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DE LA DIGNITÉ SACERDOTALE

Première considération. — La moindre chose qu'on puisse dire, est que la dignité sacerdotale, dans la doctrine des saints et l'esprit de la religion, est au-dessus de la dignité royale, quelque respectable qu'elle soit. Ne regardons point celle-ci avec des yeux profanes, ne la considérons point par les dehors : elle est grande, elle est suprême aux yeux du monde, on l'avoue; mais ce n'est pas par cet endroit qu'on doit l'envisager ici. Considérons-la avec des yeux de foi et de religion : elle tire son institution de Dieu ; c'est lui qui a institué les rois sur la terre, qui leur a soumis les peuples, qui subdit populum meum sub me (l'sal. cxnu, 2); qui nous commande de les honorer, regem honorificaie (I Petr. h, 17); qui nous défend de toucher à leur personne sacrée : Nolite tangere christos meos (Psal cxliii,5) ; qui les a rendus les vives images de son pouvoir et de sa majesté; qui les a choisis et revêtus de son autorité par une vocation singulière, comme il paraît dans Saûl appelé à la royauté par sort ; qui a voulu qu'on mît sur eux l'huile de l'onction sainte, et qu'ils fussent sacrés parles prophètes mêmes : Un-

ges qnemcunque monstravero tibi (/ Reg. xvi, 3) ; qui, pour marquer le degré de sainteté qu'il attendait d'eux, et la grandeur des desseins qu'il avait sur eux, a honoré leur choix et leur vocation d'un changement de cœur merveilleux ; les a rendus ies organes de son esprit, et les a changés en d'autres hommes : JnsHiet in te spirilus Domini et mutaberis in virum alterum, est-il dit du premier roi d'Israël, et immutavit Deus cor illius. (I Reg. x, 6,19.) Enfin qui, pour combled'honneur, a voulu qu'après que les peuples au^ raient rendu leurs devoirs religieux à leur Dieu, ils rendissent leurs devoirs respectueux à leur roi : Adoraverunt Deum, deinderegem. (I Reg. xi, 15.)

Cependant cette grande dignité royale, quelque magnifique qu'elle nous paraisse, ne peut entrer en comparaison avec la dignité sacerdotale, qui la surpasse infiniment.

Autant que l'âme est supérieure au corps, autant le sacerdoce est-il au-dessus de la royauté, d't un grand Pape et un saint martyr: « Quanto anima preestantior est corpore, tanto sacerdotium praestantius regno. » ( S Clem. epist. 1, n. 19.) Voyez combien l'âme a d'avantages par-dessus le corps : elle est spirituelle, immortelle, incorruptible, faite à l'image de Dieu dont elle est le portrait animé : le corps au contraire est matériel, corruptible, mortel, etc. ; et cependant le corps n'est pas plus au-dessous de l'âme que la royauté est inférieure au sacerdoce. La royauté passe avec cette, vie, et son ornement n'est qu'extérieur; le sacerdoce dure à jamais, et son caractère est ineffaçable.

La chair n'est pas plus au-dessous de l'esprit, que la puissance royale est au-dessous (Je la puissance sacerdotale, dit le grand saint Chrysostome : « Quod quidem sacerdotium tanto est excellentius regno, quantum spiritus et carnis, intervallum esse potest. » (Lib. m De sacerd., c„ l.J

Que si vous comparez la dignité des prêtres, dit saint Ambroise, avec l'éclat des diadèmes et la pourpre des rois, la dignité de ceux-ci ne paraîtra pas moins vile auprès de la dignité de ceux-là, que le.plomb paraît méprisable auprès de l'or : « Si sacerdotium regum fulgori compares, et principum diademati, longe erit inferius regnum, quam si plumbi metallum ad auri fulgorem compares. » (Lib. \De dign. sacerd., c. 2.)

Le ciel n'est pas plus élevé au-dessus de la terre, ajoute saint Chrysostome, que l'est le pouvoir conféré au prêtre, au-dessus du pouvoir conféré aux rois : « Sacerdos tanto prae regibus majorera accipit potestatem, quantum cœlum terra pretiosius est. » (Lib. m De sacerd., c. k.) O Dieu quelle prééminence 1 Combien le ciel l'emporte-t-il audessus de la terre, par son élévation, son étendue, sa beauté, son incorruptibilité, sa solidité, sa clarté? Combien donc la dignité que vous souhaitez est-elle plus précieuse que la dignité des rois que les hommes estiment tant.

N'a-t-on pas vu ci-dessus que la moindre fonction sacerdotale est tellement élevée au-

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dessus des fonctions les plus relevées des rois, quoiqu'il leur appartienne de juger les hommes, et d'être les arbitres de leur fortune et de leur vie, de commander les peuples, et d'être à la tôle des armées ; qu'un des plus puissants et des plus religieux princes qui jamais ait gouverné le peuple de Dieu, pour avoir osé mettre la main sur l'encensoir, est condamné dans l'Ecriture comme un ambitieux et un téméraire, et puni comme un orgueilleux intolérable, d'avoir aspiré à une chose si au-dessus de lui : Elevalum est cor ejus in interitum suum. (II Par. xxvi, 16.) Son front hautain fut frappé de lèpre, et il perdit son trône pour s'être voulu asseoir dans la chaire pontificale. Qu'eût-ce donc été, s'il eût voulu offrir des sacrifices et immoler des victimes?

Enfin, ne sont-ce pas les prêtres qui oignent et consacrent les rois, qui les bénissent, qui les installent, qui les mettent comme en droit d'exercer leur autorité de la part de Dieu ? N'est-ce pas devant les prêtres que les rois s'abaissent, se mettent à genoux, confessent leurs' péchés, et ont recours à leur puissance pour en être absous?

Quelle dignité est la vôtre, ô prêtres du Seigneur, s'écrie saint Bernard 1 Combien est grande l'excellence de votre caractère 1 Dieu vous a élevés au-dessus des rois et des empereurs ; il a mis l'ordre sacerdotal au-dessus de tous les ordres du monde : « Heu ! quantam dignitatem contulit vobis Deus l quanta est pr*rogativa ordinis vesiri 1 preetulit vos Deus regibus et imperatoribus universis. »

De sorte que le premier et le moindre éloge qu'on puisse donner à l'état sacerdotal, est de commencer par le mettre infiniment au-dessus du trône des rois : Fundamenla ejus in montibus (Psal. lxxxvi, 1); et d'imiter le grand saint Martin, qui, assis à la table de l'empereur, présenta à boire, premièrement au prêtre qui l'accompagnait, puis en second lieu à l'empereur même, auprès duquel il était; jugeant que le prêlre était préférable en dignité à l'empereur, et que l'honneur de celui-là devait marcher devant l'honneur dû à celui-ci ; action religieuse qui toucha l'empereur même, et édifia tout le monde : « Pateram presbylero suo tradidit, nullum scilicet existimans digniorem qui post se biberet, nec integrum sibi fore, si aut regem ipsuin, aut ,eos qui a rege erant proximi presbytero prrctulisset; quod factum imperator omnesque qui tune adorant, ita admirati sunl, ut hoc ipsum eis in quo contempti fuerant placeret, celeberrimumque per omne palaliuin fuit, » etc.

(Sclp. Sever., c. 23 Vit. SS. mart.)

Telles sont les choses, quand on les considère par les yeux de la foi, et non par des vues charnelles et basses; étant certain, dit saint Chrysoslome, qu'il n'y a pas moins de différence entre les rois et les prêtres, qu'il y en a entre la gloire de ce monde et.la gloire éternelle : « Quos inter, reges s< ilicet et sacerdotes, tantum est sane inlerjectum intcrvallum, quantum vitam inter

prœsentem et œternam. » Quolle extrême distance ne se trouve-t-il pas entre cette vie temporelle, périssable, passagère et la vio éternelle?

Deuxième considération. — Mais comment la dignité royale égalerait-elle la dignité sacerdotale, puisque, quand on rassemblerait en un seul point toutes les qualités, toutes les grandeurs qui ont jamais été sur la terre, et qu'on pourrait imaginer, elles n'égaleraient pas toutes ensemble l'état sublime du sacerdoce : il n'y a rien de si relevé sous lo ciel.

Faites une exacte et longue énumération des rangs, titres, honneurs, grades ; mettez toutes les richesses et toutes les royautés du monde en un, dit saint Ignace, et vous trouverez enfin que le sacerdoce est le faîte de toutes les grandeurs du monde : « Enumera honores, dignitates, divilias, omnia denique raundi régna, omnium apex est sacerdotium.»

Ramassez tous les ornements de la terre, toutes les marques distinctives, tous les caractères les plus éclatanls, et vous verrez, après tout, que rien n'approche de la splendeur sacerdotale, et qu'elle est la plus belle chose du monde, dit saint Grégoire de Nazianze : « Omnium ornamentorum maximum et prœstantissimum. » (i, 7.J

Saint Chrysostome assure que c'est la plus précieuse grâce que l'homme puisse recevoir en cette vie, et la grâce des grâces :« Inter omnes gratias, maxima gratia est dignitas sacerdotads. » (i, 21.) \

Saint Ambroise estime tellement la dignité du sacerdoce, et il la regarde comme un honneur si sublime et si relevé, qu'il juge qu'on ne peut la comparer à quoi que ce soit qui en approche, et que c'est lui faire tort et l'avilir, que de dire que quelque chose, quelquo haute qu'elle soit, ait rapport à son élévation : « Honor et sublimitas nullis comparationibus adœquandus, magna sublimitas, honor grandis. » ( i, 21 ; i, 91.) a

C'est le plus grand des biens que l'homme puisse désirer, dit un célèbre évêque et un saint martyr; c'est saint Ignace: « Omnium quœ in hominibus sunt apex. » (i, 8. )

C'est le dernier terme où puissent aboutir les vœux et les désirs du cœur humain, qui ne saurait rien souhaiter au delà, dit saint Isidore : « Omnium quae inter homines appetuntur velut extrema meta. »

C'est une chose qui passe les bornes de la nature, et qu'on peut mettre au rang des choses miraculeuses; qu'on peut considérer comme un prodige, comme une mer sans fond, un océan vaste et infini de grandeurs et d'excellences, ajoute saint Ephrem : « Miraculum stupendum, dignilas profunda, magna et multa, iuimcnsa et intinita ipsius sacerdotii dignilas. »

Enfin , ce grand et éclairé solitaire , ce pieux Père de l'Eglise, succombe à l'idée qu'il se forme du sacerdoce, et qu'il élèvo au-dessus même, non-seulement des grandeurs qu'on connaît, mais de toutes celles qu'on pourrait se figurer. C'est une dignité

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incompréhensible à l'esprit humain : l'œil de l'entendement n'est pas assez fixe pour en soutenir l'éclat, ni la langue humaine assez diserte pour en exprimer un échantillon : « Excedit intellèctum et orationem , omtemque cogitationem donum altitudinis dignitatis sacerdotalis, ■» (i, 7.) Et il assure que c'est ce que saint Paul, élevé en esprit, et ravi hors de lui parla contemplation d'un objet surprenant, a voulu dire, quand il s'est écrié : 0 profondeur inconcevable des trésors de la sagesse et de la science de Dieu, que vous êtes incompréhensible 1 « Et sicut arbitror, hoc estquod Paulus, quasi in stuporem mentisactus, innuit, exclamansrO alliludo divitiarum sapientiœ et scientiœ Dei ! {Rom. xi, 33) quam incomprehensibilia sunt judicia ejus, et investigabiles vise ejus 1 »

Après cela peut-on nier que la dignité sacerdotale ne soit, au jugement des saints Pères, la chose du monde la plus sublime, et que celui qui veut s'y élever ne doive faire état qu'il aspire à une dignité au-dessus de (telle des rois et des empereurs? « Heu I quantam dignitalem contulit vobis Deus! quanta est prœrogativa ordinis vestri 1 prœtulit vos Deus regibus et imperatoribus. » Qu'il jette le plan du plus auguste et du plus magnifique palais qui fut jamais, et que Jes plus hautes et recherchées dignités de la terre, qui font l'objet de l'ambition des hommes, sont moins auprès de la dignité sacerdotale, que ne le sont de petites et misérables cabanes, en comparaison de la plus superbe tour que la main de l'homme ait jamais construite, ou que l'histoire ait mis entre les merveilles de l'univers : « Sumptuosasiquidem turrisest, et verbum grande, quod non omnes capere possunt. »

Que celui-là songe donc à la grandeur de ce dessein, qui veut embrasser une profession relevée par-dessus toute autre profession , se faire inscrire dans un ordre que Dieu a élevé au-dessus de tout autre ordre : « Quanta est preerogativa ordinis vestri 1 prœtulit ordinem vestrum ordinibus omnibus. »

Qui peut contester au clergé le premier rang? N'est-ce pas par le ministère des prêtres que les fidèles sont régénérés et introduits dans l'Eglise? qu'ils y sont nourris du pain de la parole de Dieu, sanctifiés par l'administration des sacrements, guéris et purifiés par la pénitence, nourris et fortifiés par l'Eucharistie ? n ; sont- ce pas les prêtres qui dirigent les consciences à Dieu? qui bénissent les mariages des Chrétiens? qui consacrent les vierges? qui soutiennent les veuves ? (iui purifient, qui illuminent, qui perfectionnent tous les états? qui montrent aux religieux et aux moines, c'est-à-dire à tout ce que l'Eglise a de plus saint et de plus excellent, le chemin de la vertu, par leur doctrine et par leurs exemples? « Monasticus ordo débet st-qui sacerdotales ordines, et ad eorum imitationem ad divina conscendere , » dit le grand saint Denis. Voilà l'esprit primitif de l'état cénobilique ; voilà la grâce originaire de l'état sacerdotal.

En un mot, le sacerdoce n'est-il pas élevé au-dessus de tout ce qu'il y a d'élevé dans le siècle , de tout ce qu'il y a de plus saint dans l'Eglise, de tout ce qu'on peut s'imaginer même et se figurer de grandeurs et de dignités, d'ordres et de professions ; si nous en jugeons du moins, non par la raison humaine, ou les idées basses que nous nous en formons, mais par les expressions, la doctrine et les sentiments des saints Pères? « Preetulit ordinem vestrum ordinibus omnibus. » Et n'a-t-on pas raison de représenter à ceux qui prennent ce dessein, qu'ils n'entreprennent rien moins que d'élever une tour d'une hauteur sans égale, pouvant bien plus véritablement dire que ces anciens et présomptueux enfants d'Adam : Venite, faciamus nobis turrim cujus cuhnen perlingat ad cœlum. (Gen. xi , 4.) En effet, la dignité que vous avez en vue, va aussi haut que cela; elle est toute céleste et divine : Cujus cuhnen perlingat ad cœlum. C'est le troisième motif.

Troisième considération. — J'avoue , dit saint Clirysostome, que le sacerdoce se confère et s'exerce sur la terre ; mais gardezvous bien de le mettre au rang des choses delà terre; il est de sa nature céleste, et c'est parmi les biens de ce séjour heureux qu'il faut le ranger : « Sacerdotium in terra quidem peragiiur, sed in rerum cœlestium classem ordinemque référendum est. » (Lib. m De sacerd., c. 3.)

Saint Isidore, frappé de l'éclat d'une dignité si merveilleuse, dit que le sacerdoce est un nœud sacré qui associe ensemble le divin et l'humain ; un état mitoyen, si l'on peut s'exprimer ainsi, entre la nature divine et la nature humaine : « Sacerdotium inter divinam et humanam naturam eonstitutum, ac velut médium interjectum. »

Un grand Pape et un grand saint, c'est le Pape Innocent Ier, ne se forme pas une moindre idée du sacerdoce, lorsqu'il assure que le prêtre est un composé qui tient quelque chose de Dieu , et quelque chose de l'homme; qu'il réunit en lui ces deux extrêmes ; qu'il est à la vérité au-dessous de Dieu, mais qu'il est au-dessus de l'homme : « Sacerdos inter Deum et hominem médius constitutus, citra Deum, sed supra hominem ; minor Deo, sed major domine. >>

Rien n'égale la dignité sacerdotale, dit un autre saint Père; elle est dans un degré d'excellence qui la met au-dessus de tout ce qui s'appelle grandeur dans le monde; c'est une chose toute divine : « Divina quœdatu res est sacerdotium, ac rerum omnium preeslantissima. » (S. Isidor., lib. n, c. 52.)

Le concile de Trente, ou plutôt le Saint- Esprit, met comme le sceau à celte excellente doctrine, puisqu'il nous apprend que le sacré ministère sacerdotal est tout céleste et tout divin : « Cura autem divina res sit sancti sacerdotii ministeriura. » ( Sess. 23, c. 1.)

Après ces oracles des saints et de toute l'Eglise, est ce exagérer de soutenir que rien n'égale la dignité du sacerdoce ; que c'est

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une tour d'une hauteur si sublime, que tout le monde n'a pas l'œil assez fixe pour pouvoir aller jusque-là, ni oser entreprendre la structure d'un tel édifice, tant il faut de vertu et de sainteté : « Sumptuosa siquidem lurris est, et verbum grande, quod non omnes capere possunt. »

Que le sacerdoce est un état que le Seigneur a posé par-dessus toutes sortes d'élals, et avantagé de prérogatives très-rares : « Heu 1 quantam dignitatem contulit vobis Deus 1 quanta est praarogativa ordinis vestri 1 prœtulit ordinem vestrum ordinibus omnibus. »

Que c'est une tour dont le sommet va se cacher jusque dans les nues : Faciamtis turrim cujus culmen pertingat ad cœlum ( Gen. xi, i); puisque, selon saint Chrysostome , nous devons la recevoir tellement en terre, que nous la regardions comme un présent descendu d'en haut : '< Sacerdotium quidem in terra peragitur, sed in rerum cœlestium classem ordinemque reponendum est. »

Que c'est cette échelle mystérieuse de Jacob qui , d'un côté touche la terre, et de l'autre aboutit au ciel : Vidit scalam stanlem super terram, et cacumen ejus tangens cœlum. {Gen. xx.vm, 12.) Une échelle qui parvient jusqu'au sein de Dieu même, et sur laquelle appuyé il se communique aux hommes : Viditque Dominum innixum scalœ (Ibid.); puisqu'en effet le sacerdoce nous conjoint à Dieu, et nous approche de la divinité : « Divina res est sacerdotium. »

Une échelle à l'usage, non des hommes terrestres et mortels, mais par laquelle de nouveaux anges montent et descendent, afin d'établir un saint commerce entre Dieu et les hommes, entre le qiel et la terre : Tïdit angelos Dei ascendentes et descendentes per eam {lbid., 12); les anges, qui sont de purs esprits, n'ayant pas besoin de ce secours pour aller au ciel, ou pour en venir.

Et avec raison, dit le grand saint Chrysostome, parce qu'enfin il a plu à Dieu que ces hommes mortels et corruptibles, que ces fragiles habitants de la terre, fussent les dispensateurs des dons célestes et divins : « Etenim qui terram incolunt atque in ea versantur, iis datum est ut^ea quœ in coelis sunt, dispensent. >:

11 a voulu que ces créatures si faibles exerçassent un pouvoir et une autorité qu'i" n'a pas confiés aux anges ni aux archanges mêmes, ajoute ce grand saint : « His datum est ut potestatem habeant quam Deus optiraus neque angelis neque archangelis dalam esse voluit. » (Lib. m De sacerd., c. h.)

J'avoue, reprend saint Bernard, que tous ces esprits bienheureux exercent un office excellent, et sont envoyés, comme assure l'Apôtre, pour être les coadjuleurs de ceux qui travaillent à l'acquisition de l'héritage céleste : Et quidem omnes, ut ait Apostolus, sunt administratorii spirilus, in ministerium missi, propter eos gui hœreditatem capiunt saiutis. (Ilebr. i,' lk.) Cependant votre ministère, ô prêtres du Dieu vivant, est incomparablement plus excellent, et .^a gran-

deur le rend digne d'admiration, non-seulement aux yeux des hommes, mais aux yeux mêmes des anges : « Sed longe est excellentins officium vestrum, quod admirabile est, non solum in ocnlis vestris, sed etiam angelorum. » En effet, continue-t-il, Dieu vous a préférés aux anges, puisqu'ils ne sont des ■> tinés qu'à suggérer de bonnes pensées, qu'à inspirer le bien , et détourner du mal, par leurs salutaires inspirations, et que la dispensation de la parole de Dieu, et le pouvoir de répandre la grAce sanctifiante dans les âmes, vous a été conféré, « imo, ut altius loquar, prœtulit vos angelis. »

Il vous a préférés aux archanges, puisqu'ils sont députés de Dieu pour gouverner les Etats, et que vous êtes commis de lui pour gouverner les consciences, domaine infiniment plus précieux : « Prœtulit vos archangelis. »

Il vous a préférés aux trônes, puisque vous êtes vous-mêmes des trônes, et que vous lui servez comme de lit de justice pour rendre ses arrêts et prononcer ses jugements, pour condamner les pécheurs, ou pour absoudre les pénitents : «Prœtulit vos thronis. »

Il vous a préférés aux dominations, puisqu'il vous a proposés pour être les chefs des fidèles, et dominer sur le démon et sur le péché : « Discite per officium vestrum vitiis imperare,» dit-on dans l'ordination des exorcistes : «Ut sint spirituales imperatores. »

Mais l'oserait-on dire? il vous a même préférés à celle qu'il a préférée à tout le reste des créatures ; vous entendez de qui l'on veut parler.

Il vous a préférés à celle de qui il est écrit qu'elle n'eut jamais d'égale entre celles qui l'ont précédées, et que celles qui la suivront ne l'égaleront jamais : « Necprimamsimilem visa est nec habere sequentem ; » c'est-àdire, sa très-pure mère ; car, quoique la plus parfaite et la plus accomplie de toutes les pures créatures; quoiqu'elle fût plus sainte elle seule que tous les apôtres ensemble, dit un grand Pape, ce n'est pas néanmoins à elle, mais à eux, et en leurs personnes à leurs successeurs, que Jésus-Christ a confié la clef du royaume des cieux : « Licet beatissima virgo Maria dignior et excellentior 1 fuerit apostolis universis, non lamen i!li, sed istis, Dominus claves regni cœlestis commisit. » Ce n'est pas à elle qu'il a communiqué le pouvoir de produire, sur nos autels, celui qu'elle eut le bonheur de produire dans son sein. Ce n'est pas elle qu'il a commise pour prêcher la parole de celui qui lui a voulu être redevable de la parole, et de qui il a voulu apprendre à prononcer des paroles.

Quelle dignité ne vous a pas conférée le Tout-Puissant? de quelles prérogatives no vous a-t-il pas enrichis? Si le Verbe divin, s'unissant à l'homme dans i'incarnation, a fait un homme Dieu, en lui communiquant la nature divine ; que devenez-vous, ô prêtres du Seigneur, et jusqu'à quelle hauteur vous

élevez-vous, quand la personne du Saint- Esprit s'unit à vous dans l'ordination, et vous communique la toute-puissance même de Dieu? N'est-ce pas .entreprendre une tour dont le faîte monte jusque dans le ciel : Venitc , faciamus nobis lurrim cujus culmen pertingat in cœlum?

Celui-là seul, dit saint Chrysostome, qui comprendra le mystère, comment est-ce qu'un homme, lequel après tout n'est en partie qu'un composé de chair et de sang, une créature enveloppée de corruption, peut s'approcher de si près de cette nature immortelle et incorruptible; s'unir et s'élever jusqu'à cet être souverainement heureux; celui-là seul, dis-je, pourra concevoir à quel degré d'honneur la grâce du Saint-Ksprit a appelé les prêtres, et quelle excellente dignité il leur a conférée : « Nam si quis considère! quantum id sit mysterium, ut is scilicet qui homo ipse sit, carne ac sanguine etiamnum constans, iisque involutus, beatœ atque immortali naturre illi fieri proprior queat; tum probe intelliget quanlo sacerdotes honore, quanta dignitaie Spiritus sancti gratia dknata fuerit. » (Lib. m De sacerd., c. 4, init.)

Union avec Dieu si amoureuse, si intime et si grande, qu'elle doit les rendre parfaitement semblables au divin prototype sur lequel ils sont formés, duquel ils expriment les traits, et lequel par eux éclaire son peuple, et procure le salut aux âmes; ce sont les paroles du grand saint Denis, qui va plus loin, et qui nous avertit que, sans cette parfaite ressemblance, celui-là est un téméraire qui prétend exercer les fonctions du sacerdoce : « Non débet temere ducem se aliis divini luminis prœstare, qui, non omni statu suo et habilu, simillimus Deo evaserit. »

Saint Augustin va encore plus avant, et ne craint point de dire que les prêtres sont ces dieux élevés, dont parle le prophète, quand il dit que le Dieu des dieux demeure dans l'assemblée des dieux: « Sacerdotes dii excelsi, in quorum synagoga. Deus d< orum stare desiderat. » (i, 196.)

Saint Clément, Pape et martyr, avait tiré cette doctrine, et emprunté cette expression que les docteurs de l'Eglise ont suivie, du temps même des apôtres, qui le précédaient immédiatement, puisqu'il écrit qu'après Dieu, le prêtre est un Dieu sur la terre : « Post Deum terrenus Deus. »

SaintGrégoire de Nazianze ajoute quelque chose à cette idée, lorsque, regardant le prêtre administrant les sacrements aux fidèles, leur communiquant la grAce et le Saint-Esprit, et les rendant ainsi participants de la nature divine, divinœ consortes naturœ [11 Petr. i, k), comme parle l'apôtre saint Pierre, il assure que ce n'est pas un homme, que c'est un dieu, et un dieu qui rend les autres des dieux : « Sacerdos deus est, aliosque deos efficit.»j(n, 97.) D'ailleurs, ne produit-il pas le Fils sur nos autels, et le Saint-Esprit dans l'âme des fidèles.

Le grand saint Ambroise continue cette doctrine, quand il assure que le sacerdoce

est une profession déi tique, pour user de son expression : « Deifica professio. v (i, 27.)

Telle et si grande est la dignité à laquelle vous avez la hardiesse d'aspirer aujourd'hui. Ce n'est même ici qu'un petit échantillon, qu'un raccourci de ce qu'on vous en fera voir au long dans l'endroit où l'on traite à fond ce sujet.

Mais il suffit de vous dire en deux mots, que la dignité sacerdotale est infiniment élevée au-dessus de la dignité royale, non simplement considérée par les yeux d'une ambition humaine, celle vue est trop basse, il faut aller plus haut, mais envisagée avec toutes les prérogatives île la religion, et ornée de tous les avantages que Dieu y a attachés dans son institution; que la dignité sacerdotale ne trouve point son égale sur la terre; qu'elle est toute céleste et divine, et en elle-même, et dans le pouvoir supérieur à celui des anges qu'elle confère; enfin qu'elle nous rend en un sens des dieux par participation.

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