Chapitre premier. — De la tonsure
Pour comprendre les obligations que l'on contracte par la réception de la tonsure et la sainteté de vie à laquelle on s'engage, il est bon de considérer cinq choses : la dignité de celui qui la confère; les paroles et les prières avec lesquelles on la confère; les cérémonies par lesquelles on la confère ; les dispositions requises en celui à qui on la confère ; les effets de cette consécration e: celui qui la reçoit dignement, et les obliga . tions qu'elle leur impose. Cinq considéra lions qui découvriront parfaitement l'essence et la nature de cette cérémonie religieuse; étant très à propos d'être prévenu sur l'excellence de la tonsure, afin qu'on eu conçoive de l'estime et de la vénération, avant de s'en approcher, ou que l'on se renouvelle dans l'esprit de piété et les bons sentiments avec lesquels on l'a peut-être autrefois reçue, ou qu'on a dû la recevoir. Car il ne laut pas croire qu'à cause qu'on est avancé dans les ordres, il soit inutile dose remettre de nou veau devant les yeux ces premiers engagements ; tout au contraire, cette exposition ne peut être que très-avantageuse.
En effet, si pour renouveler un fidèle durs la grâce du christianisme, on ne peut lui
rien faire méditer de plus utile que les obligations qu'il a eonlractées par le baptême, et si dans ce dessein, les personnes soigneu- .-es de leur salut ne manquent pas toutes les années de réitérer les promesses qu'elles ont faites alors ; si elles remercient Dieu du bienfait qu'elles y ont reçu, d'avoir élé adoptées pour ses enfants, et de sceller celte rénovation par la digne réception des sacrements et l'oblation d'elles-mêmes au Seigneur pour le reste de leur vie, suivant cet avis de l'Apôtre : Renovaminï spiritu mentis vbstr.œ. (Ephes. iv, 23) : réveillez votre dévotion languissante. Si l'Eglise célèbre toutes les années l'anniversaire de l'ordination des saints évêques qui l'ont le plus illustrée par la sainteté de leur vie, par l'éminence de leur doctrine et par la grandeur de leurs travaux, de saint Basile, de saint Grégoire, de saint Ambroise : « Cœsareee in Cappadocia, ordinatio sancti Basilii episcopi, qui tempore Valentis imperatoris, doctrina et sapientia insignis , omnibusque virtulibus ornatus , mirabiliter effulsit , et Ecclesiam adversus Arianos et Macedonianos mira constantia défendit.
« Romœ, ordinatioincomparabilis viri sancti Gregorii Magni in. Summum Ponlificem, qui onus illud subire coactus, e sublimiori throno clarioribus sanctitatis radiis in orbe refulsit.
« Mediolani , ordinalio sancti Ambrosii episcopi et Ecclesiee doctoris, cujus sanctilate et doctrina universalis Ecclesia decoratur. »
Car c'est ce que nous lisons, ou plutôt la mémoire honorable que l'Eglise fait tous les ans dans son martyrologe de la promotion de ces grands éyêques, pour marquer combien ces jours-là lui sont chers, et combien elle voudrait qu'ils servissent d'occasion aux ecclésiastiques à se renouveler dans la grâce de leur consécration à Dieu.
Si l'apôtre saint Paul a cru donner un conseil salutaire à un évêque, en le portant à réveiller en lui l'esprit qu'il avait reçu à son ordination, par l'imposition des mains: Admoneo te, ut resuscites gratiam quœ data est tibi per impositionem manuum mearum. [H Tim. î, 6.) Expressions qui nous font voir que tout enfin, avec le temps, s'attiédit en nous; la vertu, l'esprit, la grâce même en un sens, suivant cette parole du roi pénitent : Créez en moi, Seigneur, un cœur pur, renouvelez en mes entrailles l'esprit de sainteté : Cor mundum Créa in me, Deus, et spirilum rectum innova in visceribus meis. (Psal. l, 12.) Créez et renouvelez: créa et renova; créez en moi les dispositions que je n'ai jamais eues, renouvelez en moi les dispositions que vous m'aviez autrefois données et que j'ai laissé malheureusement affaiblir : si donc toutes ces considérations sont si utiles, pourquoi celle de se renouveler dans l'esprit ecclésiastique, dont on a dû recevoir les prémices quand on a reçu ia tonsure, ne le serait-elle pas? pourquoi n'irait-on pas tous les ans puiser la grâce originale d'une si excellente profession dans celle première source dur nrtcralion? pourquoi n'iueiterait-
on pas le prophète Isaïe, qui, voulant inspirer à ce qu'il y avait de pieux Israélites, la conservation de la crainte de Dieu, les exhortait à jeter les yeux sur la vertu de leur père Abraham, et sur la sainteté de la tige dont ils étaient sortis : Audite me, qui sequimini quod justum est, et quœritis Dominum : attendue ad petram unde excisi estis : attendite ad Abraham patrem veslrum, et ad Saram quœ peperit vos. [Isa. li, 1.)
Sans doute qu'on ne peut pas imiter de plus excellents modèles, ni suivre de meilleurs guides.
Première considération. — La dignité de celui qui confère la tonsure n'est pas un médiocre argument de son excellence. Le ministre dont l'Eglise se sert pour agréger quelqu'un au clergé, n'est rien moins que l'évêque, c'est-à-dire celui qui possède la première dignité, et qui tient le premier rang dans le corps mystique du Fils de Dieu. Il est certain qu'on juge du prix d'une chose par le mérite de celui qui la donne, et de la grandeur d'un emploi par l'éminence de celui qui le confère. La tonsure est donc une chose bien relevée, et qui porte avec elle des engagements bien considérables, puisque pour la conférer il faut un ministre revêtu dé la dignité et de l'autorité épiscopale.
D'ailleurs l'évêque représente Jésus-Christ dans sa gloire, envoyant le Saint-Esprit sur son Eglise, comme il nous est communiqué par l'imposition des mains; d'où il est aisé de tirer un argument puissant en faveur de la tonsure.
L'épiscopat est un état de perfection acquise ; tout ce qui part de là tient de ce caractère , est parfait, exige des dispositions parfaites, engage à mener une vie parfaite.
Les fonctions qui mettent le Chrétien dans un état d'élévation spirituelle au-dessus du commun des autres, sont réservées à l'évêque ; ainsi la consécration des vierges et l'administration de la confirmation lui appartiennent; il possède la perfection du sacerdoce; c'est de lui qu'on attend la perfection du christianisme, la promotion à un état supérieur.
Et, par conséquent, il est visible que la tonsure, qui nous engage à une nouvelle profession, à un nouveau genre de vie, qui, de simples laïques nous rend ecclésiastiques, nous incorpore au clergé, étant réservée à l'évêque, nous prêche son excellence, et nous porte à une grande sainteté de vie.
Comme on ignore la naissance et l'institution de la tonsure, il faut conclure, selon la règle de saint Augustin, qu'elle est d'institution apostolique, et par conséquent sou excellence n'est pas moins grande du côté de ceux qui l'ont établie dans l'Eglise, que de ceux qui l'administrent : «Primus discendi ardor nobilitas est magistri, » dit saint Ambroise.
En second lieu , les prières qu'on fait en la conférant découvrent toujours de plus eu plus cette importante et peu connue vérité ; car, quoique la tonsure ne soit pas un sacre-
menl, et qu« les termes ne soient pas ici pratiques, qu'elles ne produisent (tas un caractère, ni la grâce sanctifiante par elles-mêmes, cependant on ne peut nier qu'elles ne soient accompagnées de lumières qui découvrent la sainteté d'une telle cérémonie; la perfection des dispositions qu'elle exige, la grandeur des effets qu'elle produit, la multitude des secours qu'elle attire, et la pesanteur des devoirs qu'elle impose à ceux qui la reçoivent. Voici ce que l'évêque demande à Dieu pour eux.
Qu'il donne son esprit à ceux qui vont être tonsurés. Mes très-chers frères, dit-il, en s'adressant à ceux qui l'assistent, prions Dieu pour ceux qui se présentent à nous, et qui prétendent recevoir la tonsure : « Oremus, fratres charissimi, Doniinum nostrum JesumChristum pro hisfamulis tuis. » Et que veut-il impétrer pour eux? Rien moins que le Saint-Esprit : « Ut donet eis Spiritual sanctum. »
Qu'il les revête intérieurement de l'habit saint et incorruptible de la religion , en mê~ me temps qu'il les revêtira extérieurement de l'habit ecclésiastique : « Spiritus sanctus habitua» religionis in eis inperpetuum conserve!. »
Qu'il les dégage de toute affection humaine, de tout embarras temporel, au moment qu'il les dépouillera des vêtements séculiers qu'ils vont quitter : « Spirilus sanctus a mundi impedimento, ac sœculari desiderio corda eorum defendat. »
Qu'il les change encore plus dans l'intérieur par l'accroissement des vertus dont il les ornera, que par l'apparence extérieure et nouvelle qu'on leur donnera : « Ut sicut inimutantur in vultibus , ita dextera manus ejus virtutis tribuat eis incrementa. »
Qu'il leur ôte le voile de tout aveuglement spirituel et humain, et leur ouvre les yeux pour voir la lumière de la grâce éternelle, quand on leur retranchera les cheveux de dessus les yeux du corps : « Ah omni ca&citatespirituali et humana oculos eorum aperiat, et lumen eis aelernee gratiee concédai. »
Qu'il les conserve dans une charité perpétuelle, et qu'il les préserve de toute souillure de péché : « In tua dilectione perpeluo maneant et eos sine macula in sempilernum cuslodias. »
Qu'il les rende participants du domaine spirituel que les saints possèdent sur euxmêmes, puisqu'on leur fait porter sur la tête le symbole de la couronne d'épines de Jésus-Christ à la croix : « Ut sicut similitudinem coronœ tuée eos geslarc facimus in capilibus, sic tua virtute heereditalem subsequi mereanlar in cordibus. »
Or, qui peut douter que des prières si solennelles, faites à Dieu par le premier ministre de la religion, dans l'exercice actuel et public d'une fonction si relevée, ne soient écoulées de Dieu, et n'obtiennent leur effet, pourvu que celui pour qui elles sont faite* ne s'en rende pas indigne?
Que si, par la tonsure, de si grands dons nous son! imojétrés, offerts, communiqués,
quelle perfection cette cérémonie n'exige t-elle pas?
Et comme si tout cela ne suffisait pas, il leur mot le surplis, en proférant ces paroles de l'Ecriture : Que le Seigneur vous revête du nouvel homme qui a été créé selon Diou dans la justice et la sainteté de la vérité: « Jnduat te Dominus novum hominem qui secundum Deum creatus est in justitia et sanctitate veritatis. » (Pontif.) Quel est ce nouvel homme? si ce n'est Jésus-Christ, que saint Grégoire de Nazianze appelle le grand ornement sacerdotal : « Magna sacerdotum tunica. » Si ce n'est celui dont parle saint Paul : Factus est primus homo Adam ùi animant vivenlem ; novissimus Adam in spiritum vivificantem [I Cor. xv, 45) ; c'està-dire que l'ecclésiastique doit se revêtir de l'esprit de Jésus-Christ, de ses grâces, de ses vertus, de ses sentiments; qu'il ne doit plus vivre selon les sens et les inclinations de la chair et d'Adam, mais selon, le nouvel homme qui ne tend qu'au ciel : Primus homi de terra terrenus , secundus homo de cœlc cœlestis, qualis terrenus, taies et terreni ; 6t qualis cœlestis, taies et cœlestes. (Ibid. 47.) Qu'il doit être rempli de cet Esprit-Saint, en être tout pénétré, se revêlir de ses divins mouvements, et n'agir qu'en Dieu et que pour Dieu : Igitur sicut porlavimus imaginent terreni, porlemus et imaqinem cœlestis. (Ibid., 49.)
Tel est l'effet que doivent produire ces cérémonies, ces prières, ce nouvel habit; tel est le changement qui doit paraître en celui qui reçoit la tonsure.
Que s'il est vrai que la tonsure soit, à l'égard du sacerdoce, ce que les exorcismes sont à l'égard du baptême, elles fiançailles à l'égard du mariage, ainsi que le catéchisme du concile de Trente nous l'apprend : « Ut hommes ad baplismum exorcisons, ad matrimonium sponsalibus prooparari soient, ita cutn tonsocapillo Dei dicantur, lanquam aditus ad ordinis sacramentu m illis aperitur, declaratur enim qualis esse debeat, qui saciis imbui cupit. » Ou, selon d'autres auteurs éclairés, si la tonsure est, à l'égard de l'état ecclésiastique, ce que le noviciat est à l'égard de la profession religieuse , quels ne faut-i! pas que l'on soit quand on. est admis au nombre des clercs ?
Si l'on chasse le démon des catéchumènes pour les disposer au baptême, et donner entrée en leur cœur au Saint-Esprit; si l'on dit sur l'enfant qu'on présente : « Exi ab eo, spiritus immunde , et da locum Spjritui sanclo, » peut-on dire avoir chassé de son cœur l'esprit immonde, quand on a reçu la tonsure? l'esprit du siècle, l'esprit d'orgueil, d avarice, d'intérêt, de luxe, de sensualité? a~l-on attiré en soi l'esprit de Dieu, l'esprit de sagesse, de science, de force, de piété, du crainte de Dieu ?
Si les épousailles servent à lier saintement le cœur des personnes qui veulent se marier, et à purifier -leur affection, afin qu'on ait quelque heureux présage de la persévé-
rance dans la grâce de cet état; quel amour envers Dieu, n'est-on pas en droit d'exiger «Je celui qu'on honore de la tonsure, puisqu'elle doit se terminer à son union éternelle avec le souverain prêtre? Si l'on est froid et languissant au milieu de cette alliance spirituelle , que doit-on attendre de ces noces divines? Quel préjugé ne donne-t-on pas du divorce dans lequel on vivra avec celui qui devrait être le seul et ])ien-aimé Epoux de l'âme consacrée au Seigneur?
Si le noviciat est un temps précieux auquel on doit prendre l'esprit de la règle qu'on veut embrasser ; s'il est semblable à la saison de l'automne, en laquelle le laboureur confie sa semence à la terre, et qui ne revient plus quand elle est passée , quelle obligation ne contracte-t-on pas en prenant la tonsure, de travailler à acquérir l'esprit, la grâce et les vertus de ce saint institut ? quelle crainte ne doit-on pas avoir, si l'on perd un temps si précieux pour travailler à la culture de son âme, à se remplir de la doctrine et des maximes de la profession que l'on choisit? Comment réparera-t-on ce défaut? quel préjudice ne se porte-t-on pas? « Modica sementis detractatio, magnum est messis detrimentum, » dit excellemment saint Bernard. (Prœfat. super psal. xc : Qui habitat.)
Deuxième considération. — Mais les cérémonies avec lesquelles on confère la tonsure ne doivent pas moins convaincre de l'obligation qu'on a de tendre à la perfection, que la dignité de celui qui la confère, et que les paroles et les prières avec lesquelles il la confère.
1° On coupe les cheveux, pour montrer l'engagement que l'on contracte de retrancher ses convoitises, de mourir à toutes les vanités, les affections mondaines, les désirs superflus : « Rasio capitis est temporalium omnium depositio , » dit saint Jérôme.
(Refertur 12; q. 1, c. Duo sunt.) « Caput ratière , significat cogitationes terrenas et superfluas a mente resecare, * dit saint Augustin (De contemptu mundi, 10, 9), et qu'ainsi l'on devient un vrai disciple de Jésus-Christ, qui n'en reçoit aucun s'il ne renonce à toutes choses : Qui non renunliat omnibus quœ possidet, non potest meus esse discipulus (Lwc.xiv, 33); un vrai serviteur ou ministre de Jésus-Christ et de l'Eglise, ainsi que l'Eglise et les saints Pères s'expriment : Quis ignorât clericum in medio Ecclesiae esse tanquam eum qui œinistrat, dit le concile de Cologne. {Conc. Colon, i, p. h, c. 23, ann. 1535.) « Clericus Christi servit Ecclesiœ, » dit saint Jérôme ; « Servi Ecclesiae sumus, ^ dit saint Augustin. Pierre Damien appelle le clergé un ordre attaché de près au service divin : « Ordo familiarius divinis agglutinalus offieiis.» Et saint Cyrille d'Alexandrie nomme les ecclésiastiques un genre d'hommes dévoués au service des autels : « Genus illud divinis sacrisque niinisteriis mancipalum ; » les religieux de Dieu, qui doivent établir son culte par la
prédication de la parole!, l'administration des sacrements, l'oblation du sacrifice et des prières , par la pratique des vertus et du bon exemple : « Clerus religiosus status, » disent les conciles. Ainsi la rasure des cheveux est un signe que l'on est disciple de Jésus-Christ, domestique de Dieu, ministre de la religion. Or, à quelle perfection ces qualités n'engagent-elles pas? On orne d'une couronne le tonsuré, pour lui insinuer la dignité de sa profession: «In corona regalis sacerdotii dignitas designatur, » comme parle un concile (Conc. Lond., ann. 1248, lit. Dehab. cler.); dignité appelée par les saints Pères et d'autres conciles : « Decus regale, ecclesiasticum diadema, regalis dominatus » (Synod. Paris. , ann. 1314), que saint Grégoire de Nazianze assure être incomparablement élevé au-dessus de tous les empires du monde « Imperium gerimus multo perfectius et praBStcintius regno terreno; » et figurer le domaine sur les inclinations terrestres, sur le vice et sur le péché : « Fecisti nos Deo nostro regnum et sacerdoles, et regnahiraus super terram ; ■» et enfin la perfection dont on doit être orné . Corona signum perfectionis, dit un concile de France. « Clericalera coronam ad perfections vitae professionem significandam, clerici omnes déférant,» ordonnent les canons. Toutes ces explications ne sont-elles pas autant de titres d'une éminente sainteté?
On coupe les cheveux en cinq endroits, pour marquer la consécration des facultés et des sens au culte de Dieu, la source du sacerdoce, qui découla des sacrées plaies de la victime sainte immolée sur la croix ; la vigilance et l'attention nécessaires à un pasteur qui, selon saint Chrysostome, a besoin d'un nombre infini d'yeux, et d'avoir tous ses organes libres : Saèerdolem oportet esse perspicacem, atque innumeros quoquo vertus oculos circumferre; innumeris oculis opus est illi, undique quocirca multa quidem opus est pastori prudentia, et sexcenlis, ut ita dicam, oculis. »
On revêt le tonsuré d'une soutane, habit religieux, dont la nouveauté impose l'obligation de mener une vie nouvelle : Ut in novitate vitœ ambulemus. (Rom. vi, 4.) Car, comme observe le grand saint Denis : « Prions vestis delractio, et alterius inductio, significat a media.sancta vita, ad perfectiorem traductionem. » (Hier., c. 6); et la couleur, celle de mourir à toutes les vanités du monde; et la longueur, celle de persévérer constamment au service de Dieu, et la figure, celle de crucifier le vieil homme : Qui Christi sunt, carnem suam crucifixerunt cum vitiis. et concupiscentiis. (Galat. v, 24.)
On le pare d'un surplis qui, par sa blancbeur, apprend la vie innocente, pure et chaste que demande la clérfcature : « Alhœ. enim vestes munditiam vilaesignificant; quia justum est ut clerici in justilia et sanetilalo Deo serviant, » disent les canons et saint Grégoire le Grand. (Hou. Aug., lib. i Gem.
c. 32). « Quid per byssum, nisi caudens décore inunditiee corporalis eastitas designatur? (S. Greg., part, h Pastor., c. 3.) Et par son ampleur, l'étendue du zèle sacerdotal ; et par sa forme , la ferveur et la promptitude des ecclésiastiques, qui doivent imiter les anges dans leurs fonctions, appelés par les saints docteurs : « Angelici homines; contubernales et condomestici angelorum ; sanctœ Ecclesiae angelicus ordo. » (S. AuG.,Ser. ad f rat. in erem.; S. Petr. Dam., De coin, vita canon., c. 4.)
On lui met en main un cierge allumé, figure de la science et de la charité, dont il doit édifier l'Eglise, de son mouvement continuel pour les bonnes œuvres, de son obligation à tendre toujours vers le ciel par une grande pureté d'intention, à se consumer au service du prochain.
Qui pourrait dire les grâces attachées à tant de mystérieuses cérémonies? les vertus qu'elles exigent, les devoirs qu'elles imposent, les effets qu'elles devraient produire?
Les saints considérant ainsi un clerc revêtu au jour de la consécration, les conciles et l'Eglise même, dans Je Pontifical, s'épuisent en éloges, et ne se lassent poiut de relever la dignité de la profession qu'il embrasse.
Ils disent que c'est là un habit véritablement sacré, véritablement religieux : « Sacra vestis, habitus religionis; habitus suncti nominis. »
Que cet extérieur modeste, ces ornements pieux doivent confondre le luxe et la vanité, et couvrir de honte les libertins et les vicieux : « Clericalis stolœ monumentum taie est , ut de ejus occursu vitia suffundantur, improbi mores erubescant. »
Que ce changement extérieur n'est que la figure du changement intérieur et de l'accroissement dans les vertus que Dieu leur donne, s'ils viennent avec des dispositions proportionnées à la sainteté de l'état qu'ils embrassent : « Ut sicut immulantur in vultibus, ita in dextera manus ejus virtutis tribuat incrementum. v
Troisième considération. — Après avoir tiré l'excellence de la tonsure de la dignité de celui qui Ja confère, des paroles et des prières avec lesquelles on la confère, des cérémonies par lesquelles on la confère, il est présentement à propos d'exposer les dispositions qu'on demande en celui à qui on la confère.
Ces dispositions se peuvent réduire à trois principales, dont la première regarde Dieu, la seconde regarde l'Eglise, la troisième regarde le tonsuré. La première, qui regarde Dieu, est la vocation qui doit venir d'en haut. La seconde, qui regarde l'Eglise, renferme diverses qualités extérieures et intérieures qu'elle exige de ceux qui prétendent s'enrôler dans celte sainte milice. La troisième, qui regarde le tonsuré, est la pureté d'intention, et les sentiments religieux avec lesquels il doit se présenter. Trois choses dignes d'être considérées.
Premièrement, la vocation divine est nécessaire à celui qui veut s'engager dans l'état ecclésiastique , sans quoi , moralement parlant, il ne s'y sauverait pas.
On ne prétend pas ici parler à fond, ni de la vocation, ni des marques qui l'accomgnent; on l'a fait ci-dessus, on le fera encore dans la suite ; il suffit de dire en ce lieu, que, quand on embrasse témérairement et par son propre choix un état de vie si saint et si périlleux que celui-ci, qui nous engage à la pratique de tant de vertus difficiles et à l'exercice de tant de fonctions relevées, sans consulter Dieu et sans qu'il paraisse y appeler, on ne reçoit point les grâces que Dieu prépare à ceux qu'il y destine. Cela étant, comment ferait-on son salut dans cette profession? Quel est le maître qui voudrait donner des gages à des domestiques qui se seraient eux-mêmes ingérés dans sa famille sans son consentement, et qui en auraient usurpé les premiers emplois , sans son agrément ni sa volonté? Quelle injure ne fait-on donc pas à Dieu, quand on usurpe les plus éminentes charges de son Eglise , sans que son choix y soit intervenu, et sans qu'on y ait été appelé pour les exercer; et quelle grâce doit-on attendre de Dieu dans les emplois , après être entré dans sa maison d'une façon si irrégulière et si irréligieuse?
De plus , l'Eglise demande plusieurs qualités dans celui qui s'approche de la tonsure, dont voici.les principales, qu'on ne fera que toucher. Par exemple, qu'il soit né de légitime mariage; parfaitement instruit de la doctrine chrétienne, exempt de censure et d'irrégularités ; qu'il ait reçu le sacrement de confirmation et fait sa première communion; qu'il sache lire et écrire , et ait ouverture pour le latin et disposition pour les sciences. Les évêques exigent qu'il ait assisté pendant plusieurs mois aux instructions qu'on fait dans les séminaires, pour ceux qui prétendent la recevoir ; qu'il soit assez âgé pour connaître l'excellence et la sainteté de l'état ecclésiastique, et le choix de vie qu'il veut faire : car, comme dit le concile de Cologne : « Quid indecorum magis quam admoveri infantes, qui non intelligant quid agatur, imo ne capiant quidem quid clerici nomen significet? » Enfin, qu'outre l'attestation de vie et de mœurs de son curé et de son régent', et son extrait baptistaire en bonne forme, il n'ait aucun défaut corporel ni spirituel, qui puisse empêcher qu'on ne le juge propre à toutes les fonctions ecclésiastiques avec bienséance et religion.
Et c'est avec grande raison que l'Eglise demande tant de dispositions en celui qui veut recevoir la tonsure ; car, par cette conduite, elle témoigne quelle est la haute idée qu'elle a de l'état ecclésiastique; elle s'en sert comme de moyens très-propres pour suppléer au défaut de ceux qui prétendent la recevoir sans avoir suffisamment examiné leur vocation, pour les avertir de bonne heure de leurs obligations; de l'usage qu'ils doivent faire des biens ecclésiastiques, do
la manière dont ils doivent entrer dans les monde, ils n'ont pas assez d'esprit pour y bénéfices, ou dans les charges ou dignités, réussir; d'ailleurs, ils n'ont pas assez de
et en exercer les emplois et les fonctions; pour tâcher de leur ôter les indispositions, de purifier leur intention', de leur inspirer l'esprit ecclésiastique, et le désir de travailler dans l'Eglise ; pour exclure du clergé les indignes, à qui ces différentes conditions et qualités servent comme d'autant de barrières et d'obslacles, afin de les en éloigner, et les obliger à ne pas entrer inconsidérément dans un état qui est tout autre qu'ils se l'imaginent . car, comme la santé du corps humain dépend de sa première formation et nourriture, le succès d'une affaire, de son bon commencement, la perfection d'un religieux, de la régularité qu'il a observée [tendant son noviciat, ainsi la sainteté d'un prêtre et son exactitude dans toutes ses fonctions, sont d'ordinaire le fruit de la bonne disposition avec laquelle il a reçu la tonsure.
Troisièmement, il est nécessaire que celui qui se présente à la tonsure , et qui veut la recevoir dignement, soit extrêmement éloigné des méchantes vues, que souvent on apporte à l'état ecclésiastique , et que voici :
La première, est de ceux qui y viennent pour obéir à leurs parents qui le veulent ainsi, et qui les envoient, sans considérer que ce n'est pas à eux à faire la vocation de leurs enfants; qu'ils entreprennent sur les droits de Dieu et sur le patrimoine de Jésus- Christ, et que les vues intéressées qui les poussent à procurer ainsi la tonsure et les bénéfices à leurs enfants, sont pernicieuses à leur famille même; que Je bien de l'Eglise les appauvrit, au lieu de les enrichir; et qu'enfin ils attirent la malédiction de Dieu sur eux, pour avoir engagé leurs enfants dans des états, où, faute de vocation, ils se perdent fort ordinairement; à quoi ils devraient sérieusement penser, et de quoi il est bon d'avertir les enfants, afin qu'ils ne suivent pas leurs impressions en cela.
La seconde, est de ceux qui veulent recevoir la tonsure, parce qu'ils espèrent avoir des bénéfices, succéder à un oncle, à un parent, à un ami, en obtenir d'un patron, ou par quelque autre moyen ; ce qui répugne si fort à. la sainteté de l'état ecclésiastique, qu'il suffit de dire que l'intérêt et la convoitise des biens ont été le péché de l'apôtre infidèle, devenu l'exemple des ecclésiastiques avares.
La troisième, est de ceux qui se font ecclésiastiques, parce qu'ils sont les cadets de leur maison, et que, l'aîné étant pour le monde, il faut, selon la coutume, qu'ils prennent le parti de se faire d'Eglise.
La quatrième, est de ceux qui aspirent à l'état ecclésiastique par un motif d'ambition.; pour y paraître, pour y exercer leurs talents, pour y acquérir l'estime et l'approbation des nommes, pour s'y rendre considérables dans le monde.
La cinquième, est de ceux qui se déterminent' à l'état ecclésiastique, parce qu'ils ne = e trouvent pas assez bien faits pour le
ferveur pour embrasser la vie monastique, qui leur paraît trop austère et gênante; ainsi ils regardent le clergé comme une profession dans laquelle ils pourront vivre commodément et avec douceur.
Voilà quelques-unes des vues qui souvent corrompent le cœur de plusieurs de ceux qui se présentent à la tonsure, et qui déshonorent l'Eglise, qui dérèglent et défigurent le clergé, et qui le remplissent d'un trèsgrand nombre de ministres indignes.
Mais ce qui montre le plus la parfaite pureté d'intention que l'on doit apporter en entrant dans l'état ecclésiastique, est la protestation que l'on fait au pied des autels lorsqu'on la confère ; la voici : Dominas pars hœredilatis iiieœ , et calicis mei , tu es qui restitues hœreditatem ineam mihi. (Psal. w , 5.) Si ces paroles sont sérieuses, si elles ne sont pas vides de sens, elles signifient sans doute que le tonsuré fait une offrande de lui-même à Dieu; qu'elle est comme une profession de l'état ecclésiastique , une protestation publique de se vouloir consacrer uniquement et totalement au service du Seigneur et de ses autels, avec un renoncement parfait au monde et à toutes les prétentions du siècle; c'est une déclaration authentique de prendre Dieu pour son héritage, et de vouloir ère celui de Dieu ; c'est un contrat mutuel.
Premièrement, le Pontifical romain nous apprend que celui qui, par la cléricature, cherche autre chose que Dieu, qu'il a dû prendre pour son héritage, ne sera point l'héritage de Dieu: « Qui Dominum possidet, et cum propheta dicit : Pars mea Dominus (Thren. m, 24); nihil extra Dominum habere potest ; quod si quidpiam habuerit preeter Dominum , pars ejus non erit Dominus. »
Saint Augustin assure que l'on doit avoir honte de proférer ces paroles de bouche, et d'avoir l'amour des richesses dans le cœur : « Qui de terra praesumunt habere facullatem , quomodo non erubescunt dicere : Dominus pars hœreilitatis meœ. » (Psal. xv , 5.)
Saint Bernard nous avertit que nous ne nous flattions point de pouvoir tout ensemble posséder Dieu et l'argent; que Dieu dédaignera une telle société, et à n'être qu'une portion de nos biens : « Clericus si quidpiam Habuerit praeter Dominum , pars ejus non erit Dominus ; verbi gratia , si aurum , si argentum , si possessiones , si variam supellectilem , cum istis Dominus pars ejus fieri non dignatur. »
Un grand et célèbre évêque de France nous enseigne qu'en embrassant la cléricature, nous avons dit adieu au monde : « Clericatum eligere , est mundo renuntiare. »
Un autre saint abbé s'explique davantage en particulier, et nous apprend que la consécration pour la cléricature est une renonciation à toutes les affaires séculières, a tous les soins terrestres, à tous les embarras temporels : « Non excidat a te quomodo in
tonsura capitis quando electus es in sortem Domini, renunliasti ignominkB laicali ; in
die autera consecrationis tues, super abrenuntialione sœcularium, eraisisti vota quœ distinxerunt labia tua : alligatus es verbis oris tui, ubi ab interrogantis eonsecrationera sine exceptione aliqua prornisisli, quod de cœtero a terrenis negotiis, et a turpibus lucris, te alienares, tuamque sollicitudinem divinis semper negotiis raancipares. »
Voilà ce que renferment les paroles qu'on profère quand on reçoit la tonsure ; voilà jusqu'où s'étendent les promesses que l'on fait, selon les sentiments des saints; une renonciation de cœur à tous les biens terrestres, un retranchement de toutes les affections charnelles, un éloignèrent de toutes les affaires séculières, un dévouement et une consécration de tout soi-même à Dieu et au service des autels.
Que celui qui prétend à l'état ecclésiastique examine s'il a ces dispositions extérieures et intérieures requises par l'Eglise; si du moins il entre dans toutes ces vues, s'il les goûte, s'il en désire la grâce, s'il les demande à Dieu.
Quatrième considération. — Enfin , pour achever cette matière, il est à propos de considérer les effets que produit cette consécration par la tonsure; ou plutôt les avantages que l'on en retire, et les engagements que l'on contracte.
On peut dire que ces deux choses sont comprises dons les paroles que l'évêque profère en nous revêtant de l'habit ecclésiastique, et qu'avec lui il nous confère les privilèges de la cléricature, et nous en impose les obligations : * Induat te Dominus novum hominem, qui secundum Deum creatus est in sanclitate et justitia veritatis. »
Des privilèges qu'apporte la tonsure.
Le principal effet de cette cérémonie est de nous agréger au clergé, honneur incomparable, et que nous ne saurions trop estimer. Car, en premier lieu, qu'est-ce que le clergé? Si nous en examinons le nom, nous trouverons qu'il veut dire sort, ou aventure: en second lieu, héritage; deux interprétations glorieuses aux ecclésiastiques, et qui prêchent leurs devoirs également. L'une, leur apprend qu'ils ne doivent entrer dans l'état ecclésiastique que par un coup de Providence, et un choix secret que Dieu , qui n'a aucune acception de personne, a fait d'eux h un si haut emploi; en un mot, que leur vocation ne doit pas être l'ouvrage d'une délibération humaine, et préméditée par la prudence de la chair et du sang, mais venir du Ciel : Nemo sumit sibi honorent, nisi qui vocatur a Deo tanquam Aaron. (Hebr.
L'autre, qu'un ecclésiastique est l'héritage de Dieu, et que Dieu est l'héritage d'un ecclésiastique; bonheur inestimable, ligure dans l'ancienne Loi en la personne des lévites, à qui Dieu ne voulut donner aucune portion dans la terre promise, ordonnant que son autel fut leur patrimoine, et qu'ils fus-
sent le sien ; ce qui s'accomplit en esprit et en vérité dans la Loi de grâce en la personne des ecclésiastiques qui ont succédé aux lévites : « Clericus, » dit saint Jérôme, « qui Christi servit Ecclesiae, interpretetur primum vocabulum suum, et nominis definitione prolata, nitatur esse quod dicitur. Si enim cleros Grœce, sors Latine appellatur, propterea vocantur clerici, vel quia de sorte sunt Domini, vel quiaipse Dominus sors, id est, pars clericorum est. Qui autem vel ipso pars Domini est, Yel Dominum partera habet, talem se exhibere débet, ut et possideat Dominum, et possideatnr a Domino. »
En second lieu, qu'est-ce que le clergé en lui-même, sinon la congrégation des principaux membres de l'Eglise, expressément consacrés et spécialement députés pour rendre à Dieu le culte qui lui est dû , et pour travailler à la sanctification des âmes? «Specialiter adhaerentes Christo prae caeteris Ecclesiae membris, » dit saint Pierre Damien. '< Sanctiora membra Ecclesiae, » dit. le même auteur. « Pars membrorum Christi prima, » dit saint Grégoire. Car quel avantage n'estce pas d'être agrégés à un tel corps? d'être associés à de tels memhres? quel engagement de sainteté ne contracte-t-on pas en y entrant, et en se chargeant de deux fonctions si importantes et si relevées? D'ailleurs, quel est le chef de ce corps? l'instituteur du clergé, quel est-il, sinon Jésus-Christ même, qui a institué le sacerdoce, qui a été le pernier prêtre de la loi de grâce, et do qui Melchisédech, Aaron et tous les autres prêtres de l'ancienne Loi n'ont été que des figures? C'est lui qui consacra ses apôtres, le soir de la cène, et qui leur donna le pouvoir de conférera leurs successeurs ce divin caractère, établissant saint Pierre le chef visible de cette nouvelle hiérarchie. C'est parce canal et cette succession non interrompue, que le sacerdoce est venu jusqu'à nous, et qu'il nous a été communiqué et transmis; de sorte que, remontant à la source, nous trouvons que Jésus-Christ est le chef du clergé, et que les ecclésiastiques ont l'honneur et la gloire d'être ses principaux membres et de porter son caractère : que si les ordres religieux se glorifient avec tant de raison d'avoir un saint illustre pour fondateur , les prêtres et les ecclésiastiques ont un avantage bien plus grand et qui les engage à une sainteté bien autre, puisqu'ils ont Jésus-Christ, le Saint des saints, le souverain Prêtre, le Pontife par excellence, pour leur instituteur, leur fondateur, leur patriarche et leur chef : « Non mortalisquispiam, non angélus, non archangelus, non alia quaevis creala potentia, sed ipse Paracletus, ordinem hujuscemodi disposait, »
dit saint Chrysostome. « Clerus opns manuum Dei, » dit Pierre Damien.
De cette incorporation au clergé etde cette séparation de l'état laïque, s'ensuivent diverses autres prérogatives.
Premièrement, qu'un ecclésiastique est retiré de dessous la juridiction séculière, et devient sonmis à celle de l'Eglise; qu'il eu-
ŒUVRES COMPLETES DE DE LA CllETAllDIE.
tre en possession des immunités des canons, lesquelles sont en grand nombre, et dont la plus considérable est de rendre sa personne sacrée, en sorte que qui tue, mutile, blesse ou frappe notablement un clerc, faisant actuellement profession de la vie ecclésiastique, et portant les marques de son état, ou qui l'outragerait même par quelque action corporelle injurieuse, qui fût péché mortel, encourrait l'excommunication majeure, ipso facto, réservée au Tape ou du moins à l'évèque en certaines circonsiances.
Un autre de ces privilèges qui n'est que Irop connu, et ordinairement le plus désiré, et dont on fait souvent un fort mauvais usage, est de rendre capable de posséder les bénétices, desquels il est bon de connaître la nature et les obligations, afin de modérer l'ardeur avec laquelle on s'y porte.
Des bénéfices.
Les bénéfices ne sont autre chose en trois mois, que « vota fidelium,patrimoniapauperum, pretia peccatorum. » Les vœuxdes fidèles, le patrimoine des pauvres, le prix des péchés.
« Vota fideliura, » c'est-à-dire, que les revenus ecclésiastiques ont été donnés par des personnes pieuses qui se sont dépouillées de leur Héritage pour les consacrer à Dieu et lui en faire une offrande, et les faire servir à i'entretien de ses ministres et de ses autels, et pour donner lieu aux ecclésiastiques de travailler uniquement et en paix à le faire connaître, aimer et servir; d'où il est aisé de voir combien il est injuste et contre l'intention de ceux qui ont fondé les bénéfices, d'employer les revenus en des usages profanes et séculiers, et pour fournir au luxe et à la vanité. En second lieu, les bénéfices sont: « Patrimonia pauperum. » Et cela veut dire que les bénéfices ont été fondés par des personnes charitables, qui, prévoyant la dureté des Chrétiens à faire l'aumône, ont laissé leurs biens aux pauvres, en fondant des bénéfices sur les revenus desquels ils pussent avoir recours comme sur leur patrimoine, laissant le soin aux ecclésiastiques de les leur dispenser , après qu'ils en auraient pris pour eux leur juste sustentation. En quoi il est aisé de voir combien les bénéficiers s'éloignent de leurs obligations, lorsqu'ils ne songent qu'à s'enrichir dans les bénéfices, et qu'à y trouver leur fortune et celle de leurs parents, sans se mettre en peine d'en accomplir les plus essentielles obligations, comme est celle de faire i'aumône et de ne se regarder que comme les économes et les dispensateurs des biens ecclésiastiques et non les maîtres, les propriétaires et les seigneurs.
Enfin les bénéfices : « Sunt pretia peccatorum : » ce qui; veut dire que les revenus ecclésiastiques ont été donnés par des pécheurs convertis, qui, par un mouvement de pénitence, ont racheté leurs péchés, employant leurs biens en œuvres pies, en fondations de Messes, de prières, d'Offices et d'aumônes qu'ils ont prétendu être faites à
perpétuité; et cela dans l'intention de réparer les mauvais usages qu'ils avaient faits de leurs richesses, et de satisfaire à la justice divine; ce qui fut voir que rien ne peut être opposé davantage à l'esprit de ces pieux bienfaiteurs, que d'employer leurs fondations à toute autre chose qu'à accomplir leurs saintes intentions.
Des obligations u'imposela tonsure.
Les obligations que l'on contracte par la réception île la tonsure se peuvent réduire à deux, à vivre saintement et à porter les marques de la profession ecclésiastique : l'une regarde l'intérieur, l'autre l'extérieur, et toutes deux forment un parfait ecclésiastique. Qui doute qu'un ecclésiastique ne soit tenu de vivre saintement? Car, pour n'en dire que deux mots ici ; un clerc par son état est consacré à Dieu. Or, être consacré à Dieu, c'est être transféré d'un usageprofane à un usage saint, par une impression de grâce et une destination à un office sacré. Par exemple, un calice entre les mains de l'ouvrier, est une chose encor© profane ; mais quand l'évêque l'a bénit, il ne peut plus être employé qu'au sacrifice; de même, quand un fidèle n'a pas la tonsure, il n'est qu'un laïque, qui peut entrer dans le commerce du monde et du siècle; mais quand il est tonsuré, il devient un ecclésiastique, et ne doit plus être employé qu'à des usages saints et qu'au service des autels : « Cui Deus portio est, nihil débet curare nisi Deum, et quod ad alia officia eonfertur, hoc religionis cultui decerpitur, » dit saint Ambroise.
2° La cléricalure étant un état saint exige une vie qui lui soit conforme; autrement quel renversement serait-ce d'assembler, eu, une même personne, une dignité très-élevée et une vie basse et abjecte.
3° Ussont les domestiques de Jésus-Christ et plus proches de lui que les laïques, ayant l'honneur de le servir, de le représenter à l'autel ; ils doivent donc être saints.
4° Etant le sel de la terre et la lumière du monde , leur vie doit servir d'exemple au reste des Chrétiens, et leur être tout ensemble des instructions et des répréhensions.
Cette sainteté consiste principalement à s'abstenir de tout péché et à s'éloigner des. apparences mêmes et des occasions du péché, à s'exercer dans la pratique des venus, et surtout de celles qui sont conformes à leur état; à aimer les fonctions ecclésiastiques, à s'y appliquer avec soin, à remplir les devoirs de leur ministère, à se tenir unis à Dieu de cœur et d'esprit, à se conduire en toutes leurs actions selon les règles de l'Eglise, évitant les choses que les canons défendent, et pratiquant celles qu'ils ordonnent.
Il faut donc qu'un clerc, rempli de l'esprit de sa profession, fasse et évite les choses, qu'on va marquer. Il doit : 1° S'appliquer aux moindres fonctions ecclésiastiques; à' balayer l'église, parer les autels, plier les
ornements, allumer les lampes, faire les lioslies, sonner les cloches.
2° Il doit savoir les cérémonies et les rubriques, et leur signification , les pratiquer avec exactitude , modestie, attention, dévotion; apprendre le plain-chant, s'instruire de tout ce qui regarde le Rituel, le Pontifical, le Bréviaire, le Missel.
Ne rien omettre de ce qui peut le rendre propre ut utile à tous les emplois de sa profession et de son état.
Eviter ce que les canons lui défendent, comme la chasse , la danse , la comédie , les spectacles publics, les cabarets, les festins, les jeux de hasard, le port d'armes, le luxe, la fréquentation des femmes , les procès , le trafic, les affaires séculières.
S'adonner à la prière et à la méditation des livres saints.
Aimer l'étude, étant tenu non-seulement de s'instruire de la loi divine, mais encore de l'apprendre aux autres.
Assister au service divin dans l'église qui lui aura été assignée par son prélat ou dans sa paroisse; et cela en soutane et surplis , avec modestie et recueillement, tenant à gloire d'y servir la Messe, d'y chanter, d'y faire le catéchisme et d'y exercer les fonctions cléricales , dans la dépendance et soumission de , ceux qui le devancent par leur caractère , leur âge ou leur dignité; d'y fréquenter les sacrements , communiant aux grandes Messes, se trouvant aux sermons, aux processions et aux Offices, et édifiant ainsi le prochain par le bon exemple qu'on a droit d'attendre de lui.
Porter l'habit ecclésiastique, c'est-à-dire la soutane longue et la ceinture par-dessus, un petit collet sans glands , des manchettes simples et unies, les cheveux courts, la couronne bien marquée.
Vivre dans une chasteté et une pureté dignes d'un homme qui se destine au sacerdoce de Jésus-Christ, évitant les vices et les dérèglements auxquels bien ii>is ecclésiastiques ne se laissent que trop fréquemment aller, demandant à Dieu la grAce de les éviter comme des écueils, où d'ordinaire les belles espérances que plusieurs d'entre eux faisaient concevoir à l'Eglise vont se briser et s'échouer malheureusement, et où leurs talents et leur esprit font souvent un funeste naufrage. Les voici :
L'amour déréglé de leur propre repos, qui les fait vivre dans l'oisiveté, ou dans les emplois inutilts à l'Eglise, au bien des âmes, et à leur propre sanctification.
L'afïection excessive de leurs parents, qui les engage dans leurs intérêts temporels, dans leurs procès et leurs affaires.
L'attachement h l'argent, qui les rend durs envers les pauvres, insensibles aux bonnes œuvres , et qui leur fait perdre entièrement le zèle de la maison de Dieu ; de sorte que .souvent les églises, à la décoration desquelles ils sont tenus, demeurent plus abanuonnées, plus dénuées d'ornements, de vaisseaux sacrés, moins entretenues de répara-
tions, que celles auxquelles les laïques doivent ces choses.
La prodigalité, qui leur fait imprudemment employer leurs revenus en des dépenses excessives et superflues, en des ameublements, des équipages , des festins , des livres rares, des peintures, des curiosités, et mille semblables vanités qui les mettent hors d'état d'acquitter les charges de leurs bénéfices quand ils en ont, de faire l'aumône ou autres bonnes œuvres, de payer leurs dettes, de récompenser leurs domestiques, mourant souvent insolvables, au grand scandale des gens de bien.
Le désir ardent de posséder et de multiplier des bénéfices, qui nourrit leur avarice, et les fait souvent tomber dans la simonie.
La recherche des dignités et des emplois éclatants, poussés par le mouvement de leur propre convoitise.
L'intempérance ou la bonne chère, qui les fait devenir gourmands et sensuels, et qui les plonge en toutes sortes de vices.
Pour l'obligation de porter la soutane, la couronne, les cheveux courts et le reste des marques de la cléricature, qui la peut révoquer en doute, après ce qu'on a dit ci-dessus de leur mystérieuse signification? Un religieux ne passerait-il pas pour un apostat, s'k quittait son habit, qui néanmoins ne lui a été prescrit que par l'instituteur de son ordre, et ne lui a été donné que par un simple religieux ? Que faut-il donc dire des ecclésiastiques à qui l'Eglise , par la bouche de tant de saints, a si étroitement enjoint de porter l'habit de leur profession, à qui le Saint-Esprit, parl'organede tant deconciles, a imposé la même obligation, en des termes si forts, et sous des peines si grandes; à qui Jésus- Christ, en la personne de l'évê |ue qui les en a revêtus si solennellement , en a enjoint l'usage, qui le quittent impunément, et vont de nouveau se confondre honteusement avec les laïques, et se revêtir encore une fois de l'ignominie des habits séculiers , quoique cela leur soit défendu, sous peine de se voir privés des fruits de leurs bénéfices, de l'entrée de l'église , de la suspension de leurs fonctions, et de l'exercice de leurs ordres, quoiqu'ils soient menacés d'être excommuniés, chassés de l'Eglise, traités comme des déserteurs de la milice cléricale , et des apostats. Voici les termes de plusieurs Papes et conciles: « Clerici, sive in ecclesia , sive extra, habituai talarem induant nigri coloris, suo statui convenientem , et ex decenti materia factum : qui vero bis non paruerint, suspensione pleclanlur, ab ecclesiœingressu arceantur, excommunicationis censuram acci (liant, abexsecutionesuorumordinumnrbitri ordinarii suspendantur , fruclus beneficiorum amiltant, fidei catholieœ rei erunt, taies inter apostntas numerandos, sanctorum Patrum statuta déclarant. Clerici in sacris constituti comam non nutriant; si quis contra fecerit, excommunicationem incurrat ; si quis ex clericis comam relaxaverit, anathema sit. »
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Chap. II. — Des quatre moindres.
On se sert de cetle expression pour deux, raisons: l'une, parce qu'en effet, quelque excellents que ces ordres soient en euxmêmes, ils sont cependant extrêmement inlérieurs en dignité aux ordres supérieurs; et c'est cette seule considération qui fait tolérer dans l'Eglise cette manière de parler, qui ne déroge en rien à l'excellence de leur institution dans l'esprit des personnes éclairées, en qui l'ancienne doctrine et le premier esprit du christianisme vivent et subsistent toujours ; ainsi, l'on dit que les anges sont de la plus basse hiérarchie, sans prétendre par là rien diminuer de la dignité de ces esprits célestes.
L'autre, pour s'accommoder au langage du commun des gens du monde et des ecclésiastiques mêmes, auprès desquels il faut se rendre intelligible quand on parle, et qui, par défaut de lumière et de piété, ne voient rien dans ces ordres, quoique saints et sacrés, qui contente leur ambition, ni qui leur procure aucun avantage temporel , ni qui leur donne aucun rang dans l'Eglise, ou aucune fonction à leur sens ^honorable ; ainsi, le concile de Trente nous appelle aussi bien que le Pontifical, des prêtres séculiers, quoique dans leur doctrine ils nous imposent des obligations de sainteté plus étroites qu'aux religieux les plus réguliers. De sorte que ces sortes d'expressions ne doivent rien diminuer de l'estime religieuse et de la vénération qu'on en doit avoir.
Pour se bien persuader de cette vérité, entre un grand nombre de choses avantageuses qu'on pourrait en rapporter, et qui sans doute en découvriraient l'excellence, on s'arrêtera à cinq considérations, qui prouveront qu'on ne doit point s'en approcher, si, premièrement, l'on n'est plein de respect pour ces ordres, que l'on appelle mineurs, et si l'on n'est prévenu de saintes dispositions, et de beaucoup de zèle pour la perfection, tant parce qu'ils exigent cela par euxmêmes, qu'à cause qu'ils sont comme des préparations aux ordres supérieurs; et qu'ainsi , montant de degré en degré, l'on doit monter de vertu eu vertu; étant honteux, disent les saints, d'avancer toujours en autorité, en pouvoir, en dignité, et de ne faire aucun progrès en grâce et en sainteté : « Vilissimus putandus est, nisi prœcellatscientia et pietate, qui est honore prœstantior. »
On tirera donc ici leur excellence, premièrement, de ce que Notre-Seigneur a bien daigné en quelque façon les exercer sur la terre. En second lieu, de la haute estime que les plus grands saints en ont eue. Troisièmement, des grâces singulières et des pouvoirs qu'ils confèrent. Quatrièmement, des vertus qu'ils exigent, et enlin des fonctions qu'ils uonnent droit de faire.
Première considération. — Quand on dit que notre souverain Prêtre, vivant sur terre, a bien voulu exercer lui-même ces sortes de fonctions, personne n'ignore que cet exercice d'ordre n'est pas de même espèce que
celui que nous faisons tous à l'autel. Mais on dit que Notre-Seigneur en a voulu exercer les fonctions, en ce que possédant éminemment en lui la perfection du sacerdoce, il a fait des actions toutes semblables à celles où la réception des ordres mineurs nous engage; et par là * nous en a donné l'idée, à peu près comme on dit qu'il a donné un crayon et une image du sacrement de la confirmation, quand il imposait ses mains adorables sur la tête des enfants, et qu'il les bénissait: et de celui de l'extrême-onction , quand envoyant ses apôtres en mission, il leur donna le pouvoir de guérir les malades avec de J'huile, quoique, après tout, il n'eût pas^encore établi ces sacrements dans l'Eglise, qui n'était pas encore formée, et pour laquelle il n'avait pas sur la croix laissé percer son côté, d'où devaient découler ces riches sources de sanctification.
Quoi qu'il en soit de cette expression, il est certain que ces ordres ont tiré une grande dignité de ce que Jésus-Christ en a bien daigné exercer les fonctions pendant qu'il était en cette vie* et nous mériter par là les grâces nécessaires pour nous en acquitter dignement.
Il a fait les fonctions de portier, nous disent les saints, lorsque avec un fouet il chassa du temple les personnes indignes qui le profanaient par un commerce honteux. « Hoc officium Dominus noster initiavit, » c'est Yves de Chartres, « quando flagello de funiculis facto, vendentes et émeutes de templo ejecit, et cathedras nummulariorum evertit. » Et il nous a appris, selon l'observation du Pontifical, comment nous remplirions dignement cet office, lorsqu'il a dit qu'il était la porte, et que si quelqu'un entrait et sortait par lui dans les emplois, il y aurait bénédiction, et y trouverait son salut : « Unde ipso ostiarius prœtaxalus dixit : » Ego sum oslium ; per me si quis introierit , salvabitur, ingredietur, egredielur, et pascua inveniet.» (Joan. x. 9.)
Et c'est cet ordre dont on est honoré, quand on reçoit le pouvoir d'exercer les mêmes fonctions, et que l'évêque dit : « Sic agite quasi reddiluri Deo rationem pro iis rébus quœ his clavibus recluduntur. » Si vous devez rendre compte de ce qui est renfermé dans l'église, voyez combien de choses sont commises à vos soins.
Il a fait les fonctions de lecteur, lorsque dans le temple, assis au milieu des docteurs, et dans l'assemblée des Juifs en Nazareth, il lut le livre du prophète Isaïe, selon que le remarque le même évoque : « Hoc officium Dominus noster in propria persona ostendil, quando in medio seniorum librum Isa <q prophelœ aperiens distincte ad intelligeuduiulegit : Spiritus Dominisuperme,ad cvtmgelizandum pauperibus misit me. » (Luc. iv, 18; Isa. lxi, 1.) Nous apprenant,par là, continue ce saint prélat, le devoir d'un lecteur, et l'office édifiant qu'il doit exercer dans l'église : « Ut hoc exemple» cognoscat leetor, quia spiriluali gratia débet clarere, et sic audilonbus verbum Dei prœdicare. » Tel est
RETRAITE TOIR LES ORDINANDS - EMTRETIEN XV. DES ORDRES.
Hll
lordre qu'on reçoit quand l'évêque dit ces paroles : « Accipite, et estote verbi Dei relal'ores, etc. »
Il a fait les fonctions d'exorciste autant de fois qu'il a chassé le démon du corps des possédés; c'est-à-dire un nombre infini de ibis ; mais particulièrement, lorsque avec de sa salive, touchant les oreilles d'un homme muet et sourd, il le délivra de l'esprit rebelle et opiniâtre qui l'occupait : « Hoc officio usus t-st Dominus, quando saliva sua tetigit aures surdi et muti, et dixit {Marc, vu, 3k): Èpketa, quod est adaperire.» Nous enseignant ainsi par son exemple de travailler à ouvrir la bouche et le cœur des pécheurs endurcis, et de les ôler à leur usurpateur, pour les rendre à leur légitime maître : '< Quo exemple» docuit nos tali sacramenlo aperire debere aures praecordiorum ad intelligendum , et os ad confitenduui ; quod sit , cum expulso deemone, virus possessor recipit vas suum. » C'est cet ordre que Ton confère par ces paroles : « Accipite et habele potestatem imponendi manus super energumenos. » Avezvous assez de sainteté pour cela?
Il a fait les fonctions d'acolyte, ou plutôt il a montré qu'il en possédait la grâce en plénitude, lorsqu'il a dit : Je suis la lumière du monde, celui qui me suit ne marche point dans les ténèbres : «Hoc officium Dominus se habere testalur in Evangelio dicens : Ego sum lux mundi , qui sequitur me non ambulat in tenebris , sed habebil lumen vitœ.» Et c'est à l'acolyte qu'il a imposé l'obligation de participer à celle grâce, lorsqu'il a dit : Sic luceat lux vestra coram hominibus, ut videant opéra vestra bona , et glorificent Patrem vestrum qui in cœlis est. (Matth. v, 16.) Vos estis lux mundi. [lbid., \k.) Obligation qui s'accroît encore davantage quand on dit : « Accipite ceroierariuro, » ou plutôt, « lucete sicut luminaria in mundo. »
Or, qui pourrait dire combien ces ordres véritablement grands et relevés tirent de noblesse et de dignité de ce que Jésus-Christ les a voulu faire reluire en sa personne, en a voulu comme exercer les fonctions, nous a mérité la grâce de les recevoir dignement, et de les pratiquer utilement? S'il a sanctifié nos moindres actions en les faisant luimême, et nous attirant la grâce pour les faire en lui dignement, si même pur le seul attouchement de son corps adorable, il a consacré les éléments et les sujets les moins capables de sanctilication, l'eau pour notre régénération ; si la frange de ses babils guérissait les malades ; si son seul attouchement ressuscitait les morts, quelle bénédiction n"a-tîl pas attirée sur nos sacré, s fonctions , en les piatiquanl lui-même, en s'y assujettissant, en s'abaissant et se courbant, pour s'exprimer avec saint Ambroise, jusqu'à des emplois si ravalés pour lui? « Dominus Jésus usque ad lecloris sese iocurvavit ofiicium. » Quelle grâce ne nous a-t-il donc pas méritée, et quelle fidélité n'exige-l-il pas de nous, puisqu'il n'a pratiqué ces choses en sa personne qu afin de les faire saintement pratiquer à ses ministres : « Hœc officia Dominus
noster Jésus Christus in propria persona ostendit, et Ecclesiœ suœ exhibenda monstravit, ut forma quae preecessit in capite reprresentaretur incorpore. » (Pontifie. Biblioth., apost., exhorl. ad primant tonsur.)
Deuxième considération. — Considérons la haute estime que les plus grands saints ont eue de ces ordres que nous appelons mineurs, et la sainteté qu'ils ont cru nécessaire, soit pour les recevoir, soit pour en exercer les fonctions. Considérons leur doctrine, considérons leurs sentiments, considérons leurs exemples.
Voici leur doctrine :
Ils ont enseigné que les sept ordres de la hiérarchie ecclésiastique avaient été figurés par les sept colonnes que la Sagesse a élevées, et qui servent d'ornement à son magnifique palais, et par les sept branches du chandelier du temple.
Ils ont dit que ces ordres étaient représentés par ces degrés d'or couverts de pourpre, qui servaient de marche pour monter au trône de Saiomon : « Hic est thronus eburneus ad quem ascenditur, sed gradibus purpureis, ubi sacerdos Dei sumrai ascendit ad dignitatem ; » et par ceux qui servaient aussi pour monter à l'autel des sacrifices, placés à l'entrée de l'ancien temple : « Introducti sunt quidam minorum ordinum gradus per quos tanquam canlicum graduum, ascenditur ad sacerdotium, » ajoute le même auteur.
Ils ont comparé les différents degrés du sacerdoce à la diversité de la hiérarchie des esprits célestes : « Progressiones ministrorura sunt, ut arbilror, imilationes gloria? angelicae, et illius œconouiica? dispensationis, » dit saint Clément d'Alexandrie.
Ils n'ont pas fait difficulté d'avancer que les sept ordres de l'Eglise étaient les symboles des sept dons du Saint-Esprit dans nos âmes : « Omnes Ecclesia> minislri sunt in septem gradus dispositi, quia a septiformi gratia Spiritus consecrati. »
Ces comparaisons et cette doctrine nous apprennent la dignité des quatre ordres mineurs, puisque du moins ils tiennent lieu de quatre colonnes, entre les sept qui ornent la maison de Dieu. S'il y a sept degrés pour monter au trône du vrai Saiomon, les ordres mineurs sont les quatre premières marches de ce lieu éminent ; ils sont également d'or et couverts de la pourpre du grand roi. S'il y avait divers degrés pour parvenir à la place de l'auto! des holocaustes; si nous admettons plusieurs hiérarchies d'anges, sept dons du Saint-Esprit, dans la doctrine des saints, les quatre ordres mineurs entrent dans ces nombres mystérieux, et partagent le rang et la dignité avec les autres. Quel respect ne devons-nous pas avoir pour eux! avec quelle crainte religieuse ne devons-nous: pas en approcher!
quels devoirs de sainteté ne nous imposentils pas I quels grands sujets de rejeter les fausses idées que nous en avons !
Voici leurs sentiments :
Commençons par leur respect pour cc3
OEUYRES COMPLETES DE DE LA CIIETARDIE.
ordres mineurs. Premièrement, à l'égard de l'ordre de portier.
Saint Paulin, si grand selon Dieu et selon le siècle, que saint Ambroise voulait faire son successeur dans l'Eglise de Milan, et que le inonde était heureux de posséder, ainsi qu'assurait saint Martin : « lllum nobis sequendum , illum clamabat imitandum, beatumqueesse prœsens saeculum tanta3fidei virtutisijue documento. » (Sulp.-Skv.)
En un mot, ce saint évêque de Noie proteste qu'il n'avait rien souhaité davantage que d'exercer l'oifice de portier dans l'église de Saint-Félix. On m'a consacré prêtre, ditil, je l'avoue ; mais c'est par force, c'est malgré moi ; on m'a fait violence, on m'a pris à la gorge : «. Multitudine strangulante, » ditil, « presbyteratu initiatus sum, fateor invitus. >. Mon ambition ne s'élevait pas là: « Quia ab œditui nomine et officio optavi sacram incipere servi tulem. » Tel était le sentiment de cet humble saint, et son estime pour l'ordre de portier, que l'on confère par ces paroles : « Sic agite quasi rationem reddituri pro iis rébus quœ istis clavibus recluduntur. »
En second lieu, sur l'ordre de lecteur, on ne peut avoir de plus illustres marques de l'estime et du respect que les Pères et les martyrs ont eu pour cet ordre excellent, que ce qui nous est resté dans les écrits de saint Cyprien, louchant l'ordination de deux jeunes confesseurs, Célerin et Aurélius. Célerin était un jeune homme de qualité, de qui la grand'mère avait répandu son sang pour la foi : « Avia ejus Celerina jam pridem martyrio coronata est. » Deux de ses oncles, officiers de guerre, mais plus véritablement soldats de Jésus-Christ, avaient eu le même bonheur : « Patruus ejus et avunculus Laurentius et lgnatius, in castris et ipsi quondam seecularibus militantes, sed veri et spiriluales Dei milites, dum diabolum Christi confessione prosternunt, palmas a Domino et coronas illuslri passione meruerunt. » Animé par les mouvements d'un sang si noble, et encore plus par des exemples domestiques si glorieux, dit saint Cyprien à son clergé, il n'a eu garde de dégénérer; et je ne sais, continue-t-il, lequel est le plus admirable, ou un tel fils d'avoir eu de tels ancèlres, ou de tels ancêtres d'avoir eu un tel fils : « Nec degener ergo esse, nec rainor poterat, quem sic domeslicis exemplis virtulis ac tidei provocabat familiaedignitas, et generosa nobilitas, nec invenio quem beatiorem uiagis dicam, utrumne illos de posteritate tam clara, an hune de origine gloriosa. »
Ce vrai fidèle, quoique encore fort jeune, est néanmoins le premier exposé à la fureur d'une persécution naissante et cruelle; il est regardé comme le capitaine des soldats de Jésus-Christ, et la Providence l'ordonna ainsi, afin que sa victoire sur un si redoutable ennemi ouvrît le chemin à ceux qui le suivaient : cette victoire lui coûte cher; on ne lui fait pas des plaies capables de lui donner une mort soudaine. On pro-
longe les supplices et les tourments; on le tient dix-neuf jours durant en prison, chargé de fers et garrotté d'une manière très-douloureuse. On lui fait endurer la faim et la soif. Sa chair macérée n'en peut plus, mais son esprit est plus vigoureux dans la foi que jamais : « Non brevi compendio vulnerum victor, sed hserentibus diu et permancnlibus poenis, longae collucialionis miraculo triumphator, per decem et novem dies custodia carceris septus, in nervo ac ferro fuit. Caro famis ac sitis diulurnitaîe conlabuit, sed spiritus, » etc. Son corps est défiguré par de grandes plaies; ses membres, atténués par une telle abstinence, ne sont remarquables que par les cicatrices des tourments qu'il a soufferts : « Lucent in corpore glorioso clara vulnerum signa, eminent et apparent longa tabe consumptis expressa vestigia. » Il y aurait des choses admirables et extraordinaires à dire à la louange de ses vertus, continue toujours saint Cyprien ; mais enfin, après que ce confesseur si généreux eut enduré toutes sortes de tourments, les tyrans et les bourreaux, craignant que par sa mort il ne Iriom pliât d'eux, le mirent dehors tout mutilé. Il se retire vers son évêque et son père spirituel saint Cyprien ,■ pour lors réfugié dans le désert, qui le reçoit comme un ange de Dieu ; il le veut ordonner lecteur; Célerin résiste et s'en juge indigne; on le presse de consentir à son ordination, il ne peut se résoudre à y donner les mains; il faut une vision pour vaincre sa modestie. Jésus- Christ lui révèle que c'est sa volonté; son évêque lui remontre qu'il doit obéir; tous les fidèles retirés dans cette solitude l'en sollicitent. Il fallut tout cela pour le réduire ; et saint Cyprien jugea que celui qui, devant les persécuteurs, avait confessé Jésus-Christ, lirait avec édification, dans l'église et devant les fidèles, les livres saints, serait lui-même une grande prédication, et méritait d'être admis au clergé : ^< Ut qui sublimiter Christum confessi essent, clerum postmodum Christi ministeriis adornarent , qui cum consentire dubilaret, Ecclesiee ipsius admonitu et hortalu, in visione per noctem compulsus est ne negaret, nobis suadentibus. Nihil est in quo magis confessor frairibus prosit, quam ut dum ' evangelica leclio de ore ejus audilur, lectoris fidem quisquis audierit imitetur. » Il avait eu un confrère de sa confession et de ses souffrances, nommé Aurélius. Saint Cyprien les ordonne tous deux lecteurs : « Hos lectores intérim conslilutos sciatis, quia oportebat lucernam super eandelabrum poni , unde omnibus luceat, et gloriosos vullus in loco altiore constilui ubi ab omni fraternilate circumstante, conspecti, incitamentum gloriœ videntibus prœbeant. »
Aurélius était aussi un jeune confesseur à la fleur de son âge, illustre par sa naissance, et encore plus par sa piété éprouvée : « Aurélius frater nosler illustris adolescens, a Domino jam probatus, et Deo charus, in annis adhuc novcllus, sed in vir-
tutis ac fidei lande provectus. » Il confessa deux fois Jésus-Chrisl devant les tyrans; il écouta d'abord sans s'émouvoir la confiscation qu'on fit de ses biens, et il souffrit patiemment ensuite les tourments dont on déchira son corps : « Gemino hic agone certavit, bis confessus, et bis confessionis suse Victoria g'oriosus, et quapdo vieil factus extorris, etcum denuo certamine fortiore pugnavit triumphator et victor preelio passionis. » La perte du bien et la rigueur de l'exil furent pour lui des victoires trop aisées et trop obscures, et Dieu réservait à son courage un triomphe éclatant et public sur les magistrats idolâtres et sur le proconsul : « Parum fuerat sub oculis ante paucorum, quando extorris fiebat, congressum fuisse, lueruit et in foro congredi clariore virtute, ut post raagistratus et proconsulera vineeret, et post exsilium tormenta superaret. » On ne savait lequel admirer le plus en lui, ou la pourpre de ses plaies, ou la candeur de sa modestie et de son humilité : « Nec invenio quid in eo praedicare plus debeam, gloriam vulnerum, an verecundiam morum, ita et dignitate excelsus est, et bumilitate submissus. » Il semblait que la divine Providence l'eût réservé pour en faire l'honneur du clergé et le restaurateur de la discipline : « Ut appareat illum divinitus reservatum, qui ad ecclesiasticam disciplinant! cœteris essel exemplo, quomodo servi Dei in confessione virtutibus vicerint, post confessionem moribus eminerent. »
Voilà quel fut cet admirable confesseur, et la manière dont saint Cyprien en parle; cependant ce saint évêque crut honorer dignement un si grand mérite, et récompenser une si insigne victoire, en l'élevant à l'office de lecteur : Placuit ut ab of/icio leclionis incipiat; rien n'étant plus beau que d'entendre la même voix qui vient de confesser hautement la foi devant les infidèles, prêcher publiquement les vérités de l'Evangile devant les Chrétiens : « Quia et nihii magis congruit vociquœDominum gloriosa prœdicatione confessa est, quam celebrandis divinis lectionibus personare : post verba sublimia quae Christi martyrium prolocuta sunt. Evangelium Christi légère unde martyres fiunt; » et de la sellette et du chevalet, d'où il vient d'être assis, de passer au pupitre de l'Eglise : « Ad pulpitum post catastam venire. » Telle est l'estime et la vénération religieuse que les saints et les martyrs ont eues de ce qu'on appelle un ordre mineur, dont fort souvent on fait très-peu de cas, et à la collation duquel on se prépare si peu.
Troisièmement, sur l'ordre d'exorciste, voici ce qu'en a pensé le grand saint Hilaire, la lumière de l'Eglise en France; ou plutôt, voici la vénération que le grand saint Martin, le digne disciple d'un si digne maître, en a eue. Sévère Sulpice rapporte que saint Hilaire, auprès duquel saint Martin s'était retiré, voulut souvent l'élever au diaconat; mais que saint Martin, se jugeant indigne de cet honneur, ne put jamais consen-
Ofc'tVBES COMPL. DE DE Là CHÉTABDIE.
tir à le recevoir : « Tentavit autem Hilarius. imposito diaconii officio, sibi eum arctius implicare; sed cum saepissime restitisset, indignum se esse vociferans. >;II fallut donc recourir à un pieux artifice , et surprendre son humilité, pour du moins lui faire recevoir l'office d'exorciste, à quoi il consentit avec peine : « Itaque exorcistam eum esse preecepit , quam ille ordinationem ne despexisse tanquam humiliorem videretur, non repudiavit. » '
Voilà l'ordre qui a honoré un saint Martin : « Accipite poteslatem imponendi manus ?uper energumenos, et expellendi spirilus immundos ab obsessis corporibus. »
Quatrièmement enfin, sur l'ordre d'acolyte, voici ce que ces deux grands saints en ont pensé, voici ce qu'ils ont fait ; car nous voyons dans le Bréviaire romain que saint Hilaire éleva saint Martin à l'office d'acolyte: « Martinus ad Hilarium Pictaviensem se contulit.a quoin acolytorumnumerum redactus est. » Tels furent le prix et la récompense d'un homme qui, n'étant encore que catéchumène, avait donné son propre habit en aumône avec tant de charité, que Jésus- Christ, dans une vision céleste, daigna marquer combien cette œuvré de miséricorde exercée en la personne d'un de ses membres lui avait été agréable : « Martinus adhue catechumenus hac me veste contexit. » Telle, si l'on peut parler ainsi , la récompense de la vertu et du mérite d'un homme qui avait déjà confessé Jésus-Christ devant unempereuridolâtre et apostat, etqui, plein de confiance et de foi, lui avait offert do percer les armées ennemies, et d'en essuyer tous les traits, sans en recevoir aucuneblessure, muni seulement du signe de la croix : «Ego signo crucis protectus , aut galea, hostium cuneos penetrabo securus. » On l'élève dans l'Eglise à une haute dignité, on le juge digne de l'admettre au rang des acolytes; et cela, c'est saint Hillaire qui croit honorer saint Martin, et saint Martin qui se croit honoré de l'ordre d'acolyte; et ne peut-on pas présumer que ce fut cette profonde humilité de saint Martin à se contenter d'être un simple exorciste, qui lui donna un pouvoir si absolu qu'il exerça sur les démons qui possèdent les énergumènes; que ce fut cette modestie qu'il eut à se contenter d'être élevé à l'ordre d'acolyte , qui l'a fait reluire dans toute l'Eglise, et l'a rendu la claire lumière de l'ordre lévilique, et un sujet d'édification à tous les fidèles ; vérifiant en lui cette maxime de saint Chrysostome, que la vie d'un prêtre, comme un grand flambeau, ne doit point avoir d'autres bornes de ses rayons que l'univers : « Sacerdotis animam solaribus radiis puriorem esse oportere , lumiuis instar universum orbem illustrants splendescere debere. >»
Troisième considération. — Les grâces et les pouvoirs qui sont conférés par les moindres ordres , n'en doivent pas donner une moindre idée.
Sur quoi il est bon d'observer que la tonsure n'est pas mise au nombre des or- I. M
iUd
tires, parce qu'elle ne confère aucune puissance, ni aucun droil de l'aire aucun acte sur le corps mystique ou naturel du Fils de Dieu, qui ail relation ou qui regarde le sacrifice de l'Eucharistie,, ou ceux qui s'en approchent.
C'est une doctrine reçue qu'il y a trois actes hiérarchiques qui appartiennent au sacerdoce de la nouvelle alliance, pris dans son intégrité; savoir : de purifier, d'illuminer, de perfectionner; de purifier, en ôtant le péché du cœur ; d'illuminer, en bannissant l'ignorance de l'esprit; de perfectionner, en conférant les dons et les vertus.
Les ordres moindres participent à ces avantages: car, premièrement, ils agissent sur le corps naturel du Fils de Dieu, du moins médiatement et indirectement, en ce qu'ils ôtent les obstacles et l'indignité, qui pourraient empêcher d'y participer, ainsi que l'explique saint Thomas, après le grand saint Denis. Ces deux docteurs établissent qu'il y a trois sortes de personnes immondes qui, à raison de leur indignité, ne sont pas en état de s'approcher de l'Eucharistie. Les infidèles entièrement privés de la lumière de la foi; les calécliumènes, qui, prévenus desentiments religieux, veulent s'instruire, mais sont encore dans l'ignorance de nos mystères; les énergumènes, qui véritablement ont la foi , mais qui sont obsédés par l'esprit immonde.
Or, les portiers sont institués pour éloigner les infidèles et les hérétiques,; les lecteurs, pour instruire les catéchumènes ; les les exorcistes, pour délivrer les possédés. Enfin , il faut présenter la matière dont se fait la sainte Eucharistie, le pain et le vin, dans des vaisseaux propres et nets; ce qui ne peut dignement être exécuté par des mains impures ; et l'acolyte est un ordre destiné è une fonction si sainte, à présenter une matière destinée à un usage si sacré, et à ôter de l'une et de l'autre toutes les souillures opposées. C'est pourquoi l'institution des quatre moindres ordres est l'effet de l'esprit de sagesse et de sainteté qui gouverne l'Eglise, et nous donne une haute idée et de la sainleté de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, des lumières, des ardeurs, de la pureté qu'exige la communion , et de la vertu que demandent les fonctions d'un si redoutable ministère que celui du sacrement de l'ordre.
En second lieu, les quatre moindres ordres agissent sur le corps mystique du Fils de Dieu ; c'est-à-dire sur l'Eglise ou sur les fidèles , en ce qu'ils les purifient, qu'ils les illuminent, qu'ils les perfectionnent. Le portier sépare les bons des méchants, les saints des profanes; le lecteur, éclairé par là doctrine , dissipe les ténèbres de l'ignorance ; l'exorciste purifie le cœur infecté de l'esprit immonde; l'acolyte illumine par le bon exemple et la sainteté de vi« ; de façon que les quatre ordres mineurs entrent en participation de l'exercice des tondions hiérarchiques, et doivent obliger ceux qui y aspirent à se préparer soigneusement à leur
digne réception , ou à se renouveler dans leur esprit, s'ils les ont reçus.
Que si l'on veut juger de leurs pouvoirs les plus spirituels par les effets les plus sensibles, qu'on jette les yeux sur le seul pouvoir conféré par l'ordre d'exorciste.
Quelle est cette autorité, qu'un homme corruptible et mortel ose commander à des esprits sublimes et incorruptibles, immortels; qu'il les fasse taire, qu'il les contraigne de lui obéir, qu'il les chasse et les force de quitter la place 1 Quelle vertu I quelle autorité ! qu'elle est étonnante 1 N'est-ce pas renouveler ou plutôt continuer la crainte religieuse que Jésus-Christ autrefois imprimait en'ceux qui lui voyaient exercer cet empire : Et factus est puvor in omnibus , et mi~ rati sunt et alloguebanlur ad invicem omnes, ita ut conquirerent inter se dicentes : Quidnam est hoc ? quod est hoc verbum? quœ doctrinu hœc nova ? Quia in poleslate et virtute etiam spiritibus immundis imperat, et obediunt ei et exeunt ? {Marc, i, 2G, 27.)
Combien cet emploi demande - t-il de sainteté ! Oserions-nous croire que nous délivrerions les possédés? Ne craindrionsnous point que le démon ne nous dît comme à ces Juifs téméraires, qui, sans pouvoir reçu de l'Eglise, voulaient exercer leur autorité sur eux : Et Jesum scio et Paulum novi, vos autem qui estis ? (Act. xix, 15.) Ne regarderions-nous pas au contraire comme un miracle une semblable délivrance, et n'honorerions-nous pas comme un saint celui qui l'aurait opérée? En effet, nous admirons même et nous louons tous les jours dans l'Office divin les grands saints à qui Dieu a conféré ce pouvoir : « In dœmones miruni exercebat imperium, » disons-nous de plusieurs d'entre eux; cependant, ce n'est que l'exercice du pouvoir que confère un des moindres ordres : « Accipe potestafem. »
Comment donc croire que nous recevons des pouvoirs plus spirituels, plus grands, et qui exigent plus de sainleté? Comment ne point appréhender qu'en vérité nous ne recevions que le seul caractère et rarement la grâce de l'ordre, du moins dans sa plénitude ?
Quatrième considération. — Considérons à présent les vertus excellentes que les quatre moindres ordres exigent en celui qui les veut recevoir ou qui les a déjà reçus, et par la sainteté des dispositions requises à la réception d'une telle dignité, jugeons de la dignité même et de la vénération que nous en devons avoir.
Que si nous faisons une attention sérieuse aux prières de l'Eglise et aux cérémonies dont elle se sert pour conférer les ordres mineurs, et que nous puisions dans ces sources son véritable esprit, nous trouverons qu'il y a des vertus qui sont communes aux ordres mineurs, considérés en général , et que chaque ordre en particulier"exige des vertus et des qualités singulières.
Ce qui est commun à tous ces quatre ordres, c'est qu'ils demandent, dans ceux qui en sonl honorés, deux vertus principales, la
religion et le bon exemple; la religion envers Dieu, et l'édification à l'égard du prochain. La première vertu regarde encore le corps naturel de Jésus-Christ, et la seconde son corps mystique ou l'Eglise.
La religion est une vertu qui porte à rendre à Dieu le culte qui lui est dû, et qui s'occupe de ce qui regarde le divin service, afin que tout se fasse avec décence, majesté, dévotion ; que tout élève l'esprit en frappant les sens, donne des impressions saintes ; que tout signifie, que tout soit instructif, que tout soit mystère, que tout porte un caractère de la sagesse et de l'esprit du christianisme, et de la grandeur du Dieu qu'on y adore, afin que ceux qui voient ces choses, ravis d'admiration, s'écrient comme autrefois : Hœc est enim vestra sapientia et intellectus coram populis, ut audientes universa prœcepta hœc, dicant : En populus sapiens et inleliigens, gens magna; nec est alia natio tant grandis quœ habeat deos appropinquantes sibi sicut Deus noster adest cunctis obsecrationibus nostris. (Deut. iv, 6, 7.) Aussi n'y a-l-il aucune cérémonie, pour petite qu'elle paraisse aux yeux du monde, qui ne soit accompagnée de grâce, quand elle est faite avec respect, et qui ne soit grande devant
Il est certain que les quatre moindres ordres servent extrêmement à rendre le culte dû à la souveraine majesté.
Le portier est chargé du soin des temples matériels et de tout ce qu'ils renferment; il doit en éloigner tout ce qui peut les profaner, les infidèles, les hérétiques, les excommuniés, les personnes scandaleuseset immodestes ; il doit prendre garde que les animaux n'en approchent; qu'on n'y fasse aucun commerce ni aucun bruit; qu'il ne s'y passe rien d'indécent; qu'on n'y cause point et qu'on n'y dorme point; il doit prendre soin des autels, des ornements, de la sacristie, du son des cloches, des livres saints qui servent à l'Office ; il est de son devoir d'ouvrir et de fermer l'église aux heures et temps convenables ; fonctions toutes exprimées en détail dans les avertissements et les instructions que l'évêque lui fait en lui conférant cet ordre, qu'il serait ennuyeux de transcrire ici, et qui sont tjuies contenues dans ce peu de mots qui servent comme de sommaire et de forme à son ordination, lorsqu'on lui met en main les clefs de l'église. Comportez-vous, lui dit l'évêque, comme devant rendre compte à Dieu de tout ce que ces clefs renferment; sous quoi, sans doute, est comprise la garde du très-saint Sacrement, des vases sacrés, de la matière bénite et de tout ce qui est requis à l'administration des sacrements : « Sic agite quasi Deo rationera reddituri de rébus quœ his clavibus recludunlur. >; Jugez donc si la vertu de religion ne lui est pas nécessaire pour s'acquitter dignement de tant d'emplois, et s'il n'a pas besoin que le zèle de la maison du Seigneur soit sa principale vertu, ainsi que sans cloute elle lui est la plus nécessaire.
Le lecteur n'a pas moins besoin de cette vertu que le portier; c'est lui qui doit être attentif sur toutes les lectures qu'on fait dans l'église, les leçons qu'on chante, les bénédictions qu'on donne et qu'il donne lui-même ; car cette fonction lui appartient : « Leclorem oportet benedicere panem et omnes fructus; » les annonces qu'on publie; sur l'état où se trouvent les livres ecclésiastiques, les Missels, Rituels, Antiphonaires, Processionnaux, Psautiers, Bréviaires, afin que tout ce qui regarde la parole écrite, aussi bien que la parole animée, soit dans l'ordre convenable , dans la décence et la propreté requises.
Mais surtout il doit vaquer à trois choses importantes qui regardent sa charge : à la récitation de l'Office, au chant ecclésiastique, à l'instruction chrétienne des enfants : « Ad lectorem pertinet primo quœ in Missa et in Officio matutino recitari soient, légère distincte, pronuntiare. Secundo, antiphonas in choro prœcinere, lectorem oportet cantare. Tertio festivis diebus doctrinam Christianam in scholavel in ecclesia pueros edocere, et prima fidei rudimenta, » etc.
Sans doute, s'il y a quelque chose de considérable dans le culte extérieur de l'Eglise, et qui concerne le plus l'honneur de Dieu, ce sont ces trois fonctions, bien et religieusement exécutées.
Veiller à ce qu'on récite dignement l'Office divin, avoir ce zèle, être chargé de ce soin, que l'on loue Dieu sur la terre comme les bienheureux le louent dans le ciel : Beati qui habitant in domo tua, Domine, in sœcula sœculorum laudabuntte.(Psal. lxxx.hi, 5.) Qu'on offre tous les jours un tel sacrifice à Dieu : Sacrificium îaudis honorijicabil me. {Psal. xlix, 23.) Qu'on lui paie ce tribut religieux: a Sacrificium assiduitatis, pensum servitutis noslrœ. » Car c'est ainsi que les saints appellent la récitation assidue du Bréviaire; c'est-à-dire de tout ce qu'il y a de plus beau, de plus instructif dans l'Ecriture, les Pères, la Vie des saints. Le lecteur est chargé de veiller à ce qu'on s'acquitte dignement de ce devoir : i( Ad lectorem pertinet quœ in Missa et in Officio matutino recitari soient, légère distincte, pronuntiare. »
Il a de plus l'intendance sur le chant ecclésiastique ; à ce qu'on remplisse cette occupation angélique avec toute la majesté possible, et que la Jérusalem terrestre imite la Jérusalem céleste; ne sont-ce pas ces divins cantiques que les anges commencèrent d'entonner à la naissance du Sauveur, qui doivent durep jusqu'à la fin du monde, et continuer pendant toute l'éternité? N'est-ce pas l'exercice de ces bienheureux esprits dans le ciel ? Ne sera-ce pas celui des saints, qui chanteront à jamais les miséricordes de Dieu sur eux? Misericordias Domini in œternum cantabo. (Psal. lxxxviii, 2.) La mélodie ecclésiastique , posément et religieusement faite, n'est-elle pas notre consolation dans cet ennuyeux exil, l'aliment de la dévotion, l'impression du Saint-Esprit? Au contraire,
quel déshonneur à l'Eglise d'entendre chanter avec précipitation, immodestie, irréligion? quel sujet de dérision pour les impies , de scandale pour les peuples, de mépris pour les ecclésiastiques, de profanation pour la parole de Dieu ? Quelle charge est-ce pour le lecteur de se bien acquitter de cet emploi, de vaquer à ce que les autres s'en acquittent dignement, d'empêcher qu'on ne se relâche sur ce point 1 11 est ordonné pour cela, il a la grâce pour cela, il est préposé pour cela : « Leclorem oportet cantare, antiphonas in choro prœcinere. »
Enfin il est chargé du soin des petites écoles , de l'exercice important du catéchisme. Il doit apprendre aux enfants à prier Dieu ; il est tenu de les instruire de la doctrine chrétienne, de continuer ce que Jésus- Chiist a commencé sur la terre. Combien cette fonction est-elle importante! Quelle dévotion, quel soin, quel zèle, quelle application, quelle patience ne sont pas requis pour un tel emploi? quel compte n'en rendra-t-il pas? de quelle conséquence n'est-il pas? comme on l'a l'ait voir ailleurs plus au long : « Ad lectorera pertinet festivis diebus doclrinam Christi.aiiam, prima fidei rudimenla in schol'a vel in Ecclesia pueros docere. » Comment donc s'aequittera-t-il dignement de cet emploi, si le zèle de la vertu de religion n'est pas profondément gravé dans son cœur?
Mais combien cette même vertu est-elle nécessaire à l'exorciste? car, s'il en faut avoir pour exclure des temples matériels les personnes indignes, pour en ôter tout ce qui choque la sainteté de ces lieux consacrés au culte divin, et pour en bannir l'ignorance et le vice, ce que le portier et le lecteur ont soin de faire, quel zèle ne doit pas avoir l'exorciste pour chasser des temples animés l'esprit immonde qui les occupe, l'ennemi de l'innocence et de la foi, l'excommunié public, le loup infernal, l'auteur de toute souillure et corruption? Il doit avoir soin d'assister à la bénédiction des fonts baptismaux, de faire qu'il y ait toujours de l'eau bénite dans les églises; il a même grâce pour assister les moribonds dans ce dernier passage où le démon, cet ennemi de la persévérance finale, joue de son reste, et tourmente souvent visiblement ceux qui décèdent , comme on peut le voir dans l'exemple de saint Martin, et dans la doctrine des saints Pères, tirée de l'Ecriture: « Exorcistarn oportet abjicere deemones : exorcislœ cura eril ut nunquam in vasis aqua bemdicla deficial, atque ut in tempore a pia renovetur et benedicatur a sacerdole, eique bcnediclioni assistere, » etc. Voilà ses emplois, voilà sa grâce, voilà son zèle et sa religion.
L'acolyte n'aura-l-il pas besoin de religion ? lui qui, par la pureté de ses mœurs et l'éclat de sa vie et de sa doctrine, en doit être l'ornement et la gloire;, qui doit tenir le luminaire, quand onchante le saint Evangile et qu'on offre le sacrifice redoutable de nos autels; qui doit présenter la matière
un
liquide, figure du sang adorable de Jésus- Christ, qui découla de son côté sur le Calvaire, laquelle sert de matière au sacrement de l'Eucharistie, le vin et l'eau : « Acolythuro oportet ceroferarium ferre, cereos accensos déferre, dum legitur Evangelium, vel dum offerlur sacrificium ; vinum et aquam ad Eucharistiam ministrare. » Or, celte lumière, ainsi portée par l'acolyte, que lui signifie-t-elle autre chose, sinon le zèle ardent qu'il doit avoir et qui doit le consommer pour la gloire de Dieu, pour la sainteté de sa maison, pour l'honneur de la religion? Tels sont la grâce et l'esprit de l'acolyte. 11 est donc vrai que les quatremoindres ordres demandent en ceux qui les ont reçus, ou qui veulent les recevoir, la vertu de religion dans un grand degré.
Mais ils ne sont pas moiBS tenus de donner bon exemple et d'être à édification à toute l'Eglise; c'est un devoir qui leur est imposé par leur ordination.
Voici ce que l'évêque, ou plutôt l'Eglise par sa bouche, dit an portier : Mon cher enfant, devant recevoir l'ordre de portier, sachezqu'en vous remettant les clefs matérielles des temples extérieurs entre les mains, on vous impose l'obligation d'édifier les fidèles, qui sont les temples spirituels du Dieu vivant, par vos paroles et par vos exemples: « Suscepturi, filii charissimi, oificium osliariorum.studeteutsicutmaleriahbusclavibus Ecclesiam visibilem aperiliset claudilis, sic et invisibilem Dei domum, corda scilicet fidelium, diclis et exemplis vestrisclaudatis diabolo, et aperiatis Christo. » Aussi, rien ne donne-t-il une idée plus édifiante de la régularité d'une maison que la modestie, la dévotion, l'humilité et la charité de celui qui l'ouvre et qui la ferme, qui reçoit les les étrangers, et à qui on a confié le soin qui regarde le dehors d'une communauté, et qui doit être un échantillon du dedans?
Voici ce qu'on dit aux lecteurs : Mes très-chers fils, recevant l'office de lecteurs, apprenez votre saint devoir : il consiste à croire de cœur les vérités que vous lirez de bouche, et à les accomplir par vos œuvres, afin qu'en même lemps que vous instruisez le prochain par vos paroles, vous graviez dans son cœur la piété par vos actions : « Quod autem ore .legitis, corde credatis, atque opère compleatis, quatenus audilores vcstros verbo pariter et exemplo vestro docere possitis. » Car vous devez savoir que, si l'on vous élève sur le pupitre dans l'assemblée des fidèles, si l'on vous expose aux yeux de tout le monde, c'est non-seulement afin qu'on vous entende mieux, mais principalement afin de vous insinuer le haut degré de vertu où vous devez êtie élevés auuessus des autres, et l'obligation étroite que vous avez de donner le modèle d'une vie toute céleste et divine; qu'étant, par la lecture fréquente desLivres saints, parfaitement instruits des devoirs de la religion, vous meniez en pratique ce que vous proférez de vive voix, et parcedouble devoir vous pourvoyiez à la réputation de la sainte Eglise' par
l'éclat de votre bone xemple: « Ideoque, duni iegitis, in alto loco ecclesiae stetis, ut al) omnibus audiamini et videamini, figurantes positionecorporali vos in alto virtutum gradu debere eonversari ; quatenus cunctis a quibusaudimiui et videmini, cœleslis vitse formam preebeaiis... et assiduilate reclionum instrueti, et agenda dicant, et dicta opère compleant, ut in utroque sanctee Ecclesiae exemplo sanctitatis suae consulant. » Telle est l'obligation que contracte le lecteur. Et en effet, quel scandale si la chose allait autrement 1
Les exorcistes, quoique occupés à chasser les démons, incapables par eux-mêmes de profiter des bons exemples, ne sont pas exempts de cette obligation; au contraire comme le démon est un esprit scandaleux, qui, par son mauvais exemple, attira par sa chute la troisième partie des étoiles du ciel après lui, rien n'est plus capable de le combattre et de le confondre que la vie édifiante de celui qui, par ses paroles et ses actions, relire les âmes de l'abîme et coopère à leur salut, leur servant de guide et de modèle. Et c'est l'obligation que lui impose l'évêque, quand il l'exhorte à si bien régner sur ses convoitises, que cet esprit superbe et rebelle ne trouve rien en lui sur la terre qui se ressente du scandale que son orgueil scandaleux causa dans le ciel : « Discite per oiïicium vestrum vitiis imperare, ne in moribus vestris aliquid sui juris inimicus valeat vindicare. a
Quant aux vertus singulières h chaque ordre mineur, il est aisé de les recueillir de ce qu'on a dit, et on le verra encore assez dans ce qui reste à dire ; car, qui n'en couclura que le portier doit être vigilant, soigneux, laborieux? le lecteur savant, modeste, patient? que Thumilité, la pureté, le jeûne et la prière conviennent 5 l'exorciste? qu'il doit être rempli d'estime de Dieu, de confiance et de force? et l'acolyte de douceur, de charité, de dévotion, comme se ressentant de l'autel qu'il commence d'aborder, et de l'éclat lumineux qu'il doit en rapporter aux yeux du peuple, ainsi que Moïse descendant de la montagne?
Telles sont les vertus attachées à ces or- Ires, que nous appelons mineurs ; qui n'ont, <omme on voit, rien que de grand, et qui exigent beaucoup de grâce et de sainteté en ceux qui les reçoivent, et qui les exercent, et qui, leur découvrant leurs défauts et leurs besoins, les excitent à recourir à la prière et à la pénitence.
Cinquième considération. — Quand on dit que la cinquième chose digne d'être considérée dans les ordres mineurs, et qui nous en fait voir l'excellence, se tire des fonctions auxquelles ils engagent, il ne faut pas tant prendre ici le mol de fonction en tant qu'il signifie une action corporelle et un ministère extérieur, qu'en tant qu'il veut dire un effet et une grâce qu'ils doivent produire par leur nature et leur institution dans le corps mystique du Fils de Dieu, oudans le peuple fidèle sur lequel ils exercent en partie l'office
de pasteur, participant déjà, et entrant comme dans le gouvernement de l'Eglise, au service de laquelle ils sont destinés et appliqués ; car il est aisé de voir que ceux qui sont honorés de ces moindres ordres commencent à partager avec les prêtres, le soin du troupeau et du bercail de Jésus-Christ; et que c'est en cela que consistent leurs fonctions, d'autant plus sublimes, qu'elles sont intérieures et spirituelles; qu'elles agissent sur l'âme plus que sur le corps; et par conséquent, qu'il les faut regarder dans cette vue comme beaucoup plus relevées par-dessus ce qu'elles ont droit d'exercer sur le ministère extérieur.
Pour le bien entendre, il faut se souvenir des quatre offices ou quatre devoirs d'un bon pasteur, tel que Notre-Seigneur lui-même nous le dépeint dans l'Evangile.
Il doit avoir les clefs de la bergerie, en ouvrir et fermer la porte ; il doit pourvoirà la nourriture du troupeau ; il doit le défendre contre les violences du loup; il doit le conduire et marcher devant.
Or, les quatre moindres ordres particicipent à ces fonctions pastorales.
Premièrement, le portier a les clefs de l'église, ou de la bergerie : « Ostiarius, ut nomine prœ se fert, ostia eeclesiœ custodire débet, eaque debitis lemporibus reserare et claudere. » C'est aux portiers à qui on a dit dans leur ordination : « Sic agile quasi reddituri Deo rationem pro lis quae bis clavibus recluduntur. » C'est de leur grâce dont Jésus-Christ a parlé en ces termes : Qui intrat per ostium pastor est ovium, huic ostiarius aperit, et ovesvocem ejus audiunt, et proprias oves vocal nominatim. (Joan. x, 2, 3.) Quand ils ouvrent leur cœur ou celui du prochain. à la pratique des vertus, et qu'ils en refusent, l'entrée aux vices et au démon, c'est bien, alors qu'ils font plus véritablement les fonctions de portier, que quand ils ouvrent et ferment les portes des temples matériels, et qu'ils y admettent les uns, et en excluent les autres : c'est aussi ce que leur recommande principalement l'Eglise dans leur ordination : « Studete, ut sicut materialibus clavibus Ecclesiam visibilem aperitis et claudi'is; sic et invisibilem Dei domum, corda scilicet fidelium, dictis et exemplis vestris, claudatis diabolo, et aperiatis Deo. » Voila l'excellente fonction du portier, et il l'exerce avantageusement, dit un grand évêque de France : « Si templum Oei quo, ipsi sunl, virtutibus aperiant, vitiis claudant. » Enfin, dil un auteur fort ancien et célèbre en ces matières, comme tous ceux qui sont du corps du clergé participent à la grâce du sacerdoce, le portier parait véritablement y participer, lorsque, [tarses soins et son bon exemple, il gagne quelque âme à Dieu, et l'introduit dans le bercail de l'Eglise: « Nos quia generaliter siinius genus eleelum , regale sacerdotium, gens sancta (/ Petr. u, 9), scrutari debemus quali modoostiariiofficium peragamus. Ostiarius aperit ostium ecclesiae; si quis per (idem aliquem inlroduxerit iu Ecclesiam , ipse ostiarius est. » ,
En second lieu, le lecteur est chargé du soin de la parole de Dieu, vrai aliment du peuple fidèle, qui ne se nourrit pas seulement du pain matériel : Non in solo pane vivit homo, sed in omni verbo quod procedit de ore Dei. {Luc. iv, k.) C'est aux lecteurs à qui on a dit, dans leur ordination, qu'ils s'étudiassent de sustenter le peuple du pur froment de la vérité : « Studete verha Dei, videlicet lectiones sacras distincte, et aperte, ad intelligentiam et eedificationem fidelium, absque omni mendacio falsitatis proferre, ne veritas divinarum Jectionum incuria vestra ad instructionem audientium corrumpatur.»Ce sont leurs grâces et leurs obligations, que le Pasteur des pasleursa marquées oans l'Evangile en ces termes : Ferme si quis inlroierit ,saïvabitur, et ingredietur et egredielur et pascua inveniet: ego veni ut vitam habeant,et abundantius habeant ; et ego vitam œternam do eis. Quand ils guérissent les fidèles du dégoût où ils sont de la viande spirituelle, ou les corrigeant de leurs défauts par les charitables avertissements et le bon exemple, ou nourrissant leur piété par les instructions utiles, c'est alors qu'ils remplissent excellemment l'office de lecteur, et qu'ils exercent véritablement ces sortes de fonctions dont nous parlons ici, conformément à ce que nous apprend Hugues de saint Victor ; « Qui maie viventes in Ecclesia bene vivendocorripit, et minores instruit juxta Scripturas authenticas, lector est spiritualiter. »
Troisièmement, l'exorciste est commispour défendre le trnupeaude Jésus-Christ de l'incursion des loups infernaux : « Exorcistam oportet abjicere deemones, » lui dit-on dans son ordination. 11 reçoit la puissance d'imposer les mains sur les énergumènes, et de chasser les démons du corps des personnes possédées : « Accipite potestatem imponendi manus super energumenos. » C'est de la grâce et du ministère d'exorciste que Nôtre- Seigneur a parlé, quand il dit dans son Evangile que le bon pasteur, à la différence du mercenaire qui s'enfuit quand il voit venir le loup, expose sa vie pour ses brebis : Bonus paslor anitnam suatn dat pro ovibus suis ; mercenarius autem, et qui non estpastor, videt lupum venientem, et dimiltit oves et fugit, et lupus rapit, etc. {Joan. x, 11, 12.) C'est cette puissance qu'il communique à son Eglise en la personne de ses disciples, lorsqu'il leur dit : Dœmones ejicite (Matth. x, 8), et qu'il a prédit devoir persévérer dans leurs successeurs, par ces paroles : Dœmonia ejicient. {Marc.wi, 17.) Mais quand ils exercent cette autorité sur les vices et sur les péchés, qu'ils ont un domaine sur leurs convoitises, c'est alors véritablement qu'ils s'acquittent de l'office d'exorciste, ainsi que l'évèque les en avertit dans leur ordination, quand il demande pour eux à Dieu, « Sint spirituales imperatores, » quand ils se reprennent, et qu'ils commandent à leurs vices: « Discite vitiis imperare : » et qu'ils ôtent de leur cœur toute souillure et toute malice: « Studete, ut sicut a corporil.us aliorum daeînones expellitis, ita a menlibus et corporibus
vestris omnera immunditiam et nequitiam ejiciatis. ■» Quand ils chassent de leur âme toute iniquité : « Tune etenim recte in aliis daemonibus iraperabitis, cum prius in vobis eorum multimodam nequitiam superatis. »
Quand par le jeûne et la prière ils se rendent redoutables aux démons : « Qui enim orat etjejunat, » dit saint Chrysostome, « terribilis hostis daaraonibus redditur. » Quand, par une pureté tout angélique, ils mettent en fuite tous ces esprits immondes qui ne se plaisent que dans l'ordure : « Débet habere spiritura mundum, » dit Ives de Char- Ires, « qui spiritibus imperat immundis, ut concordet vita cura ofïïcioet malignum quem. per acceptum officium expellit de corpore alieno,per munditiam vitaeexpellatde corde suo. »
Enfin l'acolyte doit marcher devant les fidèles; il en est la lumière, il la porte entre ses mains, il exerce l'office de conducleur et de guide; c'est à eux qu'on a dit dans leur ordination : « Lucete sicut luminaria in mundo, ut et vos et alios et Ecclesiam Dei illuminetis. » C'est leur office et leur emploi que Notre-Seigneur a indiqué dans l'Evangile* quand, au sujet du bon pasteur, il a dit qu'il est de son devoir de marcher devant les brebis, et du devoir des brebis de le suivre : « Ante eas vadit, et oves illum sequuntur. » N'est-ce pas participer à l'office pastoral, et, par conséquent, n'est-il pas tenu de participer aux vertus les plus nécessaires à cet emploi? Aussi l'avertit-on qu'il sera un parfait acolyte et qu'il en exercera dignement la charge et les fonctions, non quand il portera un chandelier matériel entre les mains, ou du vin et de l'eau pour servir au sacrifice : «Studete igilur susceptum officium digne implere. » Et comment le ferat-il ? Premièrement, s'il ne donneaucun mauvais exemple qui puisse conduire les âmes au précipice : « Si lucem manibus prœferentes, operious tenebrarum non inserviatis. » Si la lumière qu'ils portenlentre leurs mains, n'étant qu'une image de celle que doit répandre l'éclat de leur sainteté, ils élèvent les âmes à Dieu. « Quatenus lumen visibile manibus prseferentes, lumen quoque spiritualc moribus preebeant : sed luceat lux vestra coratn hominibus ut videant opéra vestra bona, et glorificent Patrem veslrum qui in cœlis est.» {Matth. v, 16.) Si leur esprit, éclairé des vives lumières de la foi et leur cœur embrasé des ardeurs de lacharité, servent de flambeaux à tous les fidèles, et éclairent les temples spirituels dans lesquels le Seigneur habite : « Accende, Domine, mentes eorum et corda ad amorem gratiee tuœ, ut illuminali vultu splendorib tui, fidèles tibi in sancta Ecclesia deserviant. » Car, comme observent les auteurs anciens, en ces sortes de matières: Celui-là est véritablement acolyte qui sert de flambeau et de guide à ceux qui marchent dans les ténèbres, les éclairant et les enflammant de l'amour divin : « Ut sicut visibile lumen manibus gestant, ita opéra lucis proximis ostendant, et more lucis errantib'us ducatum preestent. Etenim ille spiritualité!
11ETRAITE POUR LES ORDINANDS. — E.NTRET1EN XV. DES ORDRES.
acolylus est, qui ignem verbi cœleslis, quo et illumineniur iïatres ad cognoscendurn, et intlammentur ad diligendum Deum prw.iicando ministrat. (lvo Carnot., A mal. Fortun.) En un mot, si par-dessus toutes choses, entrant pariai le me rit dans l'esprit sacerdotal et pastoral, ils comprennent que le vin et l'eau qu'ils donnent pour le sacrifice, n'est que la figure de l'obligation qu'ils contractent d'èlre eux-mêmes de véritables victimes, en s'immolant à Dieu par la pratique de la chasteté et des bonnes œuvres : « Tune etenim in Dei sacriticio digne vinum suggeretis, et aquam, si vosipsi Deo sacrificium per cas ta nu vitam et bona opéra oblati fueritis. » Sansquoi l'immolation même de Jésus-Christ, à l'oblation et au sacrifice duquel ils contribuent, leur serait inutile
Chip. III. — Du sous-diaconat.
Après avoir vu les obligations que l'on contracte par la tonsure et par les quatremoindres, il faut à présent jeter les yeux sur les ordres supérieurs.
L'évêque, faisant venir devant lui ceux qui prétendent au premier ordre sacré, leur dit ces paroles remarquables : Mes chers enfants, devant être promus à l'ordre sacré du sousdiaconat, il est de votre prudence de considérer attentivement et plus d'une fois le fardeau dont vous allez si délibérément vous charger; ainsi, pendant qu'il en est encore temps, songez bien à ce que vous allez entreprendre, et faites-y une sérieuse réflexion : « Filii dileclissimi,ad sacrum subdiaconatus ordinem promovendi, iterum atque iterum considérais debelis alterne, quod onus hodie ultro appetitis. » Et la raison qu'il en rend, c'est, ajoute-l-il, qu'à la vérité jusqu'ici vous avez été libres, et vous avez pu prendre dans le monde tel parti qu'il vous eût plu : « Hactenus enim liberi eslis, licetque vobis pro arbitrio ad saecularia vota transire. » Mais si une fois vous recevez le sousdiaconat, vous voilà engagés pour toujours, sans qu'il vous soit permis de rompre vos liens : « Quod si hune ordinem susceperitis, amplius non licebit a proposilo resilire.» Vous serez irrévocablement dévoués au culte de Dieu, aux ministères ecclésiastiques et à l'observation perpétuelle de la chasteté : « Sed Deo, cui servire regnare est, perpetuo famulari, et caslitatem, illo adjuvante, servare oportebit; atque in Ecclesiœ minislerio sernper esse inancipatos. » Et, par conséquent, taudis qu'il est encore temps, pensez bien à ce que vousallez promettre : « Proinde dum tempus est cogitate. » Cela dit, l'évêque se tait un moment pour donner le temps aux ordinands de faire attention pour la dernière fois à ce qu'ils vont faire, et qu'ils ont dû prévoir longtemps auparavant, s'ils ont été sages. Profitons de cet intervalle, et considérons les quatre grandes obligations contenues dans les paroles de l'évêque, et que nous venons d'entendre.
Premièrement, vous vous dépouillez pour toujours de votre liberté, et vous vou!- imposez des liens qui ne peuvent plus se rom-
pre : « Hactenus enim liberi eslis, licetque vobis pro arbitrio ad sœcularia vota transire. » Vous êtes libres à présent, vous dit-il, et vous pouvez disposer de vous à votre gré; (pie si vous recevez une fois le sous-diaconat, vous voilà attachés pour toujours : « Quod si hune ordinem susceperitis, amplius non licebit a proposito resilire. » L'homme est naturellement amoureux de sa liberté, il ne saurait souffrir en cela ni de gêne ni de contrainte; la lui mettre sous le joug, c'est attenter au plus beau et au plus précieux privilège dont le Créateur l'ait avantagé, et qu'il s'est réservé.
En effet, quand on explique les deux derniers commandements du Décalogne : Tu ne convoiteras point la femme ni le bien de ton prochain : « Non concupisces , » on observe l'excellence de la loi de Dieu par-dessus celle des hommes, en ce que celles-ci, dit-on, ne défendent que les actions extérieures, cellelà interdit les pensées mêmes et les désirs intérieurs. Ce qui montre et la lumière pénétrante de cet œil invisible qui découvre jusqu'aux plus sombres replis du cœur humain, et son domaine absolu sur les consciences, et la perfection du culte qu'il exige, voulant être adoré en esprit et en vérité; ainsi, ôter à l'homme jusqu'à la disposition de lui-même, l'obligera ne plus penser au monde, ni à aucun établissement temporel, à renoncer à toutes les affaires et les soins de cette vie, à dire avec saint Pierre : Ecce nos reliquimus omnia , et secuti sumus te (Malth. xix, 27), à captiver et se renfermer dans un emploi triste et pénible à la nature et aux sens ; c'est assurément lui faire sacrifier ce qu'il a de plus cher et de plus intime.
C'est aussi ce que Notre-Seigneur prédisait devoir arriver au premier de ses apôtres, auquel il avait donné la grâce de l'état ecclésiastique dans sa plénitude, et ce qu'il exigea de lui, comme le dernier comble de la perfection à laquelle il le destinait. Quand vous étiez jeune, lui dit-il, vous vous ceigniez et vous ,alliez où vous vouliez, vous fiisiez de vous ce qu'il vous plaisait; mais quand vous serez devenu vieux, un autre vous ceindra, et vous mènera où vous ne voudriez pas aller : Amen , amen, dico tibi: cum esses junior cingebas le , et ambulabas nbi volebas; cum autem senueris , alius le cinget, et ducet quo tu von vis. (Joan. xxi, 18.) Discours ou prédiction qui lui marquait, ajoute l'évangéliste, le genre de mort par lequel il devait glorifier Dieu : Significans qua morte glorificaturus essel Dcum. (lbid., 19.)
Ainsi, recevant le sous-diaconat, on reçoit l'arrêt de mort à toutes les prétentions les plus engageantes du siècle; on avertit que par le passé on a pu disposer de soimême selon sa volonté, mais qu'àiprésent on est lié, et qu'on sera souvent conduit où l'on ne voudrait pas aller : Cum esses junior cingebas te, et ambulabas ubi volebas ; cum autem senueris, alius te cinget, et duvet quo tu non vis. On vous prédit le genre du martyre par le-
quel vous honorerez Dieu : Hoc autemdixit significans qua morte clarificaturus esset Deum. 11 consiste à vous imposer l'obligation de ne plus rien désirer des choses du monde, et à dire avec saint Ignace : « Nunc incipio Christi esse discipulus; nihil eorum quae videntur desiderans. » A vous faire une loi de ne pas même regarder ses vanités, suivant cette maxime des saints, qu'il n'est pas permis de voir ce qu'il n'est pas permis de convoiter : « Non licet videre.quod non licet concupiscere. » Considérez attentivement à quoi vous vous engagez : « Considerare debetis attente onus quod ultro appetitis. »
En second lieu, vous vous consacrez pour toujours au culte de Dieu : « Quod si hune ordinem susceperitis, amplius non licebita proposito resilire, sed Deo cui servire regnare est, perpeiuo famulari oportebit. » Vous serez les serviteurs de Dieu, il est vrai ; c'est le plus grand et le seul honneur qui soit sur la terre; mais c'est un honneur qui coûte cher à la nature, et qui demande une grande fidélité ; vous serez serviteur de Dieu, mais d'un Dieu jaloux de votre cœur, qui le voudra tout entier avec toutes ses affections, qui ne souffrira aucun partage, qui demande que vous lui rapportiez toutes vos actions comme un tribut religieux dont vous ne pouvez rien retrancher sans vous rendre coupable d'une espèce de larcin sacrilège, dit saint Ambroise : « Cui Deus portio est, nihil de-, bet curare nisi Deum, et quod ad alia officia confertur, hoc religionis cultui decerpitur.» Un si parfait et tolal sacrifice de soi-même demande d'être considéré, afin de voir si l'on pourra bien accomplir cette parole de l'évêque : « Sed Deo cui servire regnare est, perpeiuo famulari oportebit. »
Un jeune homme, dans l'Evangile, appelé de Jésus-Christ aux mêmes emplois que vous, lui demanda permission d'aller seulement dire adieu à sa famille, et de renoncer à son hérédité : Et ait aller : Domine, permitte mihi primum renunliare his quœ domi sunt. (Luc. ix, 61.) Un autre, à qui ce divin Maître avait dit : Suivez-moi, lui répondit : Seigneur, permettez-moi seulement d'aller ensevelir mon père : Ait autem ad alterum de discipulis ejus : Sequere me. Me autem dixit : Domine, permitle me primum ire, et sepelire patrem meum. (Ibid., 59.) Mais le Seigneur n'agréa ni l'un ni l'autre de ces retardements. 11 répondit au premier : Personne, mettant la main à la charrue et tournant la tête en arrière, n'est propre au royaume de Dieu : Nemo mittens manum suam ad aratrum et respiciens rétro, aptus est regno Dei (Ibid., 62.) Et au second : Suivez moi, et laissez aux morts le soin d'ensevelir les morts; et pour vous, allez et annoncez le royaume de Dieu : Jésus autem ait illi : Sequere me, et dimilte mortuos sepelire mortuos suos ; tu autem vade, et annuntia regnum Dei. (Ibid., 60.) Peut-on alléguer des excuses plus spécieuses; cependant, peut-on les rejeter plus fortement, et par là faire mieux connaître l'attachement parfait, coutume I, inséparable que demande Dieu
dans ses ministres? Que sera-ce de ceux qui ne demandent pas d'aller renoncer à leur hérédité, mais d'aller prendre soin de leurs affaires domestiques? Qu'aurait dit le Sauveur à ceux qui demandent, non pas d'aller enterrer leurs parents, mais de vivre avec eux ?
L'Ec/iture nous raconte une chose qui fait extrêmement à notre sujet, et qui mérite bien notre attention. Elle nous dit qu'après que les Israélites eurent entièrement conquis la Palestine, Josué assembla les douze tribus, et, s'adressant aux chefs d'entre elles, il leur exposa en peu de mots toute la suite des grâces qu'ils avaient reçues de Dieu, et termina son discours, en leur demandant s'ils prétendaient toujours servir ce même Dieu, et s'attacher inviolablement à son culte, ou bien s'ils voulaient sacrifier aux fausses divinités que leurs pères avaient autrefois adorées; parce que, quant à lui et toute sa famille, ils étaient résolus de s'attacher inviolablement au Dieu d'Israël , qui les avait tirés de la captivité d'Egypte : Sin autem malum vobis videtur, ut Domino serviatis, optio vobis datur ; eligite hodie quod placet, cui servire potissimum debeatis, utrum diis quibus servierunt patres vestri; ego autem et domus mea serviemus Domino. (Josue, xxiv, 15.) Cette proposition fit frémir ce peuple religieux et pour lors dans la ferveur. Nous, quitter le Seigneur, répondirent-ils, abandonner son service ! Absit a nobis ut relinquamus Dominum; serviemus igitur Domino, quia ipse est Dominus Deus noster. (Ibid., 16.) Josué, entendant cette résolution, leur représenta la difficulté de leur entreprise : Vous ne pourrez pas servir le Seigneur, leur répliqua-t-il. Le Seigneur est un Dieu saint, mais d'une sainteté sévère et jalouse, qui ne vous pardonnera aucun péché; ainsi, n'entreprenez rien au-dessus de vos forces, et dont vous ne puissiez venir à bout : Dixitque Josue ad populum : Non poteritis servire Domino ; Deus enim sanctus et fortis œmulator est, nec ignoscet sceleribus vestris atquepeccatis. (Ibid., 19.) Si vous abandonnez son service, après vous y être consacré, il vous exterminera : prenez donc garde à ce que vous ferez : Si dimiseritis Dominum, affligetvos atque subvertet. (Ibid., 20.)
Or, n'est-ce pas là le langage de l'Eglise par la bouche de l'évêque?« Hactenus enim liberi estis, licetque vobis pro arbitrio ad sœcularia vota transire. Quod si) hune ordinem susceperitis, non licebit a proposito resilire; sed Deo cui servire regnare est, perpetuo famulari oportebit; proinde, dum tempus est, cogitale. »
Prenez donc, garde à ce vous allez entreprendre. Pourrez-vous bien vous dédier entièrement à Dieu, garder ses lois et celles de l'Eglise, pratiquer toute votre vie les exercices de piété et les vertus par lesquelles vous lui pouvez plaire : l'amour, le respect, l'humilité, la fidélité, la religion, etc. ? « Sed Deo, cui servire regnare est, perpetuo famulari oportebit. »En un mol, être un vé-
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ritablc serviteur de Dieu, un liomme de Dieu : Tu autem, o homo Dei? [I Tim. vi, 11.) Ne vous démentirez-vous point de son service? Que si, étonné de ces grandes obligations, vous voulez retourner au monde, et servir les dieux étrangers, les vrais ecclésiastiques vous répondront : Allez, mais pour nous, nous vous déclarons que jamais nous n'abandonnerons le Seigneur : Ego autem, et domus mea, serviemus Dotnino.
(Josue. xxiv, 15.) Que si, au contraire, vous êtes constamment résolu de dire avec ce peuple : Non, je ne m'en dédirai jamais, je servirai le Seigneur toute ma vie : Nequaquam ila at loqueris erit; sed Domino serviemus. (Ibid., 21) ; je renonce aux maximes du monde et à son esprit; je veux vivre dans la sainteté de l'état où Dieu m'appelle; je n'ai garde de prêter l'oreille à ce discours qu'on tenait autrefois à David pour l'exclure de l'héritage du Seigneur : Qui ejecerunt me hodie, ut non habitent in hœredilate Domini, dicentes : Yade, servi diis alienis. (I Reg. xxvi, 19.) A ces paroles, que pourra-t-on répliquer? sinon avec l'évêque : Si vous êtes dans cette inviolable résolution, et que vous y vouliez persévérer, approchez au nom du Dieu vivant : « Proinde, dum tempus est, cogitate, et si in sancto proposito perseveraie placet, in nomine Domini hue aocedile. »
Troisièmement, vous vous imposez l'obligation de garder la chasteté perpétuelle : « Quod si hune ordinem susceperitis, non licebit a proposito resilire; sed castilatem, Deo adjuvante, servare oportebil perpetuo. » N'est-ce pas là une obligation bien pesante à l'homme sensuel et corrompu? Plût à D'eu, plût à Dieu, dit saint Bernard, que ceux qui ne sentent pas en eux ce don, ne lussent pas si téméraires que d'en vouer l'observation, que de s'engager à une si haute perfection I « Utinam qui conlinere non valenl, perfectionem temerarie profiteri, aut ceelibatui dare nomina vererentur ! h Parce qu'en effet c'est une entreprise téméraire, si Dieu ne vous appelle pas : '< Sumpluosa siquidem turris est, et verbum grande, quod non omnes capere possuntl m Et, comme il vaudrait mieux, sans doute, se marier que de brûler, aussi serait-il incomparablement plus prudent de faire son salut au rang des simples laïques, que de s'élever au grade sublime du clergé, pour, après l'avoir déshonoré par une vie criminelle, recevoir un jugement rigoureux: ■<■ Esset quidem sine dubio melius nubere, quam uri, et salvari in humili gradu fidelis populi, quam in cleri suhlimilate et deterius vivere, et districlius judicari. »
Il est donc d'un homme prudent de prévoir ce qu'il va faire : « Omne siquidem quod agimus per studium considerationis prœvenire debemus, » dit saint Grégoire, de mettre d'un côté ses forces, et de l'antre le poids des obligations que l'on contracte, afin que si les unes ne sont pas proportionnées aux autres, on se retire :« Prias vires suas cum hoc quod >uLitu:us est onc-
re metiatur, ut si impar est, recédât, «dit le même Père. Heureux celui qui sacrifie sa chair par le glaive de la mortification , avant que de sacrifier la chair de Jésus- Christ par le glaive de la consécration 1 et qui, immolant sans cesse sa chair, qui no meurt jamais tout à fait, imite en quelque façon la chair adorable de la sainte victime que l'on immole tous les jours, et que l'on ne détruit jamais.
Il est vrai que, selon saint Jérôme, entre tous les combats des Chrétiens, ceux auxquels la chasteté engage sont les plus dangereux, puisque les assauts sont continuels, et que la victoire est rare : << Inter omnia certaraina Christianorum, duriora sunt praelia castitatis; nam ibi continua pugna, et rarior Victoria. » Mais il est vrai aussi que ce saint docteur ne parle que des simples fidèles engagés dans le monde : « Inter omnia Christianorum certamina, » et non des prêtres, des chefs du peuple de Dieu; car, à leur égard, il faut qu'en eux le combat soit rare, et le triomphe continuel : « Rara pugna, et quotidiana Victoria. » Et sans doute ce grand docteur l'entend ainsi, puisque, décrivant la nature de la chasteté sacerd'otale, il assure qu'elle ne consiste pas seulement à s'abstenir de toute action impure, mais même à être exempt de toute œillade inconsidérée, et de toute pensée vagabonde. Voici ses paroles : « Caslitas propria, et ut ita dicam, pudicitia sacerdotalis est, ut non solum ab opère immundo abstineal, sed ut a jactu oculi, et a cogitationis errore, mens corpus Christi confectura sit libéra. » Il est donc bien éloigné de penser que la victoire de ce péché soit rare dans un prêtre. Ainsi, quelle force ne faut-il pas pour vaincre parfaitement un tel ennemi ?« Proinde, dum tempus est, cogitate; nam si hune ordinem susceperitis, castitatem, Deo adjuvante, servare oportebit perpetuo. » Voyez donc si vous vous êtes bien éprouvé, de peur que, portant un feu étranger dans le sanctuaire, ainsi que Nadab et Abiu, vous ne soyez consumé par les flammes vengeresses qui sortiront de l'autel, et qu'il ne vous arrive le même accident dont saint Grégoire fait mention dans ses Dialogues.
Il dit qu'un certain clerc de l'église d'Aquin, en Italie, se trouvant possédé du démon, sou évêque nommé Constanlius, auquel apparemment il était cher, l'envoya à divers tombeaux des martyrs, pour obtenir sa délivrance, mais inutilement ; enfin on le conduisit au grand saint Benoît, pour lors fameux par ses miracles, qui, par ses prières, délivra cet ecclésiastique de l'esprit immonde; mais qui lui dit, après l'avoir guéri : Allez, désormais abstenez-vous de chair, et ne soyez pas si osé que de vous approcher jamais des ordres sacrés; car, du moment que vous aurez cette témérité, vous serez aussitôt saisi par le démon : « Vade, et poslhac carnem ne cometlas; ad sacrum ordinem nunqua:n accedere présumas; quacunque autem die ad sacrum ordinem accedere prœsumpseris, slaiiin juri diaboli ite-
(JEUVKES COMPLETES DE DE LA CilETARDIE.
rura mancipaberis. » Ce clerc se retira guéri ; et, comme la peine encore récente donne de la crainte, il fut tidèle pendant quelque temps à se tenir dans les bornes que ce saint abbé lui avait prescrites. Mais, plusieurs années s'étant écoulées, et ses anciens dans la cléricature décédés, il lui fâcha de voir la promotion de ses inférieurs au-dessus de lui, et de demeurer au-dessous; il crut qu'après un si long espace il n'avait plus rien à craindre; il s'approcha de l'ordre sacré, il le reçut; mais à l'heure même le démon qui l'avait quitté rentra dans son corps, et ne cessa de le tourmenter, qu'il ne lui eût arraché l'âme par de continuelles violences : « Quem mox is qui reliquerat diabolus tenuit, eumque vexare, quousque animam ejus excuteret, non cessavit. » Plaise à Dieu que le démon ne s'empare pas du cœur de ceux qui s'en approchent lorsqu'ils devraient le plus s'en éloigner 1 -s Quatrièmement, vous vous dévouez pour toujours au service des autels : « Quod si liunc ordinem susceperitis, oportebit in Ecclesiee ministerio sernper esse mancipatos. » En effet, l'ordre que vous recevez s'appelle sacré, parce qu'outre qu'il consacre votre corps et votre âme par l'observation de la continence et la privation de tout p'aisir sensuel, il vous donne de plus le droit de toucher les vases destinés au redoutable mystère des autels, et de coopérer en votre manière à l'oblation du sacrifice : « De subdiaconis.piacuit Patribus, ut quia sacra mysteria connectant, casti et continentes sint ab uxoribus, et ab omni carnali immunditia liberi :juxta quoi illis, prophela jubente, dicitur : Mundamini, qui fertisvasa Domini (Isa. lu, 11), » dit saint Isidore.
D'où il s'ensuit qu'il vous impose l'obligation de mener une vie sainte et pure, exemple en un mot de tout ce qui est exposé à votre consécration ; car, ainsi que raisonne un Père de l'Eglise déjà souvent cité, s'il était si expressément ordonné aux lévites anciens d'être purs, parce qu'ils touchaient et qu'ils portaient les vases du tabernacle, qui néanmoins ne contenaient rien de plus sacré que le sang des animaux, que ne sera-t-il pas commandé aux ecclésiastiques et aux prêtres du Nouveau-Testament, qui portent en euxmêmes, et en leurs mains le Saint des saints, le corps et le sang de Jésus-Christ immolé pour nous? « Verbum prophetœest : » Mundamini, qui fertis vasa Domini : quanto mundiores esse oportet qui in manibus et corpore portant Chrisium, quibus apostolus dicit : Glorificatc et portate Chrisium in corpore vestro. » (/ Cor. vi, 20.) De plus, cet ordre s'appelle sacré, parce qu'il confère les sept dons du Saint-Esprit, pour résider en ceux qui le reçoivent dignement. Seigneur, dit l'Eglise par la bouche de l'évêque, établissez-les dans votre sanctuaire : « Domine, eos in sancluario tuo sancto strcuuos instituas. » Que l'esprit de sagesse et d'entendement repose sur eux ; l'esprit de conseil et de force; l'esprit de science et de votre piété ; remplissez-les de l'esprit de crainte :
« Et requiescat super eos spiritus sapienlise et intellectus, spiritus consilii et fcrtitudinis, spiritus scicntiee et pietatis : et reple eos spiritu timoris tui : » ce qui sans doute exige beaucoup de sainteté dans celui qui les reçoit. Ajoutez à cela que cet ordre s'appelle sacré, à cause que par sa réception l'on contracte l'obligation de dire l'Office divin, et que l'on consacre sa bouche et ses lèvres, et encore plus son cœur, à la récitation des louanges de Dieu : exercice saint en luimême, qui exige des dispositions saintes en ceux qui y sont tenus, et qui r.nd saints et divins ceux qui s'en acquittent dignement, selon saint Bernard : « Ideo vocatur Officium divinum, tu m quia in se divinum est, tnm quia in se divinas in recitante dispositiones exigit, tum quia divinos efficit sancte recitantes. » Exercice qui participe à l'excellence du sacrifice, puisque l'Ecriture le nomme la victime de nos lèvres : Vitulos labiorum. (Ose. xiv, 3.) Un sacrifice de louanges : Tibi sacrificabo hostiam laudis. (Psal. cxv, 17.) Une imitation de la vie des bienheureux : Beati qui habitant in domo tua, Domine, in sœcula sœculorum laudabunt te. (Psal. lxxxiii» 5.) Comment donc après cela proférer de cette même bouche des paroles messéantes? « Consecrasti os tuum Evangelio, » ajoute le même saint Bernard, « talibus jam aperire illicitum est, assuescere sacrilegium. » Enfin, le sous-diaconat s'appelle un ordre sacré, parce qu'en le recevant vous vousengagez à suivre Jésus-Christ et à l'imiter dans son humilité et dans son zèle : deux vertus dont la pratique entre dans la consécration du sous-diacre ; surtout puisque la consécration des ministres de l'autel n'est autre chose en eux, selon saint Thomas, que le sacrement même de l'ordre.
Dans son humilité : car qu'est-ce que ministère , sinon service et abaissement ? Notre-Seigneur, le souverain prêtre, ne ditil pas que celui qui veut être son ministre soit le serviteur de tous ? Sit vester minister,, erit omnium servus. (Matth. xx, 26.) Le sousdiaconat, est-ce autre chose? Le même Sauveur ne fait-il pas consister son ministère dans cet abaissement? Non venit ut ministraretur, sed ut ministraret. (Marc, x, 45.) Ego sum inmedio veslrum lanquam qui ministrat. (Luc. xxii, 27.) Que silesous-diacre est tenu de préparer l'eau requise au ministère de l'autel, de purifier les vaisseaux sacrés, les corporaux et les pâlies ; de présenter au diacre le calice et la patène, et de tenir tout ce qui concerne l'action du sacrifr e dans une propreté et netteté singulières, n'est-il pas encore plus tenu d'imiter le profond abaissement de Jésus-Christ aux pieds de ses apôtres, quand il les leur lava avec de l'eau, et les leur essuya avec un linge dont il s'était ceint, selon la remarque d'Yves de Chartres : « Hoc officio usus est Dominus, quando facla ccena cum discipulis, linteo se prœcinxit, et mittens aquam in pelvim, pedes discipulorum lavit, et linteo se prôecinxit. » Et qu'il leur dit : Je vous 'ai donné l'exemple en m'abaissant devant vous,.
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moi qui suis le Seigneur et le maître; songez donc à l'obligation que je vous laisse de m'imiter dans l'humilité de mon ministère : Si ergo lavi pedcs vestros Dominus et magistcr, et vos debelis aller alterius lavare pedes : exemplum dedi vobis, ut quemadmodum ego feci, ita et vos faciatis. (Joan. xm, H, 15.) Et ce n'est pas sans raison, si dans le sousdiacre l'humilité doit suivre la chasteté dont on vient de parler, puisqu'elle en est la gardienne et le fondement ; aussi, comme observe saint Isidore, les sous-diacres sont dans l'Eglise ce que les nathinéens, c'est-àdire, des hommes faisant profession de servir Dieu en toute humilité, étaient dans la Synagogue : « Subdiaconi in Esdra appellantur nathineei, id est, in humilitate Deo servientes. »
Mais ils doivent encore imiter Jésus- Christ dans son zèle ; car si le sous-diaconat est dit un ordre sacré, parce qu'il donne droit de toucher et de purifier les vaisseaux bénits, qui ne sont après tout que de métal, combien le sera-t-il par cette autre plus excellente fonction, figurée par la première , savoir, de purifier les fidèles, qui sont les vrais ornements, et les habits précieux de Jésus-Christ, le souverain prêtre et l'autel de Dieu par excellence ; car le soin dont le sous-diacre se charge de nettoyer les linges et les vaisseaux sacrés, n'est que l'image de son application à purifier le cœur des fidèles par l'effusion, si l'on peut parler ainsi, des avis salutaires, des exemples religieux, et de la doctrine céleste, qu'il est tenu de répandre comme une pluie féconde sur eux, afin que, nettoyés des ordures contractées dans le commerce du monde, ils soient remis en l'état de pureté requis pour participer au sacrifice de cet autel mystérieux, qui n'est autre que Jésus-Christ : « Altare quidem sanctœEcclesiaeipse estChristus;cujus altaris pallae et corporalia sunt membra Chrisli; scilicet, fidèles Dei, quibus Dominus quasi vestimentis pretiosiscircumdatur : si itaque humana fragilitate contingat inaliquo fidèles inaculari, preebenda est a vobis aqua cœlestis doclrinœ, qua purificati, ad ornamentum altaris et .eultuui divini officii redeant. »«
Voilà son grand devoir. Que s'il n'avait seulement en vue que de tenir nets et propres les instruments extérieurs du culte de Dieu, ce ne serait qu'exercer une profession laïque et extérieure, et non un office ecclésiastique et spirituel ; car, selon Hugues de Saint-Victor, celui qui, par ses bons exemples et ses salutaires conseils, purifie les souillures du cœur dos fidèles, s'acquitte excellemment de l'office de sous-diacre, et est parvenu au degré de pureté requis à un si grand emploi, duquel alors il possède parfaitement la grâce : « Oui tanlae munditiœ est, quod exeraplo ejus et consilio, caeteri sordibus criminum làvantur, officium subdiaconi implet et possidet. »
C'est donc avec grande raison qu'on a dit ci-dessus que la pratique religieuse du zèle et de l'humilité entre dans la consécration
du sous-diaconat, et contribue à lui donner le nom d'ordre sacré, puisque, par le moyen de ces deux vertus, on exerce les actes d'une si grande sainteté; car, selon saint Thomas: « Ordo sacerdicilur, qui habet aliquem aclum circa rem aliquam consecratam. » Or, le sous-diaconat est essentiellement un ministère, et un ministère institué encore plus utilement pour la purification des âmes consacrées à Jésus-Christ, comme on vient de voir, que pour la purification des vaisseaux bénits.
Après cela, peut-on douter que le sousdiaconat n'impose l'heureuse nécessité de mener une vie digne d'un homme qui se dévoue entièrement au culte de Dieu, à la sanctification des fidèles, au sacrifice du corps naturel de Jésus-Christ, et au service de son corps mystique ? et qu'il exige de celui qui le reçoit une sainteté proportionnée à un si haut emploi, à une si divine fonction? C'est l'Eglise même qui dans l'ordination nous instruit de cette obligation : « Estote ergo taies, qui sacrinciis divinis, et Ecelesiœ Dei, hoc est corporis Christi, digne servire valeatis. » Et ainsi, continue-t-elle, si jusqu'ici vous avez été peu assidus aux Offices, lâches et tièdes au service de Dieu, intempérants et sensuels, déshonnêtes et incontinents, sachez que désormais vous devez avoir une assiduité continuelle à l'Eglise, une vigilance incomparable, une sobriété exemplaire, une pureté angélique : « Et ideo si usque nunc fuislis tardi ad ecclesiam, amodo debetis esse assidui : si usque nunc somnolenli, amodo deuetis esse vigiles; si usque nuncebriosi, amodo sobrii ; si usque nunc inhonesti, amodo casti. » Ce sont quatre grandes résolutions, qui, bien pratiquées, vous attireront en abondance la grâce du sous-diaconat, et la force de soutenir le poids (\es obligations dont vous allez vous charger. « Proinde dum tempus est, cogitate;»etàne pas vous engager témérairement dans l'état ecclésiastique ; c'est-àdire, à ne pas entreprendre mal à propos de bâtir celle tour évangélique, sans avoir de quoi conduire à fin une si grande entreprise : « Sumptuosa siquidem turris est, et verbum grande, quod non omnes capere possunt. »
Chap. IV. — Du diaconat.
Lorsque l'Eglise veut nous élever au diaconat et à la prêtrise, elle nous inculque cette même obligation par une espèce de cérémonie qui nous en fait encore voir l'importance et la grandeur. Le principal d'entre les officiers de l'évêque, c'est-à-dire l'archidiacre, se lève, et, parlant au nom cl comme député de tous les fidèles, il s'adresse au pontife, revêtu de mitre et assis dans un fauteuil, prêt et disposé à imposer les mains et à conférer les ordres, et il lui tient ce discours : Très- vénérable Père, l'Eglise sainte catholique, notre Mère, demande que vous éleviez ces sous-diacres ici présents à la charge du diaconat : « Reverendissime Pater, postulat sancla Mater Ecclesia calho-
lica, ut hos présentes subdiaconos, ad onus diaconii ordinetis. » Point de parole dans ce discours qui ne mérite sa réflexion.
Premièrement, le langage change. Dans le sous-diaconat, l'évêque, s'adressant aux acolytes, leur avait dit qu'ils prissent garde attentivement et plus d'une fois au fardeau dont ils allaient délibérément se charger : « Filii charissimi, ad sacrum subdiaconatus onlinem promovendi, iterum atque iterum considerare debetis attente onus quod ultro appelitis. » Des expressions si fortes, des avis si pressants et si réitérés, sont des preuves visibles de l'importance de la chose, et de quelle conséquence il est de prendre garde à ce que l'on va faire et aux liens qu'on prétend vous imposer. En effet, toutes les conditions requises à une prudente délibération se rencontrent dans la conduite que l'Eglise garde envers les ecclésiastiques qui prétendent recevoir ce premier ordre sacré; dans les mesures qu'elle les oblige de prendre et les réflexions qu'elle les porte à faire avant que de se présenter à l'évêque, et dans l'intervalle qu'elle met entre le dernier des ordres moindres et le sous-diaconat : « Non nisi post annum a susceptione postremi gradus minorum ordinum, ad sacros ordiues promoveantur. » Et cela, ditelle, afin qu'ils sentent, par l'essai qu'ils feront des vertus attachées au sous-diaconat, par l'épreuve qu'ils tireront d'eux-mêmes, en éprouvant quelles sont les obligations qu'ils vont contracter, et par les instructions qu'on leur donnera, combien pesant est le lardeau dont ils vont se charger : « Minores ordines pcr temporum interstitia conferantur, ut eo aecuratius quantum sit hujusce disciplinée pondus possent edoceri. » Que si on ajoute à cela l'âge de vingt-deux ans qu'elle désire en eux, on avouera que rien ne manque, de sa part, à ce que ceux qui s'engagent au sous-diaconat ne soient surpris et ne se lient inconsidérément. Les instructions et les avis, l'âge avancé, l'expérience de ce genre de vie, tout concourt, et du côté de l'entendement, et de la part de la volonté, et de la maturité de l'âge, pour ne point embrasser cette profession que très à propos.
Après toutes ces sages précautions, elle les laisse encore à leur liberté, et leur dit pour la dernière fois, un moment avant leur ordination, qu'ils examinent bien encore en dernier lieu ce qu'ils vont faire, si c'est bien Dieu qu'ils cherchent, et qui les cherche; et, laissant cette discussion à leur conscience, elle abandonne leur résolution à leur confesseur et h eux : « Proinde dum tempus est cogitale. »
Mais quand on vient au diaconat, elle s'exprime autrement. L'archidiacre se lève, comme on vient de remarquer, et s'adressant à l'évoque, il lui dit : « lleverendissime Pater, postulat sancla Mater Ecclesia calholica ut hos prœsentes subdiaconos ad onus diaconii ordinetis. » L'Eglise demande que vous confériez la charge du diaconat à ces sous-diacres ici présents.
Premièrement, l'Eglise demande : a Postu-
lat Ecclesia. » Or, est-ce bien l'Eglise qui demande votre promotion à cet ordre supérieur? L'Eglise, cette Epouse fidèle, si jalouse de l'honneur de son Epoux, si instruite de ses volontés, si informée de ses maximes et de son esprit, qui ne lui veut donnerque des ministres fidèles et prudents : Fidelis servu$ et prudens, quem constituil Dominus super familiam suam.(Malth. xxiv, 45.) Est-ce l'Eglise qui vous désire? Est-ce l'Eglise qui, édifiée de votre sage conduite dans le sous-diaconat, de votre chasteté exemplaire, de votre modestie, de voire zèle, sollicite et presse qu'on vous impose les mains et qu'on se hâte de vous envoyer travailler au salut de tant d'âmes qui se perdent, espérant que vous ferez un ouvrier véritablement apostolique? « Postulat Ecclesia. » Est-ce à ses instances et à ses prières qu'on vous imposera les mains? Car voici comme elle s'exprime : '< Commune votum communis oratio prosequatur, ut hi totius Ecclesiœ prece qui ad diaconatus ministerium prseparantur , leviticœ benedictionis ordine clarescanl , » De sorte que votre ordination doit être le fruit et l'accomplissement des vœux et des désirs de l'Eglise, qui vous a demandé à Dieu. Voyez si la chose est ainsi et si votre, conduite passée peut vous donner quelque confiance que cette Epouse chaste, animée de l'Esprit-Saint, vous demande : « Postulat Ecclesia. »
Car si l'Eglise ordonne que vous ne deveniez point diacre qu'sprès avoir tout au moins exercé pendant un an les fonctions du sous-diaconat avec édification : « Promoli ad sacrum subdiaconatus ordinem, si per annum saltem in eo non sint versati ad altiorem gradum non promoveantur, » ce n'est qu'afin que, montant saintement de vertu en vertu, vous puissiez monter sûrement de dignité en dignité. Voici comme elle explique son intention : « Atque ita de gradu in gradum ascendant, ut in eis cum aetate, vitee meritum et doctrina magis accrescat. » Elle prétend qu'avançant dans les ordres vous avanciez dans la doctrine de la piété, et que l'une et l'autre aillent de même pied.
Cela étant ainsi, est-ce donc l'Eglise qui demande votre promotion? « Postulat Ecclesia. » N'est-ce point votre famille, ce père et cette mère, la chair et le sang? N'est-ce point votre ambition, une envie secrète de parvenir à un bénéfice? « Postulat Ecclesia. »
La sainte Eglise demande : « Postulat sancta Ecclesia. » Celte épilhète n'est pas mise ici au hasard. L'Eglise est composée de deux sortes de personnes : de bons et do méchants, de brebis et de boucs; elle a des membres vivants, elle a des membres morts. Ceux-ci ne participent point à la grâce sanctifiante, qui donne le sentiment de la charité et le mouvement des bonnes œuvres. On prend donc ici l'Eglise principalement pour cette partie excellente qui forme la société des justes sur la terre, animés de l'Esprit'de Dieu, viYilics par sa grâce, et qui conspi-
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rent au même dessein. Est-ce donc cette Eglise sainte, celte société des justes, cette plus excellente portion du corps mystique du Fils de Dieu, qui demande qu'on vous admette au clergé, c'est-à-dire dans la congrégation des principaux membres de l'Eglise, spécialement consacrés au culte de Dieu et spécialement députés à la sanctification des âmes? Sont-ce les gens de bien, qui, touchés de votre mente, de vos dons, de vos talents, demandent qu'on vous mette à leur tête pour leur servir de guide et de modèle? qu'on vous pose sur le chandelier, pour s'édifier de votre doctrine et de vos bons exemples? Ne sont-ce point les gens du monde, la société des pécheurs, qui vous excitent à vous avancer, ou plutôt à vous précipiter, et qui vous disent : Mitle te deorsum. (Luc. v, 9.) Euge, euge, dux bone, dux prœclare ; quando hœcerunt?quando lueerna super candelabruru ? ubi talentura ? » Manifesta leipsutn mundo. (Joan. vu, 4-.) Tels sont les discours que de semblables esprits tenaient autrefois à saint Grégoire de Nazianze. Examinez donc si c'est l'Eglise sainte qui sollicite votre promotion : « Postulat sancla Ecclesia. »
La sainte Eglise catholique demande :
« Postulat sancta Ecclesia catliolica. » Que veut dire ici ce mot de catholique? Il nous apprend que, comme l'Eglise est la dépositaire et l'interprète de la doctrine, elle demande des ministres d'une foi pure, saine, orthodoxe, également exempts d'ignorance et de singularité. Elle vient de demander la probité : « Postulat sancta Ecclesia; >/ elle demande à présent la capacité : « Postulat Ecclesia catholica. » Car la probité sans la science rend un prêtre inutile, et la science sans la probité le rend orgueilleux : l'Eglise demande ici l'un et l'autre : « Postulat sancta Ecclesia catholica : » des sujets remplis de maximes toujours crues, toujours reçues, ennemis des nouveautés et des singularités : •< Quod ubique, quod semper, quod ab omnibus. » Tels sont les vrais caractères de la doctrine que l'Eglise demande dans ses ministres, selon Vincent de Lérins. Avezvous la science, et une telle science? Ne donnez-vous point dans les curiosités, les nouveautés, les singularités? Voyez si l'excellence de votre doctrine peut servir de motif à l'Eglise pour solliciter votre promotion : « Postulat sancta Ecclesia catholica. » Mais voici encore une nouvelle condition.
La sainte Eglise catholique, notre Mère, demande : « Postulat sancla mater Ecclesia catholica. » Ce mot de Mère nous découvre que l'Eglise, pleine de sollicitude et d'amour pour ses enfants, leur cherche des pédagogues et des maîtres sur la conduite desquels elle puisse en loule assurance se reposer de leur éducation : « Postulat sancta mater Ecclesia. » Avez-vous les qualités requises pour cet emploi? pour élever les âmes à la piélé et à la crainte de Dieu? pour les nourrir du lait d'une doctrine céleste? pour les faire croître en vertu? pour les disposer aux sacrements et les former h la vie chrétienne?
Etes-vous tel qu'une si bonne Mère, agitée de tant de soins pour les enfants, veuille bien vous confier un dépôt qui lui est si cher et vous demander à l'évoque? « Postulat sancta Maler Ecclesia ut hos prœsentes subdiaconos ad onus diaconii ordinetis. » N'est-ce point vous qui demandez cet office, non tant pour procurer le bien des âmes qui vous seront confiées que pour procurer votre propre intérêt? Songez-y, et prêtez l'oreille intérieure à la parole de Dieu, qui vous dira peut-être, en un autre sens, ce qu'il dit autrefois à Samuel, par la bouche du grand prêlre Héli. Ce jeune lévite, entendant la voix du Seigneur qui l'appelait pendant la nuit : Samuel! Samuel! se leva aussitôt et courut au lit du pontife, et lui dit : Me voici, car vous m'avez appelé : Ecce egor vocasti enim me. Que lui répondit Héli? Ce que sans doute Dieu fait retentir au cœur de plusieurs prétendants à l'état ecclésiastique, si la convoitise ne les rendait pas sourds : Retournez-vous-en, mon fils; reposez-vous : je ne vous ai pas appelé : Revertere, fdi mi, et dormi : quia non vocavi te. Soyez donc plus docile et plus attentif, et dites à Dieu : Parlez, Seigneur, car votre serviteur vous écoute : Loquere, Domine, quia audit servus tuus. (/ Reg. m, k seq.) Prêt et disposé plutôt à exécuter vos ordres qu'à recevoir les ordres , si ce n'est pas votre volonté ni l'Eglise qui m'appellent : « Postulat sancla mater Ecclesia calholica,ut hos présentes subdiaconos ad onus diaconii ordinetis. ■»
Mais que répond l'évêque à cette proposition? Savez-vous, dit-il à l'archidiacre, si ces aspirants-là sont dignes de l'ordre que vous demandez pour eux? « Scis illos dignos esse? » Quatre mots dignes d'êlre considérés.
Premièrement, s'ils sont dignes d'êlre admis dans l'état ecclésiastique? « Scis illos dignos esse? » Est-ce Dieu qui les appelle h cette sainte profession? C;ir c'est le fondement de tout l'édifice et de la tour évangélique qu'ils veulent élever : Nemo sumit sibi honorem, nisi qui vocatur a Deo tanquam Aaron. (Hebr. v, 4.) N'est-ce point eux-mêmes qui s'ingèrenl, ou la chair et le sang, les parents, l'avarice, l'ardeur d'avoir un bénéfice? Qui non intrat per ostium in ovile, sed aliunde, ille fur est et lalro. (Joan. x, 1.) D'ailleurs, ont-ils assuré leur vocation et fait voir qu'elle venait d'en haut, par la pratique des vertus et l'exercice des bonnes œuvres? ont-ils conservé leur innocence de baptême, ou du moins l'ont-ils recouvrée par une vraie pénitence? En effet : Quis ascendit in monlem Domini, aut quis stabit in loco sancto ejus ? innocens manibus et mundo corde (Psal. xxm, 3, k.) Savezvous ces choses? certifiez-vous qu'ils soient dignes de recevoir l'ordre qui a honoré un saint Etienne, un saint Laurent, un saint Vincent? « Scis illos dignos esse ? »
En second lieu, savez-vous s'ils sont dignes d'être promus au diaconat? « Scis illos dignos esse ?» Se sont-ils instruits sérieusement, et ont-ils appris el médité attentive-