homme dur envers les pauvres? Si vous êtes médisant, railleur, injuste, pourrez-vous prêcher aux autres la charité, la douceur, le désintéressement? cela vous conviendra-t-il? Votre cœur ne démentirat-il pas votre bouche, et le témoignage de votre mauvaise conscience ne prendra-t-il pas en main la défense de ceux que votre langue voudra condamner? « Qua libertate laicos corrigere poterunt sacerdotes, cum
1381 RETRAITE POUR LES QRDINANDS. — ENTRETIEN XIV. DES SEMINAIRES. ttS*
tacite sibi ipsi respondeant, eadem se adluisisse quœ corripiunt? »
Mais le concile ne se contente pas seulement d'exiger de tous les ecclésiastiques qu'ils soient irrépréhensibles, ce qui néanmoins dit beaucoup, il veut encore qu'ils soient incomparablement plus saints, plus éclairés, plus savants, plus pieux, plus parfaits que le reste des fidèles, même vertueux ; car ce serait un faible avantage pour eux que d'être plus gens de bien que les laïques vicieux et déréglés; il ordonne donc que les prélats aient à instruire tous les ecclésiastiques de cette importante obligation, de quoi nous avertissons aujourd'hui ici de la part de monseigneur notre prélat. Les évoques, dit le concile, avertiront leurs ecclésiastiques, en quelque rang qu'ils soient établis, de quelque ordre qu'ils soient honorés, les clercs, les porliers, les lecteurs, les exorcistes, les acolytes, les sous-diacres, et à plus forte raison les prêtres, qu'ils aient tous à exceller en vertu au dessus du peuple •fidèle commis à leurs besoins, à le précéder par l'éclat de leur vie exemplaire, de leur conduite irréprochable, de leur science et de leur conversation, ayant toujours devant les yeux ce qui est écrit : Soyez saints, parce je suis saint; et, se conformant à l'avis de l'Apôtre, de ne donner aucun sujet de mauvaise édification à personne, afin que leur ministère ne tombe point dans le mépris, et qu'en toutes choses ils se comportent comme de vrais ministres de Dieu, craignant ce terrible reproche du Prophète : Les prêtres souillent les choses saintes, et abandonnent la loi du Seigneur : « Monebunt propterea episcopi clericos suos, in quocunque ordine fuerint, ut conversatione, sermone et scientia, commisso sibi Dei populo praaeant, memores ejus quod scriptum est : Sancti tstole, quia et ego sanctus sum. (Levit. xix, 2.) Et juxta Apostoli vocem (77 Cor. vr, 3, k) : Nemini dent ullam offcnsionem, ut non vituperelur ministerium eorum; sed in omnibus eahibeant se sicul ministros Dei, ne illud prophetœ dictura impleatur in eis (xxn, 26) : Sacerdotes Dei contaminant sancta, et reprobant legcm. » (Ibid.)
Par ces paroles le concile impose aux ecclésiastiques l'obligation qu'ils ont de mener une vie incomparablement plus sainte et plus parfaite, plus pénitente, plus modeste, plus humble, plus pieuse que celle des laïques. Il veut que les ecclésiastiques soient plus détachés, plus désintéressés, plus patients, plus religieux, plus parfaits que les fidèles même vertueux et craignant Dieu. Il assure que le ministère est avili, quand on voit que l'ecclésiastique n'est pas plus savant que le laïque, que sa conversation n'est pas plus édilianle, ni ses discours plus chrétiens; que c'est une honte quand Je laïque est plus aumônier que l'ecclésiastique, plus charitable, plus dévot, plus recueilli, plus assidu à l'Eglise que l'ecclésiastique ; qu'il est insupportable de voir le laïque plus appliqué à réciter son chapelet que le prêtre à dire son Office; plus long à se \
préparer à la communion et à faire son action de grâces, plus touché quand il reçoit Jésus Christ que le prêtre quand il célèbre la Messe ; enfin , que les ecclésiastiques doivent toujours se proposer que, servant un Dieu saint, ils ont à imiter cette source originale de sainteté; qu'ils sont obligés, non-seulement de ne donner aucun sujet de mauvaise édification, mais, de plus, de se regarder comme les ministres du Dieu vivant, et de soutenir une si grande dignité par une vie toute divine.
11 ajoute un second motif à ce premier; c'est que l'intégrité de vie des prêtres et des pasteurs est le salut des peuples soumis à leurs soins : n'est-ce pas tout dire? « Intégrités enim praesidenlium salus est subditorum. » (Sess. 6, cap. 1, De rtform.) Oui, quand la réputation de ce curé n'est entamée d'aucun reproche apparent ni vraisemblable; qu'on ne peut rien trouver à redire en lui; qu'il est irrépréhensible sur la sobriété, sur la pureté, sur le désintéressement, sur la doctrine et sur les bonnes mœurs; que le démon n'a aucune prise sur lui, on peut s'assurer que, par son zèle et son bon exemple, il procurera le salut de ses ouailles : « Integritas enim prœsidentium salus est subditoruin. »
Pour imprimer dans l'esprit des ecclésiastiques une haute idée de leur profession, et leur apprendre quel est le prix de leur dignité, il leur dit que le sacerdoce est une chose toute divine : « Cum autem divina res sit tam sancti sacerdotii ministerium. » (Sess. 23, cap. 2.) En effet, quoi de plus divin que de faire descendre le Fils de Dieu du ciel en terre, de le produire sur nos autels, de lo recevoir dans son sein, de le toucher de ses mains, de le distribuer aux fidèles ? Quoi de plus divin, que de produire la grâce sanctifiante ou de l'augmenter, de remettre les péchés, d'administrer les sacrements, de justifier les pécheurs, de perfectionner les justes, de prêcher la parole de Dieu, de chanter ses divines louanges? « Cum autem divina res sit tam sancti sacerdotii ministerium. «Mais, en même temps, pour leur donner une sacrée frayeur d'un si haut ministère, et une crainte religieuse de la sainteté de leurs fonctions , il les averlit que le poids des obligations qu'ils contractent par leur ordination serait formidable aux anges mêmes : « Ecclesiarum regimen, onus angelicis humeris formidandum. » (Sess. 6, cap. 1, De refor.)\ Car quel fardeau n'est-co pas que de prendre sur soi le soin de travailler infaligablementau gouvernement des âmes? de vivre exemplairement, d'être plus saint et plus parfait que les meilleurs laïques , que les plus excellents solitaires? d'être irrépréhensible aux yeux de tout le monde envieux, et du démon même? de répondre du salut de tout un peuple et de chaque fidèle en particulier? d'être chargé de l'instruction des ignorants, de la correction des pécheurs, de la sanctification des justes, de la perfection des saints? de répondre âme >our âme de ceux qui se perdent? de n'o-
mettre rien des devoirs auxquels le sacerdoce engage d'offrir le sacrifice ; de présenter à Dieu les prières des peuples? d'apaiser sa justice, d'attirer ses miséricordes, de répondre du salut de tous, deveiller, de prier, de gémir, de travailler nuit et jour ? de remplir la qualité de bon pasteur? de mettre sa vie pour ses brebis, d'en rendre Compte, au souverain Pasteur? d'accomplir toutes ces choses très-parfaitement, très-exemplairement?
n'est-ce pas là un emploi redoutable aux anges mêmes? « Ecclesiarum regimen, onus angelicis bumeris formidandum. » Que dire donc de ceux qui courent après cette dignité, et qui n'en voient ni les obligations, ni les périls?
C'est pourquoi, plein de la sainteté que demande un si divin ministère, le. concile exige que, pour occuper les premiers rangs dans l'olFice de prêtre et de pasteur, et il se promet , appuyé sur la miséricorde de Dieu, qu'à l'avenir on y sera fidèle, il exige, dis-je, qu'on choisira , pour remplir des postes si importants, ceux qu'on en jugera les plus dignes, et qui, selon la maxime des saints Pères, le seront extrêmement; qui , dans leur vie passée et dès leur tendre jeunesse jusqu'à un âge plus avancé, s'élant exercés dans les fonctions du ministère, ont toujours vécu innocemment, et ne se sont jamais démentis de leur piété, au témoignage de tout le monde : ce sont ceux-là que le concile veut qu'on prenne dorénavant pour leur imposer les mains et pour leur commettre le soin du salut des âmes, et non des personnes qui souvent ont passé leur jeunesse dans le libertinage, le désordre, la corruption, le monde. Il veut deux choses de ceux qu'on ordonne prêtres et pasteurs; une innocence conservée et une réfutation établie. Voici ses paroles plus fortes encore que ceci, si on les comprend bien : « Contidens itaque per Domini ac, Dei nostri misericordiam , omnino futurum ut ad Ecclesiarum regimen qui maxime digni fuerint, quorumque prior vita, ac omnis œtas, a puerilibus exordiis usque ad perfecliores annos per disciplinée stipendia ecelesiasticœ laudabiliter acta, testimonium prœbeat, secundo m venerabiles bealorum Paiium sancliones assumantur. »
(Ibid.) Mesurons-nous sur cette règle; considérons-nous clans ce miroir.
De ces vues générales, le concile, toujours animé de zèle pour la réforme du clergé, descend dans le particulier et Je détail des règlements qui peuvent avancer un ouvrage si important : il veut que les ecclésiastiques, se souvenant qu'étant le sort du Seigneur et son partage, ils règlent tellement leur extérieur même, leur vie, leurs moeurs, leur conduite, leurs vêtements, leurs gestes, leurs démarches et leurs discours, que tout respire en eux la gravité, la modestie et la religion ; en sorte que leurs actions soient si mesurées, qu'elles leur attirent la vénération de tout le monde. Or qu'elle idée de vertu, de sagesse, de probité à désirer dans un ecclésiastique ceia ne nous donne-t-il pas? Il ajoute qu'il faut d'autant plus demander celle