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unius dunfesxat animas jaetura acciderit; soilicet, sanguinera ejus de mana tua requiram. ); Cessez donc, écrivait-il à son ami, de vouloir in 'engager dans une charge sous laquelle je succomberais infailliblement : « Desine ergo nos protrudere in sic inevitabilis judicii aleam. » Après cela, voyez si le compte que les prêtres ont à rendre n'est pas terrible et rigoureux ; s'il n'eût pas mieux valu pour vous de ne vous point charger de tant d'obligations, de ne vous point rendre responsable de tant de devoirs, de ne prendre sur vous que le compte d'un simple laïque, et non, après être sorti du monde, vous voir plus sévèrement jugé et plus rigoureusement puni qu'un homme du monde : «Essetenim sine dubio melius salvari in humili gradu fidelis populi, quam in cleri sublimitate, et deterius vivere, et districtius judicari. »
Quatrième considération. — L'usage des grâces et des talents dont les prêtres rendront compte à Dieu. Si le compte que les prêtres rendront au jugement de Dieu des péchés qu'ils auront commis, doit être pour eux un sujet de crainte, celui qu'ilsrendront des grâces qu'ils auront reçues, ne doit pas leur donner une moindre frayeur. La lecture que vous venez d'entendre de l'Evangile, mes très-chers frères, disait autrefois saint Grégoire à son peuple, avertit les prêtres de faire une sérieuse réflexion sur une vérité qui leur est très-importante; savoir, qu'à cause qu'ils ont plus reçu que les autres fidèles, ils seront aussi plus sévèrement jugés au tribunal de celui qui leur a été si libéral : « Lectio sancti Evangelii , fratres charissimi, sollicite considerare nos admonet, ne nos qui plus caeteris in hoc mundo accepisse aliquid cernimurabauctore mundi, gravius inde judicemur » Et la raison qu'il en rend est que les plus grands dons tirent après eux un plus grand compte : « Cum enim augentur dona, raliones crescunt donorum. » Et, par conséquent, qu'un prêtre doit d'autant plus exactement veiller sur sa conduite, et s'appliquer attentivement au service de Dieu, qu'il sait que l'examen qu'on fera de sa vie sera plus rigoureux : « ïanto ergo esse humilior, atque ad serviendùm Deo promptior quisque débet ex munere, quanto se obligatiorem esse conspicit in reddenda ratione. »
Cette réflexion de saint Grégoire est une maxime prononcée par la buuche de la Vérité incarnée, qui nous enseigne dans son Evangile, qu'on demandera beaucoup à celui à qui on aura commis beaucoup ; et que celui à qui on aura donné beaucoup' rendra compte de davantage : Omni cui multum datum est, multum quœretur ab eo ; et cui commendaverunt multum, plus pètent ab eo. (Luc. xii, 48.) Cela se voit dans celui qui avait reçu certain nombre de talents, qui futjcondamné, non pour les avoir perdus, mais pour ne les avoir pas multipliés.
En effet, le souverain Juge ne nous
étonne jamais davantage, et ne nous donne point de plus grands sujets de crainte, que quand il nous assure qu'il jugera, non les péchés, mais les justices : Cum accepero tempus, ego justitias judicabo. (Psul. lxxiv, 3.) Juger les crimes, on ne s'en étonne pas, mais juger la justice, qui ne sera surpris? Cependant, si nous y regardons de près, nous trouverons que l'aire un mal n'est pas quelque chose de pis que de corrompre du bien; et que la profanation que les ecclésiastiques l'ont des choses saintes, dont ils ont l'usage entre les mains, n'est pas un moindre crime devant Dieu, que la corruption que les laïques font d'eux-mêmes, en se plongeant dans le vice.
Adorons donc ce juste Juge, et tremblons devant lui, lorsque assis dans un trône, il jugera la justice même : Sedisti super thronum, qui judicas justitiam. (Psal. ix, 5.)
Premièrement, que répondrez-vous quand on vous demandera compte de toutes les actions de religion auxquelles votre ministère vous a engagé ?
Comment avez-vous récité ce bréviaire ?
vos lèvres ont prononcé des paroles, mais encore les ont-elles bien prononcées? et peut-on du moins vous donner une faible louange dont Dieu faisait cependant un reproche aux Juifs : Populus hic labiis me honorât ? (Matth. xv, 8.) Appelez-vous avoir honoré Dieu de vos lèvres que d'avoir proféré des paroles à moitié, que de ne les avoir jamais articulées comme il faut, que de n'avoir pas même parlé à Dieu d'une voix humaine ? Mais où a été cette attention intérieure en le récitant; cette dévotion, cet amour, cette élévation d'esprit? Votre cœur n'a jamais été de concert avec votre bouche pour louer Dieu : Cor autem eorum longe est a me.(lbid.) Est-ce avoir satisfait à cette étroite obligation que d'avoir dit son office avec précipitation , que d'avoir parlé à Dieu en courant, sans songer à ce qu'on proférait, sans préparation, sans application, sans intention? péchant souvent dans le lieu, le temps, la posture, la manière. Une action semblable devrait être en vous un accroissement de mérite ; Dieu veuille que ce ne soit pas une augmentation de peine.
Mais cette Messe, comment l'avez-vous célébrée? pourquoi l'avez-vous célébrée?
Ce sacrifice qui devait expier vos péchés, ne les a-t-il point multipliés? a-t-i! été précédé d'une préparation convenable, accompagné d'une humble crainte, suivi d'une action de grâces fervente? Avez-vous frémi quand vous avez approché de l'autel ? avezvous cessé d'être homme, quand vous avez tenu un Dieu entre vos mains? Que d'égarement, de précipitation, d'indévotion, de profanalion dans la célébration d'un mystère si auguste I que de sujets de terreur, quand on viendra à cet examen l
Comment avez-vous prêché cette parole de Dieu ? l'avez-vous même prêchée? l'avezvous méditée avant de la prêcher, convertie
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en un lait dont votre peuple fût capable? surtout, l'avez-vous pratiquée?
Comment avez-vous célébré ces Offices divins, ce chant, ces cérémonies, ces mystères? de combien de précipitation, d'immodestie, d'indécence, de profanation n'êtesvous pas coupable?
Ces sacrements comment les avez-vous administrés? Ce tribunal, où tant de pénitents se sont présentés à vous, où vous avez jugé les tribus d'Israël, sera-t-il la figure de celui qui vous est préparé dans Je ciel ? n'avcz-vous point à craindre que tant d'absolutions, données peut-être mal à propos et précipitamment, n'attirent votre propre condamnation? Avez-vous pris garde à ce que vous faisiez en la donnant; à ces occasions prochaines, à ces péchés d'habitude, à ces méchants mariages ? N'avez-vous considéré ni le pauvre, ni le riche? Avez-vous donné les avis charitables et les instructions nécessaires? Combien de fois, par dégoût, ennui, impatience, ignorance même, êtesvous sorti coupable d'un lieu d'où le pénitent est éorti justifié : Descendit hic justificatus ab iilo (Luc. xvm, lk) : ou , ce qui est encore plus lamentable, d'où vous êtes sortis tous deux criminels.
Que de lâcheté dans la prière, de négligence, de distractions, de liédeurl que d'hypocrisie dans Jes bonnes œuvres ! Ego justitias judicabo.
Que d'abus de grâces, de lumières, de connaissances! «Cum enira augentur dopa, rationes etiam crescunt donorum. »
Mais quel fruit avez-vous porté dans le sacré terroir de l'Eglise où la Providence vous avait mis? Arbre stérile, il y a dix, vingt, trente années que vous êtes prêtre, curé, pasteur, prédicateur, confesseur dans cette paroisse ; Dieu ne vous y a établi qu'afin que vous y fructifiiez, et que votre fruit demeure : Posui vos ut eatis, et fructum afferatis, et fructus vesler maneat. (Joan. xv, 16.) Cependant, comptez les pécheurs que vous avez convertis, combien avez-vous détruit de méchantes coutumes? combien avez-vous sanctifié et perfectionné de fidèles? combien avez-vous établi de saintes pratiques?
Vous avez trouvé cette paroisse dans l'ignorance; tout le monde sait-il à présent son catéchisme? L'ivrognerie y régnait, en est-elle aujourd'hui bannie? Les jurements et les blasphèmes retentissaient de toutes parts ; n'entend-on plus à présent ce langage infernal? On était adonné aux contrats usuraires, aux sociétés injustes, aux larcins, aux impudicilés ; à présent est-on plus détaché, plus Chrétien, plus aumônier, plus chaste? On ne fréquentait presque pas les sacrements, on ne venait ni aux Offices, ni à la prière ; à présent y a-t-il un nombre considérable de personnes qui se confessent souvent, qui communient, qui s'adonnent à l'oraison, qui visitent les pauvres, qui accompagnent le saint Sacrement ? Vous avez trouvé cette église sans ornements,
sans vaisseaux sacrés, sans instruments du culte divin ; votre zèle a-t-il pourvu à tout cela ? Pouvez-vous dire avec INéhémias : Seigneur, mon Dieu, tenez-moi compte du bien que j'ai procuré à celte pauvre église, à ce pauvre peuple : Mémento mei , Deus meus, in bonum , secundum omnia quœ feci populo huic'f (II Esdr. v, 19.) Ou plutôt, les choses ne sont-elles pas en plus mauvais état que quand vous y êtes venu? Le mal ne s'est-il point accru sous voire gouvernement, au lieu de diminuer? le bien ne s'est-il point diminué, au lieu de s'accroître?
Enfin, votre troupeau est-il dans un tel état , que le souverain Pasteur y soit connu, aimé, adoré, servi? Y a-t-il lieu de croire que les ayant conduits par le; chemin de la vertu en ce monde, vous les introduirez heureusement un jour dans les pacages éteinels?
Saint Grégoire de Néocésarée, sur le point de mourir, s'informa combien il restait encore d'infidèles dans son diocèse; et comme on lui eût dit qu'il n'y en avait plus que dixsept : Dieu soit loué, ajouta-t-il ; il n'y avait que dix-sept Chrétiens, quand j'en pris le gouvernement : « Qui migraturus e viia , cum qu<esisset, quoi in civitate Neocaesariensi reliqui essent infidèles, responsumque esset, tantum esse septemdecim , Deo gratias agens, Totidem, iuquit, erant fidèles, cum cœpi episcopatum. » Pouvez-vous dire quelque chose de semblable? Combien conduirez-vous d'âmes après vous en paradis? Combien en avez-vous retiré de la voie de perdition ?
Pensons , pensons un peu, dit le grand saint Grégoire, quel profit nous avons apporté à ce père de famille qui nous avait envoyé trafiquer, en nous disant : Négociez jusqu'à mon retour. Combien d'âmes lui avons - nous gagnées ? combien d'élus , comme un froment mystérieux, avons-nous mis dans son grenier : « Pensemus quot lucrum Deo fecimus nos qui, accepto talento ab eo, ad negotium missi sumus. Eteniiu dixit (Luc. xix, 13) : Negotiamini dum venio. Quale ei animarum lucrum de nostra negotialione monstrabimus? Quot ejus conspectui animarum manipulos de prœdicationis nostrae segete illaturi sumus? » (Lib.i, hom. 17 in Evang.)
Mettons-nous donc devant les yeux, continue ce grand Pape, la rigueur du compte qu'il faudra rendre à ce Maître exact et sévère, et l'usage qu'il nous demandera des grâces et des talents qu'il nous a commis; on le verra, on le verra venir, ce Juge éclatant de gloire, au milieu de la nombreuse armée des anges et des archanges; il s'asseoira dans un trône de majesté, et la multitude des élus et des réprouvés comparaîtra devant ce redoutable tribunal , pour y montrer le bien ou le mal qu'ils auront fait , continue-l-il.
Là paraîtra saint Pierre avec la Judée convertie, que ce pêcheur, comme dans un rets mystérieux, a traînée après lui : « lbi Pe-
trus cura Judaea conversa, quam posl se traxit, apparebit. »
Là , on verra saint Paul menant à sa suite l'univers entier, devenu chrétien : «lbi Paulus conversum, ut ita -dixerim, mundum ducens. »
Là, saint André mènera après luil'Achaïe; saint Jean l'Asie ; saint Thomas l'Inde, qu'ils ont converties à !a foi et qu'ils présenteront au juste Juge : « lbi Andrœas post se Achaiam ; ibi Joannes Asiam ; Thomas Indiam in conspectu sui Judicis conversam ducet. »
Là, paraîtront les chefs du peuple fidèle, accompagnés des âmes qu'ils auront gagnées à Dieu; les pasteurs avec leurs brebis qu'ils ont nourries du pain de la parole céleste : «ibi omnes Dorainici gregis arietes,cum animarum lucris apparebunt, qui sanctis suis praedicationibus Deo post se subdilum gregem trahunt. »
Si donc, dans ce jour de récompense ou de châtiment, les pasteurs marcheront suivis de leurs brebis, et les présenteront aux yeux du souverain Pasteur, comme les fruits de leurs travaux; qu'aurons-nous à dire, nous autres misérables, qui revenons d'un grand négoce, les mains vides de tout gain; qui avons porté ce nom de pasteurs, et qui ne sommes accompagnés ni suivis d'aucun troupeau? Quel sera notre sort, je vous prie, en ce monde pasteurs, en l'autre destitués de brebis : « Cum igitur tôt pastores cura gregibus suis ante œterni Pastoris oculos venerint, nos miseri quid dicluri sumus , qui ad Dominum nostrum post negotiura vacui redimus? qui pastorum nomen habuiraus et oves quas ex nutriraento nostro debeamus ostendere, non habemus? hic pastores vocati sumus, et ibi gregem non ducimus? »
11 est vrai que nous donnons la vie aux fidèles par le baptême, que nous leur attirons la bénédiction de Dieu par nos prières ; que nous leur communiquons le Saint-Esprit par l'imposition de nos mains; que nous les introduisons au ciel par la prédication de la parole; mais, ô malheur 1 nous n'y entrons pas nous-mêmes; nous élevons les autres en haut, et nous descendons en bas : « Et per nos quiJera fidèles ad sanctum baptisma veniunt, nostris precibus benedicuntur, et per impositionem manuum noslrarum a Deo Spiritum sanctum percipiunt, atque ipsi ad regnum cœlorum pertingunt; et ecce nos per negligentiam nostram deorsum tendimus. »
Les élus de Dieu , purifiés de leurs péchés , entrent dans le ciel par le ministère des prêtres; et les prêtres, souillés par les crimes d'une vie réprouvée, se précipitent au supplice des enfers : « Ingrediuntur electi, sacerdolum manibus expiati, cœlestem patriam ; et sacerdotes ipsi per vitam reprobam ad inferni supplicia festinant. »
A qui donc, mes très-chers frères, cornparerai-je les méchants prêtres , si ce n'est a l'eau du baptistaire, qui lavant les catéchumènes, les purifiant de leurs péchés et
les envoyant au ciel , va ensuite se perdre dans un cloaque d'ordures et d'immondices : « Cui ergo rei , uui similes dixerim sacerdotes inalos, nisi aquae baplisrnatis , quœ peccata baptizatorum diluens , illos ad regnum cœleste mittit, et ipsa poslea in cloacas descendit. »
Craignons ces choses , mes frères ; que notre vie réponde à notre profession. Implorons sans cesse la miséricorde de Dieu sur nos péchés, de peur que, justifiant tous les jours les autres, nous ne nous rendions tous les jours plus coupables : « Timeamus hœc , fia très , conveniat actioni nostrœ ipsum ministeriura nostrum ; de peccatorum nostrorum relaxalione quotidie cogitemus, ne nostra vila peccalo obligata remaneat, per quam omnipotens Deus quotidie alios solvit. »
Considérons la qualité que nous avons , le ministère que nous exerçons , le fardeau d'obligations que nous portons : « Considereuius sine cessatione quid sumus; pensemus quod suscepimus. » Prévoyons le grand compte que nous avons à rendre au souverain Juge; travaillons tellement à notre salut, que nous ne négligions point celui du prochain; que tous ceux qui nous approchent seressententduselet de la sagesse divine, qui doit sortir de nos lèvres et servir de préservatif à la corruption du monde : « Faciamus quotidie nobiscum raliones , quas cum nostro Judice habemus, et sic debemus agere curara nostri , ut non negligamus cùrana proximi, ut quisquis ad nos jungitur, ex linguœ nostrœ sale condiatur. » Telle est l'exhortation de cet incomparable Pontife,
Saint Grégoire le Grand, dans son homélie vingt-septième, rapporte une histoire arrivée de son temps, qui peut beaucoup servir à notre édification, et donner jour à ce que nous avons dit. Voici comme il s'explique parlant à son peuple :
Plusieurs d'entre vous, mes très-chers frères, ont connu Cassius, évêque de Narni, qui, tous les jours, avait coutume d'offrir des hosties au Seigneur, en sorte qu'il ne passait aucun jour de sa vie, sans immoler au Dieu tout- puissant la victime de propitiation. Aussi menait-il une vie conforme au sacrifice; car, départant tout ce qu'il avait de biens aux pauvres, quand l'heure du sacrifice était arrivée, il s'écoulait tout en larmes et se sacrifiait lui-même dans une grande componction de cœur : « Velut totus in lacrymis defluens, semetipsum cum magna cordis conlritione mactabat. »
Or j'ai appris l'histoire de sa vie et de sa mort d'un vertueux et vénérable diacre, qu'il avait élevé et nourri. Celui-ci me raconta, entre autres choses, qu'une nuit le Seigneur apparut au prêtre de ce bon prélat, et lui dit : Allez, et dites ceci à votre évêque : Faites ce que vous faites; travaillez comme vous travaillez; que votre pied ne s'arrête point ; que votre main ne se lasse point ; vous viendrez à moi le jour de la fête des apôtres, et je vous rendrai votre récompense : « Vade et die episcopo : Age quod
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agis ; operare quod operaris ; non cesset pes tuus; non cesset inanus tua; natali apostoloruiu venies ad me, et rétribuai» mercedem tuam. »
Le prêtre levé le matin, faisant réflexion que la fête des apôtres allait arriver, retenu par la crainte, n'osa annoncer à ce bon évoque une mort si prochaine. La nuit suivante, le Seigneur revint encore à ce prêtre , et lui reprochant sévèrement sa désobéissance, lui enjoignit de nouveau d'exécuter l'ordre qu'il lui donnait. Pour lors , le prêtre s'étant levé, résolut d'avertir révoque de ce qui était arrivé; mais, quand il fallut ouvrir la bouche, la crainte s'empara de nouveau de son esprit , et sa faiblesse fut si grande , qu'il n'osa non plus cette fois -là découvrir la révélation qu'il avait eue. Il résista à un commandement si réitéré, et il négligea de manifester une vision si importante.
Cependant, comme une vengeance insigne ne manque pas d'être le fruit du mépris d'une grâce signalée, le Seigneur apparaissant à lui pour la troisième fois, ajouta les châtiments aux commandements. Ce rebelle fut si déchiré de coups, que les plaies de son corps amollirent enfin la dureté de son cœur. Il se leva donc de son lit : devenu sage par une telle punition, il va trouver son évêque , pour lors au tombeau du saint martyr Ju vénal , où, selon sa coutume , il se préparait à offrir le sacrilice ; il le prie de lui donner une audience secrète, il le mène à l'écart et se jelte à ses pieds , répandant des ruisseaux de larmes. L'évêque , pouvant à peine le relever, s'informe de la cause de tant de pleurs. Celui-ci, auparavant d'entamer son récit, ôte le vêlement qui lui couvrait les épaules , et lui montra sur son corps des plaies qui n'étaient pas moins des preuves certaines de la vérité qu'il avait à lui dire, que de la faute qu'il avait commise en la lui taisant. Il lui fit voir par les espèces de sillons dont sa chair paraissait déchirée, de quel rigoureux traitement son obstination avait été punie.
Ce bon prélat eut horreur de le voir en cet état, et s'écria quel était celui qui avait élé assez osé que de le traiter ainsi? Le piètre lui repartit : C'est vous-même qui en êtes la cause. Celte réponse augmenta la surprise de l'évêque ; et pour lors le prêtre, sans différer davantage, lui raconta la vision qu'il avait eue, et l'ordre dont le Seigneur l'avait chargé de lui dire de sa part : Faites ce que vous faites, agissez comme vous agissez; que votre pied ne s'arrête point, que votre main ne se lasse point ; le jour de la fête des apôtres, vous viendrez à moi, et je vous rendrai votre récompense : «■ Age quod agis, operare quod operaris; non cesset pes tuus, non cesset inanus tua; natali apostolorum venies ad me, et retribuam tiM mercedem tuam. »
A ce discours, l'évêque se prosterne en terre, et, le cœur pénétré de contrition, se met en oraison. Il était venu à dessein d'offrir le sacrifice à l'heure de tierce ; mais il
prolongea tellement sa prière, que nouearriva auparavant qu'il le commençât :
« Quibus auditis, episcopus se in orationeui cum magna cordis contritione prostravit, et qui oblaturus sacrificium ad horarn tertiam venerat, hoc pro extensœ orationis magnitudine, ad horam nonam usque protelavit. »
De ce moment-là, ce saint évêque redouble ses exercices de piété, et devient d'autant plus fort dans la pratique des bonnes œuvres, qu'il est plus assuré de la récompense qu'on lui promet, et qu'en vertu de cette promesse, il commence à regarder comme son débiteur celui envers lequel il se regardait chargé de dettes.
Sa coutume était d'aller à Rome, à la fête des apôtres; mais cette année-là, occupé d'une telle révélation, il s'en abstint. La seconde année, la troisième, la quatrième, la cinquième et la sixième s'écoulent; il s'attend toujours de mourir à la fête des apôtres, mais il ne lui arrive rien de nouveau. Il eût tenu pour lors la révélation suspecte, si les blessures de celui à qui elle avait été faite ne lui en eussent conûrmé la réalité.
Riais voici la septième année qui arrive. Il se trouve bien à l'ordinaire jusqu'aux sacrées vigiles de la solennité des apôtres. Au milieu de ces vigiles, il se sent attaqué d'une légère fièvre. Le jour venu de la fête des apôtres, il ne se trouve pas en état de célébrer la Messe solennelle à laquelle ses chers enfants s'attendaient d'assister. A cette nouvelle, ceux qui se doutaient de la mort prochaine de leur pasteur l'allèrent trouver, après s'être engagés l'un l'autre à ne point souffrir la célébration d'aucune Messe ce jour-là, si leur prélat lui-même ne leur servait d'intercesseur. Pour lors ce bon évêque, contraint par leur charité, se lève, célèbre la Messe dans l'oratoire de la maison épiscopale, et, de sa propre main, leur distribue à tous le corps du Seigneur et la paix. Après quoi, le sacrifice de la Messe achevé, il se remet au lit; et voyant autour de lui ses prêtres et ses autres" ministres assemblés, il leur dit comme Je dernier adieu, les avertissant de conserver entre eux le lien de la charité, et leur remontrant l'obligation qu'ils avaient de vivre en paix et en concorde ensemble, lorsque tout d'un coup, au milieu de son exhortation, il se mit à crier d'une voix éclatante : L'heure est venue; et pour lors, présentant lui-même de ses mains aux assistants le linge dont on a coutume de couvrir le visage des morts, il rendit son âme sainte, qui, délivrée de la corruption de la chair, s'en alla jouir de la gloire éternelle : « Quo cuncto ministerio oblati sacriticii peracto, ad lectulum rediit, ibique jacens, dum sacerdotes suos ac ministros circumstelisse cerneret, quasi vale ultimum dicens, de servando eos vinculo charitatis admonebat, et quanta debuissent concordia inler se uniri prœlicabat ; cum subito inter ipsa sanctee eihortationis verba, voce terribili elamavit dicens Hora est.
ŒUVRES COMPLETES DE DE LA CllETARDIE.
Moxque assistenlibus ipse suis manibus linteum dédit, quod ex more morientium sibi contra faciem tenderetur. Quo tenso, spiritura emisit; sicque sancta illa anima ad gaudia aeterna perveniens, a carnis corruptione soluta est. »
C'est ainsi que nous lisons de saint Arobroise, qui, accablé des travaux et des soins qu'il avait pris pour le service de l'Eglise, rendit son âme à Dieu : « Ergo sanctus episcopus pro Ecclesia Dei maximis laboribus curisque perfunctus, animam Deo reddidit. »
C'est ainsi encore que, de nos jours, nous lisons de saint François Xavier, qu'il mourut plein de mérites et consommé de travail : « Meritis laboribusque confectus. » Deux exemples considérables : l'un des premiers temps de l'Eglise, et l'autre des derniers ; mais qui donnent l'un et l'autre le caractère d'un vrai ouvrier évangélique, qui ne meurt point d'une défaillance de nature, mais de maladie que ses fatigues lui ont attirée. On en a vu qui, à force de confesser, sont devenus paralytiques des deux bras ; d'autres qui, par leurs fréquentes et ferventes prédications, ont contracté des infirmités qui les ont conduits au tombeau ; d'autres qui, pour avoir servi les malades et les pestiférés, ont gagné le mal et sont devenus les victimes de la charité.