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ment les obligations qu'ils vont contracter? cet attachement inviolable au service de Dieu? ce vœu de continence perpétuelle?
cet engagement d'instruire et de prêcher l'Evangile, de parole et d'exemple ? de reprendre les pécheurs, de sanctifier les âmes et surtout la leur, d'être humbles, sobres et désintéressés? Car ce sont les èvertus des diacres, et c'est dans celte vue qu'on les a tenus un temps considérable dans la retraite et qu'on leur a fait garder les interstices : « Ut eo accuratius quantum sit hujus disciplinée pondus, possint edoceri. » Ce sont les propres termes du Pontifical, et l'esprit du concile de Trente, ou plutôt de I l'Eglise : « Scis illos dignos esse ? »
Troisièmement, « Scis illos dignos esse ? » Ont-ils pratiqué, et se sont-ils exercés dans les vertus ecclésiastiques? A-t-on vu en eux le détachement auquel la cléricature engage ; Dominus pars (Psal. xv, 5), etc. Le zèle des portiers, ne souffrant aucun désordre dans l'église; la force des exorcistes, résistant aux tentations; la modestie des lecteurs; le bon exemple des acolytes, la chasteté des sous-diacres? car c'est le dessein de l'Eglise de ne les point promouvoir à un ordre supérieur, qu'après qu'ils auront rempli les devoirs de l'ordre inférieur, et de ne les pas faire croître en grade, qu'à mesure qu'ils feront de nouveaux progrès en science et en mérite : « Atque ita de gradu in gradum ascendant, ut in eis cura œtate, vitœ meritura, et doctrina major accrescat. » Ce sont encore les paroles du Pontifical et le dessein de l'Eglise; et par conséquent : « Scis illos dignos esse ? » Savez-vous s'ils sont dignes d'un si haut ministère?
Quatrièmement: « Scis illos dignos esse? » Ont-ils rempli les devoirs dont ils ont déjà été chargés, et donné par là des marques de leur vocation et de leur position à en contracter de nouveaux et de plus importants, par leur promotion à un office plus relevé? leurs mœurs ont-elles été exemplaires? quel a été leur amour et leur assiduité pour les fonctions ecclésiastiques ; leur respect pour ceux qui étaient honorés d'un ordre supérieur au nôtre-; leur vénération religieuse pour celui qu'ils prétendent; leur zèle pour la fréquente communion, qui a dû augmenter à mesure qu'ils s'approchent du sacerdoce, dont l'exercice les obligera de particiciper tous les jours à cette adorable victime de nos autels? Car ce sont là des preuves que l'Eglise veut avoir de leur avancement Uans la vertu : « Quod et bonorum moruin exemplum, et assiduum in ccclesia ministerium, atque major erga presbytères et superiores ordines reverentia, et crebrior quam antea corporis Christi communio comprobabunt.» Telles sont encore les expressions du Pontifical, ou plutôt de l'Eglise, et de quoi elle prétend être informée, quand elle dit à l'archidiacre : « Scis illos dignos esse? » Etes- vous bien informé de leur mérite?
Cinquièmement : « Scis illos dignos esse.'» Y a-t-il un temps considérable qu'ils vivent
avec édification? Ne sont-ce point des néophytes en vertu? contre le précepte de l'apôtre : « Non neophytum. » Les occasions et les tentations auxquelles ils se sont vus exposés, n'ont-elles point ébranlé leur cœur depuis qu'ils ont reçu le sous-diaconat? Leur sagesse supplée~t-elle à leur jeunesse, et tient-elle lieu de cheveux blancs en eux ? Peut-on dire d'eux ce que saint Ambroise rapporte de la bienheureuse Agnès, que, selon le corps elle était jeune d'années, mais que selon l'esprit elle surpassait en maturité les vieillards les plus consommés : « Infantia quidem computabatur in annis, sed erat senectus mentis immensa. » Car c'est la prétention de l'Eglise, qui déclare dans son Pontifical qu'il faut bien se donner de garde d'admettre aux ordres sacrés les personnes par la seule raison qu'elles ont l'âge, si elles sont destituées des qualités requises : « Sciant tamen episcopi, nonsingulos ineaœtate constitutosdeberead hos ordines assumi,sed dignos duntaxat, et quorum probata virtus senectus sit : » et c'est ce que l'évêque intime à son archidiacre, quand il lui demande : « Scis illos dignos esse? »
Enfin : « Scis illos dignos esse ? » Se trouvent-ils actuellement si bien disposés, et donnent-ils une idée si avantageuse de leur vertu, qu'on puisse raisonnablement se promettre qu'après leur ordination ils seront puissants en paroles et en œuvres; qu'ils répandront les eaux d'une doctrine céleste parmi les fidèles, qu'ils donneront de salutaires avis à ceux dont ils se trouveront chargés, et qu'ils seront des exemples éclatants en toutes sortes de bonnes œuvres et de vertus? Car c'est ce que l'Eglise exige de ceux qu'elle admet au ministère : « Atque ita pietate et moribus conspicui, ut praeclarum bonorum exemplum, et vitœ monita, ab eis possint exspectari.» Voilà ce que l'Eglise se promet de vous, sans quoi elle ne vous recevrait pas; et ce qu'elle veut donner à entendre quand elle interroge l'archidiacre, et qu'elle lui dit par la bouche de l'évêque : « Scis illos dignos esse? »
Après des interrogations si précises et si capables d'arrêter le désir le plus empressé, l'archidiacre répond : Autant qu'on en peut moralement juger, et qu'on saurait pénétrer dans les replis du cœur humain, je crois et je certifie qu'ils sont en état de soutenir le poids d'un tel emploi. « Quantum humana fragilitas nosse sinit, et scio et testilicor ipsos dignos esse ad hujus onus officii. » Je sais qu'ils ont vécu avec éditication dans le sous-diaconat, qu'ils en ont rempli les devoirs, qu'ils ont du zèle pour le salut des âmes, de la religion envers le sacrifice, qu'ils ont fait du progrès dans les vertus ecclésiastiques, surtout que rien n'a été si exemplaire en eux que la chasteté, laquelle ils ont >inviolablement conservée; en un mot, qu'ils sont en l'état où vous pouvez les désirer pour être promus au diaconat : « Et scio, et testificor ipsos dignos esse ad hujus onus officii. » A quoi l'évêque répond :
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Dieu soit béni, rendons-en grâces à sa bonté, qu'il en soit à jamais béni : « Deo gralias. »
Mais vous qui prétendez au diaconat, connaissez mieux vos imperfections que personne,que dites-vousde vous-mêmes? Quid dicis de teipso?(Joan. i,22.) Croyez-vous être en élat d'être promu à un ordre si relevé? Vous sentez-vous assez atï'ermi dans In sainteté, dans l'habitude des vertus, dans l'horreur du vice? « Seis leipsum dignum? »
Vous seriez bien présomptueux , si vous répondiez que oui. Ecoutez ce que lit saint Martin, la merveille des prélats, et l'ornement de l'Eglise universelle : Saint Hilaire voulut l'élever au degré du diaconat, dit Sévère Sulpice; mais saint Martin ne put jamais se résoudre à y consentir, envisageant d'un côté une si grande charge, et qui demande tant de perfection, et de l'autre, son peu de mérite; il protesta plusieurs fois qu'il se reconnaissait indigne d'un si haut ministère, et il en vint jusqu'aux cris et aux clameurs, afin qu'on ne lui fil point de violence là-dessus : « Tenlavit Hilarius, irnposito diaconii ofiicio, Martinum ministerio vincire di vino ; sed cum srcpissinie restitisset, indignum se esse vociferans , exorcistam eum esse preecepit. »
Aussi l'Eglise, dépositaire de ce premier esprit, après même un témoignage authentique de l'archidiacre : « Et scio, et testificor jpsos dignos esse ad ,hujus onus ofiicii, » hésite encore à élever au diaconat ces sousdiacres présents; elle craint de n'apporter point toutes les précautions nécessaires à un choix si important; elle sait combien d'hypocrites, revêtus au dehors de la peau de brebis, et au dedans de vrais loups, entrent tous les jours dans le bercail du bon Pasteur pour satisfaire leur ambition ou leur avarice; que tel paraît modeste qui ne l'est pas; dévot, humble, mortifié, qui n'est rien moins que cela; que ceux qui semblent promettre d'être des ouvriers utiles, deviennent des ministres fort peu édifiants; agitée de ces soins, et occupée de la haute idée et du grand mérite des premiers diacres, que l'on choisit comme des sujets d'une réputation établie, remplis de sagesse et de grâce, et de l'esprit de Dieu : « Considerate virrîs ex vobisboni testimonii septem, plenos Spiritu sancto et sapientia, » désirant d'en avoir de tels, et craignant de se méprendre, elle suspend la promotion, elle s'adresse aux assistants, et les conjure que, se voyant fur le point de conférer un ordre si important, et qui demande tant de talents et de vertus, ils aient à lui déclarer s'ils savent quelque chose contre ceux qui se présentent pour le recevoir, et qu'ils aient à le lui déclarer par l'amour qu'ils ont pour Dieu et pour son service, sans néanmoins sortir des bornes de la modestie : « Auxilianle Christo Domino Deo, et Salvatore nostro Jesu Christo, eligimus hos prœsentes subdiaconos in ordinem diaconii ; si quis habel aliquid contra illos, pro Deo et propter Deum
cum liducia exeat et dicat : Verumtamen memor sit conditionis suffi. »
Après quoi l'évêque s'arrête et se tait, afin de donner lieu aux assistants de parler et de découvrir les défauts qu'ils peuvent avoir reconnus en ces prétendants, « facta aliqua mora. «Profitons île cet intervalle ; voyons si notre conscience, au défaut des hommes, ne nous accuse point, ne nous reproche rien; examinons-nous sur ce que l'Eglise va leur dire, lorsque l'évêque, se tournant vers eux, exposera les obligations qu'ils contracteront, et les vertus qu'elle suppose en eux, et qu'ils doivent apporter à leur ordination. Arrêtons-nous à quelques-unes des principales et des plus essentielles au ministère du diaconat, desquelles on fait en cet endroit Pénumération ; et voyons si c'est avec fondement qu'on peut dire de chacun de nous : « Quantum humana fragilitas nosse sinit, et credo, et testificor ipsos dignos esse ad hujus onus ofiicii. »
Le diacre est chargé de deux principales fonctions dans son ordination , dont la première regarde le prochain, et la seconde regarde Dieu; l'une, le corps mystique, l'autre, le corps naturel de Jésus-Christ. Celle qui regarde le corps mystique du Sauveur, lui est conférée par ces paroles de l'évêque qui l'ordonne : Recevez la puissance de lire l'Evangile dans l'église de Dieu : i Acoipe potestatem legendi Evangelium in ecclesia Dei. » Et rapportant ensuite les devoirs d'un diacre avec étendue, il dit qu'il est tenu de prêcher la parole de Dieu : « Diaconum oportet prffidicare. » Arrêtonsnous ici à celte première fonction, et voyons quelle obligation elle impose.
La fonction de prêcher la parole de Dieu, d'instruire les peuples des vérités de la religion, et de publier hautement l'Evangile, est sans doute un ministère important à l'Eglise et bien glorieux au clergé, surtout quand on s'en acquitte dignement.
Mais, connue on a montré avec étendue ailleurs la nécessité indispensable, l'excellence et les fruits de cet emploi, on ne s'attachera en ce lieu qu'à expliquer les devoirs de perfection et de sainteté qu'il impose aux diacres, en vertu de ces paroles: « Diaconum oportet prœdicarc » dont on développera le sens. Car il ne faut pas s'imaginer que l'on a tout compris, quand on a su que le diacre est obligé, par son ordre, d'expliquer la doctrine chrétienne, et de chanter l'Evangile à la Messe : « Accipe potestatem cantandi Evangelium, » ce qui sans doute serait peu de chose si on s'arrêlait-là, quoique cependant bien des ecclésiastiques peu éclairés n'y voient rien de plus|, et bornent ainsi la haute idée qu'on doit avoir de la grâce du diaconat, et des rares vertus que l'Eglise autrefois exigea de ceux qu'elle y appelait, et dont elle ne relâche encore rien, comme on peut voir dans les avertissements que l'évêque fait quand il ordonne, et qu'il est bon do considérer avec attention.
Diaconum oportet prœdicarc. — Le premier devoir auquel un homme chargé du
ministère delà parole est tenu, est de donner bon exemple ; de prêcher par ses actions, avant que de prêcher par ses paroles ; de faire avant que de dire; d'imiter le modèle de tous les prédicateurs évangéliques, la parole incarnée, Jésus-Christ, notre Sauveur, de qui il est écrit qu'il commença à faire, puis à parler : Cœpit facere et docere. (Act. i, 1.) Parce moyen, on abrège bien les choses. Et ce n'est pas sans raison qu'on a dit si souvent, qu'enseigner la vertu par des discours est un chemin bien long; niais que de ie faire par ses œuvres est une voie bien courte : « Longum iter per preecepta, brève per exempla. » En effet, quand les peuples sont prévenus que celui qui les prêche est un saint homme, ils croient tout ce qu'il dit ; aucune de ses paroles ne tombe à terre ; le cœur des fidèles qui sont des cieux spirituels, les reçoit toutes; l'esprit les retient par ses méditations ; les mains les mettent en usage par les bonnes œuvres ; le prédicateur est déchargé du soin de prouver %ce qu'il avance, de convaincre les incrédules et d'échauffer les âmes tièdes et négligentes. 11 parle, on l'écoute, on le croit, on le respecte, on se condamne, on s'anime, on l'imite.
Vous vous chargez de l'obligation de prêcher l'Evangile : « Diaconum oportet preedicare. » Mais croyez-vous en être quitte pour faire une instruction à des enfants, le catéchisme à la main, ou à des personnes grossières? Ne vous y trompez pas, vous ne vous engagez à rien moins qu'à être un homme d'une vie exemplaire, parfaite, édifiante. Elevez donc vos pensées plus haut : « Provehendi, filii dilectissimi, ad leviticum ordinem, cogitate magnopere ad quantum gradum Ecclesiœascenditis, » que vos vertus soient les véritables degrés par lesquels vous montiez à un si haut ministère; que vos actions saintes soient les interprètes vivantes de la parole que vous annoncerez : « Curate ut quibus Evangelium ore annuntialis, vivis operibus exponatis; » et qu'on dise de vous : Heureux les pieds de ceux qui, revêtus des exemples des saints, viennent nous annoncer l'Evangile et la paix 1 Ut de vobis dicalur: Beati pedes evangelizantium pacem,evangelizantium bona (Isa. lu, 7; Rom. x, 15); habete pedes vestros calcealos sanctorum ex'emplis in prœparatione Evangeliipacis. (Ephes. vi, 15.)
Considérez que vous avez à édifier les fidèles par la sainteté de votre conversation, avant de les instruire par le ministère de la prédication : « Ut spirituali conversatione prœfulgenles, gralia sanctificationis eluceant. «C'est ce que TEglise exige de vous comme une condition qui doit précéder l'imposition des mains de l'évêque et la collation du diaconat. Elle veut que tout le monde soit touché de votre modestie, de votre dévotion, de votre zèle, de votre désintéressement : « Abundet in eis tolius forma yirtulis, pudor conslans, auctorilas modesta, innocentiœ puritas, et spiritualis, observantia disciplinée; » qu'on ait conçu une si
grande estime de votre vertu, de votre probité, de votre religion, et surtout de votre chasteté, que chacun, voyant ces grands exemples en vous, se porte h les imiter : « In moribuseorum preecepta tua fulgeant, ut castilatisexemplo imitatione sancta plebs acquirat. »
Après même votre ordination, l'Eglise demande encore à Dieu la même chose pour vous; c'est-à-dire, qu'il vous fasse la grâce d'être des personnes exemplaires : '< Exaudi, Domine, preces nostras et super hosfamulos tuos spiriturn tuœ benedictionis infunde, ut cœlesti munere ditati, et tuœ majestatis gratiam possint acquirere, et bene vivendi aliis exemplum prœbere. »
Voilà l'obligation que vous impose la charge d'annoncer la parole de Dieu, c'est-àdire, de pratiquer ce que vous dites, ce que vous lisez, ce que vous prêchez.
Saint Etienne avait un grand talent pour la prédication; nul ne pouvant résister à l'énergie des paroles qui sortaient de sa bouche, à l'esprit de sagesse qui parlait par sa langue : Et non poterant resistere sapientiœ et spiritui qui loquebatur. {Act. vi, 10.) Il fit le discours du monde le plus fort ou le plus pathétique devant l'assemblée des Juifs: Viri fratres et patres, audile (Act. vu, 2) ; il remplit parfaitement alors cette fonction du diacre : « Diaconum oportet prœdicare.»Mais rien n'est comparable à la prédication qu'il, fit un moment avant sa mort, lorqu'il prêcha par œuvres, qu'il pratiqua ce qu'il avait prêché.-Ce fut dans ce moment qu'il s'acquitta bien plus excellemment des devoirs attachés au diaconat; car, lorsqu'on l'eut dépouillé de ses habits et qu'on commençait à le lapider, il se mit à genoux, et pria Dieu pour ses ennemis et ses meurtriers : Lapidabant Stephanum invocantem et dicentem : Domine Jesu, suscipe spiriturn meum. Positis autem genibus, clamavit voce magna dicens : Domine, ne statuas Mis hoc peccatum. (Ibid., 58, 59.) Voilà pratiquer l'Evangile. Voilà à quoi un diacre est tenu, et l'obligation qu'il contracte dans son ordination : « Diaconum oportet prœdicare. » Pensez, pensez, dit l'évêque qui vous ordonne, pensez au grand exemple que vous adonné le glorieux saint Etienne, le premier ministre de votre sacré collège : « Cogilate beatum Stephanum merito prœcipuœ castifatis ab apostolis ad officium islud electum. » Et faites réflexion que vous devez imiter ce. grand modèle , et prouver par vos œuvres, que vous ne prêchez aucune vertu, dont le premier vous ne montriez la pratique par votre exemple : « Curate lit quibus Evangelium ore annuntiatis , vivis operibus exponatis. » Comme s'il disait: Faites reluire en vous cette charité d'un saint Etienne, cette douceur, cette patience, cette foi; après avoir lu à l'autel l'Evangile, aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous persécutent : Diligite inimicos vestros, orate pro persequentibus vos. (Mat th. v, kk.) Après avoir expliqué dans la chaire ces divines maximes, apprenez au peuple par, vos exemples, comment il en faut faire usage,
REIRAITE POUR LES OHD1NANDS. — ENTRETILN XV. DKS ORDRES.
comment il doit les pratiquer; c'est ce qu'on appelle une prédication animée : « Vivis operibus exponalis. » C'est remplir excellemmentcette fonction du diacre :«Diaconr.m oportet prœdicare. » Il faut à présent examiner la seconde fonction du diacre, et faire voir qu'elle est la suite, ou plutôt la perfection et la consommation de la première.
Diaconum oportet minislrare ad allure. — Il faut que les diacres servent le prêtre à l'autel, qu'ils coopèrent en leur façon à l'oblation du sacrifice adorable du corps et du sang de Jésus-Cbrisl; et par conséquent, qu'ils mènent une vie si sainte, qu'elle corresponde à la sainteté d'un si haut ministère ; qu'ils soient exempts de toutes les souillures de la chair et du sang; qu'ils soient doués d'une angélique pureté ; c'est ce que l'Eglise demande d'eux dans leur ordjnalion : « Et quia comministri et cooperatores estis corporis et sanguinis Domini, estote ab omni illecebra carnis ;ilieni. » Ne soyez plus accessibles aux impressions d'aucune convoitise; soyez hostie pour faire une hostie. « Et vos, fil i i dilectissimi, qui ab haereditate palerna nomen accipitis, estote assUmpti a carnalibus desideriis, a lerrenis concupiscents, qua) militant adversus animam. •» Soyez par vertu autant séparés de la terre, que vous êtes séparés des hommes par vos emplois. Ne laissez pas immoler votre âme par le vice, afin que vous soyez en état de pouvoir parla sainteté immoler Jésus-Christ; soyez purs et chastes, sans tache ni souillure: i Estote nitidi, mundi, puri, casti. » En un mot, soyez tels que doivent être des ministres de Jésus-Christ et des dispensateurs des mystères de Dieu : ressentez-vous de celui que vous représentez , et des dons que vous distribuez : « Sicut decet ministros Christi, et dispensalores mystenorum Dei. »
Quand vous ne regarderiez dans le diaconat que cela, c'est-à-dire que ce qu'il y a d'extérieur dans ce ministère, n'en serait-ce pas assez pour vous persuader ! obligation où vous êtes d'être saint devant Dieu? Sancti estote, quoniam ego sanctus sum. (Levit. xix, 2.) Quand vous ne regarderiezque le seuldroit de toucher les vaisseaux sacrés, que serace de s'unira ce que ces vaisseaux contiennent, comme ajoute l'Eglise dans votre ordir ation ?'( Sicut ait Scriptura : Mundamini, qui fertis vasa Domini.» (Isa. lu, 11.) Soyez purs, vous lévites anciens, qui portez les vases du Seigneur ; vous, lévites nouveaux, qui portez le Seigneur inèiue:« Quantomundiores esse oporiet, qui in manibus et corpore portant Chrislum, quibus Aposlolusdieit (/ Cor. vi, 20) : Glorificate et porlate < Itrislum in corpore vestro,» qui ne poriez plus.des vases, mais qui êtes devenus vousmêmes des vases; à quellesainteté,dis-je, ce seul ministère extérieur n'engage-t-il pas?
L'abbé Théodore, religieux d'une éminenle perfection, ordonné diacre, sans doute malgré lui, se cachait de solitude en solitude, de montagne en montagne, pour ne pas exercer une fonction qui lui paraissait si redoutable. Sai>i néanmoins cl arrêté par
Œuvres compl, de de la Chbtabdie.
les autres solitaires, qui lui persuadaient de ne pas éviter ce fardeau, de peur d'être regardé comme un transfuge et un déserteur d'une si sacrée milice, il s'arrêta; et, ébranlé parleurs discours, il se mit en oraison pour consulter la volonté du Ciel làdessus. Là, répandant deux ruisseaux de larmes, il demanda avec ardeur à Dieu qu'il lui fit connaître s'il devait exercer un emploi si relevé. Au milieu de cette ardente prière, il eut une vision merveilleuse. Il vit une colonne de feu qui paraissait aller de la terre au ciel, et il entendit ces paroles : Théodore, si vous pouvez être tel que ce que signifie celte colonne, allez et exercez en assurance le pouvoir que vous avez reçu. A ces mots, il revint à lui, et, sans en vouloir savoir davantage, il ne put jamais être induit, nonseulement à faire l'office de diacre à l'autel, mais même à toucher les vases sacrés : « Ostensa est columna ignis de terra usque ad cœlum et vox insonuit dicens : Si potes fieri sicut columna hœc, vade, ministra. 111c autem, haec audiens, statuitnon minislrare, nec calicem tenere. »
Jésus-Christ n'a permis ces sortes de merveilles, que pour réveiller en nous l'estime des choses saintes, que nous laissons insensiblement éteindre dans notre cœur. Nous voulons donc être diacres? Oui, mais sommes-nous des colonnes dans l'Eglise, par la solidité et la sublimité de notre doctrine et de notre vertu, et participons-nous à la grâce d'un saint Pierre et d'un saint Jean, « qui videbantur columnse esse? r. Sommes-nous embrasés par le zèle de l'honneur de Dieu, par les ardeurs de son amour? Simon Joannis , diligis me? Pasce agnos meos. (Joan. xxi, 7.) Lumineux par le bon exemple, élevés par la pureté d'intention, toujours dans le mouvement des bonnes œuvres? marchons-nous devant les autres pour leur servir de guide en la terre promise? Devançons-nous le reste des fidèles pour les conduire au ciel ? « Théodore, si talis esse potes, qualem columna signiticat, vade, et susceptum diaconatus officiuni exerce. »
Mais que dirons-nous, si nous pénétrons plus avant dans ce sanctuaire, et si nous allons jusqu'à ce que le diaconat a de plus intérieur et de plus essentiel ? Si les dehors et le ministère extérieur exigent tant de perfection, que ne fera pas le dedans et l'esprit intérieur?
Il est certain que les diacres étant ministres et coopérateurs du sacrifice avec le prêtre, « et quia estis comministri et cooperalores corporis et sanguinis Domini, » ils entrent avec lui dans l'obligation commune d'immoler non - seulement leurs vices et leurs convoitises, « estote abomni illecebra carnis alieni ; » mais encore de s'immoler eux-mêmes, de donner leur vie et leur sang, ainsi que l'évêque le dit au prêtre : « imitamini quod tractatis. »
C'est celte obligation, attachée au diaconat, que le grand saint Etienne a reconnuo, et dont il nous a donné l'exemple, lorsqu'a- 1. 46
près avoir si dignement prêché l'Evangile, si saintement servi à l'autel, plein des vérités célestes qu'il avait annoncées et de la sacrée victime dont il s'élait repu, il se livra comme une victime dévouée au - sacrifice , entre les mains de ses persécuteurs, qui l'immolèrent à leur fureur. Voilà exercer pleinement le ministère du diaconat; voilà les suites où une telle ordination engage; voilà la grâce qu'elle porte avec elle.
C'est encore ce qu'a reconnu le grand saint Vincent, diacre de l'Eglise de Saragosse, dont les actes mêmes des combats se sont conservés jusqu'à nos jours. Ce jeune lévite, pelit-fils d'un consul, fut saisi pour la foi, avec Valère son évoque, et présenté avec lui devant le président Dacien, qui leur demanda raison de leur foi. Valère, homme d'un naturel doux et tranquille, d'une innocence et d'une simplicité merveilleuse ; savant néanmoins, mais bègue, et qui s'énonçait difficilement, demeurait dans le silence. Son zélé diacre, ayant attendu quelque temps, se tourna vers cetévêque et lui dit: Mon Père, vous plaît-il que je réponde au juge qui nous interroge? « Si jubés, Pater, responsis judicem aggrediar.» A quoi ce prélat répliqua : Comme je vous avais commis le soin de prêcher la parole de Dieu, mon cher Gis, il est juste aussi que je vous donne celui d'annoncer notre foi devant le tribunal de celui qui nous en demande compte : «■ Dudum, fi 1 i charissime, diviniverbi tibi curam commiseram ; sed et nunc pro fide pro qua adstamus, responsa committo.» C'est accomplir en vérité ce qui se pratique tous les jours en figure dans nos églises ; car n'estce pas ce que le diacre , auparavant que de lire l'Evangile à la Messe, dit au prêtre: «■ Jubé, Domine , benedicere ? » Et n'est-ce pas ce que le prêtre lui répond? « Dominus sit in corde tuo , eî in labiis tuis , ut digne et competenter annunties Evangelium suum in nomine Patris, et Filii, et Spiritus sancli. » Mais ce que nous faisons dans nos églises n'est que l'image de ce que nous devons faire sur la sellette et devant les tyrans, ainsi que fit saint Vincent qui , prenant la parole, après avoir reçu la bénédiction de son prélat, exposa sa foi et en même temps son corps au martyre. Appliquez ses membres à la torture, s'écria Dacien en fureur, déchirez ce rebelle depuis la tête jusqu'aux pieds : « Applicale eumad equuleum, membris distendue, et toto corpore dissipate. » Qui pourrait dire les gênes, les douleurs, les tourments qu'on fil endurer à ce saint diacre? le courage et la joie qu'il témoignait au milieu des plus atroces supplices, dont la lecture seule fait horreur? Les bourreaux et les tourments se succèdent les uns aux autres ; on ne lui l'ait plus de nouvelles plaies, on agrandit les anciennes; on lui enlève la peau et la chair de dessus les cotes; on lui voit les entrailles à travers ; on les lui déchire ; on l'élend sur un lit de fer posé sur des brasiers ardents ; on lui jette du sel sur toutes ses plaies , comme pour vérifier la parole du chef des martyrs :
« Omnis victima sale salietur. » Enfin il expire, mais il remporte une victoire pleine, une couronne éclatante : « Magnum spectaculum spectavimus oculis fidei, » dit saint Augustin, « martyrem sancium Vjncentium ubique viucenleui ; vicit in verbis, vieil in pœnis, vicit in confessione; » et la gloire de ce bienheureux lévite s'étend au delà même des limites de l'empire romain, qui avait voulu éteindre jusqu'à son nom, continue le même Père: « Qua? hodie regio, quœve provincia illa, quousque vel Romanum imperium, vel Christianium nomen extenditur, natalem non gaudet celebrare Vincentii? »
C'est ce qui s'appelle être diacre ; c'est là remplir les devoirs du diaconat ; c'est jusqu'où va la grâce et le devoir de ce ministère; c'est où vous vous engagez en le recevant ; c'est ce qu'on appelle prêcher l'Evangile, pratiquer l'Evangile, coopérer au sacrifice avec le prêtre, immoler Jésus-Christ et s'immoler soi-même : Y avez-vous jamais pensé? l'ave^-vous cru ?
Mais n'oublions pas la chose du monde qui nous est la plus connue ; c'est l'exemple que nous a donné le grand saint Laurent, ce lévite si célèbre dans tout l'univers. Combien avait-il parfaitement compris l'obligation d'un diacre , e'esi-à-dire, de s'immoler soi-même, avec l'hostie à l'immolation de laquelle il contribue : « Comminislri et cooperatores carnis et sanguinis Christi, >> lorsque, voyant marcher au martyre son évêque, il lui criait : Où allez-vous, ô prêtre du Seigneur, sans être accompagné de votre diacre? Vous n'avez jamais offert sans moi le sacrifice du corps et du sang de Jésus-Christ ; voulez-vous sans moi vous offrir vous-même en sacrifice?
« Quo progrederis sine filio, Pater? quo , sacerdos sancle, sine diacono properas? Tu nunquam sine diacono sacrificium offerre consueveras. » Est-ce que vous vous défiez de votre ministre? Soupçonnez- vous que je ne veuille pas remplir les devoirs du diaconat dont vous m'avez honoré ? « Nunquid degenerem me probasti ? » Expérimentez un peu si celui à qui vous avez commis" la dispensation du sang de Jésus-Christ sera avare du sien : «. Experire utrum idoneurn ministrum elegeris, cui commisisti Dominici sanguinis dispensationem. » Voilà comprendre la grâce du diaconat, et la perfection à laquelle il engage; voilà parfaitement accomplir cette parole du Sauveur que le diacre chante si souvent : Quimihi minislrat, me sequalur (Joan. xn, 26) ; et aspirer à cette magnifique récompense promise au ministre fidèle : Si quis mihi ministraverit , honorificabit eum Pater meus (Ibid.) ; récompense, non d'un ministère extérieur et corporel, tel que celui que sainte Marthe, les disciples et même Judas, rendaient quelquefois au Sauveur, dit saint Augustin ; mais de celui dont il parle lui-même, quand il dit : Filius hominis venit ministrare, et dure aniiuam sunm redetnptiouem pro multis.
(Mat'.luw, 28.) Tel est le ministère qui'sera
RETRAITE l'OUR LES ORDlNANnS. — ENTRETIEN XV. DES ORDRES.
1 iSi
récompensé « Sic ministrantem Christura hohonficabit eu;n Pater », dit saint Augustin, et qui, nouveau diacre dans l'Eglise du ciel, recevra pour ri compense d'être éternellement avec le souveiain prêtre. Si quis mihi ministraverit, honorij'uabit eum Pater meus {Joan. xii, 26), « honore illo wagno, » continue le mêmes aint, « ut sitcumFilio ejus, et nunquam deficiat félicitas ejus. »
Chap. V. — De la préirise.
Première considération. — Après avoir représenté la sainteté des ordres inférieurs au sacerdoce, et fait voir la grandeur des obligations qu'ils imposent, et le degré de perfection qu'ils exigent, que resle-t-il pour donner une idée parfaite du sacerdoce, sinon de faire voir que cette dignité renferme et surpasse tout ce qui se trouve de grand et de sacré dans les ordres inférieurs ; en sorte que si l'on a vu le détachement parfait de toutes les choses du monde dans le tonsuré, la vigilance dans le portier, la religion dans le lecteur, l'autorité dans l'exorciste, le bon exemple dans l'acolyte, la chasteté dans le sous-diacre, le zèle dans le diacre, et toutes les autres vertus qui sont communes à ces ordres en général, ou qui leur sont propres en particulier, il faut à présent réunir toutes ces perfections ensemble, et confesser que le sacerdoce les contient toutes, avec les obligations qu'elles imposent. Mais comment les expliquer d'une façon qui réponde aux éloges que les Pères lui donnent. Saint Ephrem dit que la dignité sacerdotale passe nos discours et nos intelligences, et toutes les pensées humaines : * Excedit intelleclum et orationem, omnemque cogitationem donum allitudinis dignitalis sacerdotalis ; » que c'est un miracle étonnant, un prodige incompréhensible, une mer sans fond, un abîme de grâces, de vertus et de sainteté, un océan immense et infini : «Miraculum stupendum, dignitas profunda, magna et multa, immensa et in fini ta ipsius sacerdotii dignitas;» que c'est de cette haute dignité dont saint Paul a voulu parler, lorsque, ravi en esprit, il s'est écrié : 0 profondeur des trésors de la sagesse et de la science de Dieu, que vous êtes incompréhensible 1 « Et sicut arbitror, hoc est quod Paulus quasi in stuporem mentis aclus innuit , dicens : 0 allitudo divitiarum (Rom. xi, 33), » etc.
D'autres Pères nous disent que le sacerdoce est la première dignité du monde, et le plus excellent de tous les biens que les hommes puissent désirer sur la terre : « Omnium bonorum quœ in hominibus suut apex, » dit saint Ignace: « Omnium quœ inter homines appetuntur, velul exlrema meta, «ajoute saint l>idore.
Que le sacerdoce s'opère à la vérité sur la terre; mais, qu'on ne s'y trompe pas, qu'il faut le placer entre les choses célestes et divines : « Sacerdotium in terra quidem peragitur ; sed in rerum cœlestium classem ordinemque référendum est. » C'est saint Chrysostome.
Que le sacerdoce est une dignité qui tient le milieu entre la nature divine et la nature humaine; qui participe à l'une et l'autre, et qui les associe toutes deux ensemble : « Sacerdoiium inter divinam et humanam naturam constitutum ; ac velut médium interjectum. » C'est saint Isidore.
Que le prêtre est établi entre Dieu et l'homme; qu'il est au-dessous de Dieu à la vérité, mais qu'il est au-dessus de l'homme; qu'il est moins que Dieu, mais qu'il est plus que l'homme : « Sacerdos inter Deum et hoininem médius est constitutus; infra Deum, sed citra hominem ; minor Deo, sed major homine, » dit saint Innocent.
Que le prêlre exerce un pouvoir que Dieu n'a pas voulu confier aux anges mêmes, auxquels en cela il a préféré les hommes : « Etenim qui terram incolunt alque in terra versanlur, iis commissum est ut ea quœ in cœlis sunt dispensent : lus datum est ut potestatem habeant, quam Deus optimus neque angelis neque archangelis datam esse voluit. Imo, ut altius loquar, prœtulit vos angelis et archangelis, Thronis et Dominationibus. » C'est saint Chrysostome et saint Bernard.
Que le prêtre, ainsi qu'un Moïse, est en un sens honoré de la qualité de Dieu, et doit parliciper à ses perfections, comme il participe à son pouvoir ; « Sacerdos posi Deum terrenus Deus,» dit saint .Clément Pape. « Sacerdos Deus est, aliosque Deos efiieit, ■>> ajoute saint Grégoire de Nazianze.
Que la sainteté d'un prêtre doit surpasser la sainteté des Chrétiens, même vertueux, autant que la vie du pasteur surpasse en excellence la vie de la brebis, et que le ciel est élevé au-dessus -de la terre: « Quanta inter se differentia homines rationis usum babentes et pecora ratione carentia dissident, tantum sane discrimen, inter eum qui pasciteteos qui pascuntur esse velim, ne quid amplius exigam, » dit saint Chrysostome. « Tantum inter sacerdotem et quemlibet probum interesse débet, quantum inter ccelum et terram discriminis est. » C'est saint Isidore.
Qu'elledoitautant excellerau-dessus de la sainteté des prêtres de l'Ancien Testament, que la vérité l'emporte par-dessus la figure ; le néant sur l'être; le sang de Jésus-Christ sur le sang des taureaux : « Et hœc quidem ab antiquis sacerdotibus sanctitiis et perfectio exigebalur; quid ergo nos ad majorem vocati vilam, quid ad excellentius fastigium ascendimus et in majoribus exercemur palestris. » C'est saint Chrysostome et saint Augustin.
Qu'elle doit être incomparablement audessus de celle des anachorètes les plus parfaits : « Qui sacerdotum munere funguutur, sanctiores ac puriores e.-se oporlet, quam qui ad montes se transtulerunt, » dit saint Isidore; et qu'à peine quelquefois un bon solitaire peut être un bon clerc : « Ex bis qui in monasterio vivunt nonnisi proba-
liôres atque rneliores in clerura assumere solemus, cum aliquando etiain bonus monachus, vix bonum clericum facial. » C'est saint Augustin.
Que le prêtre doit suivre Jésus-Christ, imiter sa vie, exprimer ses vertus : Qui mihi ministrat me scquatur ; et ubi ego sum, itlic sit et minuter meus (Joan. xii, 26), c'est-à-dire, qu'il m'imite : « Me imitetur, » et qu'il me représente, dit saint Grégoire : « Apposila est forma cui imprimamur. »
Que le prêtre doit être saint de la sainteté dont Dieu est saint : Sancii estote, quoniatn sanitus sum (Levit. xix, 2) ; parfait jusqu'à représenter en soi la perfection de Dieu : Perfecti estote sieut et Pater rester cœiestis perfectus est [Mallh. v, 48) ; jusqu'à être un modèle de vertu que les peuples doivent exprimer en eux, et qu'il doit dire avec saint Paul : Imitnlores mei estote, sicut et ego Christi. (1 Cor. iv, 16.) Que le ministère sacerdotal exige une vertu plus qu'humaine etangélique, particulièrement puisque l'Ecriture les qualifie du nom d'anges et d'esprits célestes : les lèvres du prêtre sont les dépositaires de la science et delà loi divine; pnree qu'il est l'ange du Seigneur, dit le prophète : Labia sacerdolis custodiunt scientiam, et legem requirent de ore ejus, quia angélus Domini exercituum est. (Malavh h, 7.) Dieu nous a choisis, dit saint Chrysoslome, afin que nous vivions sur la terre, comme les anges y vivent avec les hommes : « Idcirco vos ille elegit,ut velut angeli cum hominibus versemurin terris, >• et que notre vie soit semblable à celle de ces substances spirituelles et immatérielles : « Quid ergo nos qui sicut supernœ virlutes intellectuales et incorporese illse vitam instituere tenemur? » Il faut, ajoute-l-il, qu'un prêtre soit aussi pur que s'il était déjà dans le ciel, au milieu de ces esprits bienheureux : « Idcirco necesse est sacerdotem sic esse purum ac si in ipsis cœlis collocalus, inter cœiestes illas virtutes médius staret. » C'est pourquoi, disait ce grand uoeteur, à un de ses amis, qui voulait l'engager dans le sacerdoce, cessez de vouloir m'exposer à un péril si évident de me perdre, parce qu'il ne s'agit pas ici de la conduite d'une armée, ni du gouvernement d'un Etat, mais d'une profession qui exige une vertu angélique : « Desine ergo nos protrudere in sic inevitabiiis judicii aleam, neque enim nobis hic res est de ducendis militihus, aut tie regno administrando, sed defunctione ea quœ angelicam virlutem requirit. »
Que les plus grands saints et les anges mêmes ont révéré le sacerdoce.
Saint François assurait que si un ange, descendu du ciel, et un prêtre, venaient à sa rencontre, il baiserait premièrement la main du prêtre, puis qu'il rendrait le salut
"ange : « Beatum Franciscum dicere soli-
i tradunt, si cui sanctorum e cœlo in
lorrain lapso, et cum illo simul forte saccr-
occurrissel, prius se sacerdotis mani-
bus osculum dalurum, deinde reverentiam dalurum angelo. »
Saint Antoine portait un souverain honneur aux prêtres, et baissait la tête devant eux; il honorait jusqu'au moindre ecclésiastique, et cédait aux diacres, avec une humilité profonde, le premier rang, lors surtout qu'il fallait prier ou instruire : « Omnes clericos usque ad ullimum gradum ante se orare compellens, episcopis quoque ac presbyteris ad benedicendum se caput submittebat; diaconos vero cum disputaret, ad orandum Dominum sibi praeponebat, non erubescens et ipse discere. » C'est ce que rapporte saint Alhanase.
Constantin le Grand honorait les prêtres comme les enfants honorent leur père, et comme si c'eût été autant de prophètes : « Constantinus Magnus eos ut patres, imo vero ut Dei prophetas omnino honorifice reverebatur. » Il les faisait asseoir à sa table, et la raison religieuse qui le portait à les respecter ainsi, c'est qu'il ne s'arrêiait pas à ce qui paraissait de l'homme au dehors, mais à ce qu'il y avait de Dieu en eux : « Quia non hominem", qui sub aspectu oculorum cadit, sed Deum ipsum qui in eorum animis insedebat, considerare visus est, illos sua3 mensœ etfecit participes. » Voilà ce que nous apprend Eusèbe, auteur de l'histoire de ce premier empereur chrétien.
Saint Martin, ce pontife si merveilleux, ne crui-il pas qu'un prêtre était plus digne d'honneur que les empereurs mêmes , puisqu'assis à la table de Maxime, il présenta la coupe , premièrement à son prêtre , assis avec lui à la même table de l'empereur, et ensuite à l'empereur; conduite qui surprit toute la cour, mais qui l'éditia extrêmement, ainsi que le rapporte Sévère Sulpice : « Ad médium vero convivium, ut moris est, pateram régi minister obtulit. Ille sancto admodum episcopo potius dari jubet, exspectans atque ambiens ut ab illius dextera poculum sumeret; sed Martinus, ubi ebibit, pateram presbytero suo tradidit, nullum scilicet existimans digniorem qui post se biberet : nec inlegrum sibi fore, si aut regeni ipsum , aut eos qui a rege erant proximi, presbytero praHulisset. Quodfactum imperator, omnesque qui tu m aderant, i ta admirali sunt, ut hoc ipsum eis in qno conlempti fuerant placeret ; celeberrimumque per palalium fuit, fecisse Marlinum in régis prandio , quod in infimorum judicum conviviis episcoporum nemo fecisset. »
Dieu même n'a-t-il pas marqué cette préférence du prêtre aux empereurs, par l'ordre qu'il a voulu établir dans son Eglise; ils s'abaissent devant eux, comme devant ses ministres ; ils y confessent leurs péchés ; ils y reçoivent la correction , et y acceptent la pénitence. Est-ce là un petit avantage, une petite gloire, un médiocre bonneur?« Quantum est, » dit un savant Père, « quod reges gentium et principes populi , flexis genibus ollerunt cismunera, et deosculanturmanum, et ex ejus consensu sancliticenlur ? »
Mais, ce qui met le comble h tant de prérogatives, c'est ce que Jésus-Christ lui-même a bien voulu faire, pour nous donner l'idée que nous devons avoir de cette suprême dignité; car, le soir de la cène, où il nous donna les dernières et les plus précieuses marques de son amour, au milieu de ce souper mystérieux qu'il til avec ses disciples, dans ce cénacle témoin de tant de merveilles; il se leva de table , il quitta son manteau, il se ceignit d'un linge, il mit de l'eau dans un bassin, et, s'abaissant devant ses apôtres, il se mit à leur laver les pieds; figurant par cette cérémonie, d'une si merveilleuse humilité, la haute dignité où il allait les élever en les consacrant prêtres; il voulut luimême les honorer le premier, en s'abaissant à leurs pieds , et par ce respect attirer sur eus le respect de tous les hommes. Il ajouta les paroles aux actions ; il leur dit que désormais il ne les appellerait plus ses serviteurs , mais ses amis : Jam non dicam vos servos , ssd amicos. (Joan. xv , 15.) Que peuton ajouter à- ce double' excès d'amour et d'honneur? et faut-il s'étonner de ce que disent les plus éclairés docteurs de l'Eglise, et les plus saints d'entre les Pères?
Que le ministère du prêtre est incomparablement plus excellent que celui de l'ange, et que le sacerdoce est un objet admirable, nou-seulement aux yeux des hommes éclairés, mais à ceux de ces esprits célestes: « Nonne omnes, sicut ait Apostolus, sunt administratores spirilus in ministerium missi propter eos qui ministerium capiunt salutis (Hebr. i, 14):» sed. longe est excellentes officium veslrum , quod admirabile est, non solum in oculis vestris, sed etiam angelorum. >- C'est saint Bernard.
Que les anges honorent le sacerdoce jusqu'à la vénération :«Sacerdolium ipsi quoque angeli venerantur. » C'est saint Grégoire de Nazianze.
Que les anges à l'aspect des saints mystères que le prêtre opère, sont frappés d'une sacrée frayeur, et qu'éblouis de l'éclat qui rejaillit de ce qu'il tient entre ses mains, et dont il se nourrit, ils baissent les yeux de crainte et de respect : « Quod angeli videntes horrescunt, et propter emicantem inde splendorem libère non audent intueri , hoc nos pascimur, huic nos unimur. » C'est saint Chrysostome.
Que les différentes hiérarchies de l'état ecclésiastique, qui forment comme un grand corps d'armée , sont redoutables aux anges mêmes, aussi bien que la hauteur sublime du sacerdoce , « Celsitudo graduum ecclesiasticorum, ipsis etiam angelis formidanda.» C'est saint Bernard.
Quand le prêtre sacrifie, et qu'il tient entre ses mains la sainte victime de notre salut, le chœur des anges entoure l'autel, et que, comme les soldats se découvrent et s'inclinent en la présence de leur roi, ainsi tes esprits célestes s'abaissent devant l'A-
gneau que le prêtre immole, et se tiennent dans un état qui marque leur respect et leur religion : « Ut milites, prscsenle rege, capite inclinati, per id tempus et angeli sacerdoti astant, et eœleslium potestalum universus ordo clamores excitai, et locus allari vicinus in illius honorera qui immolatur, angelorum choris plenus est. »
Deuxième considération. — Pour revenir à l'ordination du prêtre, l'archidiacre, s'adressantà l'évêque, lui dit: Très-saint Père, l'Eglise demande que vous imposiez sur ces diacres la charge du sacerdoce: « Beverendissime Pater, postulat sancta mater Ecclesia , ut nos présentes diacpnos ad omis presbylerii ordinetis ; » et l'évêque lui ayant répondu: Savez-vous s'ils en sont dignes? « Scis illos dignos esse ?» L'archidiacre lui réplique : Autant qu'on en peut juger en ce monde, je crois qu'ils sont assez forts pour porter un tel fardeau : « Quantum humana fragilitas nosse sinit , et scio, et tesliticor ipsos dignos esse ad hujus on us officii. »
Ce langage uniforme continue; car, l'ordination finie, l'évêque fait de nouveau revenir devant lui les prêtres consacrés, et leur dit : Mes très-chers fils, considérez avec attention l'ordre que vous avez reçu, et le fardeau qu'on vient de mettre sur vos épaules: « Filii dilectissimi , diligenter considerale ordinem per vos susceptum, ac omis humeris vestris impositum. » Et , en effet, saint Augustin nous assure qu'il n'y a rien au monde de plus difficile, de plus pénible, de plus périlleux que l'office du prêtre : « Mihil in bac vita et maxime hoc tempore, diflicilius, laboriosius, periculosius presbyleri ofiieio. »
Aussi le concile de Trente qui, par la pureté de sa doctrine , a renouvelé l'ancienne idée de nos obligations, et l'estime que nous devons avoir de notre profession, dit qu'il ne souhaite rien de plus, sinon que les ecclésiastiques, surtout les prêtres et les prélats, comprennent bien les devoirs auxquels leur état les engage: « Optandum est qui sacerdotale ministerium suscipiunt, qu« sua> sint partes agnoscant. >. Et l'éloigueinent où il faut qu'ils soient de chercher dans leurs emplois les commodités de la vie, l'intérêt et les richesses, ou de s'en faire une occasion de dépense et de luxe : « Ac se non ad propria coramoda, non ad divilias aut. luxum : x Au contraire, que Dieu les appelle aux travaux apostoliques et à la sollicitude pastorale , à se consommer pour sa gloire, pour le bien de l'Eglise et pour le salut du prochain : « Sed ad lahorcs et sollicitudines pro Dei gloria vocatos esse inlelliganl. »
C'est ce poids que les plus éclairés et les plus affermis dans la sainteté ont tant redouté, qu'ils ont tant évité, et sous lequel ils ont tant gémi, dit saint Grégoire:» Sancti quique onus tanti crdinis suscipere vehementer expaverunt, et quantum in ipsis fuit elfugerunt. » (Lib. iv in I Reg. vi,)
Je trouve,, dit saint Cyrille d'Alexan.lrie,
ugo
que tous les saints ont extrêmement appréhendé de se charger du fardeau d'un tel ministère: « Reperio omnes sanctos divini ministerii ingenlem velut molem formidantes. »
Leur exemple a confirmé leur doctrine, et Ja pratique ne s'est point en eux démentie de la spéculation; et toute l'histoire ecclésiastique est pleine de la résistance qu'ils ont apportée à leur promotion au sacerdoce.
Un célèbre abbé nommé Amos, désigné évêque de Jérusalem, et conduit dans cette ville pour y être consacré , voyant les solitaires et les abbés des déserts accourus pour assistera son sacre et honorer une telle cérémonie , se tourna vers eux et leur dit en gémissant: Priez pour moi, mes très-chers frères, et implorez pour moi la miséricorde divine; car on m'impose un fardeau si pesant, qu'il me paraît insupportable, et cette sublimité sacerdotale m'épouvante au dernier point : il n'appartient qu'à des saint Pierre, des saint Paul, et semblables, de prendre sur eux le soin de la conduite des âmes, et non à de malheureux pécheurs comme moi : « Orate pro me, charissimi, et divinee misericordise subsidium exorate ; nam grave onus et iraporlabile mihi imposituro est, sacerdotiique sublimitas me terret immodice ; Pétri enim et Pauli, et similium, est regere animas rationales; ego autem infelix peccator suai. » C'est ce que rapporte Sophronius.
Saint Grégoire de Nazianze s'étant enfin déchargé de ce fardeau , et ayant déposé la dignité pastorale, disait dans sa solitude, qu'il lui était infiniment plus doux de cultiver un morceau de terre et de se sustenter d'un peu de pain, que de se voir exposé à tant de soins et de périls : '< Mihi longe melius et optabilius est in terra quietem habenti, aique exiguum arvum et dulce sulcanti , et mare ac lucra procul salutanti, tenui ac rigido pane vitam ut potero sustentare, eamque tutam et tranquillam ducere, quam ob ingentes questus, grave diulurnumque periculum subire.»
Que ne fit pas saint Àmbroise pour éviter ce fardeau, ou du moins pour différer quelque temps à le mettre sur ses épaules? Que de résistances et d'artifices ne mit-il pas en usage pour s'en dispenser? Elles ne sont ignorées de qui que ce soit, et il serait superflu de les rapporter: « Quam resistebam ne ordinarer, dit-il, poslremo cum cogérer ut saltem ordinatio protelaretur! »(Epist.,25, Ad Ver.) C'est ce qu'il dit lui-même dans une épître, et c'est cet exemple, admiré dans tous les siècles, que saint Bernard, qui refusa lui-même constamment l'archevêché de de Milan, que saint Ambroise avait accepté par force, a relevé dans ses écrits, lorsqu'il a observé que ce grand prélat, quoiqu'il eût mené dès sa jeunesse une vie pure au milieu môme de la corruption du siècle, évita tant qu'il put une telle charge, et qu'il eut re»
cours à la fuite, aux artifices et à toutes sortes de moyens pour s'en dispenser :
« Eliamsi sanctus Ambrosius a puero raundam in mundo duxeriÇ vitam, sic etiam fuga et latebris, multisque dissimulationum modis declinare conalus est. »
Saint Malachie, contraint aussi par violence à se charger du soin des âmes, protesta qu'il regardait l'autel où on le menait, pour le consacrer, comme un lieu où l'on voulait, non l'élever, mais l'immoler, et qu'il n'obéissait qu'à cause qu'il envisageait l'épiscopat comme le matyre : « Ad mortem me ducitis, sed obedio spe martyrii.»
Saint Grégoire le Grand refusa la charge pastorale tant qu'il put ; il s'enfuit , il se cacha, il écrivit à l'empereur; mais enfin cette colonne, qui devait soutenir le poids de la maison de Dieu, de cette tour évangélique, (fut découverte par une colonne de feu : « Onus illud quandiu potuit recusavit ; nam alieno vestitu in spelunca delituit, sed deprehensus indicio igneee columnae, » etc.
Rien n'est plus admirable, sur ce sujet, qne la conduite de saint Paulin; rien n'est plus édifiant que de voir les sentiments de son humilité sur le sacerdoce. Je vous avoue, écrit-il à un de ses amis, que j'ai été consacré prêtre; mais je vous déclare que je l'ai été par force. J'avais résolu de commencer ma destination au service des autels par l'exercice de lecteur ou de sacristain de l'église ; et ce coup de la Providence , qui m'a ainsi soudainement élevé au sacerdoce, m'a effrayé. J'ai pâli à la manifestation d'une telle volonté de Dieu sur moi: «Presbyteratu initiatus sum, fateor invitus, quia ah eeditui nomine et officio oplavi sacram incipere servitutem. Ad novum insperatumque placitumîdivinœ voluntatis expavi. » (Epist. C, Ad Sever.) Moi, ajoute-t-il ailleurs à un autre évêque, moi qui suis, non un homme, mais un ver de terre, avoir été, par force, et si promptement, contraint de recevoir le sacerdoce par la multitude d'un peuple qui m'a comme pris à la gorge pour me faire avaler le calice que je désirais si fort éloigner de moi! Qu'ai -je donc pu faire dans cette extrémité? sinon de dire à Dieu, que votre volonté se fasse et non la mienne. Surprise qui croissait dans mon cœur, quand je considérais que le Fils de Dieu avait dit dans l'Evangile, qu'il n'était pas venu pour être servi, mais pour servir : « Ego verrais, et non homo (Psal. xxi, 7), vi subila invitus, quod fateor, et astrictus multitudinestrangulante compulsus, quamvis cuperem calicem ipsum a me transire, tamen necesse habui dicere Deo : verumtamen non mea, sed tua vuluntas fiât; cum prœsertim ipsum de se Dominum dixisse Jegerem : Filius hominis non venit ministrari, sed ministrare. » (Epist. 4, Ad Amand.)
Saint Nilammon, célèbre solitaire, ayant été demandé pour pasteur, non-seulement par tout le peuple, édifié de ses excellentes» vertus, mais encore élu par le choix que les évêqucs avaient fait de sa personne pour cet
iiUI
UETUAI1E POUR LES OKDLNAKDS. —ENTRETIEN XV. DES OUDKKS.
emploi, pressé par saint Théophile, palriarche d'Alexandrie, son supérieur, de consentir à son ordination , demanda par grâce qu'il lui tût au inoins permis de passer quelque temps en oraison; ce qui lui ayant été accordé, il pria Dieu avec tant d'instance de le retirer a lui, plutôt que de souffrir qu'il fût élevé à cette dignité, qu'il finit sa vie avec sa prière, et qu'il obtint d'ôire plutôt hostie que prêtre : « Liceret sibi aliquantulum vacare orationi, in qua tanto affectu mortem a Deo expetiit, ut vitain simul cum oratione tinierit. » (Sozomen. ) C'est ainsi que , connue un autre Samson , il succomba .sous le poids de celte tour sacerdotale : Sumptuosa siquidem turris est, et verbum grande, quod non omnes capere possunt ; et que le respect qu'un si saint homme portait au sacerdoce eut plus de force sur son âme, pour la séparer du corps, que la violence qu'on voulait exercer sur son corps n'en eut pour obliger son âme à recevoir le sacerdoce.
Théodore! raconte un autre exemple presque semblable à celui que nous venons de voir de Sozomène, et qui n'édiliera pas moins noire piété. Il dit qu'un autre de ces admirables solitaires, nommés Acepsimas, pressé aussi de recevoir le sacerdoce , connut par révélation que sa mor! était proche, et que pour lors il consentit à son ordination, protestant que s'il eût cru devoir vivre davantage, il n'y aurait jamais donné les mains : « Si diutius victurus fuisset , omnino fugisse hoc grave et terribile on us sacerdotii ; pertimescentem reddendam deposili rationem. » Que ce fardeau lui paraissait pesant et terrible pour lui, et encore plus le compte qu'il lui faudrait rendre d'un dépôt de celle importance. La conduite de ces deux saints est également merveilleuse; car l'un, qui ne prévoyait pas devoir mourir sitôt, demanda de perdre plutôt la vie que de garder longtemps le sacerdoce, et l'autre consentit à recevoir le sacerdoce, pane qu'il prévoyait devoir perdre bientôt la vie : au lieu que les hommes ambitieux exposent souvent leur vie et leur conscience pour parvenir à la prélaiure; l'un et l'autre de ces deux saints regarda la mort comme une grâce, pour ne la posséder pas, ou pour ne la posséder pas longtemps, et ils tirent voir également, quoique différemment, que plusieurs ne sont élevés à cette dignité que par un effet de l'indignation divine sur eux ou sur les peuples dont ils usurpent le gouvernement, ravissant ainsi plutôt celte dignité que la recevant: « CuLmen regimmis potius rapiunt quain assequuntur » dit saint Grégoire le Grand, dans l'autorité rapportée ci-dessus.
Saint Chrysostome augmente notre terreur dans ses excellents livres du sacerdoce. Le seul titre d'un chapitre, où il traite cette matière, est capable de donner de l'effroi aux plus hardis. Il entreprend de prouver que le gouvernement des âmes a môme été redoutable à l'apôtre saint Paul : « Ipsum etiam Paulum timuisse hune principalum. » Puis il continue ainsi : Personne, dit-il, n'a
jamais aimé Jésus-Christ avec plus d'ardeur que saint Paul ; personne ne s'est jamais rendu plus agréable à Dieu que cet apôtre ; cependant cet homme, après tant de dons cl de privilèges reçus de Dieu, tremble encore pour lui, et pour ceux qui sont soumis à sa charge : « Christum nemo est qui Paulo vehementius dilexerit, nemo qui apud Deum gratiosior quam Paulus fuerit; tamen, post tôt privilégia a Deo accepta , veretur adhuc , ac tremit principatus istius, subditorumque suorum gratia. » (Lib. ni Besacerd., c. G, n. 13.) Et celui-là tremble à qui Dieu fait la grâce de le ravir jusqu'au troisième ciel, et de le rendre le dépositaire des secrets les plus divins ; celui-là tremble que je puis dire avoir autant souffert de morts pour Jésus-Christ, qu'il a vécu de jours depuis qu'il lui eût engagé sa foi. «Atquehœcquidem dicit homo is, cui a Deo datum fuit ut in tertium usque cœluni raperetur, ac divinoruni arcanorum particeps fieret; qui idem totidera, ut sic dixerim, mortes pertulit, quot ipse dies post fidem Chrislo datam vixit. »
Si donc le grand saint Paul, gardant si exactement les commandements de son Dieu qu'il en faisait même au delà de ce qu'on exigeait de lui ; qui n'envisageait que le seul bien des âmes qui lui étaient confiées, et jamais le sien propre, a redouté l'office pastoral, la dignité sacerdotale, le ministère apostolique, a trouvé terrible le poids d'un tel fardeau, que devons-nous faire, nous autres? «Si igilur Paulus Dei mandata sic observans, ut majora etiam quam ipsia Deo injuncta fuissent, praestaret, nunquam suo ipsius, sed subditorum tantum commodo studens, sic ubique formidavit, magistratus sui mole m expendens, quid faciemus ipsi. »
Enfin, l'oserait-on dire, la modestie de Jésus-Christ, notre pontife éternel et noire souverain prêtre, à ne pas s'ingérer luimême au sacerdoce, et à attendre que son Père le revêtît de celle dignité , ne peut-elle pas passer en lui pour une crainte religieuse de cette dignité? Personne, dit l'Apôtre, ne doit prendre de lui-même l'honneur du sacerdoce ; il faut être appelé de Dieu à cette dignité pour y prétendre, comme le fut Aaron. Ainsi Jésus-Christ ne s'est point glorifié lui-même pour se faire pontife, mais il a été établi tel par celui qui lui a dit : Vous êtes mon Fils, je vous ai engendré aujourd'hui. Vous êtes prêtre éternel, selon l'ordre figuré par Melchisédech : Nec quisquam sumit sibi honorent, sed qui vocatur a Deo tanquam Aaron; sic et Christus non semetipsum clarificavit ut ponlifex fieret , sed qui locutus est ad eum : Filius meus es tu , ego hodie gencui te. Tu es sacerdos in œlernum secundum ordinem Melchisédech. {Uebr. v, i,-6.) Car il est visible que saint Paul, par ces paroles, veut nous donner à entendre que Jésus-Christ, quoique Fils unique de Dieu, n'a pas voulu s'ingérer lui-même dans le sacerdoce, ni prendre de son autorité celte dignité si honorable, quoique attachée à sa qualité de premier-né, quoiqu'il ne prétendît en exercer les fonctions que sur lui-mê-
MGi
rae ; quoique, en un sens, il se destinât plutôt à être la victime que le prêtre, et qu'il a attendu que son Père l'ait consacré, envoyé et établi prêtre et pontife éternel de ce sanctuaire fait, non de main d'hoinme , mais- Je celui même qu'on y adore.
Cela étant ainsi, pourquoi trouver étrange la doctrine des saints, qui nous assurent que le sacerdoce est une dignité formidable aux anges mêmes ; et qui nous avertissent si souvent de ne pas inconsidérément prendre une telle charge sur nos épaules, nous qui, déjà courbés sous le poids de nos propres iniquités, n'avons pas assurément assez de fo.rce pour nous charger encore du fardeau des iniquités d'autrui : « Qua ratione onus illud angelicis humeris formidandum sustinere poterit, qui seipsum in via virtuth crebro titubanlem , vix sustentare valuit. O stultum! qui cura ad casum urgeatur ex oneribus propriis , numéros , inconsiderate submittit opprimendus alienis. » Pour conclusion , si l'Eglise veut que nous nous éprouvions longtemps, et que nous gardions des interstices considérables, n'est-ce pas afin que nous puissions bien comprendre le poids des obligations sacerdotales : « Interstitia serventur, ut quantum sit hujusce disciplinas pondus possint edoceri. » Et que, si nos forces ne sont pas suffisantes, nous ayons la prudence de ne pas prendre sur nous un fardeau qui nous accablera « Prius vires suas quod cum hoc subiturus est onere metiatur, ut si impar est, abstineat, » dit saint Grégoire.
Mais rien ne nous découvre davantage cette vérité que l'éminence de la dignité sacerdotale, sur laquelle il est bon de faire les réflexions suivantes.