‹ Œuvres completesChapitre 31 sur 296 · II. CE QUE NOUS DEVONS RECEVOIR · texte numérisé non relu

II. CE QUE NOUS DEVONS RECEVOIR

En quoi consistent cette grâce et ces secours spéciaux?

Dans la confiance de demander et la vertu d'obtenir la conservation de la foi, et le courage, la force et la facilité de résister avec succès et bénédiction , 1° aux fausses maximes du siècle corrompu; 2° aux lâches condescendances; 3° au respect humain; k° aux façons de faire, et aux sollicitations des personnes mondaines; 5° aux ennemis de la religion.

Quels sont -ils ?

1° Les athées; 2° les hérétiques; 3° les impies; k° les libertins; 5° les railleurs de la dévotion ; tous ces gens-là étant autant de persécuteurs secrets et domestiques de la foi et des bonnes mœurs; 6° les démons ; 7° les infidèles et persécuteurs du nom chrétien.

Mais nous ne sommes plus au temps des tyrans ?

Non, mais nous sommes toujours au temps des martyrs.

Comment cela?

N'est-ce pas une espèce de martyre cont;nuel d'être sans cesse persécuté par les tentations, et de n'y succomber jamais?

Nous devons donc être martyrs ?

Oui, mais de vertus.

Desquelles principalement?

1° De la pénitence ; 2° de la chasteté ; 3° de la patience ; k" de la mortification, et des autres qui crucifient le vieil homme, obligation que nous contractons par la réception de ce sacrement, et que nous devons méditer et renouveler tous les ans, au jour auquel nous avons été confirmés, y recevant les sacrements, et exciiant dans nos cœurs les sentiments et dispositions où nous avons dû être quand on nous a confirmés.

D'où vient que la grâce de la confirmation éclate si peu parmi les Chrétiens?

1" Plusieurs n'ont pas reçu ce sacrement; 2° ou ils n'en ont pas reçu la grâce ; 3° ou ils l'ont perdue; h° ou ils n'en ont jamais fait l'usage; 5° ils l'ont reçu sans préparation, sans instruction, sans connaissance, sans estime, sans dévotion. Et de là vient que s'étant rendus indignes de recevoir ces dons divins, et incapables d'en exercer les actes, ils n'en ont jamais fait remarquer les effets dans leur conduite, ni que lediable, le monde et la chair aient perdu leur empire sur eux. Pourquoi donc s'étonner s'ils sont faibles dans la pratique des vertus, s'ils succombent au premier etïort des tentations, s'ils rougissent de la piété, s'ils ont honte de paraître gens de bien, de fréquenter les sacrements, de faire de bonnes œuvres, etc.

Serait-il mieux d'attendre à se faire confirmer quand on est un peu âgé?

Oui ; car, 1° on y viendrait plus instruit ; 2° dans le baptême on a fait profession du christianisme par la bouche d'autrui, il est bon de faire celle-ci avec connaissance de cause; 3° on en saurait mieux les obligations.

Quand serait-il plus convenable de le recevoir?

A la Penteeôie, selon l'ancienne coutume de l'Eglise, qui y destinait spécialement ce jour, ainsi que la veille de Pâques au baptême, et de Noël à l'ordination. En effet, le jour de notre confirmation est une vraie Pentecôte pour nous, à laquelle nous devrions nous préparer par une bonne retraite, à l'imitation des apôtres, et par les exercices spirituels, ce qui sans doute serait une excellente disposition à la réception du Saint- Esprit.

Peut-on être confirmé deux fois ?

Non, on ferait un péché mortel, un sacrilège, si, sachant bien qu'on l'a été, on s'en approchait encore; et avec raison, car, 1° le caractère qu'il imprime ne s'efface point; 2° on ne peut deux fois croître, non plus que naître.

Quelle différence y a-t-il entre les effets de la confirmation et des autres sacrements ?

1* Ceux-ci donnent la grâce avec mesure, et la confirmation, avec abondance et plénitude ; 2° ils confèrent la grâce du Saint-Esprit, et elle confère le Saint-Esprit même, auteur de la grâce ; 3° ils sont des canaux de sanctification, et elle en contient la source ; privilèges qui lui sont communs avec l'ordre et l'Eucharistie.

Quand le Saint ■ Esprit est donné , c'est donc la personne même qui est donnée?

Oui, et il habite dans les vrais fidèles, puisqu'ils en sont les temples. H est bien substantiellement dans toutes ses créatures par son immensité, leur donnant l'être, et les conservant : dans les baptisés, leur donnant la giâce et les sanctifiant; mais il est dans les confirmés, habitant en eux, et les remplissant de ses dons et de ses vertus, pour les rendre dignes de sa compagnie et de sa demeure, et capables de l'entretenir, de l'honorer, et de lui rendre leurs devoirs.

Prière.— Esprit-Saint, inspirez-nous la force el le courage de résister à nos ennemis, et de nous surmonter nous-mêmes ; soutenez-nous dans ces combats si longs et si périlleux, et armez-nous de votre justice et de votre vérité, puisque sans vous il nous est inutile de combattre, et impossible de vaincre.

Mon Dieu, donnez-nous la prudence et le zèle de nous opposer utilement aux ennemis de la religion et des bonnes mœurs, et de les reprendre quelquefois par nos paroles, souvent par notre silence, et toujours par nos bons exemples, et afin qu'on profite des avis que nous donnerons aux autres, faites que nous profitions nous-mêmes des corrections qu'on nous fera.

Seigneur, puisque vous ne nousavez donné la tristesse et la crainte que pour servir à notre salut, accordez-nous encore la grâce de faire un si bon usage de ces deux sentiments, que nous n'ayons jamais de tristesse que de vous avoir offensé, ni de crainte que de vous déplaire.

LEÇON IV

Des sept dons du S.iint-EspiU que le sacrement iic confirmation communique.

Est" il a" une grande conséquence de bien

connaître la nature et les effets de ces dons?

Sans doute, car c'est de là que nous connaîtrons si le Saint-Esprit habite en nous, consolation la plus grande et la plus solide que nous puissions avoir en cette vie.

Expliquez nous-les.

1° Le don de sagesse est une connaissance lumineuse et savoureuse tout ensemble «les choses de Dieu, laquelle en donne du goût, et y fait trouver du plaisir : ce don est le caractère des prédestinés, parce qu'il dispose tellement le cœur, qu'il prend plus de plaisir dans la méditation des biens éternels, et dans Je plus petit degré de grâce et de vertu que dans la possession de tous les biens naturels.

2°,Ledon d'entendement, ou d'intelligence, est une lumière surnaturelle, qui découvre et fait pénétrer les vérités du ciel, les mystères de la religion, el quelquefois les Ecritures saintes avec facilité. De là vient qu'il se trouve des personnes simples qui souvent ont des vues et des illustrations surnaturelles dont les plus savants docteurs sont privés, quand ils ne cherchent la vérité que par le travail de l'étude, et par l'effort d'un esprit humain.

3° Le don de science, est une connaissance des choses naturelles, selon le rapport qu'elles ont au Créateur,' et de l'usage qu'on en doit faire pour sa gloire et pour le salut.

4° Le don de conseil est une lumière qui montre ce qu'on doit faire pour plaire à Dieu, surtout quand le secours humain manque, et qui d'entre plusieurs moyens découvre celui qu'il est à propos de choisir. Et quoique cette grâce ne soit ordinairement accordée aux justes que dans les choses qui regardent le salut, elle s'étend néanmoins quelquefois sur leurs affaires même temporelles, attendu la droiture de leurs intentions et la liaison qu'elles ont avec leur sanctification.

5° Le don de force est une vigueur spirituelle et un courage surhumain, que le Saint- Esprit donne pour accomplir ses volontés, et pour surmonter les obstacles qui se présentent dans son service, et dans l'ouvrage du salut, soit delà part des hommes, des démons, des passions, ou des propres convoitises, qui sont les plus grands empêchements au salut et à la. perfection.

6° Le don de piété est une promptitude de cœur, d'esprit et même de corps, à tout ce qui peut glorifier Dieu ; particulièrement en ce qui concerne son culte dans les pratiques de la religion, les adorations, les sacrifices, les communions, les louanges de Dieu, les pèlerinages, les vœux, les prières, l'invocation des saints, et autres semblables qui montrent que le cœur est touché de dévotion et gagné à Dieu.

T Le don de crainte, est une tendresse de conscience, qui retient et empêche de commettre aucun péché, ni de rien faire qui soit désagréable à Dieu : car, comme l'œil ne peut souffrir aucune ordure à cause de sa délicatesse, de même l'âme attendrie et pénétrée de celte sainte crainte, ne peut souffrir aucun péché pour petit qu'il soit. Or celle crainte n'est point inquiète ni scru-

pilleuse, parce que le Saint-Esprit qui la donne, est ennemi du trouble et ami de la liberté et de la paix, selon ces paroles de saint Paul (II Cor. ni, 17 ) : Où est Vesprit de Dieu, là est la liberté; mais plutôt elle est douce et tranquille, parce qu'elle regarde Dieu, non comme juge, mais comme Père.

Elle est crainte, parce qu'elle fait craindre le péché, mais elle est en quelque façon amour, parce qu'elle aime Dieu, et qu'elfe craint de lui déplaire, et c'est pour cela qu'elle est justement appelée filiale et amoureuse.

leçon v.

Des parrains et des marraines qu'on prend à la

i onlii itiaiii.ui , leurs qualités el obligations.

Pourquoi prend-on un parrain et une marra me (46) ?

Ce sont comme des témoins qui viennent, 1° déposer de la bonne vie et mœurs de celui qui veut être confirmé; 2° promettre leurs soins pour former ce nouveau soldat à la milice de Jésus-Christ ; 3° et qu'ils le soutiendront, et affermiront ses pas dans le chemin de la vertu : d'où vient que celui qui se présente à la confirmation, si c'est un garçon, met son pied gauche sur le pied droit de son parrain , et, si c'est une fille, elle met le pied gauche sur le pied droit de sa marraine, pour témoigner qu'ils s'appuient sur eux, et qu'ils en sont soutenus : du moins est-ce une coutume ancienne et assez générale, et qui n'a rien de superstitieux.

Quels doivent-ils être?

1" Baptisés et confirmés : car comment présumerait-on qu'ils puissent soutenir les autres, s'ils étaient eux-mêmes faibles et destitués de la force que donne ce sacrement? 2° instruits de la doctrine chrétienne, et particulièrement de la nature de ce sacrement, des dispositions qu'il demande|, des obligations qu'il impose, et des devoirs auxquels l'office de parrain ou de marraine engage. 3° 11 serait à désirer qu'ils fussent plus âgés que ceux qu'ils présentent à ce sacrement; 4° qu'ils ne soient ni pécheurs publics, ni hérétiques, ni excommuniés; car la foi et l'odeur des vertus doivent éclater dans tout ce qui a rapport à ce sacrement; 5° et par conséquent dans un habit modeste, les hommes sans épée , et les femmes! sans aucune parure qui sente la vanité. 6° Ils ne doivent point présenter personne qui ne soit instruit et n'ait toutes les autres dispositions nécessaires.

Quavez-vous encore à dire sur eux?

Qu'ils contractent alliance spirituelle avec celui ou celle qu'ils présentent à la confirmation, et avec le père et la mère (et encore qu'ils ne lient pas le bandeau), ce qui ne s'étend néanmoins pas au delà de leurs personnes : c'est pourquoi les pères et les mêles ne doivent pas rendre cet office à leurs

(46) Ce chapitre est aujourd'hui un hors-d'auvr , car on a cessé de prendre des parrains el des ma» raines pour la réception du sacrement deC'>nli nialiuu. Tou efois les réflexions de l'aucur peu»

enfants. Que si le parrain et la marraine n'étaient pas confirmés, ils ne contracteraient aucune alliance avec personne. Il est, de plus, à observer que les hommes ne présentent point les femmes, ni les femmes les hommes, et que si c'est un garçon le parrain le tient de la main droite.

Et si le nombre de ceux qui se présentent à la confirmation est fort grand ?

Pour conserver cette ancienne discipline, et pour empêcher la multiplication des affinités spirituelles, il faudrait que tous les bommes de chaque paroisse prissent un seul parrain, qiii fût ecclésiastique, et toutes les filles et femmes, une seule marraine, qui fût une femme âgée, l'un et l'autre choisis par le soin du curé, et d'une piété reconnue.

A quoi sont tenus ces parrains et ces marraines à regard de ceux qu'ils présentent?

1° A veiller à ce qu'ils soient élevés en la crainte de Dieu; 2° instruits des devoirs auxquels engage ce sacrement ; 3° à les porter à la perfection, et à se rendre ainsi comme coopérateurs du Saint-Esprit en eux.

Prière pour recevoir ou renouveler en soi la grâce de la confirmation.

Mon Dieul nous confessons que nous ne méritons pas de recevoir la grâce de la confirmation, ayant si mal usé de celle du baptême, ni d'être confirmés dans laqualité glorieuse de Chrétiens, après en avoir si peu rempli les devoirs. Suppléez donc par voire infinie miséricorde à notre indignité; donnez-nous les dispositions convenables pour recevoir en nous votre divin Esprit; envoyez-nous-le , ce divin Esprit, comme vous l'envoyâtes sur les apôtres au jour de la Pentecôte; orneznous des dispositions dont vous les revêtîtes, afin de le recevoir dignement dans nos cœurs. Qu'il y vienne, Seigneur, non comme un hôte qui passe» mais comme un Dieu qui réside; qu'il élève nos esprits à vous par le don de la sagesse, qu'il les ouvre par l'intelligence, qu'il les éclaire par la science; qu'il soit notre conseil dans nos doutes, et notre force dans nos tentations; qu'il nous unisse à vous par les mouvements d'une piété tendre ; qu'il nous pénètre de cette crainte respectueuse et filiale qui fuit d'autant plus le péché, qu'elle aime davantage celui à qui le péché ne peut plaire, et qu'avec ces grands dons nous en possédions la source à jamais. Ainsi soit-il.

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