DE DE LA CIIETARD1E
vie édifiante dans les ministres de Jésus- Christ, qu'elle fait le grand avamage de l'Eglise et son principal ornement. Voici ses paroles : « Quapropter sic decet omnino clericos, in sortem Doniini vocatos, vilam moresque suos omnes componere, ut habitu, gestu , incessu , sermone aliisque omnibus rébus, nil nisi grave, moderatum, ac religione plénum prœ se feranl, ut eorumacliones cunclis afl'erant venerationem. Cum igitur quo majo-e in ecclesia Dei et ulilitate et ornamento hœe sunt, ila eliam diligentius sint observanda. » (Sess. 22, cap. 1 , De reform.)
C'est pourquoi il désire que tout ce qu'autrefois les premiers Papes et les Pères par leurs décrets, et les plus anciens conciles par leurs statuts , ont ordonné touchant la vie, les mœurs et la discipline des ecclésiastiques , soit exécuté à la lettre; que tout ce qui leur a éié interdit, particulièrement au sujet du luxe, de la bonne chère, des assemblées mondaines, du jeu, des affaires séculières, leur soit à jamais défendu, et sous de semblables peines, même plus grandes, sans qu'aucune appellation, privilège ou ancienne coutume contraire puisse en aucune façon retarder l'exécution d'une si désirée rétormation : « Statuit sancta syuodus ut quœ alias a summis ponlitieibus et a sacris conciliis de cleiicorum vita, honestale, cultu, doetrinaque retinenda ; ac simul de luxu, comessalionibus, clioreis, aleis, ilusibus, sœcularibus negotiis fugiendis, saluiiriler sancita fuerunl , eadem in poslerum iisdem peenis, vel majoribus imponendis , oijserventur, » etc. {Ibid.).
Considérant ensuite que rien n'est plus opposé à l'esprit apostolique et à la grâce sacerdotale que l'amour déréglé des parents , ils conjurent les eccclésiastiques , avec la dernière instance, de faire mourir en eux cette dangereuse inclination , laquelle fait souvent échouer toutes les belles espérances qu'on avait conçues de leurs talents et de leur vertu; qui les porte à enrichir leurs neveux des biens du Crucifix, et à rendre les bénéfices héréditaires dans leur maison ; conduite tout à fait contraire à la disposition des canons; et il les avertit, en un mot, que cet attachement est la pépinière, ou, pour user de son terme, le séminaire d'un nombre infini de maux dans l'Eglise; en sorte que, comme un bon séminaire solidement établi, saintement gouverné, sagement employé, est une source féconde de toutes sortes de biens dans un diocèse; que l'on y prend l'esprit ecclésiastique , que l'on s'y forme à l'oraison, à la science, au travail , à la vie exemplaire;'de même la maison paternelle est d'ordinaire un lieu où on prend l'esprit du monde, où l'on devient tout profane, tout temporel , loul charnel ;où l'on se laissealleranx suins et aux affaires incompatibles avec les emplois du ministère : « Omnino vero eis interdicit ne ex redditibus eeclesiœ consanguineos familiaresve suos augere studeant; cumetaposiolorum canonesprohibeantne rCs ecclesiaslieas, quœ Dei sunt, consanguineis
donent;sed si pau pères sint, iis ut pauperibus distribuant; eazautem non delrahant nec dissipent illorurn causa; irao quam maxime potest, eos sancta synodus monet, ut omnem Jiumanum hune erga l'ratres, nepotes, propinquosque carnis afTectum, unde multorum malorum in ecclesia seminarium exstat penitus deponant. » (Sess. 25, cap. 1.)
Sachant aussi qu'encore qu'un extérieur décent ne soit pas toujours un préjugé certain de la probité intérieure, il en est cependant un signe très-édifiant; que le même principe qui réforme le dedans règle le dehors ; que la même autorité qui exige la sainteté de l'âme dans les ecclésiastiques, exige la bienséance religieuse à l'égard de leur corps, et enfin qu'ils doivent la soumission aux lois de l'Eglise, le bon exemple aux fidèles et le respect à leur caractère ; il déclare qu'il veut que les ecclésiastiques portent l'habit de leur profession; il condamne de témérité et de mépris pour la religion, ceux qui, foulant aux pieds la révérence qu'ils doivent à leur dignité et à leur profession cléricale, se revêtent impunément d'habits semblables à ceux des séculiers, et font voir en eux la livrée de Dieu et du monde tout à la fois : dépravation honteusp, que le concile leur défend très-expressément, sous peine de suspension de leurs ordres, de leurs offices et bénéfices, de privation de leurs revenus et de leurs bénéfices mêmes, si, étant avertis une fois de leur désordre ignominieux au clergé, ils ne se corrigent pas. Toutes les marques que la théologie donne pour juger de la grièveté d'un péché concourent ici : la grandeur des peines, la sévérité des termes, l'importance de la matière, d'où il est aisé de conclure quel est l'aveuglement déplorable des ecclésiastiques mondains, qui, voulant vivre plus commodément dans le libertinage, ne rougissent pas de se dépouiller de leur soutane et des habits saints de leur profession, pour se parer d'un habit court et d'une perruque poudrée, et de paraître en public avec un extérieur si vain, qu'un laïque même qui vit dans la crainte de Dieu , s'en ferait un scrupule. Laissons-là les défenses de l'Eglise, les ordonnances épiscopales, les autorités et les raisons rapportées ailleurs avec étendue sur ce sujet ; contentons-nous ici du seul texte du concile de Trente, et de l'expérience journalière qui nous apprend, qu'on ne doit attendre de ces sortes d'ecclésiastiques, ni oraison, ni piété, ni bon exemple, ni chasteté; que le jeu, la promenade, la bonne chère, la conversation des dames, sont leurs exercices ordinaires, et auxquels ils se préparent par cette propreté , ces bonnes odeurs, cet enjouement et tout cet extérieur plus propre à paraître au bal, à la comédie et a l'opéra, qu'à 1 Eglise. O Dieu 1 sonl-ce la des ministres de Jésus-Christ, des successeurs des apôtres, des hommes destinés à travaillerai! salut des âmes? «Quia vero etsi habitus non facit monachum, oportet tamen clericos vestes proprio congruentes ordini semper
OEtVMfS COMPL. DE DE I.A CuÉTAIUM
déferre ut per decentiam habitus extrinseei , morum honestatem intrinsecam ostendant.
Tanta autem hodie aliquorum inolevit temeritas, religionisque conlemptus, ut propriam dignilatem et honorcm clericalem parvipendentes, vestes eliam déférant publiée laicales , pedes in diversis ponentes, unum in divinis, alterum in carnalibus. » Voilà ce que le concile déplore; voici l'indignation qu'il en témoigne : « Propterea omnes ecclesiasticoe personœ, quantumeunque exemptœ, quee aut in sacris fuerint, aut bénéficia obtinuerint, si postquam al» episcopo suo, etiara per edictura publicum moniti fuerint , honestum habitum clericalem, illorum ordini et dignitati congruentem, non detulerint , per suspensionem ab ordinibus, ab officio et beneficio, ac fructibus, redditibus, et provenlibus ipsorum be> neficiorum, nec non si semel correpti , denuo in hoc deliquerint, etiam per privationem officiorum et beneficiorum hujusmodi coerceri possint et debeant. » (Sess. 14-, cap. 6.)
Considérant ensuite combien la vie et les mœurs exemplaires des prélats portent le reste des fidèles à la vertu, et que c'est une prédication assidue à laquelle on ne résiste point, le concile les exhorte, de la manière du monde la plus touchante, à remplir cette importante obligation, à reconnaître, comme on a déjà rapporté, qu'ils ne doivent pas se livrer aux appas trompeurs d'une vie douce et commode, ni au faux éclat du luxe et des richesses ; mais se convaincre que leur état les oblige de travailler infatigablement à procurer la gloire de Dieu et le salut du prochain; car, continue-t-il, il ne faut nullement douter que les peuples ne s'enflamment plus aisément en l'amour de Dieu, et ne se portent avec plus d'ardeur à la pratique de la vertu, quand ils verront que leurs pasteurs ne cherchent nullement les biens de ce monde, et n'ont uniquement en vue que le salut des âmes et le bonheur éternel ; vérité qui paraît si capitale à tout le concile, qu'il les exhorte instamment à la méditer avec une sérieuse attention, et qu'il juge que rien sur la terre n'est plus efficace pour renouveler la discipline ecclésiastique abattue , que les fréquents exemples de vertu qu'ils donneront aux peuples. C'est pourquoi il leur enjoint de remplir ce grand devoir, et d'être des modèles de frugalité, de modestie, de continence, et surtout de la vertu qui nous rend si chers à Dieu, de la sainte humilité : et, se conformant à l'esprit des premiers Pères et des anciens conciles, il leur ordonne de se contenter d'un ameublement modeste, etd'une table et nourriture frugales, et qu'ils prennent garde encore que, dans le reste de leur manière de vie, et dans toute leur maison, il ne paraisse rien qm soit éloigné de ces saintes pratiques et qui ne ressente la simplicité, le zèle de l'honneur de Dieu, le mépris des vanités du monde.
En effet, quel sujet de douleur aux vrais fidèles, quelle occasion de scandale aux im-
E. I. hh
pies, de voir des ecclésiastiques, même établis en dignité, vêtus d'étoffes les plus fines, porter le linge le plus blanc et le plus délié, avoir les meubles les plus propres, les plus somptueux, les appartements les plus riches, les livres les plus dorés, les carrosses et les équipages les plus lestes, la table la mieux servie, et cela tout autant qu'ils peuvent chacun dans son degré, et suivant ses revenus, et souvent au delà 1 Quel gémissement pour l'Eglise, de voir prodiguer ainsi le bien des pauvres! Mais écoutons le concile, et enirons bien dans son esprit : « Nec enim dubitandum est, et fidèles reliquos ad religionem innocentiamque facilius inflammandos, si prsepositos suos viderint non ea queemundi sunt, sed animarum salulem,ac cœlestem patriaiu cogitantes. Hœccumadreslituendam ecclesiasticam disciplinam praecipua esse sancta synodus animadvertat; admonetutsecum ea ssepe méditantes ,factis etiam ipsis, ac vilœ actionibus,quodest veluli perpetuum quoddam prœdicandi genus, se munerisuo conformes ostendant. lnprimis vero ita mores suos omnes componant, ut reliqui ab eis frugalitaiis, modestiœ, continentiae, ac quœ nos tantopere commendat Deo, sanctœ humililatis exempla petere possint. Quapropler, exemplo patrum noslrorum in concilio Carthaginiensi, non solum jubetut episcopi modesta supellectili et mensa ac frugali victu contenti sint, verum etiam in reliquo vilœ génère, ac tola ejus domo , caveantne quidappareat quodasancto hoc instituto sit aiienum, quodque non simplicitattm, Dei zelum, ac vanitatum contemptum prae se ferai. » (Sess. 25, cap. 1.) Telle est la doctrine du concile, qui nous avertit de plus, que ce qu'il vient de dire des obligations que les prélats ont de mener une vie sainte , modeste , irrépréhensible , exemplaire, doit aussi s'étendre à proportion sur tout le reste des ecclésiastiques, en quelque rang qu'ils soient : « Quae vero, » continuet il,«deepiscopis dicta sunt, eadem in quibus^ cunque bénéficia ecclesiastica obtinentihus observari decernit. » C'est par de semblables moyens que le concile prétend réformer le clergé, en ôter les vices et les abus, y introduire les vertus sacerdotales, la vie sainte de nos ancêtres. C'est ce que ))ieu attend de nous.
Après cela, le concile, voulant remédier à un autre désordre qui n'en défigure pas moins le clergé, et qui d'ordinaire nourrit l'avarice et l'ambition dans les ecclésiastiques et diminue Je culte divin , défend que l'on confère deux hénéfices à la même personne, lorsqu'un seul est suffisant pour son honnête subsistance. Il déclare que rien n'est plus opposé au premier esprit clérical, que cette multitude de bénéfices sur la tête d'un homme; que c'est un renversement de la première institution, et l'effet honteux d'une aveugle cupidité; que ceux qui en visent ainsi, de quelque prétexte dont ils juvrent leurs desseins intéressés, et dont ils croient pouvoir' éluder les canous, se ; rompent misérablement eux-mêmes, et non
pas Dieu, qui voit le fond des cœurs : « Cum ecclesiasticus ordo perverlatur, quando unus plurium officia occupât clericorum, sancte sacris canonibus cautum fuit, neniinem opor- 1ère in duabus ecclesiis consiliis conscribi. Verum quoniam multi, improbee cupiditalis affectu , seipsos, non Deum decipientes, ea quae bene constituta sunt, variis artibus eludere, et plura simul bénéficia obtinere non erubescunt; sancta synodus debitam regendis ecclesiis disciplinam restituere cnpiens, prsesenti decrelo , quod in quibuscunque personis mandat observari, .-taluit utinposteium unum tantum beneficium ecclesiasticum singulis conferaiur. » (Sess. 24, c. 17.) Règlement que le concile déclare vouloir être entendu et observé à l'égard de toutes sortes de bénéfices, de quelque nature et qualité qu'ils soient : « Hœcque non modo ad cathédrales ecclesias , sed etiam ad alia omnia bénéficia, lam seecularia, quam regularia, quœcunque etiam commendata pertineant, cujuscuuque tituli ac qualitatis exsistant.» (Ibid.) Ce qu'il faut entendre, àmoins que la nécessité ou l'utilité de l'Eglise n'en dispense, ou l'insuffisance du bénéfice, ainsi que le concile s'explique lui-même.
Nous finirons par deux décrets très-salulaires de ce même concile ; car nous serions trop longs si nous voulions les rapporter tous ici. Le premier regarde Ivs dignités et les chanoines des églises cathédrales : le concile d'abord déclare qu'ils doivent réfléchir sur celte vérité très- importante pour eux, que leurs bénéfices n'ont été institués que pour être occupés par de dignes sujets, qui s'appliquassent à la conservation et à l'accroissement de la discipline ecclésiastique ; qu'ils sont tenus, par leur rang, de précéder en piété le reste des ecclésiastiques d'un diocèse, et de servir de modèle de perfection aux autres ; enfin, qu'ils doivent être les coopérateurs des travaux et du zèle de leurs évoques ; et par conséquent, qu'il ne faut mettre personne dans ces postes importants, qu'on ne voie bien pouvoir remplir ces grands devoirs. Jugeons donc quel est l'étrange dérèglement de ces chanoines mondains, qui, loin de se servir de modèles de sainteté à tout le clergé d'un diocèse, mènent eux-mêmes les premiers une vie licencieuse, et qui ne se servent de leurs revenus, de leur autorité et de leurs privilèges, que pour s'abandonner plus impunément aux désordres souvent scandaleux, au jeu, à la chasse, à l'intempérance , à la demeure avec les personnes du sexe qu'ils tiennent dans leur propre maison, au mépris des lois de l'Eglise, au scandale des gens de bien et au péril de leur conscience; qui aiment le luxe, la bonne chère, les divertissements profanes ; qui vont en habit court et en habit de soie; qui prétendent recevoir les ordres sans examen, sans se retiierdans un séminaire pour y vaquer à l'étude et à la prière, ou, s'ils s'y retirent, qui veulent se distinguer des autres par un faste singulier, par des logements plus commodes , des places plus honorables, des viandes plus délicates ;
qui dédaignent les autres ecclésiastiques, et entretiennent un perpétuel commerce avec les gens du monde. Que dire do ces sortes de chanoines? Sont-ce là des modèles de piété, comme le concile assure qu'ils doivent être ? sont-ce là des coopéraleurs du zèle des évéques pour la réformation du clergé?
sont-ce là des personnes propres à conserver et augmenter la lionne discipline? Car voici les termes du concile; qu'ils les méditent bien, étant certains qu'ils serviront à leur condamnation au jugement de Dieu : « Cum dignitates in ecclesiis preesertim cathedralibus, ad conservandam augendamque ecclesiasticam disciplinant fuerint inslitutœ, ut qui eas obtinerent, pietate praecellerent, aliisque exemplo essenl, atque episcopos opéra etofficio juvarent; merilo qui ad eas vocantur, taies esse debent, qui suo muneri respondere possint. » (Sess. 21, cap. 12.) Et, comme si le concile prévoyait ce qui se passe de nos jours , il leur enjoint à tous , sans exception, de faire leurs fonctions par eux-mêmes, et non de substituer en leur lieu et place des vicaires ou des chantres gagés, d'assister au chœur, lieu destiné au chant des louanges de Dieu, et d'y chanter les psaumes, les hymnes et les cantiques divins, posément, distinctement, dévotement ; d'être toujours revêtus de l'habit décent, nonseulement à l'église, mais partout ailleurs; de s'abstenir de la chasse, de la danse, du cabaret et du jeu 5 et enfin d'être d'une telle intégrité de mœurs, que leur chapitre paraisse autant élevé en mérite et en sainteté au-dessus du reste du clergé, qu'un sénat est élevé en prééminence au-dessus du peuple : « Omnes vero divina per se, et non per substitutos, compellanlur obire officia, atque in choro, ad psallendum instituto, hymnis et canticis Dei nomen reverenter, distincte devoteque laudare; vestitu insuper decenti tam in ecclesia quam extra assidue utantur; ab illicilisque venationibus, aucupiis, choreis, tabernis, lusibusque abstineant, atque ea morurn integritate polleant, ut merito Ecclesise senalus dici possit. » (lbid.) Vola quels doivent être les chanoines, surtout d'une cathédrale, et avec d'autant plus de raison, que la juridiction épiscopale leur étant ordinairement dévolue, lors de la vacance du siège, toute la discipline d'un diocèse roule sur leur zèle. Quelle dépravation n'est-ce donc point d'admettre dans ces corps illustres des sujets indignes, sans choix, sans distinction, sans examen, qui n'ont souvent d'autre mérite que celui d'être parents du défunt ? Que s'il y a entre ceux qui donnent leur voix à ces aveugles promotions quelque espèce de convention ou de pacte exprès ou tacite, comme il n'y a que trop de sujet de le craindre, de donner ainsi toujours le bénéfice vacant sans autre discernement, dans quel horrible embarras de simonie, de censure, d'irrégula ilés ne se précipitent -ils pas, sans parler du scandale que donne, par une conduite si irrégulière, le premier corps ecclésiastique d'un diocèse? Que ne feront pas les autres, qui d'ordinaire ont les yeux
sur leur conduite, et qui se moulent dessus? Quelle bénédiction en peut -on attendre?
C'est à eux à y faire réflexion s'ils sont soigneux de leur salut ; c'est à eux à voir si, eu conscience, ils peuvent introduire ou conserver le népotisme dans l'Eglise, et la succession héréditaire des bénéfices dans les familles, si détestée par les canons. C'est à eux à lire le concile, et à se conformer à son esprit, ainsi que plusieurs ont déjà fait, et donné par là de grands sujets d'édification.
Le second article consiste dans l'avis du monde, qui paraît de la plus grande conséquence. Le concile avertit et exhorte avec la dernière instance tous ceux qui ont quelque droit de faire remplir les bénéfices à charge d'âmes, qu'ils aient par-dessus toutes choses à se souvenir dans ces importantes occasions qu'ils ne peuvent rien faire sur la terre de plus grand pour la gloire de Dieu, ni de plus avantageux pour le salut des peuples, que de coopérer à ce qu'on donne aux fidèles de bons pasteurs, capables de bien gouverner l'Eglise ; que d'en user autrement, c'est se rendre complices des péchés d'autrui , et commettre eux-mêmes un péché mortel, s'ils n'ont un soin très-particulier de faire pourvoir ceux qu'ils jugeront les plus dignes et les plus utiles à l'Eglise, n'ayant purement égard en cela qu'au seul mérite des personnes, sans se laisser aller aux prières, aux inclinations humaines, ni à toutes les sollicitations et brigues des prétendants : « Sancla synodus hortatur et raonet, ut in primis meminerint nihil se ad Dei gloriam et populorum salutem utilius posse facere, quam si bonos pastores et Ecclesiee gubernandae idoneos promoveri studeant, eosque alienis peccatis communicantes moraliter peccare, nisi quos digniores et Ecclesiœ niagis utiles ipsi judicaverint , non quidem precibus vel humano atfectu, aut ambigentium suggestionibus, sed eorum exigentibus meritis prœlkidiligenter curaverint. » (Sess. 2k, cap. 1.)
Combien y a-t-il lieu de gémir, voyant le mauvais usage que tant de collateurs font de leur pouvoir, abus que le concile veut extirper, et en quoi il veut faire consister une partie de la réformation si souhaitée, savoir, d'obliger les collateurs à donner de dignes pasteurs à l'Eglise. Mais où les trouver, ces dignes pasteurs? où les aller prendre? d'où les faire venir? Il faut les former. Et où les pourra-t-on former? en quelle école, n'estce pas dans un bon séminaire institué à cette! fin? et le concile, qui voulait la fin, ne devait-il pas prescrire un moyen sûr et infaillible d'y parvenir? Et ne l'a-t-il pas fait, quand il ordonne qu'une semblable maison soit une pépinière de ministres de Jés.i.s- Christ : '< Ministrorum Dei perpetuum seniinarium (sess. 23, cap. 18) ; » quand il ordonne qu'on s'applique très-soigneusement a ôter tout ce qui pourrait préjudiciel* à un établissement si important, et à se servir de tout ce qui serait utile à conserver et à accroître un si pieux, un si saint institut : « Omnia impedimenta auferentes; etqua>-
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cunque atl conservandum et augendum tara pium et sanctum institutum pertinere videbuntur, diligenler curabunt. » [Ibid.) C'est par cette raison que le concile a voulu qu'on établît des séminaires pour exécuter ce qu'il avait projeté: « Ad restituendam collapsam admodum ecclesiasticam disciplinara, depravatosque in clero mores emendandos. » (Sess. 6, cap. 1.) C'est ce qui donna lieu à faire tant de règlements nouveaux et à renouveler les anciens, que nous ne rapportons pas ici, parce qu'ils sont répandus par tout le concile, et que ce serait un sujet trop vaste pour entreprendre de le renfermer dans ce sommaire. Nous en avons seulement fait cet extrait pour faire voir, par ces petits échantillons, l'esprit et la discipline du concile. Il est vrai qu'il y aurait eu à craindre que tous ces beaux projets ne fussent tombés par terre, si le même esprit de Dieu, qui les a dictés aux prélats de cette auguste assemblée , ne leur eût suggéré le moyen de les faire mettre en œuvre et de les rendre subsistants. Comment cela? sinon en érigeant des maisons qui tissent profession de les étudier , de les méditer, de les enseigner, de les prêcher, de les pratiquer très-exactement, et de les perpétuer, en y élevant les jeunes ecclésiastiques qui, formés à une sainte école, allassentensuite dans tout un diocèse, répandre la bonne discipline qu'ils y auraient apprise; et cette bonne école s'appelle un séminaire. Profilons de la saine doctrine qu'on nous y annonce, des vérités solides dont on nous y nourrit; que la retraite, le silence, l'oraison, la lecture des saints Livres, l'étude, la digne réception des sacrements et la pratique fidèle des vertus, de l'humilité, de l'obéissance, de la charité, du zèle, de la pureté, de la sobriété , de la mortification, de Ja douceur, de la tidélité aux règlements; que tout cela ensemble nous dispose à devenir de vrais ministres du Fils de Dieu et des imitateurs du souverain Pasteur de nos âmes.
Mais les décrets du concile n'eussent presque pas été utiles ni édifiants, si Dieu, qui voulait relever son clergé abattu, n'eût suscité des ecclésiastiques de bonne volonté, ainsi qu'il l'avait fait dans les premiers siècles, et que nous l'avons vu dans un saint Pasile, un saint Eusèbe, un saint Augustin, un saint Martin; s'il n'eût suscité, dis-je, divers sauveurs qui , dans ces derniers temps, eussent travaillé à sa réforme; je veux dire divers grands prélats, un nombre infini de vertueux prêtres, détachés et exemplaires, parfaits, qui eussent animé ce corps accablé de langueur, et lui eussent redonné sa première vigueur. Le nombre en est trop grand [tour oser en faire l'histoire. Nous nous contenterons seulement ici de dire un mot du plus célèbre de tous , et qui, par ses admirables vertus, a fait éclater en sa per- .sonne tout ce que nous voyons de plus illustre dans !a vie des premiers réformateurs du clergé : c'est le ^rand saint Charles.
Le concile de Trente avait fait de belles
lois, mais il fallait quelqu'un qui les accomplît; il nous avait présenté un livre trèsutile à lire, mais nous avions besoin d'un modèle parfaite imiter; et il était du Souverain Pontife, qui , par les soins de saint Charles, avait mis une lin heureuse à cette auguste assemblée, en qui toute l'Eglise parut reluire, d'y mettre un autre bien plus précieux couronnement , en élevant saint Charles sur le chandelier, pour le faire luire à toute l'Eglise. Ce fut un reflux de lumière entre l'Eglise et ce grand saint. L'Eglise, par l'éclat de la doctrine du concile , illumina saint Charles ; saint Charles, parla splendeur de sa vie, qui ne fut que l'empreinte de la doctrine du concile , éclaira l'Eglise ; l'esprit de Dieu, qui, dans ces derniers siècles, méditait la réformation de l'état sacerdotal, devait à son Eglise un prélat qui, renouvelant la plus pure discipline de l'ancien clergé, fit revivre en lui toute la sainteté des premiers évêques. Tout prit un caractère de grandeur en sa personne ; si la nature le rendit recommandable en le faisant naître d'une race illustre, la grâce le rendit incomparablement plus noble en le faisant mourir à tous ces vains titres, et en substituant aux armoiries que le sang paternel lui donnait droit de porter, celles que le sang des marlyrs lui inspira de prendre. La fortune, si Ton peut user de ce mot, le revêtant de richesses immenses, le fit moins éclater que la vertu qui l'endépouilla. La faveur d'un oncle, le comblant de bénéfices, de dignités et d'emplois, ne servit qu'à faire admirer sa prudence dans leur administration, sa charité dans leur dispensation, son détachement dans leur abandon ; la mort d'un frère le laissant unique héritier de sa maison , en lui transmettant le droit d'aînesse, auquel autrefois le sacerdoce était attaché, ne lit que lui donner un nouveau droit d'offrir à Dieu un sacrifice plus parfait de tous ses biens et de lui-même. Neveu d"un Pape, cardinal, archevêque, lié de commerce avec les rois, exposé aux yeux de tout le monde chrétien, il montra n'être tout cela que pour, d'une chaire si élevée, prêcher plus hautement aux ecclésiastiques Je détachement de la chair et du sang, le zèle de procurer de dignes pontifes à l'Eglise , l'amour du propre troupeau , la manière d'allier le sacerdoce avec l'empire, l'humilité chrétienne avec la fermeté sacerdotale , et l'obligation d'édifier tout le monde. La Providence, le voulant rendre visible à chacun, le plaça, aussi bien que le concile de Trente, dans une situation également exposée aux yeux de l'Italie, de l'Allemagne, de la France et de l'Espagne, afin que nul ne se dérobât aux rayons de sa doctrine et de son exemple. Ses démêlés considérables avec la puissance séculière, qui ne connaissait plus le tribunal ecclésiastique, montrèrent que la sainteté , qui s'était autrefois acquis tant d'autorité , pouvait seule la recouvrer. La contagion qui désola le peuple de Milan, fit moins de bruit que la charité de son pasteur qui le secourut, et il fallait ce nouveau
lustre à là charité de celui qui, ayant déjà sacrifié oe qu'il avait, ne pouvait plus immoler que ce qu'il était. La régularité qu'il entreprit de mettre dans l'ordre monastique, remit l'ordre hiérarchique dans sa place naturelle, et rappela l'ancienne discipline qui veut que les religieux suivent et imitent les prêtres, et par le secours de leurs lumières et de leurs exemples s'élèvent à Dieu; et ce fut en vain que, pour éteindre leur réforme naissante, quelques-uns d'eux voulurent lui donner la mort, puisque, pour Jes réformer, il n'employait rien de plus efficace que sa mort même à toutes les choses du monde.
Sachant bien que , pour travailler avec succès à la réformation des autres, il fallait commencer par se réformer soi-même, il entreprit avec tant de zèle sa propre perfection, qu'il l'eût plus tôt acquise qu'il n'eût appris à l'acquérir : les actions précédèrent en lui les préceptes ; il lui fallut moins de temps à se faire un modèle qu'à en imiter un : « Prœpropera velocitate pietatis, pêne antecœpit perfectus esse quam discere, et dam meliores imilatur, etiam ipse fecit se imitandum, » et il porta à la chaire épiscopale la sainteté, sans l'attendre d'elle : « De suo talem accepit cathedra , non fecit. » Telles étaient les louanges qu'on donnait autrefois à saintCyprien, et qu'on ne peut sans injustice refuser à saint Charles. Il fit revivre en un corps mort plutôt que mortifié, ces surprenantes austérités des anciens solitaires honorés du sacerdoce, desquelles notre siècle incrédule et impénitent commençait à douter; et il rétablit le respect dû là-dessus à l'antiquité, d'autant plus aisément, qu'il en fit plus voir dans sa vie qu'on en lisait dans l'histoire. Les plusexcellentes vertus ecclésiastiques , pour lors presque éteintes ou dispersées, vinrent se réunira lui, comme des soldats à leur chef après la perte d'une bataille : l'humilité, l'abstinence, la chasteté, la douceur, la patience, le détachement, l'oraison, la religion, la prudence, la force, la libéralité, la magnanimité et toutes les autres saintes habitudes se réconcilièrent avec le clergé en sa personne ; les bonnes œuvres les plus édifiantes qu'il remit en vigueur, parurent de nouveau enrichir le parterre de l'Eglise, comme les fruits du caractère sacerdotal ; source de toute la fécondité spirituelle, les hôpitaux généraux, les missions, les visites, les conciles, les retraites, les refuges, furent les effets de sa charité, de sa doctrine, de son zèle, de sa piété, et servent encore d'exemple aux plus grands prélats d'aujourd'hui. La réforme do sa famille fut une suite nécessaire de la réforme de sa personne ; l'ordre, la paix, le désintéressement, la pureté des mœurs, la dévotion, le bon exemple, et les emplois lui tirent d'autant de domestiques autant de coadjuleurs. Mais son fjrand chef-d'œuvre lut la réformation du clergé, par l'érection des séminaires. Il en établit trois. Le premier, pour élever de bonne heure les jeunes ^tsns qui se destinaient à la cléricature ; le
second, pour formera loisir les ordinands qui se disposaient à l'imposition des mains; le troisième, pour réparer l'esprit ecclésiastique dans ceux qui l'avaient malheureusement perdu.
Pour mettre le comble et la perfection à celte sainte entreprise, et afin do la rendre solide et durable, il institua une congrégation d'oblats ou de prêtres apostoliques, qui, subsistant toujours , fournissent des directeurs capables de gouverner des ouvrages si importants ; une société de vrais ouvriers évangéliques, prêts à tout, détachés de tout, abandonnés à tout, et qui, comme la partie la plus épurée et la plus active de ce monde ecclésiastique, occupât dans son clergé le même rang que lefeu et le premier mobile occupent à l'égard des autres éléments et des cieux inférieurs dans le monde visible. On est surpris quand on voit le grand nombre de prélats, d'évêques, d'archevêques, de nonces, de cardinaux qui sortirent de la maison de saint Charles, et qui, formés en une si bonne école, en allèrent répandre la discipline dans la maison de Dieu. On l'est encore davantage de voir que les vertus, les bonnes œuvres , l'esprit et la grâce de ce modèle des prélats, égal à ceux des premiers temps, subsistent encore aujourd'hui et servent de phare à ceux qui tendent à la perfection du sacerdoce, et qui croient beaucoup faire que de le suivre de loin et de lui ressembler par quelque endroit ; en sorte qu'on peut raisonnablement douter si saint Charles s'est acquis plus de mérite en imitant les siècle-; passés, qu'en se rendant imitable aux siècles à venir.