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Martin n'eût pas préféré à cette bienheureuse fille, ces daines et demoiselles officieuses qui vont au-devant des prélats, qui leur font préparer des repas somptueux, qui mangent en même table avec eux? «. Quam vero illi beatee animœ illas virgines prœtulisset quee crebris occursibus ubique se praebent obvias sacerdoti, quee convivia sumptuosa disponunt, quee una pariter accumbunt. »
Pour moi, conclut ce même historien, je ne sais si je ne dois pas préférer la retenue de cette fille vertueuse, qui ne voulut pas voir saint Martin, à la curiosité, quoique louable, d'un grand nombre de personnes qui venaient souvent de pays éloignés pour voir ce saint évoque , et s'édifier de ses exemples : « Verum ego ita virtutem hujus virginis praedieabo, ut tamen nihil il lis quee ad videndum Martinuraex longinquis regionibus seepe venerunt, arbitrer derogandum.» Telles sont les paroles et réflexions de Sévère Sulpice, qui portent avec elles leur instruction , qui doivent nous obliger à imiter du moins une fille, à profiter d'un tel exemple, et à nous retirer des visites et des entretiens avec les personnes de différent sexe, s'ils ne concernent uniquement les fonctions de notre ministère. Se renfermer dans ces bornes, c'est se renfermer dans une solitude, ce n'est pas sortir de la retraite. Sans cela, si nous voyons, ou si nous nous laissons voir aux filles et aux femmes, si nous ne leur fermons pas la porte, si nous sortons dehors au-devant d'elles, Dieu refusera nos présents, que saint Martin n'accepta d'une fille, qu'à cause qu'elle refusa de se laisser voir à des hommes, et qu'il jugea par là devoirêtre préférée aux prêtres, qui se laissent voir à des femmes : « Dicens benedictionem illius a sacerdote minime respuendain quœ esset multis sacerdotibus preeferenda. »
Ce serait une imprudence extrême de se croire incapable de ces malheureuses inclinations, parce que l'on serait avancé en âge ; car, ne fut-ce pas dans la vieillesse que Salomon, le plus sage des mortels, se laissa aveugler et corrompre? Ne fut-ce pas deux vieillards qui se laissèrent séduire à cette passion ignominieuse, et qui osèrent attenter à la vertu de la chaste Suzanne ? Viderunt eam senes et exarserunt in concupiscentia ejus. \[Dan. xm, 8.) Il p.iraît même qu'ils étaient habitués de longue main dans ce crime, ainsi que le leur reprocha Daniel : Sic faciebatis filiabus Israël, et illœ timentes loquebantur vabis, sed filià Juda non sustinnit iniqaitatem vestram. (Ibid., 57.)
Lorsque les pharisiens amenèrent au Sauveur une femme surprise en adultère, afin de l'obliger à la condamner, il se pencha et se mit à écrire sur la terre avec son doigt certains caractères : Inclinons se deorsum in terra, dic/ito scribebai in terra. (Joan. vin, 6.) Les interprètes demandent ce que signifiaient ces caractères? Plusieurs d'entre eux assurent qu'ils étaient tels que les Juifs, qui accusaient cette femme, comprenaient en les voyant qu'ils n'étaient pas plus innocents
qu'elle;' qu'il était juste, à la vérité, que cette adultère fût punie; mais qu'il n'était pas juste que ses accusateurs, aussi coupables qu'elle, et peut-être plus, fussent les premiers à lui jeter la pierre ; ce que les paroles suivantes semblent insinuer, et servir d'interprétation à ce qu'il écrivait : Qui sine peccato est vestrum primus in illam lapidem mittat. (Ibid., 7.) Etant, contre toute équité, que les criminels s'érigent en accusateurs et en juges, que ceux qui violent la loi en punissent les transgresseurs, dit saint Augustin; d'où vient qu'après avoir (proféré ces mots, Jésus-Christ se remit à écrire en terre, comme signifiant qu'il ne voulait pas achever de les couvrir de confusion, et qu'il leur donnait le temps de se retirer sans bruit, comme pour cacher le trouble de leur âme, et la crainte où ils étaient qu'il n'achevât d'en découvrir davantage : aussi ces accusateurs, frappés par l'équité de cette règle, comme par un trait invincible : « Ista altissima justitiae régula, tanquam telo percussi,» dit ce Père, et par les reproches secrets de leur conscience, s'écartèrent aussitôt, et disparurent de ce lieu les uns après les autres, laissant là leur accusation avec cette femme : Audienles antem, unus post unum exibant, et remansit soins Jésus, et mulier in medio stans. (Joan. vin, 9.) Mais, qui furent les premiers de ceux qui se retirèrent? ce furent les vieillards . : Incipientes a senioribus. Leur vieillesse, plus éclairée, ne servit qu'à leur faire voir plutôt ce que cela voulait dire, et leur plus longue vie, qu'à leur découvrir une plus longue suite de désordres ; de sorte que, dans le seul crime d'une jeune femme, ils virent la multitude des crimes dont leurs cheveux blancs étaient souillés ; vérifiant en eux cette parole de saint Jérôme : « Plerosqne inler ipsos canos, in albo capillamento, quasi in nivoso montis îEthneei, Olympii, aut Vesuvii vertice igné libidinis
majon sane »
L'Ecriture nous fournit
prodigio, ardare
un exemple célèbre de l'aveuglement d'esprit que cause dans les prêtres l'amour deshonnète, en la peisonne de ces deux vieillards qui attentèrent à la pudicité de la chaste Suzanne, et dont nous venons dédire un mot; crime qui ne se renouvelle que trop souvent dans l'Eglise, ainsi qu'on va le montrer. Le texte sacré raconte que ces deux vieillards, voyant sou vent cette jeune femme , s'embrasèrent d'amour pour elle, que la convoitise s'empara d'eux : Exarserunt in concupiscentiam ejus. (Dan. xm, 8.) Que cette passion tyranmque renversa leurs sens et leur raison, qu'ils détournèrent leurs yeux pour ne pas regarder le ciel et ne passe ressouvenir des justes jugements : Everterunl sensum suum, et declinaverunt oculos suos, ut non vidèrent cœlum, neque recordarentur judiciorum justoruin.
(Ibid., 9.) Préoccupés entièrement de la beauté frivole d'unefemme, ils ne songeaient ni à la grandeur du crime qu'ils voulaient commettre, ni à la présence de Dieu qui les voyait, ni à la rigueur du supplice qui les menaçait, ni à la difficulté du détestable
1013 RETRAITE POUR LES ORDINANDS. — ENTRETIEN XV1I1. SAINTETE l>ES PRETRES. 1014
dessein qui les agitait ; l'occasion de pouvoir trouver cette femme seule était l'unique chose qui les remplissait, et, bien éloignés d'avoir fait un pacte avec leurs yeux, afin de ne jeter pas la vue sur une vierge, ainsi que le saint homme Job, ils avaient résolu de ne pas lever Ips yeux au ciel, pour oublier mieux celui qui l'habite : Declinaverunl oculos suos ut non vidèrent cœlum (lbid.) ; de ne considérer que la terre : Slaluerunt oculos suos declinare in terram (Psal. xvi, 11) : et de ne penser qu'à l'objet corruptible qui les blessait. La loi de Dieu ne put tenir contre une |>assion si violente: le respect dû au Créateur ne fut pas un frein capable d'arrêter leur emportement.
Qu'y a-t-il de plus aisé que d'éteindre cet embrasement dans sa naissance? si les regards et les désirs déshonnètes, comme des vents impétueux, allumant cette flamme dans leur cœur, ne l'eussent fait croître jusqu'à un point qu'elle ne pût ensuite s'étein dre que dans leur sang; mais quoi ! ils étaient déterminés à ne regarder que la terre : Statuerunt oculos suos declinare in terram : à ne penser qu'au présent, et non au futur ; au plaisir, et non à la peine, au temps, et non à l'éternité.
Que ne considéraient-ils leur âge, ils étaient vieux, senes; leur dignité, ils étaient juges, judices: l'état où ils se trouvaient, ils étaient en captivité, dans un pays étranger ; Je lieu qu'ils avaient choisi pour être témoin de leur injuste action, c'était celui où ils rendaient la justice aux autres ; où ils avaient établi leur tribunal ; la maison où ils prétendaient commettre le crime, c'était celle du mari même qu'ils voulaient déshonorer chez lui ; l'infamie de leur convoitise si grande, qu'encore que, brûlés du même feu, ils rougissaient de se le découvrir l'un l'autre : Erubescebanl indicare sibi concupiscentiam suam (lbid. ,11); la chasteté de cette pudique femme, et par conséquent, la difficulté de corrompre une personne si vertueuse, qui n'était prévenue d'aucune affection pour eux, qui se trouvait retenue par la vue d'un mari, de Dieu, de son devoir; la confusion qu'ils auraient d'en venir à lui faire une telle déclaration, le péril où ils s'exposaient ; tout cela ne put leur ouvrir les yeux: emportés par leur passion aveugle, ils résolurent de se satisfaire à quelque prix que ce fût, à la face du ciel et de Dieu même, sans craindre cet œil qui voit tout, sans se soucier du supplice destiné aux adultères par la Loi ; sans se mettre en peine des jugements de celui qui ne laisse rien d'impuni, sans que la brièveté d'un plaisir, ni la longueur des regrets et des peines qu'il traîne après lui, ni la vue d'une éternité tout entière de tourments qui le suit, eussent la force de les refréner. Ils mirent toutes ces choses sous leurs pieds, l'amour déshonnête offusqua leur entendement; et tant de fortes barrières et de digues ne purent arrêter les flots impurs qui les agitaient : Everterunt sensum suum, et declinaverunl oculos suos, ut non vidèrent cœlum, ncqur recordarentur judicio-
rumjuslorum. (lbid., 9.) Ces hommes charnels ne regardèrent que la chair : lidebant eam senes et exarserunt in concupiscentiam ejus. Profitons de l'exemple d'autrui, que l'avuuglement de ces gens-là nous ouvre les yeux ; évitons un piège où nous voyons tomber lesautres, et que tantdepuissantesconsidérations,quine purentles modérer, soient pour nous des liens suffisants, afin de nous contenir dans les bornes de la justice ; car toutes les circonstances qui rendent leur aveuglement si criminel, se rencontrent dans le péché des prêtres qui s'abandonnent à la même passion.
Repassons-les un peu.
Premièrement, ils devaient faire attention à leur vieillesse et à leurs cheveux blancs: ainsi qu'Eléazar, qui, sollicité de violer la loi de Dieu, par un tyran qui le menaçait d'une mort cruelle s'il le refusait, entre plusieurs motifs qui le firent demeurer ferme dans le devoir, ce sage vieillard se mit à cou - ! ils sidérer son âge avancé, et le peu de temps
qui lui restaità vivre -.Cogitare cœpil œtalis ac senectulis suœ eminentiam dignam, et modicum corruptibilis vilœ tempus. (II Mach. vi, 23.)
Mais leur aveuglement ne leur permit pas de réfléchira cela.
Déplorons celui des prêtres qui courent après leurs honteux désirs dans leur vieillesse même. En effet, qui dit prêtre ne ditil pas ancien, selon un grand évoque?
« Presbyter dicilur senior, non œtate, sed sensu: » et, comme ajoute un autre Père : « Non lam eetate quam morum gravitate. » Le prêtre doit avoir acquis par la vertu ce que les autres ont parie temps : « Quia quod senes habent beneliciocetatis, id isti habent exercitio virtutis. » Mais, à la lettre, un prêtre est même toujours dans un âge avancé. Combien est-il donc honteux de le voir aller après un vice que les philosophes même appellent le vice des jeunes gens, et de donner à ces mêmes jeunes gens un si mauvais exemple? Eléazar, dont on vient dt parler, aima mieux souffrir un mort cruelk', que de tomber dans un tel scandale, et il préféra la gloire de leur servir de modèle, à l'amour qu'il avait pour la vie : Al ille cogitare cœpit œtatis suœ eminentiam dignam, et caniliem, et respondit dicens prœmilti se vellc in infemum : Non enim œtati «ostrœdignum est fmgere, ut multi adolescentium arbitrantes Eleazurum, et ipsi propter modicum vitOB tempus decipiantur ; et perhoc maculam alque exsecralionem meœ senectuti conquiram ; nam, etsi in prœsenti tempore suppliciis hominum eripiar, sed manum Omnipotentis neevivus, nec defunctus effugiam : quamobrem fortiter vita excedendo , senectute quidem dignus apparebo, adotescenlibus autem exemptant forte relinquam. (II Mach. vi, 23-28.) Voilà ce qui fortifia et encouragea ce vénérable vieillard.
Que le prêtre considère donc qu'il n'est plus jeune, et qu'il s'avance insensiblement dans l'âge, eC qu'aux années qu'il a, il don rougir de courir après les voluptés seu-
suelles : Postquam consenui, disait Sara, voluplali opérant, dabo ? (Gen. xviu, 12. ) N'imitez pas Salomon dans son aveuglement si déplorable, et si blâmé dans l'Ecriture, pour s'être laissé dépravera l'amour des femmes, lorsqu'il était sur la fin de ses jours : Cumque esset senex, cor ejus depravatum est per mulieres. (III Reg. xi, k.) Que le prêtre vicieux craigne donc qu'on ne lui dise ce que Daniel disait à l'un de ces vieillards, l'appelant un vieux et détestable pécheur : Inveterate dierum malorum. (Ban. xiu, 52.) Dans quel opprobre ne tombe-t-il pas ? profaner la sainteté du sacerdoce, la gloire du caractère, flétrir le clergé dont il est un membre, déshonorer ses cheveux blancs : Cogitare cœpit œtatis ac senectutis suœ eminentiam dignam et canitiem. (II Mach. vi, 23.) Préférer Je peu de temps qui lui reste de vie à l'éternité 1 Ressembler à cette montagne de qui le sommet, selon saint Jérôme , est blanc, et dont les entrailles vomissent éternellement des feux et des flammes : « Plerosque inter ipsos canos, in albo capillamento, quasi innivosomontisyElneœ, Olyrupii, aut Vesuvii vertice, majori sane prodigio, ardere igné libidinis? »
En second lieu, ils devaient considérer leur rang et leur dignité : on les avait choisis pour être les juges du peuple de Dieu, pour rendre la justice à tout le monde, et punir les transgresseurs de la loi de Moïse, et ils voulaient violer outrageusement toutes les lois divines et humaines.
Mais les prêtres ne sont-ils pas juges établis dans l'Eglise pour juger les pécheurs? les prêtres ne sont-ils pas appelés par le concile de Trente, judices terrœ ? N'est-ce pas à leur tribunal où l'on prononce des arrêts que Dieu confirme dans le ciel ? Rappelez en votre esprit le rang que vous tenez, la place que vous occupez, l'autorité que vous exercez, le souverain que vous représentez. Troisièmement, ils devaient considérer l'état où ils se trouvaient. Ils étaient pour lors captifs en Rabylone, dans une terre étrangère, exposés aux yeux de leurs ennemis, qui éclairaient leurs actions : l'esprit de pénitence devait les détourner du péché, et la prudence devait lesempêrher de s'attirer de nouveaux châtiments, de nouvelles peines ; cependant cela ne put les retenir. Que cela retienne le prêtre, vivant surtout au milieu des gens du monde, qui continuellement ont les yeux attachés sur lui, et qui sont clairvoyants en cette matière plus qu'en toute autre ; soupçonneux, défiants, médisants. Tout le monde a l'œil sur vous, écrivait saint Jérôme à un ecclésiastique; votre maison est située sur une élévation qui la rend visible à un chacun : «. In te omnium oculi diriguntur, domus tua, et conversalio lua quasi in spécula constituta, magislra est publiées disciplinée, quidquid feceris id sibi omnes faciendum pulanl. »
Quatrièmement, ils devaient considérer le lieu qu'ils choisissaient pour exécuter leur détestable dessein : c'était la maison du mari, déshonorer une femme chez son mari
même? Quelle complication de crimes?
quel excès d'aveuglement, de s'exposer ainsi à être surpris dans une action si honteuse, si criminelle, si périlleuse pour eux ?
Mais un prêtre possédé d'une semblable passion, ne fait-il pas quelque chose de pis? Ne profane-t-il pas souvent l'église même de Jésus-Christ, le temple du Dieu vivant : Quid est quod dileclus meus in domo meafecit sceleramulta ? (Jerem. xi, 15.)
Le roi Assuérus voyant Aman aux pieds d'Esther, ne put plus retenir son indignation : Quoi, s'écria-t-il, en ma maison, en ma présence I Me prœsente in domo mea, eliam reginam vult opprimere. (Esther vu, 8.) Qu'il y a à craindre que celte potence, élevée de cinquante coudées pour la punition d'Aman, ne soit le symbole du supplice destiné à la punition de semblables crimes.
Salomon ne pouvait supporter de voir l'impiété régner dans le temple de la religion, et l'iniquité s'asseoir dans le tribunal de la justice : Vidiin loco judiciiintpietutem, et in loco justitiœ impielatem. (Eccle. m, 16.) Comment donc le Seigneur souffrirait-il que les prêtres profanassent ses autels, et que ceux qui devaient être les amis de cet Epoux céleste, le déshonorent jusque dans sa maison, que les gardiens de son épouse renouvellent cet ancien opprobre dont Jacob se plaignait ! Ruben primogenitus meus, et principium doloris mei : ejfusus es sicut aqua, non cfescas, quia ascendisli cubile patris tui, et maculasti stratum ejus. (Gen. xlix, 3, k.) Car les prêtres sont nommés partout les gardiens de l'épouse du Seigneur: « Domestici Dei, amici sponci, sponsae custodes. » O le plus malheureux d'entre les mortels, écrivait saint Jérôme à un ecclésiastique engagé dans les ordres sacrés, qui s'était laissé aller à ce crime 1 comment avez-vous osé entrer dans la grotte où le Fils de Dieu a prit naissance, où la Vérité a paru sur la terre, où la terre a produit ce fruit salutaire, pour y assouvir votre luxure? « lnfelicissime mortalium, lu speluncam illam in qua Dei Filius natus est, Veritas de terra orta est (Psal. lxxxiv, 15) et terra dédit fructum suum (Psal. lxv, 6) , de stupro condicturus ingrederis ? » Ne craigniez - vous point que cet enfant nouveau-né ne marquât par ses cris la grandeur de votre sacrilège? n'appréhendiez-vous point de blesser les yeux de celte Vierge mère? « Non limes ne de prœ sepe infans vagial, ne puerpera Virgo le videat, ne Mater Domini tecontempletur? » Les anges publient la naissance du Sauveur, les pasteurs accourent l'adorer, l'étoile conduit les mages à la crèche, Hérode est effrayé et Jérusalem émue ; et vous venez en un lieu célèbre par tant de saintes merveilles, pour y pervertir une vierge du Seigneur! « Angeli clamant, pastores currunt, Stella desuper rutilât, magi adorant, Herodes terrelur, Hierosolyraa conturbatur, et deceplurus virginem irrepis? »
O mon Dieu, s'écriait saint Augustin, un de mes [dus grands regrets est d'avoir osé,
au milieu môme des solennités de votre Eglise, et entre les murailles de votre tem-
ple, d'avoir osé convoiter un objet défendu, et d'avoir ménagé un commerce de mort : « Ausus sum etiam in celebritate solernnitatum tnarum, intra parieles ecclesiae tuœ, concupiscere et agere negotium procurandi fructus mortis. » (l)ial. 3, 7.)
Finissons ce triste sujet par une histoire assez connue, rapportée par saint Grégoire, et qui nous assure qu'il y avait autant de témoins d'une aventure si extraordinaire, qu'il y avait d'habitants dans la ville où elle arriva, et que voici sans y rien changer.
La vie du vénérable André, évêque de Fondi, était éclatante en vertu, et surtout dans l'observation de la chasteté; car, se renfermant sous la sûre garde de la vigilance sacerdotale, il conservait sa continence, comme dans une tour inaccessible à l'ennemi. Mais voici l'endroit par où le démon l'attaqua. Une certaine dévote, consacrée à Dieu par le vœu de chasteté, avait autrefois demeuré avec lui : étant évêque, il la retint dans sa maison épiscopale, alin qu'elle en prît soin, sans crainte que sa fréquentation nuisît à leur chasteté commune, dont il se croyait assuré : d'où il advint que l'ancien ennemi se servit de cette occasion pour s'ouvrir un accès dans ce cœur d'ailleurs fermé à la tentation; car il commença par imprimer dans l'imagination de ce prélat la beauté de cette femme, afin de lui suggérer ensuite de plus méchants désirs. Il arriva cependant qu'un juif, parti de la Campanie pour aller à Rome, se trouva sur le soir aux environs de Fondi, et parce qu'il ne rencontra point de lieu pour loger, il s'arrêta dans un vieux temple d'Apollon, qui se trouva là, pour y passer la nuit ; craignant néanmoins qu'il ne lui arrivât quelque accident fâcheux dans un semblable lieu consacré au démon, il se munit du signe de la croix, quoiqu'il n'y eût pas de foi, et se coucha dans un coin de ce temple.il était minuit, sans que la peur que lui causait la seule pensée de se voir seul en un tel lieu lui eût encore permis de fermer l'œil, lorsque tout d'un coup il voit entrer une troupe de malins esprits, qui semblaient précéder quelqu'un de plus grande autorité; celui-ci, comme le président, s'asseoit au milieu du temple, etcommenceàfaire rendre compte à ses inférieurs de tout le mal dont ils avaient été les auteurs: chacun exposant donc les péchés dans lesquels ils avaient porté les hommes, il y en eut un d'entre eux qui parut au milieu de l'audience, et qui déclara qu'il avait excité une tentation déshonnête dans l'âme de l'évêque André, envers une dévote qui logeait dans la maison épiscopale ; et comme le prince des ténèbres qui présidait à cette assemblée, prêtait attentivement l'oreille à ce discours, et qu'il paraissait regarder cet avantage comme un succès d'autant plus signalé, que celui qu'on tâchait de renverser dans le péché paraissait plus élevé en sainteté, cet esprit tentateur ajouta que le jour précédent, sur le soir, il availamolli le cœur de cetévê-