DE LA SAINTETÉ DES PRÊTRES
Première considération. — Entre les motifs les plus pressants qui doivent engager les prêtres à mener une vie sainte, sans doute que le modèle de sainteté qui leur est proposé à imiter et à exprimer en eux, qui n'est autre que la sainteté de Dieu même, est celui qui doit faire ,1e plus d'impression sur eux.
En effet, on entend partout retentir dans l'Ecriture ces paroles que Dieu même adresse aux prêtres : Soyez saints, parce que je suis saint : Sancti estote, quoniamego sanctus sum. ( Levit. xix, 2. ) On voit que le Seigneur dit sans cesse à Moïse : Parlez aux enfants d'Aaron, et leur dites qu'ils soient saints, parce que je suis saint : Dixit quoque Dominus ad Moysen : Loquere ad sacerdotes filios Aaron, et dices ad eos : Sancti erunt Deosuo, quia consecrati sunt Deo suo. (Levit. xxi, 6.) De plus, la doctrine et le raisonnement des docteurs de l'Eglise nous enseignent, après saint Paul, que la loi ancienne ne conduisait pas les âmes à la perfection, et que Dieu en exige incomparablement plus dans la loi nouvelle, particulièrement à l'égard des prêtres. D'où il est aisé de conclure que nous sommes tenus à suivre de plus près, et à nous approcher davantage de cette sainteté originale, qui n'estautre que Dieu même. C'est ia conséquence de saint Chrysostome,. qui, considérant cotte vérité, disait autrefois : Voilà quelle était la sainteté des anciens prêtres ; tel était le haut degré de vertu qu'on prétendait d-'eux.: Et lime quidem ab
antiquis sacerdotibus sanctitas et perfectio exigebatur. (Noct. 2, Dom. 2 Aug. ) Mais qu'exigera-t-on de nous, continue ce grand docteur, et à quoi ne sommes-nous pas tenus, nous qui sommes appelés à une vie bien plus vertueuse, qui devons tendre à un degré de perfection bien plus élevé, qui avons de bien plus grands combats à rendre? « Quid ergo nos ad majorem vocati vitam, qui ad excellentius fastigium ascendimus, et in majoribus exercemur palaestris? » et qui devons mener une vie aussi pure que ces substances spirituelles et intellectuelles, qui sont toujours devant Dieu dans les cieux : « Quique sicut supernœ virtutes intellectuales et incorpore® i liée vilain instituere tenemur. »En un mot, comme si nous étions dégagés de la matière, et que nous fussions passés en la nature des anges. Que personne n'ait témérité de s'ériger en guide spirituel des âmes, s'il n'est parvenu à un degré si haut de vertu, que d'être semblable autant qu'on le peut en ce monde, à celui même qui possède souverainement la sainteté, dit le grand saint Denis : « Non enim débet temere ducem se aliis divini luminis preestare, qui non omni statu suo et habitu simillimus Deo evaserit ( i, 22). » Et la raison qu'en donne ce Père si éclairé, c'est qu'il faut que celui qui approche d'aussi près de Dieu que fait le prêtre, soit, autant que cette vie mortelle le permet, une copie fidèle de celte sainteté originale : « Qui cum Deo versatur, ad maximam similitudinetn, quoad ejusfieri potest, effictum expressumque esso oportet. »
L'apôtre saint Pierre ne trouve point demolif plus pressant, afin d'obliger les Chrétiens a vivre saintement, que de leur mettre sans cesse la sainteté de Dieu devant les yeux, et de leur intimer l'obligation qu'ils ont d'exprimer ce divin attribut en eux : Soyez saints, leur dit-il, dans toute votre conduite, dans vos pensées, dans vos desseins, dans vos actions : In omni conversatione sancti sitis, quoniam scriptum est ( Levit. xix, 2) -.Sancti eritis quoniam sanctus mm. (1 Petr. i, 15. )
Mais pourquoi chercher ailleurs que dans l'Evangile des preuves d'une vérité si importante? Jésus-Christ nous propose-t-il d'autre modèle à imiter que la sainteté de Dieu? Soyez parfaits, dit-il à tous ses disciples, comme votre Père céleste est parfait : Perfecti estote sicut Pater vester cœleslisperfectus est.'{Matth. v, 4.) Point de modèle inférieur. 11 ne dit point : Soyez parfaits Gomme les prophètes, comme les anges, comme les séraphins; mais : Soyez parlaits comme votre Père céleste est parfait, soyez miséricordieux comme votre Père céleste est miséricordieux : Estote miséricordes sic-ut Pater vester cœleslis misericors est. (Luc. vi, 36.) Faut-il donc s'étonner après cela si l'Apôtre prêche partout que nous soyons imitateurs de Dieu : Estote imitatores Dei. (Ephes. v, 1.)
Il est vrai que ces paroles s'adressent à tous les Chrétiens ; mais les prêtres ne som--
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ils pas la partiela plus excellentede ce corps mystique? « Pars membrorum Christi prima, » comme parle saint Grégoire; n'en sont-ils pas les principaux membres, spécialement consacrés au culte de Dieu, et députés à la sanctification des âmes?«Sanctiora membre Ecclesiœ» Et par conséquent, si les simples fidèles sont tenus à une telle sainteté, quelle sera l'obligation des prêtres ?
Si l'homme, fait à l'image de Dieu, avait par son crime effacé les traits de cette divine ressemblance, quel honneur pour lui de se voir dans l'engagement de les retracer en soi, et d'entendre encore une fois : Faciamus hominem ad imaginem et similitudinem nostram. (Gen-. i, 20. ) Soyez donc saints, ô prêtres du Seigneur!
Premièrement, par respect pour le Saint des saints, que vous avez l'honneur d'approcher tous les jours, de qui vous êtes les officiers et les domestiques, parce que sa maison exige la sainteté : Domum Dei decet sanctitudo (Psal. xcn, 5); parce que votre mi3 nislère exige des saints : Mundamini , qui fertis rasa Domini. (Isa. xlu, 11.)
En second lieu, soyez saints par religion: le Dieu que vous servez est sanctifié dans la sainteté de ceux qui l'approchent : Sanctificabor in his qui appropinquant mihi { Levit. x, 3) : et de peur que vous ne soyez cause que son nom soit blasphémé parles impies, que les crimes des ministres ne rejaillissent sur le Dieu qu'ils adorent, et qu'il ne vous reproche à son redoutable jugement : Per vos nomen meum blasphematiir in genùibus. ( Rom. ii, 24. )
Enfin, soyez saints, du moins par crainte, de peur qu'il ne vous frappe de mort, et qu'il ne vous extermine de devant sa face, ou corporellement, ou, ce qui est plus à craindre, spirituellement : Sacerdotes qui accedunt ad Dominum sanclificentur, ne per cutiat eos. (Exod. xix, 22.)
Imitez donc la sainteté du divin original qui vous est proposé : Estote imitatores Dei. (Ephes. v, 1. ) Soyez-justes comme lui, ne vous pardonnant aucun crime; miséricordieux comme lui, oubliant les injures qu'on lui fait; charitables comme lui, faisant du bien à vos ennemis mêmes; soyez purs comme lui, sanctifiant le monde sans viius laisser corrompreau monde, dont vous êtes la lumière et le sel : Estote ergo perfecli, sicut et Pater tester cœlestis perfeclus est. (Matth. v, 48.) N'aspirez à rien moins, ne croyez pas que c'est aller trop haut, on vous en impose l'obligation : Estote imitatores Dei.
Que si cet exemplaire vous paraît trop disproportionné à votre faiblesse; si vous voulez un objet plus sensible, jetez les yeux sur la Vérité incarnée; c'est le même modèle, mais il est plus palpable ; vous ne vous rabaissez pas à quelque chose de moindre que Dieu, mais il se conformera davantage à votre bassesse.
Regardez Jésus-Christ, ce divin original , et imitez-le : Aspieite in auvlorem fidei et
consumtnalorem Jesum. ( Hebr. xn, 2.) Ecoutez le grand Apôtre qui s'impose cette obligation, et qui l'impose en sa personne à tous ses successeurs dans le sacerdoce et le ministère : Estote imitatores mei, dit-il aux simples laïques, sicut et ego Christi , dit-il à tous les prêtres. (1 Cor. xi, 1.)
Or, à quel degré de sainteté cela n'engaget-il pas les prêtres? Quoi! imiter la patience de Jésus-Christ? Christus passus est pro nobis, vobis relinquens exemplum,ut sequamini vestigia ejus. (1 Petr. u, 21.) Imiter son mépris pour les plaisirs du monde, et son courage à subir les tourments de la croix? Aspicite in auctorem fidei et consummatorem Jesum, qui, proposito sibi gaudio, sustinuit crucem confusione contempla ? ( Hebr. xn, 2.) Imiter sa douceur inaltérable dans les contradictions et les persécutions des plus cruels ennemis qui furent jamais? \Rccogitalc illum qui talem a peccatoribus adversus semetipsum sustinuit contradictionem, ut non fatigemini animis veslris despicientes. (Ibid., 3.) Imiter cet amour, qui le rend indivisiblement un avec son Père, dans la charité qui doit indissolublement nous unir avec le prochain? Pater sancte, serva eos in nomine tuo, quos dedisti mihi, ut sint unum, sicut et nos unum sumus. (Joan. xvn, 11.) L'imiter dans le zèle qu'il a eu de répandre son sang pour le salut du prochain ? In hoc cognovimus charitatem Dei, quoniam ille animam suam pro nobis posuit, et nos debemus pro fratribus animas ponere. (IJoan. m, 16.)
Quoi 1 rien moins à copier, à exprimer en nous que des vertus si héroïques? point de modèle inférieur, nulle élévation moindre qu'une perfection consommée et divine, qu'un exemplaire posé sur le sommet de la sainteté la plus haute; point de moindre exhortation que celle-ci : Vade, et fac secundum exemplar quodtibiinmonte monstratum est. (Exod. xxv, 40.)
Pourquoi nous en étonner? Jésus-Christ n'esl-il pas un objet continuellement exposé aux yeux des prêtres, et ne leur inculquet — i 1 pas pas continuellement cette vérité par la bouche de Job : Exemplum suin coram eis. ( Job xvn, 6.)
Saint Grégoire le Grand, expliquant ces paroles -.Egasum pastor bonus (Joan.x, H), nous assure que Jésus-Christ a voulu nous imposer l'obligation de l'imiter dans sa charité pastorale, et d'en être la copie parfaite. Le souverain pasteur, dit-il, a voulu découvrir aux pr-êtres, par ce discours, quel était le degré de chanté qu'il exigeait d'eux: <( Ronitas formam quam nos imitemur proponit. » Il nous a montré le chemin que nous devions suivre : « Ostensa est via quam sequamur. » Il nous a fait voir le cachet dont nous devons être l'empreinte et la représentation : -< Apposita est forma cui imprimamur. »
Le célèbre concile de Cologne, qui a rétabli, avec l'ancienne discipline, le premier esprit du sacerdoce, enseigne que celui qui se présente à l'ordination, doit se mettre dans l'esprit et se convaincre de celte vé-