PART. II. CE QUE NOUS DEYONS RECEVOIR
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exercer les fonctions que faiblement, qu'il marche avec peine, qu'il parle difficilement, qu'il raisonne imparfaitement, et en un mot, que toutes ses actions se ressentent de l'infirmité de son enfance : et qu'au contraire un homme à la fleur de son âge parle, raisonne, et agit avec force et vigueur; ainsi un fidèle baptisé n'est encore, pour ainsi dire, qu'un enfant dans la pratique des vertus, en comparaison de ce qu'on attend de lui quand il aura reçu la grâce de la confirmation.
Expliquez encore plus cette vérité'?
C'est que si cet homme n'ayant encore reçu que le baptême, trouvait de la peine dans la pratique des vertus, et dans l'exercice des bonnes œuvres : si l'humilité lui paraissait fâcheuse, la pénitence laborieuse, la pauvreté rude, la charité difficile, il faut étant confirmé, qu'il s'élève au-dessus de luimême, que ces mêmes vertus lui deviennent faciles et aisées, qu'il trouve son plaisir et sa gloire dans le mépris, dans les souffrances et dans les persécutions, que nulle difficulté ne l'arrête, qu'il parle mieux et plus hardiment de la piété, qu'il raisonne avec plus de force des mystères et des vérités de noire ndigion, enfin que ses démarches dans la voie des commandements de Dieu soient plus fermes, ses sens plus expérimentés dans Je discernement du bien et du mal, ses actions de piété plus réglées et plus mâles, son raisonnement dans la foi plus fort, plus solide et plus juste.
Que s'ensuit-il de tout cela ?
1° Que si le sacrement du baptême est plus nécessaire , celui de la confirmation est plus excellent; 2° qu'encore que le baptême et la confirmation soient bien deux sacrements différents de leur nature, néanmoins, par rapport à la vie spirituelle de nos âmes, celui de la confirmation est comme la perfection et la consommation de celui du baptême^" qu'il faut être baptisé pour être confirmé, tant parce que le baptême est la porte des sacrements, et nous rend capables de les recevoir, qu'à cause que l'accroissement suppose à la naissance.
Quand Jésus-Christ a-t-il institué ce sacrement?
On tient communément que ce fut le jeudi veille de sa Passion, et que de là est venue la coutume de bénir le saint chrême ce jourlà, ainsi qu'enseigne le Pape Fabien, illustre par la sainteté de sa vie, et par la gloire de son martyre.
L 'a-t-il lui-même administré?
Non, la plénitude du Saint-Esprit qui nous y est conférée, devait être le fruit de son exaltation à la droite de son Père ; étant raisonnable que le corps naturel fût glorifié avant le corps mystique.
L a-t-il voulu recevoir?
Non, cela eût dérogé à la plénitude do l'onction intérieure, ou de la grâce qui était en lui : mais le Saint-Esprit descendant sur lui en forme de colombe incontinent après son baptême, fut une figure sensible de ce qui s'opère invisiblement dans celui qui i eçoit dig nement la confirmation, que par cette
raison on administrait autrefois après le baptême.
Ce sacrement était-il d'usage dans l'ancienne Loi ?
Non; la plénitude du Saint-Esprit qui nous y est conférée, ne devait être accordée qu'après la venue de Jésus-Christ, qui a mérité à son Eglise cette effusion de grâce, par l'effusion de son sang; outre que ce sacrement étant un sacrement de perfection, la Loi ancienne qui ne contenait que des figures et des promesses, et qui ne communiquait rien de parfait, n'en était pas capable.
Etait-il promis et figuré?
Sans doute, et l'Eglise avec les saints Pères, enseigne que la colombe qui porta le rameau d'olivier à Noé, et l'arc-en-ciel qui parut ensuite sur la nue, furent les figures et du baptême, dans lequel nos péchés sont submergés , et de la confirmation, qui nous donne le Saint-Esprit avec ses lumières et ses ardeurs, et achève notre entière et parfaite réconciliation : et Dieu par la bouche de ses prophètes, n'a rien plus souvent et plus solennellement promis, que l'effusion de son Saint-Esprit par la loi de grâce.
Pourguoi appelle-t-on guelguefois ce sacrement imposition des mains ?
11 s'est toujours conféré par cette cérémonie et Noire-Seigneur même, pour en donner quelque idée, et désigner l'institution qu'il en devait faire dans son Eglise imposait souvent ses mains adorables sur la tête des enfants, et leur donnait sa bénédiction, insinuantainsi peuà peu cequ'i! établirait dans la suite.
Pourguoi le Saint-Esprit ne descend-il pas visiblement comme autrefois, guand on confirme ?
l°Dieu veut donner lieu à l'exercice et au mérite de la foi ; 2° la religion est suffisamment établie, aussi bien que la croyance de la venueinvisible du Saint-Esprit; c'estainsi, dit saint Grégoire, que le jardinier habile cesse d'arroser une plante lorsqu'elle a pris entièrement racine; 3' l'établissement des choses spirituelles et intérieures est d'abord autorisé par quelque merveille extérieure qui cesse ensuite, dit saint Chrysoslome; k" enfin qui demanderait un prodige après tous ceux qui ont éclaté, sérail lui-même un grand prodige; 5° mais puisqu'il ne plaît pas au Saint-Esprit de faire éclater sa présence en nous, en y opérant des miracles visibles, prions-le dé faire connaître que sa grâce y est, en nous faisant pratiquer les vertus.
N'a-l-onpas déjà reçu le Saint-Esprit dans le baptême?
Oui, mais dans la confirmation il est donné sous'un signe nouveau et par an sacrement institué à cette fin, il fait éclater sa présence d'une manière plus déclarée et plus mani-
(45) De simples piètres peuvent administrer le sacrement de continuation, en vertu d'un pouvoir spécial qui leur est délégué dans quelques circonstances exc ptionnelles. On en voit des exemples dans les missions lointaines où les évêques ne peu-
incontinent feste, et il produit des effets tout singuliers
et tout nouveaux : ainsi la sainte Vierge et les apôtres reçurent ce divin Esprit au jour de la Pentecôte, [quoiqu'ils l'eussent déjà en eux auparavant.
Qui peut administrer la confirmation?
Les seuls évêques successeurs des apôtres, que nous lisons aussi avoir seuls conféré ce sacrement dans l'Ecriture.
D'où vient que cela leur est réservé ?
1° Ce sacrement met celui qui le reçoit dans un dejiré de perfection au-dessus des autres, et l'engage à mener une vie plus parfaite, et les évêques sont dans un état de perfection ; 2° ils ont la perfection du sacerdoce, c'est à eux à donner la perfection du christianisme;3" leFils de Dieun'envoya le Saint-Esprit sur son Eglise qu'après être élevé à la droite de son Père, c'est donc aux évêques, qui le représentent dans cet état de gloire, à donner la plénitude du Saint-Esprit par la confirmation, vraie Pentecôte pour ceux qui la reçoivent dignement; k" les simples prêtres par le baptême et le catéchisme, secondés des autres ministres inférieurs posent le fondement de l'édifice spirituel dans le Chrétien; l'évêque es^t l'architecte qui consomme l'ouvrage et qui fait la dédicace de ce temple; 5° c'est aux grands maîtres de l'art à mettre la mainjaux ouvrages , pour en faire des chefs-d'œuvre; 6° enfin ils sont les chefs des armées du Seigneur, c'est à eux à enrôler les soldats dans cette milice sainte (45).
Les vieillards, les femmes, et les enfants guon confirme, peuvent-ils être de bons soldats ?
Non, s'il s'agissait d'une force humaine et de combats corporels; mais dans la milice de Jésus-Christ il s'agit de combattre le monde, le diable et la chair, de vaincre ses passions et ses convoitises, et de perdre plutôt la vie que la foi, de quoi toute sorte d'âge et de sexe est capable, moyennant la grâce de la confirmation, et la vertu du Saint-Esprit qui se communique aux plus faibles et qui reluit davantage en eux : d'où vient que tant de vieillards, d'enfants et de jeunes filles ont souffert des tourments atroces et une mort cruelle avec une constance héroïque, sans murmurer ni se plaindre, et souvent même avec plus de zèle et de joie que les hommes forts et robustes, l'Esprit divin triomphant en eux et prévalant à toute la fureur des tyrans et des bourreaux : et sans doute ce ne fut pas sans mystère que Noire-Seigneur voulut se préparera sa Passion dans le jardin des Olives, insinuant par là que ce serait sous la liqueur de ce fruit, comme sous un signe sacré que nous recevrions dans son Eglise cette force si nécessaire et si salutaire; aussi apprenons-nous de l'Eglise, dans la bénédiction des saintes huiles le jeudi saint,
vent se transporter qu'à des intervalles très-rares. Cependant les Souverains Pontifes ont remédié à cet étal de choses en multipliant les sièges épispopaux et les vicariats apostoliques.
CATECHISME DE BOURGES. — PART
que non-seulement les prêtres, les prophètes et les rois ont élé oints de la vertu attachée à cette liqueur mystérieuse, mais môme que la force des martyrs en a découlé, ce qui s'est vu dans ceux mêmes qui semblaient être les plus incapables de ces grands combats.
Donnez-en quelques exemples.
Saint Ignace, évêque d'Antioche, dans une extrême vieillesse, ayant gouverné heureusement son Eglise malgré les Ilots de plusieurs longues persécutions, pensa enfin que, pour être un parfaitdiseiple de Jésus-Christ, il n'y avait rien tel que le martyre. Il fut exaucé, et sa joie fut si grande de se voir condamné à la mort, qu'il ne craignait rien, sinon que les fidèles en empêchassent l'exécution, et que les bêtes l'épargnassent ou ne le dévorassent pas tout entier, ne voulant point donner la peine aux Chrétiens de ramasser ses restes : aussi les lions ne laissèrent-ils de tout son corps que quelques gros ossements rongés.
Saint Polycarpe, évêque de Smyrne, pressé de renoncer à Jésus-Christ, dit : « Il y a quatre-vingt-six ans que je sers un si bon Maître, et que j'en ai reçu une infinité de biens, comment pourrais-je le maudire? » Sur quoi il parla avec tant de zèle et s'exposa aux tourments ave tant de joie, se dépouillant lui-même, se mettant à genoux les mains jointes et sans être lié au poteau, souffrant le feu sans changer de posture, et s'immolant avec une dévotion si animée, que le tyran, les bourreaux, les Juifs et les païens, en demeurèrent effrayés.
Saint Siméon, évêque fie Jérusalem, âgé de cent vingt ans, souffrit des tourments atroces pendant plusieurs jours, au grand étonnement des juges et des bourreaux mêmes, et mourut en croix très-constamment pour la défense de la foi.
Les baptisés ne sont-ils pas soldats de Jésus-Christ?
Les baptisés sont comme des bourgeois qui, dans un besoin, combattent pour la défense de leur ville, et les confirmés des soldais enrôlés et aguerris, qui font gloire 1 de combattre pour les intérêts de leur prince.
Quelle différence y a-t-H entre les soldats des princes de la terre, et les soldats de Jésus- Christ ?
Ceux-là mettent leur gloire, l°à vaincre leurs ennemis ; 2° à les tuer ; 3° à se glorifier en leurs propres courage elforce; 4* à se venger; et ceux-ci, 1' à surmonter leurs passions; 2° à souffrir paisiblement la mort; 3° à se défier d'eux-mêmes et à se confier en Dieu ; h-°h pardonner.
De qui peut -on recevoir la confirmation ?
Régulièrement parlant, il est mieux, tant qu'on peut, de la recevoir de son propre prélat, quoiqu'il soit libre, par la permission tacite qu il en donne, de recourir à un autre.