ENTRETIEN XVIII. SAINTETE DES PRETRES. V>U
Deum ac Dominum noslrum, fratres charissimi, ut super hos servos suos, quos ad sub-
diaconatus officium vocare dignatus est, infundat benedictionem suam et gratiam.»
Puis, demandant pour eux cette faveur h Dieu, il lui dit ; «Domina sancte, Pater omnipotens, aeterne Deus, benedicere dignare hos famulos tuos quos ad subdiaconatus officium eligere dignatus es. »
Les diacres, outre la bénédiction, la sanctification et la consécration qu'ils viennent de recevoir conjointement avec les sousdiacres et les prêtres, en reçoivent aussi une qui leur est propre et spéciale : Mes très-chers frères, dit l'évêque, prions le Seigneur Dieu tout-puissant qu'il verse avec bonté sur ces ecclésiastiques qu'on va élever au diaconat, la grâce de sa bénédiction, et qu'il conserve persévéramment en eux les effets de leur consécration à son culte ; qu'il daigne exaucer nos vœux, et que ces lévites que nous lui offrons, et que nous dédions au service de ses autels, reçoivent sa bénédiction; qu'ils soient alfermis dans les dons qu'ils recevront, et qu'ils fassent éclater en eux la sainteté de l'ordre lévitique : «Oremus, fratres charissimi, Deum Pairem omnipotentem, ut super hos famulos suos quos ad officium diaconatus dignatur assumere, benedictionis suée gratiam clementer effundat, eisqueconsecrationisindultao propilius dona conservet, et quos sacris mysieriis exsequendis credimus offerendos, sua benedictione sanctificet et confirmet ; ut ni totius Ecclesiae prece qui ad diaconatus ministeriumprœparantur, Leviticee benedictionis ordine clarescant, etïspirituali consecratione praefulgentes, gralia sanctificaiionis eluceant, quos tuis sacris altaribus servituros suppliciter dedicamus. »
Mais, outre toutes ces bénédictions et sanctifications, par lesquelles l'évêque consacre et dédie les diacres, il demande encore pour eux la descente du Saint-Esprit même dans leurs cœurs; il leur impose les mains aussi bien que les prêtres assistants; il leur dit ces paroles : Recevez le Saint-Esprit en vous, qui vous fortifiera et vous donnera la vertu de résister au diable et à ses tentations : ,( Accipe Spiritum sanctum ad robur, et resistendum diabolo et tentationibus ejus.» Seigneur, continue-t-il, envoyez sur eux le Saiut-Esprit, alin qu'enrichis des sept dons de ce divin Esprit, dudon de sagesse et d'intelligence, du don de science et de conseil, du don de force, de piété et de crainte de Dieu, ils soieut fortifiés par votre grâce dans la possession de vos présents : «Emittn in eos, quœsumus, Domine, Spiritum sanctum, quo in opus ministerii sui hdeliter exsequendi septifôrmis gratiœ tuœ munere roborentur. »
Enfin, il conclut tant de bénédictions par celle-ci : Seigneur, dit-il, exaucez nosprières, et répandez sur vos serviteurs ici présents, l'esprit de votre bénédiction sainte: «Exaudi, Doiuine, preces nostras, et super hos famulos tuos Spiritum tuas benedictionis emitte. »
Les prêtres, par combien de bénédictions
OEUVRFS COMPL. DE DE LA ClIÉTARDIE. I.
ne sont-ils pas consacrés à Dieu? L'évoque ne leur annonce-t-il pas cela dès qu'ils se présentent pour être ordonnés : « Consecrandi , fil ï i dilectissimi, in presbyteratus officium. » Ne demande-t-il pas la descente du Saint-Esprit en eux avec la plénitude de la grâce sacerdotale? «Exaudi nos, quœsumus, Domine Deus noster, et super nos famulos tuos benediclioneui sancti Spiritus et gratiee sacerdotalis inl'unde virtutem.» Ne prie-t-il pas l'auteur de toute bénédiction de venir les dédier à son culte? « Deus, sanctificationum omnium auctor, cujus vera cousecralio, plenaque benedictio est, tu, Domine, hos famulos tuosquosad presbyterii bonorem dedicainus, munus tua3 benedictionis infunde. » N'invoque-t-il pas solennellement, et à baute voix, cet Esprit sanctiticateur, atin qu'il vienne consacrer au dedans ceux qu'il consacre au debors : «Veni, creator Spiritus?»
Mais, après des paroles si divines, il en vient aux actions, il prend les mains du prêtre; il les oint de l'huile sacrée, et prie Dieu de ralilier sa bénédiction, et de sanclitier et consacrer intérieurement celui dont il oint extérieurement les mains : « Consecrare et sanctificaredigneris, Domine, manusistas per islam unctionem et nostram benediciionem. »
Et, comme si ce n'était pas assez, il demande encore à Dieu que leurs mains, ainsi bénies, deviennent une source de grâces pour les autres, et qu'elles soient propres à lui servir d'instruments, afin de répandre les dons divins sur tout ce qu'ils béniront: Seigneur, dit-il, faites que ces mains bénies attirent votre bénédiction sur tout ce qu'elles béniront, et que tout ce qu'elles consacreront soit sanctifié : « Ut queecunque benedixerint, benedicantur, et queecunque consecraverint, consecrentur et sanctilicentur, in nomine Domini nostri Jesu Christi. »
Pour comble de tant de bénédictions véitérées, l'évèque qui les ordonne les fait de nouveau venir devant lui; il leur impose les mains sur la tête, il leur communique la personne adorable du Saint-Esprit, avec un pouvoir que Dieu n'a pas communiqué même aux anges : Recevez, leur dit-il, en faisant cette cérémonie, recevez le Saint- Esprit; ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis, et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus: Accipite Spiritum sanctum; quorum rcmiseritis peccala remittuntur eis, et quorum retinueritis retenta sunt. (Joan. xx, 22, 23.)
Enfin, l'ordination achevée, il les fait, pour la dernière fois, paraître devant lui, et, la mitre en tête, le bâton pastoral en main, élevant sa voix, et faisant sur eux le signe de la croix, il leur dit : Mes chers frères, que la bénédiction du Dieu tout-puissant, du Père, du Fils et du Saint-Esprit, descende sur vous, que vous soyez bénis dans l'ordre sacerdotal, et que vous offriez des hosties à Dieu pour l'expiation des péchés du peuple. Ainsi soit-il. « Renedictio Deiomnipotenlis
Patris, et Filii, et Spiritus sancti, descendat super vos, ut sitis benedicti in ordine sacerdolali, et offeratis placabiles hostias pro peccatis atque offensionibus populi oinnipolenti Deo , cui est honor et gloria per omnia seecula seoculorum. Amen. »
Après de si solennelles bénédictions et si réitérées, combien un prêtre doit-il se regarder consacré à Dieu ? Car enfin, ce ne sont pas ici des paroles vaines, viues, spéculatives, des invocations infructueuses, stériles, inefficaces. Les paroles de l'Eglise, et celles surtout qui entrent dans la collation des sacrements, sont efficaces et pratiques; elles opèrent ce qu'elles signifient; elles sont de la nature de celles du Sauveur, qui, disant à un malade qu'il lui rendait la santé, la vue, Fouie, la parole, lui conférait au même instant ces dons.
Aces paroles efficaces l'évèque joint des prières qui ne le sont pas moins, surtout les faisant en celle occasion en qualité de ministre public de la religion.
11 ajoute à cela les invocations puissantes du secours divin; il invoque le Saint-Esprit sur eux, sa personne même adorable.
11 forme sur eux le signe de la croix, source féconde d'où découle toute bénédiction,
11 leur impose les mains, il les oint avec l'huile bénite, et enfin il n'omet rien de tout ce que Dieu a laissé aux hommes, ou plutôt à l'Eglise et à ses ministres, pour les dédier au culte divin et leur conférer le degré de dignité spirituelle, requis au maniement des choses saintes et au service de ses autels.
Après cela, ne faut-il pas avouer que les prêtres sont obligés de vivre saintement et de conserver leur âme et leur corps libres de toute souillure du péché; et chacun d'eux n'-a-t-il pas droit de dire à Dieu : Custodi animam meam , quonium sanctus sum. (Psal. lxxxv, 2.) Jugez donc combien un Père a eu raison de nommer le clergé un ordre trèssacré: « Cleri sacratissimus ordo. »
En effet, par votre .ordination', vous avez été séparé du commerce du monde ; vous devez donc être saint : Separabis Levitas de medio fiiiorum Israël : sint ergo sancti, quoniam sanctus sum. (Num. vm , 14; Levit. xxi, 8.)
Par votre ordination, vous avez été destiné et député au service de Dieu, au culte des auttds, au ministère de la religion , à des usages tout saints ; vous devez donc être saint : Tuli Levitas pro cunctis primogenitis fiiiorum Israël, ut serviant mihi in labernaculo fœderis. Sint ergo sancti, quoniam ergo sanctus sum. (lbid., 18, 19.)
Par votre ordination, vous avez été solennellement béni et consacré à Dieu; vous devez donc être saint : Consecrabis Levitas oblatos Domino, et ideo sancti erunt Deo suo, quia consecrati sunt Deo suo. Sint ergo sancti, quia et ego sanctus sum, Dominus qui sanctifico illos. (Ibid., 33.)
Par votre ordination, vous avez été donné à Dieu et vous êtes devenu sien, sondoûies-
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tique, son ministre, son oïïicier, son prêtre; vous devez donc vivre saintement, vous devez donc être saint : Consecrabis Levitas oblatos Domino, ut sint met; sint ergo sancti quia ego sancius sum, eruntque Levilœ inei. (Ibid.)
Par votre ordination, vous avez reçu une puissance céleste, une grâce abondante, un caractère divin, des dons ineffables, le Saint- Esprit même; vous devez donc être saint : Et idf-o sancti estote, quoniam ego sancius sum, Dominus qui sanclifico illos.
Avez-vous eu ces idées par le passé ?
comprenez-vous ces obligations à présent? Quel usage avez-vous fait de votre corps, de vos facultés , de voire vue, de votre ouïe, de voire odoral, de votre goût, de votre toucher, de votre esprit, de votre volonté, de vos passions? Quel besoin auriez-vous de la grâce de l'extrême-onction, avant Jde vous présenter pour recevoir celle de l'ordination, et qu'on vous dit: « Per istam sanclam unctionem, et suam piissimam misericordiam, indulgeat tibi Dominus quidquid deliquisti per visum, auditum, etc. » Quelle profanation ferez-vous, si vous souillez encoie votre corps et votre âme dans l'ordure du vice, surtout après leur consécration?
Quel engagement n'avez-vous donc pas de vous purifier par la pénitence, de vous sanctifier par la pratique des vertus.de vous perfectionner par l'exercice des fonctions sacrées ?
Quatrième considération. — C'est une •maxime reçue, qu'il appartient aux sages d'imposer le nom aux choses : «Sapientis est nomina rébus imponere. «Parce qu'en effet le nom n'étant que l'expression de la nature et de l'essence , il est très-convenable que celui qui le donne connaisse parfaitement les principes substantiels et distinotifs de la chose à qui il le donne. C'est par celte raison que le souverain Ouvrier de l'univers, après avoir créé tous les animaux, les fit comparaître devant le premier homme qu'il avait rempli de sagesse et de connaissance : Formatis igilur Dominus Deus de humo cuti' dis animant ibus lerrœ,etuniversisvolatilibus cœli, adduxit ea ad Adam, ut videret quid vocaret ea. (Gen. il, 19.) El l'Ecriture ajoute que le nom qu'Adam imposa à chaque animal est son véritable nom, elqui lui est convenable et sociable : Omne enim quod vocavit Adam animœ viventis, ipsum est nomen ejus. Appellavitque Adam nominibus suis cuncla animant ia, et universa volatilia cœli, et omnes beslias terrœ. [Gen. Il, 19, 20.)
C'est aussi de cette socle (pie Dieu même, la sagesse étecnelle, en a usé, lorsqu'il a destiné ses serviteurs à l'exécution de ses desseins. Quand il voulut établir Abraham, le père des fidèles, il lui donna un nom qui figurait ce qu'il devait être ; tout de même à Jacob, le nommant Israël ; à Simon, le nommant Pierre ; et Notre-Seigneur n'a-t-il pas voulu être appelé Jésus , c'esl-à-dire Sauveur ? Il est vrai qu'il y a une extrême différence entre les noms qu'Adam et le reste des hommes ont donné quelquefois
aux choses, et ceux que le Créateur impose à ses créatures ; car les hommes ne font pas les noms qu'expriment les qualités des choses, sans rien touchée à leur fond ; mais le Créateur les fait être ce qu'il les nomme : ainsi, Jésus-Christ disant que le pain était son corps, le fit devenir ce qu'il le nomma.
Mais, soit que les ecclésiastiques considèrent les noms qu'ils poctent dans la bouche des saints les plus éclaicés qui les leuc ont donnés, soit qu'ils les considèrent comme venant de la bouche de Dieu même, ils leur sont toujours également avantageux, et ils marquent également l'obligation qu'ils ont de posséder la sainteté ; ou ils supposent qu'ils la possèdent déjà, puisque les uns expriment ce que par leur état ils doivent être, et que les autees les font être ce que celui qui les leur donne, veut qu'ils soient.
Qui peut, sans en être ébloui, regarder fixement les titres glocieux et les noms magnifiques dont ils sont honorés dans l'Eccituce et chez les saints?
Ne sont -ils pas appelés partout des serviteurs de Dieu , des hommes de Dieu , des hommes consacrés au service des autels et à la sanctification des âmes; des domestiques de Dieu, des gens attachés à Dieu? « Ordo familiarius divinis agglutinatus ofïiciis ; » les conseillées de Dieu et ses familiecs: « Dei intimi familiaces; » sa portion, son lot, son héritage :« Genus illud divinis saccisque ministeciis mancipatum, » les plus excellents membres de l'Eglise, ses gaediens et ses époux : « Sanctioea membra Ecclesiœ, pacs membeocum Chrisli prima; » les dispensateurs de Dieu et de ses mystères, les coadjuteurs de Dieu, les sauveurs du monde :« Dispensatores Dei et sacramentorum cœlestium, Dei adjutores, mundi salvatores; » enfin, des ciloyens du ciel, des anges, des dieux par participation : « angelorum et paradisi cives, angelici hommes; dii excelsi, in quorum synagoga Deus deorum stare desiderat. » Or, à quoi de semblables titres les engagent-ils? Car, ou nous sommes cela, ou nous le devons être. Tâchons donc de nous connaître, et de nous donner un nom dont nous remplissions la signification : « Digne noscamus quid suruus; » dit le grand saint Ambroise, afin que, comme l'action suit l'être, on connaisse à nos actions la dignité de ce que nous sommes : « Ut nomen congruat actioni , actio respondeat nomini. » Et de peur que, menant une vie indigne de noire rang, le nom glorieux que nous portons ne soit le fondement de la condamnation que nous encourrons, et la conviction du crime que nous commettrons : « Ne sit nomen inane, crimeri immane. »
Mais en voici deux qui demandent une considération attentive. Les prêtres sont nommés les amis de Jésus-Christ et les vicaires de Jésus-Christ ; et cela par Jésus- Christ même. Qui pourrait dire combien ces deux qualités exigent de sainteté, d'amour et de reconnaissance dans les prêtres? Tundis que le Fils de Dieu conversa avec ses
ism
apôtres, sans les avoir encore ordonnés prêtres, il les nommait ses disciples, et il s'appelait leur maître : Vos vocalis me Magister et Domine , et bene dicitis ; sum etenim. (Joan. xm, 13.) Mais , après leur ordination, le langage change et l'honneur s'accroît:je ne vous appellerai plus désormais serviteurs, leur dit-il, mais je vous nommerai mes amis': Jam non dicam vos servos, sed amicos. [Joan, xv, 15.) Paroles que l'Eglise, étonnée d'une telle grâce, répète à la fin de toutes les ordinations des prêtres. O merveille, s'écrie le grand saint Grégoire, digne d'être soigneusement considérée 1 Nous sommes infiniment éloignés de mériter la qualité de serviteurs, et Jésus-Christ nous appelle ses amis 1 « O mira divinae bonilatis dignatio 1 servi digni non suinus, et amici vocamur ; quanta dignitas est hoiuinum esse amicos Deilv Surtout, puisque ce n'est pas ici un nom vide ni un litre vain, comme celui que les hommes donnent ; car, comme observe saint Cyrille, Jésus-Christ nous confère tout ce que ce nom renferme d'excellent, toutes les prérogatives et les droits attachés au fond de la chose : « Quid majus, quid clarius, quam Christi amicum esse etappellari 1 » Eire ainsi nommés, sans doute c'est une grande gloire ; mais être ainsi traités, c'est le solide de cette gloire, et c'est ce que fait Jésus-Clirist : « Quod cum ita sit, sacerdotes Dominus non servos, sed amicos appellans, ut amicos in omnibus tractât. » Car , premièrement , comme la vraie amitié est fondée sur la ressemblance, il a voulu se rendre semblable à nous et nous rendre semblables à lui, afin que la ressemblance fût réciproque, et que chacun s'approchât de son côté: il a voulu se rendre semblable à nous, en s'humiliant; il a voulu nous rendre semblables à lui, en nous élevant; et cela particulièrement, selon l'Apôtre, dans l'établissement de la dignité sacerdolale; pour exercer pleinement sa miséricorde sur nous, dit ce grand docteur des nations, et devenir un pontife fidèle, il était nécessaire qu'd devînt parfaitement semblable à ses frères : Unde debuitper omnia fratribus assimilari, ut misericors fieret, et (idelis pontifex apud Deum (Hebr. h, 17); ressemblance qui ne consiste pas en quelques ornements extérieurs, ni en quelques traits de visage, comme parmi les hommes, mais dans le fond même de la nature, s'étant revêtu de notre humanité, et nous ayant revêtus de sa divinité : « Da nobis ejus divinitalis esse consortes, qui humanitatis nostrae fieri dignatus est parliceps, » disonsnous, dans la fonction la plus importante du sacerdoce.
En second lieu, la parfaite amitié demande que les véritables amis ne se séparent jamais et ne se quittent point. 11 a rempli parfaitement ce devoir d'ami, protestant à ses apôtres qu'il serait avec eux tous les jours et jusqu'à la consommation des siècles, sans les abandonner un seul moment :Ecce ego vobiscum sum omnibus diebus usqae ad consummationem sœculi.
(Matth. xxvni, 20.) Et particulièrementdans les fonctions de leur ministère : Docete om~ nés génies, baptizantes eos, docentes servare omnia quœcunque mandavi vobis . (Ibid., 19) Et dans Ihs persécutions et afflictions inséparables de ces emplois : l'os estis qui permansistis mecum in tenta lionibus meis. (Luc. xxn, 28.) C'esl-à-dire, d'êlre témoin de leurs souffrances, comme ils l'avaient été des siennes ; d'être invisiblement présent à eux sur la terre, jusqu'à ce qu'il se découvre à eux dans le ciel, pour les ren Ire à jamais participants de sa gloire.
Troisièmement, la vraie amitié se déclare particulièrement lorsqu'on n'a qu'une table commune, qu'on mange ensemble; et c'est ce que Jésus-Christ a fait à l'égard de ses apôlres, et qu'il continue de faire à l'égard des prêtres leurs successeurs. Il les admit à sa table pendant sa vie mortelle, et particulièrement à ce souper mystérieux où ils les consacra prêtres; le plus infidèle de tous ne fut pas môme exclus de cet honneur : Qui intingit mecum manum in paropside (Matth. xxvi, 23), il les reput de la même viande, il les fit boire au même calice: Et biberunt ex eo omnes (Marc, xiv, 23); le comble de ce privilège, c'est que la table à laquelle le Fils de Dieu admit les apôtres en ce monde, et le bonheur qu'ils eurent de faire ce dernier festin avec lui, ne fut que la figure de celui qu'il doit faire avec eux dans le ciel : Et ego dispono vobis sicut disposuit Pater meus regnum, ut edalis et bibalis super mensam meam in regno meo. (Luc. xxu, 29.)
Enfin, la dernière preuve d'une amitié sincère, c'est lorsque des amis n'ont plus do secrets l'un pour l'autre; et c'est ce que Jésus-Chrisi a fait à l'égard des apôtres et des prêties leurs successeurs : C'est à vous, leur disait-il, d'être informés de mes secrets; pour les autres, ils ne les voient qu'en énigme : Vobis datum est nosse mysteriaregni cœlorum, cœleris autem in parabolis (Luc. vin, 10.) Je ne vous appellerai plus mes serviteurs, je vous nommerai mes amis, parce qu'en effet un serviteur ne sait pas ce que fait son maître; il ignore les desseins et les pensées de son maître : Jam non dicam vos servos, quia servus nescit quid faciat Dominus ejus. (Joan. xvj 15.) Je vous ai appelés mes amis, parce que je vous ai déclaré fous les secrets que j'avais appris de mon Père: Vos autem dixi amicos, quia omnia quœcunque audivi a Pâtre meo, notafeci vobis. (Ibid.) Je vous ai ouvert mon cœur, et n'ai rien eu de caché pour vous. Je vous ai déclaré ce que j'ai fait pour le salut du genre humain ; les mystères de grâce et de sanctification que j'ai opérés sur la terre; les biens que j'ai promis pour le ciel ; et c'est ainsi que ce divin Sauveur s'exprime dans l'Evangile, et par la bouche de l'évêque qui nous consacre prêtres : Jam non dicam vos servos, sed amicos meos, quia omnia cognovistis quœ operatus sum in medio vestri. (Ibid.) Mais quelle obligation les prêtres ne contractent-ils point par là, puisqu'après tout ils ne peuvent
\m RETRAITE POUR LES ORDINANuS. — ENTRETIEN XVIII. SAINTETE DES PRETRES. 1522
vicaires à Moïse, furent remplis de l'esprit de Moïse, pour pouvoir remplir leurs emplois : Auferam de spiritu tuo, Iradamque eis (Num. h, 17) ; combien, à plus forte raison, les prêtres doivent-ils être remplis de l'esprit de Jésus-Christ, pour s'acquitter dignement des leurs, pour continuer les fonctions de Jésus-Christ même, puisqu'ils sont des ruisseaux de cette source : De plenitudine ejus nos omnes accepimus. [Joan. i, 16.) Qu'ils osent dire en unité du Saint-Esprit : Visum est Spiritui sancto et nobis. (Ad. xv, 28.) Et qu'enfin ces anciens vicaires de Moïse ne furent que les figures des vicaires de Jésus- Christ, suivant la doctrine de l'Eglise dans l'ordination : « Vossiquidem in septuaginta viris et senibus signati estis, si tamen per Spiritum septiformem, probi et maturi in scientia similiter et opère erilis. » Que si, de ces appellations générales, on descend aux noms propres de chaque promotion, on verra que la même obligation de sainteté se soutient également partout. Le mot de clerc et de clergé n'est-il pas un titre de sainteté, selon saint Jérôme? Que le clerc apprenne, dit ce Père, l'élymologie de son nom, et qu'il tâche ensuite d'en remplir la signification : « Clericus inlerpretetur primum vocabulum suum, et nominis definitione prolala, nitaïur esse quod dicitur. » Car ce mot veut dire, ou qu'il appartient à Dieu comme son héritage, ou que son héritage est Dieu même. « Si eriim cleros Graece, sors Latine appellatur, propterea vocantur clerici, vel quia de sorte sunt Domini, vel quia ipse Dominus sors ; id est, pars clericorum est. » Or il est sans doute que celui qui est l'héritage de Dieu, ou dont Dieu est l'héritage, doit tellement se comporter, qu'il soit possédé de Dieu ou qu'il possède Dieu, ce qui est la même chose : « Qui aulem vel ipse pars Domini est, vel Dominum partem habet, talem se exhibere débet, ut et ipse possideat Dominum et possideatur a Domino. » Et, selon Salvien, prendre un nom de sainteté, c'est s'engager à devenir saint : « Assumptio religiosi nominis sponsio est sanctitatis. » Autrement, ce serait s'attirer ce reproche de Dieu dans Y Apocalypse : Vous avez un nom de vie et vous êtes mort : Nomen habes quod vivas et mortuus es. (Apoc. m, 1.) Et pour passer de l'élymologie du nom à la chose même, les saints Pères nous assurent que la cléricature est une profession de sainteté : « Clericus professus est sanclitatem. » Que c'est une profession divine : « Dcifica professio ; que c'est un état qui demande une vie irrépréhensible : « Locus irreprehensibiliter viveudi. » Tous ces noms et tous ces éloges ne sont-ils pas autant de motifs qui doivent convaincre les prêtres de l'obligation qu'ils ont de vivre saintement?
En effet, si le premier pas que vous faites en entrant dans l'état ecclésiastique, si lu premier nom que vous y prenez vous engagent à la sainteté ; combien êles-vous coupable, si vous n'avez rien qui réponde à cette obligation? « Nomina non in rébus posita. » Et, par conséquent, combien êtes.
prétendre à cette qualité d'amis de Jésus- Christ, qu'en remplissant dignement les obligations de sainteté et les devoirs de religion que ce titre impose, suivant cette parole sortie de sa bouche sacrée : Vos amici mei estis, si feceritis omnia quœ ego prœcipio vobis. (Joan. xv, 14.)
La qualité de vicaires de Jésus-Christ, dont ils sont honorés par l'Eglise, ou plutôt par le Saint-Esprit même, ne les y oblige pas moins : Jésus-Christ, disent les Pères du concile de Trente, quittant la terre pour aller au ciel, laissa les prêtres pour tenir sa place et être ses vicaires : « Dominus noster Jésus Christus e terris ascensurus ad cœlos, sacerdotes sui ipsius vicarios reliquil. » Jésus-Christ est le chef île l'Eglise, et les prêtres sont les vicaires de ce divin Pontife, dit un ancien Pape : « Caput Ecclesiee Christus, Christiautem vicarii sacerdotes. » Les prêtres sont les vicaires de Jésus-Christ, dit saint Chrysostome, parce que ce sont eus à qui ce divin Pontife a laissé son sacerdoce et son autorité, qu'il a faits les dépositaires de son ministère et de ses fonctions : Sacerdotes vicarii Chrisli, suum relicturus erat eis ministerium. » Saint Grégoire ajoute qu'ils sont les vicaires de l'amour de Jésus- Christ envers les hommes; qu'ils en occupent la place et qu'ils le représentent : « Vicarii amoris Chrisli ; qu'ils sont les sauveurs du monde, mundi salvatores , parce qu'ils coopèrent au salut du monde, et qu'ils continuent d"exercer les fonctions les plus divines du Sauveur du monde.
En effet, si Jésus-Christ est venu effacer le péché originel, et réparer la corruption de noire nature infectée : Ecce qui tollit peccatum mundi (Joan. i, 29) , les prêtres n'ont-ils pas d'office succédé à ce pouvoir? ne purifient-ils pas les enfants d'Adam de cette vieille lèpre, par le baptême qu'ils administrent? Si le Fils de Dieu a remis les péchés actuels sur la terre : Quis est hic qui etiam peccata dimittit (Luc. vu, 49), les prêtres ne continuent-ils pas d'exercer ce même pouvoir : Quorum remiseritis peccata remitlunlur eis (Joan. xx, 23) ; pouvoir que Dieu >eul peut néanmoins exercer : Quis potest peccata dimitlere, niai solus Deus? (Luc. v, 21.) Si Jésus-Christ a changé le pain et le vin en son corps et en son sang, s'il a renversé l'ordre de la nature, s'il a pris la qualité de docteur des hommes, de prédicateur de l'Evangile, les prêtres ne font-ils pas tous les jours les mêmes choses dans l'Eglise? ne soni-ils pas établis pour cela? En un mot, si Jésus-Christ a reçu toute autorité dans le ciel el sur la terre : Data est mihi omnis potestas in cœlo et in terra (Multh. xxviu, 18), ne l'a-t-il pas communiquée aux prêtres? Qu<vcunque alliyaveritis super terrant, erunt ligata et in cœlo. (Mat th. xvui, 18.) Que si le vicaire d'un saint prélat doit répondre à la sainteté de celui qu'il représente, et si. les désordres du ministre rejailliraient sur le maître, quel ne doit pas être le vicaire du Sairn des saints? Si les soixantedouze vieillards, qui servaient comme de
vous tenu de montrer par vos actions, plutôt que par votre nom, ce que vous êtes par votre profession : « Quod sumus professione, actione potius quam noaiine demonstremus, » dit saint Ambroise. Car, a-t-on jamais vu un homme prendre la qualité de soldat, de juge, de médecin, sans savoir la guerre, Ja jurisprudence, la médecine; sans vouloir en faire les fonctions, sans daigner en porter les marques ? Tous les autres noms qu'on donne aux ecclésiastiques, dans leur ordination, portent avec eux Je caractère de celte obligation; nul ordre n'en est exempt.
Le lecteur est ainsi nommé, parce qu'il doit non-seulement lire les Livres saints, niais de plus parce qu'il doit pratiquer ce qu'il lit : vous lisez au peuple les maximes les plus divines de l'Ecriture, les exemples les plus admirables de la vie des saints, les devoirs les plus essentiels de la vie chrétienne ; vous lisez un livre au peuple, mais vous êtes vous-même le livre du peuple : « Liber laicorum vita clericorum. » Dès là que l'Eglise vous établit lecteur, elle prétend que sous ce mot l'obligation &e pratiquer ce que vous lisez est renfermée :
i Quod autein ore legitis, corde credalis atque opère compleatis, quatenus auditores vestros verbo pariter et exemplo vestro docere possitis. »
Vous êtes ordonné portier; on vous confie la garde de l'église et de tous les instruments sacrés, de tout ce qui appartient au culte de Dieu: tout sera-t-il saint, excepté celui qui, plus que tout le reste, estcapable de sainteté? Savez-vous bien que quand vous ouvrez et fermez les portesde l'Eglise, ce n'est que la figure de l'obligation que vous avez d'ouvrir à Dieu, par vos bons discours, vos bons exemples, votre conversation pieuse, le cœur des fidèles et de le fermer au démon? « Studete ut invisibilem Dei domum, corda scilicet fidelium, dictis et exemplis vestris claudatis diabolo et aperiatis Deo. »
Mais s'il est vrai que vous soyez exorciste, que vous ayez véritablement la grâce de ce ministère, que vous ne portiez pas ce nom en vain, quelle vertu ne devez-vous pas avoir ? Le mot d'exorcista veut dire increpator : vous devez condamner le démon, le blâmer de son orgueil, de sou envie, de sa haine contre Dieu et contre le genre humain ; et vous serez sans humilité et sans zèle pour l'honneur de Dieu et le salut des âmes? Comment oser commander aux démons, si l'on est esclave des vices? « Discite per officium vestrura vitiisimperare. «Comment ne craindre pas en cet état que le démou, sur qui vous prononcerez les exorcisines, ne prévale contre vous, et ne vous traite comme ces indignes et téméraires exorcistes juifs dont l'histoire est rapportée dans les Actes des apôtres, en ces termes : Teiitavcrunt autem quidam et de circumeuntibus Judœis exorcistis, invocare super eos qui habebant spiritus malos,nomen Domini Jesu. {Art. xix, 13.) Telle fut la hardie entreprise «le ces faux exorcistes, et voici l'événement:
Respondens autem spiritus nequam, dixit eis : Et Jesum novi et Paulum scio, vos autem qui estis? et insiliens in eos homo in quo erat dœmonium pessimum et dominatus amborum, invaluit contra eos, ita ut nudi et vulnerali effugerent de domo illa. (Ibid., 15, 16.)
Le nom d'acolyte veut dire ministre, sans doute delà lumière céleste; et le flambeau que vous portez à la main en cette qualité, en est le symbole : Lucete sicut luminaria in mundo (Philip, n, 15) vous a-t-on dit quand on vous a imposé le nom d'acolyte: « Quatenus lumen visibile raanibus praeferentes lumen quoque spiritale moribus preebeatis. »
Les noms de sous-diacre et de diacre, de ministre des autels, qui renferment ou qui emportent avec eux l'obligation de la chasteté perpétuelle, de réciter l'Office divin, de toucher les vases sacrés, de coopérer au sacrifice, ne prouvent-ils pas la même chose?
Que sera-ce de celui de prêtre? Ce nom sacré renferme quatre obligations de tendre à la sainteté, ou plutôt de la posséder : « Sacerdos dicitur, quasi sacrum dans ; dat enim sacrum Deo, id est, crationem : sacrum Dei, id est, corpus et sanguinem Chrisli ; sacrum pro Deo, id est, bene vivendi exemplum.» Qui; dit prêtre, dit un homme consacré à la prédication de la parole |de Dieu : « Dat enim sacrum de Deo, id est prœdicationem. » Qui dit prêtre, dit un homme consacré à la prière, et à rendre à Dieu les louanges qui lui sont dues : « Dat enim sacrum Deo, id est orationem. » Qui dit prêtre, dit un homme consacré à la dispensation du corps et du sang de Jésus-Christ : « Dat enim sacrum Dei, id est carnem et sanguinem Chrisli. »Qui dit prêtre, dit un homme tenu à mener une vie exemplaire. « Dat enim sacrum pro Deo, idest, vivendi exemplum. » C'est ce que nous apprend Pierre de Blois dans une oraison synodale faite en présence d'un clergé nombreux.
Le mot de prêtre, dit un autre Père, signifie un guide sacré qui, par l'éclat de ses bons exemples et de ses instructions édifiantes, conduit les peuples à la vie éternelle : « Sacerdos dicitur sacer dux, quia verbo et exemplo ducatum praebet ad vitam populo. » Le mot de prêtrej ne veut dire autre chose, ajoute-l-il, qu'un homme qui montre et facilite les voies du salut aux fidèles, leur ouvrant le chemin de l'exil de cette vie, pour les introduire à la patrie céleste : « Presbyter dicitur, prœbens iter, scilicet populo de exsilio hujus mundi adpatriam cœlestis regni. »
Les marques extérieures de ces dignités ecclésiastiques, sont comme d'autres noms qui ne^nous parlent pas moins hautement ni moins efficacement que les paroles ; car cette tonsure, cette couronne, cette soutane, ce surplis, cet amict, tout cela parle, tout cela crie que les prêtres doivent mener une vie sainte. C'est ainsi, selon saint Bernard, que Jésus enfant ne laissait pas, sans» dire mot, de prêcher hautement dans la crèche :
« Clamât slabulum, clamât prœscpe, clamant lacryma», clamant panni. »
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cant, evangelizant, ipsa quo;pie membra infantiiia non silent. »
Se pourrait-il faire après cela que le portier, loin d'exclure les indignes, méritât lui-môme d'être chassé de l'Eglise? que les démons blâmassent et chassassent l'exorciste? que le lecteur démentît les vérités qu'il prêche, par une vie mondaine? que l'acolyte vécût dans les ténèbres et dans l'ignorance de ses devoirs? que le sous-diacre, qui voue la chasteté, se souillât dans l'incontinence? que le diacre profanât l'Evangile et les sacrés mystères? que le prêtre, tout environné des signes de la mort que Jésus-Christ a endurée pour la destruction du péché, menât une vie charnelle? A quoi doncs'expose-t-on, quand on ne remplit pas la signification des noms que l'on porte? Quelle honte serait-ce d'avoir un nom qui impose l'obligation, non-seulement de se sanctifier, mais même de sanctifier les autres? « Sacerdos a sancliticando nos dicitur, » dit saint Augustin (in psul. xliv); de n'avoir aucun vêtement qui ne prêche |ce double devoir, et cependant n'en remplir aucun. Malheur à celui à qui on adresserait ces paroles de saint Benoît à un particulier qui s'était revêiu des habits royaux l« Depone, fili, depone quod geris, nanti tuum non est. » Quittez, mon fils, quittez le nom de clerc et de prêtre que vous portez $ dépouillez ces habits sacerdotaux dont vous êtes revêtu, puisque vous en remplissez si mal la
En effet, que veut dire cette coupure de cheveux, faite par l'évèque même, lors de votre première consécration au culte de Dieu, et dont. vous devez vous ressouvenir toutes les fois qu'on vous la retrace, sinon que vous avez renoncé, et que vous devez sans cesse renoncer à toutes les vanités de la ferre, à toutes les prétentions de ce monde : (jue vous avez protesté vouloir être un parfait disciple de Jésus-Christ? Qui non remaniât omnibus quœ possidet, non potest meus esse discipulus.(Luc. xiv, 33.) Car c'est ce quesignifienteescheveux courts: « Rasio capilis est lemporalium omnium depositio. »
Que signifie cette couronne que vous portez ? N'est-elle pas le symbole de la perfection et du domaine que vous devez avoir sur vos vices et sur vos passions ; de votre conformité à Jésus-Christcouronné d'épines dans son sacrifice sanglant ; de l'obligation que vous avez d'établir son règne sur la terre; de vos victoires sur le diable, le inonde et la chair : de la récompense que vous aurez un jour dans le ciel. Combien devez-vous craindre de porter en vain celte mystérieuse marque de sainteté? « Videainus ne sanctitatis signa inaniter gestemus, tonsuram scilicet et coronam. »
Cette soutane dont on vous couvre, ne marque-t-elle pas, et par sa couleur, la mort à toutes choses que l'Eglise exige de vous ; et par sa figure, la vie crucifiée que vous devez mener, avec l'esprit de sacrifice qui doit vous animer ; et par sa nouveauté, la vie nouvelle qui doit paraître en vous : ce qui la fait nommer par les canons et les Pères, un habit religieux, un vêtement sacré, et de qui le nom est saint : « Habilus religionis, habitus sancli nominis sacra veslis. » Le renoncement à l'habit séculier que vous portiez auparavant, et la profession que vous faites de porter celui-ci, n'est-ce pas une protestation de votre divorce avec la vie profme, et de votre attachement à une vie parfaite ?« Prioris veslis delractio, et alterius induclio, significat à média sancta vita ad perfecliorem iraduelionem. »
Enfin, ce surplis blanc signifie très-constamment la vie pure dont vous devez briller : « Albae vestes mundiliam indicani, quia justum est, utclerici in justilia et sanctiiate Deo serviant. n Cet amict, le voile dont on couvrit le visage de Jésus-Christ dans sa passion; cette étole, ce manipule et celte ceinture, les cordes dont on le garrotta, les fouets et les verges dont on déchira son sacré corps ; cette aube et cette chasuble, la robe blanche et le manteau de pourpre dont Hérode et Pilate le déshonorèrent ; or, encore une fois, tout cela ne prêche-t-il pas la sainteté et l'obligation que vous avez de vivre dans la perfection? Si bien qu'on peut dire de tout l'extérieur sacerdotal, ce que saint Rernard allégué ci-dessus, a dit de Jésus enfant. Sa langue ne fait pas encore usage de la parole, il est vrai; mais sans parler, tout parle en lui : « Nec du m loquitur, cl qu;eounqu'j de eo sunl, clamant, prœdi-
signification.
Cinquième considération. — Voici deux nouveaux titres qui doivent engager le prêtre à mener une vie sainte et parfaite; savoir, l'obligation qu'il a de prêcher la parole, et de vaquer à la prière; il doit prêcher Ja parole, ce qu'il ne fera jamais dignement, s'il n'est un homme exemplaire. Et ne dites point que vous n'avez point de talent, que vous n'aspirez pas à la chaire. Dès que vous êtes ecclésiasiafique, tout doit prêcher en vous : extérieur, discours , conversations, meubles, habits, silence, modestie; dans un prêtre tout parle, tout instruit : « Qmnia vocalia sunl. » Et quelquefois le lieu où le prédicateur s'acquitte moins bien de ce devoir, et où il fait le moins de fruit, est la chaire. Mais d'ailleurs si vous ne voulez catéchiser, expliquer l'Evangile, exhorter, pourquoi vous engagez-vous dans le sacerdoce? « Sacerdotemoportel prœdicarp, » vous a-t-on dit dans votre ordination. C'est un emploi dont aucun ecclésiastique n'est exempt, chacun dans son degré.
Or, vous ne prêcherez jamais inutilement, si vous ne vivez saintement, vertueusement, exemplairement; car, ou honteux de votre vio profane, vous ne répandrez pas la parole de vie, ou elle n'aura aucun effet dans votre bouche, et vous manquerez de courage, d'autorité, de bénédiction; vous manquerez de courage pour annoncer les vérités aux ûdèles : oserez-vons prêcher contre l'avarice, si vous êtes attaché aux biens de la terre? contre la vengeance, si vous êtes un vindicatif? contra la tempérance, si vous
êtes un sensuel? « Ventre pleno de jejunio disputas, » vous dira t-on , contre la luxure, si vous n'êtes pas chaste? « Qui prœdicalor eonstitulus es castitatis, et non pudet servum esse libidinis, » vous direz-vous à vousmême; vous ne le pourrez, vous aurez toujours dans l'esprit que votre langue dément votre cœur; que vos auditeurs ont compassion de vous, et ne vous en croient pas; qu ils savent vos désordres, et qu'ils vous ies reprochent tacitement. Dieu même fera retentir ces paroles à YOlre cœur : Peccalori autem di.rit Dens : Quare tu enarras justifias meus? (Psal. xlix, 16.) Et vous manquerez de ce que saint Paul exige d'un prédicateur : Doce cum omni imperio (TU. u, 15.)
De plus, vuus manquerez d'autorité pour reprendre les pécheurs ; car comment oserez-vous faire la correction à un emporté, à un jureur, à un impie, si vous êtes cou| able vous-même de ces crimes ou d'autres semblables? « Quo pacto laicos de ipsorum vitiis redargueni sacerdotes, » dit le concile de Trente, « qui uno ab cis sermone convinci possunt, quod ipsis sint détériores? » Vous craindrez sans doute qu'on ne vous dise : Vous, me reprendre? c'est bien à vous; corrigez-vous le premier, puis on vous écoutera : Medice, cura teipsum. (Luc. iv, 23.) Qu'aurez-vous à répliquer?
Enfin,» vous manquerez de bénédiction pour faire fructifier vos paroles : Eloquia Domini, eloquia casla. (Psal. xi, 7.) Il faut que le canal se ressente de la pureté des eaux qui coulent par lui. Le prêtre à l'autel,
Iiour lire seulement l'Evangile, demande à )ieu qu'il purifie ses lèvres, comme il purifia celles du prophète Isaie, avec un charbon ardent du sacré brasier : « Munda cor meum et labia mea, omnipolens Deus, qui libia Isaiœ prophetse calcule mundasti ignitn, itn me luagrata miserationedignare mundare, utdigneanriuntiem Evangelium tuum.»
Ajoutez à cela, que vous ne prêcherez pas d'exemple, genre de prédication le plus excellent, et dont personne n'est dispensé, mais prédication éclatante et puissante; car la prédication par les œuvres ou la bonne vie, persuade plus efficacement que la prédicalion'de vive voix; et on nous la recommande plus expressément dans notre ordination, lorsqu'on nous enjoint de prêcher et d'exposer ou expliquer les vérités évangéliques : « Vivis operibus exponatis, » plutôt que « viva voce. » Et saint Cvprien nous assure que les bonnes œuvres ont leur angue, et que, quand la langue se tait, les bonnes œuvres prêchent: « Efficacité vita* quam linguae testimonium; habenl enim opéra linguam suam , habent facundiam suam, etiam tacente lingua. » Qu'un prêtre fasse l'aumône, qu'il pratique le jeûne et la prière , il persuadera incomparablement mieux la vertu par ses actions, que s'il faisait des sermons éloquents: « Verba sortant, exempla tonant. « D'ailleurs, une telle prédication dure plus longtemps; on ne prêche en paroles qu'une heure dans la chaire, quelquefois on ennuie ; mais on prêche in-
cessamment par des actions vertueuses, et on plaît toujours; ce qui a fait dire à saint Àmbroise que, « potior sacerdotis preedicatio, exempluro pielatis est ; >» à saint Augustin, que, « ministrorum altaris vita, aliorum est eruditio et assidua prœdicatio, » au concile de Trente, que la bonne vie d'un ecclésiastique est, « assiduum praedicandi genus. x> La prédication par les bonnes œuvres s'imprime plus profondément : il est rare qu'on se souvienne d'une prédication et qu'on y réfléchisse ; mais le bon exemple demeure, on y pense fréquemment, il nous exhorte sans cesse, et nous dit : « Tu non poteris quod isti et isiae? » Une action édifiante ne s'oublie point; au lieu que, quand en parle et qu'on ne fait pas, le prédicateur tombe dans le mépris et sa prédication dans l'oubli : « Cujus vita despicitur, quid restât, nisi ut praedicatio contemnatur? » dit le grand saint Grégoire; et ce qui est le plus déplorable, c'est que si le prêtre ne vit saintement au lieu de prêcher la vertu, il prêchera le vice; au lieu d'édifier, il détruira; il fera croire aux impies qu'il n'y a point de gens vertueux au monde, puisque ceux qu'on donne pour modèles, ne le sont pas, et ses désordres rejailliront sur la religion : « Si in clerico qui ceeteris exemplum esse débet, juste aliquid reprehenditur, ex ejus vitio toia religionis noslree existimatio gravalur, >> dit saint Grégoire. Et il éteindra les premiers mouvements de pénitence et de conversion dans un pécheur touché, ajoute saint Augustin : « Laicus qui vult bene vivere, cum attendent clericuin malum, maie vivit. »
Le second motif que le prêtre doit avoir de vivre saintement, c'est qu'il doit prier pour le peuple; c'est une de ses principales fonctions : il doit apaiser la colère de Dieu sur les péeheurs : Inler vestibulum et altarc plorabunt sacerdotes minislri Domini, et dicent : Parce, Domine, parce populo tuo, et ne des hœreditalem tuam in perditionem et opprobrium. (Joël, u, 17.) N'est-ce pas ce que lit Moïse : Et stetit Moises et placavit, et cessavit quassalio ? (Psal. cv, 30.) N'est-ce pas ce que figura Aaroti, lorsque l'encensoir fumant à la main, stetit inter vivenles et mortuos? (Num. xvi, 48..) En un mot, n'est-ce pas pour cela que I ordre sacerdotal a été institué : Tuli Levitas pro cunctis primoyenilis filiorum Israël, in labernaculo fœderis, et orent pro ipsis, ne sit in populo plaga? (Num. vin, 19.) Toute l'Ecriture n'esl-elle pas remplie de semblables exemples? Or, comment s'acquitter d'un tel emploi, si l'on n'est pas soi-même agréable à Dieu?
Il faut que celui qu'on veut apaiser ait considération pour celui qui s'interpose, et craigne de le contrisler en le refusant. Quel médiateur sera donc le prêtre, si lui-même a besoin que quelqu'un s'interpose entre Dieu et lui, si la justice divine ne le respecte point, ainsi qu'elle fil Aaron : Sed non diu permansit ira tua : properans enim homo sine querela deprecari pro populo, proferens servitutis suœ scutum orationcm, et per m-
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lensum depreeationem allegans, reslilil irœ, et finem imposuit nécessitait, hift autem cessit qui e.iterminabat, et Itœc extimuit. (Sap. xviu, 20-25.) Quel avocat sera-t-il, s'il a lui-même besoin qu'on plaide pour lui. qu'on fléehisse le juge en sa faveur? Quelle caution pourra- t-il êlre pour les autres, s'il n'a pas acquitté ses propres dettes, s'il est encore redevable à la justice divine? comment obtiendra-t-il les grâces et les secours qui sont nécessaires aux âmes qui lui sont commises, s'il sent ne les avoir pas encore obtenues pour lui-même?» Talera oporlet esse Domini sacerdotem, » dit saint Augustin, « ut quod populus ipse apud Dominum non valet, ipse pro populo merealur quod poposcerit impelrare. » (In psal. xxxvi.) Il faut, dit saint Grégoire, qu'un prêtre soit si accoutumé de voir ses prières exaucées, que cette habitude-là lui tienne lieu d'assurance qu'il obtiendra ce qu'il demandera pour les autres : « Qui oralionis usu et experimento jam didicit, quod obtinere a Domino quœ poposcerit possit : cui prophetica voce jam quasi specialiter dicitur, adbuc loquente te, dicam (Isa. xlviii, 9) : Ecce adsum. (Pastor., lib. i, c. 5.) Quelle apparence donc que celui qui n'impètre rien pour lui, puisse impétrer pour autrui? Si lui-même a besoin d'intercesseur auprès du Père, le peut-il être pour ses frères? S'il a besoin qu'on demande pour lui, demandera-l-il pour les autres ?
Y a-t-i I apparence que celui qui n'a pas encore obtenu le don d'oraison pour lui l'obtienne pour autrui? la délivrance d'une tentation, ou la guérison d'un vice, qui en est encore agité? Quelle apparence qu'un superbe obtienne l'humilité pour un autre? qu'un prêtre réveille dans le peuple l'esprit d'oraison, qui s'endort lui-même dai. s l'exercice de la prière ? reproche que le Seigneur faisait lui-même aux Chrétiens relâchés, du temps de saint Cyprien, qu'ils ne faisaient que des prières languissantes; ce qui donna lieu au démon d'exciter une grande persécution contre l'Eglise : « Nam et hoc nobis jam olim per visionem, fratres charissimi, exprobratum sciatis, quod dormitemus in precibus, nec vigilanter oremus. Excutiamus itaque et abrumpamus somni vincula. » Et une persécution si violente, qu'une grande partie du troupeau de ce grand prélat tomba dans l'apostasie : « Turbidam vastitatem quae gregem nostrura maxima ex parte populata est, adhuc et usque populatur. » Et la raison de celle terrible tempête , c'était que les Chrétiens s'endormaient dans leurs prières : « Quod dormitemus in precibus, nec vigilanter oramus. » Quel renversemenl serait-ce, si le laïque intercédait pour le prêtre, le paroissien pour le curé, Ja dévote pour son directeur?
A propos de quoi, quelle obligation n'avons-nôus pas de prier Dieu qu'il bénisse l'ordination prochaine, et qu'il répande son Esprit saint etsa grâce en abondance sur les ministres de ses autels, auxquels on imposera les mains, nous rendant en cela conformes à Jésus-Christ, le modèle des prêtres, qui,
voulant élever ses disciples! à l'apostolat, passa la nuit en oraison : Ascendit in montent orare, et erat pemoctans in oratione Dei. [Luc. vi, 12.) Et, le jour venu, il fit cet important choix : Et cum (lies factus esset, vocavit ad se quos voluil, et elegit, etc., quos et apostolos nominavit. (Ibid. 13.) Et, selon saint Ambroise, nous apprit par là ce que nous devons faire: «Forma tibi daturqua debeas eemulari,» c'est-à-dire, que la prière précédât toujours l'ordination. « Ita se exhibuit deprecatorem, ut meniineril noslrum esse doctorem, » et ce que nous devions demander, nous di«ant comme aux apôtres : Messis multa, operarii autem pauci : rogate Dominum messis ut mittat operarios in messem suam. (Luc. x, 2.) Imitons cet exemple, accomplissons ce commandement, conformons-nous à ce qu'on fit autrefois lors de l'ordination de saint Maihias, la première qui se soit faite dans l'Eglise, après la résurrection du Sauveur, et joignons la prière à l'imposition des mains: Orantes dixerunt : Oslende quem clegeris. (Act. i, 2k.) Et à la mission des ouvriers évangéliques : Ministrantibus autem illis Domino, et jpjunantibus, dixil illis Spiritus sanctus : Segregate mihi Saulum et Barnabani, in opus ad quod assumpsi eos. Tune jejunantes et orantes, imponentesque eis manus, dimiserunt illos. (Act. xm, 2, 3.) L'institution des Quatre-Ternps n'est-elle pas une marque et un reste de ce premier esprit ? Les jeûnes et les prières que nous faisons le munirent assez, et nous invitent à renouveler ces saintes pratiques.
Premièrement, l'honneur de Dieu vous y engage ; car si vous avez du zèle pour sa gloire, pouvez- vous ne pas désirer, ne pas demander, ne pas prier qu'il donne de dignes prêtres, de dignes ministres de ses autels, de dignes ouvriers évangéliques ?
En effet, rien ne contribue davantage à sa gloire, ni ne lui attire plus de louanges eï do bénédictions, que de voir les ministres de son culte vertueux et saints : « Ut qui videt ministrum allaris congruis ornatum virtutibus, » dit saint Ambroise, « Auctorem preedicet, etDominum veneretur, qui taies servulos habeat. » C'est ce qui fut figuré par l'admiration de la reine de Saba, lorsqu'elle considéra les officiers de Salomon dans la magnificence, l'ordre et l'éclat de leurs fonctions : Videns autem regina Suba sapientiam Salomonis, et domum quant œdificaverat, et habitacula servorum , et ordines ministrantium, vestesque eorum, et holocausta, non habebat ultra spirilum. (III Reg. x, k.) Tel est l'effet que doit produire la sainteté des prêtres de Jésus- Christ : « Hos vidisse erudiri est.» Et ecce plus quant Salomon hic. (Luc xi, 31.) Au contraire, ne savez-vous pas que rien n'est plus opposé à la gloire de Dieu, que la vie déréglée des ministres de ses autels? « Nullum pulo majus prœjudicium quam a malis sacerdotibus tolérai Deus, quando eos quos ad aliorum corrcclionem posuit, d.ire de se exempta pravitatis cernit. » Dieu, dit saint Chrysostome, est moins déshonoré par le démon, possédant le corps d'un énorgumène, que par lo
péché occupant l'âme d'un prôlre : « Nulla rc alia magis oifenditur Deus, quarn quod peccatores et indigni sacerdolii dignitate praefulgeant. Dico horribile quoddam alque iremendum, non est ita'malum in Ecclesia Dei dœmoniacos esse, sicut sacerdotes qui ])eccalorum sordibus inquinantur ; hoc enim pessimum est. Multo igitur daemoniaco pejor est sacerdos qui peccati sibi conscius accedit ad al tare, quoniam œternis tradetur flamiuis. »
En second lieu, le bien de l'Eglise demande de vous des prières pour cette ordination. La charité du prochain, l'amour de la religion vous y invitent. Quel autre plus grand avantage peut il arriver à l'Eglise, que d'avoir des prêtres éminents en doctrine et en piété, des prédicateurs évangéliques qui prêchent de parole et d'exemple : « In quorum in conspectu vitia suti'undantur, pravi mores erubescant; » qui édifient le prochain par une vie irréprochable; qui par leur zèle travaillent à l'extirpation des vices, à la conversion des pécheurs, à la réduction des héréliques, à la sanctification des justes : Levate capita vestra, et videte regiones, quoniam albœ sunt ad messem. (Joan. iv, 35.)
Enfin voire propre intérêt vous y convie; car, priant pour les ecclésiastiques, vous priez pour vous ; priant pour le clergé, vous priez pour votre famille, pour votre corps ; vous en êtes un membre, vous y êtes intéressé, vous y êtes compris; c'est la langue qui parle pour la main, et jamais vous ne priez plus efficacement pour vous, que quand vous priez pour vos frères; votre bénédicdiction, comme une fontaine rejaillissante, retombera sur vous et vous enrichira :Oratio vestra revertetur ad vos. (Matth. x, 13.) Vous en sentirez le profit, et la grâce que vous attirerez découlera sur vous le premier. Si même vous n'étiez pas tel que vous devez être, priez Dieu du moins qu'il substitue en votre place des ministres qui suppléent à votre défaut, qui fassent mieux, qui l'honorent davantage, qui édifient plus l'Eglise; offrez vos prières, vos jeûnes, vos bonnes œuvres à cette intention ; ayez le zèle de vous renouveler à chacun des Qualre-ïemps, dans l'esprit ecclésiastique et la grâce de votre ordination, suivant cet avis de l'Apôtre: Admoneo te, ut resuscites gratiam quœ data est tibi per impositionem manuum (Il Tim. i, 6) ; de vous disposer à devenir et à être ce que vous demandez; à vous préparer à l'ordination que vous n'avez pas, ou aux fonctions de l'ordre que vous avez, par la pratique des vertus et les exercices de piété.
Sixième considération. — Le plus pressant inolif que les prêtres puissent avoir pour se persuader que Dieu demande d'eux une éminente sainteté, est de jeter les yeux sur Jésus-Christ, et de le considérer comme prêtre et comme victime tout ensemble. 11 n'a jamais séparé ces deux qualités en lui , « sacerdos et hoslia. » Le Calvaire et le cénacle ont été les deux autels où il a également, quoique différemment , exercé son sacerujce. Mais dans l'une et dans l'autre
de ces oblations, il s'est toujours offert luimême; il n'a point cherché de victimes étrangères comme les autres prêtres ; c'est son sang propre qu'il offrira jusqu'à la fin des siècles , et qu'il offre par les mains de ses ministres continuellement sur nos autels : « Nos ministrorum locum tenemus , qui vero sanclificat et immutat ipse est? » dit saint Chrysostome; en cela bien différent encore de tous ceux qui, à la dignité de prêtres, ont joint la qualité de victimes ; car ces saints, quelque grand qu'ait été leur, zèle, ne sesont sacrifiés qu'une fois ; et avec leur vie mortelle, ils ont mis fin à leur sacrifice. Saint Paul dit qu'il s'immolait tous les jours de sa vie ; mais Jésus-Christ, après même sa mort et sa résurrection, a trouvé le moyen de s'immoler une infinité de fois, et de s'immoler jusqu'à la fin du monde, et dans son corps naturel qu'il offre sans cesse pour nous dans l'Eucharistie, et dans son corps mystique, qu'il veut être une hostie de louanges.
Ainsi, la principale et la plus importante disposition que le prêtre puisse apporter à l'autel, afin d'immoler dignement la victime du salut du monde, est de s'être auparavant offert lui-même en sacrifice, comme l'Eglise l'exige de lui avant son ordination : « Filii dilectissimi , agnoscite quid agilis, imitamini quod tractatis , quatenus mortis Dominicee mysterium célébrantes , mortificaremembra vestra a vitiis et concupiscentes omnibus procuretis. » Or, qu'est-ce quemortifier ses membres de tout vice et de toute convoitise, sinon interdire à ses yeux tout regard profane, à ses oreilles tout discours mondain, à son odorat toute volupté, à sa bouche toute intempérance, à sa langue toute parole indiscrète, à son toucher toute mollesse, à son corps tout plaisir, à son cœur toute concupiscence ? « Quis sacerdos , nisi qui fuerit prius victima? » dit saint Augustin, et imiter ainsi le zèle de la sainte victime que nous immolons sans cesse, et que nous ne détruisons jamais; puisque devant sans cesse sacrifier notre convoitise , nous ne pourrons néanmoins jamais la détruire parfaitement en ce monde : « Imitamini quod tractatis. >> Quelle sainteté ce double sacrifice n'exige-t-il pas? Si nous voulons donc que Jésus-Christ soit notre hostie, soyons la sienne, étant juste que, célébrant le sacrement de sa mort, nous, exprimions ce mystère en nous, dit saint Grégoire, parce que Jésus-Christ nedeviendra véritablement hostie pour nous, que quand nous serons hostie pour lui : « Necesse est ut dum haec agimus, nosmetipsos Deo mactemus; quia qui passionis Dominicae raysleria celebramus, debemus imitari quod agimus. Tune ergo vero pro nobis bostia erit Deo, cuni nosmetipsos hostiam fecerimus. » (Dial. h, n. 59.) En effet, quelque agréable que soit à Dieu l'oblalion de son Fils, quelque gloire qu'il en reçoive, elle ne lui est jamais plus recevable que quand nous l'accompagnons de la nôtre," que quand elle en est le signe, la représentation,
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comme elle en est la cause ; ne pouvant être parfaitement dignes du sacerdoce, si nous n'en exerçons auparavant les fonctions sur nous-mêmes , dit saint Grégoire de Na- 7.ianze : « Nullus magno s;>crificio dignns est, nisi qui prius semetipsum bostiam viventem et sanclam exhibuerit. » Qui que vous soyez , ajoute saint Cyrille d'Alexandrie dans les leçonsde l'octave, quand serezvous digne de recev<)ir le sacerdoce, d'offrir Jésus-Christ en sacrifice? ce sera quand vous serez vous-même otl'ert en sacrifice à Jésus-Christ : « Quando igiturquieunque es dignus eris ? quando Christo lemetipsum o fl'eres? » Ajoutez à cela que le corps du prêtre est consacré par l'ordination, et par les fonctions auxquelles son ministère l'engage. Ecoutons là-dessus saint Chrysoslome: Mais lorsque le prêtre, dit-il, a invoqué le Saint-Espril, et a opéré le redoutable sacrifice; qu'il louche tant de fois de ses mains le Maître souverain de l'univers, je vous demande en quel rang le mettonsnous? quelle intégrité dévie, quelle religion n'exigerons-nous pas de lui?«Cum autem sacerdosSpiritum sanctum invocaverit , sacriticiumque illud horrore ae reverentia plenissimum perfecerit , conununi omnium Domino assidue manibus perlractato, quaero ex te quorum illorum in ordine collocabimus? quantam veroab eo integritalem exigemus, quantam religionem?» (Lib.xxi, De sacerd., cap. 3, num. 8, pag.329.)
Considérez quelles doivent être les mains qui servent à un ministère si relevé; la langue qui profère des paroles si sacrées; le cœur qui reçoit un tel hôte : « Considéra enim quales manus haec administrantes esse oporteat ? qualem linguam, quai verba illa etfundat? qua denique re non puriorem sanctioremve animam esse conveniat, quœ tantum illum, tamquedignum spiritum receperit? »
De quelle pureté ne doit donc pas reluire l'âme qui participe à un tel sacnlice, continue ce Père?Ya-t-il rayon du soleil qui soit plus pur que le doit être la main qui partage une telle hostie, la bouche qui est pleine de ce feu sacré, de ce charbon ardent; îa langue qui est teinte de ce sang adorable? A quelle table vous asseyez-vous ? O prêtre du Seigneur, ce qui donne de la frayeur aux anges, ce qu'ils n'osent fixement regarder, à cause de l'éclat lumineux qui en rejaillit et qui les éblouit , c'est de cela même dont vous vous nourrissez , à quoi vous vous unissez : « Quo non igiiur oportet esse puriorem tali fruentem sacrificio? quo solari radio non splendidiorem manum carnem banc dividentem ? os quod igni spiritali repletur ? linguam quœ tremendo nimis sanguine rubescit ? Cogita quali sis insignitus bonore? quali mensa fruaris? Quod angeli videntes horrescunt, neque libenter audent intueri, propter emicantem inde splendorem, hoc nos pascimur, huio nos uni mur. »
Que s'il était si étroitement ordonné aux prêires de l'ancienne Loi d'être saints, parce qu'ils offraient à Dieu de l'encens cl des
pains : Sacerdotes incensum et panes Deo offerunt, et ideo sancti erunt (Lcvit. xxi, 6); U être purs, parce qu'ils port dent les vases du Seigneur : Mundawini qui fertis rasa Domini (Isa. lu, 11); d'être revêtus de justice, parce que leur ministère les engageait à s'approcher des autels : Sacerdoles lui induant justitiam (Psal. cxxxi, 9) : quels ne doivent pas être les prêtres de la nouvelle alliance, qui n'offrent pas un pain matériel et corruptible, mais un pain vivant, un pain descendu du ciel ; qui ne portent pas en leurs mains des vases vides, mais qui, devenus enx-mêmes des vases de sanctification, contiennent et portent en eux le sang de l'Agneau immaculé ; qui ne s'approchent pas d'un autel où l'on immole des boucs et des taureaux, mais où l'on sacrifie Jésus-Christ même, la victime du salut du monde? « Verbum prophetae est : Mundamini qui fertis vasa Domini (Isa. lu, 11) : quanto mundiores esse oportet, qui in manibus et corpore portant Christum, quibuset Apostolusdieit (I Cor. vi, 20): 6rJonficate, et portate Christum in corpore vestro (Ibid.), «dit un Père. (Petr. Blés.) Enfin, le prêtre doit vivre saintement, puisqu'il se nourrit d'un aliment si saint que l'Eucharistie; car, si cette maxime est véritable, que le tempérament est tel que l'aliment dont on se nourrit : « Uuusquisque constat ex his ex quibus nulritur, » quelle ne doit pas être une âme qui se repaît journellement du corps et du sang de Jésus-Christ, et qui s'unit par- eux à la divinité même, source de toute vie? Que si l'Eucharistie est un pain vivant et vivifiant, que nous ne changeons pas en nous, mais qui nous change en lui; que nous ne mangeons pas seulement, mais qui nous change et qui nous transforme en lui : « Non ego mutabor in te, sed tu mutaberis in me ; et manducatur a nobis et manducat nos, » disent les saints ; quelle ne doit pas être la vie de celui qui ne vit plus que de la vie de Jésus-Christ, puisque l'aliment ne vit plus que de la vie de celui qui l'a mangé; qui ne vit plus, mais en qui Jésus-Christ vit? ViQojam non ego, vivit vero in me Chrislus. (Gai. iv, 20.) Car cela doit être ainsi, soit que Jésus-Christ devienne notre aliment , soit que nous devenions l'aliment de Jésus-Christ ; soit que Jésus-Christ nous change en lui, soit que nous changions Jésus-Christ en nous, pour s'exprimer ainsi : « Et manducat nos et manducatur a nobis. »
Enfin, si l'action doit répondre à l'être : « Opeiarisequituresse:»etsi la participation que vous avez au sacrifice vous donne un être surnaturel et divin, quelles ne doivent pas être les actions qui parlent d'un principe si relevé? ne faut-il pas que les fruits répondent à la racine, et les ruisseaux à la source? Princeps quœ digna sunt principe cogitabit. [Isa. xxxn, 8J, dit le Prophète. Les enfants se ressentent de leur extraction et de leur noblesse. Vous ac piércz un êlre saint; on exige de vous des actions saintes : « [mitamini quod traclatis. »
Soyez donc saint, parce que vous offrez
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un sacrifice saint, parce que vous y participez : <t Sacerdoiem oportet offerre; » parce que vous distribuez le corps et le sang de Jésus-Clirist; parce que vous le recevez : « Sacerdos, quasi sacrum dans; dat enira sacrum Dei ; id est, carnem et sanguinem Cliristi. » Disposition que l'Eglise demande même pour les moindres ordres, puisqu'elle avertit les acolytes qu'ils ne seront dignes d'offrir le vin et l'eau du sacrifice, que quand ils se seront offerts eux-mêmes en sacrifice, par la pratique d'une chasteté inviolable, et l'exercice continuel des bonnes œuvres : « Tune elenim in Dei sacrificio digne vinum suggerelis et aquam , si vos ipsi Deo sacrificium per easiam vitam et bona opéra oUati l'ueritis : » Faisons donc à Dieu cette prière que lui faisait saint Augustin : Respice quas offerimus hostias, omnipotens Deus, et praesta ut qui passionis Dominicae mysteria celebramus, imitemus quod agimus per Doniinnm, » etc.
Septième considération. — Il est sans doute qu'un des plus grands dons que Dieu ail jamais laits aux hommes, c'est d'avoir communiqué aux prêtres le pouvoir de remettre les péchés, en leur communiquant en même temps l'Auteur de toute sanctification : Accipe Spiritum sanctum ; quorum remiseris peccata, remittuntur eis, et quorum retinueris ■retenta s un t. (Mutth. ix, 8.) Pouvoir et autorité qu'il n'a jamais contiés qu'aux seuls l»rêtres, du nombre desquels vous avez l'honneur d'être. Que de sujets d'action de grâces et d'étonnementdans les seules paroles de votre ordination et de bénir Dieu : Qui potestatem talem dédit hominibus. (Matth. ix, 8.) Quel avantage et quelle gloire pour un prêtre , que les arrêts qu'il prononce sur la terre soient confirmés dans le ciel, et qu'il soit le dépositaire des droits de Dieu, aussi bien que de son pouvoir, de ses grâces et de ses rigueurs, de sa miséricorde, de sa justice I Quis est hic qui etiam peccata dimitlit? (Luc. vu, 49.) Qui êtes-vous, vous qui entreprenez de remettre les péchés? Quis polest remittere peccata, nisi solus Deus? (Marc, h, 7.) Y a-t-il autre que Dieu à qui celte puissance appartienne? Les Juifs avaient vu faire des prodiges à Jésus-Christ, ; guérir les lépreux, rendre la vue aux aveugles , ressusciter les morts, et ils s'étaient tus; mais quand Jésus-Christ ajoute qu'il avait le pouvoir de remettre les péchés, ils dirent : Hic blasphémât (Ibid.), cet homme blasphème; il s'arroge un pouvoir qui n'appartient qu'à Dieu.
Combien donc une telte puissance, pour être dignement exercée, demande-t-elle de vertu, de sainteté, de dignité dans celui qui l'exerce? Ne faut-il pas que le ministre soit proportionné au ministère? Si une créature avait assisté à la création de l'univers, qu'elle eût coopéré à ce vaste dessein, qu'elle pût dire avec la Sagesse éternelle : Quando prœparabat cados aderam ; quando certa lege vallabat abijssos, quando circumdabat mari terminum suurn, et legem ponebal aquis ne transirent fines suas (Prov. vin, 27,
29.) Lorsque l'Auteur de l'univers formait les deux, j'étais présente à ce grand ouvrage : quand il donnait des lois à la mer et qu'il lui prescrivait des bornes, je l'assistais et je contribuais à cette haute entreprise : Cumeo eram cuncta componens. (Ibid., 30. ) Quelle grande idée ne nous formerions-nous pas des perfections de cette créature? que dirions-nous d'elle, si après cela elle allait se souiller dans le vice? Le prêtre coopère à un ouvrage plus excellent; la justification, ou plutôt la résurrection du pécheur, est un ouvrage bien plus difficile et bien plus parfait que n'est celui de la formation de l'homme, dans son état naturel. Le prêtre est l'instrument dont Dieu se sert pour le grand ouvrage du monde spirituel , pour retirer les âmes du néant du péché, abîme aussi profond que celui de la nature; il le fait même de sa seule parole : Ipse dixit et facta sunt {Psal. cxLVin, 5); et il produit la lumière de la grâce en le disant : Fiat lux , et facta est lux. (Gen. i, 3.) Comment après cela pourraitil se souiller ensuite dans le péché ?
Quoi , dit [saint Chrysostome, à des mortels habitant encore sur la terre, et au milieu du siècle, on donne l'autorité de dispenser les biens célestes 1 « Etenim qui terrain incolunt, atque in ea versantur , iis commissum est, ut ea qme in cœlis sunt dispensent. » Et vous devez dire au laïque, quand il voit que vous étendez les bras pour lui remettre les péchés, ou pour opérer nos plus grands mystères, qu'il ne doit pas le regarder comme le bras d'un homme faible, mais comme le bras même du Dieu tout-puissant : « Verumtamen, et tu laice,. cum sacerdotem videris offerenlem , non ut sacerdoiem esse putes hoc facientem, sed Christi manum invisibiliter exlensam. v Combien donc l'exercice d'un pouvoir si divin vous doit-il obliger de mener une vie sainte ? pouvoir que Dieu n'adonné ni aux prophètes, ni aux patriarches, ni à un saint Jean-Bapliste, le plus grand d'entre les enfants des hommes ; il n'a eu que la commission de prêcher la pénitence , mais non d'en administrer le sacrement. Dieu ne l'a point donné aux anges ni aux archanges , mais uniquement aux prêtres de la nouvelle alliance: « His dalum est ,» continue saint Chrysostome, « ut potestatem habeant quam Deus optimus, neque angelis.neque archangelis datam esse voluit. » Voyez, ô prêtres, s'écrie saint Bernard, à quelle gloire le Seigneur vous a élevés l « Heu 1 quanlam dignitalem contulit vobis Deus, quanta est praerogativa ordinis vestri! » Il vous a préférés aux souverains, qui demandent à vos pieds la rémission de leurs péchés : « Prœlulit vos regibus et imperaloribus. »
Il vous a élevés au-dessus de toutes sortes d'états et de conditions dans son Eglise, puisque, par l'exercice de votre pouvoir, vous les bénissez , vous les sanctifiez, vous les] perfectionnez : « Prœtulit ordinem vestrum ordinibus omnibus. »
Il vous a élevés au-dessus des archanges en un sens, puisque appliqués à la grande
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affaire du salut des houmies, vous illuminez les hiérarchies inférieures de la Jérusalem terrestre, et que de plus vous les consacrez et les purifiez : « Praetulit vosarchangelis. »
Il vous a élevés au-dessus des trônes, puisque vous exercez dans le vôtre un pouvoir supérieur au leur : « Praetulit vos throriis. »
Il vous a enfin élevés au-dessus des dominations, puisqu'elles sont préposées au gouvernement des Etats, et que la direction des consciences , domaine infiniment plus excellent, vous a été confiée : « Praetulit vos dominalionibus. »
Il est donc vrai de dire encore avec le même saint : « Heu 1 quantam dignitatem contulit vobis Deus 1 quanta est praerogativa ordinis vestri ! Praetulit vos Deus regibus et imperatoribus ; praetulit ordinem vestrum ordinibus omnibus : imo , ut altius loquar, praetulit vos angelis, arcliangelis, tbroniset dominationibus. »
Et, pour ajouter quelque chose déplus, il vous a donné l'exercice d'un pouvoir qui n'a pas même été accordé à la plus sainte des pures créatures, à la Mère même de Dieu, suivant la remarque d'un grand Pape : voici ses paroles; « Licet beatissima virgo Maria dignior et excellenlior fuerit aposlolis universis, non tamen illi, sed istis, Dominus claves regni coelorum dédit. »
Et, afin de mieux comprendre le degré de perfection qu'exige une si grande dignité, il est bon de se ressouvenir que le sacrement de pénitence est un sacrement de réconciliation entre Dieu et le pécheur ; et que le confesseur est établi le pacificateur, ou plutôt la médiateur entre le Créateur et la créature, entre le maître et les serviteurs : « Inter Deum et hominem médius eonstitutus, » disent les Pères ; qualité que Jésus- Christ possède éminemment, et qu'il communique aux prêtres qui tiennent sa place sur la terre. Or, combien cet emploi demande-t-il de grâce? quel accès et quel crédit ne faut-il pas avoir auprès de Dieu pour s'en bien acquitter ? Le prêtre oserait-il l'entreprendre , s'il est lui-même dans sa disgrâce, s'il a lui-même besoin d'un médiateur ? N'irritera-il pas plutôt sa colère, que de l'apaiser sur ceux pour qui il parlera ? « Cum is qui displicet ad intercedendum mittitur, » dit saint Grégoire, « irati animus ad détériora provocatur. » Apaiserat-il ce souverain Seigneur, s'il ne lui plaît pas lui-même ? « Certe non plaças, si non places, » ajoute saint Bernard.
Malheur, malheur, continue saint Bernard, malheur à ces ministres infidèles qui, n'étant pas eux-mêmes réconciliés avec Dieu, entreprennent témérairement de le réconcilier avec les autres : « Vae ministris infidelibus, qui necdum reconciliati, recouciliaiionis alienae negotia suscipiunt. Vao filiis irae, qui se ministros gratiae profilentur 1 a Malheur à ces enfants de colère, qui se veulent mêler d'apaiser la colère de Dieu sur ceux qui, quelquefois, la méritent moins qu'eux, et ménager la paix des autres,
n'ayant pas encore fait la leur : « Vae filiis irae, qui paeificorum sibi usurpare gradus et nomina non verentur! »
Malheur à ces ministres disgraciés, qui ne craignent point de faire l'office de médiateurs auprès du Seigneur, qui les a chassés de devant sa face : «Vae filiis irae, qui fidèles sese mediatores pacis mentiunturl »
Malheur à ceux qui, menant une vie charnelle, ne songent pas à apaiser Dieu sur eux, et prétendent l'apaiser sur leurs frères : « Vae qui, viventes in carne, Deo placere non possunt, et placare velle praesumunt! »
Voyez si vous pouvez exercer un si saint ministère, et n'être pas un saint ministre. Vous demandez chaque jour à Dieu qu'il purifie votre corps et votre âme de toute tache de péché, afin de pouvoir lui rendre un culte pur, et de purifier les fidèles de leurs souillures, après vous être purifié vous-même : « Da , Domine, virtutem manibus meis, ad abstergendam omnem maculam ; ut sine pollutione mentis et corporis valeam tibi servire. » Mais comment est-ce , dit encore saint Grégoire , qu'une main sale pourra nettoyer les autres? « Necesse est ut esse munda studeat manus, quae diluere aliorum sordes curât. » Sans doute que cette main impure salira davantage le malade qu'elle touchera:«Ne tactadeteriusinquinet, » poursuit ce saint docteur, « si sordida in se manus lutum lenet. » Soyez donc pur, si vous vouiez purifier les autres; ou bien vous ne ferez rien que gâter les autres, et vous gâter vous même. Un confesseur , qui n'est pas pur, est-il propre à recevoir la confession d'une personne impure ? Que de nouvelles souillures ne réveillera-t-il pas en lui-même? que de vieilles souillures ne négligera-t-il pas dans les autres ?
Les prêtres, dit encore ce grand Ponlife. sont des médecins spirituels. L'Eglise les nomme ainsi, duns leur ordination même : « Sint probables medici, » des médecins d'une habileté éprouvée. Elle leur dit qu'il faut que leur doctrine, comme une source salutaire, soit la piscine où les peuples viennent recouvrer la santé de leur âme : « Sit doctrina vestra spiritualis medicina populo Dei. >> Us doivent donc guérir les malades et leur procurer la santé spirituelle ; mais comment le feront-ils, s'ils sont malades eux-mêmes; s'ils sont infectés eux-mêmes des mêmes maux? Ne sera-t-on pas en droit de leur dire : Médecins, guérissez-vous vous-mêmes, et puis vous viendrez entreprendre la cure des autres? La maladie qui nous tient, la fièvre qui nous agile, dit saint Ambroise, c'est notre convoitise, c'est notre luxure, c'est notre avarice : « Febris nostra avaritia est, luxuria est, » et lorsqu'un prêtre se charge de la conduite des âmes, qu estil, qu'un médecin qui se charge de la guérison des malades? « Cum cura m populi praesul suscipit, quasi ad aegrum medicus accedit. » Que si les passions déréglées, comme des symptômes dangereux, tourmentent le médecin et corrompent son cœur : « Si ergo adhuc in ejus corpore passiones vivunt, »
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comment osera-l il se charger de purifier et du fortifier le cœur des autres? S'il porte lui-même une plaie au milieu du visage, donnant ainsi des marques véritables de la grandeur du mal qu'il endure, de l'insuffisance des remèdes qu'il s'applique, et de son peu d'habileté dans son art, comment pourra-t-il promettre aux autres la guérison d'une semblable blessure? « Qua piaesumptione percussum mederi properat, qui in facie vulnus portât? » Quel bon conseil pourra donner un homme inexpérimenté?
quel médicament utile pourra suggérer un médecin ignorant? Un homme, couvert de boue, vouloir nettoyer celui qui s'est sali ; le malade, panser celui qui se porte bien ; le criminel absoudre l'innocent? Combien de maladies différentes, de tentations, de périls , d'illusions, se rencontrent tous les jouis dans l'exercice de ce laborieux et difficile ministère? Que d'avis ne faut-il pas donner, de remèdes enjoindre, de lumières répandre? Peut-on remplir tout cela, si l'on n'a la science des saints dans un grand degré?
Mais, que de périls n'y trouve t-on pas dans leur exécution ? Si le ministre de ce sacrement n'a pas une vertu à l'épreuve, que d'objets dangereux, que d'occasions, que de déclarations capables de renouveler les idées les plus effacées, et de réveiller les idées les plus éteintes 1 Que sera-ce si les siennes sont encore vives? Que deviendra le confessionnal pour lui? Combien ce tribunal, où il rend ses arrêts, le rendra-t-il coupable devant le tribunal où Jésus-Christ rendra les siens ? Qu'il y a à craindre, s'il n'est solidement affermi, qu'il ne se perde, en voulant secourir les autres, et que, semblable à un homme imprudent, qui, ne sachant pas nager, entreprend témérairement de retirer du gouffre ceux qui se noient, il ne s'abime lui-même avec eux?
Voyez donc si vous êtes pénétré de toutes ces vérités, si vous êtes dignes d'exercer un si haut ministère, si votre vertu répond à la puissance que vous prétendez, si vous êtes en état de travailler à la guérison des autres? si vous êtes assez pur, afin de les nettoyer, assez éclairé pour les conseiller; assez affermi pour les soutenir ; assez expérimenté pour les conduire; assez savant pour les instruire? Avez-vous la science, la piété, la prudence, la patience, l'expérience et la charité dans un grand degré? six qualités requises à un confesseur qui^'acquitte utilement de son emploi. Pensez-y devant Dieu, afin que tous ensemble nous ne soyons pas punis, mais plutôt récompensés, dit l'évêque ; nous, de la facilité de votre admission; vous, de la témérité de votre promotion à un si grand emploi : « Quatenus nec nos, de vestra proveclione, nec vos, de tanti officii susceptione, damnari a Domino, sed remunerari potius mereamur; quod ipse nobis concédât. «.
Gémissez d'avoir été jusqu'ici un sujet si peu digne du sacrement de pénitence, et de l'avoir profané par vos confessions peut-être
sacrilèges; d'avoir rendu vain et inutile ce grand pouvoir exercé sur vous, et de craindre qu'il ne soit un jour mal administré par vous.
Huitième considération. — Comme la préséance en dignité dans l'Eglise emporte avec elle la prééminence en vertu, l'on doit se persuader que l'évêque, avertissant les ordinands qu'ils vont être préposés par leur caractère au reste des Chrétiens, leur annonce par là qu'ils doivent les précéder en sainteté : « Consecrandi , filii charissimi , in presbyteratus officium , illud diyne suseipere , et susceplum laudabiliter exsequi studeatis; sacerdotem enim oportet prœesse. » Ce qui s'entend sans doute non-seulement des simples fidèles en général, mais des fidèles les plus pieux; car, de précéder les méchants, les impies, les vicieux, ce n'est pas une prééminence qu'on propose ici comme digne d'un prêtre; il s'agit d'une prééminence au-dessus des fidèles les plus parfaits, ce qui n'est pas peu de chose ; car, si nous regardons la sainteté qu'on exige des Chrétiens, nous en serons éblouis.
En elfet, Jésus-Christ ne leur a-t-il pas dit, aussi bien qu'aux prêtres : Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait? (Matth. v, 48.)
Ne sont-ce pas eux qui, par le baptême, ont solennellement renoncé au diable, au monde et à la chair ? qui ont été régénérés à une vie toute sainte et divine, qui ont lait profession de mener une vie crucifiée ;qui, dans le sacrement de confirmation , ont reçu la personne même du Saint-Esprit, avec ses dons divins, duquel ils sont devenus les temples, comme ils étaient déjè, par le baptême, les membres de Jésus-Christ, morts et ensevelis avec lui, ressuscites et montés au ciel en esprit avec lui? Tel est le degré où porte la grâce du simple Chrétien.
C'est d'eux que l'apôtre saint Pierre a dit qu'ils sont faits participants de la nature divine : Divinœ consortcs naturœ. (Il Petr.
C'est à eux que Jésus-Christ s'unit dans l'Eucharistie, et qu'il communique sa propre vie ; et, par conséquent, de qui il attend des actions toutes saintes, de qui il demande une vie parfaite.
Mais qu'est-ce en comparaison du degré de perfection qu'il exige des prêtres ? et combien veut-il qu'ils surpassent les laïques en vertu, et non-seulement les laïques qui vivent sans crime, mais ceux aussi qui pratiquent la piété et qui servent Dieu en esprit et en vérité?
Les saints Pères nous étonnent par leurs comparaisons. Ils nous disent que les actions d'un prêtre doivent autant exceller au-dessus de celles d'un simple fidèle, que la vie des pasteurs surpasse en dignité celle des brebis qui leur sont confiées: « Tantum actionem populi tianscendere aclio praesulis, quantum a grege distare solet vita pastoris.» L'oserail-on dire, si un grand Pape, un grand docteur et un grand saint ne i'&vait avancé : c'est saint Grégoire. Car enfin,
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coml)ien la vie de l'homme est-elle plus précieuse que celle des brutes? Combien clone faut-il que vos actionsspiriluelles soient plus relevées que celles des laïques et vos vertus supérieures aux leurs ?
Afin que vous voyiez que celte doctrine et celte expression même ne sont pas particulières à saint Grégoire, et que l'une et l'autre se trouvent communément répandues dans les écrits des saints Pères de l'Orient et de l'Occident, de l'Eglise grecque et l'Eglise latine, écoulez le grand saint Chrysostome : Autant, dit-il, qu'il y a de différence entre les hommes doués des lumières de la raison et les bêtes qui sont privées d'intelligence, autant convient-il qu'il y ait de différence entre la vertu du pasteur et celle du troupeau, pour ne pas ajouter qu'on a droitd'exiger encore quelque chose de plus fort : « Quanta inter se différentiel homines rationis usum habentes et pecora ralione carenlia dissident, tanlum sane discrimen inter eum qui pascit, et eos qui pascuntur, esse velim, ut ne majus etiam exigarn. » (Lib. n De sacerd., c. 2, init.) Faites néanmoins réflexion à la dignité chrétienne : « Agnosce, Christiane , dignitatem tuam, » dit saint Léon. Combien l'homme est plus excellent que la brebis : Quant o melior est homo ovel dit Jésus-Christ dans l'Evangile : Multis passeribus meliores estis vos. (Malth. x, 31.) Ceci vous découvrira cependant Je vrai fond des qualités dont les prêtres sont honorés et jusqu'où va l'obligation qu'ils ont de mener une vie élevée au-dessusde celle des autres ; lors, par exemple, que l'Ecriture les appelle les pasteurs , les recteurs, les conducteurs du troupeau de Jésus-Christ : Pastores, duces, redores gregis Christi. Lorsque les conciles ordonnent qu'on choisisse pour pasleur un homme d'une telle vertu, qu'il soit vrai de dire que le peuple qu'on lui confie n'est qu'un vrai troupeau de brebis auprès de lui : « Is prœticiatur, cujus comparatione grex cœteri merito dicantur. » [Conc. Colon.)
Voici une nouvelle comparaison que les saints nous apportent pour établir de plus en plus cette doctrine et cette obligation. Saint Chrysostome assure que celui qui se charge de travailler au salut des âmes, doit jeter de si vifs rayons de sainteté, que toute la piété du laïque disparaisse devant lui, tout ainsi qu'à la clarté du soleil, la clarté des moindres astres est effacée : « Ut instar solis caeteros, velut stellarum igniculos, suo fulgore obscuret. » Il avait dit ailleurs que la vertu d'un prêtre doit , comme l'aurore, éclairer tout l'univers et la sainteté d'une âme vraiment sacerdotale, est plus resplendissante que le soleil dans son midi: « Sacerdotis animam solaribus radiis puriorem esse oportere ; luminis inslar, universum , orbem illustrantis , splendescere debere ; » c'est-à-dire que la piété d'un tidèle chrétien, quelque resplendissante qu'elle soit , doit disparaître en présence de celle d'un prêtre, tant il doit répandre partout de vifs rayons de saintelé.
Enfin, pour achever de démontrer une maxime si constante, et la rendre inconteslahle par la déposition de plusieurs témoins dignes de foi, saint Isidore nous enseigne que la vertu d'un prêtre ne doit pas être moins élevée au-dessus de celle du fidèle Chrétien, même vertueux et vivant conformément à l'Evangile, que le ciel est élevé au-dessus de la terre : « Tantura inter sacerdolem et quemlibel probum interesse débet, quantum inter cœlum et terrain discriminis est. >' Combien la distance est extrême, et par combien de qualités les deux l'emportent par-dessus la terre 1 telle est votre obligation. Il faut que le laïque vertueux se trouve si vil et si imparfait, en comparaison de vous, qu'il ne se réputé qu'un pécheur; que ses vertus auprès des vôlres lui paraissent des défauts, et qu'il se taise et se retire plein de confusion, comme dit Hugues de saint Victor : « Ut quilibet te respiciens, respeclu tui sibi vilescat, secundum illud Job (xxxin, 17) : Respiciet homines, iii est praelatos;e( dicet : Peccavi et veredeliqui.» Et ce sera ainsi que vous participerez à la grâce et à la dignité de celui qui possède le sacerdoce en plénitude, que l'Apôtre nous représente élevé au-dessus des cieux par son innocence et sa sainteté : Talis decebat ut esset nobis pontifex; sanctus, innocens, impollutus, segregatus a peccatoribus et excelsior cœlis faclus. (Hebr. vu, 26.) Vous serez plus élevé que les cieux mêmes , c'est-à-dire que les fidèles, en qui Dieu habite, comme dans les cieux spirituels, où vous serez autant élevés au-dessus de !a terre.
Cependant, combien de bons laïques, dans le monde, vivent humblement, vertueusement, exemplairement! Combien y en a-l-il qui font plusieurs heures d'oraison par jour, qui se lèvent la nuit pour vaquer à ce saint exercice? qui jeûnent, qui se mortifient, qui portent la haire et le cilice, qui pansent et servent les pauvres, qui sont sans cesse dans les hôpitaux et les prisons?
Songez-vous que vous devez être incomparablement plus saint et plus parfait que ces gens-là ?
Ajoutons trois nouvelles raisons qui vous y engagent, et qui sont prises de la doctrine des saints : C'est que si le prêtre n'est plus saint que le laïque, l'Eglise est scandalisée, l'ordre hiérarchique est renversé, le ministère sacerdotal est avili. Trois motifs qui doivent vous engager à remplir ce devoir si indispensablement attaché à votre profession, ou plutôt trois grands inconvénients dans lesquels vous tomberez, si vous ne le faites pas, et dont vous serez responsable au tribunal de Jésus Christ.
Considérez donc, premièrement, que l'Eglise est scandalisée, quand celui qu'elle met à la tête des fidèles n'excelle pas audessus d'eux en vertu autant qu'en autorité; au contraire, quand les néophytes excellent par dessus les anciens prêtres, établis docteurs des néophytes : car, comme observe
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saint Jérôme, quelle sera l'édification du disciple qui se verra meilleur que son maître? « Qualis erit œdificalio discipuli, si se ruagistro sno intelligat meliorem?» Si le laïque est plus dévot que le prêtre; le péninitent plus chaste que le confesseur ; le paroissien plus docte que le curé, plus sobre, plus modeste, plus assidu à l'église? Un pauvre paysan pleurer en communiant, tandis que le prêtre dit la Messe avec une évagalion d'esprit horrible , une sécheresse sans égale? Voir une femmelette dire son chapelet avec plus d'attention que le curé ne récite son bréviaire; un prêtre rire d'une parole déshnnnête, et le laïque en rougir? Erubesce, Sidon, ait mare. (Isa. xxm, 4.) Combien les ecclésiastiques ont-ils donc sujet de rougir du scandale qu'ils causent, dit un Père, lorsque les gens engagés dans la mer orageuse du siècle les surpassent en vertu? « Erubescant sacerdotes, si saeratioris vitœ inveniantur laici, qui hujus mundi fiuclibus, sunt immersi. »
Mais, en second lieu, quel plus grand scandale que de voir des pécheurs publics et des femmes perdues surpasser souvent par leur prompte pénitence de vieux prêtres qui leur imposent les mains, et, ô malheur 1 qui quelquefois trouvent plutôt en eux un obstacle qu'un secours à leur conversion. Que doivent attendre de tels prêtres, sinon l'accomplissement de cette parole du Fils de Dieu aux prêtres de l'ancienne Loi : Les publicains et les femmes prostituées, qui se convertissent tous les jours, vous précéderont au royaume de Dieu : des premiers, vous deviendrez les derniers; et vous serez renvoyés avec honte à la dernière place : Publicani prœcedent vos in regnum Bei (Mat th. xxi, 31), erunt novissimi primi, et primi novissimi (Matlh. xx, 16), et incipies cum rubore tenere novissimum locum. (Luc. xiv, 9.) On voit souvent des laïques, bien convertis, fuir les mauvaises compagnies, le jeu, le vin, les femmes, pleurer leurs péchés, prier, faire l'aumône; on voit des femmes perdues se renfermer, gémir, se revêtir d'un sac, coucher sur la dure, et quelquefois ies prêtres n'ont que de J'éloignement pour ces pratiques, quelque besoin qu'ils en aient.
Troisièmement, c'est un scandale quand le simple prêtre excelle au-dessus de son pasteur : d'où vient que saint Jérôme conclut que, non-seulement les évêques, ies prêtres et les diacres, et jusqu'aux exorcistes, lecteurs, sacristains, acolyies, doivent extrêmement prendre garde d'exceller par-dessus Je reste des fidèles auxquels ils sont préposés, et de les surpasser en vertu, science, piété, modestie, sainteté : « Unde non solum episcopi, presbyteriaut diaconi, debent magnopere providere, ut cunctum populum cui prœsident, conversatione, sermone et scientia prœcedant; verum etiam int'erioris gradus exorcislae, lectores, œditui, acolythi, et omnes omnino qui domui Dei deserviunt. » C'est-à-dire, que tous ceux qui portent en quelque manière que ce soit
le nom d'ecclésiastiques doivent reluire au-dessus du peuple par la pureté de leurs mœurs, l'excellence de leur doctrine et l'exemple de leur bonne vie.
La raison qu'en donne ce savant docteur, et qui va encore plus loin, est que rien au monde ne détruit tant l'Eglise de Dieu que de voir les laïques être plus gens de bien que les clercs : « Quia vehemenler Ecclesiam Dei destruil, meliores esse laieos quam clericos. » Quoi de plus opposé à l'édification que la desiruction, et, par conséquent, quoi de plus scandaleux, un laïque chaste, un prêtre qui ne l'est point ; un laïque humble, un prêtre orgueilleux ; un laïque pieux, studieux, charitable, laborieux, mortifié; un prêtre dont la vie est destituée de toutes ces vertus?
On a dit, en second lieu, que l'ordre hiérarchique est renversé , quand le prêtre n'excelle pas en vertu au-dessus du peuple: c'est le rang du prêtre de marcher devant les autres. Jésus-Christ n'a-l-il pas dit, qu'il est du devoir d'un pasteur d'aller devant les brebis : Ante eas vadit, et oves eum sequuntur. (Joan. x, k.) Or il ne s'agit pas ici d'une démarche corporelle, mais du progrès dans la venu : « Non corporis gressibus, sed cordis affeclibus, » dit saint Augustin. Quel étrange renversement est-ce donc, quand les brebis marchent devant, et que le pasteur suit après? que le soldat conduit le capitaine, que le novice est plus capable de diriger que le profès, l'apprenti de montrer que le maître? Pourquoi vous appelez- vous prêlre, et portez-vous ce sacré nom, sacerdos? N'est-ce pas à cause que vous devez être un guide semblable à la colonne de feu qui servait de flambeau aux Israélites dans h* désert? « Sacerdos, quasi sacer dux, quia verbo et exemplo ducatum praebet ad vitam populo. Presbyter, quasi praebens iter, scilioet populo, de exsilio hujus mundi, ad patriara cœlestis regni. » Il faut donc que vous marchiez devant les autres, et non les autres devant vous; il faut que vous les devanciez encore plus par votre vertu que par votre dignité : « Tantum virtute, quantum gradu, » expression ordinaire des canons et des saints Pères; autrement le guiderez-vous, lui frayerez-vous le chemin du ciel, mériterezvous le nom de conducteur?
i Eclairer les autres par la doctrine et par les mœurs, est un acte hiérarchique attaché au ministère ecclésiastique; c'est aux hiérarchies supérieures à éclairer les inférieures : le clergé, le peuple : Vos estis lux mundi (Matth. v, \k),nemo accendil lucernam,et ponit earn sub modio. (Luc. i,33.) Vous êtes la lumière du monde, leur dit Notre-Seigneur dans l'Evangile; mais quelle lampe est ceci, qui ne luit point, dit saint Chrysoslome? « Quomodo lucerna, si non lucet? Tenetur ergo lucere quem Dominus voluit habere oflîcium lucernee. » Quel désordre est-ce de trouver un laïque, un homme marié, un gentilhomme , un magistrat plus savant que son curé, plus éclairé dans la vie spirituelle, dans le chemin de perfectiun, dans la sânc-
1345 retraite pour les ordinands. - entretien xmii. sainteté des prêtres. iv.g
tification des âmes? entendre mieux l'Ecriture, le Symbole, l'Evangile, les cérémonies de l'Eglise? Une dévote savoir mieux ce que c'est que l'oraison mentale, la vie intérieure, la pratique des vertus que son confesseur 1 Quel renversement dans la nature , .si la lune illuminait le soleil ; si la terre montait au-dessus des cieux ; si les membres dirigeaient la tête ! Ne serait-ce pas un bouleversement étrange? Il n'est pas moindre dans le monde spirituel, quand le laïque a plus.de vertu et de sainteté que le prêtre ; car, comme observe saint Léon : « Tolus ordo familiae nulabit, si quod requiritur in corpore , non inveniatur in capite. «Tout sera confondu, tout sera désordonné, le scandale sera universel dans la maison de Jésus-Christ : Si lumen quod in te est lenebrœ sint, ipsœ lenebrœ quantœ erunt.(Maiih.\i,<23.)
Corriger les autres est encore un acte hiérarchique; en effet, il est du devoir d'un prêtre de purifier les autres, et de les redresser et reprendre; il faut donc, par conséquent, qu'il soit lui-même irrépréhensible : « Irrépréhensibles esse convenit quos pra;esse necesse est corrigendis, » dit un grand Pape ; que sera-ce donc , si le laïque reprend l'ecclésiastique de son attachement au bien, de sa négligence à administrer les sacrements, de sa précipitation à l'office divin? Voici ce qu'on a vu dans ce diocèse, en présence de Mgr l'archevêque , des personnes de la première qualité, et en pleine église, devant tout un peuple : un curé félicitant le seigneur du lieu de ce qu'il venait d'abjurer l'hérésie, ce seigneur lui dit tout haut, et devant tout le monde : Monsieur, il y a quinze ans que je me serais converti, et que je serais Catholique, si vous m'aviez donné bon exemple.
Enfin , on a ajouté que le ministère sacerdotal est avili, quand lie prêtre ne surpasse pas le laïque en vertu.
Premièrement, si vous regardez le caractère sacerdotal en lui-même; car, c'est une maxime établie et répandue partout dans les canons, qu'il n'y a rien de si méprisable, ni de si vil , qu'un homme qui précède les autres en dignité, et qui leur est inférieur en mérite : « Vilissimus putandus est, ni praeeellat scientia et pielate, qui est honore prœstanlior. » En effet, est-il bien que le vice préside à la vertu , l'ignorance à la science, le crime à la sainteté? Quelle misère est-ce cela, dit saint Ambroise : un rang sublime, un esprit bas? « Gra Jus sumuius , et animus inlirmus ; » le premier siège, et le dernier mérite? « Sedes prima, vita ima; > une prufession divine, et une vie animale et terrestre? « Deilica profcssio, et illicita actio. »
C'est pourquoi le saint concile de Trente charge les évê pies d'avertir leurs eccléshisqoes , et c'est ce qu'ils font aujourd'hui, qu'ils sont obligés, quelque ordre même inférieur dont ils soient honorés, de surpasser le reste des fidèles en doctrine et en piété. Pourquoi cela? conlinue-l-il : parce qu'autrement le ministère sacerdotal tombe vans le mépris : •< Munebunl eprseopi clericos
suos in quocunque ordine fuerint, lit conversatione, sernione et scientia populo si bi commisse prœeant, ut juxta Apostolum, non vituperetur ministcriumcorum.»(llCor. vi, 3.)
En second lieu, si vous regardez le prêtre honoré de ce caractère; en effet, saint Clirysostome assure que, non-seulement c'est un opprobre à un ecclésiastique de se voir inférieur à un laïque en vertu, mais que ce lui est une extrême confusion de se voir égaler par lui : «Magna confusio est saeerdotum et clericorum , quando laici inveniuntur fideliores et justiores : quomodo non sit confusio illos infuriores esse, quos eliam œquales esse confusio est. »
Troisièmement, si vous regardez les fonctions de ce caractère; car n'est-ce pas à ceux qui l'ont reçue d'enseigner la perfection aux autres, et, par conséquent, d'être plus parfaits que les autres ? « Quanto ulique illos perfectiores esse oportet a quibus omnes docendi suni, ut possint esse perfecti?» dit un saint évêque de Marseille. Il n'y a point de paroisse, pour petite qu'elle soit, si elle est bien cultivée, dans laquelle on ne puisse élever h la perfection plusieurs âmes dont Dieu se ferait des sanctuaires. Un laïque se prépare quelquefois un temps considérable a la communion , et souvent on voit des prêtres aller célébrer sans presque de préparations, ni actions de grâces, quelle idée aura-t-on de lui? Le laïque entend tous les jours la Messe, le prêtre ne la dit pas; le lai |ue instruit ses domestiques, et la maitresse d'école les personnes de son sexe; tandis que le prêtre néglige des devoirs si importants.
N'est-ce pas aux prêtres à prier pour le peuple, à le réconcilier avec Dieu, h lui servir de médiateur; et, par conséquent, ne doivent-ils pas être plus agréables à Dieu, plus saints , plus écoutés? « Emendatiorem esse convenit populo, quem necesse est orare pro populo, p dit un grand Pape. Quel avilissement serait-ce de l'étal sacerdotal , si le paroissien demandait à Dieu la conversion de son curé; que le laïque intercédât pour le prêtre?
Que l'ecclésiastique examine donc s'il a autant de zèle d'acquérir la perfection du grade auquel il aspire, que le grade même et les pouvoirs qui l'accompagnent? Qu'il y a à craindre pour plusieurs, qu'ils ne s'occupent davantage de l'honneur du caractère, et très-peu des obligations qui le suivent! « Certalur pro dignilate.et non curalur de sanctilale ; totum del'erlur diguilati, et paru m aut nihil sanclitati , » dit un Père de l'Eglise. Quelle contusion pour eux de voir des séculiers si élevés au-dessus de vous par leur piété, que vous êtes au-dessus de leur état par votre dignité l
Nedoivenl-iis pas craindre de perdre leur gloire en ce monde et en l'autre, et qu'elle soit donnée au laïque fidèle? Le laïque vertueux, dit saint Cinysoslome, recevra au jour du jugement l'éiolc sacerdotale de la main de Dieu, et le mauvais prêtre sera dégradé et dépouillé de la d
OUlYUES COMI-L. DE DE I.A CllÉT -VHU'F. 1.
lignite sacerdotale
OEUVRES COMPLETAS CE DE LA CIIETARDIE.
« Laicus in die judicii slolam sacerdotalem accipiet, et a Deo chrisinate ungetur in sacerdotcni ; sacerdos auteiu peccalor spoliabitur sacerdotii dignitale. »
Sachez, ô prêtres, dit. un Père, que vous devez être élevés en vertu au-dessus du reste des fidèles, et cela, par une obligation essentiellement attachée à votre caractère; ce qui paraîtra, si vous êtes plus assidus à la prière que les laïques , plus adonnés qu'eux à la lecture spirituelle, à l'étude de l'Ecriture et des saints livres. Qu'il faut que voire chasteté soit incomparablement plus excellente et plus parfaite que la leur; votre sobriété toute autre, votre patience plus exemplaire, votre joie plus modérée, votre conversation plus édifiante, votre gravité plus religieuse, votre modestie plus éclatante, vos gestes plus réglés et vos vêtements plus simples; votre modération à parler plus grande, vos larmes plus fréquentes et plus abondantes, votre charité plus pure et plus ardente : « Igitur obligatione quae tuo annexa est ofiicio, exigitur •a te spiritualium frugum mensura propensior, ut sis devotior in oratione, in lectione studiosior, in caslilate cautior, parcior in sobrielate, patientior in duris, in risu rarior, suavior in conversatione, gravior in vultu, gestu, habitu; moderatior in verbis, profusior in lacry mis, in chari tate ferventior. »
C'est à quoi nous exhorte le savant Pierre de Blois, et qui revient è celle belle maxime prescrite par divers conciles, et laquelle est comme le sommaire de ce qui a été dit: qu'on est autant obligé de surpasser les autres en vertu, qu'on se trouve élevé au-dessus d'eux en dignité : « Quanto quis honoris gradu atque dignitate prœslat, tanto caîleris omni virtulum génère débet excellere. »
Neuvième considération. — Le sacerdoce ancien était sans doute bien parfait, il était institué de Dieu immédiatement, il fallait une vocation toute céleste pour y entrer. Dieu avait lui-même prescrit les cérémonies de la consécration des prêlres. On leur faisait continuellement retentir aux oreilles ces paroles : Avertissez les prêtres qu'ils aient à être saints, qu'ils vivent saintement; qu'ils soient saints, parce que je suis saint, parce que c'est moi qui les sanctifie : Loquere ad sacerdotes filios Aaron, et dices ad eos : Sancti erunt Deo suo ; sint ergo sancti , quia et ego sanctus sum , Dominus qui sanclifico illos. (Levil. xxi, 1, 8.)
On leur intimait sans cesse qu'ils se sanctifiassent de plus en plus, et qu'ils se gardassent bien de souiller les choses saintes par une vie criminelle, de peur que le Dieu de toute sainteté ne les exterminât, s'ils profanaient ainsi son sanctuaire : Sacerdotes qui accedunt ad Dominum, sanctificentiir, ne moriantur in tabcrnaculo cum polluerint illudy ne perculiat eos (Exod. xix, 22); qu'ils ne s'approchassent pas des fonctions du ministère, s'ils avaient la moindre tache : llomo de seminc Aaron qui habueril maculum, non accedet ad ministerium, nec offeret panes. (Lcvit. xxi, 17.) Intégrité extérieure qui
n'était que l'image de la sainteté intérieure que Dieu exigeait d'eux, et qui devait accompagner toutes leurs actions et en être le signe. Que si nous comparons le sacerdoce d'Aaron. à qui ces paroles s'adressaient, au sacerdoce de Melchisédech, nous trouverons que celui-ci était incomparablement plus relevé. Melchisédech , ce prêtre admirable du Très-Haut, décima Aaron en la personne d'Abraham, selon la doctrine de saint Paul, et parut par cette action mystérieuse êlre autant au-dessus d'Aaron, qu'Aaron l'était au-dessus des laïques anciens, ou du simple peuple Juif: Jntuemini aulem quantus sit hic cui et décimas dédit de prœcipuis Abraham palriarcha, et per Abraham Levi decimalus est. {Ilebr. vu, i.) D'ailleurs, Melchisédech fut une image plus vive et plus parfaite du Fils de Dieu, que ne le fut Aaron : Assimilatus Filio Dei, ajoute l'Apôtre.
Cependant, cette excellence du sacerdoce d'Aaron et de Melchisédech, qu'est-elle en comparaison du sacerdoce nouveau? Combien celui-ci demande-t-il plus de sainteté* combien est il plus parfait?
Deux raisons, entre un grand nombre* nous vont convaincre de celle vérité.
Premièrement, parce que le sacerdoce de Melchisédech n'était que la figure du sacerdoce de Jésus-Christ, dont nous sommes honorés ; et, par conséquent, on doit le regarder infiniment au-dessous du nôtre; car, comme raisonne saint Augustin , de même que la réalité est sans comparaison plus que I ombre , que le paradis est infiniment audessus de la terre promise, qui le représentait; la vie divine au-Jessus de la vie charnelle , que les Juifs cherchaient; ainsi lo sacerdoce nouveau prévaut infiniment audessus de l'ancien: « Sicut mullo amplius bonuui est figura tum ipsa figura; ut terra illa promissionis quç ille populus carnalis ducebatur, in comparatione regni cœlorum nihil est. » Autant donc que l'être l'emporte sur le néant, autant la sainteté de notre sacerdoce, figurée parcelle d'Aaron et de Melchisédech, l'emporte-t-elle par-dessus celle que les anciens prêtres devaient avoir, quelque grande qu'elle fût, du moins si l'on considère la chose en elle-même, et non par rapport aux personnes.
En second lieu, parce qu'on juge de la dignité d'un sacerdoce par la dignité de son hostie. Plus celle-ci est sainte, plus exiget-elle de sainteté dans les ministres qui l'immolent. Or, comparez Jésus-Christ, l'Agneau de Dieu, la Victime du salut des hommes, le Fils unique du Père, avec les bœufs, les taureaux et les brebis qu'on sacrifiait autrefois, avec le pain et le vin de Melchisédech: et il paraîtra qu'un sacrifice si parfait et si relevé au-dessus de l'ancien , d'une grâce et d'une vertu si suréminente, demande dans ses ministres une pureté incomparablement plus grande: Si enim sanguis hircorum et tuurorum, et cinis vilulœ aspersus, inquinatos sanctificat ad emundationem carnis, quanto mugis sanguis Christi? (Ilcbr. ix, 13.) C'est l'argument de l'A poire.
L>i9 RETRAITE POUR LES ORD1NANO-S.— ENTRETIEN XVW. SAINTETE DES PRETRES. E'i.iO
Autant donc que la divine Eucharistie est élevée au-dessus des pains de proposition, aulant que le sang de Jésus-Christ est plus précieux que le sang des taureaux ; que la vérité l'emporte sur l'ombre, 1 être sur le néant; autant la sainteté des prêtres de la loi nouvelle doit-elle être au-dessus des prêtres de la loi ancienne.
Mais quoi, Notre-Seigneur ne le dit-il pas dans son Evangile? N'est-ce pas à nous qu'il parle, quand, réunissant en un seul point de vue tout ce qu'il y avait de plus excellent et de plus parfait dans la religion judaïque, il nous dit que si notre vertu ne va au delà, nous n'entrerons jamais dans le ciel : Nisi abundaverit justilia vestra plusquam scribarum et pharisœorum, non intrabi/is in reynum cœlorum. (Malth. v, 20.) Ce n'est pas ici un conseil d'une plus grande perfection; c'est un précepte, c'est une nécessité, si nous voulons, comme il le faut, que notre sainteté surpasse celle des anciens.
Il est néanmoins certain qu'ils menaient une vie religieuse, qu'ils pratiquaient une grande perfection, que leurs moindres fautes étaient sévèrement punies; que sera-ce donc de nous, dit saint Chrysostome, qui sommes appelés à une sainteté si élevée au-dessus de la leur? « Et hœcquidem ah antiquis sacerdotibus sanctitas et perfectio exigebatur; quid ergo nos ad majorem voeati vitam.» (S. Atc, Serm. contra concub., in fine, noct. 2, Dooi. 2.) Nous qui contractons l'obligation de mener une vie sans comparaison plus parfaite; nous qui avons de bien plus grandes difficultés à surmonter, et de plus redoutables ennemis à vaincre? «Nos qui ad excellentes fastigium ascendimus, et in majoribus exercemur palœstris; » nous qui devons pratiquer des vertus plus excellentes, tendre à une plus haute perfection ; nous, en un mot, qui devons être aussi purs que ces esprits bienheureux, que ces substances immatérielles, lesquelles sont devant le trône de Dieu : « Et sicul supernœ illœ atque incorpore» virlutes, vitam inslituere tenemur,» ainsi qu'on a déjà plusieurs fois rapporté de saint Chrysostome.
N'est-ce pas encore aller plus loin, dédire que les prêtres doivent surpasser en vertu les plus excellents modèles de la vie monastique, non-seulement de ces derniers temps, mais des siècles les plus purs de l'Eglise?
En etfet, le premier pas de celui qui se présente pour se consacrer à Dieu dans le clergé, la première promesse qu'il fait, la première vertu qu'on exige de lui , qu'estce? sinon un détachement parfait de toutes choses, et n'est-ce pas là ce que les plus consommés d'entre les religieux lâchent d'acquérir? Heureux si, à la fin de leur course, ils sont venus à bout d'un dessein si glorieux ! Mais les ecclésiastiques, dès qu'ils , se présentent à l'évêque pour recevoir la tonsure, qui n'est qu'une simple disposition aux ordres, protestent qu'il? renoncent entièrement au monde et à toutes ses vanités, et qu'ils prennent uniquement Dieu pour eui partage; et ce n'est qu'à celle condition
qu'on les admet dans la elériealure; il faut qu'ils prononcent distinctement : Dominas pars hœreditalis mené et calicis mei (Psal. xv, 5); ou autrement ils ne seraient pa< reeus : protestation qui renferme une renonciation solennelle au monde, et un attachement inviolable à Dieu : «Qui enim,»
dit saint Jérôme, « vel ipso pars Domini est, vel Dominum partem hal.et, talem se exhibere dehet, ut et ipse possideal Deum, et possideatur a Domino. » Autrement, comme ajoute saint Augustin , celui qui conserve encore quelque affection humaine et terrestre, est indigne de proférer une telle promesse : « Qui in terra praBsumunl habere facultatem, quomodonon erubescunt dicere : Dominus pars, «etc. Si bien que ces divines paroles, entendues dans leur véritable sens, et prises dans toute leur étendue, emportent un détachement absolu de toutes choses, et un attachement inviolable à Dieu; en quoi sans doute consiste la perfection monacale.
Tout prêche la perfection dans ceux qu'on reçoit à la cléricature, tout est une profession solennelle de sainteté : si on leur coupe les cheveux, si on leur fait une couronne, si on les revêt d'une soutane et d'un surplis ; si on leur met un cierge allumé à la main ; tout cela ne signifie-l-il pas qu'ils sont obligés de circoncire leurs convoitises, de se porter à la perfection, de mourir à toutes les choses du monde, de mener une vie crucifiée, de se revêtirde la justice etde la saintetédu nouvel homme, de reluire en vertus et en bons exemples, et de dire avec saint Pierre? Ecce nos reliquimus omnia. [Malth. xix, 27.)
Quand on les admet dans le clergé, ce ne doit être qu'après avoir tiré d'eux de grandes et de longues épreuves de leur sagesse et de leur piété, suivant l'avis de l'Apôtre : «Hi autem probenturprimum,»parce que, comme observe saint Bernard sur ces mêmes paroles : «Viros probalos oportet eligere, non probandos. » Ils doivent être sans tache et sans souillure : Homo qui habiter it macalain, non offerct panes Deo suo, nec accedet ad ministerium ejus. (Levit. xxi, 17.) Et sans cela, no pas prétendre de s'approcher des autels; ils doivent êlre parfaits dans l'exercice des vertus, s'ils veulent exercer les fonctions de leur ministère, dit saint Thomas : « Qui divinisminisleriis applicantur, perfecti in virtute esse debent. » Ils doivent avoir en partage la sainteté et la perfection, êlre irrépréhensibles dans leurs mœurs et dans leur conduite, être vrais imitateurs de la vie apostolique, dit un Père : « Quemlibet ecclesiasticum gradum nonnisi sancti alque perfecti, et irreprehensibiles, el aposlolorum imitatores, absque magno sacrilegii crimine suscipiunt. » *
La perfection monacale dit-elle quelque chose au delà ? Les solitaires les plus parfaits, après plusieurs années dans le désert, sontils parvenus plus haut que d'être sainls, que d'être des hommes apostoliques? Cepcnlant e'est ce que l'Eglise exige d'abord de ceux qui se présenteni pour êlre enrôlés dans celte sacrée milice; c'est ce qu'ils devraient être.
Saint Denis enseigne (|u'il est de l'ordre monastique de suivre pas h pas l'ordre ecclésiastique, et que le prêlre est établi le modèle de la sainteté du moine : « Monasticus ordo débet sequi sacerdotales ordines, et ad eorum itnilationem ad divina aseendere » (De eccl. hier., c. 6); et que le moine doit apprendre à l'école du prêtre à s'élever aux choses divines, «et ad eorum imitalionem ad divina aseendere. »
Saint Jérôme, écrivant à un jeune religieux, lui mande : Vivez si saintement dans le monastère où vous êtes, « sic vive in monasterio,» comportez-vous si exemplairement que vous méritiez d'être fait clerc :« Sic vive in monasterio, ut clericus esse merearis. » (Ad Rust.)
Saint Augustin témoigne que de son temps on choisissait ce qu'il y avait de plus éprouvé et de meilleur parmi les solitaires, pour en faire des prêtres; c'est-à-dire, les religieux les plus consommés en vertu, pour les élever au sacerdoce; et cependant, quelque soin qu'on apportât à ne prendre que les plus i-ecommandables, à peine quelquefois un bon moine devenait-il un bon clerc : «Ex his «îui in monasterio permanent nonnisi probatiores, atque meliores, in clerum assumere solemus.» (Epist. 76, Ad Aur.) Nous avons accoutumé, continue-t-il, de jeter les yeux sur les sujets les plus parfaits d'entre les moines, pour les agréger au clergé; et néanmoins il arrive quelquefois que ce bon moine ne parvient pas à être un bon ecclésiastique : « Cum aliquando bonus monachus, vix bonum clericura faciat. >.
Saint Isidore assure que ceux qui sont engagés dans les fonctions sacerdotales, doivent mener une vie plus sainte et plus pure que ceux qui se retirent dans les montagnes désertes pour ne s'occuper que de Dieu : « Qui sacerdotum munere funguntur, sant.liores ac puriores esse oportet, quara qui se ad montes iranstulerunt. » (Lib. n, epist. 284.)
Saint Chrysostorne, qui lui-même avait goûté de la vie solitaire et de la vie ecclésiastique, assure qu'il a connu par expérience que les prêtres ont besoin d'une plus grande intégrité de vie que non pas les moines , de qui toutefois la vie élait toute céleste : « Multo major vitœ integritas sacerdotibus , quam monaehis necessaria est. » (Lib. vi De sacerd., cap. 2, nom. 2.)
Après ces autorités, venons aux raisons que ces mêmes saints nous donnent d'une si grande, mais si surprenante vérité, et peut-être si nouvelle pour nous. Ces raisons se tireront presque toutes du grand saint Chrysostorne, et elles doivent paraître d'autan* plus fortes et convaincantes, qu'elles lui servirent de motifs pour lui faire fuir le sacerdoce, et le contenir dans la retraite, jusqu'à ce qu'il plut à Dieu de l'en retirer, et de le poser sur le chandelier de son Eglise.
La première raison qui frappa l'esprit de se saint, fut déconsidérer, d'une part, l'obligation étroite que les prêtres ont de conserver leur âme pure, et de vaquer à la
prière et au recueillement intérieur; et de l'autre, l'extrême difficulté qu'ils ont de s'acquitter de ce devoir parmi l'embarras du siècle et les occasions fréquentes d'offenser Dieu, et de se laisser aller à la dissipation qni règne dans le commerce du monde, au milieu duquel les prêtres se trouvent ; car, dit ce grand saint, si ceux qui demeurent dans les déserts les plus écartés et les plus éloignés du bruit des villes, et du tumulte des affaires, qui vivent les plus affranchis des soins et des inquiétudes dont le reste des mortels est agile; en un mot, si ceux qui jouissent d'un calme parfait ne se reposent pas sur cet état tranquille; et s'ils sont obligés d'avoir recours à je ne sais combien de pratiques de vertus et d'exercices de piété pour se tenir en la présence de Dieu, d'être sans cesse attentifs sur euxmêmes, et de se munir comme une forteresse contre les assauts des distractions, afin de se procurer la pureté d'âme nécessaire pour s'entretenir avec Dieu dans l'oraison; quel effort, je vous prie, ne faut-il pas que fasse un prêlre qui se trouve au milieu du monde ? de quelle violence continuelle ne doit-il pas user? quelle vigilance ne lui est pas requise, afin de conserver son cœur pur et attentif à Dieu ? « Nam si qui eremum inhabitant, quique iidem procul, tu ni ab urbe, tum a foro, tura alumullibus illinc enascentibus , securi liberique vivunt; denique qui assidua prorsus tranquillitate perfruuntur; toto illius vitœ prœsidio fidere nolunt; quinimo infinilas quoque alias addunt cuslodias, undecunque seipsos circumsepientes, magna adeo diligentia et dicere et lacère allahorantes, ut cum libertate ac puritate aliqua sincera, quantum humanus captus ferre polest, ad Dei conspectum accedere possint; quantam pulas sacerdolem prœstare debere, tum vim, tum potentiam, ui animam suam ad oruni vindicet fœditate, et spiritualem pulchriludinem illœsaui atque incorruptibilem servet. » (Lib. vi De sacerd., cap. 2, num. 2.) C'est pourquoi, continue ce saint, le prêtre a d'autant plus besoin d'avoir une vertu plus solide que le solitaire, une âme plus impénétrable à la tenlalion, qu'il est plus exposé aux périls et aux occasions de salir la pureté de son âme, et de se perdre, ce. qu'indubitablement il fera, s'il n'a une sobriété qui se refuse tout, une continence à l'épreuve de tout: «Ideoque multo major vitœ integritas huic quam illis necessaria est. Jam cui integritas major necessaria est, hic certe pluribus quam illi iidem casibus obnoxius esse cogitur, qui eura conspurcare possunt, nisi continenlem sobrietalem, ac vehemens admodum sludium adhibens; animum impervium impenetrabilemque prœsliterit, nisi conlinenliœ austeritate occalluerit. »
La seconde raison qui convainquit saint Chrysostorne qu'un prêlre doit avoir une vertu toute autre que celle du solitaire le plus parfait vient du danger inévitable où les prêtres sont sans cesse exposés par le soin qu'ils doivent prendre des personnes de
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diltérent sexe, au saint desquelles ils sont obligés de travailler, et dont ils doivent répondre.
Celui, dit cet expérimenté docteur, qui se trouve chargé de tout un troupeau, ne peut pas seulement s'attacher au salut des hommes, et abandonner le salut des femmes; il doit ses travaux aux hommes ; il ne peut les refuser aux femmes ; et c'est là où se trouve le péril : « Neque enim potest qui gregis universi curam suscepit viris tantum curandis operam dare, mulierum autem curam ncgligere, quain parle magna profecto opus est providentia.» (Lib. vi Desacerd., cap. 5,n. 22.)
Car il faut les visiter dans leurs maladies, lés consoler dans leurs afflictions, les reprendre dans leurs négligences, les secourir dans leurs besoins : exercices de charité qui donnenlau démon je nesaiscombiend'ouvertures pour tenter les prêtres, s'ils ne veillent sur eux-mêmes continuellement, s'ils ne se précautionnent sans cesse de tous les moyens les plus prudents pour fermer les avenues à l'ennemi : « Nam, et cas invisere œgrotantes, et solari lugentes, et increpare languentes, et adjuvare afflictas oportet ; quœ omnia dum fiunt, plures irrumpendi aditus dœmon invenire potest , nisi exacta quis ac munilissima custodia sese vallaverit. »
Et ne vous flattez pas de la pensée que peut-être vous ne serez pas en péril avec toutes sortes de personnes du sexe , et du moins que vous n'avez rien à craindre du côté de celles qui sont vertueuses et retenues; car un œil pudique et modeste est souvent aussi dangereux qu'un œil libre et effronté : « Quippe animum ipsum ferit ac commovet, non impudicee tantum, sed eliam pudicse mulieris oculus (Ibid.), » et quelquefois davantage.
En effet, la bouche d'une femme mondaine, ses postures et ses gestes, ses démarches, sa voix, ses œillades, ses joues vermeilles, la frisure de ses cheveux, ses habits somptueux; cet or, ces pierreries dont elle brille, et lout le reste des atours et des ajustements dont elle se pare, ne sont que trop capables d'amolir un cœur qui n'est pas fortifié du rempart inaccessible d'une austère chasteté : « Nam et oris décor, et motuum exquisita mollities , et incessus affectatum studium, et vocis conlractio, et oculorum et malarum figmenla, et cincinnorum compositiones, et capillitii tinctura, et vesliuin sumptuosarum auratarumque diversitas, et geminarum pulchritudo, et unguentorum fragrantia, et cœtera omnia quœ muliebre genus affectare solet; talia sunt queeanimum comraovere possint nisi is conlinentiœ austerilate occalluerit. » {Ibid.)
D'autre côté, continue ce saint, ceux qui auront été assez heureux pour éviter ces premiers pièges, donnent quelquefois dans des fdets bien différents, mais non moins périlleux ; car un certain air dévot, des cheveux .négligés, un habit simple, une façon d'agir naïve, une candeur naturelle, une parole douce, un maintien modeste, un discours sans façon; un ameublement com-
mun, un extérieur régulier: toutes ces choses, dis-je, ont souvent ébranlé le cœur de celui qui y a attaché ses regards, et l'ont ensuite précipité dans le dernier abîme; et plusieurs, après avoir résisté aux attraits des femmes mondaines, ont succombé aux charmes des filles dévotes : a Nonnulli vero qui retia illa quae dixi evaserunt, a longe diyersissimis capti sunt; nam et neglecta oris faciès, et squalida coma, et sordida veslis, et habitus incompositus, et morum simplicitas, et sermo simplex, et incessus inaffectatus, et vox minime ligurala, etpauperibuscontubernium,etsuicontemptus,etc.
pellexerunt eum qui ea cerneret; deinde vero eumdein ad extremam perduxere perniciem; permultiqueinventi sunt, qui priora illa retia effugissent, vitia ex auro, ex unguenlis, ex surnptibus pretiosis, caeterisque quœ enumeravi contenta, in heec longe ab illis diversa, facile inciderint, hisque perditi tandem fuerint. » {Ibid.)
Puis donc qu'un prêtre est exposé à tant d'espèces d'écueils, poursuit ce même saint, et que sa chasteté se trouve si attaquée de toutes parts, quelle vertu ne lui faut-il pas pour n'être point entamé par tant de dangereuses tentations? « Quasnaoi lalebras nancisci poterit, ut suum ipsius animum a fœdis cogilationibusinconcussum asserat? » Combien faut-il qu'il soit affermi dans l'habitude de la pureté, et dans l'horreur du vice, afin de s'acquitter de ses fonctions, et de ne se pas perdre en voulant sauver les autres? Et est-ce une exagération, quand ou avance que la vertu du plus parfait solitaire n'est rien en comparaison de celle qui doit se trouver dans le prêtre? « Multo magis vitœ integritassacerdoti quam monacho necessaria est. »
Qui peut douter de cette vérité* si l'on considère qu'un moine dans sa solitude est à l'abri de tous ces orages? « Atqui soliludine delectatur, is omnium horura immunilatem consequitur. » (Lib. h De sacerd-, cap. 2, num. k.) Et s'il arrive quelquefois qu'il soit importuné do quelques imaginations impures, il lui est aisé de s'en défaire, et ces idées tombent d'elles-mêmes, parce que nul objet extérieur ne les entretient : « Cui si quando absurda quaedam animi cogitatio simile quid; repreesentaverit, infirma lamen, imbecillaqua est imaginatio hujusmodi, ac talis ut statim exslingui atque interimi possit; propterea quod extrinsecus materia nulla subestqua cogitationisflamma illa coalescere possit. » C'est une étincelle qui s'éteint aussitôt. Mais il n'en va pas ainsi du prêtre. Il est perpétuellement au milieu des flammes; une occasion succède à l'autre; il n'a pas effacé de sa pensée une image importune, qu'une nouvelle s'y imprime; un objet passe, un autre revient. Quelle vertu ne faut-il pas pour repousser iTifatigablemcnt tant de fantômes différents» pour se conserver pur et incorruptible ? S'il est vrai, ce que dit saint Ambroise, qu'il est rare de voir une vertu qui ne se relâche jamais : « Neini.) diu fortis est, » quelle force
n'est pas nécessaire à un prêtre, non-seulement pour se défendre des atteintes du vice, mais pour le surmonter et le détruire ? Jugez si le prêtre n'a pas besoin d'une vertu plus affermie, plus inébranlable , plus éprouvée que le solitaire?
C'est pourquoi, ajoute saint Clirysostome, je ne crois pas qu'il faille beaucoup vanter la piété de celui qui, vivant retiré et hors des occasions, s'abstient de tomber dans de grands crimes , parce qu'aucun objet ne le portant ni ne le provoquant au péché, il n'est pas extraordinaire s'il se contient dans le devoir : « Proinde ne monachum quideru magnopere ac supra modura admiramur, quod is apud se vivens, neque coinmoveatur, neque in multa ac magna peccala prolabatur ; neque enim ei res illae adsunt quibus ipse animo initetur, extirnuleturque. » Mais qu'on me donne un homme qui, contraint de vivre au milieu du monde, parmi les scandales et les fréquentes occasions d'offenser Dieu , demeure néanmoins inébranlable aux secousses des diverses ten-r talions, qui jouisse du calme parmi la teru" pête,qui ne brûle pas au milieu des flammes; donnez-moi un tel homme, et c'est celui-là à qui je donnerai des éloges, et dont la vertu paraîtra digne d'admiration : <<, At vero, si quisseipse turbis universis tradiderit, ac multorum delicta hominum ferre çoactus cum esset, inconcussus immotusque perstiteritanimum ipsum vel tempestate acr tum tanquam in tranquillitale gubernans ; hic profecto dignus est quem omnes plausu atque admiratione proseqnantur : abunde erum suée ipse virtutis periculum fecerit. » /Lib. vi De sacerd., cap. 4, n. 15.) Tel est le raisonnement de ce grand saint, qui nous fait visiblement connaître qu'un prêtre doit être plus homme de bien, plus intègre, plus vertueux par son état, que non pas le moine. Voici maintenant un troisième raisonner ment du même saint : c'est qu'un prêtre a d'autant plus besoin de prendre ganie à lui, que personne ne veille sur sa conduite. \\ est abandonnée sa bonne foi ; ses supérieurs sont ordinairement éloignés, ou occupés à diverses affaires, quelquefois peu zélés. Rarement les gens du monde font-ils des plaintes de leur pasteur; on se fait un scrupule de les déférer, et un mérite de cacher leurs défauts. Entreprendre de faire le procès à un prêtre, c'est une chose difficile, très-fâcheuse, qui coûte beaucoup, et dont on a peu de succès; surtout si le crime n'est pas extraordinaire dans l'estime ûas gens du siècle: et, s'il n'intéresse le public ni les gens de considération, le prêtre vir cieux se cache dans la multitude ou dans l'impunité. Il est persuadé qu'on n'a point l'œil sur lui, et qu'il peut faire bien ou mal sans qu'on lui en dise mot; il n'a d'ordinaire aucun supérieur domestique qui l'avertisse de ses défauts , qui lui tende la main dans ses chutes, qui l'éclairé dans son ignorance, qui le punisse quand il pèche, qui l'anime par son exemple. Il se trouve dans ce périlleux état que Je Sage déplore;
Malheur à celui qui est seul, parce que, s'il tombe, il n'a personne qui lui prêle la main : \'œ soli, quia, si ceciderit, non habet sublevantem se. (Eccle. îv, 10.) Nous sommes par nous-mêmes si fragiles, si enclins au mal, si peu attentifs aux dangers qui nous environnent, si aveugles sur nos propres défauts; nous trouvons tant de peine à la pratique de la vertu, que quand nous ne sentons ni maître, ni supérieur qui nous guide, qui nous reprenne, qui nous corrige, qui nous menace , qui nous châtie, qui nous instruise, qui nous anime, qui nous récompense; c'est une merveille si nous ne croupissons pas dans un nombre infini de défauts grossiers ; si nous ne nous laissons pas aller au malheureux penchant de notre nature corrompue, si nous ne succombons as aux plus dangereuses tentations : et c'est e périlleux état où se trouve un prêtre, particulièrement à la campagne. Comment donc n'aunit-il pas besoin d'une vertu plus grande qu'un religieux qui vit dans une communauté, sur qui le supérieur a continuellement les yeux ouverts, à qui on ne laisse passer aucune faute sans la relever ; et, en un mot, qui jouit de tous les avantages qu'apporte la société des plus gens de bien ? «Qui monachis prœfectus est,» continue saint Clirysostome, « communi secum contubernio utentes habet, in tantum ut illorum lapsus, exacte tum intueri, tum emendare possit : affert autem non modicum ad virtutis studia incrementum,asMdua uiagistrorum cura. »(Lib. vi De sacerd., cap. 2, num. k.)
Que si celte raison paraît considérable pour montrer que le prêtre, par son état, a besoin d'être plus solidement vertueux que le moine, celle qui suit, prise encore du même saint, ne le paraît fias moins. C'est que le piètre, presque malgré lui, se voit embarrassé dans toute sorte d'affaires séculières qui l'arrachent du pied des autels, et qui lui sont de Irès-grands obstacles à la prière, a l'étude, au recueillement, au silence, et à, tout le reste des exercices spirituels, sans la pratique desquels il est difficile de se maintenir dans la piété ; et, par conséquent, quel besoin n'a-t-il pas d'une vertu plus solide que celle du moine, qui n'a aucun autre soin que de vaquer à l'oraison, à la lecture des saints livres, à la psalmodie, au travail des mains, à la digne réception des sacrements, et à tout le reste des observances régulières : car, comme raisonne saint Clirysostome, les sujets continuels de chagrin qu'on donue sans cesse au prêtre dans le monde, !a pauvreté, fort ordinaire au clergé, contre laquelle il faut qu'il se défende; les fâcheries perpétuelles qu'on lui fait essuyer, et cent autres choses de celte nature, retirent son esprit de l'application aux choses célestes et divines : * Nam aillictionis excessus et paupertalis vis, et molestiœ assiduœ, et alia id genus, bumanos animos a divinarum rcrum studio abducunt. (Lib. vi De sacerd., cap. 3, num- 5.)
C'est pourquoi, continue notre saint, il est nécessaire qu'un prêtre qui veut fcùre
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sou devoir, soit extrêmement prudent et avisé, qu'il ait beaucoup d'expérience de la manière dont il se doit comporter parmi tant d'embarras, et qu'il sache, aussi parfaitement que les séculiers, même les plus habiles, ce qui regarde les choses de la vie et du ménage, et qu'il entende aussi bien qu'eux les affaires et les procès, soit pour ne pas laisser usurper le bien de l'Eglise, soit pour ne pas tomber lui-même dans la mendicité, de quoi le moine est exempt : « Oportere sacerdotem esse in primis prudenteni atque adeo multarum rerum experienlia, instruclum, ornatumque, in tantum utqua>ac victum cultumque pertinent, ea omnia nihilominus noscat quam norunt ii qui in média hominum turba versantur. » (Ibid., cap. fc, n. 10.) Et cependant, ajoute Je même Père, il faut que le prêtre soit plus détaché de toutes les choses du monde, plus dégagé de tous les soins temporels; qu'il ait son esprit plus élevé, plus pur, plus uni à Dieu que non pas les anachorètes qui vivent dans les montagnes les plus écartées du commerce des hommes : « Verumlamen bis non obstantibus necesse est ut sacerdos liberior, magis àlienus, ac denique rerum omnium mundanarum securior vivat quam monachi qui montes ipsos habitandos occupaient. » (Ibid.)
Cette raison, sans doute, deviendra plus convaincante, si l'on fait réflexion à l'obligation qu'ont les prêtres , non-seulement n'être dans le monde sans être du monde, sans vivre selon les lois et les maximes du monde, sans se laisser aller à la corruption du monde; mais de plus, qu'un prêtre" doit guérir le monde de la corruption, dissiper Tes ténèbres du monde nar sa doctrine et sou bon exemple, en être la lumière et le sel : Vos estis dix mundi, vos estis sal lerrœ..C$ qui ne pourra se faire, s'il n'est pas dans une sainteté consommée: autrement, n'est-il pas à craindre qu'il ne devienne à scandale? car ses défauts ne sauraient se cacher : il est posé sur le chandelier; il est élevé sur le haut de la montagne ; au lieu que le moine, dit saint Chrysostome, quand même .il no serait pas encore parfait, quand il aurait en lui divers défauts, il ne fera du moins tort qu'à lui-même, et ses vices demeureront cachés avec lui dans la solitude: « Quisquis viliis multis cura laborat, eadera illa potest soliludine dissimulare, atque obtegere, sicque intra se continere, ne in opus erumpant, proplerea quod nullorum conviclu hominum utatur. » (Lib. vi. De sacerd., cap. 3, n. 22.) Il est donc de l'état du prêtre qu'il soit plus saint, plus parfait, plus vertueux, plus irrépréhensible que le moine.
Ajoutons à toutes ces considérations une raison nouvelle : il y a cette différence entre le prêtre et le moine, que le prêtre n'a aucun asile, aucun lieu de retraite, aucune maison de refuge pour s'ôter hors des occasions, et pour remédier à sa conscience, lorsque le péché y a fait quelque plaie. Où ira-t-il pour fuir le lieu, la personne, la chose qui l'a blessé? A-t-il seulement le temps d'aller faire
une relraite.de quelques jours? les grandes maladies se guérissent-elles en si peu de temps? Qui administrera les sacrements à son peuple, pendant son absence? de quoi vivra-t-il, s'il quitte le peu de bien que son emploi lui donne? Au lieu que le moine , comme un oiseau des bois, n'a qu'a prendre son vol et à changer de climat, quand il trouve celui où- il est dangereux à son salut. Il peut passer en une nouvelle solitude, éviter les objets qui lui ont été funestes, trouver un nombre infini de secours dont un pauvre prêtre est presque toujours destitue. Une vertu plus grande que celledu moine lui est donc nécessaire, et c'est avec grande raisonque notre expérimenté saint, dont on a extrait tous ces raisonnements l'a avancé : « Multo major vilœ integritas sacerdoti quam. monacho necessaria est. » (Lib. vi De sacerd. , cap. 2, n. 2.) D'ailleurs, les moines, après tout, ne sont que la plus illustre portion du troupeau fidèle: « lllustrior portio gregis Christi, m dit saint Cyprien (De discip. et habitu virff.), et le prêtre en est le pasteur. Or, nous l'avons vu île saint Chrysostome et des autres saints Père-», il doit y avoir autant de différence entre la piété du prêtre et du fidèle , du pasteur et du troupeau, qu'il y a de différence entre l'instinct et la raison, entre l'homme et la bêle ; et encore est-ce en dire trop peu, ajoute ce même saint : « Quanta inter se difl'erentiahomines rationis usum habentes, et pecora ratione carentia dissident, tantum sane discrimen inter eum qui pascit, et eos qui pascuntur esse velim, ut ne majus etiam exigam. »
Mais que dire de la vie laborieuse où le sacerdoce" dignement administré engage les prêtres , continue saint Chrysostome, et. qu'est-ce que les travaux de la vie monastique en comparaison ? Le moine n'a aucun* autre travail que celui de sa sanctification, du seul salut de son âme: libre de tout soin et de tout fardeau, il ne s'occupe que de sa perfection; le prêtre, au contraire, est accablé par toutes sortes d'affaires temporelles et spirituelles ; il est chargé de l'instruction des ignorants, de la correction.des pécheurs, de la perfection des justes, du salut de tous.; de la digne administration des sacrements, de la prédication de la parole de Dieu, de la direction des armes , de la promotion des bonnes œuvres; des cérémonies de l'Eglise,. du chant des louanges de Dieu, delà récitation du saint Office, de la visite des malades. Il doit répondre de tous les scandales qui arrivent, de tous les péchés qui se commettent ; en un mot,, il est assiégé d'un nombre infini de soins : ce qui fait avancer à saint Chrysostome, qu'autant il y a do différence entre un roi occupé du gouvernement de tout un royaume, et un simple particulier qui mène une vie privée, autant y en a-t-il entre le prêtre et le moine: « Monachorum certamen ingens , et labor inullus est; vorum si conferre quis volet instituti illius sudoros cura recte admirnstrato saeerdotio, certe tantum esse inter illa duo discrimen comperiet, quantum estimer.
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priva tu m et regem intervallum.» (Lib. vi De sacerd., c.k, n. 11.)
Mais ce qui démontre pleinement encore celte vérité, est ce qu'avance ce même saint, presque au même endroit; qui nous fera comprendre combien le sacerdoce est environné de périls , quelle vertu affermie il exige, combien est faible la vertu d'un solitaire, pour en soutenir le poids sans se démentir. Nous avons vu, ci-dessus, que saint Augustin témoigne que de son temps on choisissait dans les monastères les plus parfails d'entre les religieux pour enfaire des ecclésiastiques, et quecependanl l'expérience montrait qu'à peine un bon solitaire faisait un bon clerc : « Ex his qui in monasterio permanent, nonnisi probatiores atque meliores in clerum assumere solemus , cum aliquando eliam bonus monachus, vix bonum clericum facial. » (Epist. 76, Ad Aurel. episc. )Maish présenlsaihlChrysostoine ajoute à cette doctrine, nous assurant que souvent les meilleurs moines, quand ils sont admis au clergé, non-seulement ne font aucun progrès dans la vertu, mais encore qu'ils y perdent les dons et les grâces qu'ils y avaient apportés du désert, tant ils y trouvent d'obstacles a la perfection, de dissipation et d'occasions de se relâcher : « Atque eliam prœterquamquodad virlutem progressionem nullam faciant, eas eliam dotes quas secum atlnlerant plerique sœpe deperdunt. »
Voulez- vous, donc savoir, selon saint Chrysostome, quel est le moine digne du sacerdoce? C'est celui-là qui, parmi le commerce du monde et l'embarras des affaires, conserve la pureté de conscience d'un solitaire retiré dans les déserts; sa fermeté, sa sainteté, sa mortification, sa sobriété, et les autres vertus qu'on admire dans les anachorètes : « Si'quis exsistit qui vel mullorum hominum usum, convictumqueferens, possit item animi purilatem, constanliam, sanotimoniam , lolerantiam , sobrietatem , cœterasque virtutes quœ monachis insunt. » (Lib. vi De sacerd., c. 5, n. 21.) Que dis-je, s'il se trouve quelqu'un qui puisse posséder et conserver dans le monde ces dons précieux, avec encore plus de perfection et d'élévation d'esprit que les plus excellents solitaires ne les possèdent dans le désert, c'est celui-là qui peul être choisi pour en faire un prêtre : « Quin magis eliam incorruptos atque inconcussas servare, quam ipsi eliam nionachi servent, hiclibisane deligenduserit. » Jugez donc si le sacerdoce n'exige pas plus de sainteté que l'état religieux.
Dixième considération.
Excellents motifs qui doivent porter les prêtres à vivre saini>-ment, liiés desaint Chrysostome, dans son livre Du sacerdoce.
Entre tous les docteurs de l'Eglise, qui, dans la suite des siècles, ont parlé de la dignité sacerdotale, il semble qu'on ne peut en lire aucun dont les écrits répandent plus de clarté que ceux du grand saint Chrysostome. Il se retira au désert dans l'intention d'y mener une vie solitaire, et de ne songer
qu'à son propre salut; mais Dieu l'y conduisait comme dans une école propre à !e disposer au sacerdoce, et à travailler au salut d'un peuple immense. Il ne songeait qu'à se cacher sous le boisseau de l'EglTse, et la Providence avait dessein de le poser sur le chandelier de l'Eglise, afin que toute la terre fût illuminée des rayons de sa doctrine et de sa sainteté. On voulut, quelque temps après sa première relraite, l'élever à l'épiscopat; il évila prudemment cetle conspiration qu'on faisait contre son humilité, et, par un elfe t d'un zèle charitable, il fit tomber ce sort sur son ami Basile, qu'il jugeait plus capable que lui d'un emploi si important. Le pieux artifice dont il usa pour éviter un tel poste, fut un sujet de plainte à celui qu'il avait substitué en sa place ; ils eurent là-dessus une conférence qui fait le sujet de ce livre Du sacerdoce, et qui contient les raisons, ou plutôt les vives lumières dont le Saint-Esprit éclaira l'obscurité de sa relraite, pour lui faire éviter un tel fardeau ; et ce sont ces mêmes raisons, recueillies avec ordre et méthode; qu'il est bon de nous mettre devant les yeux , puisque nous sommes à présent dans les mêmes circonstances où ce grand saint se trouva pour lors. Retirés comme lui, destinés aux autels comme lui, plaise à Dieu que nous y soyons disposés comme lui. Tout lui parut grand dans le sacerdoce, quand il l'envisagea de près ; et voici le précis fidèle des vues qu'il en eut et des sentiments qu'il en conçut. 11 considéra donc, comme il le rapporte lui-même, il considéra avec étonnement, dans l'imposition des mains, Ja grandeur de la dignité qu'on reçoit; la grandeur des obligations que l'on contracte; la grandeur des périls où l'on s'expose; la grandeur des mystères que l'on traile; la grandeur des difficultés que l'on trouve ; la grandeur de la perfection que l'on professe; la grandeur des vertus, des souffrances et des travaux où l'on s'engage ; et enfin la rigueur du compte qu'on en rend. Abattu par tant et de si puissantes réflexions, il s'enfuit dans le désert, et renonça au sacerdoce ; mais celui qui l'avait renversé le redressa pour lui faire recevoir celte dignité, qu'il n'avait méritée qu'à cause qu'il ne s'était pas jugé digne de la recevoir. Les excellentes pensées qu'il eut là-dessus, et qui paraissent les plus instructives et les plus édifiantes pour nous, peuvent se rapporter à quatre chefs : au sacerdoce, considéré en lui-même, que nous recevons ; au sacrifice que nous offrons ; à la victime à laquelle nous communiquons ; à la prière que nous faisons en qualité de ministres de la religion. Examinons- les tous quatre séparément. Commençons par le premier motif.
Premier motif. — Combien le sacerdoce que nous ; recevons nous engage à vivre saintement.
Rien de plus sublime que l'idée de noire saint sur le sacerdoce. Il dit, premièrement, que le sacerdoce s'exerce, à la vérité, sur< la terre; mais, qu'on n'ait pas à s'y tromper,
lo(il RETRAITE POUR LES ORblNANDS.— ENTRETIEN XVIII. SAINTETE DES PRETUES. 1.SG2
qu'il le faut mettre au rang des choses célestes, et, par conséquent, qu'on doit y apporter des dispositions toutes divines : « Étenira sacerdotium ipsum in terra quidem peragitur, sed in rerum cœlestiutn classem ordineruque référendum est. » (Lib. m, cap. 3, num. 5.) Que c'est une de ces sortes de biens purement et gratuitement descendus d'en haut, d'une dignité élevée au-dessus des prétentions humaines, et qui, de sa nature, ne devait pas être exercée par des mortels. En effet, l'exercice d'une puissance qui remet les péchés, qui sanctifie les âmes, qui communique la grâce et le Saint- Esprit, qui produit le Fils de Dieu sur les autels, qui dispense des mystères ineffables, qui chasse les démons, qui ouvre le ciel et qpi ferme l'enfer; une semblable puissance, dis-je, est-elle du ressort des habitants de la terre? C'est donc à bon droit que cet aigle des Pères grecs, la considérant d'un œil épuré, nous assure qu'il la faut ranger au nombre des choses célestes et divines : «. In rerum cœlestium classem ordinemque référendum est. » Et il le prouve par les raisons suivantes :
Premièrement, il observe que Dieu seul, et immédiatement par lui-même, est l'auteur, l'instituteur et le fondateur du sacerdoce, et non aucune créature; que ce souverain Ouvrier ne s'est servi du ministère ni des patriarches, ni des prophètes, ni des apôtres, pour l'établir, et que c'est l'ouvrage de ses mains adorables : « Clerus opus manuum Dei , » comme parle un autre Père; et nonseulement qu'il ne s'est pas servi des hommes pour ce grand ouvrage, mais qu'il n'y a pas même voulu employer les anges et les archanges; qu'en un mof, il a voulu que le sacerdoce fût la production de sa sagesse et de son amour envers les hommes : * Quippe non mortalis quispiam, non angélus, non archangelus, non alia qmevis creata potentia; sed ipse Paracletus ordinem hujuscemodi disposuit. » (Ibid.) Quelque grands qu'aient été les plus célèbres prophètes et patriarches, et fondateurs des ordres les plus religieux, ce n'a pas été eux, non plus que les séraphins et les chérubins, que Dieu a voulu être auteurs de l'état ecclésiastique. C'est le Saint-Esprit lui-même qui l'a établi. Que si l'ouvrage lire de la dignité de son auteur, jugez par cette règle quelle gloire est celle du sacerdoce et quelles excellentes dispositions il demande en celui qui le reçoit.
Voici une nouvelle raison qu'ajoute notre saint : Le ministère des prêtres n'est rien moins que le ministère des anges, et nul autre que le Saint-Esprit ne pouvaitélever les hommes à entreprendre d'en faire les fonctions. Jugez donc à quelle société d'honneur vous êtes appelé; jugez de l'éminence de votre caractère et de votre rang : vous n'êtes pas seulement destiné à remplir la place que les anges déserteurs occupaient dans le ciel : vous êtes admis à exercer sur la terre un office qui semblait être réservé à l'ange : « lpse Paracletus mortalibus hominibus,
etiamnum in carne manentibus auclor fuit, ut angelorum ministerium animo coneiperent. » (Ibid.) Un mortel, revêtu d'une chair corruptible, entreprendre les fonctions des esprits bienheureux 1
Mais quoi I continue ce saint, n'est-ce pas trop peu dire? Il est vrai, c'est beaucoup que des habitants de la terre dispensent les mystères que les, cieux renferment : « Etenim qui terrram inoolunt, alque in ea versantur, bis commissum est, ut ea quee in cœlis sunt dispensent. » C'est beaucoup, et c'est au delà de nos espérances, que des hommes reçoivent une puissance dont notre Dieu très-bon et très-puissant n'a pas voulu accorder l'usage aux anges mêmes ni aux archanges : « His datum est ut poleslatem habeant quam Deus optimus neque angelis neque archanjijelis datam esse voluit, » puisqu'en effet c'est aux prêtres, et non aux anges, à qui le Fils de Dieu a adressé ces paroles : -< Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel : « Neque enim ad ilios dictum est : Quœcunque alligavtritis in terra , erunt alligata et in cœlo, et quœcunqnc solveritis in terra, erunt solula et in cœlo. y>(Matth. xvm, 18.) Or, quelle sainteté cela n'exige-t-il pis?
Aussi, continue toujours le mêuie saint, et ajoutant raison sur raison et lumière sur lumière, le prêtre ne doit pas être moins pur en ce monde même, que si, déjà placé au milieu des anges et des bienheureux dans le ciel, il participait à leur sainteté consommée : «■ ldcirco necesse est sacerdotem sic esse purum, ut si in ipsis cœlis collocatus inter cœlestes illas virtutes médius staret. » (Lib. ni, cap. 3, num. 5.)
C'est pourquoi, s'en prenant a son ami, qui prétendait lui persuader de recevoir le sacerdoce, il lui dit avec une sainte indignation : Cessez, cessez donc de vouloir m'engager dans un état où je m'attirerais un jugement aussi terrible qu'inévitable : « Desine ergo nos protrudere, in sic inevitabilis judicii aleam. » Car il ne s'agit pas seulement, dans un semblable emploi, de nous charger de la conduite d'une armée ni de l'administration d'un royaume, de quoi , après tout, un homme peut se rendre capable : « Neque enim nobis hic res est de ducendis militibus, aut de regno adminislrando, » mais d'un ministère qui demande la vertu d'un ange : « Sed de funclione ea quaa angelicam virtutem requirit. » C'est-àdire qu'afin d'exercer dignement les fonctions du sacerdoce, il faut être pur comme un ange, élevé au-des«us des choses terrestres comme un ange , uni à Dieu comme un ange, brillant et lumineux comme un ange ; car l'âme d'un prêtre doit être plus pure que le rayon du soleil : « Eteniiu sacerdotis aniinam solaribus radiis puriorem esse oportet. » Elle doit jeter les vifs rayons de sa sainteté jusqu'aux extrémités de l'univers : « Luminis instar, universum orbem illu- .str.intis, splendescere débet, » de peur que rUsprit-Saint ne se relire d'elle, et qu'elle
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demeure désolée et abandonnée : « Nequando Spiritus sanctus desolalum illum relinqual. » Quels donc ne doivent pas être les prêtres du Seigneur, puisqu'ils sont appelés à une vie si parfaite et si semblable à celle de ces intelligences supérieures et immatérielles, infiniment séparées du commerce de la chair et du sang : « Nos ad perfectiorem viam tenemur, et sicut supernae virtutes intellectuales et incorpore» vitam instituere jubemur. » (Serin, contra concub., in fin.) Jugez donc si vous n'êtes pas tenu à vivre saintement, et si celui qui se charge du caractère sacerdotal ne doit pas redouter un si pesant fardeau que celui de remplir tant d'importantes obligations.
Et ceci même est un nouveau motif qui fit beaucoup d'impression sur l'esprit de saint Chrysoslome ; c'est que l'apôtre saint Paul, quoique si consommé dans la sainteté, avait tremblé à la vue d'un si redoutable ministère; le seul titre du chapitre où il étend cette considération , donne de la surprise :« Ipsum etiam Paulum limuisse bunc principatura. » (Ljb. m, cap. 6, n. 13.) Puis il poursuit ainsi*: Personne, dit-il, n'a jamais aimé Jésus-Christ avec plus d'ardeur que saint Paul ; personne ne s'est jamais rendu plus agréable à Dieu que cet apôtre; cependant cet homme, après tant de dons et de privilèges reçus de Dieu , tremble encore pour lui et pour ceux qui sont soumis à sa charge : «Christum nemo est qui Paulo vehementius dilexerit, nemo qui apud Deum gratiosior quam Paulus fuerit; lamen, post lot privilégia a Deo accepta, veretur adhuc ac tremit, principatus istius, subditoruinque suorum gratia. » Et celui-là tremble à qui Dieu a fait la grâce de le ravir jusqu'au troisième ciel, et de le rendre le dépositaire des secrets les plus divins; celuilà tremble que je puis dire avoir autant souffert de morts pour Jésus-Christ, qu'il a vécu de jours depuis qu'il lui eut engagé sa foi : « Atque hœc quidem dicit homo is, cui a Deo datum fuit, ut in lertium usque cœlum raperetur, ac divinorurn arcanorum particeps fieret; qui idem totidem, ut sic dixerim, mortes pertulit, quoi ipse dies post tidem Christo datam vixit. » Si donc le grand saint Paul, gardant si exactement les commandements de son Dieu, qu'il en faisait même au delà de ce qu'on exigeait de lui, qui n'envisageait dans son ministère que le seul bien des âmes qui lui étaient confiées, et jamais le 'sien propre, a redouté l'office pastoral, la dignité sacerdotale, le ministère apostolique, a trouvé terrible le poids d'un lel fardeau, que devons-nous faire nous autres? «Si igitur Paulus, Dei mandata sic observans ut majora etiam quam ipsi a Deo injuncta fuissent, prœslaret, nunquam suo ipsius, sed subditorum tantum commodo studens, sic ubique formidavit, magistratus sui molem expendens; quid faciemusipsi ?» Car un prêtre ne doit êlrerien moins qu'un homme qui s'intéresse et en ce oui
qui soit détaché jusqu'à le bien du prochain et
toutes les Eglises de et en ce qui concerne
regarde
I' univers en général, le salut d'uu chacun
en particulier ; n'envisager que
jamais son propre intérêt; qui soit prêt, avec ce divin apôtre, de devenir anathème pour ses frères, c'est-à-dire de se sacrifier pour eux : « Éjuscemodi enim convenit sacerdolem esse. » Or, s'il faut être tel pour s'acquitter des devoirs qu'impose le sacerdoce, jugez quel degré de sainteté il exige ; jugez de ce que vous devez être; au reste» s'il est vrai, ce qu'ajoute ce grand docteur,, que non-seulement un prêtre doive être tel qu'il vient de le dépeindre, avoir les vertus dont il a parlé, les dons et les grâces i mais que ce ne soit encore là que les premiers linéaments de ce qu'on attend delui ; que ce n'est rien en comparaison de ce qui reste à en^dire, ne faut-il pas avouer* qu'il fit sagement, en fuyant le sacerdoce* et en se retirant dans le désert, et que nous sommes , ou bien peu éclairés , ou bientéméraires, de demander avec empressement le sacerdoce? « Ejuscemodi enim convenit esse sacerdolem, quinimo non ejuscemodi tantum convenit esse sacerdolem,.
parva enim sunt ista , aut certe nulla pro eo quod ipse sum diclurus. »
Que pourrait-on ajouter de plus relevé»
et pour nous découvrir la dignité sacerdotale, et pour nous persuader l'excellence des dispositions que nous y devons apporter, si ce n'est peut-être ce nouveau motif,, que les prêtres, approchant plus près de Dieu, doivent être ornés de plus de sainteté que le reste des mortels?
En effet, pour ajouter le raisonnement de saint Thomas à l'autorité de saint Chrysoslome, plus une^chose approche-t-elle de son. principe, plus participe-t-elle à- la quar !ité de ce principe, plus en ressent-elle les impressions : « Quanto aliquid magis ap*propinquat principio in aliquo génère» taato magis participât ell'ectum illins principii. » (P. m, q. 27, a. 5, c) Voilà une maxime générale reçue de tout le monde ; d'où vient, selon saint Denis, que les anges, parce qu'ils sont plus immédiatement conjoints à la Divinité que ne le sont les hommes, participent aussi davantage aux effusions de la Divinité : « Unde Dionysius dicit quod angel i qui sunt Deo propinquiores, plus participant de bonitatibus divinis quam boulines. » Et c'est encore par cette mê-mc raison que la sainte Vierge a reçu la grâce en plus grande abondance, et avec une profusion toute autre que le reste des saints., à cause qu'elle était plus immédiatement unie à Jésus-Christ, la source de toute grâce:
« Beatissiiua Virgo Maria propi-nquissima fuit Christo , et ideo majorem debuit a Christo gratis» plenitudinem, quia propinquissima fuit auctori gralia). »
Cette vérité nous est insinuée dans l'Evangile par cette pauvre malade, qui disait : Si je touche seulement son vêtement, je serai guérie : Si tetiyero tantum vestimenta ejus,salva ero. (Matlh. ix, 29.)
Or, qui approche Dieu de plus près. que le prêtre? qui est plue élevé au-dessus da,
!565 RETRAITE POUR LUS ORDINANDS.— ENTRETIEN XVIII. SAINTETE DES PRETRES. IfiGtf
commun des hommes, que le prêtre? Un Pore, c'est Pierre de Blois, ne dit-il pas qu'ils sont: « Positi in superlativo gradu liominum ? » Un grand Pape n'ajoute-t-il pas qu'ils tiennent le milieu entre Dieu et les hommes? «lnter Deum et hominem médius constilutus, » qu'ils sont à la vérité audessous de Dieu, mais qu'ils sont au-dessus de l'homme : « Citra Deum, sed supra honiinern. » Qu'ils sont moins que Dieu, mais qu'ils sont plus que l'homme : « Minor Deo, sed major homine. » Moïse, ou plutôt Dieu, par la houche de ce grand législateur, disait auï Israélites : Voici ce que dit le Seigneur: Je serai sanctifié par ceux qui s'approchent de moi : Quia hoc est verbum quod dicit Dominas ; Sanctificabor in his qui appropinquant mihi. (Levit. x, 3,)
D'où vient donc qu'étant "prêtre, et vous approchant si souvent et de si près de Dieu, vous en rapportez si peu de sainteté ? D'où vient qu'allant tous lus jours à la source de la vie, et que touchant, non la rohe, mais la chair vivante et vivifiante de ce céleste médecin, vous êtes cependant toujours accahlé de langueur? D'où vient que, vous plongeant sans cesse dans cette fontaine de toute justice, comme parle le concile de Trente, « Chrislus fons omnis justitiœ , » vous êtes si peu pénétré des maximes des justes? Si vous trempiez votre langue dans l'or liquide, dit saint Chrysostome, vous la retireriez toute teinte et imbibée de ce précieux métal ; votre bouche est sans cesse arrosée du sang de Jésus-Christ, et vous êtes sans amour : « Si in aurum liquefaclum linguam immergeres, eam auream retrahe- l res, quid est quod amori immersus amorem non sentis ? >; Un ruisseau est d'autant plus pur qu'il est moins éloigné de sa source; plus un corps est voisin du soleil ou du feu, plus il est lumineux et brûlant; vous suivez celui qui vous assure qu'il est la lumière du monde, et que celui qui le suit ne marche point dans les ténèbres: Ego sum lux mundi ; qui sequitur me non ambulut in tenebris, sedhabebil lumen vitœ- (Joan.vm, 12.) Et cependant vous gémissez dans l'obscurité des vérités ecclésiastiques et chrétiennes; vous vivez dans la région de la lumière, près de celui qui éclaire tout homme venant en ce monde : Illuminât omnein hominem venientem in hune mundum (Joan. i, 9); et on ne voit en vous ni science lumineuse, ni exemple édifiant? Le Prophète vous crieque vous serez illuminé, si vous approchez de
Dieu, que votre visage ne sera pas confondu : Accedite ad mm, et iliuminamini, et fa' des vestrœ non confundenlur. (Psal. xxxm, 6.) Moïse, pour avoir conversé avec le Seigneur sur la montagne, en descendit tout éclatant : vous vous approchez sans cesse de Dieu, vous lui parlez seul à seul, vous le touchez et le recevez dans votre cœur, et vous en revenez confus, et votre visage n'est ni éclairé, ni n'éclaire? Vous êtes perpétuellement uni à la Divinité , pourquoi donc n'êtes- vous pas un homme tout divin? Vous plongez le vase de »otre cœur dans une mer
de grâce, et vous l'en rapportez vide! Vous êtes à toute heure au milieu du feu, et vous êtes tout glacé 1 Deus noster ignis consumens est. (Hebr. xn, 29.) Jésus-Christ a dit qu'il était venu mettre le feu en terre, et qu'il ne voulait rien, sinon qu'elle brûlât : Ignem veni mittere in terrain et quid volo nisi ut accendatur? (Luc. xn, 49.) Et, comme dit saint Augustin, l'homme s'échauffe quand il s'approche du feu, il se refroidit quand il s'en éloigne : « Homo accedendo ad i^nem fervescit, recedendo frigescit. » Est-ce que vous pouvez cacher du feu dans votre sein, sans brûler vos vêtements? Nunquid potest homo abscondere ignem in sinu suo, ut vestimenta illius non ardeant ? (Prov. vi, 27.) Comment donc pouvez-vous recevoir dans le vôtre cette fournaise d'amour, et demeurer insensible? « Ouomodo potest homo inter tôt ignés frigescere ? «Que les prêtres qui s'approchent du Seigneur, soient donc saints, de peur qu'il ne les frappe de mort : Sacerdotes qui accedunt ad Dominum sanctificentur, ne perculiat eos.(Exod. xix, 22.)
En effet, si pour réunir toutes ces vuest on vient à considérer, avec saint Chrysostome, l'honneur auquel l'homme est élevé parle sacerdoce, quel mystère incompréhensible il y a de voir qu'un vermisseau de terre, qu'une créature pétrie de chair et de Siing, soit admise à s'approcher de si près de la Divinité comme fait le prêtre : « Nain si quis consideretquantum id sit myslerium,. ut is scilicet qui homo ipse sit, carne et sanguine etiamnum constans, iisque invo- "utus, beat» atque immortali natures illi fieri propior queat. » (Lib. m, cap. 4, ini t. > Si quelqu'un, dis-je, peut bien attentivement méditer et pénétrer une si grande merveille, celui-là connaîtra à quel degré de gloire et de dignilé la grâce du Saint-Esprit a élevé les prêtres : « Tum probe intelliget quanto sacerdotes honore, quanta dignitate, Spiritus sancti gratia, dignata fece-* rit. » Il connaîtra quelle sainteté Dieu exigu d'eux; quelles dispositions sont nécessaires à celui qui exerce les fonctions d'un si redoutable ministère, ou qui veut se préparer à la réception d'un si divin pouvoir.
Mais, si le sacerdoce que vous recevez vous oblige à vivre saintement, le sacrifice que vous offrez ne vous y engage pas moins ; et c'est ce que saint Chrysostome, de la doctrine duquel nous ne nous éloignons pas, établit admirablement dans ce même livre, ainsi qu'on va voir.
Scconcf motif. — Combien le sacrifice que nous • offrons nous engage à vivre saintement.
Pallade rapporte une chose dans son histoire, qui peut sans doute extrêmement édifier notre piété, et qui ne fait pas peu à notre sujet. Il dit qu'étant allé visiter le célèbro abbé Macaire, il trouva devant sa porte un prêtre couché par terre, ayant tout le corps rongé d'ulcères, et dont les os mêmes de la tète étaient pourris : « Invenit jacenteru quemdam preabyterutu, toto corpore ulce-
ribus plénum, capitis autera ejus eliam ipsa ossa computruerant. » Il était exprès Yenu afin d'obtenir la guérison de cet étrange mal par les prières du saint, qui cependant ne voulait pas seulement l'entendre : « Se?l sanctus Maearius non suscipiebat eum. » Touché d'un tel spedaele, je me jetai aux pieds de saint Macaire, continue Pa'.lade, et je le conjurai de 'prendre pitié de ce pauvre malheureux; mais il me répondit : Il est indigne de la santé qu'il demande : Jndignus est ut sanilalem recipiat ; et je vous prie, ajoula-l-il, loin de lui marquer de la compassion, de le reprendre sévèrement : « Sed magis increpa eum, » et de l'exhorter à n'être pas si osé que de jamais s'approcher du saint autel, ni d'offrir à Dieu le sacrilice. « Etsuade ei ut non audeat accedere ad sacrosanctum altare Domini, et offerre sacrificium Domino; » car il s'est souillé dans le péché de fornication, et il a offert en cet état, et c'est à cause de cela qu'il est réduit où vous le voyez : « Quia fornicando offert, et propter hoc castigalur.» Portez-le donc à rentrer en lui-même, et à faire une pénitence proportionnée à la grandeur de sou crime, afin qu'il puisse recevoir miséricorde : « Suade ergo ei ut resipiscat, et condignara agat pœnitenliam, ut misericordiam a Domino mereatur accipere. »> Ayant ouï ce discours, j'allai trouver ce prêtre, et lui fis le récit de ce que m'avait dit saint Macaire ; aussitôt il tomba dans une effroyable agitation, il trembla, il frémit, et il jura que le reste de sa vie il n'aurait jamais l'audace de s'approcher du saint autel : « Et ille lerribiliter conturbatus intremuit, juravitque quia in exitum vitœ suae non usurparet ad altare Domini accedere. » Après quoi l'ayant fait entrer, le saint lui tint ce discours : Croyez-vous qu'il y a un Dieu à qui rien n'est caché ? « Credis quia Deus est queni nihil latet? » — Oui répondit ce prêtre, je le crois. — Si donc vous connaissez l'énormité de votre péché, et combien vous êtes coupable aux yeux du souverain Juge : « Si ergo cognoscis lanti criminis peccatum tuuni; » si vous sentez la main de Dieu appesantie sur vous, et qu'il a frappé votre corps de cette horrible plaie en punition de ce grand sacrilège : « Si castigationem intelligis pro qua causa lanti mali plaga in corpore tuo est, ideoque percussus es; » cessez de plus pécher, corrigez-vous à l'avenir, et pleurez le reste de vos jours, pénétré d'une vive douleur, devant celui que vous avez si grièvement offensé : « Cessa a tualis tuis, et corrige te de caetero, et confitere semper eum lacrymis pœnitentiae, et intimo cordis dolore in conspeclu Domini peccatum luum.» Afin quau jour du jugement vous puissiez concevoir quelque rayon d'espérance en la miséricorde de Dieu," et trouver grâce devant sa face : « Ut in die judicii possis aliquam misericordiam ac pietatem Domini invenire. » Ce pauvre prêtre protesta avec serment, que jamais il ne retomberait dans son péché, tpie jamais il ne s'approcherait du très-saint autel, que jamais il no consacre-
rait l'oblalion, et qu'il se réduirait au rang des laïques : « Dédit ergo sacramenlum se nunquam peccare, neque ad sacrosanctum altare accedere, nec oblationem consecrare, sed sicut laici sortem habere. » Telle fut la promesse que saint Macaire exigea de lui ; après quoi il lui imposa les mains, et le guérit.
Combien cet exemple est-il fort pour nous prouver l'horreur que Dieu a d'un prêtre qui porte une conscience criminelle à l'autel ; sans doute, dit saint Chrysostome, que c'est la chose du monde la plus détestable à ses yeux : « Nulla re Deus magis offenditur, quam quod peccatores etindigni, sacerdotii dignilate prœfulgeant : » jusque-là que c'est un moindre mal de voir des Chrétiens possédés par le diable, que de voir des prêtres infectés par la lèpre du péché ; chose horrible à penser : « Dico horribile quoddam atque tremendum : non est ita malum in EcclesiaDei dœmoniacos esse, sicut sacerdotes qui peccatorum sordibus inquinantur; hoc enim pessiraum est. » Il vaudrait mieux voir un démoniaque à l'autel, que d'y voitun méchant prêtre, qui, comme le démon, ne peut espérer que les flammes éternelles : « Multo igitur deemoniacopejorsacerdos qui, peccati sibi conscius, accedit ad altare; quoniam œternis tradetur flaramis. » (Hom. 83, in Math, vu.) Combien, encore une fois, cet exemple est-il fort pour nous prouver la pureté que Dieu exige de ceux qui s'approchent de ses autels, et qui lui offrent la victime de notre salul? combien prouve-t-il cette maxime de saint Grégoire, qu'un prêtre, assez malheureux pour souiller son caractère par le péché, ne doit pas espérer de salut, s'il ne s'abstient absolument d'exercer un pouvoir dont il est désormais indigne: « Ad œlernae salulis bravium in vanum se fatigat nisi honorem in quodeliquit, penitus derelinquall » Mais revenons à saint Chrysostome et à ses livres Du sacerdoce, puisque c'est la source d'où nous avons résolu de tirer toutes nos lumières aujourd'hui.
Quand je considère, dit ce saint, les mystères delà loi ancienne, ces cérémonies, ces sacrifices, ces habits sacerdotaux, cet autel des holocaustes, ce temple auguste, cette table des pains de proposition, ces parfums exquis, ce Saint des saints, ce silence et ce calme profond du sanctuaire où reposait l'arche d'alliance, j'avoue que je suis frappé d'une sacrée frayeur, et que l'idée religieuse que je m'en forme ne me donne pas une terreur médiocre : « Terribilia atque horrifica fuisse ferunt quœ gratiee tempus prœcesserunt, quod genus fuerunt vestes, etc. Sancta sanctorum , ingens intus quies atque silentium.» (Lib. m, cap. 3, num. 5.)
Mais, si quelqu'un veut ensuite jeter les yeux sur les mystères de la loi de grâce, il trouvera que les mystères anciens si majestueux, si redoutables, si terribles, ne sont rien en comparaison des mystères de la loi nouvelle : « At vero, si quis ea quae gratis tempus advexit, examinet, terribilia atque horrifica quœ dixi, judicabil admodum esse
1569 RETRAITE POUR LES OKPINANDS. — ENTRETIEN XYlll. SAINTETE DES PRETRES. 1570
levia, » etc. Il trouvera que la sainteté qu'on exigeait des prêtres anciens, n'est rien en comparaison de la sainteté qu'on exige des ministres de la loi nouvelle.
Voulez-vous en voir un exemple, conlinue-t-il, et reconnaître combien les prodiges nouveaux surpassent les anciens? rappelez dans votre mémoire un des plus surprenants spectacles que l'Ecriture expose à nos yeux ; imaginez-vous Elie, cet admirable prophète, lorsqu'il combattit contre les prêtres de l'impie Jésabel : « Ponito ob oculos Eliam illum. >• Représentez-vous un autel sur le haut du mont Carmel, une victime mise sur cet autel ; Elie qui s'applique au sacrifice, un peuple immense prosterné qui l'environne, tout le inonde dans un silence profond , dans une crainte religieuse, dans une attention souveraine : « Ponito ob oculos Eliam illum, praeterea et infini ta tn illam turbam circumfusam, et sacrificium lapidibus superpositum, tura vero reliquos omnes admodum quietos et tacilurnos. » Le prophète seul se tenant droit, les yeux et les bras élevés au ciel, et faisant sa prière à Dieu : « Solum autem prophetam preces fundentem. » Ensuite imaginez-vous nu feu qui descend du ciel, et qui consume la victime, une flamme qui voltige sur tout l'autel : «Flammam repente e cœlo delabentera, sacrilîciumque ipsum lambentem. » O Dieu 1 peut-on se figurer rien de plus surprenant et de plus grand? « Mira sunt ista profecto, ac stupore omni plena. »
Mais arrêtez-vous, et revenez de voire étonnemenl ; tournez à présent les yeux de notre côté, et considérez nos mystères, et vous verrez qu'ils sont incomparablement plus dignes d'admiration, et qu'ils surpassent infiniment tout ce que les anciens ont de plus terrible et de plus étonnant; et par conséquent qu'ils demandent dans le prêtre qui les opère une sainteté incomparablement plus grande :« Ab illis ergo sacris ad nostratia sacra te confer : nec ea mira modo esse videbis , sed etiam omnem stuporem excedentia. »
Otez tout cet extérieur pompeux qui impose, regardez des yeux de la foi un prêtre de Jésus-Christ à l'autel : vous ne remarquez pas là de feu matériel qui descende du ciel, je l'avoue ; niais, éclairé d'une plus haute lumière, ne découvrez-vous pas, au lieu d'une flamme visible, le Saint-Esprit même que le prêtre porte: « Adest enim sacerdos, non ignem gestans, sed Spirilum sanctum. » Les prières qu'il lait à Dieu ne font pas descendre du ciel un feu extérieur qui dévore les dons sacrés posés sur l'autel, il est vrai ; niais elles attirent la grâce qui, découlant par le sacrifice, cause un saint incendie dans les cœurs, et, les embrasant d'une divine ardeur, les rend plus purs que l'argent le plus raffiné dans le creuset : « 1s preces diuturnas fundit, non quo flamma, cœlitus delapsa, sacra apposita absumat; sed ut gratia in sacriliciuiii influens, per illud.ipsum omnium animos intlainmet, et puriores reddat argento igné excocto purgaloque. » Et c'est lu véritablement un mystère terrible, et qui
doit nous causer, tout autrement que les anciens , une frayeur sainte : « Hoc ergo mysterium omnium maxime horrenduni verendumque. ><
En effet, lorsque, d'un œil éclairé par la lumière de la foi, vous envisagez sur nos aulels le Seigneur immolé, le prêtre attentif au sacrifice, et élevé à Dieu par la prière; le peuple fidèle environnant en foule cet autel, et qui commence à rougir et à devenir teint du sang précieux qui rejaillit sur lui ; de bonne foi, vous semble-t-il encore être sur la terre, et vous voir au rang des mortels? « Nain dum conspicis Dominum immolatum, et illic situm sacerdotem sacrificio incumbenteru , ac preces fundentem , tu m vero turbam circumfusam pretioso il îo sanguine inlingi ac rubefieri, etiamne inter mortales versari atque in terra eonsislere censés?» Ne vous semble-t-il pas, au contraire, être dans ce moment tout d'un coup transporté dans le ciel ? « An poli us e vestigio in cœlis tiansferri?» Ne vous semhle-t-il pas que, dépouillé de tout le sensible, votre âim\ dégagée de la matière et de tout l'être créé, d'un œil libre et d'un esprit pur, vous contemplez de vos yeux ce qui se passe dans le ciel : « An non, earnis cogitalionem omnem abjiciens, nudo animo, mente pura, circumspicis quse in cœlo sunt ? v O miracle l ô bonté I celui qui là-haut règne assis dans le trône du Père, dans ce moment même, est louché des nuiins de tous, et se livre à ceux qui veulent le recevoir et l'embrasser : « O miraculum 1 o Dei benignitatem ! qui cum Paire sursum sedet in illo ipso temporis arliculo omnium manibus pertractatur, ac seipsum Iradit volenlibus ipsum excipere atque complecti. » Merveille qui, bien éloignée de tout prestige, est vue par autant d'yeux qu'il y a de fidèles présents : «r Fit autem id nullis praesligiis, sed apertis accircumspicientibus cireumsistenlium omnium oculis. »
Quelle sainteté n'est donc pas requise dans celui à qui Dieu confie un tel pouvoir? quelle éminenle vertu ne lui est pas nécessaire? de quels dons ne doit-il pas être orné? Mais, lorsqu'il a invoqué le Saint-Esprit sur nos autels, qu'il a opéré ce terrible et redoutable sacrifice, qu'il tient entre ses mains le Seigneur souverain de toutes choses, jo vous demande en quel rang le mettronsnous? « Cum autem i lie et Spirilum sanctum invocaverit, sacrificiumque illud horrore ao reverentia plenissimum perfecerit, commun» omnium Domino manibus pertractalo, qusero ex te quorum illum in ordinecollocabimus?» (Lib. vi, cap. 3, nom. 8.) Quelle intégrité de vje, quelle immense religion n'avons-nous pas droit d'exiger de lui ? « Quantam vero ab eo integritatem exigemus, quantam religionem? »
En effet, poursuit toujours cet incomparable Père, cet éloquent docteur, cet aigle de l'Eglise grecque, considérez quelles doivent être les mains qui servent à un si divin ministère ? quelle doit être la langue qui rougit d'un tel sang, la bouche qui sert d'organe à
ŒUVRES COMPLETES DE DE LA CllETARDtE.'
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de telles paroles? « Considéra enira quales inanus hœc administrantes esse oporteat , qualem linguara, quœ verba illa effundat? » En un mot, de quelle plus grande pureté, de quelle plus haute perfection que tout le reste des créatures ne doit pas être enrichi le cœur de celui qui reçoit un tel hôte, le Saint des saints, le Saint-Esprit même, auteur de toute pureté : « Qua denique re nonpuriorem sanctioremve esse conveniat animam quœ tantum illura tamque dignum Spiritum receperit. »
Au moment de l'oblation de ce sacrifice auguste, les anges se tiennent droits auprès du prêtre comme ses coopérateurs : « Per ii tempus et angeli sacerdoti astant; » les hiérarchies célestes font retentir leurs clameurs religieuses : « Et cœlestiuni potestatum universus ordo clamores excitât. » Et tout le sanctuaire, au milieu duquel est l'autel, se trouve rempli d'une multitude infinie d'anges, qui viennent en foule honorer celui qui s'immole ; ce que nous ne pouvons nous dispenser de croirede la dignité d'un si grand sacrifice qui s'opère alors : « Et locus altari vicinus in illius honorem qui immolatur angelorum choris plenus est ; id quod credere abunde licet vel ex tanlo illo sacrificio quod tu m peragilur. »
Sur quoi je suis bien aise de vous faire part d'une histoire que j'ai apprise d'un homme digne de foi : Un saint vieillard d'une admirable sainteté de vie, et digne d'avoir été favorisé de plusieurs révélations célestes, assura que Dieu lui avait manifesté celle-ci : « Senem quemdam virum admirabilem, ac cui revelationum mysteria mulla, divinitus fuissent détecta, narrasse se tali olim visione dignum habilum a Deo esse. »
Assistant une fois au sacrifice, il vit tout d'un coup une multitude d'anges revêtus de vêtements tout éclatants de blancheur, entourant l'autel, se tenant debout, et baissant la tête, ainsi que les soldats devant leur roi : « Derepenle angelorum multitudinem conspexisse, candidis vestibus indutorum, altare ipsum circumdantium ; denique sic capile inclinatorum, ut si quis milites prœsenle rege videat. »
Après cela, pouvons-nous douter que le sacrifice que nous oifrons tous les jours ne nous soit un engagement de mener une vie sainte; ou plutôt, et pour parler d'une manière proportionnée à de si grandes idées, et si véritables, pouvons-nous n'être pas convaincus de celte vérité sortie de la bouche du même saint Chrysoslome, qu'il est nécessaire qu'un prêtre soit aussi pur, aussi saint, aussi divin, que si, transporté dans le ciel, il vivait au milieu des bienheureux et des anges? « ldcirco necesse est sacerdotera sic esse purum, ac si in ipsis cœlis collocatus inter cœ'.esles illas virtutes médius staret. » Demandons à Dieu la grâce ce notre état, et promettons-lui d'y être fidèles. Humilions-nous dans ce que nous sommes et de ce que nous devons être, et, nous unissant à la société de tous les prê-
tres de l'Eglise de Jésus-Christ, prions Dieu de nous faire participer à la bénédiction que l'évêque qui nous a conféré la dignité du sacerdoce, a répandu sur nous au jour de notre consécration : « Da, quaesumus, omnipotens Pater, in hos famulos tuos presbyterii dignitatem; innova in visceribus eorura spiritum sanctitatis. » Et après avoir considéré combien le sacerdoce que nous recevons, et combien le sacrifice gue nous offrons nous engagent à vivre saintement, convaincons-nous à présent de la même obligation, considérant la victime sainte à laquelle nous communiquons et nous nous unissons, que nous immolons, et dont nous nous nourrissons, et cela par les seules pensées et les propres expressions du grand saint Chrj'sostome, dans ses excellents livres Du sacerdoce, afin que, s'il se peut, elles fassent sur nos esprits les mêmes impressions qu'elles firent autrefois sur le sien.
Troisième molif. — Combien la victime à laquelle nous communiquons nous engage à vivre saintement.
Nous avons observé plusieurs fois l'esprit des saints sur cet article, et montré par leur doctrine combien la participation que nous avons à l'Eucharistie, nous engage à vivre saintement.
Premièrement, à raison de l'union intime que nous y contractons avec le Saint des saints, dont la chair adorable qui sert d'instrument à la divinité afin de nous communiquer la grâce, se mêle heureusement pour nous, et se confond avec la nôtre, pour n'eu faire plus qu'une; et accomplir dans ces noces spirituelles plus véritablement cette parole que dans les mariages de la terre: Eruntduo incarneuna.(Matth. xix,5.)Car, dansce sacrement, pournousexprimerencoreavecle mêmesaintChiysoslome,iln'apassuffiau Fils do Dieu de seiaire chair pour nous : « Neque enim illi satis fuit hominem lieri, colapliis caedi, et crucifigi. » (Dominic. infra octav. n, noct. 2.) Il a voulu aller plus loin, en s'unissant et se mêlant avec nous : « Veium et semetipsum nobis commiscet. >> Et cela non-seulement en esprit et par la foi ; mais réellement, nous faisant devenir en un sens sa propre chair, et nous incorporant à lui : « Et non fido tantum, verum et ipsa re, suum ellicit corpus, et per omnia nos sibi coagmentat. » De sorte que nous comprenons par là ce que veulent nous donnera entendre les docteurs les plus anciens de l'Eglise, lorsqu'ils nous disent que par la communion nous devenons d'autres Jésus - Christ , ou plutôt que nous n'en faisons mystiquement tous qu'un seul. Et y a-t-il de quoi s'en étonner, puisque même la foi nous apprend que Jésus-Christ, dans ce sacrement, nous est donné comme notre viande et notre aliment, qui constamment ne fait plus deux substances avec celui qui l'a mangée, et qui s'en est nourri ; mais une seule. L'unique différence qui se trouve entre te pain céleste, ce pain vivant et vivifiant dont nous nourrissons notre âme, cl le pain mort
1375 RETRAITE POUR LES ORDTNANDS.— ENTRETIEN XVIll. SAINTETE DES PRETRES, liylé
et terrestre dont nous sustentons notre corps, consistant en ce que nous faisons passer celui-ci en notre substance, et que celui-là nous fait passer en la sienne, selon celte célèbre parole de saint Augustin : « Cibus s uni grandiuin, crescc, et manducabis me, nec tu me in le mulabis, sicut cibum caritis luœ, se<J lu mulaberis in me. (Confess., lib. vu, c. 10.) Et celle-ci de saint Léon: La participation, dit ce grand Pape» que que nous avons au corps et au sang de Jésus-Christ, n'opère rien moins que de nous faire passer de l'être que nous avons à celui qu'il a : « Non aliud agit participait corporis et sanguinis, quam ut in id quod sumimus, transeamus. » Or, à quelle éminente sainteté cela seul n'engage-t-il pas un prêtre qui communie tous les jours, et qui ne cesse de travailler à cette divine transformation? Mais, en second lieu, les Pères tirent un second argument pour établir celte obligation, des effets que produit en nous ce divin aliment, dont le principal consiste à nous donner ou conserver la vie spirituelle de l'âme, qui n'est rien moins qu'une participation de la vie de Dieu même; vie qui, ne devant pas demeurer oisive, porte sans cesse à faire des actions qui se sentent d'un principe si excellent : « Operamini non cibum qui périt, sed qui permanet in vitam eeternam. >. En effet, dit encore saint Chrysostome, les mères ont souvent assez peu de naturel pour donner à nourrir leurs enfants à des nourrices étrangères : « Parentes fil îos seepe aliis tradunt alendos. » Mais Jésus-Christ a pour nous des entrailles plus tendres : « Ego auteui ait Christus, non ita. » Plein d'une cordialité sans égale, il veut réunir en lui seul l'amour que les enfants partagent d'ordinaire entre la nourrice et la mère : « Et mater et altor, >< il nous sustente de sa propre chair, de son propre sang, de sa propre substance : « Sed carnibus meis alonet meipsum vobis appono; » et par conséquent, combien nous met-il dans l'obligation de faire des œuvres qui tiennent d'une vie si divine : « Generosos vos esse volens, «c'est-à-dire j'attends de vous des vertus très-parfniles, des entreprises héroïques sur vous-mêmes, des victoires consommées sur le diable, le monde et la chair : « Generosos vos esse volens. » J'altends de vous que, vous nourrissant de moi, je vivrai en vous et vous en moi, et que vous ne vivrez plus que pour moi : Et qui manducat me, et ipse vicet propter me. (Joan. vi, 58.) Parce que, comme observent les premiers Pères, si les anciennes Ecritures portaient que Jésus-Christ devait mourir pour nous, les nouvelles Ecritures portent que nous ne devons vivre que pour lui.
Enfin, ce qui met le comble à cette obligation de vivre saintement, parce que nous nous nourrissons de l'Eucharistie, est cette autre excellente et peu connue vérité de la théologie des Pères, qui nousenscignent que, par l'Eucharistie nous sommes divinisés, en ce que, devinant une même chair avec
Jésus-Christ, un même corps avec Jésus- Christ, il s'en suit que, n'étant plus qu'uni; même substance avec lui, nous participonsen un mot à l'union hypostatique du Verbe substantiellement uni à I humanité de Jésus- Christ; nous en ressemons les impressions et nous devenons mystiquement alors, ainsi qu'on vientde le dire, d'autres Jésus-Christ $ ou plutôt nous ne faisons plus qu'un seul Jésus-Christ, le chef et les membres; la prière de ce divin Sauveur à son Père ayant alors son effet : Ut sint unum, sicut et nos unwnsiimus (Joan. xvu, 11); ego in eis et tu in me, ut sint consummati in unum. {Ibid., 23.) D'où il s'ensuit nécessairement que nous sommes obligés de mener une vie parfaite, parce que, selon la maxime reçue, l'action doit Répondre à l'être : « Operari sequitur esse. » Or, nous acquérons par l'Eucharistie un être divin, parce que la personne perfectionnant la nature « persona est ultiiiiuiû nalurœ complementum, » et devenant comme une même substance par l'Eucharistie avec Jésus-Christ, nous sommes censés, en certaine manière, parthiper.aux effets de la personne divine, perfectionnant et terminant la nature de Jésus-Christ, nous unissant substantiellement par la communion à son humanité, s'il est permis de s'exprimer ainsi. Doctrine néanmoins qu'il faut entendre avec le sel de la modération évangélique ; et par là, nous entendons ces expressions ordinaires des saints, que l'Eucharistie est le sacrement de perfection ; qu'elle nous divinise; qu'elle nous fait opérer les œuvres de Dieu, opéra I)ei. (Joan. vi, 28. )
Tout ceci concerne le prêtre d'une façon toute singulière, si nous considérons que le prêtre représente Jésus-Christ à l'autel, ou plutôt que Jésus-Christ n'est pas seulement dans le prêtre, quand il a communié, ainsi qu'il est dans les Chrétiens qui l'ont reçu à cette divine table; mais qu'il est dans le prêtre comme la vertu de l'agent principal est dans l'instrument dont il se sert pour faire un ouvrage. En effet, Jésus-Christ n'eslil pas, ainsi que la théologie l'enseigne, la cause principale de ce sacrement, et le prêtre le ministre? Si donc le prêtre produit Jésnsr Christ sur nos autels, ce n'est pas par un effet de sa propre vertu, ni une puissance humaine : «( Non sunt humanœ Yirlutis opéra hœc quœ proponuntur, » dit saint Augustin. (Fer. 2, Octav. corp. Christ. ) Le même Jésus-Christ, qui consacra les mystères dans la cène pascale, est le même qui fait encore tous les jours la même chose sur nos autels : « Qui tune ipsa fecit in illa cœna, idem ea nunc quoque facit. » Nous autres prêtres no sommes que les instruments dont il se sert, et que les ministres par lesquels il ;agit : « Nos ministrorum tenemus locuiu. » Nous agissons, il est vrai; mais celui qui sanctifie les dons, qui change les substances, qui fait cette transformation, est Jésus-Chri>t même : « Qui vero sanctificat et i m mutât, ipse est. » L'autel sur lequel nous célébrons n'a rien moins que la table du cénacle, sur laquel le Jésus-Christ opéra les divins mystères:
« Haec est illa mensa, et minus niliil habet.» Car ne croyez pas que Jésus-Christ étaitassis à celle-ci, et que ce n'est qu'un homme qui préside à celle-là; c'est le même Jésus- Cîiristqui préside aux deux : «Nonenim illam quidem Christus, banc autem homo perficit.» Jésus-Christ est également à l'une et à l'autre : « Verum et hanc ipse quoque. » C'est vous, ô ministres de Jésus-Christ, que celte merveille regarde : « Hœc ad vos dico ministrantes; » c'est vous qu'il applique à un si grand ouvrage. Tel est l'honneur que vous avez reçu de Dieu de coopérer, non ià la production du monde, mais à la production du Créateur du monde. C'est en cela que consiste votre gloire et votre bonheur ; c'est ce qui doit faire le sujet de votre récompense, si vous remplissez les grands devoirs desaintetéqu'imposeune telle dignité. « Hoc vos Deus insignivit honore ; hoc veslra dignitas est; hoc securilas; hoc omnis corona. » Et vous, ô laïque fidèle, je vous avertis que, quand vous voyez le prêtre à l'autel, offrant à Dieu cette adorable victime : «Verum et tu, laice, cumsacerdotem viderisofferentem,»vous ayez à ne le plus regarder comme un homme mortel, ni comme un prêtre opérant ce mystère, offrant ce sacrifice ; mais, éclairé des lumières de la foi, croyez très-assurément que vous voyez dans sa main étendue, dans son bras élevé et visible la main invisible de Jésus-Christ même : « Cum sacerdotem videris offerentem, ne ut sacerdotem esse putes, sed Chrisli manum invisibiliter extensam. » De quelle pureté ne doit donc pas reluire l'âme qui participe à un tel sacrifice? continue le même saint : « quo non igitur oportet esse puriorem tali fruentem sacrilieio? » {Dom. infra octav.) Y a-t-il un rayon de soleil qui soit plus pur que le doit être la main qui partage une telle hostie? « Quo solari radio non splendidiorem manum carnem banc dividentem? » la bouche qui est pleine de ce feu sacré, de ce charbon ardent? « Os quod igné spiritali repletur? » la langue qui est teinte de ce sang adorable? « Linguam quae tremendo nimis sanguine rubescit? »
que la victime sainte à laquelle nous communiquons, nousengage à vivre saintement?
Plaise à Dieu que, semblables au grand saint Martin, la perle des prélats, « gemma sacerdotum, » nous ayons à l'autel, sinon un feu extérieur qui sorte de nous, du moins un feu invisible qui embrase nos cœurs : « Dum sacramenta offerret beatus Martinus, globus igneusapparuit super caput ejus. » Que nous comprenions à quel degré de sainteté la communion à cette divine hostie nousen-
gage; quelle
obligation
elle nous impose
d'immoler notre chair, auparavant que d'oser immoler la sienne, de nous offrir en sacrifice avec nos convoitises, auparavant que d'offrir cet Agneau immaculé, cette victime et ce prêtre tout ensemble, de ne porter pas à l'autel une conscience souillée, qui nous empêche de jouir des chastes délices que les âmes pures y goûtent.
fc. Saint Romuald privait de la sainte table ceux de ses religieux qui s'étaient laissés aller au sommeil pendant la prière; que peuvent prétendre les prêtres qui ne prient point, ou de qui l'oraison n'est qu'un tissu de distractions ou de pensées vaines, et qui ne font presque pas d'efforts pour les chasser et se recueillir ?
Saint Jérôme, non-seulement ne se croyait pas en état de s'approcher de l'autel , lorsqu'il s'était laissé aller à quelque promptitude et mouvement de colère, ou quand il avait eu quelque illusion nocturne, il tremblait même quand il abordait les temples des martyrs, tant il se jugeait indigne de participer en cet état à ce mystère de paix et de pureté : « Si iratus fuero, aut me nocturnum phantasmadeluserit, basilicas martyruin intrare non audeo, ita totus corpore et animo contremisco. » Que peut espérer un prêtre sujet à de fréquents emportements et à des pensées déshonnêtes qui salissent son imagination, non point pendant qu'il dort, mais lorsqu'il veille, et qu'il ne les chasse que très-négligemment, pour ne rien dire de pis ?
Prêtres 1 à quel degré de gloire et d'honneur Saint Grégoire le Grand était si persuadé
que l'hostie de nos autels, à laquelle les prêtres participent par le sacrifice, exige d'eux une parfaite sainteté, qu'apprenant qu'on avait trouvé un pauvre, mort apparemment de faim et de misère, et se croyant chargé des besoins de tout le monde, il s'abstint de célébrer la messe pendantquelquesjours : « iEstimans euru stipis inopia ita per aliquot dies, ut dicilur, a Missarum celebratione vacando tristatus est. » (Lib. h Yitœ, n. 29.) Saint Charles en fit autant en réparation de quelque négligence commise dans les cérémonies du sacrifice. Que recevront à la table de Jésus-Christ ceux qui s'asseyent à la table de Jésus-Christ, sans avoir jamais fait asseoir à la leur Jésus- Christ? Quelle part à ce pain spirituel auront ceux qui n'en font aucune de leur pain matériel aux pauvres? Trouveront-ils miséricorde, ne l'ayant pas faite ? de la compassion, n'en ayant pas eu ? Et que dire de
êtes-vous,élevés? « Cogita qualis sis insigni tus honore? »à quelle table vous asseyezvous? « quali mensa fruaris? » Ce qui donne de la frayeur aux anges, ce qu'ils n'osent fixement regarder, à cause de l'éclat lumineux qui en rejaillit et qui les éblouit; c'est de cela même ilont vous vous nourrissez, à quoi vous vous unissez : « Quod angeli videntes horrescunt, neque libère audent intueri propter emicantem inde splendorem, hoc nos pascimur, buic nos unimur; » c'est cela même qui vous fait être un même corps avec Jésus-Chrisl, une même chair avec lui : « Et facti sumus unum Christi corpus et una caro. »
Il est vrai que nous avons déjà rapporté en d'autres endroits ces paroles, et plusieurs l'ois peut-être; mais peut-on les dire, peut-on les méditertrop souvent? onplulôt peut-on cesser de les admirer? et ne hqus convainquent-elles pas elles seules parfaitement de cette vérité,
1577 RETRAITE POUR LES ORDINVNDS. — ENTRETIEN XVIII. SAINTETE DES PRETRES. 1578
ceux qui n'observent ni rubriques ni cérémonies, et qui n'en font aucun scrupule? Que leur sert de laveries extrémités des doigts, avant de commencer le canon, et de témoigner par là qu'ils sont purs des moindres défauts volontaires, des plus légères taches, si leurâme est ternie de la poussière des affections charnelles ?
Pour revenir à saint Chrysostome, et pour montrer combien ce saint était persuadé que la victime sainte à laquelle les prêtres communiquent dans l'oblation du sacrifice, les engagea vivre saintement, nous rapporterons deux traits de son histoire qui prouveront parfaitement bien cette vérité.
On rapporte comme une chose publique et constante , que ce saint, célébrant les sacrés mystères, lors de la consécration du pain, tout ravi en Dieu, voyait à certains signes l'Esprit de Dieu descendre sur les dons sacrés posés sur l'autel : « Divinum panem consecrans , totus a Deo alïlatus , quibusdam signis videbat Dei Spiritum ad dona proposita descendere. » (Ex Sur. 1. 1, Januar. , p. 672.) Et qu'une fois, un des ministres qui l'assistaient à l'autel , ayant jeté une oeillade trop libre sur une femme , aussitôt notre saint se trouva privé de cette vision céleste : « Cum autem unus ex ministris, qui ei assistebant, in quamdam mulierem oculum conjecisset, ut eam curiose aspiceret, beato Joanni fuit depulsa visio sancti Spiritus. » Mais, ayant co'inu la cause de cette privation, il déposa le diacre de son office, et il.jouil à l'ordinaire de la faveur divine : « Ministrum stalim movit e sua statione, ipse vero consueta ne sic quidem est frustratus. » Ensuite il fit mettre un voile à l'autel, pour empêcher qu'on ne pût voira i'avenirde semblables objets :«Deinde, fat u ri curam gerens, jussit velis superiora inuniri tabulata. »
Une autre fois ce grand saint, ayant été témoin de l'emportement d'un évoque en colère, ne Voulut pas lui-même offrir les divins dons : «■ Alios jubet uivina dona offerre; » ne jugeant pus convenable d'aller à l'autel , ni même d'assister au sacritice, les oreilles comme profanées, et l'esprit souillé des tristes idées d'un semblable excès : « Non judicans esse sanctum , cum aures incubuerint , in talium refum cogitatione, a>sistere samiifiealis. » Si bien qu'il sortit, prenant un livre à la main, et se retira : « Ipse autem libello in manu sumpto, egreditur. «Tant il était pénétré de la piété, du recueillement, de la religion que demandent nos mystères. Qu'est-ce donc que d'y porter une conscience agitée de haine, un cœur plein d'amertume, des sens dissipés, des passions vives, un intérieur bouleversé ? La doctrine de ce saint est trèsconforme à ses exemples : Veillons sur nous, mes très-chers frères, disait-il a ses auditeurs, veillons sur nous, étant rendus participants de si excellents biens : « Allendaraus ilaque nobis ipsis, dilectissimi, lalibus fruentes bonis; » cl quand vous vous sentirez portés à la colère, ou à dire quel-
que parole messéante, ou émus de quelque autre désir déréglé , faites attention à quelle table vous vous asseyez, do quel aliment vous vous nourrissez, et à quelle société de biens vous êtes appelés : « Et cum aliquid turpe dicere voluerimus, vel nos ab ira corripi viderimus , vel alio quopiam hujusmodi vitio, consideremus quibus facli sumus digni; » et qu'une semblable réflexion serve de frein à vos mouvements désordonnés : « Talisque cogitatio nobis irrationabilium motuum sit correctio. »
Quatrième motif. — Combien l'exercice de la prière, dont un piètre est chargé, l'oblige à vivre saintement.
On n'a pas dessein de rappeler ici ce qui a été dit si au long ailleurs, de l'obligation étroite que les prêtres contractent de vaquer à !a prière : c'est une des fins que Dieu s'est proposée dans l'établissement du sacerdoce ancien : Tuli Lcvilasut serviant mihi pro Israël in tabernaculo fœderis, et orent pro eis ne sit in populo plaça. (Num. vin, 19.) C'est un devoir que l'Eglise nous a imposé très-expressément dans notre ordination, lorsqu'elle a promis à Dieu que nous vaquerons à la méditation de sa loi le jour et la nuit : « Tu, Domine, super hos famulos tuos, quos ad presbyterii honorem dedicamus, munus tua? benedictionis infunde, ut in lege tua, dieac nocte méditantes, quod legerint credant, quod credidtrint doceanl, quod docuerint imitentur. » Saint Jérôme nous assure que les prêtres doivent sans cesse prier pour le peuple : Sacerdoli pro populo semper orandum est. Saint Ambroise ajoute qu'il est de leur office de le faire fia nuit et le jour : Sacerdotes die ac nocte pro populo sibi commisso oportet orare. (In JI Epist. ad Tim. m.)
Eu effet, continue saint Chrysostome, qui sera assez hardi pour s'engager volontairement dans un tel emploi, s'il considère avec attention le haut degré de sainteté que la seule obligation de vaquer à la prière suppose en celui qui est honoré de la qualité de prêtre. Car, je vous prie, dit-il, quel doit être celui qui, par office, est tenu de prier pour une ville entière? Que dis-je pour une ville entière? C'est trop peu de chose. Disons plutôt, qui doit intercéder pour tout l'univers, et être comme l'ambassadeur et le député de tout le genre humain : « Qualem, quœso , oportet eumesse, qui, pro civitato ipsa tota ; quid dico, pro civitate? imo vero pro universo terrarum orbe legatus intercedit, deprecatorque est apud Deum?»(Lib.
vi Desacerd., cap. 3, num. 6.) Combien fautil qu'un semblable homme ait de mérite et de vertu ? Combien faut-il qu'il soit puissant auprès de Dieu, pour obtenir miséricorde sur les péchés des vivants et des morts? « Ut nonviventium modo, sed et mortuorum peccatis propitius fiât. » Pour obtenir de Dieu l'extinclion de toutes les guerres qui désolent le monde, et des divisions qui ruinent les familles, pour obtenir la paix et la tranquillité publique et privée; quel faut-il être pour cela ? c Deprecans quidquid ubique
OIÏCVHES COMPL. DE DE LA ClIKTARPIE. I.
bellorum est exstingui, turbas solvi, atque in horum locum , paceni ac felicem reruin statuai succedere. » Pour obtenir la délivrance de toute sorte de maux et de calamités, qui menacent d'accabler les Etats et les personnes, et une prompte délivrance : « Denique celerem malorum omnium unicuique imminentium , qua privatim, qua publiée, defunctionem postuîans. » Pour moi je ne crois pas que la sainteté d'un Moïse ou d'un Elie, ni que la confiance et la foi de ces deux grands amis de Dieu suffisent pour remplir parfaitement une telle obligation: « Equidem neque Moysis, neque Eliœ virtutem ac fiduciam unquam satis esse putaverim,ad supplicationera bujuscemodi peragendam. »
Le prêtre n'étant rien moins chargé que des besoins et des vœux de tout le genre bumain, dont il est établi le père : « Quandoquidem mundus il le universus concredilus est, omniumque sit pater. »
Surtout , parce qu'il ne lui est point permis de s'excuser, et de dire qu'il n'a pas été informé des désolations publiques ; qu'il n'a pas entendu le son de la trompeiie, ni prévu les guerres; tout cela sont de vaines raisons: « Neque licet ad excusationem confugere, neque vocern liane usurpare : Tubam non audivi ; bellum non praevidi. » (Lib. vi, cap.
1, num. 1.) Pourquoi s'est-il fait prêtre? pourquoi s'est-il engagé dans un état sans en a voir connu les obligations ? Il devait avoir appris du prophète Ezéchiel , qu'un prêtre est posé sur un lieu éminent, sur le sommet de la forteresse ou de la montagne, afin de prévoir de loin les effets de la colère de Dieu, et de la détourner par ses prières de dessus la tête des mortels; sans quoi, quelque prétexte dont il se couvre , il ne pourra jamais se mettre à couvert des rigueurs de la justice divine, quand même, par sa négligence, il ne serait cause que de la perte d'une seule âme: « Quippe in hoc seîlet sacerdos, ut Ezéchiel ait (vu, 14), ut aliis signum tuba canens det, et quaa futura sunt incommoda prfenuntiet; quo nomine supplicium nulla excusatione depellere poterit, quamvis unius duntaxat animœjactura accident.» Et, par conséquent, conclut ce saint , en s'adressant à son ami Basile, puisqu'il faut tant de grâces, de dons et de vertus à un prêtre; puisque le sacerdoce exige tant de crédit auprès de Dieu, tant de soins et tant de sainteté , cessez de vouloir me persuader de recevoir le sacerdoce, qui serait pour moi un écueil où je ferais un funeste et inévitable naufrage: « Desine ergo nos protrudere in sic inevitabilis judicii aleam. » (Lib. vi, cap.
2, num. 2.)
Tels ont été les sentiments de ce grand et humble saint, qui lui firent une si forte impression, qu'il se cacha dans le désert, et qu'il évita pour lors le fardeau du sacerdoce.
Au temps de la rénovation du culte de Dieu, sous le pieux roi Josias, l'Ecriture nous dit que le livre de la Loi, pour lors tombé dans un profond oubli , fut comme par hasard trouvé dans le temple par le prêtre
Helcias: Reperit in lemplo Helcias sacerdos librum Leqis Domini permanum Moysi, et dixit ad Saphan scribam : Librum Legis reperi in domo Domini. Deditque Helcias volumen Saphan, quiet legit illud. (II Parai, xxxiv, 14; IV Ileg. xxii, 18.) Ce livre, ainsi relevé de la poussière, et trouvé, ce semble par occasion, fut porté au roi à qui l'on dit que, comme on réparait toutes choses dans le temple, on avait aussi rencontré ce livre : Narravit quoque Saphan scriba régi, dicens : Tradidit mihi Helcias sacerdos hune librum. (IV Reg. xxii, 10.) Ce prince, ayant reçu ce livre, ordonna à ce docteur d'en faire là lecture en sa présence : Quem cum legisset Saphan coram rege , et audisset rex verba libri Legis Domini, scidit vestimenta sua. (Ibid., 11.) La seule lecture de ce volume fit un effet surprenant sur l'esprit de ce religieux roi; il se leva de son siège, il déchira ses vêtements, il s'écria: Nous sommes tous perdus, la colère de Dieu est prête d'éclater sur nos têtes : Allez, ajouta-t-il, s'adressant aux prêtres , allez et consultez Dieu, pour savoir s'il n'y a pi us de miséricorde pour nous. Ite, eteonsulite Dominum. (Ibid.. l3.)Car la justice divine ne peut qu'être irritée au dernier point contre nous, d'avoir vécu si peu conformément aux maximes de la loi sainte qui devait nous servir de règle, et que nous et nos pères avons négligée et entièrement oubliée : Magna enim ira Domini succensa est contra nos , eo quod non custodierint patres nostri verba Domini, verba libri hujus , ut facerent omne quod scriptum est nobis in isto volumine. (Ibid.)
Voilà où nous en sommes. Quand nous lisons, dans l'Ecriture, dans les saints Pères et les conciles, les devoirs des prêtres , combien ils sont obligés de vivre saintement, à quel degré de perfection ils sont tenus, nous sommes effrayés; ne pouvons-nous pas bien plus justement que ne le fit le pieux Josias, à la lecture du livre de la Loi, nous écrier, jetant les yeux sur notre conduite : Nous sommes tous perdus, si Dieu n'a pitié de nous; sa colère est d'autant plus à redouter, qu'elle éclate moins : car s'il est vrai que nous devons être jugés selon ces saintes maximes, et non suivant le peu de lumière de notre pauvre esprit, comme sans doute cela sera, où en sommes-nous réduits?
Lisons donc attentivement les canons de l'Eglise, les enseignements des saints Pères, les .oracles de l'Ecriture. Déplorons notre aveuglement, rejetons toute la surprise où nous sommes d'entendre une doctrine qui nous prêche des obligations si étroites, non sur le prédicateur, qui peut-être, à ce que nous pourrions faussement nous persuader, outrerait les choses , mais sur notre ignorance et notre oubli des devoirs les plus essentiels de notre état : condamnons nos ténèbres , et ne nous en prenons pas à la lumière.
Imitons ce prince religieux et ces Israélites convertis ; allons avec confiance, comme eux, consulter une prophétesse véritablement illuminée de Dieu : lerunt itaque sacerdotes missi a rege ad Iloldam prophetidem, quœ
I"8l RETRAITE POUR LES ORD1NANDS.- ENTRETIEN XVII. SAINTETE DES PUETKES. iSSiî
habitabat in Jérusalem, et locuti sunt ei verba guœ supra narravimus, (IV Reg. xx.ii, 14.) Adressons-nous à la très-sainteVierge, la reine du clergé, afin qu'elle suspende les fléaux de la colère de Dieu. Répandons îles larmes de dévotion ; affligeons-nous devant le Seigneur; faisons une sincère pénitence, afin que Dieu, attendri par nos pleurs, et fléchi par la puissante intercession de Marie, fasse retentir aux oreilles de notre cœur ces paroles de la bouche de notre médiatrice : Pro eo quod audisti verba voluminis, et pertcrritum atque emollitum est cor tuum, et liumiliatus es in conspectu l)ri, reveritusgue faciemmèam, scidisti vestimenta tua, et flevisli coram me; ego quoque exaudivi te, dicit Dominas. (Ibid.. 18, 19.) Et par conséquent, efforcez-vous d'acquérir, ou plutôt d'obtenir de Dieu cette sainteté, si nécessaire à l'état que vous avez embrassé, et à laquelle vous êtes tenu par tant de titres expliqués ci-dessus avec étendue : réunissez-les en une seule vue; vous êtes obligé de vivre saintement, de tendre à la sainteté, parce que la sainteté de Dieu même doit être le modèle de la vôtre; parce que vous devez être vous-même le modèle de la sainteté des autres ; parce que tous les noms que vous portez sont autant de titres qui vous engagent à la sainteté : le nom de clerc, de portier, de lecteur, d'exorciste, d'acolyte, de sous-diacre, de diacre, de prêtre, de vicaire de Jésus-Christ, d'ami de Jésus- Christ; tout cela vous prêche la sainteté; parce que votre corps et votre âme sont consacrés à la sainteté; parce que toutes vos fonctions sont saintes : la prédication de la parole de Dieu, l'administration des sacrements, l'oblation du sacrifice, la récitation de l'Office divin, la direction des âmes ; parce que vous êtes chargé de l'instruction des peuples ; do les prêcher de parole et d'exemple; de prier pour eux, d'intercéder pour eux, d'apaiser la justice de Dieu sur eux, d'impétrer les grâces de Dieu, qui leur sont nécessaires, qu'ils n'osent presque demander, et qu'ils ne peuvent se confier d'obtenir; parce que vous êtes établi ministre du sacrement de pénitence ; que vous avez les clefs du royaume descieux ; que vous réconciliez les pécheurs à Dieu ; que vous purifiez les âmes des souillures du péché; que vous les guérissez de leurs maladies spirituelles, que vous les perfectionnez dans la vie spirituelle; que vous exercez un pouvoir tout divin, et que Dieu n'a pas confié aux anges, ni à la bienheureuse Vierge Marie sa trèspure Mère ; parce que vous devez être plus saint que les prêtres de la Loi ancienne, et que les religieux les plus parfaits de la Loi nouvelle ; parce que les plus grands saints de l'Eglise, et l'apôtre saint Paul même, ont redouté les fonctions d'un si grand ministère. Toutes ces raisons ne suffisent-elles pas pour vous convaincre de l'obligation que vous avez de vivre saintement?
Oui, mais qu'appelez-vous être saint?
Suffit-il, pour en porter le nom et en avoir le mérite, de ne point être souillé de crimes et de péchés ; de n'avoir pas commis et de
n'être pas coupable d'adultère, de fornication, de simonie, d'usure, d'intempérance, d'injustice? Sans doute cela ne suffit pas ; car est-ce là une sainteté sacerdotale? Un laïque ne sera-t-il pas damné, s'il est noirci de ces excès ?« Sancturu non l'a c i t sola mundatio peccatorum. » Non, non, dit saint Chrysostome, ne vous y trompez pas, ce n'est pas assez d'avoir une conscience exempte de péchés pour être saint : « Sanctum non fecit sola mundatio peccatorum. » Cela ne suffit pas; et plût à Dieu qu'au moins nous eussions bien en nous ce premier degré de vertu ; mais voici ce qu'il faut encore : « Sanctum nonfacit sola mundatio peccatorum; sed quœdam eminentia et excellenlia magna virtutum, prœseutia Spiritus, et bonorum operum opulentia. » Où est donc celte conscience épurée de toute souillure de péché, libre de luxure, d'orgueil, de gourmandise, d'avarice?
Où sont ces vertus excellentes, et dans un grand degré : « Eminentia et excellentia magna virtutum? » Cette parfaite charité, cette vive foi, ce zèle ardent, cette pureté angélique, cette mortification constante et universelle?
Où est cette habitude de marcher sans cesse en la préspnce de Dieu : Ambula coram me, et esto perfectus (Gen. xvn, 1), était-il prescrit à celui qui était inférie-jr à Melchisédech, à qui votre sacerdoce est supérieur? Prœsentia Spiritas. Où, comme il est écrit de Moïse : Invisibilem tanquam videns sustinuit. (Hebr.\i,21.)
Où sont cette richesse et cette opulence en bonnes œuvres? Combien avez-vous détruit en vous de mauvaises habitudes ; extirpé de méchantes inclinations, dompté de vices et de passions, remporté de victoires sur vousmême? Où est celte colère détruite, cette paresse surmontée, cette envie, cette lâcheté, celte indévotion, et ces autres monstres immolés? Où sont ces aumônes que vous avez faites, ces secours spirituels ou corporels donnés au prochain, ce bon exemple, ces bons conseils, ces faméliques nourris, ces nus revêtus, ces prisonniers visités, ces morts ensevelis? Mais peut-être que vous aurez excellé en bonnes œuvres spirituelles. Quels ignorants avez-vous instruits? quels affligés avez-vous consolés? quels pécheurs avez-vous repris? « Et bonorum operum opulentia. »
Voilà ce qui fait la sainteté, voilà très-assurément de quoi nous ne sommes guère pourvus. Tout à la dignité et presque rien à la sainteté : « Certatur pro dignitate, et non curatur de sanctitale : totum deferlur dignitati, et parum aut nihil sanctitati. »
Finissons par une doctrine excellente de saint Ambroise, qui peut beaucoup nous animer à la perfection. L'obligation que nous avons de travailler assidûment à notre perfection, dit ce grand saint, nous est insinuée dans l'Ecriture, dès le moment de notre première formation. Il est dit dans la Genèse, lors de la création du monde, que Dieu, à mesure qu'il avançait ses ouvrages, voyait
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Ge qu'il avait produit, et que chaque chose était bonne en son espèce : Et vidit Deus quod esset bonum (Gen. i, 10, 12, 18, 21, 25), c'est-à-dire, qu'il n'y avait rien à désirer en elle pour sa perfection et son embellissement. Le soleil parut aussi brillant, dès qu'il sortit des mains adorables qui le fabriquèrent, qu'il l'est aujourd'hui ; les astres, les éléments, les plantes, les animaux, tout fut achevé en eux, tout fut fini, rien ne leur manqua de ce que demandait leur nature ; et, de cette multitude de belles parties, que ce sage Ouvrier forma et arrangea avec tant de justesse, de proportion, de magnificence, et qu'il unit ensemble avec une convenance et un rapport si admirables, il en résulta un tout encore plus merveilleux, cet univers, ce grand ouvrage de la puissance, de la sagesse et de l'amour de Dieu, et qui n'est plus nommé simplement bon, comme chaque créature en particulier : Et vidit Deus quod esset, bonum ; mais très-excellent et trèsachevé : Et vidit Deus cuncta quœ fecerat, et erant valde bona.(Ibid., 31.) Et, avec raison, dit saint Augustin, car telles sont la force et la vertu de l'intégrité, que, réunissant les beautés dispersées, elle en forme un tout parfait et achevé : « Tanta est enim vis et potentia integritatis et unitatis, ut quœ bona sunt, tune multo amplius placeant, cum in universum aliquod conveniunt atque concurrunt. (In Gen.,Contr. Manie, c. 21.)
Mais d'où vient, observe saint Ambroise, qu'après le sixième jour, à la formation de l'homme, il n'est point écrit que Dieu vit cet ouvrage , et qu'il était bon ? Quoi, la lumière fut créée bonne, les cieux, les étoiles, l'air, la terre, Ja mer, les plantes, les brutes, tout cela parut bon, parut fini, parfait, achevé; et l'homme, l'abrégé de l'univers, le chef-d'œuvre des mains de Dieu, celui pour qui tout le reste avait été fait, la fin et le couronnement de ce grand ouvrage, sera défectueux; il paraîtra dépouillé des qualités convenables à sa dignité et à la puissance de celui qui l'a produit? On ne dira point qu'il soit bon? Quel mystère est ceci? continue ce grand docteur : « Nam cura omnia opéra sua laudaverit Deus, cœlum, terram, maria, noctem et diem, quod ista proficerent ad usum laboris, illa ad fruclum quietis; laudaverit feras, bestias, ubi ad hominem venlum est, solus non videtur esse laudatus, propter quem omnia generata sunt. Quœ igitur causa est? » (De instit. virg., Ad Euseb., cap. 3.) En voulez-vous savoir la véritable raison ? C'est que l'homme n'était presque encore qu'ébauché; il n'avait pas atteint sa perfection ; il y avait bien des traits à ajouter à cet original pour le finir et le rendre lel qu'il devait être. Dieu avait achevé en lui ses desseins, quant à la nature, il est vrai; mais il devait encore lui donner la perfection selon la grâce, et enfin lui faire trouversa consommation dans la gloire, et mettre la dernière main à son tableau; l'obligation que Dieu lui imposa de travailler dans le paradis terrestre et de le garder : Ut operaretur et cuslodirel illum (Gen. il, 15),
n'était que la figure de l'obligation qu'il contractait de s'appliquer à la perfection de son âme par la culture des vertus que la Seigneur y avait plantées : Plantaverat autem Dominus paradisum voluptatis (lbid.); jardin spirituel, incomparablement plus agréable à Dieu, qui s'y était mis, que le jardin terrestre où Adam avait été mis : Ut operaretur et custodiret illum. De ce travail, de cette coopération à la grâce, de sa vigilance à pratiquer les vertus, à se garantir du péché, dépendait sa perfection dans l'ordre surnaturel, et la louange qu'il eût reçue de son auteur : c'eût été alors que Dieu l'eût vu d'un œil de complaisance, et que l'Ecriture eût dit qu'il était bon. Toute autre perfection inférieure, et qui lui était commune dans l'ordre de la nature avec les bêtes, n'était pas digne de lui, ni de la fin relevée à laquelle il était destiné. C'est pourquoi, encore qu'il fût si excellent, au moment même de sa production, nous ne lisons point : Et vidit Deus quod*esset bonum, comme à la naissance des autres ouvrages ; cela était réservé pour sa fin : « Merito ergo, » continue saint Ambroise, « alia in exordio laudantur, istius laudatio non proinitnr, sed reservatur. » Il fallait qu'il fût éprouvé et épuré comme l'or dans la fournaise, pour mériter d'être loué : « Ideo ergo honio non ante laudatur, quia ante probandus, et sic laudandus. » 11 fallait différer son éloge, pour le prononcer ensuite dans toute son étendue et autant qu'il l'eût mérité : « Merito ergo differtur ut sequatur ejus fœnerata laudatio : cujus dilatio non dispendium, sed incrementum est. » Le Seigneur ne jugea pas qu'il fût encore temps de regarder celte machine d'un œil d'approbation : « ldeo Deus non pulavit hominis fabricam esse laudandam, et ideirco laudatio ejus non in exordio, sed in fine est. » La fin devait couronner l'œuvre; le prix était préparé au bout de la carrière, et le triomphe devait être le fruit de la victoire : Nemo enim nisi légitime certaverit , coronabitur (II Tim. H,5), ajoute après l'Apôtre le même saint; et, en effet, l'événement fit voir que cette louange eût été prématurée et peu convenable à la connaissance de celui qui voit les choses futures comme les présentes. L'éloge n'était bon-que pour le reste des créatures et des autres animaux, qui devaient conserver leur perfection jusqu'à la fin du monde, et qui sont aussi excellentes aujourd'hui qu'elles étaient au moment de leur formation; mais non pour l'homme, que son auteur prévoyait devoir décheoir.
A quoi bon cette excellente doctrine?
Elle nous apprend que, quoique te baptême nous ait remis aux droits de notre première origine, nous ait rendu notre innocence, il s'en iaut bien que nous soyons encore parfaits; que nous devons travailler sans relâche à notre avancement, à garder soigneusement cette justice rendue, à cultiver ce jardin de délices que le Seigneur a planté en nous, à le défendre contre les assauts et les surprises de la convoitise et du démon,
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à en arracher les ronces des vices, et à y cultiver les fleurs des vertus; enfin, à nous appliquer continuellement à notre progrès spirituel, à acquérir la perfection surnaturelle pour laquelle nous sommes créés. La convoitise que le baptême nous a laissée, loin de nous être un obstacle à ce haut dessein, doit être au contraire pour nous un sujet de mérite et de récompense, de victoire et de triomphe; ôtons donc de nos cœurs cet orgueil, celte sensualité, celte avarice, cet amour- de nous-mêmes, celte colère, celle luxure et tous ces vices qui, semblables à des herbes désagréables et venimeuses, défigurent le jardin de notre âme : mettons-y l'humilité, la charité, la douceur, la piété, la pureté, la mortification, la dévotion, etc. Cultivons ces belles et utiles plantes; fermons-en les avenues au démon et aux ennemis de notre salut; acquérons la sainteté que Dieu exige de nous, comme un tribut dont nous lui sommes redevables, et après cela nous serons loués de la bouche même de notre Créateur : Tune laus erit unicuique a Deo. (1 Cor. îv, 5.) Avant cette heureuse conclusion, cette sainte consommation de l'œuvre de Dieu en nous, n'attendons aucun regard d'approbation, comme si tout était fait. C'est pourquoi le Sage, comme saint Ambroise l'observe au même endroit, nous avertit de ne louer personne avant sa mort, avant qu'il ait mis le comble à sa vertu, afin de nous conformer en cela au jugement de Dieu, et de ne pas le devancer par une imprudente précipitation :
« Ideoque Sapiens libi dicit : Ante mortem non laudes hominem quemquam (Eccli. xi, 30) ; lauda post mortem , magn'ifica post consuramalionem. » Et la raison que le Saint-Esprit en donne nous fait voir que toute autre approbation serait suspecte et sujette à erreur, parce que ce n'est qu'alors qu'on voit en vérité le fond du cœur humain et la qualité de ses œuvres : Quia in fine hominis nudantur opéra ejus. (76îd.,29.)
En effet, si Adam avec toute son innocence et ses vertus infuses, toutes ses grâces et tous ses dons, devait encore infatigablement travailler à sa perfection; s'il avait à se défendre contre le diable et la chair; si le bonheur et la louange de son Créateur ne lui devaient être accordés qu'après qu'il aurait acquis, par une fidélité éprouvée, la perfection surnaturelle à laquelle il était destiné; que ne doit pas faire l'homme régénéré au milieu de la corruption qui l'environne? l'homme qui porte en lui une convoitise révoltée, des passions rebelles, une chair fragile et encline au mal ? L'homme que le monde! impie tâche de séduire par ses mauvais exemples , et le démon envieux par ses dangereuses suggestions , ne songera-t-il pas à conserver son innocence rendue, à cultiver ses vertus redonnées, è défendre son intérieur, ce paradis terresire où il n'a été remis qu'à cclt" condition : Ut operurci><r,(>( enstodiret illum? (Gen. h, 15.) Ne t'appliquera-t-il point à sa perfection? ne il point qu'il n'est qu'une ébau-
che? ne lravai!lera-t-il point a se donner les derniers traits ? Si une terre, de sa nature fertile, oblige néanmoins le laboureur à la cultiver pour lui donner ses fruits, que ne fera pas une terre ingrate et stérile?
Mais à quoi seront tenus les ecclésiastiques, eux de qui l'état est un état de perfection acquise : « Perfectionis accjuisitœ, non acquirendae? » eux de qui les ministères saints demandent des ministres parfaits : « Qui divinis ministeriis applicantur, perfecti debent esse in virtute, » avons-nous vu de saint Thomas ; eux qui ne doivent rien être moins que de vives images et des expressions parfaites de la sainteté de Dieu : « Non enim débet temere ducem se aliis divini luminis praestare, qui non omni statu suo et habilu , simillimus Deo evaseril, >- dit le grand saint Denis ; eux qui doivent être le modèle de la perfection des autres : In omnibus exemplum esto fidelium (I Tim. iv, 12); et qui doivent hardiment dire, avec le même Apôtre , au reste des fidèles : Jmitatores mei estole, sicut et ego Christi. (1 Cor. iv, 16.) Combien doivent-ils travailler à leur perfection, surtout dans cette maison, lier destiné, comme un autre paradis terrestre, à ce grand ouvrage et s'y perfectionner, afin de se disposer au sacerdoce, qui suppose une si haute perfection.
Du péché opposé à la sainteté des prêtres.
Quoique toutes sortes de péchés répugnent à la sainteté du sacerdoce, il semble néanmoins qu'il n'y en ait point de plus contraire à cet état de perfection que celui dont on traite ici , ni aucune vertu qui lui soit plus essentielle que la chasteté.
I. Quand l'Eglise confère aux exorcistes la puissance et l'autorité de chasser les esprits immondes, c'est à condition qu'ils chasseront premièrement de leur cœur toute souillure. Etudiez-vous à vivre purement, leur dit l'évêque, afin que, chassant les esprits immondes des autres, vous ne deveniez pas vous-même la retraite de ces mêmes esprits impurs que vous chassez : «. Studele igitur, ut sicut a corporibus aliorum daunones expellitis , ita a menti bus et corporibus vestris omnem immundiiiam et nequitiam ejiciatis,ine illis succumbatisquos effugatis.»
Quand elle confère l'ordreaux acolytes, elle les avertit qu'ils n'en rempliront jamais mieux les fonctions, que quand ils accompagneront l'eau et le vin qu'ils présentent au sacrifice, de loblation de leur corps au Seigneur, par l'observation de la continence : « Tune etenim in Dei sacriticio di^no vinum suggeretis et aquam crilicium, per castam oblati fueritis. >/
Quand elle confère l'ordre aux sous-diacres, elle leur impose solennellement l'obligation et le vœu. Mes très-chers fils, leur dit-elle, considérez bien ce que vous allez faire ; car, si vous recevez une fois cet ordre sacré, il ne vous sera plus permis de songer au inonde, et il faudra , ave» l'aide du Seigneur , vivre en perpétuelle continence :
si vos ipsi Deo savitam et bona opéra
GEUVHES COMPLETES DE DE LA CHETARDiE.
« Filii dileclissimi, ad sacrum subdiaconatus ordinem promovendi , iterum atque iterum considerare debetis attente onus quod ultro appeiitis; hactenus enim liberi estis, licelque vobis pro arbitrio ad sœcularia vota transire ; quod si bunc ordinera susceperitis, amplius non licebit a proposilo resilire, sed perpeluo castitateui , illo adjuvante, servare oportel)it. » Et lorsque l'évêque les fait prosterner par terre , il demande avec tous les assistants, ou pour mieux dire, avec toute l'Eglise, que Dieu les délivre de l'esprit impur : « A spirilu fornicationis libéra eos , Domine. » Enfin , le sous-diaconat est nommé ordre sacré, parce qu'il consacre le corps aussi bien que l'âme, par l'observation de la continence.
Voici ce que l'évêque dit à ceux auxquels il confère le diaconat : Mes chers fils , soyez morts à tout désir de la chair, à toute convoitise , à tout plaisir sensuel ; soyez purs, chastes, continents; en un mot, tels que doivent être des ministres de Jésus-Christ, des dispensateurs des mystères de Dieu, des imitateurs du grand saint Etienne, choisi diacre par les prêtres , à cause de son éminente pureté : « Et vos, fîlii dileclissimi, estote assumpti a carnalibus desideriis,a terrenis concupiscentiis , quai militant adversus animain : estote nitidi, mundi, puri, casti, sicut decet ministros Christi et dispensatores mysteriorum Dei, ut digne addamini ad numerum ecclesiastici gradus. Cogitate beatum Stephanum raerito preecipue castitatis ab apostolis ad officium istud electum. » L'Eglise demande à Dieu que leur chasteté soit si exemplaire, que le peuple même, frappé de leur modestie , ne puisse s'empêcher de se sentir porté à les imiter; que la pudeur soit si visible et si affermie en vous, continue l'évêque, que ceux qui la verront profitent d'un tel modèle, et s'avancent dans la pratique de la pureté : '( Abundet in eis totius forma justitiae, pudor constans, aucloritas modesta, innocentiae puritas, ut suœ castitatis exemplo,imitationemsanctam plebs acquirat. >>
IL Mais rien ne fait mieux voir combien cette souillure est injurieuse à Dieu, que ses effets sur les choses saintes, dont les prêtres sont les continuels instruments; car elle leur défend de toucher les vaisseaux sacrés et d'entrer dans lo sanctuaire, lorsqu'ils sont destitués de la vertu de pureté, de peur qu'ils ne soient frappés de mort pouravoir souillé le sanctuaire duSeigneur : Non tangent vasa sancluarii, ne moriantur in sanctuario meo cum polluerint illud. (Num. iv, 20; Lev. xxii, 9.) Or, si les anciens prêtres étaient coupables d'avoir souillé le sanctuaire du Seigneur, pour y avoir entré après avoir usé de vin ou de la liberté du mariage, choses qui leur étaient permises, hors le temps de leurs exercices sacordotaux , que sera-ce des prêtres de la nouvelle alliance, qui portent à l'autel l'intempérance et l'incontinence ; qui touchent des vases remplis, non du sang des taureaux, mais du sang de J'Agneau immaculé; quelle mort plus redou-
table que celle du corps ne doivent-ils pas appréhender : « Quanto majore diligentia cavendœ sunt pœnae quarum illœ figurai fuerunt, » dit saint Augustin.
L'Ecriture ajoute qu'ils souillent le nom de Dieu, si saint et si adorable, suivant ce reproche qui leur est fait par la bouche d'un prophète. Le fils honore son père, leur disait-il, et le serviteur respecte son maître : Filius honorât patrem, et servus dominum suum. (Malac. i , 6.) Si donc je suis votre père, où est l'honneur que vous me portez ? Si je suis votre maître où est la crainte que vous devez avoir pour moi, dit le Dieu des armées, à vous, ô prêtres ? Si ergo ego sum pater tuus, ubi est honor meus ? si ego sum dominus, ubi est timor meus , dicit Dominus exercituum , ad vos , o sacerdotes ? (lbid.) Vous qui profanez mon nom , offrant sur mon autel un pain souillé : Qui despicitis nomen meum, et dicilis : In quo despeximus nomen tuum? Offertis super altare meum panem pollulum, et dicitis : In quo polluimus nomen tuum? (Ibid.) Or, le nom du Seigneur est profané , lorsque ceux qui devaient en inspirer la vénération par leur piété, font mépriser sa religion par leurs crimes; le péché des ministres rejaillissant sur le Dieu qu'ils servent , et détournant les hommes de son culte: « Si in clerico, qui exemplum est vitee seecularibus , juste aliquid reprehenditur , ex ejus vitio ipsa religionis nosiree œstimatio gravatur. »
Ces expressions de l'Ecriture vont encore plus loin ; et quoique le Saint des saints soit incapable de toute souillure, et qu'il en soit encore infiniment moins capable que les rayons du soleil ne le sont d'être souillés par la boue sur laquelle ils se répandent, cependant ces termes extraordinaires servent extrêmement à nous donner l'idée do ce péché dans les prêtres ; nous voyons que le Seigneur leur reproche, par la bouche du prophète Malachie , qu'ils offrent un pain souillé sur son autel -^Offertis super altare meum panem pollutum ; c'est-à-dire, selon saint Jérôme, que nous souillons le corps adorable de Jésus-Christ, quand nous nous approchons de l'autel avec une conscience pollue, et que nous ne craignons pas, étant en péché, de recevoir en nous le très-pur corps de Jésus-Christ, et de boire son sang. « Polluimus panem , id est corpus Christi, quando indigni accedimus ad altare ; et, sordidicum simus, non veremur mundissimum corpus surnere et sanguinem bibere ; » et que nous donnons lieu à cette plainte du Seigneur : Coinquinabar in medio eorum (Ezech. xxii, 26), selon cette interprétation du même saint :-« Corpus Christi polluil, qui ad altare immundus accedit. » Enfin, ils souillent le Saint des saints : Sacerdotes ejus polluerunt Sanctum. (Ezech. xxii , 26 ; Sophon. m, 4.) Et notre Souverain Pontife paraît encore, comme à sa passion, revêtu d'une robe souillée : El Jésus erat indutus sordidis vestibus (Zach. m, 3), étant nommé par les Pères, « magna sacerdotis tunica. » Quel'jugement ne doivent donc pas attendre les
1589 RETRAITE POUR LES ORDINANDS. — ENTRETIEN XVIII. SAINTETE DES PRETRES. 00
pand crime, dit tre femme étant morte, ils mirent encore
prêtres coupables d'un si grand crime, saint Bernard ? Judicium multiplex accepturi, quod et jam gravissimas conscient ias geruntf et nihilominus sese in sanctuarium ingerunt (De convers. ad cler., c. 20.)
Mais comment les saints n'auraient-ils pas regardé dans les ecclésiastiques la moindre tache et le moindre défaut de pureté comme un obstacle au ministèredes autels, puisque même le vice de ceux qui les y accompagnaient, leur était un empêchement à ressentir les consolations et les saintes délices dont leur âme pure était pénétrée dans l'exercice de leurs fonctions. Nous lisons dans la Vie de Sflint Chrysostome, que le diacre qui le servait à l'autel, ayant jeté pendant l'oblation du sacrifice une œillade immodeste sur une femme, ce grand saint se trouva privé des sentiments de dévotion et de joie qu'il était accoutumé de ressentir ; étonné de cette aridité spirituelle, il voulut en savoir Ja cause ; il la découvrit , et il priva de son emploi celui dont l'œil impur lui avait ravisa consolation ordinaire.
Saint Grégoire <lans ses Dialogues, rapporte que le Pape Jean , allant à Constantinople, monta un cheval que lui prêta un gentilhomme de Corinthe, et dont la femme de ce seigneur se servait pour aller en campagne, à cause qu'il était extrêmement doux et paisible ; mais qu'après que ce saint pontife l'eut renvoyé à son maître , cet animal ne voulut jamais porter cette dame, donnant comme à entendre par son agitation et son frémissement qu'il y avait de l'indécence, qu'ayant" servi à un prêtre de Jésus- Christ, il rendît service à une femme : « Clinique euin prœdicti nobilis viri conjux sedere ex more voluisset , ultra non voluit , quia post sessionem tanti pontificis mulierem ferre récusa vit. »
Mais ce n'est pas assez que les ecclésiastiques évitent les personnes de différent sexe, pendant qu'elles sont en santé et en vie , il semble qu'ils doivent donner des marques de cet esprit d'éloignement après leur mort, même jusque dans le tombeau.
Le saint abbé Thomas, économe du monastère d'Apamée, venu en la ville de Théopolis pour les affaires de sa communauté, surpris d'une maladie , y mourut près de l'église de Sainte-Euphémie, et fut inhumé dans le cimetière des pèlerins, par des ecclésiastiques qui ne le connaissaient pas. Lelendemain, une femme étant venue à décéder, on l'enterra au-dessus du lieu où on avait mis le corps du saint abbé : « Sequenti verodie humaverunt et mulierem, et imposuerunt illara super eum. » Mais , quelques heures après, la terre jeta dehors le corps de cette femme : « Circa horam vero sextam evomuit illara terra. » Les gens du lieu , étonnés de ce prodige, remirent le cadavre au même endroit, et le recouvrirent de terre ; le lendemain , ils le trouvèrent encore debors, comme si la terre l'eût de nouveau vomi : « Sequenti die invenerunt corpus juxta sepulcrum. » Cela les obligea de le porler ailleurs. Peu de jours après, une au-
son corps au-dessus de celui du saint abbé, et la terre le rejeta de nouveau : « Iteium sepelierunt aliam mulierem supra abbatem Thomam. et illam ergo rursusevomuit terra.»
Enfin, la merveille reconnue, on en avertit le patriarche, qui transporta les reliques du saint vieillard dans un lieu plus honorable et plus décent.
Nous lisons encore que Dieu fit un miracle pour honorer la pudeur et confirmer la prédiction d'un autre saint abbé ; car les religieuses du lieu où il mourut étant accourues pour regarder, du moins défunt, celui •qui pendant sa vie n'avait voulu ni voir ni être vu d'aucune femme , une espèce de nuage obscur couvrit le cercueil, et servit d'obstacle à leur curiosité peu modeste : « Imposito ejus sacro corpore, accurrebant moniales illae, cupientes vel defunctum videre, quem vivum non meruerant visitare, sed nebula corpus ejus obtegente, illum non viderunt, sicut ipse sanctus adhuc in vivis preedixerat, non se unquam visurum feminam. »
III. Voici une autre considération. Quand l'Ecriture parle du péché opposé à la chasteté, dans les prêtres, elle se sert de circonlocutions, pour nous en mieux inculquer l'énormité; elle dit, par exemple, que le premier-né du patriarche Judas, qui, dans la loi de nature, était honoré de la dignité du sacerdoce, faisait des choses détestables : Quod rem detestabilem faceret (G en. xxxvm, 10) ; que les péchés d'Ophni et de Phinées étaient horriblement grands devant le Seigneur : Erat peccatnm grande nimis coram Domino (I Reg. n, 17) ; que ceux des prêtres dont parle Ezéchiel commettaient des abomi; nations très-méchantes : Abominât iones pessimas (Ezeck. vin, 9); en un mot, que leurs péchés sont horriblement grands devant le Seigneur: et, en effet , si ce qui n'est pas péché dans le laïque , est un crime dans le prêtre , quel nom donnera-t-on à un vrai crime que le prêtre commettra? « Quod in laicis culpanon est, hoc crimenestin sacro ordine constitutis; nugœ saeculariura , in ore sacerdotis sacrilegia et blasphemiœ. » Comment nommerez-vous donc le sacrilège et le blasphème?
IV. Ajoutons à cela une observation considérable : l'Ecriture dit que Dieu tue les prêtres impurs : expression surprenante, et dont elle ne se sert point quand elle parle de la punition de ce péché dans le reste des hommes ; ce qui sans doute sert beaucoup à nous en faire voir l'énormité dans les prêtres. Nous lisons dans la Genèse que le Seigneur tua Her, pour un semblable crime : Fuit neguam in conspectuDomini, et'ab eo occisus est (Gen. xxxvm, 7) : que le Seigneur tua Onan, pour un semblable péché -.Idcirco percussiteum Dominus, quod rem detestabilem faceret (Ibid.) ; (pie le Seigneur tua Oza pour avoir osé toucher l'arche avec des mains qui n'étaient pas assez pures, selon les inlerprèles : Iratus Dominus contra Ozam percussil eum, et tnorluus est ibi. {Il lie.rj. vi, 7.)
Or, quelle étrange idée un tel genre de mort ne donne-t-il pas de ce péché dans les prêtres ?
Joignez ici une qualité inséparable de ce "vice dans les prêtres, ou plutôt une circonstance très-aggravante : c'est que ces sortes de péchés deviennent publics et scandaleux dans les prêtres, de quelque artifice dont ils se servent pour les cacher: est-ce que l'homme pourrait porter du feu dans son sein sans que ses vêtements brûlassent, dit le Sage : Nunquid poterit homo abscondere ignem in sinu sno, ut veslimenta illius non ardeant ? (Prov. vi, 27.) Les prêtres sont posés sur le chandelier de l'Eglise, ils ne peuvent se cacher sous le lit de la volupté : A'emo accendit lucernam, et ponit eam sub lecto (Luc. vin, 16] ; sans que ceux qui sont dans la chambre se trouvent dans l'obscurité; ils sont des luminaires publics ; ils ne sauraient s'éteindre, par la noirceur de ce vice, sans que tout le monde s'en aperçoive : Vos estis lux mundi (Matth. v, 14), leur dit le Seigneur lui-même : le soleil ne peut être éclipsé, sans que toute la nature en souffre. L'évêque, dans leur ordination, les avertit qu'ils doivent éclairer toute la terre parleurs vertus éclatantes : Luette quasi luminaria in mundo (Philipp. ii, 15); un prêtre est cette cité située sur le sommet de la montagne ; elle ne saurait se dérober aux yeux des passants ; mais si le feu se met dans cette ville, si les flammes s'élèvent en haut, quel voyageur ne verra pas l'incendie? Nonpotest civitas non abscondi supra montera posita. {Matth. v, 14.) Un simple laïque pourra peut-être, comme une étoile peu brillante, s'obscurcir, ou, comme une maison à l'écart, brûler sans que le public ait les yeux dessus; mais le prêtre, nommé par les Pères un soleil dans le monde spirituel, le pourra-t-il? « lgnobilium delicta,»dit saint Chrysostome, « si in médium prodierint, neminem insigniter vulnerant; at, qui in istius dignitatis fasligio posili sunt ; nemini non noti, uuinifestique sunt ; non eniin possunt sacerdotum vilia dissimularia, sed vel parva atque exigua confesiim manifesta liunt. » Faites tout ce que vous voudrez, ajoute saint Jérôme écrivant à un ecclésiastique, usez de quelle adresse il vous plaira, vous ne pourrez jamais dissimuler votreamour impur; quoi que vous fassiez, les bourgeois, dans les places publiques, les laboureurs dans les champs, les vignerons, les paysans dans les campagnes, tous ces gens-là parleront de votre attachement pour le sexe ; ils déchireront votre réputation, si vous vous oubliez de votre devoir là-dessus : « Quidquid agas, te cuncti in publico, te in agio rustici , aratores, vinitores lacerabuni, mordeburt, si contni depositum fidei cum mulieribus habitare contendas. » Les prêtres sont, dans le corps mystique de Jésus-Christ, ce que la tête et le cœur sont dans le corps naturel de 1 homme: « Caput fidelium sacerdotes, » disent les Pères après le Prophète : Capita populorum et corda (Amos vi, 1), ils en «ont les principaux membres : « Pars memfjrûrum Christi prima ; eîectissima quœque
Christi membra. » Or, les maladies de la tête et du cœur ne peuvent se dissimuler, comme on pourrait dissimuler celles du bras ou du pied ; et d'ailleurs elles infectent tout le corps par leur contagion, et le rendent languissant et faible, le privant- du mouvement et de la chaleur que la tête et le cœur répandent en eux : c'est ce qu'observe saint Ambroise dont voici les paroles : « Sicut enim in corpôralibus morbis, capite vitiato, necesse est reliquum corpus inundalione superioris morbi lethaliter irrigari ; ita et ni qui caput, videntur esse Ecclesiae, morbo suo pestifero fraternum vitiant corpus, ut nihil ex totius corporis compage insauciatum possit evadere, quod negligenlium sacerdotum vitiosilalis mortale non infecerit virus. » (De dig. sac, c. 5.)
On ne peut, ce semble, omeitre ici l'action édifiante d'un savant et pieux docteur du siècle passé, principal auteur du concile de Cologne, si célèbre par ses beaux règlements pour la réformation du clergé, en ce temps-là horriblement défiguré par le luthérianisme et l'apostasie , et les mariages scandaleux de tant de prêtres et de moines qui renoncèrent à l'Eglise et au célibat pour avoir des femmes; car cet homme illustre , non content de s'être exposé, lui et son chapitre, à la tête duquel il s'était mis, par ses doctes écrits et son inébranlable fermeté, aux erreurs de son archevêque, et l'avoir fait déposer pour l'hérésie que ce prélat avait embrassée , il se montra, par ses bonnes et chastes mœurs, non moins vertueux que savant: «Totuseratin librisGroperus incredibili studio et labore, ad catholicae lidei defensionem, et propagationem anhelabat, in templo cum precum horariarum pensum persolvendum erat versabalur assidue , auctores innumeros fere leclitavit, incredibili lectione fessus, non reddebalur, teuaci pollens rnemoria, et acri judicio. » Entre auires marques de son amour pour la pureté, comme un jour en revenant de Matines, il eût trouvé qu'une servante s'était ingérée de faire son lit en l'absence de son valet , il la chassa bien vite de sa chambre, et tirant à l'heure même, et enveloppant avec précipitation, draps, traversin et metelas, il jeta tout par la fenêtre, au milieu de la rue, comme si son lit eût été infecté de la peste , pour avoir été seulement touché par une femme : « Candoris amicus voluplates venereas prsecipue conlempsit ac respuit; do- Qium aliquando reversus, cum ab ancilla lectum slerni videret , verbis illam e cubiculo expulit , lectumque muliebri manu quasi pollulum e fenestra projecit. »
Quelqu'un ignore-t-il cette autre prudente pratique de saint Augustin, qui ne voulait avoir aucun commerceavecles femmes, nien souffrir dans sa maison, non pas même sa sœur, ni la fille de son frère : « Feminarum et in eis, sororis et fratris filiae, contubernium familiaritatemque vitavit, » parce que, disait-il, quand même les proches parentes seraient hors de soupçon, celles qui viendraient les visiter, pourraient faire parler le
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inonde, et le mal édifier : « Quippe qui diceret elsi propinquœ mulieres suspect» non essenl, lauien quœad eas ventitarent, posse suspicionem cflicere. »
Pallade nous apprend, dans la Vie de saint Chrysoslome , qu'un des premiers et des principaux soins qui l'occupa, lorsqu'il eut pris en main le gouvernement de l'Eglise de Constanlinople, {fut d'extirper la mauvaise coutume de plusieurs ecclésiastiques de son clergé, qui retenaient dans;leurs maisons des filles dévotes : « Ordinalus itaque Joannes pasloris oflieium diligentervexsequitur. » Il se servit de tous ses talents et de toute la rigueur d'une correction pastorale qu'il n'employait néanmoins que rarement :
« Raru autem, sed lamen necessario virga correclionis utens. » Pour abolir un si grand abus, il parla avec la dernière force contre cette fausse amitié, qu'on voulait mal à propos faire passer pour une charité fraternelle, et il condamna hautement la conduite honteuse de certains prêtres, qui voulaient retenir avec eux des femmes qu'ils appelaient associées : « Sermonem quippe exacuit ad versus fictam, non fraternam, ut eam appellant, sed plane fœdam atque [inhonestam vilam eorum sacerdotum, qui mulieres quas subintroductas, vocant, secum habere vellent. » Ce même historien ajoute qu'il assura que ceux qui font profession publique d'impureté, sont plus supportables que ces prêlres : « Asserens, comparalione mali, tolerabiliores esse Icnones:» puisque ceuxci sont du moinsséparésdu reste des fidèles, qu'ils ne peuvent par conséquent infecter : « Illi enim longe a medicinœ laberna separali, seorsum habenl, qui sua sponle infirmi esse delegerunt; » et que les autres, au milieu dos remèdes et des moyens de salut, corrompent les bons par leur exemple contagieux : « Hi autem intra salulis officinam habitantes, sanos ad morbum evocant. » Ces vives repréhensions déplurent extrêmement aux méchants ecclésiastiques, qui retenaient chez eux des personnes île différent sexe; leur esprit, agile d'une fièvre si maligne, supportait impatiemment le fer de ce charitable médecin; mais enfin il en vint à bout, et ce désordre étant ôté, il entreptit de remédier à un autre: « Hincjain pars impia clerici, eo pressa morbo, eaque febre correptn, œgreferebat; bac ergo peste propalata et curata, » etc.
Voici un exemple édifiant rapporté par saint Grégoire à ce sujet : Je ne passerai pas sous silence, dit ce grand Pontife, ce que j'ai appris du vénérable abbé Etienne , décédé depuis peu en celle ville.
J'ai su de lui ce que je vais raconter. Un prince de Nursie gouvernait une Eglise dont on lui avait confié la conduite, d'une manière a faire voir qu'il était tout pénétré de la crainte de Dieu : « Commissam si hi cum magno timoré Domini regebatEcclesiam. »
Jl s'était séparé de sa femme dès sa promoli'm aux ordres. Il l'aimait à la vérité comme sa sœur, mais il s'en donnait de garde com-
me d'une, ennemie : « Ut sororem diligens, seJ ut hosteni cavens. » C'est pourquoi ce prudent prêtre ne souffrait jamais qu elle s'approchât de lui, sous quelque prétexte que ce fût, coupant ainsi la racine à toute familiarité, et ne voulant rien du tout avoir de commun avec elle : « Ad se propius accedere nunquam sinebat, eanique sibimet propinquare nulla occasione permittens, ab ea sibi conununionem funditus familiaritatis absciderat. » Car le caractère des saints. et la précaution dont ils usent, est de se priver même des choses permises, afin de s'éloigner toujours d'autant plus des choses défendues : « Habent quippe saneti viri hoc proprium, quod ut semper ab illicilis longe sint, a se pluremque etiam licita abscindunl. » Tellement que cet homme vertueux, pour mieux s'abstenir de tout commerce inutile avec celte femme, s'interdisait même d'exiger d'elle aucun service nécessaire.
Ce vénérable prêtre, ayant vécu fort longtemps, tomba enfin malade, la quarantième année de son sacerdoce, et fut travaillé d'une violente fièvre qui le réduisit à l'extrémité. Sa femme alors, le voyant sans mouvement et étendu sur son lit, comme s'il eût été mort, approcha ses oreilles du nez de ce prêtre, pour voir s'il respirait encore ; mais cet homme saint, quoiqu'il tût déjà son âme sur les lèvres, sentant l'approche de celle femme, ramassa ce qui lui restait de vigueur, et sa ferveur faisant un dernier effort, lui fit dire d'une voix éclatante : Retirez-vous, femme, éloignez-vous de moi, je ne suis pas encore mort, ni par conséquent le feu de la convoitise non plus : « Recède a me, mulier, adhuc igniculus yivit, paleam toile. »
A ces mots, comme à un éclat de tonnerre» cette femme se retira, et pour lors ce saint homme, reprenant des forces corporelles, se mit tout d'un coup à crier : Soyez les bien venus, Messeigneurs, soyez les bien venus; ah! comment daignez-vous venir visiter votre petit serviteur? « Bene veniant domini mei, quid ad tantillum servum vcstrum estis dignati convenire. » Je m'en vas, je m'en vas à vous, je vous remercie, je vous remercie: « Venio, venio, gratias ago, gratias ago. » Et comme il répétait souvent ces mots, ceux de sa connaissance qui étaient auprès de lui, lui demandant à qui il parlait, il leur répondit en s'étonnant : Est-ce que vous ne voyez pas les bienheureux apôtres saint Pierre et saint Paul, les premiers d'entre les apôtres? « Quibus il le admirando respondit dicens : Numquid hic convenisse sanclos apostolos non videtis, beatum Petrum et Paulum primos aposlolorum non aspicitis? »
Puis, s'étant de nouveau tourné vers ces deux saints, il ajouta : Voici que je viens, voici (pie je viens : « Ad quos vei uni conversus, dicebat : E<ce venio, cece venio; » et, proférant ces mots, il rendit son âme : « Atque i ii ter uœc verba animam reddidil. » Montiaut ainsi qu'il avait véritablement vu
ceux qu'il suivait vérilablement, et qui étaient venus comme au-devaiit de lui ; car c'est une grâce assez ordinaire aux justes, de voir dans leur dernier moment quelques saints déjà dans la gloire, afin que cette céleste vision dissipe la crainte que la mort pourrait leur causer, et que leur âme, fortifiée par la vue des citoyens du ciel, dont elle espère la société, se sépare du corps qu'elle anime, sans peine et sans terreur.
V. Que si cet exemple d'un prêtre chaste nous console, que l'exemple suivant de deux prêtres luxurieux nous effraye; c'est d'Ophni et de Phinées, entants du grand prêtre Héli, dont on veut parler. Ce péché détestable les pervertit tellement, qu'ils secouèrent tout à fait le joug de leurs obligations, et qu'ils ne savaient pas seulement les devoirs de leur état ; en un mot, qu'ils étaient indignes du sacerdoce ; forro filii Heli, fini Bclial, nescientes Dominum, neque officium sacerdolum ad populum. (I Reg. h, 13.) Et particulièrement, qu'ils corrompaient la chasteté des filles et femmes dévoles qui travaillaient au ministère du tabernacle : Bormiebant cum mulieribus quœ observabant ad ostium tabernaculi. (Ibid., 22.)
L'expression de l'Ecriture est remarquable à ce sujet; elle dit qu'ils étaient endormis dans le péché déshonnête : Dormiebant cum mulieribus. Etre endormi dans le crime, dit saint Grégoire, n'est autre chose que de s'y reposer tranquillement, sans aucun remords en ce monde, et sans crainte des peines de l'autre vie : « Cum mulieribus quippe dormire, est secure, et sine metu futurœ vilee peccare. » Voilà un caractère spécial de ce péché dans les prêtres ; car celui qui s'abandonne tellement à ses désirs impurs, qu'il est souvent effrayé par la considération des jugements de Dieu, continue ce saint docteur, se souille à la vérité dans le bourbier du vice, mais ne s'y endort pas : « Qui enim sic mundi concupiscentias sequitur, ut saepe divini metus consideratione terreatur, polluitur quidem cum mulieribus , sed non dormit. » Ce degré d'insensibilité n'est propre qu'aux prêtres. Le laïque, ajoute encore ce grand pontife, ne tombe que trop souvent dans ce crime; mais il rougit de ses désordres, il craint les châtiments, il ne se tient pas en sûreté dans cet état dangereux : « Quia etsi transgrediendo Jabitur, in perpétrais tamen facinoribus nequaquam per securitatem requiescit. » Le prêtre, moins inquiet, se livre en paix aux charmes de ce sommeil léthargique : Dormiebant cum mulieribus.
C'est ce qu'on voit clairement dans le récit que fait saint Augustin des désordres de sa vie ; n'étant encore que séculier, il se laissa surprendre aux trompeuses douceurs de l'amour impur. Où étais-je, Seigneur, dit-il, et combien me trouvais-je éloigné des chastes délices de votre maison, lorsque la luxure prit le sceptre en main dans mon cœur, et que je me soumis entièrement à sa tyrannie? « Ubi eram, et quam longe exsulabam a deliciis domus tuse, cum accepit in me
luxuria sceptrum, et totas manus ei dedi vesaniae libidinis? » Lorsque les vapeurs épaisses, qui s'élevaient du limon de ma chair, obscurcissaient mon cœur : « Exhalantur nebulœ de limosa concupiscenlia carnis, et obnubilabant, atque obfuscabant cor rneum. » Malheur I malheur 1 par quels degrés me laissais-je séduire, ou plutôt me laissais-je conduire au plus profond de l'enfer? « Vœ, vœ, quibus gradibus seductus sum in profunda inferni? »
Cependant, quelque douces que fussent les amorces dont le péché l'enchantait, quoique couché dans l'ordure, il ne s'endormit pas. J'étais, dit-il, enseveli dans cette langueur mortelle, et les pensées que j'avais de vous, ô mon Dieu, ressemblaient à la vérité aux efforts que fait un homme paresseux, qui laisse aller sa tête pesante sur le chevet; mais elles m'excitaient néanmoins à me réveiller, et à ne pas entièrement fermer les yeux : « llasarcina sœeuli, ut somno assolel, dulciler premebar, et cogitationes quibus meditabar in te, similes erant conatibus exspergisci volentium, qui tamen superati soporis allitudine remerguntur. » Voilà du moins des pensées, des méditations, des efforts; et il avoue que, malgré toutes ses erreurs contre la foi et tous ses désordres contre la pureté, il ne put jamais arracher de son cœur la crainte delà mort et du jugeaient futur: que ces deux restes de la piété chrétienne lui demeurèrent, et que ce fut comme deux anses dont la miséricorde divine se servit, afin de le retirer de cet abîme sans fond où il se perdait : « Infixus sum in limo prol'undi, et non est substantia. » C'est lui-même qui nous l'apprend : « Nihil me revocabat a profundiore voluplatum carnalium gurgile, nisi metus mortis et futuri judicii tui, qui quidem , per varias opiniones, nunquam tamen de pectore meo recessit. »
Tel est l'état d'un laïque ; mais le prêtre va plus loin, il s'endort profondément dans le vice : Dormiebant cum mulieribus. Jl pèche sans aucune crainte de la justice divine, il n'y songe seulement pas: «Cum mulieribus quippe dormire, est sine metu futures vitae peccare. » N'appréhendez-vous point, lui dira-t-on, la mort, le jugement, l'enfer? Il ne craint rien que le monde, il ne craint rien, sinon que ses supérieurs ne s'endorment pas comme lui et ne troublent son repos.
Le crime du laïque a trois degrés qui sont distinctement marqués dans le premier psaume, selon l'observation des saints Pères : Bealus vir qui non abiit in concilio impiorum et in via peccatorum non stetit, et in cathedra pestilentiœ non sedit. (Psal. i, 1.) Car, dans l'ordre et le progrès de l'endurcissement, autre chose est d'aller dans le vice, autre chose de s'y arrêter, autre chose de s'y asseoir : « Aliud est ire, aliud stare, aliud sedere. » On va dans le péché lorsqu'on commet une action criminelle: « Abiit actu ; » on s'y arrête quand on s'y affectionne : « Stetit ailée tu ; » on s'y asseoit
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quand on s'y habitue : « Sedit iiabitu. » Le prêtre surpasse, il s'y endort: Dormiebant cum mulieribus. Le laïque, dit saint Chrysostome, se dégoûte souvent du vice; et, touché de componction, il se tourne vers Dieu : « Laïci, vel satiati actibus suis malis, aliquando compuncti, convertuntur ad Deutn et incipiunt operari justitiam Dei.» Il prend résolution de se lever et de retourner à son père, et de lui dire: Mon père, j'ai péché contre le ciel et devant vous, je ne suis pas digne d'être appelé votre fils, mettez-moi au rang de vos esclaves : Surgam et ibo ad palrem meum et dicam ei : Pater, peccavi in cœlum et coram te, jam non sum dignus vocari filius tuus, fac me sicut unum de mercenatïis tuis. (Luc. xv, 18, 19.) Mais Je prêtre, continue ce grand saint, est un impénitent qui ne cesse point d'offenser Dieu : « Sacerdoies autern impœnitibiles, iiunquam desinunt peccare in Deum. » Du moins, c'est ce qui d'ordinaire arrive ; car, qui vit jamais, ajoute encore ce même saint en un autre endroit, qui vit jamais un ecclésiastique faire une prompte pénitence?
« Quis enim vidit clericum citO; pœnitentem. » L'ecclésiastique pèche, le prêtre pèche ; cela n'est que trop fréquent ; la porte de la pénitence est ouverte à tout le monde, je l'avoue; mais la conversion d'un prêtre est la chose du monde la moins fréquente : « Peccavit sacerdos, peccavit clericus, pœnitentiœ quidem patet aditus, sed raro pœnitendi subest affectus. » Un tel assoupissement dans le crime les empêche d'entendre la voix du Père céleste, qui frappe à la porte de leur cœur : Dormiebant cum mulieribus. En effet, leur surdité spirituelle parut ouvertement , en ce que le Souverain Pontife, leur père, informé de leurs désordres, leur ayant fait une sévère correction, et remontré l'abîme de malheurs dans lequel ils se précipitaient, non-seulement ils ne profitèrent point de ses sages avis et de ses paternelles remontrances, mais ils ne daignèrent pas seulement l'écouter. Il les fit donc venir devant lui, et voici comment il leur parla :
Qu'est-ce que j'entends dire de vous, mes chers enfants? J'apprends, par la bouche de tout le peuple, que vous commettez des cri mes horribles : Quare fucitis res hujusmodi quas ego audio, respessimas ab omnipopulo t(I Reg. n, 23.) Ne soyez pas si aveugles, mes chers fils, que de vous perdre ainsi malheureusement ; vous êtes en une très-mauvaise odeur, votre réputation est flétrie, et vous entrainez dans le précipice le peuple de Dieu que vous rendez avec vous transgresseur de ses saintes lois : Nolite, filii mei, non enim est bona fuma quamego audio de vobis, ut transgredi faciatis populum Domini. (Ibid., 2k.) Si quelquefois les hommes pèchent contre ' les hommes, Je prêtre peut apaiser la colère de Dieu sur eux; mais si le péché de l'homme s'attaque à Dieu même, qui priera pour lui en obtenir la rémission ? Si peccaverit vir in virum, plamri pot est et Deus; si aulem in Dominumpcccaverit vir, guis orabit pro co ?
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(Ibid. , 25.) Paroles qui renferment quâtrà importantes raisons, qui devraient détourner tous les prêtres de jamais se laisser aller à aucun péché , surtout à celui-ci ; c'est pourquoi il est bon de les considérer.
Premièrement, ce Père leur représente qu'ils commettaient des crimes très-détestables; Quare facitis res hujusmodi pessimas? parce qu'ils s'abandonnaient au péché déshonnête : Dormiebant cum mulieribus.
En effet , si les moindres péchés sont très -grands dans un prêtre, « minima etiam delicta quao in ipsis maxima forent, effugiant, » dit le concile de Trente ; si ce qui n'est pas péché dans un laïque devient un crime dans un prêtre, dit saint Léon : « Quod in laicis culpa non est, hoc crimen' est in «sacro ordine conslitutis; v que seront les véritables crimes dans les prêtres lorsqu'ils en commettront ?Que seront eu eux les sacrilèges, tels qu'étaient ceux de ces deux prêtres : Dormiebant cum mulieribus.
En second lieu, il leur remontre qu'ils sont perdus de réputation, que leur infamie est connue Je tout le monde : Non est bona fama quam ego audio de vobis ab omni populo. En effet, dès lors qu'un prêtre a le moindre faible de ce côté-là, dès qu'on remarque en lui le plus léger attachement pour les personnes de différent sexe, il est perdu d'honneur; ce péché traîne toujours après lui l'infamie et la mauvaise odeur; c'est pourquoi saint Chrysostome le nomme : k grave otens peccatum, » un péché qui exhale une odeur intolérable, et qui accompagne partout le luxurieux. D'où vient que les réprouvés sont comparés aux boucs, animaux dont la puanteur blesse si fort l'odorat de tous ceux qui les approchent: Slaluet hœdos asinistris. Saint Jérôme, écrivant à un ecclésiastique : Evitez, lui mandait-il, les moindres soupçons en matière d'impureté; ne donnez jamais prise sur vous aux langues médisantes sur ce chapitre-là, étaliez même au-devant de tous les soupçons désavantageux qu'on pourrait former contre la pureté de votre conduite : « Caveto omnes suspiciones, et quidquid probabil iter fingi polest, ne fingatur, ante devita; » autrement tout le monde médira de vous.
Troisièmement, il leur expose les suites funestes de leurs désordres; qu'ils ne se perdaient pas seulement eux-mêmes, mais encore qu'ils entraînaient les peuples avec eux dans le précipice, qu'ils les enveloppaient dans leur ruine. Mes chers enfants, leur remontrait-il , qu'entends-je dire de vous? que, par votre corruption, vous êtes la cause de la corruption du peuple 1 qu'en transgressant la loi de Dieu, vous la faites transgresser aux autres ! Nolite, filii mei; non enim est bona fama quam ego audio de vobis, ut transgredi faciatis populum Domini. Enfin, l'Ecriture ajoute que leur péché ne pouvait être plus grand, parce qu'ils détournaient les hommes du sacrifice : Erat <rgo peccatum pucrorum grande nimis coram Domino, quia retrahebant homines a sacrifia» Dei. (Ibid., 17.) Et
c'est là l'extrême malheur et la circonstance aggravante du péché des prêtres, leurs désordres sont toujours pernicieux; ils font douter de la vérité de nos mystères, de la sainteté de notre religion, de la pureté des mœurs de l'Eglise; et le ministre fait mépriser le ministère. Le sacrificateur ôte la dévotion au sacrifice, le prédicateur fait rejeter la prédication; il ne se damne pas seul, il est cause de la perdition d'un nombre infini d'âmes, il traîne après lui, comme l'ange apostat, la troisième partie des étoiles du ciel.
Prenez garde à vous, ô prêtres de Jésus- Christ, leur dit saint Chrysostome, et veillez sur vos paroles et sur vos actions : « Videte, sacerdoles, quomodo vos componalis in verbo et in opère. » Car, quoique le laïque , par son péché, se rende criminel, il ne perd néanmoins que lui seul ; au lieu que si le prêtre s'oublie de son devoir jusqu'à se laisser aller lui-même au désordre, il ne manque jamais d'entraîner avec lui le peuple: «Quoniam si aliquis Christianorum peocaverit, non oranino peccant et sacerdotes; si autem ipsi sacerdotes fuerint in peccalis, totus populus ad peccandum convertitur. »
N'est-ce pas ce que remontrait aux prêtres de Béthulie la chaste Judith? Ne savez-vous pas, leur disait-elle, que l'âme des peuples est entre vos mains? ignorez-vous qu'en qualité de prêtres, leur salut dépend du votre? « Et mine, fratres, quoniam vos estis presbyteri in populo Dei, et ex vobis pendeat anima illorum , ad eloquium veslrum corda eorum erigite. »
Saint Bernard proleste que la dépravation du prêtre entraîne la subversion et la ruine du peuple : « Misera eorum conversatio. plebis tuae miserabilis subversio est. »
Quand le pasteur marche dans les lieux escarpés, le troupeau tombe dans le précipice, dit saint Grégoire: « Cum pastor per abrupta graditur, inde fit ut ad prœcipitium grex ducatur. »
En un mot, l'Ecriture joint tellement le péché du peuple au péché du prêtre, qu'elle fait assez voir que celui-ci est une suite nécessaire du premier : Si sacerdos, qui unctus est, peccaverit , delinquere faciens populum Domini. (Levit. iv, 3.)
Et saint Grégoire assure que les prêtres doivent d'autant plus soigneusement se défendre de tout péché, que, quand ils s'y laissent aller, ils ne se donnent pas seulement la mort à eux-mêmes, mais de plus qu'ils sont coupables de la mort de je ne sais combien d'âmes, qu'ils tuent par leur méchant exemple : « Unde necesse est ut tanto cautius a culpa se custodiant, quanto per prava quœ faciunt non soli morianlur, sed aliarum animarum quas pravis exemplis destruxerunt, rei sunt. »
Jugez donc la grandeur du crime d'Ophni et de Phinées, et combien leur père avait raison de leur demander pourquoi ils se laissaient aller à des péchés si détestables que ceux de la luxure ? Quare facitis res
hujusceinodi pessimas ? (/ Reg. h, 23).) Et avec combien de raison leur péché est dit si énorme dans ce même endroit: Erat ergo peccatum grande nimis coram Domino (Ibid., 17), parce que leur gourmandise, inséparable de l'impureté, jetait le peuple dans l'impiété : Retrahebant homines a sacrificio Dei. (Ibid.) Voici le quatrième motif que ce Père leur apporte, pour les obliger à rentrer en eux-mêmes, et à faire pénitence. En effet, il leur propose une doctrine qu'ils ne savaient peut-être pas, et qui leur apprenait cette importante vérité que le péché des prêtres est d'autant plus grand, que la difficulté qu'ils ont à se réconcilier avec Dieu est extrême. Il établit une différence entre le néché du laïque et le péché du prêtre; il leur dit que quand le laïque a péché, le prêtre peut intercéder pour lui auprès du Seigneur, prier pour lui, offrir des sacrifices pour lui, et, par le crédit qu'il a auprès de Dieu, et qui le rend médiateur entra Dieu et les hommes, selon le langage des saints docteurs, le remettre en grâce avec sa divine majesté: « Sacerdotes mediatnres inter Deum et populum, » dit saint Bernard. Mais si le prêtre vient à pécher lui-même , qui parlera, qui priera pour lui? Qui prendra en main sa cause auprès de Dieu ? Qui le réconciliera avec son Créateur? Car c'est le sens que saint Grégoire donne à ces paroles : Si peccaverit vir in virum, placari potest ei Deus ; si autem in Dominum peccaverit vir, quis orabit pro eo ? (J Reg. h, 25) paroles, dit ce grand Pape, qui sont ici mises, parce que c'est à des prêtres qu'elles s'adressent. «Quod ideircodictum, polestintelligi quia sacerdotes sunt qui arguuntur. » Car les saints Pères ont toujours conclu, de ce que les prêtres n'avaient point d'intercesseurs auprès de Dieu, que leur conversion était très-difficile. Les péchés du peuple, dit saint Grégoire, sont effacés par les prières du prêtre : « Peccata subditi populi ipsorum sacerdotum precibus delentur. » Mais, lorsque le prêtre lui-même se laisse aller au péché, il n'y a pas de supérieur établi entre Dieu et lui, qui puisse par son intervention obtenir son pardon: « Cum vero sacerdos labitur, superior persona non est^cujus precibus expiatur. »
Si le moine tombe, dit saint Jérôme, le prêtre prie pour sa conversion ; mais qui priera pour la chute du prêtre? « Monachus si ceciderit, orabit pro eo sacerdos ; pro sacerdolis lapsu quis rogaturus est? x>
D'où vient que le même saint Grégoire, réfléchissant sur les paroles de notre texte : Quis orabit pro eo, les interprète en cette manière: Si celui qui est établi, dit-il, afin d'intercéder pour les autres, vient à tomber, qui est-ce qui interviendra pour lui? « Quasi dicat : Quis ei intercessor remanet, cum illese trnnsgrediendo prœcipilat,qui ad intercedendum pro aliis ordinatus est. »
Telles furent les raisons dont ce Père, prudent et pieux, se servit afin de ramener ces prêtres à leur devoir, pour les tirer de l'aveuglement où ils étaient, pour leur amollir
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le cœur: il leur dit que leurs péchés étaient énormes ; qu'ils étaient perdus de réputation ; qu'ils étaient cause de la damnation des âmes; et qu'enfin ils se rendaient Dieu irréconciliable. Quoi de plus fort pour les tirer de cet assoupissement léthargique où ils étaient ensevelis? quoi de plus éclatant pour leur faire ouvrir les yeux? Dieu tonnait de la sorte, et ds dormaient profondément : car que rapporte l'Ecriture au sujet de cette Correction paternelle? En furent-ils émus? fit-elle quelque impression sur eux? marquèrent-ils quelque confusion du passé? apportèrent-ils quelque excuse pour du moins pallier leurs désordres? parurent-ils confus, effrayés, résolus de se corriger? rien de tout cela ; ils n'écoutèrent pas seulement la voix de leur Père, ils furent sourds à toutes ses raisons; avoir parlé à eux, et à des statues, fut la même chose : Et non audierunt vocem pétris sui. (I Reg. n, 25.) Ils ne prêtèrent pas même l'oreille aux sages remontrances de celui qui leur parlait. Quel mépris 1 quelle dureté 1 quelle insensibditél quel horrible abandon 1 Exemple funeste, dit saint Grégoire , réfléchissant sur cette histoire, qui nous apprend quelle est la grandeur du péché d'impureté dans les prêtres, et comment Dieu les livre souvent à l'aveuglement d'un cœur endurci et impénitent, qu'aucun avertissement ne peut pi us ramener dans la bonne voie : « Quo profecto exempta culpœ sacerdotum magnitudo monstratur, qua plerique illorum in impœnitentis cordis caligineru projiciuntur, ut nulla unquam hominis adhortalione resipiscunt. »
D'où vient ce prodige? on ne voit point de semblable obstination dans les gens du monde. David tomba dans un grand crime, il est vrai ; il commit un adultère, il trempa ses mains dans un sang innocent. On ne voit
point d'adultère plus long, ni d'homicide plus médité, sans se reconnaître. Cette colonne du ciel fut ébranlée, il croupit dans son désordre un temps considérable, il alla dans la voie de perdition, il s'arrêta dans la compagnie des pécheurs, il s'assit dans la chaire de l'iniquité ; mais enfin il ne s'y endormit, pas, il entendit l'avertissement du prophète, et il se leva. Ne vous en étonnez pas, c'était un laïque. Il n'en est pas ainsi des prêtres, ils sont endormis, ils n'écoutent rien : Et non audierunt vocem patris sui.
D'où vient cela, dit saint Grégoire? « Quia sacerdotes sunt qui arguuntur. » Mais voici Dieu qui va lui-même les avertir par des prophètes et des visions menaçantes; peutêtre se réveilleront-ils?
Dieu, qui ne veut pas la mort du pécheur, mais plutôt qu'il vive et se convertisse, ne borna pas les secours qu'il voulait donner à ces prêtres, pour les retirer du vice de l'impureté, aux seuls avertissements de leur père, quelque forts, quelque louchants qu'ils fussent; voyant qu'ils étaient inutiles, il résolut, à des maux non communs, d'apporter des remèdes extraordinaires.
Un prophète, un homme de Dieu, vient
trouver le grand prêtre Héli, père infortuné de ces malheureux enfants, et lui tient ce discours : Yenil autem vir Dei ad Ileli, et ait ad eum : Hœc dicit Dominus. (Ibid., 27.) Voici ce que dit le Seigneur : J'avais choisi • vos ancêtres, dès le temps de Moïse, pour faire les fonctions de prêtre devant moi ; j'avais attaché le sacerdoce à votre famille, jo vous avais comblé d'honneurs vous et les vôtres; d'où vient donc que vous avez toléré le crime dans vos enfants ? que vous les avez aimés plus que moi? que vous avez souffert leur impiété et leur luxure? Je vais vous déclarer ce que médite le Seigneur: Je vous annonce, de sa part, qu'en punition des péchés de vos enfants, le sacerdoce sera ôté de votre maison, souillée par leur impudicité; que votre postérité tombera dans la misère, qu'elle sera réduite à recourir elle-même aux prêtres pour présenter à Dieu son offrande, et qu'au reste vos deux enfants, Ophni et Phinées, ces deux prêtres impudiques, périront en un même jour, et que je mettrai en leur place un ministre fidèle et digne d'un emploi si saint : Hoc autem erit tibi signum quod ventwum est duobus fdiis tuis, Ophni et Phinees, in die uno morienlur ambo, et suscitabo mihi sacerdotem fidelem. [1 Reg. ii, 3k.)
Quoi de plus miséricordieux qu'une tel lo conduite? Dieu veut punir ces mauvais prêtres, mais il les fait premièrement avertir de se corriger; il voit qu'ils ne font aucun cas des répréhensions de leur père, que les remèdes humains leur sont inutiles; il leur envoie un prophète, pour leur dénoncer de sa part qu'ils aient à rentrer en eux-mêmes et à faire pénitence; qu'il a le bras ievé, qu'ils vont périr, que son arc est déjà tendu et ses flèches prêtes: Arcum. suum tetendit et paravit illum, et in eo paravit vasa mortis. (Psal. vu, 13, 14.) Qu'ils vont être percés des traits de sa justice, qu'ils aient à s'enfuir, à se retirer de l'abîme où ils sont, et à se cacher : Ut fugiant a facie arcus. (Psal. lix, 6.) Celui qui crie avant que de frapper, fait assez connaître, dit saint Augustin, qu'il ne punit qu'à regret, et qu'il donne tout le temps au pécheur de le désarmer par son repentir, et de le charmer par sa prière : «Qui sic clamo comrainando, nota ferire judicando. » Il rend presque sa providence douteuse par sa lenteur à punir; mais enfin la parole de saint Paul se vérifie, qu'on ne se moque point de Dieu. Le moment arrive où sa bonté cède à sa justice ; et pour lors, il est d'autant plus sévère dans ses châtiments, qu'il a donné plus de temps pour les prévenir. Voilà ce que vint dire le prophète de la part de Dieu. Et sans doute que le grand prêtre Héli ne manqua pas de redoubler sesavertissemenis et ses remontrances auprès de ses deux enfants; que l'arrivée de ce prophète, envoyé extraordinairement de Dieu, chargé d'une si terrible coinmission, accompagnée de tant de menaces, fit grand bruit dans sa famille; que ce bon père en fut effrayé; qu'Ophni et Phinées en furent les premiers informé ; ce second coup
de tonnerre ne les réveilla pas plus que le premier. Ils n'avaient pas seulement voulu entendre la voix de leur père, ils fermèrent également l'oreille à la voix de Dieu; ils ne quiitèrent point leur emploi, ils ne sortirent point du sanctuaire, ils ne songèrent point à faire pénitence : « Judicium multiplex accepturi, quod et tam gravissimas conscientias gerunt, et taraen intra sanctuariura sese ingerere non verentur. » Et ne voyons-nous pas la même chose arriver tous les jours, la même dureté, la même insensibilité, la même surdité, la même impénitence, la même profanation ? plaise à Dieu que ce ne soit pas le même jugement!
En effet, une marque visible que cet avis fut encore sans fruit, c'est ce qui arriva de nouveau pour la troisième fois. Le jeune Samuel dort dans le temple, une voix l'appelle : Samuel, Samuel. (I Reg. m, 10.) Il se lève, il croit que le grand prêtre Héli a besoin de lui, il court le trouver : Me voici, lui dit-il : Ecce ego, vocasti enim me. (Ibid., 6); Héli le renvoie. Enfin, instruit de ce qu'il a à faire, il apprend que cette voix vient de Dieu; il répond : Parlez, Seigneur, car votre serviteur écoute. Pour lors, Dieu lui découvre son dessein : il lui dit d'avertir le pontife que sa colère est près d'éclater, qu'il va commencer, et qu'il ne se désistera point qu'il n'ait achevé : lncipiam et complebo. (Ibid., 12.) Que la cause de son indignation vient ce que ses deux enfants se souillent dans l'impiété et dans la luxure, et que lui, qui le savait, ne les avait pas repris et châtiés comme ils le méritaient : Eo quod noverat indigne agere filios suos, et non corripuerit eos. (Ibid., 13.) Le matin venu, Samuel raconte une telle vision au pontife; cette révélation l'étonné; qui doute qu'il ne fît part d'une si surprenante nouvelle à ses malheureux enfants, puisque tout le public en est informé : Et evenit sermo Samuelis universo Israè'li. (Ibid., 21.) Qu'il n'ajoutât remontrance sur remontrance, menace sur menace; mais à quoi tout cela servit-il? à rien du tout, qu'à faire voir leur prodigieux assoupissement dans le vice. Avertissements paternels, prédictions prophétiques, visions et révélations divines, rien ne put les faire revenir à eux ; ils dormaient ensevelis dans la luxure : Dormiebant cum mulieribus. (/ Reg. ii, 22.) Qui pourra les retirer de cette léthargie ? Ce qu'on leur disait passait dans leur esprit pour des chimères, ainsi qu'aux autres luxurieux habitants de Sodôme; car ce sommeil est le caractère de ce vice : Et visus est quasi ludens loqui, et visa sunt ante illos sicut deliramentum verba isla, et non crediderunt illis. (Luc. xxiv, 11.) D'où vient cette insensibilité?
Saùl, homme laïque, coupable d'un nombre intini de crimes, et endurci dans son péché, vit en esprit le même Samuel qui lui apparut après sa mort, et qui lui prédit sa ruine prochaine : à cette menace ce prince, d ailleurs vaillant et intrépide, tomba par terre et fut saisi de crainte : Statimque Saul cecidit porrectus in terrant,
et.robar non erat in illo. (I Reg. xxvm, 20.)
Les Ninivites et leur roi impie, tout plongés qu'ils fussent dans une dissolution effroyable, à la prédication de Jonas, qui ne leur donnait que quarante jours pour apaiser la colère de Dieu : Adhuc quadraginla dies, et Ninive subvertetur (Jon. m, 4), se couvrirent de sac et de cendre; ils pleurèrent, ils crièrent, ils jeûnèrent, et enfin ils se changèrent si bien, dit saint Ambroise, qu'ils changèrent Dieu , tout immuable qu'il est.
Ezéchias ayant ouï le prophète Isnïe, qui lui vint dire de la part de Dieu qu'il donnât ordre à ses affaires, et qu'il fallait mourir, pénétré de douleur et de religion, se mit à pleurer comme un enfant.
Achab, le plus impie des rois, se couvrit d'un ciiice à une semblable nouvelle ; et voici des pécheurs obstinés qui n'écoutent pas seulement ce qu'on leur dit : Et non audierunt vocem patris sui. (I Reg. h, 25.) De quel caractère sont-ils? Ne vous en étonnez pas, dit saint Grégoire, ce sont des prêtres : Sacerdotes sunt qui arguuntur, et les autres étaient des laïques ; mais ceux-ci sont des prêtres, et des prêtres impudiques, et par conséquent dans un assoupissement sans exemple : Dormiebant cum mulieribus. Rien ne saurait les réveiller; et, ô malheur qui ne saurait être assez déploré 1 ils passeront du sommeil de ce péché dans un autre sommeil encore plus profond. Dieu fera voir en eux, par un châtiment terrible, la grandeur de ce péché des prêtres luxurieux, livrés en proie à la dureté de leur cœur impénitent, et à l'obscurité des ténèbres qu'aucune clarté ne dissipera jamais : « Quo profecto exemplo, culpae sacerdotum magnitudo monstratur qua plerique eorum a Domino in impœnitentis cordis caliginem projiciuntur, et nulla hominis adhortatione resipiscunt. » En effet, ceux-ci, peu de jours après, furent massacrés par les ennemis du peuple de Dieu, on leur ôta une arche qu'ils étaient indignes de porter. Trente mille Israélites, étendus sur la place, comme autant de brebis égorgées, rendirent célèbre la punition de leurs pasteurs, dont la ruine entraîne toujours la ruine des peuples, selon la remarque de saint Grégoire : « Quia cum pastores intereunt, necesse est ut ad eunidem inleritum grex sequatur. » Et leur père infortuné, tombant par terre à cette nouvelle, se brisa la tête ; mort convenable à celui qui ne méritait pas d'être le chef, ni d'avoir la conduite d'une famille sacerdotale : Cecidit de sella retrorsum, et, fractis cervicibus, mortuus est (I Reg. iv, 18), qui s'était trop souvenu qu'il était père, et pas assez qu'il était prêtre.
VI. A tant de motifs pressants et de considérations puissantes, il est bon de joindre l'avis suivant de saint Thomas, qu'on peut dire s'adresser particulièrement aux ecclésiastiques, et dout voici la simple traduction sans y rien ajouter.
D'autant qu'il me semble que plusieurs personnes négligent la connaissance de leurs
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vices prédominants, et ainsi ne se mettent pas beaucoup en peine de s'en confesser, quoiqu'il leur fût très-important, et d'y faire une réflexion sérieuse, et de s'en accuser avec autant de soin que des autres vices qui en découlent, je crois qu'il ne sera pas inutile de parler ici d'une de ses plus ;funestes sources ; je veux dire de rattachement qu'on ne remarque qu'en trop de gens pour les personnes de différent sexe; car c'est un mur qui divise l'âme d'avec Dieu, et qui, s'étant une fois affermi, ne nous permet plus, ni de nous avancer dans la vertu, ni de nous élever par la prière, particulièrement quand cette dangereuse inclination est toute sensible, pour ne pas dire charnelle.
Qui pourrait dire combien cet amour impur, se déguisant sous le nom spécieux d'amitié spirituelle, a trompé d'âmes sublimes, et les a renversées du haut degré de contemplation où elles étaient parvenues? Car c'est une certaine inquiétude d'esprit si contagieuse, que, répandant son venin sur le cœur et sur la bouche, qui sont les deux canaux de la prière, elle produit mille divers mouvements, ennemis capitaux du recueillement intérieur; d'où il arrive que si l'oraison purifie l'âme, si elle l'éclaire, si elle la réjouit, si elle la fortifie et si elle l'engraisse, pour se servir des termes de l'Ecriture, cette affection, au contraire, tout animale et toute charnelle, la souille et la corrompt; elle l'obscurcit et la centriste ; elle l'affaiblit et la dessèche, et elle peut enfin étendre ses impressions malignes sur le corps même.
Et, comme j'écris particulièrement ceci pour les spirituels, je les avertis expressément qu'encore que ces sortes d'affections soient périlleuses et dommageables à tout Je monde, elles sont néanmoins infiniment plus pernicieuses pour eux que pour les autres ; surtout quand c'est envers une personne qui passe pour dévote, qu'ils se sentent ainsi émus ; car, quoique cette liaison dans son commencement leur paraisse innocente, il est bon qu'ils sachent que la familiarité venant une fois à s'y glisser, c'est un serpent qu'ils nourrissent dans leur sein; c'est un poison qu'ils avalent avec plaisir, c'est un mal caché sons les apparences du bien ; d'où il s'ensuit que, leur attachement venant à croître, la charité qui semblait être le principal de leur union, vient à diminuer, et leur chasteté commune à se ternir.
Ce n'est pas que d'abord ils en viennent là, ni qu'ils prévoient l'embrasement que doit un jour causer en eux cette petite étincelle : car le démon, de peur de découvrir sa trame, ne les porte pas sitôt au péché; mais il se contente pour lors de les remplir d'un amour passionné l'un pour l'autre; puis il faut qu'insensiblement ils ne conversent plus ensemble d'une manière angélique et purement spirituelle, et commencent à s'enlre-regarder comme à travers de la chair, et à se blesser l'un l'autre par diverses re-
commandations tendres et passionnées, qui ne paraissent pourtant encore que sous le masque de la dévotion; puis il imprime si fortement dans leur imagination leurs traits, leurs gestes, leur air et toute leur figure corporelle, que le désir de se voir et d'être ensemble ne les quitte point. Signe visible que leur prétendue union spirituelle dégénère peu à peu en une très-dangereuse atfection charnelle. Ainsi ces âmes, qui n'avaient rien auparavant qui les empêchât de s'unir immédiatement à Dieu dans la prière, interposent à présent une image corporelle entre Dieu et elles; et néanmoins, par un aveuglement étrange, elles se persuadent qu'elles n'envisagent dans la créature que le Créateur; et ce qui est plus déplorable, c'est que ces âmes éclairées, qui devraient elles-mêmes, les premières, découvrir le piège et l'éviter soigneusement, se servent de tout ce qui pourrait les détromper pour se séduire encore davantage, s'imaginant faussement que tous les mouvements qu'elles ressentent ne viennent que d'une véritable charité, quoique effectivement ils partent d'une véritable cupidité. S'occupant donc ainsi éternellement d'euxmêmes, et nul objet ne les touchant davantage, ils prennent aussitôt ces douceurs qu'ils goûtent en s'appliquant ainsi à euxmêmes, et qui ne sont que de pures impressions sensuelles, pour des consolations du Saint-Esprit, qui les pousse à prier l'un pour l'autre; ce qu'ils s'imaginent et qu'ils assurent si fortement, qu'ils font bien voir combien leur esprit est déjà corrompu et combien il est dillicile de les désabuser.
Qui pourrait dire en combien d'illusions ce démon du midi les précipite, particulièrement les femmes, qui d'ailleurs sont plus susceptibles que les hommes de ces sortes de tromperies?
Or, ceux-ci se représentant l'un l'autre dans l'oraison, et le démon se servant de cette représentation pour exciter dans leurs cœurs des mouvements tendres et passionnés, ils prennent aussitôt cette chaleur intérieure pour un feu divin et pour un lien sacré dont le Sainl-lisprit veut se servir, afin de s'unir leurs esprits ensemble, quoique cependant ce ne soit que de noires vapeurs d'un amour impur qui les brûle : ce qui paraîtra bientôt aux tristes effets qu'il produira en eux. De là viennent ces prétextes affectés et ces adresses merveilleuses, afin de se procurer sans cesse des visites de plusieurs heures, qu'ils cachent sous je ne sais combien de nécessités prétendues, et qu'ils se protestent l'un à l'autre leur être extrêmement utiles, bien qu'à dire le vrai la seule tentation à laquelle ils commencent de succomber soit Je secret et véritable mobile de tout ieur commerce dangereux.
C'est ainsi que la convoitise les aveuglant toujours de plus en plus, ils perdent misérablement les heures qu'ils avaient accoutumé d'employer à l'oraison et aux autres exercices de piété, en ces conversations trop familières et en ces entretiens sans
bornes : tellement qu'ils ne peuvent plus les finir ni se quitter, si la nuit importune ne les surprend ou si quelque autre accident imprévu ne les interrompt; et encore ne se séparent-ils alors- que malgré eux, et avec beaucoup de peine et d'ennui. Mais qui ne sait que cette tristesse est la vraie pierre de touche qui distingue le pur or des consolations de Dieu d'avec le faux métal des impressions du démon?
Enfin , quoiqu'il y eût encore un nombre infini d'écueils à découvrir, où ces âmes aveuglées vont toujours s'exposer, s'imaginant faussement qu'il y a beaucoup de choses permises à des personnes aussi avancées qu'elles, qui néanmoins ne se peuvent commettre sans crime, j'ai cru qu'il valait mieux m'arrêter ici que de souiller plus longtemps ma plume dans une matière si odieuse.
Je ne puis toutefois me dispenser de rapporter une chose que j'eusse assurément supprimée si notre siècle n'en avait été témoin : c'est que ces personnes corrompues, après des discours passionnés, qu'ils n'ont point honte de nommer charité, se laissent enfin tellement renverser le sens que d'en venir à des attouchements; ce qui est si horrible, que je n'en dirai pas davantage.
Je m'adresse bien plutôt à vous, mes trèschers frères, pour vous dire qu'un des plus dangereux effets de ces affections charnelles est d'empêcher la pureté de conscience, dont elles sont une rouille si opiniâtre, qu'on ne peut presque jamais l'en arracher.
De là vient que ces sortes de personnes ne découvrent jamais bien au vrai le fond de leur conscience à leur confesseur, parce qu'ils ne peuvent se résoudre à déclarer leurs honteux désordres ni à boire la confusion que le récit de certaines circonstances, qui sont inséparables de cette faiblesse ignominieuse, leur apporterait. Aussi ne s'en accusent-ils point du tout, ou, s'ils s'en accusent, ce n'est que sous certains termes ambigus, qui, cachant la laideur de la plaie, n'en découvrent pas le venin.
Pouquoi donc s'étonner s'ils changent souvent de confesseur, ou du moins s'ils désirent d'en changer quand ils ne le peuvent pas; s'ils sont tristes et chagrins, tant à cause de leurs mauvaises confessions, qui les troublent, qu'à cause de la tentation qui les agite; et, ce qui est de plus déplorable, si ces personnes ainsi malades, qui, plus que les autres, devraient elles-mêmes chercher des médecins spirituels savants et expérimentés, qui connussent parfaitement et leur maladie et la cause de leur maladie, non-seulement ne les appellent pas à leur secours, mais même les évitent avec soin, sitôt qu'ils les ont reconnus pour tels; s'ils les fuient et s'ils ne retournent plus à eux, du moment qu'ils les ont reconnus pour tels; et si, au contraire, ils cherchent des confesseurs ignorants et faciles , qui , ne comprenant ni la nature ni la cause de leurs
maux, ne peuvent leur enjoindre que des remèdes inutiles?
Ceci suffise, mes très-chers frères, pour vous porter à mener une vie chaste et pure, et à éviter comme une peste la familiarité dangereuse ?des femmes , même dévotes.
Vous ne le pourrez que par la fuite; car c'est en vain que vous aurez recours aux jeûnes, aux veilles, aux disciplines, aux larmes et aux autres macérations, à la prière même, si vous ne fuyez la personne qui vous a blessé, et si vous n'évitez par là l'occasion. Tout autre remède, loin de fermer la plaie, ne servira qu'à l'agrandir.
Suivons donc ce conseil importantde saint Jérôme : Si vous connaissez, dit-il, quelque femme de vertu, aimez-la selon Dieu, mais ne cherchez point sa connaissance ; car le premier pas que vous ferez pour l'aller visiter, sera votre premier pas vers la tentation. On peut résister tête à tête aux autres vices, mais on ne peut surmonter celui-ci que par la fuite. Souvenez-vous, ajoute-t-il, ailleurs, que celle qui put chasser l'homme du paradis, peut bien empêcher l'homme de retourner an paradis. Ne soyez donc pas si imprudent que de vous asseoir seul à seul à l'écart et sans témoins avec elle, ni si hardi que de demeurer sous un même toit ensemble, ni si présomptueux que de vous appuyer sur votre chasteté passée , puisque, après tout, vous n'êtes pas plus fort que Samson, ni plus sage que Salomon : « Sol us cum sola non sedeas in secreto , absque arbitro et teste, nec sub eodem tecto cum m libère manseris,nec in preelerila castitate confidas , quia nec tu Samsone fortior, nec Salomone sapienlior. »
Que si vous dites : Mon corps est déjà mort; j'ai à vous répondre que le diable ne l'est pas, et qu'il ne peut que trop, par son soufileinfernal, rallumer lescharbonséteints: ou aimez également, dit-il encore, toutes les vierges de Jésus-Christ en général , ou n'en connaissez 'plutôt pas une en particulier: « Omnes virgines Christi aut œqualiter dilige, aut œqualiter ignora. »
Que votre entretien avec les femmes soit court et sérieux , dit saint Augustin : « Sermo brevis et rigidus cum mulieribus est habendus. » Et ne vous imaginez pas qu'elles sont d'autant moins à craindre, qu'elles paraissent plus vertueuses: « Nec lamen quia sanctiores fuerint, ideo minus cavendœ;»
puisqu'au contraire, plus ont-elles de modestie et de vertu , plus leurs attraits sontils dangereux: a Quo enim sanctiores fuerint, eo magis alliciunt. •» Et il n'arrive pas peu souvent que, sous l'apparence d'uu doux entretien , se glisse le venin d'une complaisance impure : « Et sub prsotextu nécessitalis immiscet se viscus impurissimœ libidinis. » Croyez-moi, je suis évoque, je ne voudrais pas mentir: j'ai vu des cèdres du Liban, des chefs du troupeau de Dieu ; c'està-dire, des hommes élevés à un très-haut degré de contemplation, de la vertu desquels je ne me défiais pas davantage que de la vertu des Jérôme et des Ambroise, avoir maîheu-
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reusement succombé aux charmes d'une beauté si vaine : -i Crede mihi, episcopus sum, episcopn loquor, non mentior, cedros Libani , id est contemplalionis altissimœ bomines, et gregum arietes , id est magnos prœîatos Ecclesiœ sub hac specie corruisse reperi, de quorum casu non magis prœsumebam, quam de Hieronymi aut Ambrosii.»
A quoi saint Bernard ajoute: Vous conversez tous les jours avec cette femme, et vous voulez passer pour continent? Oui, je veux que vous le soyez, mais sachez que vous vous perdez de réputation, et que vous ne m'édifiez nullement: ôtez la matière et la cause qui font tant parler le monde, si vous prétendez passer pour chaste, sinon je n'ai rien à vous dire que ces paroles formidables de l'Evangile : Malheur à l'homme par qui le scandale arrive: Vœ homini illi per quem scandalum venit ! (Matth. xvm, 7.) Tel est l'avis de saint Thomas.
VII. Combien cette vierge prudente, dont Sévère Sulpice rapporte l'action édifiante et l'exemple rare, s'éloignait-elle d'un semblable désordre.
Je crois, dit cet auteur, que vous vous souvenez assez avec quel zèle et quelle approbation saint Martin nous racontait en votre présence même, et quel éloge il donnait à la vertu d'une vierge qui s'était imposé la loi de ne regarder jamais aucun homme, pas même son propre évêque, lorsqu'il faisait sa visite : « Illud vero meminisse te credo quo atl'ectu nobiscum et coram adesses, illam virginem prœdicaret, quœ ita se penitusab omnium virorum oculis removisset, ut ne ipsum quidem ad se Martinum, cum eam ille officii causa visitare vellet, admiserit. «Etvoici la manière dont lachose se passa : Comme cet évêque, si célèbre par sa sainteté, passait un jour près le petit bien de campagne où cette pudique vierge vivait renfermée depuis plusieurs années, et qu'on l'eût informé de la foi et de la piété de cette vertueuse solitaire, il se détourna afin d'honorer par sa visite épiscopale et religieuse, le rare mérite d'une fille si illustre : « Nam cum praeter agellum illius prseteriret, in quo jam ante complures annos pudica cohibebat, audita fide illius, atque virtute , divertit , ut tara illustris meriti puellam religioso officio episcopus honoraret. » Pour nous qui l'accompagnions, continue Sévère Sulpice, nous ne doutâmes point que cette pieuse tille ne reçût avecjoie un tel honneur, et qu'elle ne s'estimât heureuse de voir qu'un évêque d'une telle sainteté et d'une si grande réputation, relâchant de son ordinaire sévérité, daignât bien rendre un témoignage si authentique à sa vertu : « Nos conséquentes gavisuram illam virginem putabamus : siquidem hoc in testimonium virtutis suœ esse habituram, ad quam tanti nominis sacerdos, deposilo proposai rigore venisset. » Mais celte prudente et pudique vierge, ne se laissa point éblouir a cet honneur, et sa résolution de ne voir aucun homme fut si ferme, qu'elle ne se relâcha pas même en considération d'un aussi grand saint qu'était cet évêque :
OEl'VRRS COMPL. DE DE LA CHÉTARD
« Verum illa forlissimi vincula propositi, nec Martini quidem contemplatione laxavit.» Elle envoya donc au-devant de lui une vénérable dame qui lui fit excuse de sa part, et qui lui demanda pardon si elle ne pouvait le voir, ni recevoir l'honneur de sa visite. Excuse au dernier point louable, et infiniment préférable à toute la civilité mondaine : aussi saint Martin reçut ce compliment avecjoie, et se retira plus édifié de la porte de celle qui la lui fermait pour n'en être pas vue, que si elle la lui avait ouverte pour le recevoir avec respect : « Ita vir beatus accepta per aliam feminam excusatione laudabili, ab illius foribus quœ videndam se salutandamque non dederat, lœtus abscessil. »
O vierge incomparable, qui ne put se résoudre à être regardée, pas même par un saint Martin ! « O virginem gloriosam, quœ ne à Martino quidem passa est se videri 1 >> O évêque incomparable, qui, loin de s'offenser d'un tel refus , admira une telle retenue, loua une semblable modestie, et se réjouit d'un si rare exemple de vertu : » O Martinum beatum,qui illam repulsam non ad conturaeliam suam duxit,sed magnificans illius cum exsullatione virtutem, inusitato in bis duntaxat regionibus gaudebat exemplo. »
Cependant, comme lanuitqui survintnous obligea de loger près le petit village de cette bienheureusefille,elle envoya à saint Martin un présent, et cet admirable évêque, qui n'en avait jamais pris de qui que ce soit, reçut celui-ci : « Fecit Martinus quod antea non fecerat, nullius enim ille unquam xenium , nullius munus accepit. » Il accepta tout ce que cette vierge lui fit offrir, disant qu'un prêtre ne devait rien refuser d'une vierge, qui méritait d'être préférée à plusieurs prêtres : « Dicens benedictionera illius a sacerdole minime respuendam, quœ esset multis sacerdotibus prœferenda. »
Que les vierges, continue Sévère Sulpice, profitent de cet'exemple : « Audiant, quœso, virgines istud exemplum. » Et si elles veulent se délivrer des visites importunes des hommes mondains, qu'elles ferment leurs po: tes aux hommes vertueux, et aux prêtres mêmes, quelque saints qu'ils soient: « Non vereanturexcludereeliam sacerdotes.» Que tout le monde écoute cette merveille, qu'une vierge chrétienne n'a pu souffrir d'être regardée par un saint Martin : «Totus hoc mundus audiat videri se a Martino virgo non passa est'; » qu'elle a refusé de se laisser voir, non pas à un prêtre du commun, mais à celui qu'on peut dire avoir été commelesalut.de ceux qui le voyaient : «Non utique illa quemcunque a se repulit sacerdotem, sed in ejus viri conspeclum puella non venit quern videre salus videntiura fuit. »
Quel autre qu'un saint Martin n'eût pas eu de l'indignation de ce qu'on le traitait ainsi? Quel antre évêque n'eût pas excommunié cette incivile, et ne l'eût pas traitée comme une hérétique? Quel autre quo saint ie. I. 51