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si ei peccata non annuntiaveris, si eum non argueris, ut a sua impietate convertatur, et vivat ; et te, qui non increpasti, et eum qui, te tacente, peccavit, ilauiniis perennibus perdam. »

Enfin, avez-vous jamais pensé qu'une de vos plus étroites obligations était celle de donner bon exemple au prochain; et qu'un de vos plus grands péchés serait de lui refuser ce secours? Combien donc serezvous responsable au ijugement de Dieu, d'avoir si mal édifié les fidèles, d'avoir omis de vous acquitter d'un devoir de telle conséquence? On attendait de vous cette aumône spirituelle, que vous reluiriez en humilité, charité, piété, chasteté, patience, détachement, mortification : vous vous êtes oublié de tout cela, vous n'avez songé qu'à vivre doucement et commodément, et point du tout à ce compte terrible que vous avez à rendre : Jucundus homo qui miseretur et tîibuit, disponet sermones suos in judicio. (Psal. cxi, 5.)

Troisième considération : Les péchés d'autrui dont les prêtres sont responsables. — Chacun rendra compte de ses„ actions particulières, de ses bonnes ou mauvaises œuvres : c'est un article de notre foi, c'est un oracle prononcé par l'apôtre saint Paul : Omnes nos manifestât i oportet anle tribunal Christ i, ut référât unusquisque propria corporis, proul gessit, sive bonum, sive malum. (Il Cor. v, 10.) Chacun, dit-il ailleurs, portera son fardeau. Unusquisque onus suum portabit. (Gai. vi, 5.)

Cependant voici quelque chose de singulier pour les prêtres, et qui montre la sévérité du jugement qu'ils ont à subir : c'est qu'ils ne rendront pas seulement compte des devoirs dont ils sont chargés, qui sont comme infinis; des péchés qu'ils auront commis, qui sont à cause de leur dignité très-énormes; il faudra de plus qu'ils rendent compte des crimes d'autrui. Pourquoi ils ont laissé cet homme dans l'intempérance? d'où vient que celui-là s'est perdu par l'impureté, cet autre par l'avarice? Ubi est Abel frater tuus? (Gen. iv, 9.) Quoi! vous avez toléré ce scandale dans votre paroisse, celte ignorance des mystères dans votre peuple? Le loup est entré dans votre bergerie, le vice a inondé parmi votre troupeau ; „uu nombre de gens se sont damnés, et vous l'avez souffert? Si vous y faites réflexion, mes très-chers frères, disait saint Augustin, vous trouverez que les pasteurs de l'Eglise sont exposés à des périls évidents de se perdre : « Si diligenter atlendilis, fralres charissimi, omnes sacer» dotes Domini, et ministros ecclesiarum, in grandi periculo esse cognoscetis; «car, continue-t-il, si chacun pourra à peine rendre compte pour lui seul au jour du jugement, que deviendront los prêtres à qui on demandera raison des âmes de tous les fidèles? « Si pro se unusquisque vix poterit in die judicii rationem reddere, quid de sacerdoti-

bus fulurum, est, a quibus sunt omnium animaa requirendœ? »

Qu'avez-vous fait, leur dira-t-on, pour empêcher la perte de cet homme? l'avezvous vu, repris, corrigé, menacé, prié avec larmes? accomplissant cette parole de l'Apôtre : Argue, obsecra, increpa, in omni patientia et doctrina. (II Tim. iv, 2.) Et profitant de son exemple :Monens quemcunque vestrum in omni humilitate et lacrymis (Act. xx, 31), avez-vous prié Dieu pour la conversion de vos brebis égarées, offert le sacrifice pour elles, demandé avec instance à Dieu leur conversion ? Avez-vous jeûné pour eux, souffert pour eux, l'ait pénitence pour eux, veillé pour eux, pleuré pour eux?

Combien de fois, dit saint Grégoire, un prêtre doit-il être sur ses gardes, pour se défendre d'autant plus soigneusement de toute iniquité, que, par les crimes qu'il commet, il ne se donne pas seulement la mort à lui seul, mais de plus, qu'il enveloppe dans sa ruine les autres, et que les mauvais exemples qu'il donne, le rendent coupable d'un nombre infini d'âmes dont il est le meurtrier: « Unde necesse est, ut lanto se cautius a culpa custodiant, quanto per prava quasfaciunt, non soli moriuntur, sed aliarum animarum quas pravis exemplis destruxerunt, rei sunt. »

Ne dites point: Il est vrai, je n'ai pas pris grand soin du salut du prochain; et hors la Messe et l'administration des sacrements, quand ils les ont demandés, j'ai vaqué à mes affaires, et j'ai tâché à ne pas commettre des crimes. Vaqué à vos affaires 1 en avez-vous déplus grande conséquence, en avez-vous de plus importantes, en avez-vous d'autres que celles de votre charge pastorale? Vous avez tâché à ne pas commettre des crimes, et quel plus grand crime à un pasteur, que d'abandonner le soin de ses ouailles ! Ignorez-vous qu'un prêtre, quand même il aurait mené une vie innocente, s'il n'a pris un soin très-singulier du salut du prochain, sera condamné avec les impies, et envoyé dans les tourments de d'enfer avec les scélérats, dit saint Chrysostome? « Sacerdos etsi propriam bene dispensaverit vitam, aliorum vero non eum diligenlia curam habuerit, eum impiis ingehennamibit. «Ignorez-vous que Dieu perdra sans ressource ces pères inhumains qui laissent périr les âmes de leurs pauvres enfants, faute de leur donner du secours, ainsi que nous assure le Sage : Auclorcs parentes animarum inauxiliatarum perdere voluisli. (Sap. xn, G.)

Ignorez-vous enfin, ajoute saint Chrysostome, que vous devez rendre compte, nonseulement de votre propre Sdlul, mais encore du salut de tous les hommes? «Non enim de vestra tanlummodo vita, sed de universo orbe vobis ratio reddenda est. » Jugez donc si l'on exagère, quand on dit que le compte des prêtres sera très-rigoureux au jugement de Dieu; que le poids de leurs obligations, s'ils ne s'en acquittent, les accablera: Judiciura durissimum bis (pu prœsunt fiel. » (Sap. vi, 6.) Et pesez cette

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parole du Fils de Dieu, parlant à tous les prêtres qui ne vivent pas dans la sainteté de leur état : Malheur, malheur à vous, Vœ vobis! (Matth. xxm, 13, ii seq.) car votre jugement sera extrêmement long, prolixe, ample; on vous interrogera sur un nombre infini de chefs, sur une multitude incroyable de grandes obligations, et, ô malheur! mal accomplies; et sur je ne sais combien de devoirs négligés, qui tiendront bien des articles : Hi accipient prolixius judicium. (Marc, xii, kO.) Que d'interrogations, de preuves, de témoins contre vous 1 Un criminel, convaincu de mille actions indignes, infâmes, honteuses, voudrait qu'on n'entrât point en un détail de sa vie, qu'on ne vît point ainsi par le menu toutes choses; mais vous boirez le calice jusqu'à la lie: Prolixius judicium accipient ! Vous avez voulu être honoré de la qualité de prêtre, et vous voulez éviter le fardeau du sacerdoce? Mais le prêtre négligent eu soutiendra le jugement, il portera le poids de la colère de Dieu : Bibent omnes peccatores terrœ (Psal. ixxiv, 9); et il verra, encore une fois, qu'il eût mieux valu pour lui de demeurer simple lidèle que d'aspirer à l'état ecclésiastique, pour y mener une vie plus criminelle, et s'attirer un jugement plus rigoureux : « Esset autem sine dubio melius salvari in humili gradu fidelis populi, quam in cleri sublimitate, et deterius vivere, etdistrictius judicari. »

Que si nous passons de ces omissions des biens particuliers à l'omission des biens généraux, et des obligations que vous avez contractées, en qualité de prêtre, de détourner la colère de Dieu, non de dessus une paroisse, une ville, un diocèse, mais de dessus toute l'Eglise et l'univers entier; d'attirer ses grâces, non sur un homme, ou sur une nation, mais sur tout le genre humain : que répondrez-vous à une interrogation si surprenante? que direz-vous quand on vous demandera pourquoi vous n'avez pas été assez saint pour avoir empêché la guerre qui désole les royaumes, la peste qui enlève tant de peuples, la famine qui fait périr tant de misérables? pourquoi vous avez manqué de crédit auprès de Dieu, afin d'intervenir devant lui, et de désarmer sa justice irritée contre la terre? * Qualem, quaeso, oportet eum esse qui pro civitate ipsa tota:etquid dico, civitate? imo vero pro universo terrarum orbe legalus intercedit, deprecatorque est a[>ud Deum? » Quel, je vous prie, ne faut-il pas que soit celui qui doit intervenir auprès de Dieu pour les péchés de toute une grande ville? quedis-je? pour les péchés du monde entier, s'écrie le grand saint Chrysostome, effrayé des devoirs du sacerdoce et du compte étonnant qu'on exigera du prêtre, et par conséquent fort résolu à ne pas mettre sur ses épaules un tel fardeau 1 « Ut non viventium modo, sed et mortuorum peccalis propitius fiai? » de voir obtenir de Dieu l'extinction de toutes les guerres et de toutes les séditions, et procurer la paix aux Etals et aux empires?

« Deprecans quidquid ubique bellorum est exstingui, turbas solvi, atque in horum locum, pacern, acfelicem rerum statum succedere; » de voir impétrer la cessation des calamités publiques et particulières : « Denique celerem malorum omnium unicuique imminentium, qua privatim, qua publiée, defunctionera postulans?» Soutenir le poids de l'univers entier! Etre tenu de rendre compte de tous les maux qui se commettent! de répondre pourquoi je n'aurai pas empêché par mes prières les guerres, les désolations des provinces, la perte des âmesl Que pourrai-je répliquer? « Quid sum, miser, tune dicturus? » (Pros. Dies irœ.) Le crédit et l'autorité do Moïse, le zèle et la vertu d'Elie, suffiraient-ils pour de si grandes choses ? et moi je les entreprendrai ? et moi j'en serai responsable : « Equidem neque Moysis, neque Eliœ virtutem ac fiduciam esse putavenm ad supplicationem ejusmodi peragendam , quandoquidem mundus il 1 i universus concreditus est, omniumque sit pater. >»

Regardez, regardez, dit saint Grégoire, les fléaux qui désolent le monde : quelle en est la cause? dit ce grand Pape ; quels sont ceux qui sont coupables de toutes ces calamilés, sinon les prêtres, dont \a négligence et le scandale causent la corruption des peuples, d'où s'ensuit la vengeance?«Quanto autem mundus gladio feriatur, aspicitis; quibus quotidie percussionibus inlereat populus videtis. Cujus hoc, nisi nostro praBcipue peccalo agitur? ecce depopulaiœ urbes, eversa castra, eeclesiae ac monasteria deslructa, in solitudinern agri redacti sunt ; sed nos pereunti populo auctores mortis exsistimus , qui esse debuimus duces ad vitam. Ex nostro enim peccato populi turba prostrata est, quia nostra iaciente negligentia, ad vitam erudita non est. » Car notre bonne vie détournerait ces orages, ou les convertirait en des moyens de sanctification. Et ne me dites point, continue toujours ce Père, ne m'alléguez point que vous avez ignoré ces grands devoirs ; que vous ne les avez jamais sus; qu'ils ne vous sont jamais venus dans l'esprit: d'ailleurs que le bruit de la guerre n'a point frappé vos oreilles, et que vous n'avez jamais cru être tenu de tous les désordres du monde : «Neque ei licet ad, excusationem confugere, neque vocem banc usurpare : Tubam non audivi, bellum non prœvidi. » (Lib. vi De sac, cap. k.) Car on vous répondra aussitôt : Pourquoi donc vous faisiez-vous prêtre? pourquoi vous êtes-vous élevé dans un si haut degré, si ce n'est pour prévoir les malheurs, et conjurer les orages? «Quippe in hoc sedet, sicut aitEzechiel (capp. m, xxxm), ut aiiis signum tuba canensdet, et ea quœ futura sunt incommoda pramuntiet. » Ainsi, ne vous flattez pas vainement de pouvoir éviter la rigueur des jugements de Dieu, et du compte qu'on vous demandera, en disant : Je ne savais pas être chargé de tant d'obligations, je ne me serais l>as fait prêtre : *< Quo nomine supplicium nulla excusatione depellere poterit, quamvis

OIÀVRES COMPL. DE DE LA CllÛTAULtlE. I.

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