ENTRETIEN XVII
SDR LE JUGEMENT DES PRÊTBES.
Première considération. — Si celte haute dignité du sacerdoce doit inspirer de la joie à ceux qui, par une vocation divine, s'en touvent honorés, il est sans doute que le compte rigoureux de l'usage qu'ils en auront fait leur doit causer une extrême crainte. 11 est vrai que la sévérité du jugement de Dieu doit effrayer tous les hommes, puisque Jésus- Christ, le juge même devant lequel nous avons à comparaître, assure que nous rendrons compte à son redoutable tribunal d'une parole oiseuse : Dico aulem vobis quoniam omne verbuin oliosum quod locuti fuerint homines, reddent rationem de eo in die judicii. [Matth. xn, 30.) H nous proteste que nous ne sortirons point des mains de la justice, que nous n'ayons payé jusqu'à la moindre obole : Amen dico tibi, non exies inde donec reddas novissimum quadrantem, novissimum minuCutn. [Matth. v, 20 ; Luc. xn, 59.) Ce péché commis dans la jeunesse, dont on ne se souvient plus; ce léger mensonge, cette raillerie qui a contristé votre frère , cette parole de promptitude, cette petite médisance, cette perte de temps, celle vaine joie, toutes ces fautes se trouveront écrites; jugez si les péchés plus griefs le seront, et quel compte on en rendra : Signasti quasi in sacculo delicta mea. Ce sont des souillures que l'âme criminelle porte, et qu'elle ne saurait dérober aux yeux clairvoyants du juste juge, qui découvrira jusqu'aux plus sombres replis des cœurs : Scrutabitur Jérusalem in lucernis [Sophon. i, 12); qui sera un flambeau à la clarté duquel rien ne pourra disparaître, aucun voile, aucun prétexte, aucune dissimulation, nulle excuse dans ce jour de clarté : llluminabit abscondita tenebrarum, et manifestabit concilia cordium. [I Cor. iv, 5.) Qui ' sera l'homme qui ne frémira s'il y pense, et qui
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ne dira avec le Proplièle : N'entrez point en un jugement si rigoureux avec votre serviteur, parce qu'aucun homme vivant ne pourra être justifié devant vous : Et non intres in iudictum cum scrvo tuo ; quia non justipcabitur in conspectu tuo omnis vivens. (Psal. clxii, 12.) Quoi! rendre compte de toutes les joies déréglées auxquelles on s'est volontairement arrêté; de toutes les paroles indiscrètes que l'on a proférées; des légers emportements, des médiocres manquements contre les vertus chrétiennes; ce qui néanmoins ne regarde encore que létal des simples fidèles.
Mais voici quelque chose de plus par rapport aux prêtres ; c'est qu'il n'y a point ordinairement de petits péchés pour eux; presque tous leurs péchés sont grands, et rejaillissent le plus souvent sur la religion, préjudieient au salut du prochain, et scandalisent les fidèles.
Des railleries indécentes, dans la bouche d'un laïque, sont des fautes communes, dit saint Bernard : « Inter sœculares nugœ, nugœ sunt. » Nul ecclésiastique n'ignore ce passage si rebattu ; mais tous en voient-ils bien l'importance? Dire une parole libertine contre la dévotion, la chasteté, la fréquentation des sacrements, l'oraison ; détourner quelque passage de l'Ecriture en un sens ridicule ou profane ; railler de quelque cérémonie sacrée, peut quelquefois être une faute légère dans la bouche d'un séculier, et n'avoir pas de suites fâcheuses; mais, dans la bouche d'un prêtre, ce n'est pas assurément un médiocre péché dans la doctrine de saint Bernard : « In ore sacerdotis blasphemiœ, » et quand il donne la liberté à sa langue de proférer de semblables discours, ce n'est plus une bagatelle en lui ; c'est, selon le même Père, une impiété inexcusable; s'accoutumer à ces sortes de dérisions, devient, continue le même saint, un crime dans un prêtre : « In ore sacerdotis blasphemiœ. » Sa voix est consacrée à l'Evangile et à la prédication des vérités les plus saintes ; s'habituer à de semblables irrévérences, n'est pas une médiocre impiété, ni se rendre peu coupable au jugement de Dieu : « Consecravti os tuum Evangelio ; talibus aperire illieitutu est, assuescere sacrilegium. »
Saint Grégoire le Grand dit que le prêtre qui raille les personnes qui vivent dévotement, est un loup et non un pasteur; c'est ainsi qu'il le qualifie; est-ce donc en lui un léger péché?« Plerumque sacerdotes, si quos humiliter, si quos commenter vivere conspiciunt, irrident. Considerate ergo, quid de gregibus agatur, quando pastores lupi fiant. » (Lib. i, hoin. 17 in Etang.) Cette parole est sans doute très-remarquable.
Le concile de Trente, ou plutôt le Saint- Esprit, par l'organe des prélats qui le com- I usèrent, avertit les prêtres qu'ils aient à éviter soigneusement les moindres péchés , parce que ces légers péchés seraient en eux de très-grands péchés : « Levia etiam delicta, quœ in ipsis maxima essent, effugiant. ■» Et sans doute la chose est ainsi ;|uno chanson
impure, et semblables fautes, sont sans doute blAmables dans un laïque; mais dans un prêtre, quel scandale n'est-ce pas? Quel opprobre pour l'Eglise ! quel sujet de tristes.- o pour les bons, et de triomphe pour les impies 1 Est-ce se rendre responsable de peu de chose au tribunal de Jésus-Christ ? et n'eût-il pas mieux valu, suivant l'avis de saint Bernard, opérer son salut dans l'humble état de laïque, que non pas s'élever dans le degré sublime du sacerdoce, pour n'y pas vivre dans la perfection, et y être jugé dans la rigueur? <« Esset autem sine dubio melius salvari in humili gradu fidelis populi, quam in cleri sublimitate, et deterius vivere^et districtius judica.ri. »
Mais, voici quelque chose de plus fort encore, et qui découvre combien sévère sera le compte que le prêtre renura. Saint Léon nous apprend que la dignité sacerdotale exige tant de perfection et de sainteté, que ce qui ne serait pas même un péché dans un homme du^monde, devient une chose illicite et criminelle dans un prêtre : « Sacerdotum ta ni excellens est conditio, ut quae in aliis Ecclesieemembris non vocantur ad culpam, in illis tamen habeanlur illicita. » Omettre la Messe les jours ouvriers, vaquer fort rarement à la prière, aimer le jeu, les spectacles, le commerce, la chasse, pourrait ne pas scandaliser le monde dans un marchand, dans un bourgeois, dans un gentilhomme : « In aliis Ecclesiœ membris non vocantur ad culpam ; » mais, dans un prêtre, où en est la religion? que pensera le monde d'un tel ministre des autels ? quelle mauvaise édification ! que fera le laïque, quand il verra son pasteur lui donner un tel exemple ? 11 est vrai que chacune de ces actions en particulier n'est pas précisément un crime, une chose défendue de droit divin ; mais, dans le prêtre, à raison des suites, ce sont des occupations très-défendues et très-blâmables : «In illis tamen babentur illicita. »
Ce qui serait pardonnable dans le peuple, devient inexcusable dans le prêtre, dit un autre Père ; ce qui passe pour un petit égarement dans une ouaille, devient la ruine et la perdition dans un pasteur : « Quod veniale est plebi, criminale est sacerdoti ; quod erroneum est ovi, peremplorium esi paslori » Un laïque s'écarte assurément du bon chemin, quand il fait quelque excès, qu'il se laisse aller à l'intempérance, qu'il a des commerces suspects, qu'il thésaurise et amasse de l'argent, qu'il aime le lucre; tout cela n'est pas chrétien, il faut le redresser et lui remontrer le péril où il se met ; mais, qu'estce qu'un prêtre vicieux et scandaleux? que répondra-t-il à ce juge sévère, qui n 'admettra point d'excuse, surtout dans ceux qui ne sauraient en alléguer de bonnes, ni direquils ont [)éché par ignorance ou par faiblesse, ou que leur eiat n'exigeait pas d'eux tant de perfection? Car il nu faut pas affaiblir les vérités, en exténuant les termes : « Dum mentis perversitas, urbanilas vocatur, » dit saint Grégoire ; artifice dangereux, qui, diminuant la laideur du péché, diminue l'hor-
reur qu'on en a, et augmente la tentation de le commettre.
• Si donc le laïque a peur quand il considère qu'on recherchera, qu'on examinera, et qu'on lui fera rendre un compte rigoureux au jugement de Dieu, des moindres petits péchés, d'une parole oiseuse; s'il tremble à la simple lecture (Je cette étonnante vérité ; s'il dit comme Jacob : Terribilis est locus iste; que ne doit pas faire le prêlre qui ne commet point de petits péchés, en qui les petits péchés des laïques deviennent, au langage des saints Pères, des crimes, des sacrilèges, des impiétés, des blasphèmes ? i Nugœ in ore laici, nugeesunt; in ore sacerdotis blasphemiœ; consecrasti os tuum Evangelio, talibus aperire illicitum est, assuescere sacrilegium. »
Mais si la considération des petits péchés fait frémir le laïque, parce que ce sont des péchés; si elle fait frémir le prêtre, parce qu'ils ne sont pas en lui de petits péchés; que fera ce môme prêtre, s'il s'abandonne aux péchés qui sont grands en eux-mêmes? Deuxième considération. — On examinera au jugement de Dieu les péchés extérieurs: l'homicide, le blasphème, l'adultère, et on exclura du royaume de Dieu tous ceux qui s'en trouveront coupables : Quoniam qui talia agunt, regnum Beinonpossidebunt. (Galat. v, 21.) Personne ne révoque en [doute cette vérité; les méchants désirs mêmes: Qui viderit muliercm ad concupiscendam illam. (Matth. v, 28.) Tout cela est commun aux laïques et aux ecclésiastiques : Foris canes et impudici. (Apoc. xxii, 15.) C'est un sujet de terreur qu'ils partagent également, quoique le prêtre soit toujours le plus coupable, et souvent le moins craintif des deux. En un mot, on verra l'intérieur des uns et des autres; Dieu pénétrera le fond des cœurs; tout sera à nu et à découvert : Quidquid latel apparebit ; nil inultum remanebit. (Pros. Dies irœ.) Ces usures palliées, ces injustices marquées, ces haines déguisées, on verra tout. L'extérieur impose quelquefois; l'hypocrite paraît souvent plus vertueux que l'homme de bien; mais alors la Sagesse divine, illuminubit abscondita tencbrarum et manifestabit consilia cordium. (I Cor. iv, 5) ; particulièrement, les personnes consacrées à Dieu, qui se déshonorent quand elles montrent quelque défaut répréhensible en elles, et par conséquent qui les cachent plus soigneusement, seront sujettes à cet examen plus que les autres : Scrutabitur Jérusalem in lucernis. [Sophon. i, 12.) Le prêtre rendra donc compte île ses actions extérieures, aussi bien que le laïque, et il en rendra un compte encore plus exact ; mais surtout de ses péchés intérieurs, du fond de sa conscience, que souvent il a dérobés à la connaissance des hommes.
Par exemple, par quel motif est-il entré dans le clergé? A-ce été pour se consacrer à Dieu? n'a-t-il point eu en vue la possession de quelque bénéfice , d'un établissement temporel, de succéder à cet oncle, à ce parent, d'y amasser des richesses, d'y vivre à son aise?
N'est-ce point l'ambition, le désir de paraître, de faire éclater ses talents, qui l'a poussé à embrasser l'état ecclésiastique?
Comment est-il entré dans un séminaire?
est-ce pour y travailler à connaître sa vocation, à s'y sanctifier, à tendre à la perfection? N'était-ce point par intérêt, par nécessité, par hypocrisie? Comment y a-t-il vécu? quelles dispositions a-t-il apportées aux exercices spirituels, à l'oraison, aux sacrements, à l'étude?
Dans quel esprit a-t-il aspiré aux ordres? Ne songeait-il point uniquement à la dignité, et presque point à la sainteté?
Mais, comment est-il entré dans ce bénéfice ? N'y a-t-il point eu quelque simonie ou confidence palliée et couverte ; des présents, des rachats de pension, des promesses? Qu'a-t-il cherché en le demandant et en le prenant ? a-ce été la gloire de Dieu et le bien des âmes? Que de mouvements d'avarice, d'attachement au monde, d'amour du bien dans cet établissement ? Quel compte au jugement de Dieu 1
Dans quelle intention a-t-il célébré la Messe et l'Olfice divin?' quel motif a-t-il eu en allant à l'église? s'il n'y eût eu rien à gagner, y serait-il allé? si on ne lui eût point donné de rétribution pour les Messes, les aurait-il dites? On a vu un prêtre revêtu des habits sacerdotaux , le calice à la main* . attendre longtemps dans une sacristie , croyant qu'on lui donnerait de l'argent pour sa Messe; et, comme il eut appris qu'il n'y avait rien à espérer ce jour-là , il quitta sa chasuble, se dévêtit et s'en alla sans célébrer; quel horrible scandale 1 Pecunia tua tecumsilin perditione. (Act.yiii, 29.)Aquelle intention a-t-il prêché la parole de Dieu? ne s'est-il point prêché lui-même? a-t-il tâché de n'y chercher que Dieu el le bien spirituel de ses auditeurs, leur salut et leur sanctification? n'a-ce point été par vanité, par un certain désir de paraître, de faire fortune, d'éclater?
De plus, on examinera les péchés de commission et d'omission ; ce sont deux classes auxquelles nos égarements se rapportent, et qui sont comprises dans ce peu de paroles de Jésus-Christ aux pharisiens : Oportuit hœc facere, et Ma non omittere. (Luc. xi, 4-2.) Les commissions sont des transgressions contre les préceptes négatifs, quand, contre ce qui est défendu, on dérobe, on tue, on porte faux témoignage.
Les péchés d'omission sont des transgressions contre les préceptes affirmatifs, comme quand on n'accomplit pas ce qui est ordonné, qu'on manque d'adorer Dieu, de l'aimer, d'espérer et de croire en lui, de sanctifier le dimanche, d'honorer ses parents. Les péchés de commission sont plus palpables; ils laissent après eux des taches visibles; iis donnent des remords sensibles; onsentce qu'on fait : « Transeuntamanu, sed non transeunt a mente, sed vestigia i'œda relinquunt, »dit saint Bernard. Les péchés d'omission ne frappent pas tant, mais ils ne blessent pas moins. Une bonne espèce d'arbre, qui ne
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porte pas de fruit, mérite aussi bien le feu, que celui qui en porte de mauvais. Ceux qui n'ont pas fait de bonnes œuvres, donné l'aumône, revêtu les nus, visité les prisonniers, ne seront pas moins exclus du royaume éternel, que ceux qui n'auront pas la robe nuptiale, ni les reins ceints, ni la lampe allumée à la main, le seront à la table du père de famille. Enfin le serviteur méchant est puni, et le paresseux n'est point épargné : Serve maie et piger (Mat th. xxv, 20), serviteur méchant et paresseux, vous serez chassé; arbre stérile et infructueux, vous serez coupé.
Nous serons donc jugés sur les péchés de commission, et cela est clair; mais nous le serons aussi sur les péchés d'omission ; et on donne la récompense à quelqu'un, non tant pour s'être abstenu de bien des maux, que pour avoir fait beaucoup de bonnes ceuvres.
Ainsi , on demandera compte à un laïque s'il n'a point omis de produire des actes de foi, d'espérance, de charité , de contrition, d'adoration; de fréquenter les sacrements, de faire l'aumône ; de remplir les devoirs de son état et condition, de juge, de père, de mari.
Mais à un prêtre, combien lui demandera-t-on davantage? de combien de devoirs est-il tenu, et sur lesquels on l'interrogera d'autant plus sévèrement, que les choses qu'on lui a commises sont plus importantes?
Ce bréviaire, cet Office divin, ne t'avezvous pas omis? ces Messes de fondation, les avez -vous acquittées? N'avez -vous point trop différé, par dégoût, paresse, indévotion, attachement à vos plaisirs, d'administrer les sacrements à vos paroissiens, le baptême à ce pauvre enfant, qui ne verra jamais Dieu ; la pénitence à ce pauvre, qui, faute de s'être confessé, s'est perdu; le viatique ou l'exlrême-onction à ces bons fidèles, que vous avez privés de ce secours et de cette consolation à la mort, par votre négligence criminelle? laissant ainsi peu à peu abolir par votre faute l'estime, la vénération et la fréquentation des sacrements. Que d'omissionsdans les cérémonies, dans l'oblation de la Messe, dans la célébration de l'Office divin, dans l'administration des sacrements?
Vous avez pris la charge de pasteur, en avez-vous rempli les devoirs ?avez-vous fait 1 aumône aux pauvres, et l'aumône aux pauvres du patrimoine des pauvres? « Bénéficia sunt patrimonia pauperum. » N'êtes-vous point coupable de la mort des faméliques, pour ne les avoir pas sustentés du pain dont vous n'étiez que le dépositaire? « Occidisli quia non pavisti. » Quel pasteur qui s'est repu de ses brebis, et qui n'a pas repu ses brebis 1
Venons à la nourriture spirituelle, incomparablement encore plus importante que la corporelle; car, ainsi que raisonne saint Grégoire, s'il est d'un si grand mérite, de repaitre le corps et de conserver une vie corruptible, qui nous est commune avec les
bêtes, que sera-ce de conserver une vie immortelle, qui nous est commune avec les anges et Dieu même? « Si lantae mercedis est a morte eripere carnem quandoque morituram, quanti meriti erit a morte animam liberare, in cœlesti palria sine fine victuram? » Avez-vous eu soin de dispenser le pain de la parole de Dieu, d'instruire les ignorants, de nourrir la piété dans le cœur des fidèles par vos prédications ? Pascite qui in vobis est gregem. (I Petr. v, 2.) Jgnorezvous que les prêtres muets seront comme des homicides? '< Cui docendi munus commissum est, is si tacuerit, perinde uthomicida judicatur, » dit le grand saint Basile. Ne savez-vous pas qu'un nombre infini de gens se perdent malheureusement tous les jours, parce que les prêlres les laissent vivre et mourir dans l'ignorance des plus importantes vérités de la foi, des obligations les plus essentielles de leur état; sans daigner leur apprendre à faire des actes de foi, d'espérance, de charité, de contrition? Vous voulez vous faire prêtre pour vivre en repos, et non [tour en soutenir le poids.
Mais que dire de vos omissions à reprendre les plus grands désordres : ce paroissien injuste, impie, violent, à qui vous n'a.vez jamais osé dire : « Non licet libi ? » ce jureur, ce blasphémateur, que vous avez lâchement toléré? ce pécheur public, cet homme scandaleux, que vous avez laissé vivre dans le crime, sans correction, sans répréhension, sans bons avis, sans en avertir Jes supérieurs : n'êtes-vous pas coupable de leur sang, pasteur muet, lâche, timide, négligent? Fili hominis, dit Dieu à chaque prêtre, par la bouche du prophète, specalatorem dédite domui Israël, et audies de oremeo verbum, et aununtiabis eis ex me ; si dicente me ad imj)ium, morte morieris, non annuntiaveris ei, neque locutus fueris, ut avertatur a via sua impia, et ipse impius in iniquitate sua moriatur, sunguinem ejus de manu tua requiram. (Ezech. m, 17, 18.) Voilà de quoi vous serez responsable, et en quoi consistera la rigueur de ce compte dont nous parlons : c'est co que saint Grégoire prêche et remontre à tous les prêtres; : C'est à nous, mes chers frères, leur dit-il, que celte parole s'adresse ; c'est nous que cette menace regarde, nous qui portons le nom de prêtres, et qui pardessus notre propre compte, nous chargeons du compte d'autrui; car nous avons autant tué d'âmes, que nous avons négligé de reprendre les pécheurs : « Qua voce nos convenimur, nos conslringimur, nos rei esse ostendimur, qui sacerdotes vocamur, qui super ea mala quae propria babemus, aliénas quoque mortes addimus; quia lot occidimus, quot in mortem ire trepidi ac tarantes videmus. » Saint Prosper nous confirme cette terrible vérité, quand, interprétant ces mêmes paroles du prophète, il nous avertit que Dieu menace en termes précis les prêlres de les perdre avec les impies, et de les envoyer les uns et les autres dans les flammes éternelles : ceux-ci pour avoir péché, ceuxlà pour s'être tus. « Hoc est enim dicere :
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