‹ Œuvres completesChapitre 32 sur 296 · DE L'EUCHARISTIE · texte numérisé non relu

DE L'EUCHARISTIE

LEÇON I

Son institution.

Pourquoi Jésus - Christ a -t • il institué VEucharistie?

Afin, Ie de demeurer avec nous, ainsi

vent avoir leur utilité comme souvenir des anciens usages el comme applications à quelques circonstances qui peuvent se présenter.

qu'une v.raie arche d'alliance, jusqu'à la fin du monde ; 2° de rendre à l'homme la divinité présente et sensible dans l'Eglise, comme autrefois dans le paradis terrestre; 3° de nous faire participer à la victime offerte pour nous en l'arbre de la croix; k° de servir de nourriture à nos âmes; 5" de donner un sacrifice à son Eglise. Car, n'y ayant jamais eu de vraie religion, ni aucun état du monde ni même de nation, qui ait connu une divinité sans sacrifice, ni par conséquent sans prêtres, conviendrait-il à la religion chrétienne, sans doute la plus parfaite de toutes, et à l'état du monde réparé, d'être destitués de sacerdoce et d'hostie, de temples, d'autels, de prêtres et de victimes? ou de n'avoir, comme la Synagogue, à offrir à Dieu que des ombres, des commémorations, et des figures ou images de Jésus-Christ, contre l'esprit de la nouvelle alliance?

A quoi cela nous engage-l-il?

1° A visiter souvent le saint Sacrement; 2° à communier souvent; 3° à assister dévotement à la Messe.

Où l'institua t-il?

Dans la ville de Jérusalem, chez un de ses disciples; dans un grand cénacle, ou salle magnifiquement parée, et avec raison, puisqu'elle devait servir à la plus auguste cérémonie qui fut jamais.

Quand l'institua-t-il?

Le soir du jeudi de la semaine sainte, qui fut la veille de la passion, après avoir mangé l'agneau pascal avec ses disciples, et accompli les autres cérémonies prescrites par la Loi.

Quelles étaient ces cérémonies?

Toutes les années, le soir de la fête de Pâques, les Juifs, chacun dans sa famille, se ■ceignaient les reins avec une ceinture; ils prenaient un bâton à la main, et, se tenant droits, ils mangeaient a la hâte des laitues sauvages, du pain sans levain et un agneau rôti, donHls avaient mis le sang sur le seuil de leur porte.

Que représentait cette cérémonie aux Juifs ?

Leur départ d'Egypte, lorsqu'ils furent contraints d'en sortir avec précipitation, en pleine nuit, et sans avoir le temps de manger que des viandes qu'on peut apprêter surle-champ.

Que signifie cette sortie d'Egypte aux Chrétiens ?

Que, par le sacrifice de Jésus-Christ, l'Agneau immaculé, ils ont été délivrés de la tyrannie du diable et de la servitude du péché, représentés par Pharaon et par l'Egypte.

Que veut dire le mot de Pâques?

Il veut dire passage, pour exprimer que l'ange exterminateur, qui entrait dans les maisons des Egypttens pour y tuer les premiers-nés, trouvant le sang de l'agneau sur le seuil de la porte des Israélites, passait outre et ne s'arrêtait pas.

Qu'est-ce que cela signifiait?

Que, par le sang de Jésus-Christ, nous avons été mis à couvert de la cruauté du démon et délivrés de la mort éternelle.

Quelle instruction tirons-nous de ce que les Juifs, assemblés en famille, mangeaient tous les ans cet agneau?

Que c'est dans notre église paroissiale, qu'on peut appeler notre mère, puisque nous y avons été régénérés en Jésus-Christ, et avec notre pasteur, qui nous tient lieu de père de famille, et avec les autres fidèles, qui sont nos frères en Jésus-Christ, que nous devons faire nos pâques et communier au moins une fois l'an, sous peine d'être retranchés de la société du peuple de Dieu. Mais un Chrétien ne doit pas attendre l'effet d'une menace si terrible; et s'il a un désir sincère de se sauver, il vivra saintement et communiera fréquemment.

Que signifiait cette ceinture que les Juifs portaient sur leurs reins?

Que, pour manger la chair pure de cet Agneau sans tache, nous devons être chastes et continents.

Et ce bâton qu'ils tenaient en leurs mains? Que nous ne sommes en ce moment que des pèlerins qui allons à cette bienheureuse terre de promission, qui n'est autre que le ciel : de quoi le Saint-Sacrement nous est le gage assuré et le viatique qui nous soutient dans cet ennuyeux pèlerinage.

Et ces laitues sauvages?

L'amertume du cœur que nos péchés causeraient à celui qui en devait être la victime; et que, pour profiter de cette viande céleste, il faut auparavant nous purifier de la corruption du péché par les fruits amers de la pénitence.

Et ce pain sans levain?

Qu'on doit apporter à la sainte table une piété sincère et véritable, et une conscience exempte de corruption et de malice; qu'il ne faut retenir aucun levain du vieil homme, mais y venir avec un esprit pur et un cœur nouveau.

Et cet agneau rôti?

Il signifiait Jésus-Christ, l'Agneau de Dieu, qui devait être immolé pour nous en l'arbre de la croix, et y être consumé, comme un parfait holocauste , par l'ardeur de son amour et de ses souffrances; et par ce sacrifice sanglant, dont la sainte Eucharistie est le mémorial, nous délivrer de la mort éternelle et nous procurer une vie divine, dont nous trouvons la conservation, quand nous mangeons ce pain descendu du ciel.

Qu'est-ce que fit Jésus-Christ, après avoir accompli la Loi et mangé l'agneau pascal avec ses disciples?

Il fit succéder la vérité à la figure, et à la manne ancienne et corruptible des Israélites entrant dans la Terre promise une viande nouvelle et incorruptible, instituant l'Eucharistie sur le point de passer à son Père et de nous introduire dans l'Eglise, et comme pour nous dire le dernier adieu, et l'instituant par une cérémonie où il nous donna l'exemple d'une humilité profonde et d'une charité immense; car il se leva de table, il quitta son manteau, il se ceignit d'un linge, il mit de l'eau dans un bassin, et s'abaissant devant ses apôtres, il leur lava les pieds.

mi

CATECHISME DE BOURGES. — PART

Que voulait-il nous apprendre par là ?

1° Que dans son incarnation, dont l'Eucha ristie est une rénovation, il s'était dépouillé de ses grandeurs pour paraître sous la forme d'esclave, et s'était assis à notre table pour nous faire participer à la sienne ; 2° que, puisqu'il daignait bien s'humiiier jusqu'aux pieds de Judas , et permettre àsaint Jean de reposer sur son sein, nous pouvions bien croire qu'il ne dédaignerait pas de s'abaisser jusqu'à descendre dans notre poitrine.

Que signifiait encore cet abaissement de Jésus-Christ uux pieds des apôtres?

La baute dignité où il allait les élever en les consacrant prêtres, et l'bonneur qu'il voulait qu'où leur rendît dans l'Eglise; il voulut lui-même les honorer le premier en s'abaissanl à leurs pieds, et, par ce respect , attirer sur eux le respect de tous les hommes; il ajouta les paroles aux actions, et leur dit que désormais il ne les appellerait plus ses serviteurs, mais ses amis.

Et ce lavement des pieds ?

1° Que pour nous approcher dignement de la sainte table, aussi bien que du sacerdoce, il faut être purifié des moindres péchés et* des plus légères affections terrestres ; 2° que la vertu du sang précieux de Jésus-Christ, dont cette eau était la figure, nous serait appliquée, quand nous mangerions la chair adorable de la victime, qui l'allait répandre sur nous ; 3° que Jésus-Christ, dit saint Ambroise , prémunissait ses apôtres contre les morsures du serpent ancien, qui tend des pièges au talon de l'homme depuis qu'il supplanta Adam, et auquel, par leurs emplois, ils devaient écraser la tête et la fouler aux pieds, leur en ayant donné le pouvoir lorsqu'il les envoya prêcher (kl).

Que fit Notre-Seigneur ensuite ?

Il reprit ses vêtements, il se mit à table , et il institua le très-adorable Sacrement de l'autel.

Quelle instruction tirez-vous de ce que Jésus-Christ se leva de table, quitta ses habits , et se mit aux pieds de ses apôtres, et de ce qu'ensuite il reprit ses vêtements et se remit à table?

Qu'après s'être préparé à la sainte communion par des sentiments de pénitence et d'humilité, on doit se présenter à ce sacré banquet revêtu de la robe nuptiale, c'est-àdire orné et paré de sentiments de foi , d'amour et de religion.

Comment Jésus-Christ institua-t-il le saint Sacrement ?

Il prit du pain en ses saintes et adorables mains, et les veux élevés au ciel , rendant grâces à son Père, il bénit et consacra ce pain, en disant : Prenez et mangez : ceci est mon corps qui sera livré pour vous ; puis il rompit ce divin Sacrement et le distribua à ses disciples.

Pourquoi Jésus -Christ institua - t-il la sainte Eucharistie dans ses saintes et adorables mains ?

Il, CE QUE NOUS DEVONS RECEVOIR. 182

Pour signifier, que ce pain, dont nous nous nourrissonsjsi heureusement, est, 1° le grand don de la libéralité ; 2° l'ouvrage merveilleux de sa toute-puissance; 3° le fruit de ses travaux et de ses mérites; k" enfin c'était le lieu du monde le plus pur et le plus digne qu'on y mît ce divin Sacrement. Pourquoi leva~t-il les yeux au ciel?

Pour marquer, 1° la grandeur et l'importance de l'action qu'il allait faire, le recours qu'il avait à Dieu son Père, et l'invocation expresse qu'il faisait de son pouvoir ; 2° que l'Eucharistie est le pain des anges, et la véritable manne descendue du ciel pour nourrir nos âmes; 3° que, quand nous communions, nous devons élever nos esprits et nos cœurs au ciel, et aspirer à une vie toute pure, toute céleste et toutangélique.

Qu'est-ce à dire, qu'il bénit le pain ? Qu'il le consacra et le changea en son corps, la bénédiction de Dieu, qui fait tout par sa parole , étant efficace , et opérant ce qu'elle exprime.

Pourquoi rompit-il le pain consacré?

Afin 1° de le distribuer à ses apôtres ; 2° témoigner que son corps adorable serait rompu, et sa chair déchirée dans sa passion, dont ce sacrement est le mémorial ; ce qu'il a voulu que nous continuassions de faire tous les jours dans l'oblation du sacrifice mystique, afin de nous inculquer sans cesse un souvenir si tendre ; et nous rendre continuellement présente et sensible cette grande marque de son amour; 3° de nous inspirer le désir de pénétrer les merveilles cachées qu'enferme ce grand Sacrement, et de ne nous pas contenter d'en avoir une connaissance extérieure et superficielle.

Notre-Seigneur communia-t-il lui-même ?

Oui, il communia le premier, afin 1° de mériter aux Chrétiens les grâces qu'ils recevraient en communiant dignement ; 2° de se donnera lui-même un nouveau droit à la résurrection et à l'immortalité , cet effet étant attaché à ce glorieux mystère par son institution et par sa nature; 3° de nous convier, par son exemple , à nous munir de ce pain des forts, lorsque le temps des souffrances , et surtout des derniers assauts de la mort est arrivé; k" de nous donner par là un sujet de consolation et d'espérance, en nous faisant recevoir ce levain de la vie céleste, comme parlent les saints, et ce germe delà résurrection et de l'immortalité, au moment même de notre destruction, semblables aux Israélites, qui, s'en allant en captivité, emportaient avec eux les prophéties de leur rétablissement et de leur retour. Que fit^ensuite Notre-Seigneur?

Il prit du vin dans un calice, et ayant rendu grâces à son Père, il le bénit et consacra, en disant : Prenez et buvez : ceci est mon sang.

Qu'ajouta -t-il encore ?

Que c'était le sang du Testament nouveau

(47) Ajnuions rpje c'est aussi comme exemple d'humilié et pour apprendre à ses apôtres, ainsi

(pr» no'is tons, jusqu'à quel point il faut pratiquer la

charité lss uns envers les autres. „

et éternel qui serait répandu pour la rémission des péchés du monde.

Que signifie ici le mot de Testament, dont il se servit ?

1° Qu'il nous donnait son corps et son sang, non en figure, mais en vérité, étant inouï de prétendre que quand un père mourant Jègue à son fils un héritage par testament, dont les termes se prennent toujours dans Je sens littéral et naturel, et dont les donations sont réputées réelles et effectives , il n'aurait voulu lui en donner que la figure ; 2° qu'il nous instituait héritiers du ciel ; et en effet, le Testament doit contenir et renfermer la promesse de l'héritage ; mais , pour bien développer ce sens caché , il est nécessaire de savoir que, comme un tils n'hérite, point des biens paternels qu'après Ja mortde son père, Dieu, dans l'ancienne Loi , adoptant les Juifs pour ses enfants, avait ordonné qu'on fît mourir des victimes, non-seulement pour confirmer l'alliance qu'il faisait avec eux , et la rendre plus solennelle, mais encore afin que la mort de ces animaux tînt lieu, en quelque façon de la mort de ce Père céleste, qui ne pouvait mourir, et donnât aux Juifs comme un droit héréditaire sur les biens temporels promis au vieil homme. Or Jésus- Christ, accomplissant et perfectionnant la Loi, nous assure par ces paroles, qu'il veut répandre son sang et mourir non-seulement pour affermir la nouvelle alliance qu'il contracte avec nous, et la rendre plus authentique, mais encore pour nous laisser par sa mort, comme un père mourant à ses enfants, le droit de succéder à l'héritage céleste, promis à l'homme nouveau et spirituel; 3° nous donnant en mourant son corps et son sang, premièrement pour l'offrir à Dieu en sacrifice, et en second lieu, pour servir de nourriture à nos âmes , il a laissé, aux pères véritablement Chrétiens, un modèle excellent de faire leur testament, et de distribuer leurs biens premièrement à Dieu, par les legs pieux et aumônes, et ensuite à leurs enfants, pour servir àleur subsistance (48).

Pourquoi Jésus-Christ appelle-t-il cette alliance nouvelle et éternelle?

Pour la distinguer de l'ancienne, que Dieu avait contractée avec la Synagogue, et qui, en effet, estfort différente de celle qu'il contracte avec l'Eglise par Jésus-Christ, en ce que , 1° Dieu nous a fait des promesses infiniment plus excellentes qu'il n'en fit aux Juifs ; 2° nous lui \ouons des services incomparablement plus parfaits ; 3° elle ne se fait pas par le ministère d'un saint homme , ou d'un grand prophète , tel qu'était Moïse , ni par l'épauchement du sang des animaux , ni pour un temps seulement, mais par l'entremise d'un Homme-Dieu, par l'effusion de son sang adorable, et pour toujours ; k" elle est dans la nature même.

Pourquoi Jésus-Christ ajouta-t-il que son sang serait répandu pour la rémission des péchés ?

Pour nous apprendre que le sang des animaux ne suffisait pas pour nous laver de nos péchés et nous procurer cette rémission , et que nous avions besoin pour cela qu'il répandît le sien. En effet, comme l'homme pécheur ne pouvait éviter la mort, qu'en subrogeant à sa place quelqu'un qui mourût pour lui, et que tant qu'il n'y mettrait que des animaux égorgés, ces sortes de sacrifices n'opéraient autre chose qu'un aveu public qu'il méritait la mort; et même que la justice divine, ne pouvant pas être satisfaite d'unéchange si inégal, il recommencerait inutilement tous les jours à égorger ces victimes, puisque par là il ne donnerait qu'une marque certaine de l'insuffisance de cette subrogation; il étaitnécessaire que Jésus-Christ voulût mourir pour le pécheur, afin que Dieu, satisfait de la subrogation d'une si digne personne, n'eût plus rien à exiger pour le prix de notre rachat, et pour nous accorder le salut.

Telles sont l'excellence et la dignité de l'oblalion que le Sauveur a faite de lui-même sur le Calvaire, et qu'il renouvelle tous les jours sur nos autels : oblation qui, dans son unité , abolit la multitude des victimes qui l'avaient précéJée ; qui, dans sa vérité, en accomplit les figures, et qui, dans sa bonté, en comprend etsurpasse infiniment le mérite : de sorte que ces anciens et insuffisants sacrifices ont tous disparu devant cette divine hostie, comme les ombres devant la lumière, et les promesses devant la réalité.

Jésus-Christ mêla-l-il de l'eau dans le vin ? Oui, et la tradition constante nous l'apprend.

Pourquoi ?

l°Par un motif de vertu et de tempérance dont il voulut édifier son Eglise, et l'instruire de la sobriété qu'exigeait cette] table. 2° Par mystère, ces deux liqueurs représentant celles qui découlèrent de son côté à l'arbre de la croix, dont l'Eucharistie est le mémorial. 3° Le vin qui domine, marque la forée, la joie et le courage qu'inspire ce divin breuvage, qui nous fait oublier nos misères et nos péchés, et dans lequel nous devons noypr nos soucis et nos peines. 4° L'eau mêlée avec le vin est le symbole du peuple chrétien , qui ne peut être séparé du sang de Jésus- Christ, ni le sang de Jésus-Christ du peuple qu'il a racheté. 5* Ce mélange signifie que l'union et l'incorporation des fidèles au Fils de Dieu, lesquelles se commencent par le baptême, se perfectionnent et s'achèvent dans l'Eucharistie. <j° Le changement de cette goutte d'eau en vin marque notre transformation en Jésus-Christ par la communion.

Que fit Jésus-Christ après cela ?

1" Il distribua le vin consacré à ses apôtres,

(48) On comprend avec quelle réserve il faut employer cette dernière interprétation, qui n'est fondée que sur l'opinion de l'auteur. Des circon lances

graves ei dus motifs légitimes peuvent seuls permettre d'en luire es ige.

isr;

qui tous en burent, se donnant l'un et l'autre de main en main la coupe, s'gne de l'unionque ce Sacrement exige, inspire, opère. 2° Il les ordonna prêtres, leur communiquant le pouvoir de le consacrer par ces paroles : Faites ceci, ce qu'ils accomplirent et transmirent à leurs successeurs. 3° Il leur fit un discours tout divin sur l'union qu'ils venaient de contracter avec lui. k" Il récita un cantique d'action de grâce. 5° Il s'en alla au jardin des Olives commencer à répandre réellement ce même sang qu'il venait de répandre en mystère dans ce cénacle, afin sans doute de nous rendre encore plus sensible et plus vive la participation que l'Eucharistie nous donne à sa passion, et nous montrer combien elle lui est conjointe.

Quelle instruction tirez-vous de là T 1° De ne jamais quitter la sainte table sans avoir l'ait l'action de grâces ; 2° d'écouter alors Jésus-Christ dans le cœur; 3° de le suivre dans ses souffrances.

LEÇON II

Sa différence et ses noms.

En quoi diffère l'Eucharistie d'avec les autres sacrements ?

Les autres sacrements 1" nous font participer à la grâce et à l'esprit de Jésus- Christ, et la sainte Eucharistie nous fait, de plus, participer à son corps, à son âme, à sa personne adorable, à sa divinité. 2° US sont des moyens, elle est la fin. 3° Us commencent notre union avec Jésus-Christ, elle la consomme. 4° Us ne durent qu'un moment, car sitôt que les paroles sacramentelles ont été prononcées, ils ne sont plus ; et elle subsiste même après que le prêtre l'a produite sur nos autels. 5* Us ne sont que de pures créatures, ou naturelles, comme les symboles, ou surnaturelles, comme la grâce: et elle contient le Créateur même de l'univers, le Dieu de la nature, de la grâce et de la gloire. 0° Ils ne profitent qu'aux vivants, et l'oblation de la sainte Eucharistie profite même aux morts. 7° Dans les autres sacrements la matière n'est point changée, dans la sainte Eucharistie elle est détruite.

Que veut dire le mot de l'Eucharistie ?

Action de grâces : 1° en mémoire de ce que Jésus-Christ, instituant ce divin Sacrement, rendit grâces à Dieu son Père. 2° Comme c'est Je plus grand bienfait que nous ayons reçu de Dieu , c'est aussi celui qui nous oblige à lui en rendre le plus d'actions de grâces, et à en avoir le plus de reconnaissance, surtout au moment que nous le prenons, et Noire-Seigneur aima mieux que ce Sacrement portât le nom du sentiment avec lequel nous venons de le recevoir, que du présent même qu'il nous fait en nous le donnant, sans doute pour nous montrer combien l'un est inséparable de l'autre. 3° L'offrande que nous faisons de Jésus-Christ à Dieu son Père dans le Saint-Sacrement est le plus efficace moyen quenousayonsdele remercier de tous les biens que nous en avons reçus, que nous en recevons sans cesse, et particulière-

ment de ce qu'il a voulu que son Fils bienaiméaitsouffertpournousla mortetla passion, dont il nous renouvelle le souvenir, et nous applique le mérite parce Sacrement.

Que signifie encore le mot d'Eucharistie 5"

Bénédiction : t°en mémoirede cequeJésus- Christ instituant cet adorable Sacrement, bénit le pain ; 2" parce que Dieu nous a donné la bénédiction des bénédictions; en nous donnant son propre Fils, en qui toutes choses ont .été bénies ; 3° et que le plus excellent moyen que nous ayons de bénir Dieu, et d'attirer sa bénédiction sur nous et sur les créatures que nous lui recommandons, est de lui offrir celte hostie de louange, et cette victime de propitiation.

Comment le nomme-l-on encore ?

La cène, ou le souper du Seigneur': 1° pour exprimer que c'est le souper mystérieux et par excellence, institué par Jésus-Christ ;2°" pour nous faire souvenir que ce fut à la fin du jour, aussi bien que de sa vie, et même dans le déclin des temps, et le dernier âge du monde , que le Sauveur institua cet adorable Sacrement, et qu'il voulut, à son imitation, nous imposer l'obligation de le recevoir quand le soir de notre vie est arrivé, c'est-à-dire quand nous sommes près de passer de ce monde en l'autre. 3° Comme le souper est le repas qu'on fait à la fin de la journée, et que c'était celui où les anciens se plaisaient le plus à faire éclater leur pompe et leur grandeur, cela nous figure qu'à la fin de notre vie nous sommes invités à ce banquet éternel, où Dieu étalera à nos yeux sa magnificence et sa gloire , où nous verrons ce que nous croyons, où nous nous rassasierons de cet aliment céleste, dont nous n'avons que l'avant-goût en ce monde, où nous nous délasserons des fatigues de cette vie, qui n'est appelée qu'un jour à cause de sa brièveté, et où nous ne mangerons plus notre pain à la sueur de notre visage.

Comment encore ?

l°Le pain vivant et vivifiant, pour le distinguer du pain commun et ordinaire, que nous mangeons, que nous changeons en nous, et que nous faisons servir à notre vie naturelle : au lieu que Jésus-Christ, dans la sainte Eucharistie, nous change et nous transforme en lui , et nous fait entrer en participation de sa vie divine. 2° Le pain des anges, pour nous apprendre que dans ce Sacrement nous nous nourrissons de la même viande dont les anges se repaissent dans le ciel , qu'il faut donc être anges pour y participer, et que comme dans l'incarnalion, Dieu et l'homme se sont unis en la personne du Verbe pour sauver l'homme, dans l'Eucharistie l'Homme-Dieu est uni aux accidents du pain et du vin pour sustenter l'homme. 3° Le vin qui germe les vierges , pour exprimer que ce divin Sacrement cause en nous la pureté, bien différent en cela du vin terrestre, qui d'ordinaire n'engendre que des sentiments impurs.

Comment encore?

Un festin : 1° parce que comme les festins ne se font que pour les amis, aussi nul, s'il

n'est dans l'amitié de Dieu, ne doit-il s'asseoir à sa table. 2° Comme dans un festin on sert grande variété de viandes, et d'un goût exquis et différent, ainsi les âmes bien disposées trouvent dans cette manne céleste un goût admirable et une saveur délicieuse et proportionnée à leurs désirs , dont ceux qui n'ont pas le palais de l'âme bien disposé, sont privés. 3° Comme c'est dans les festins que les amis témoignent le plus leur tendresse et leur amitié, aussi est-ce dans ce sacré banquet où Jésus-Christ a pris plaisir de se communiquer à nous avec une profusion sans exemple, et où il nous a témoigné une charité inouïe , invitant et admettant à sa table en signe d'une entière et parfaite confiance , non-seulement les princes et les grands, comme le fit Assuérus, mais tous les fidèles sans distinction , rois , esclaves, riches et pauvres, doctes et ignorants.

Comment le nomme-t-on encore ?

Le gage du salut ^éternel : lu parce que Dieu qui connaît le fond de notre défiance, a voulu, pour y remédier, se comporter à notre égard en la manièrejd'un fidèle marchand, qui, vendant à quelqu'un une riche marchandise, laquelle, pour de justes raisons, il ne peut livrer sitôt, lui met en main en attendant des arrhes pour son assurance. Car non-seulement il nous a promis la gloire, mais de plus, il a voulu nous donner comme en otage son propre Fils , en nous mettant entre les mains ce riche dépôt pour nous servir de gage assuré de son amour, et de la fidélité de ses promesses,, de notre union intime et réelle avec lui. de notre totale transformation en lui, et de la parfaite possession qu'il nous donnera de lui dans la bienheureuse éternité. 2° Nous trouvons dans la digne réception de ce Sacrement, une certitude que nos péchés passés nous sont remis , puisque la marque la plus assurée qu'un roi a pardonné à son sujet, est quand il le fait manger à sa table : et un fondement solide de croire qu'à l'avenir nous ne retomberons plus dans le péché, et que les tentations du diable, et les méchantes inclinations de la ehair ne nous renverseront pas, si nous ne voulons nous-mêmes de propos délibéré nous précipiter et nous perdre , puisque par ce Sacrement nous nous voyons unis à Jésus-Christ, qui est la stabilité même, d'une manière très-intime. 3° Nous ne pouvons pas avoir une plus grande assurance du bonheur éternel ,. que de vivre de la vie de la grâce, puisqu'elle est la semence de la vie de la gloire. Or ce Sacrement est l'aliment qui donne la vie à notre âme, et qui l'entretient et qui fait que nous sommes dès ce monde incorporés à Jésus-Christ, comme des membres vivants à leur chef,à la gloire duquel ils ont droit.

Comment encore ?

Synaxe, pour montrer qu'il est le signe de notre agrégation à l'Eglise, tout ainsi que la table commune est le témoignage de l'union dos enfants a une même famille. Communion, pour marquer la parfaite charité qui doit unir les fidèles avec Jésus-Christ leur

Père, avec l'Eglise leur Mère, avec les titidèles leurs frères, et enfin avec eux-mêmes, quand ils s'approchent de la sainte table , où. tous doivent manger du même pain, et boire au même calice, pour s'entr'aimer non-seulement comme composant une mêmefamille,.

mais comme n'étant, s'il se pouvait, qu'une même personne; c'est pour cette raison qu'on, l'appelle encore le lien de la charité et le symbole de la paix etde la concordent qu'autrefois pour exprimer qu'un fidèle avait reçu l'Eucharistie, on disait qu'on lui avait donné la paix.

Comment encore ?

Les saints dons au pluriel, pour en exprimer la multitude; car Jésus-Christ nous y donne son corps , son sang , son âme , sa divinité, sa grâce, sa vie, ses mérites, le fruit, de ses souffrances, le paradis, la possession de Dieu, en un mot, toutes choses sans exception : non en figure , mais en vérité ; non une fois, mais sans cesse ; non en un endroit, mais partout; non pour un temps, mais pour, toujours, de sorte qu'on peut dire que ce don surpasse même les autres dons , desquels nous sommes redevables. En effet , si dans la création il nous a aimés en nous tirant du néant, il pouvait nous marquer plus d'amour en nous donnant un être plus noble, ou en y attachant des qualités plus relevées; si dans la conservation il nous aime, faisant servir ses créatures à notre entretien, il pourrait nous faire voir un plus grand amour en nous soutenant par des créatures encore plus excellentes, et d'une plus grande vertu ; si dans la justification il nous dé lare son amour en répandant la grâce dans nos cœurs, il pourrait nous en marquer davantage en nous communiquant une grâce plus abondante ; il ne lui est pas impossible d'ajouter à tous ces bienfaits, quelque grands qu'ils soient, de nouveaux degrés qui les rendraient plus recommandables, et plus précieux; ils n'ont pas épuisé sa puissance; mais il ne peut nous faire un plus grand présent qu'en se donnant lui-même à nous dans l'Eucharistie. Elie, montant au ciel, ne laissa que son manteau à ses disciples, dit saint Chrysostome, mais le Sauveur s'est laissé luimême tout entier, par une merveille inouïe.. Il est vrai qu'il ne fait mention que de son corps : Prenez et mangez, ceci est mon corps, sans parler de son âme etde sa divinité qui y est jointe, mais il est en cela semblable à un époux qui dit à son épouse : Mon épouse, je vous donne cet anneau, sans faire mention du diamant qui y est enchâssé, ni de son cœur qui l'accompagne, et dont cet anneau est le gage ; ou un habile médecin, qui, voulant donner à son malade quelque poudre d'une grande vertu, dont sa faiblesse le rend incapable, la délaye dans quelque liqueur pour lui servir de véhicule, et l'introduire dans son estomac; c'est ainsi que Jésus-Christ, par son humanité, nous communique sa divinité, et nous donne sousles espècessacrameutelles, comme sous des enveloppes sacrées, le précieux gage de notre salut, son corps, son sang, son âme, sa personne, sa divinité.'

Comment le nomme-t-on encore?

CATECHISME DE BOURGES. — PART. lt. CE QUE NOUS DEVONS RECEVOIR.

Le signe de l'unité, principalement à l'égard de Jésus-Christ qui s'y est fait notre aliment, et qui, après nous avoir formés sur le Calvaire de son sang, nous nourrit à l'autel du lait de sa propre substance , sans nous abandonner aux soins d'une nourrice étrangère, atin de mieux s'incorporer à nous, et de s'incarner en chacun <ie nous, pour ainsi dire, en sorte que le Verbe éternel non content de s'être une fois uni à notre nature dans le sein de Marie par l'incarnation , s'unit encore tous les jours à chaque tidèle dans le sein de l'Église par la communion, d'une manière à la vérité différente de la première, mais très-intime et très -substantielle ; et c'est en ce sens que la sainte Eucharistie est dite par les saints Pères une extension et une rénovation du mystère de l'incarnation, tant à raison de la production de Jésus-Christ sur nos autels, qui se fait par l'opération toute-puissante de cet esprit créateur (à qui Jes mêmes saints ne l'ont pas moins attribuée, que sa formation dans le sein de Marie, d'où vient l'ancien usage de conserver le Saint-Sacrement dans des ciboires faits en forme de colombe, et de le retenir ainsi suspenduj'au moment que le prêtre (qui devrait être vierge, suivant le souhait de l'Eglise) achève de prononcer les paroles sacramentelles (ainsi qu'il fut produit dans le sein de Marie par l'opération du même Esprit-Saint, au moment que cette Vierge des vierges , et le modèle des prêtres, eut prononcé les paroles qui exprimaient son consentement ), qu'à cause de son incorporation avec chaque tidèle, auquel il s'unit non-seulement par la foi, par l'espérance et par la charité, mais réellement. Et que comme dans le dessein du Père, il naît toujours dans le sein des fidèles, il s'incarne toujours; car pour s'exprimer encore avec les saints Pères, comme deux cires mêlées et confondues ensemble, ne font qu'une même masse, le levain et la pâte un même pain , la vie du chef et du membre , de la tige et de la branche, une même vie, l'aliment et celui qui le mange, un même composé; ainsi dans ce Sacrement nous sommes laits un même tout avec Jésus- Christ , qui de pi us nous assure (ce qui est le comble ) qu'il nous y rend participants, autant que nous en* sommes capables, de cette union intime, ou plutôt de cette unité parfaite, et de cette vie divine et sainte, qui e fait être indivisiblement une même chese avec son Père , et qui le fait vivre de la même vie que lui.

Comment rappelle-t-on encore ?

Les sacrés mystères, pour signifier le grand nombre de prodiges que Dieu y opère, et qu'il y opérera jusqu'à la fin des siècles , car la substance du pain est détruite et changée au corps de Jésus-Christ, les accidents subsistent sans sujet, et ils nourrissent; un corps se trouve en plusieurs lieux à la fois; rompant l'hostie on ne rompt pas le corps de Jésus-Christ, qui n'est pas moins grand dans la plus petite particule, que dans l'hostie entière , etc. Miracles qui ;ne sont qu'une rénovation de ceux qu'il a faits visiblement

dès la naissance du monde , et dans la suite des temps , et qu'il a voulu être invisiblement renfermé dans l'Eucharistie, appelée pour cette raison, le mémorial et l'abrégé des miracles anciens, la table du Tout-Puissant: car l'efficace de la parole du Créateur qui produisit le premier homme et le monde entier ; la vertu de l'arbre de vie qui donnait l'immortalité ; le changement de l'eau du Nil en sang; la manne qui renfermait toute sorte de goût, et qui nourrit les Israélites dans le désert; le soleil qui s'arrêta au commandement de Josué; Dieu obéissant à la voix de l'homme, et le pain sans levain qui soutint Elie ; de plus les merveilles de lavie voyapère du Fi Is de Dieu, de son incarnation, de sa naissance , de sa passion et de sa sépulture , et celle de la vie future, de notre union à Dieu , de notre transformation en lui, de notre société dans la gloire, etc., ne se trouvent-elles pas en raccourci dans l'Eucharistie, et n'est-il pas vrai de dire que Dieu y renverse l'ordre de la nature, et qu'il y déploie le bras de sa toute-puissance en notre faveur? sans doute pour marquer davantage la dignité de la religion chrétienne, la présence du Sauveur, l'excellence de ce Sacrement, où tout est d'autant plus digne de Dieu, qu'il surpasse davantage nos intelligences.

LEÇON nr.

Du viatique.

Comment rappelle-t-on encore?

Quand on le porte aux malades , on le nomme viatique, et non sans raison, puisque nous sommes alors sur le point de faire le trajet de cette vie en l'autre, et près d'entreprendre le grand voyage de l'éternité, et par conséquent dans un extrême besoin de Jésus-Christ , en qui nous trouvons une provision abondante de toute sorte de grâces.

Comment Jésus-Christ est-il notre viatique ?

1° Il faut à un voyageur un guide qui le conduise; 2° un aliment qui le conforte; 3°un défenseur qui le!protége.Or Jésus-Christ, reçu à l'heure de la mort, nous est tout cela.

Montrez-nous cette vérité.

Parce que rien n'est plus capable 1° de nous conduire dans cette route si obscure, si difficile |et si inconnue, que de nous unir à celui qui a les clefs de la vie et de la mort, représenté par cet ange charitable qui conduisit le jeune Tobie ; 2" de nous affermir contre les faiblesses elles défaillances de notre nature abattue, contre la terreur de notre esprit étonné, contre les incertitudes et les défiances de notre foi chancelante, que de nous munir de ce pain des forts , figuré par le pain mystérieux qui fortifia le prophète Elie : 3° de nous défendre contre le souvenir et les remords du péché, contre la violence et les ruses des démons, contre la rigueur de la justice divine, que de nous accompagner de celui qui a ôté le péché du monde, surmonté l'enter, et apaisé la colère de Dieu, dont l'arche d'alliance et la colonne de feu qui conduisait et protégeait le

Mt

peuple d'Israël dans le désert, ne furent que l'image.

Quel avantage nous apporte encore cette communion?

i" Elle désarme la justice de Dieu ; 2° elle excite notre confiance en sa bonté; 3° elle nous met en main le plus précieux gage de son amour et de notre salut.

Celte communion est-elle d'obligation?

Oui, si elle est possible, à cause 1° de ses excellents effets; 2° de nos grands besoins dans cette dernière heure; 3° parce qu'elle est comme une protestation publique et solennelle de la foi et de la religion dans laquelle nous voulons mourir.

Il est donc important de la bien faire?

Sans doute, puisque, 1° c'est la dernière;. 2" tout dépend du dernier moment; 3° rien n'est plus capable de nous faire passer heureusement de ce monde en l'autre, que de nous voir unis à Jésus-Christ, et de faire ce trajet avec lui.

Doit-on la procurer aux autres ?

Oui, autant que l'on peut, et qu'on y est tenu.

Un homme qui a communié le matin en bonne santé, se trouvant le soir en péril, peut-il encore recevoir le viatique le même jour ?

Il le pourrait, mais il faut user de peudence en semblable occasion , et recourir aux supérieurs.

Peut-on communier deux fois en forme de viatique durant la même maladie ?

Oui, s'il y a assez d'intervalle pour faire croire que ce n'est plus le même péril, ce qu'on ne présume pas s'il n'y a douze ou quinze jours environ depuis la première fois.

Comment Vappelle-t-on encore?

Hostie et victime, c'est l'esprit que Jésus- Christ y fait paraître avec plus d'éclat ; car s'il institue le Saint-Sacrement, c'est avec engagement de mourir pour nous : Prenez, dit-il, mangez, voilà mon corps , qui sera livré pour vous; prenez, buvez, voilà mon sang, qui sera répandu pour vous : : s'il continue d'y demeurer, c'est à dessein de s'y sacrifier tous les jours pour la gloire de son Père et pour nous.

Pourquoi Jésus-Christ s'étant une fois immolé à la croix, a-t-il voulu être immolé tous les jours sur nos autels?

La religion chrétienne devant durer dans tous les siècles , s'étendre par tous les lieux , et être sainte et pure en toutes choses ; il lui fallait un sacrifice perpétuel , capable d'être offert dans tout l'univers, suivant la prédiction du prophète, et dont l'oblation se pût faire d'une manière sainte et religieuse. Enfin, l'Eglise étant une société visible, avait besoin d'un sacrifice visible (4-9).

LEÇON IV

Du sacrilice.

Comment donc l'appelle- t-on encore?

(49) Ayant établi un sacerdoce nouveau, le Sauveui tlevait nous donner un sacrifice <i minutie plus parfait Sj nui, selon les prophéties, alla cm se

Sacrifice, parce qu'en effet, c'est dans laconsécration et l'oblation, que le prêtre fait au Père éternel de Jésus-Christ, la sacrée victime des péchés du monde, immolée sur nos autels, que consiste le sacrifice mystique de la nouvelle Loi, figuré par le sacrifice ancien de Melchisé Jech , ainsi que le sacrifice sanglant de la croix, par le sacrifice d'Aaron.

En quoi consiste le sacrifice de l'Eucharistie?

En ce que, par la vertu des paroles sacramentelles, le corps de Jésus-Christ est mis sous l'espèce du pain, et îe sang sous l'espèce du vin, et que cette séparation du pain consacré d'avec le vin consacré sur l'autel, nous représente la séparation du corps de Jésus-Christ d'avec son sang sur le Calvaire, si bien que Jésus-Christ a voulu faire consister le sacrifice mystique dans une parfaite expression du sacrifice sanglant ; d'où vient qu'il a dit séparément : Ceci est mon corps, et ceci est mon sang; et encore que ce corps et ce sang une fois réellement séparés dans sa passion, dussent être éternellement réunis dans sa résurrection, pour faire un homme parfait et parfaitement vivant, il a voulu néanmoins que celte séparation faite effectivement une fois à la croix, ne cessât jamais de paraître dans le mystère de la sainte table.

Et c'est dans cette mystique séparation, qu'il a voulu faire consister l'essence du sacrifice de l'Eucharistie, pour en faire l'image parfaite du sacrifice de la croix, afin que comme ce dernier sacrifice consiste dans l'actuelle séparation du corps et du sang, celui-ci qui en est l'image parfaite, consistât aussi dans cette séparation représentative et mystique.

Pourquoi appelez-vous cette séparation représentative el mystique?

On l'appelle 1° représentative, parce que la séparation du pain d'avec le vin consacré sur l'autel, représente la séparation du c^rps et du sang de Jésus-Christ sur le Calvaire ; 2" mystique, et parce que la mort de Jésus- Christ nous est représentée en mystère , c'est-à-dire, par la séparation des symboles r et parce que les paroles sacramentelles d'elles-mêmes devraient séparer le corps d'avec le sang, mettant l'un sous l'espèce du pain, et l'autre sous l'espèce du vin, comme elles l'eussent fait si les apôtres eussent dit la Messe le samedi saint, lorsque le corps de Jésus-Christ était dans le tombeau, et son sang sur le Calvaire : que si elles n'opèrent pas sur l'autel cette séparation, ce n'est pas par un défaut de vertu en elles, c'est par accident el par une raison étrangère, savoir à cause que le corps de Jésus-Christ, à présent impassible et immortel, ne peut être séparé de son sang, ni son sang de son corps, en quoi consiste la concomitance, ou l'inséparabilité du corps d'avec le sang, et du sang d'avec le corps ; en sorte que partout

répéter du couchant à l'aurore , c'e.it-à-dire devenir universels el vraiment diiines de DiL-u.

où est son corps, là est son sang, et partout où est son sang, là est son corps : ainsi, quoique les paroles prononcées sur le pain n'opèrent précisément par elles-mêmes que ce changement du pain au corps ; et celles qu'on prononce sur le vin, que le changement du vin au sang de Jésus-Christ, néanmoins le sang ne laisse pas d'être avec le corps sous l'espèce du pain, et le corps avec le sang sous l'espèce du vin, parce qu'à présent, l'un ne peut être sans l'autre ; aussi est-il vrai de dire que les paroles sacramentelles sont un glaive mystique, puisqu'elles sont capables par elles-mêmes de faire sur l'autel, ce que le glaive matériel des Juifs fit sur le Calvaire, c'est-à-dire, de donner le corps de Jésus-Christ épuisé de sang, et son sang sorti de son corps, s'ils étaient capables de cette séparation.

La sainte Eucharistie est donc sacrement et sacrifice tout ensemble?

Oui, elle est sacrement, parce qu'elle est un signe visible de la grâce invisible, institué de Notre-Seigneur Jésus-Christ pour la sanctification de nos âmes, et qu'elle nous représente Jésus-Christ caché sous les espèces visibles du pain et du vin : elle est sacrifice, parce que par la consécration, comme par un glaive spirituel , le corps et le sang de Jésus-Christ sont mystiquement séparés, et Jésus-Christ est mis sur l'autel eu tant que victime, puisqu'il y est mis revêtu de signes qui représentent, d'une manière vive et efficace, la mort violente qu'il a soufferte pour nous, honorant parfaitement en cet état la souveraineté de Dieu son Père; puisqu'il y renouvelle, et qu'il y perpétue excellemment, la mémoire de l'obéissance qu'il lui a rendue jusju'à la mort de la croix : c'estainsique l'agneau pascal était aux Juifs et sacrifice et sacrement tout ensemble, car et on l'offrait, et on le mangeait en signe qu'on l'avait offert, et qu'on participait à cette offrande.

Expliquez-nous encore plus au long comment l'Eucharistie est sacrement et sacrifice tout ensemble.

Pour le comprendre plus clairement, il est bon d'observer qu'il y a deux actions dans le mystère de l'Eucharistie , qui ne laissent pas d'être distinctes, quoique l'une se rapporte à l'autre : la première est la consécration, par laquelle le pain et le vin sont changés au corps et au sang de Jésus-Christ : la seconde est la communion, par laquelle on participe à ce corps et à ce sang; par celle-ci on reçoit un sacrement, par celle-là on fait îi'in-seulement un sacrement, mais encore un sacrifice, puisqu'en vertu de la consécration le corps et le sangde Jésus-Christ sont réellement présents, mystiquement séparés, et véritablement offerts. Or on ne peut douter que celte action religieuse, comme distincte de la manducalion, ne soit d'elle-même agréable à Dieu, et ne l'oblige à nous regarder d'un œil propice et favorable, parce qu'elle lui remet devant les yeux la mort volontaire que son Fils bien-aimé a soulferte pour les pécheurs, ou plutôt elle lui

remet devant les yeux son Fils même sous les signes de cette mort par laquelle il a été apaisé : ce qui contient et une manière trèspuissante d'intercession devant Dieu pour tout le genre humain (selon ce que dit l'Apôtre , que Jésus-Christ se présente, et paraît pour nous devant la face de Dieu), et un moyen très-efficace pour honorer souverainement ses grandeurs, pour apaiser sa jusiiee, pour iuipélrer ses grâces, et pour le remercier denses bienfaits, semblables à ces peuples qui, pour apaiser la colère, ou gagner l'affection, ou obtenir cequ'iis voulaient d'un | ère dont ils imploraient le secours, prenaient entre leurs mains son enfant, et le lui présentaient comme pour le fléchir par son entremise et par sa présence. C'est ainsi que saint Jean, dans son Apocalypse, vit l'Agneau devant le trône, vivant à la vérité, puisqu'il était debout, mais en même temps comme immolé et comme mort à cause des cicatrices de ses plaies, et des marques qu'il conserve encore dans la gloire, de son immolation sanglante.

Est-ce en ce sens que Jésus-Christ est véritablement offert par la consécration?

Oui, puisque par la vertu des paroles sacramentelles il est produit et mis sur l'autel sous des signes qui représentent sa mort violente et son sacrifice sanglant : car mettre une victime sur l'autel est la même chose que de l'offrir à Dieu, et offrir une victime à Dieu, n'est autre chose que de la mettre sur l'autel , sans qu'il soit besoin d'aucune autre cérémonie ni oblation vocale, dont la tradition n'apprend point que Notre-Seigneur dans la cène, ni les apôtres se soient servis. En effet, la nature même de la chose qui s'opère, la religion de Jésus-Christ qui s'immole, l'intention de l'Eglise et du prêtre qui célèbre, contiennent assez tout ce que demande l'oblation , dont l'élévation de l'hostie est une marque et un signe.

Cette oblation ne nuit-elle point à celle de la croix?

Pas plus que celle que Jésus Christ fit de lui-même venant au monde, qu'il renouvela pendant sa vie, et qu'il continue de faire dans le ciel.

Le sacrifice de l 'Eucharistie est-il différent du sacrifice de la croix? •

Non, c'est le même en substance, car il ne faut pas s'imaginer que l'Eglise se fasse de l'Eucharistie un nouveau sacrifice de propilialion, pour apaiser Dieu encore une fois, comme s'il ne l'était pas suffisamment par le sacrifice de la croix, ni pour lui présenter un nouveau payement du prix de notre salut , ni pour ajouter quelque supplément à ce prix ; au contraire, le sacrifice mystique n'est établi que pour représenter le sacrifice sanglant, que pour en célébrer la mémoire, que pour en appliquer la vertu, et que pour employer auprès de Dieu les mérites de Jésus-Christ présent, et le prix infini et surabondant qu'il a payé une fois pour nous à la croix. Car tout ce qu'il a fait dans sa vie et dans sa mort; tout ce qu'il fait dans le ciel et sur nos autels, n'est qu'une conti-

Rualion delà même intercession et de la même obéissance qu'il a commencée dans sa naissance, qu'il a consommée dai s sa mort, et qu'il ne cesse de renouveler et dans le ciel, et dans nos mystères, pour nous en faire une vive et perpétuelle application : de sorte que dans le fond le sacriQce de !a croix et celui de l'Eucharistie sont la même chose, puisque dans l'un et dans l'autre, c'est le même sacrificateur ou principal prêtre qui offre et consacre, et la même victime qui est offerte, détruite, ou réellement, ou mystiquement et saoramen tellement : il n'y a que la manière de l'offrir qui soit différente; car l'un fut sanglant, et l'autre ne l'est pas; l'un ne s'est fait qu'une fois, et l'autre se fait tous les jours; l'un fut visible et l'autre est invisible , du moins en sa propre espèce.

Pourquoi dites-vous cela ?

Pour donner à entendre qu'encore que dans tout sacrifice extérieur et proprement dit, la victime qu'on immole doit être visible, et néanmoins que dans l'Eucharistie le corps de Jésus-Christ ne le soit pas en sa propre espèce, cela n'empêche point qu'il n<? le soit d'une manière suffisante pour être la victime d'un sacrifice extérieur, puisqu'il se rend visible sous l'espèce du pain et du vin, à peu près comme si dans l'ancienne Loi, on eût immolé un agneau enveloppé de la peau d'une autre victime : joint que le corps de Jésus-Christ notre aliment, n'est pas la victime du sacrifice de l'Eucharistie, considéré simplement en lui-même, mais en tant que revêtu des espèces du pain et du vin, comme donc les espèces du pain et du vin sont sensibles, cela suffit pour dire que Jésus-Christ notre pain vivant mais caché, est sensible, que son oblalion tombe sous les sens, et que s'il est invisible en sa propre espèce, il ne l'est pas en celle des symboles. Qiï est-ce à dire que Jésus -Christ est détruit sacramentellement dans l'Eucharistie? C'est-à-dire qu'il perd l'être que la consécration lui a donné dans ce sacrement, quand on le mange : car par le moyen de la consécration, le corps de Jésus-Christ qui est la victime offerte dans ce sacrifice, est produit, et prend pour ainsi dire, la foi nie d'aliment, puisqu'il est dans l'Eucharistie pour servir de nourriture aux ûmes des fidèles : or toute viande préparée pour être mangée, tend de sa nature à être changée et détruite par la manducalion : et bien que le corps de Jésus-Christ ne reçoive aucune plaie lorsque les fidèles le mangent, bien que les parties ne soient pas séparées, qu'il ne soit pas sujet aux mêmes altérations et changements qui arrivent aux viandes corruptibles, et qu'il ne perde rien de son être naturel, cependant il est vrai de dire qu'il perd son être sacramentel, en tant qu'il cesse d'être réellement présent, et d'être une nourriture sensible dans le Sacrement, quand les espèces sacramentelles sont une fois corrompues par la communion : on a dune eu raison de dire que Jésus-Christ a été détruit réellement par le sacrifice de la croix, quand

il y est mort : et qu'il est détruit sacramentellement par le sacrifice de l'autel, quand il y est mangé.

Pourquoi celte destruction sacramentelle?

Parce que dans tout sacrifice véritable il faut qu'il y ait destruction de victime, ou réelle comme à la croix, ou mystique et sacramentelle comme à l'autel. Destruction mystique, puisque par la consécration , ou par le glaive de la parole, la victime est immolée, le corps étant mis sous l'espèce du pain, et le sang sous l'espèce du vin : destruction sacramentelle, puisque par la communion, quand les espèces sont corrompues, Jésus-Christ cesse d'être dans le sacrement, et cesse d'y être la nourriture de nos âmes : or une de* ces deux destructions mystique ou sacramentelle suffirait pour établir l'essence d'un véritable sacrifice, combien plus les deux ensemble? mais surtout la consomption du sang de Jésus-Christ présente à l'esprit une idée parfaite de sacrifice , parce qu'on offrait les liqueurs en les répandant, et que l'effusion en était le sacrifice, ainsi le sang de cette sainte victime répandu en nous et sur nous en le buvant, est une effusion sacrée, et comme la consommation du sacrifice de cette immortelle liqueur.

Pourqtioi tout sacrifice exige-t-il une destruction de victime ?

Le sacrifice étant une reconnaissance de la souveraine autorité que Dieu a sur nous, et un aveu de notre dépendance, nous nous efforçons de témoigner ce sentiment à Dieu, en publiant qu'il est souverain maître de notre vie, qui peut nous l'ôterquand il voudra, et que nous sommes prêts de la perdre quand il nous l'ordonnera. Or, afin que cette protestation ait les qualités requises pour être souveraine, et que nous fassions voir que Dieu est non-seulement ie maître de nos facultés et de nos actions , mais encore du fond de notre être et de notre vie, il est à propos que nous offrions, et l'usage de la chose que nous voulons sacrifier, et la chose même, et que comme sa grandeur ne peut aller plus haut, nous l'honorions par un abaissement qui ne puisse aller plus bas : de sorte qu'il faut non-seulement que l'usage en soit consumé, mais de plus, que la substance même en soit détruite, afin que ce témoignage soit entier et parfait , et c'est ce que Jésus-Christ a accompli admirablement dans le sacrifice de l'autel, d'une manière à la vérité mystique et sacramentelle, mais très-parfaite et très-réelle.

Est-ce par cette raison que vous appelez le sacrifice de VEucharislie un sacrifice mystique ?

Oui, parce qu'après tout ce n'est pas un sacrifice sanglant comme celui d'un animal égorgé, c'est un sacrifice spirituel et digne de la nouvelle alliance, où la victime présente n'est aperçue que par la foi, où le glaive n'est autre que la parole qui sépare mystiquement le corps et le sang, où le sang n'est répandu qu'en mystère, où la mort n'intervient que par la représentation , où le feu

n'est rien moins que le Saint-Esprit : sacrifice néanmoins très-véritable , en ce que Jésus-Christ, comme une hostie de propiliation, y est véritablement contenu et présenté à Dieu sous cette figure de mort? mais sacrifice de commémoration, qui bien loin de nous détacher du sacrifice de la croix , non-seulement s'y rapporte tout entier, mais en effet n'est et ne subsiste que par ce rapport, et en tire toute sa vertu, c'est ainsi que Jésus-Christ mettant son corps d'un côté, et son sang de l'autre par la vertu de sa parole et le ministère du prêtre, s'expose lui-même aux yeux de son Père sous une image de mort et de sépulture, l'honorant comme l'arbitre de la vie et de la mort, et reconnaissant hautement sa majesté souveraine.

De la Messe.

Qu'est-ce que la Messe ?

C'est la consécration et oblation du corps et du sang de Jésus-Christ sous les espèces du pain et du vin, instituée pour représenter et continuer le sacrifice du même corps et du même sang immolé sur la croix d'une manière sanglante, et pour en appliquer le mérite; accompagnée de la lecture des Livres saints, de la prière et de diverses cérémonies mystérieuses.

Qu est-ce qui est offert dans ce sacrifice?

Le corps et le sang de Jésus-Christ.

A qui est-il offert ?

A Dieu seul.

Par qui est-il offert ?

Par Jésus-Christ même, prêtre éternel selon l'ordre de Melchisédech, et qui s'étant offert à la croix, s'offre encore tous les jours à son Père sur nos autels par le ministère des prêtres.

Comment est-il offert?

D'une manière non sanglante.

Où est-il offert ?

Pour tout le monde, suivant la promesse du prophète Malachie.

Pour qui est-il offert ?

Pour les fidèles vivants et trépassés, qui, étant membres de Jésus-Christ, sont portions et du prêtre qui offre, et de l'hostie qui est offerte , et ne peuvent ainsi manquer de participer à cette oblation.

En quoi leur est-elle utile ?

En ce que par l'oblalion du sacrifice mystique, la vertu du sacrifice sanglant leur est appliquée.

Que veut dire ce mot de Messe ?

Jl signifie envoi, parce que, 1° autrefois avant que de célébrer les saints mystères , on renvoyait ceux qui n'étaient pas dignes d'y assister; 2° encore aujourd'hui on congédie le peuple après les avoir offerts; 3° dans la Messe on envoie à Dieu avec l'hostie offerte, les vœux et les prières que les fidèles ont présentés à Dieu par le ministère du prêtre.

Des [fins du sacrifice.

Quelles sont les fins du sacrifice ?

D'être, 1° Jalreutique ; 2° satisfactoire; 3° impétratoire ; k' eucharistique.

dflS

Comment est-il latrculique ?

En ce que sacrifiant et détruisant une créature en l'honneur de Dieu, nous prétendons témoigner par là qu'il est l'arbitre souverain de la vie et de la mort, le Créateur et l'auteur de tout, qu'il a un domaine absolu sur tout : que nous immolons toutes les créatures en une seule, et nous avec elles; que tout lui appartient et dépend de lui, être, vie et perfections; que rien n'est, ne vit et ne subsiste que par lui, et qu'il peut détruire tout avec la même facilité qu'il l'a produit. D'ailleurs , plus la chose immolée est excellente, plus la protestation estelle authentique, surtout si elle renferme éminemment les perfections de toutes les autres créatures, et si son offrande est accompagnée de dispositions proportionnées à sa dignité. Or tout cela, qui était figuré par les sacrifices anciens , s'est accompli en vérité sur le Calvaire, et se renouvelle tous les jours sur nos autels, le sacrifice mystique n'étant que le sacrifice sanglant, subsistant sous une apparence non sanglante.

Comment le sacrifice est-il propitiatoire ? En ce que le pécheur immolant une hostie à Dieu, confesse qu'il a par son crime mérité la mort, que Dieu pourrait avec justice le détruire : qu'il devait lui-même épancher son sang en expiation du péché qu'il a commis , et de l'injure qu'il a faite à son Créateur, et en témoignage de sa douleur, mais que sa propre immolation étant indigne et insuffisante, il substitue en sa place une hostie de propitiation, qui crie pour lui miséricorde, et qui apaise et satisfasse la justice divine , et lui rende Dieu propice. Or quelle plus ; digne hostie peut-on trouver pour cela que Jésus-Christ, qui s'immole et qui demande grâce pour nous par toutes les plaies de son corps exposé sur nos autels, et présenté à son Père, et nous appliquant par le sacrifice mystique la vertu de son sacrifice sanglant, d'où a découlé la rémission de nos péchés ?

Comment est-il impétratoire ?

En ce que par l'oblation de la victime nous reconnaissons que tout bien découle de Dieu, qu'il est la source inépuisable et unique dont nous devons tout attendre ; que tout ce que nous avons de bien, et que ce que nous lui offrons, vient de lui (sentiments que nous témoignons par l'offrande que nous lui faisons, espérant parcetacte de religion et de reconnaissance, attirer sur nous de nouveaux bienfaits de sa bonté, et subvenir ainsi à notre indigence j. Or quelle hostie de vocifération , pour exprimer avec l'Ecriture, parlera plus haut pour nous que Jésus-Christ à son Père dans la circonstance de sa vie, où il lui a -rendu le plus d'honneur, et où il a obtenu pour nous le salut éternel, et avec le salut toutes choses? comment nous donnant son Fils, ce que nous témoignons en le lui offrant, ne nous accordera-t-il pas parce Fils tout le reste que nous lui demandons, infiniment moindre que ce Fils que nous lui donnons?

Comment est-il eucharistique ?

F.n ce que nous ne pouvions pas témoigner plus efficacement noire reconnaissance pour un bienfait obtenu, qu'en faisant une offrande et un présent à notre bienfaiteur, plus grand encore que le bienfait reçu, particulièrement si le présent môme parle , remercie, est infiniment agréable à celui à qui nous l'offrons.

Que s'ensuit-il de toute cette doctrine ?

Que le sacrifice, par la destruction de l'hostie immolée, 1° rend à Dieu un souverain honneur; 2° est une protestation publique de notre infinie vénération, estime , gratitude, dépendance et soumission envers lui; 3° publie hautement par un langage mystérieux sa grandeur, sa perfection, sa suffisance à lui-même, sa sainteté, sa puissance, sajustice, sa qualité de premier principe, de Seigneur suprême et de fin dernière. Sa grandeur souveraine à qui est dû un abaissement souverain, jusqu'à la destruction de l'être. Sa perfection infinie, les plus parfaites créatures lui faisant hommage, disparaissant devant lui. Sa suffisance à lui-même, lui faisant un don, non pour l'enrichir, mais pour l'immoler à sa gloire. Sa sainteté, déclarant que tout ce que la religion a d'excellent, est infiniment audessous de son mérite. Sa puissance, à qui la destruction et la production des créatures est également facile. Sa justice, qui exige la mort du pécheur, lequel a mérité de perdre la vie, pour en avoir abusé. Sa qualité de premier principe , de qui tout découle : et de dernière fin, à qui tout être retourne , comme au modèle et au premier dessin , sur lequel il a été formé, qui lui donnera son couronnement, qui lui fera trouver en lui son bonheur, et qui fera voir le rapport intime et secret de la créature à son auteur, et l'usage auquel il l'a destinée ; et de Seigneur suprême, qui seul peut créer, conserver, détruire, perdre et rendre heureux.

leçon v.

De la communion sous une espèce.

Puisque Jésus - Christ a institué le saint sacrifice de l'autel sous les symboles du pain et du vin , d'où vient qu'on ne donne la communion aux laïques que sous la seule espèce du pain ?

L'essence du sacrifice mystique consistant dans une représentation du sacrifice sanglant, il fallait, comme on dit, que le pain d'une part, et le vin de l'autre, mis et consacrés séparément sur l'autel, fissent voir comme quoi le corps de Jésus-Christ, sur le Calvaire, avait été séparé de son sang, et son sang de son corps , et par conséquent il était nécessaire que le sacrifice se fît sous les deux espèces : mais cette expression si vive et si forte de la mort violente du Sauveur, nécessaire pour l'oblation du sacrifice, ne l'est plus pour la réception du sacrement.

Pourquoi cela ?

Parce que pour une véritable communion il suffit de recevoir Jésus-Christ tout entier comme aliment ; d'annoncer sa mort, comme parle l'Apôtre; de se nourrir de cette sainte

victime, et de participer à la grâce de sou immolation; et c'est ce qui arrive, soit qu'on communie sous une des deux espèces , ou sous toutes les deux ensemble.

Comment reçoit-on Jésus-Christ tout entier, quoiqu'on ne communie que sous une seule espèce ?

C'est que communiant ainsi, on reçoit tout ensemble et le corps et le sang de Jésus- Christ, puisque l'on ne peut recevoir son corps sans recevoir son sang, ni recevoir son sang sans recevoir son corps, la séparation de l'un d'avec l'autre, dans le sacrifice de l'autel, n'étantque mystiqueetnon pas réelle, d'où il s'ensuit que réellementet défait nous trouvons dans la réception de la seule espèce du pain l'entière et parfaite réfection de nos âmes, de quoi nous rassasier et de quoi nous désaltérer, le corps et le sang de Jésus-Christ, encore que nous ne communions pas au signe du sang. Car enfin ici manger et boire, c'est la même chose, parce que l'un et l'autre ne sont rien que recevoir dignement Jésus- Christ et croire ce qui arrive, soit qu'on ne reçoive qu'une espèce, soit qu'on reçoive les deux; soit qu'on boive ou qu'on mange selon le corps , l'on boit et l'on mange selon l'esprit, pourvu qu'on croie, et on reçoit tout l'effet du sacrement.

Comment est-ce qu'en ne communiant que sous une espèce, nous annonçons la mort du Seigneur, et que nous participons à la grâce de son sacrifice ?

En ce que nous marquons son immolation et la mort violente qu'il a soufferte pour nous, aussi bien en mangeant son corps épuisé de sang , ce que nous ligure le pain seul , qu'en buvant son sang tiré de ses veines, ce que nous figure le vin seul, qu'en prenant les deux ensemble. C'est ainsi que les anciens Juifs, mangeant la chair des victimes qu'ils avaient offertes, sans boire leur sang, marquaient néanmoins assez la part qu'ils avaient à leur immolation et la grâce du sacrifice ; et quoiqu'il y ait une expression pius inculquée de celte immolation , en prenant le tout, il ne laisse pas d'être véritable qu'à la réception de chaque partie on se représente la mort tout entière du Sauveur, et on s'applique toute la grâce. Car encore que Jésus-Christ ail séparé son corps d'avec sou sang, ou réellement sur la croix, ou mystiquement sur l'autel , on n'en peut pas néanmoins séparer la vertu, ni faire qu'une autre grâce accompagne son sang répandu, que la même au fond qui accompagne son corps immolé : de sorte que , soit que l'on mange, soit que Ion boive, soit que l'on fasse l'un et l'autre ensemble, on annonce toujours la même' mort, on s'en applique toujours le même fruit, on se nourrit toujours de la même victime, on marque toujours la même immolation, et on reçoit toujours en substance la même grâce, qui, après tout, n'est pas attachée aux espèces sensibles, mais à la propre substance de la chair de Jésus-Christ, qui est vivante et vivifiante, à cause de la divinité qui lui est

pèce ,

jointe, et qui se trouve sous une seule csaussi bien que sous les deux.

Pourriez vous par quelque exemple nous faire voir comment la communion sous une espèce marque suffisamment tous ces effets?

Le bapième par immersion peut ici avoir lieu, car quoique le fidèle plongé dans l'eau, et sortant ensuite de l'eau, et lavé dans toutes les parties de son corps, représente mieux comment il est enseveli avec Jésus-Christ , ainsi que parle l'Apôtre, comment il sort du tombeau avec son Sauveur, et comment il est pleinement et entièrement nettoyé de ses taches, néanmoins le baptême par infusion ou aspersion , et sur une seule partie du corps , suffit pour exprimer la naissance du fidèle; l'expression du mystère de Jésus-Christ et l'etFet de la grâce s'y trouve en substance, et la dernière exactitude de la représentation n'y est pas requise. Il en est de même de la communion sous une seule espèce, ou sous les deux ensemble ; celle-ci représente mieux l'immolation de Jésus-Christ et la réfection parfaite de notre âme, celle-là le fait moins, mais suffisamment; de sorte que comme ce serait une erreur de rejeter le baptême par aspersion , sous prétexte qu'il n'est pas assez expressif de la grâce bu de l'elfe t du baptême, c'en est une de rejeter la communion sous une espèce par le même prétexte.

Les fidèles ne communiaient- ils pas autrefois sous les deux espèces î

Jamais la coutume en cela n'a été par toute l'Eglise, ni bien universelle , ni bien uniforme; en plusieurs lieux on communiait d'ordinaire sous les deux espèces, particulièrement où les Chrétiens étaient peu en nombre; quoique cependant, dès ces premiers temps, il fût libre aux fidèles de ne recevoir que la seule espèce du pain, ce que plusieurs faisaient même à l'église et au sacrifice public. De plus, il est encore certain qu'en quelques cas la coutume était de ne communier quesous l:i seule espèce du pain, comme dans la maison au temps des persécutions : dans les maladies et les voyages, et le jour du vendredi saint : on faisait aussi prendre les miettes du pain consacré aux enfants déjà un peu grands, et non l'espèce du vin; et l'espèce du vin aux plus petits, et non l'espèce du pain; telle était la pratique des premiers siècles : de façon que comme un même usage en cela n'a jamais p:issé en commandement et en obligation ; que Notre-Seigneur,qui a dit que celui qui mange sa ckair, et boit son sang, demeure en lui (Joan. vi, 55), a dit quelquefois que celui qui reçoit sa chair (Malt h. x, 'M), sans faire mention du sang a la vie éternelle; que nous trouvons dans les Actes des apôtres des communions où il n'est fait mention que du pain; qu'on voit la pratique de communier sous cette seule espèce, auiorisée dans les premiers historiens et Pères de l'Eglise; qu'il y a îles personnes qui ne sauraient du tout souffrir l'odeur ni le goût du vin sans vomir, et des provinces où il n'en croît point; qu'il y a de grands inconvénients de donner le vin consacré à une multitude infinie dépeuple, ou de h;

garder pour le porter aux malades; ce qui ne pourrait se faire sans effusion , ou altération, particulièrement dans les pays chauds, et sans plusieurs autres notables irrévérences : d'ailleurs qu'on reçoit tout Jésus- Christ, tout le sacrement, et toute la grâce nécessaire à salut, et essentielle à l'Eucharistie, sous une seule espèce ; enfin que l'uniformilé de discipline et de conduite est nécessaire dans l'administration des sacrements, et qu'il fallait corriger l'erreur do ceux qui disaient que le sang n'était pas avec le corps sous l'espèce du pain; il est clair que l'Eglise a pu et dû, pour ces raisons et autres très-fortes, réduire les fidèles à communier sous la seule espèce du pain, sans néanmoins par là se lier les mains, ni s'ôter le pouvoir de donner les deux, quand pour d'autres justes et utiles considérations

la elle jugera le devoir faire. A quoi il faut ajouter que les hérétiques mêmes , qui prêchent le plus la nécessité de communier sous les deux espèces, ne donnent que celle du pain aux personnes qui ont répugnance à boire du vin, et que supposé le dogme de la réalité, qui, selon eux, est une doctrine sans veuin, et compatible avec le salut, et dont la concomitance de leur aveu est une suite, il suffit de communier sous une espèce.

LEÇON VI

Des symboles eucharistiques.

Pourquoi Notre -Seigneur institua- t-il l'Eucharistie sous les symboles du pain et du vin ?

Outre la volonté de ce divin Sauveur, de qui la sagesse le jugea ainsi à propos, et pour ne pas dire que ce sont des aliments qui se trouvent le plus communément, qui se conservent le plus commodément, qui se mangent le plus universellement, qui dégoûtent le moins ordinairement, et qui se changent en chair et en sang le plus naturellement, ainsi que les philosophes l'ont observé par diverses expériences; c'était afin qu'elle fût : 1* une expression de l'entière et parfaite réfection de nos âmes, qui trouvent dans ce divin sacrement de quoi se rassasier et se désaltérer pleinement; 2° un si^ne de l'union intime des fidèles, le pain et le vin se faisant de plusieurs grains de blé et de raisins unis ensemble ; 3° un mémorial de sa passion douloureuse, le froment et le raisin, écrasés sous la meule et sous le pressoir, figurant son corps moulu et son sang épanché à la croix; k" une figure de son effet merveilleux en nous. Car le changement qui s'y fait dans l'intérieur, sans que l'extérieur soit changé, et qui n'est sensible que par la parole, nous fait voir que par la parole de Jésus-Christ opérant dans le Chrétien, il doit être très- réellement, quoique d'une autre manière, changé au-dedans, en ne retenant que l'extérieur d'un homme vulgaire, et changé en Jésus-Christ de qui, en un sens, il est le froment et l'aliment, si Jésus-Christ est le sien.

Qu'apprenons- nous de là?

V A priser beaucoup la vie de noire âme, puisque pour la conserver et l'enlretenir, elle a besoin d'une viande si précieuse ; 2° à craindre le péché comme une mort d'autant plus funeste, qu'elle ravit une vie si divine ; 3° à faire des actions correspondants à une telle vie; k° à n'avoir que du dégoût pour la vie naturelle et humaine; 5° à paraître à la table du Père de famille, pour y manger ce mystère de paix, revêtus de la charité fraternelle, ce pain ne se jetant pas sous la table aux chiens, dont le propre est de gronder et de mordre; GJ à remercier Jésus-Christ de ce qu'il nous fait goûter le fruit de ses souffrances, et nous en applique le mérite par une voie douce et si facile : il a pris pour lui la douleur et l'amertume, le fiel et le vinaigre, et il nous a laissé le plaisir et la joie. Le sacrifice fut pour lui une mort infâme, et pour nous c'est un banquet agréable, c'est un festin délicieux : dans son premier miracle, il changea l'eau en vin, et dans Je dernier, le vin en son sang ; 7° et de ce qu'il veut bien devenir notre aliment : en effet, ayant dit sur le pain : Ceci est mon corps, et sur le vin : Ceci est mon sang (Malth. xxvi, 26, 28), et paraissant, en vertu de ces divines paroles, actuellement revêtu de toutes les apparences du pain et du vin, ne fait-il pas assez voir qu'il est vraiment nourriture, puisqu'il en prend la ressemblance et les qualités ?

Pour mieux signifier cela, n'eût-il pas été nécessaire que le pain et le vin eussent subsisté après la consécration et avec le corps ?

Non, et c'était assez que les caractères de ces aliments et leurs effets ordinaires fussent conservés, qu'il n'y eût rien de changé à l'égard des sens, et que Jésus-Christ parût revêtu deleur ressemblance, etsous leur forme : de cette sorte, afin que la colombe représentât le Saint-Esprit, et avec toute sa douceur le chaste amour qu'il inspire aux âmes saintes, il importait peu que ce fût une véritable colombe qui descendît visiblement sur Jésus- Christ, il suffisait qu'elle en eût tout l'extérieur, et (-'est pour cette raison que l'Eucharistie est appeléejoam, parce qu'elle le paraît, et qu'elle l'a été: et corps et sang, parce qu'elle l'est, et qu'elle les contient : ainsi la verge de Moïse, les eaux du Nil, et les anges revêtus d'une ligure humaine dans l'Ecriture, prennent également le nom et de ce qu'ils paraissent, et de ce qu'ils sont : d'ailleurs il était bon que rien ne nourrît dans l'Eucharistie que Jésus-Christ seul, vrai pain vivant et vivifiant.

Pourquoi n a-t-il pas voulu se donner à manger en sa propre forme ?

Pour nous ôter l'horreur que naturellement nous aurions de nous repaître de chair et de sang; il a voulu immoler en sa propre personne la chair qu'il a prise pour nous, afin de nous témoigner son amour, il veut nous en nourrir sous une forme étrangère, pour ne pas rebuter la nôtre.

Comment les espèces du pain et du vin subsistent-elles après la consécration?

Par un effet miraculeux de la puissance

divine, et sans qu'aucun sujet créé les soutienne.

En quoi trouvez-vous là du miracle ?

11 y en a un très-grand et très-visible, car comment faire subsister la blancheur de la neige sans la neige même? le goût de la viande sans la viande ? le poids d'une pierre sans la pierre? la figure d'une tour sans la tour même ? le moyen de faire subsister tous ces accidents corporels, sans qu'ils soient soutenus par aucun corps? Ne sont-ce pas là plusieurs grands prodiges? et c'est néanmoins ce qui arrive dans le saint sacrement, où les accidents du pain et du vin subsistent par la vertu divine, sans être appuyés d'aucune subsistance.

Faites-moi bien comprendre cela. N'est-il pas vrai que la substance du pain et du vin est détruite par les paroles sacramentelles du prêtre ?

Oui.

N'est-il pas vrai néanmoins qu'après que les substances du pain et du vin ont été détruites, vous y trouvez du goût, de l'odeur, de la pesanteur, et une figure ronde ou autre, tout comme s'il y avait encore du vrai pain naturel, et du vrai vin ?

Oui.

// est donc vrai que les accidents subsistent sans être appuyés d'aucun sujet ?

Oui.

Comment cela se peut-il faire ?

Par la toute-puissance de Dieu, à qui rien n'est impossible.

Y a-t-il quelque exemple dans la nature d'un changement substantiel, les apparences demeurant les mêmes?

Non, qui ne soit extrêmement défectueux; on se sert néanmoins d'une comparaison grossière, qui peut en donner quelque idée imparfaite : c'est d'un œuf encore frais, et de ce même œuf quand le petit oiseau y sera formé et prêt à éclore : car le même extérieur a subsisté, quoique la chaleur ait entièrement changé le dedans, il s'est fait une transformation substantielle au dedans de cet œuf, sans qu'il en ait rien paru au dehors, et sans que les sens y aient aperçu aucune altération, les apparences étant toujours demeurées les mêmes. Ajoutez à cela que l'homme change tous les jours en sa propre substance les aliments, quoique d'une nature fort différente de la sienne, sans qu'il paraisse en lui aucune altération extérieure. Comment donc ôter à Jésus -Christ un pouvoir qu'on accorde à la seule chaleur naturelle, et refuser à l'auteur de la nature une vertu qu'on reconnaît dans la nature même? Ne serait-ce pas être plus incrédule que le démon, qui confessa que Jésus-Christ pouvait changer des pierres en pain?

Le mot de transsubstantiation est-il dans l'Ecriture ?

Non, mais l'Eglise en a voulu user, aussi bien que de celui de Trinité et de consubstantialité, pour exprimer [dus nettement sa doctrine, condamner plus expressément l'erreur, et être une marque de catholicité.

Y a-t-il quelque exemple dans l Ecriture qui

SOI

montre que les accidents peuvent subsister sans sujet ?

Oui, ei le grand saint Basile enseigne que lors de la création du monde, la clarté du soleil, qui n'est qu'une qualité accidentelle, subsista l'espace de trois jours, sans être soutenue dans aucun- sujet, jusqu'à ce que au quatrième jour le corps du soleil ayant été créé, elle fut attachée et placée dans cet astre comme dans son siège; il assure aussi que, dans le buisson ardent de Moïse, la clarté du feu fut séparée de sa chaleur, et la vertu d'éclairer, de la vertu de brûler, et que cet accident subsista sans aucun sujet qui le soutînt : la raison que ce savant Père donne de cette merveille, est que Dieu peut [dus faire que notre entendement ne peut comprendre : or, notre entendement connaissant les accidents séparément du sujet, il s'ensuit que Dieu peut faire que ces mêmes accidents subsistent effectivement sans y être unis, puisqu'il le pourrait même quand notre entendement ne le concevrait pas. Saint Thomas ajoute que les effets étant plus dépendants de la cause première que de la cause seconde, Dieu, qui est la première cause de la substance et des accidents, peut conserver immédiatement par lui-même , et par sa vertu infinie, les accidents sans substance, comme il les conserve par leurs causes naturelles, de la même manière que Dieu peut produire les autres effets des causes naturelles, sans le concours ni la médiation d'aucune cause seconde, ce qu'il [trouve par la production de l'humanité de Jésus-Christ dans les entrailles de la très-pure Vierge : si donc les accidents dépendent plus de Dieu comme cause première, que du sujet sur lequel ils s'appuient comme cause seconde, qui doute que Dieu ne puisse faire subsister les accidents par lui-même, et sans le concours de la substance créée?

D'où vietit que les espèces sacramentelles nourrissent, quelles se corrompent, et qu'elles ont les mêmes effets que la substance du pain et du vin, puisque si elles ne les avaient pas, tout le monde serait manifestement convaincu de la transsubstantiation?

Jésus-Christ n'ayant pas voulu qu'il parût rien de visiblement extraordinaire, ou miraculeux dans ce mystère de foi, ni qu'on y remarquât aucune merveille sensible, n'a pas dû se laisser comme forcer à découvrir par quelque rencontre que ce fût, ce qu'il voulait expressément cacher à nos sens, pour en faire l'objet de notre foi, ni par conséquent rien changer dans ce qui arrive ordinairement à la matière dont il lui a plu se servir, pour laisser son corps et son sang aux fidèles. Que s'il peut sustenter nos corps par la seule vue, et sans le secours d'aucun aliment matériel, lui sera-t-il plus difficile de le faire par lui-même présent, en se servant des espèces qui demeurent après la consécration, et en les élevant à la production d'un effet qu'une seule substance créée pourrait naturellement produire?

Combien le corps sacre de Jésus-CJtrist de-

meure-t-il en nous après la sainte communion ?

Jusqu'à ce que les espèces sacramentelles soient consumées, c'est-à-dire, autant qu'aurait fait la substance du pain et du vin, sans néamoins que celui qui reçoit plus d'hosties, ou qui communie sous les deux espèces, reçoive plus que celui qui n'en reçoit qu'une particule; semblables aux Israélites, dont ceux qui recueillaient le plus de manne, n'en avaient pas davantage que ceux qui en ramassaient moins, puisque les uns et les autres y trouvaient également leur réfection; Jésus-Christ tout entier, là en figure, ici eu vérité.

Pourquoi Jésus-Christ a-t -il voulu se cacher et se voiler ainsi sous les espèces eucharistiques ?

1° Pour obliger l'homme à soumettre sa raison à la foi ; 2° et punir ainsi son orgueil, sa désobéissance et sa curiosité criminelle, lorsqu'il voulut expérimenter s'il mourrait mangeant du fruit qu'il voyait ^ car il faut à présent qu'il croie qu'il vivra,' s'il mange du fruit qu'il ne voit pas ; 3° pour se cacher à ses ennemis qui mouraient comme d'autres Belhsamites, à la vue de cette arche mystérieuse ; 4° pour se tempérer à ses amis, ainsi qu'à Moïse et à Elie, et leur faire mériter de voir à découvert dans le Ciel, celui dont ils ont révéré la majesté cachée sur la terre ; 5° enfin la claire vision des merveilles divines n'est pas de ce monde et nous n'y sommes pas proportionnés: la foi suffit à un Chrétien.

Pourquoi sous les espèces d'un aliment ? Pour nous apprendre qu'il venait dans ce sacrementafin : 1° de nous rendre une vie im mortelle, qu'une viande défendue nous avait ôlée, et vaincre notre ennemi par où il nous avait vaincu ; 2° d'ê;reau milieu de son Eglise un nouvel arbre, dont le fruit communiquât une vie incomparablement plus précieuse, que ne faisait cet arbre ancien du paradis terrestre, qui tenait à la terre, qui ne nourrissait que le corps, et qui n'entretenait qu'une vie naturelle et corruptible, au lieu que l'Eucharistie est un pain qui vient du Ciel, qui nourrit l'âme, et qui communique une vie immortelle et divine ; 3° de nous transformer en Dieu, nous faire vivre de la vie de Dieu, nous déifier, nous rendre des dieux par participation (chacun étant tel que l'aliment qu'il mange, et en prenant les qualités) et ainsi redonner à l'homme devenu humble, la haute dignité que l'homme ambitieux avait perdue, pour l'avoir voulu ravir par son orgueil ; 4" de nous unir intimement au Verbe incarné, nous faire vivre de cette même vie que son Père lui communique de toute éternité dans son sein, et qu'il communiqua à son humanité dans le sein de Marie, et nous faire être une même chose avec lui.

Comment un corps peut-il nourirune âme?

disent les hérétiques.

Comment une eau peut-elle laver un es prit ?£ répondent les Catholiques. Comme donc dans le baptême l'eau, à raison de la

grâce adjointe , purifie l'âme; ainsi dans l'Eucharistie la chair de Jésus-Christ, reçue dans notre sein comme une viande sacrée, nourrit notre âme à raison de la divinité qui lui est unie, et communique une vie divine. Car qu'est-ce que nourrir, sinon donner la vie par forme d'aliment ?

LEÇON VII

Des effets de l'Eucharistie.

Quels sont les effets de l'Eucharistie ? On peut la considérer : 1° comme sacrement ; 2° comme aliment ; 3° comme remède ; 4° comme sacrifice ; et selon ces quatre vues distinguer en elle quatre sortes d'effets. Car : 1° elle nous sanctifie ; 2° elle nous nourrit; 3° elle nous guérit;4° elle nous immole, et nous fait participer h la victime sainte qui s'immole pour nous.

Quels sont les effets en Jant que sacrement ?

1° De produire en nous la grâce sanctifiante abondamment, et beaucoup plus abondamment que les autres sacrements, qui ne nous unissent pas si intimement a Dieu, vrai effet de la grâce, qui ne sont pas si expressifs du sacrifice sanglant de la Passion, d'où découle toute grâce : qui n'en contiennent pas la réalité, et qui ne sont institués pour en produire tous les effets comme l'Eucharistie : et sans doute l'aumône que fait un grand roi par luimôme est tout autre que celle qu'il fait par autrui ; 2° de donner Jésus-Christ même, la grâce essentielle et subsistante ; 3° et la réfection spirituelle et savoureuse à nos âmes.

Quels sont les effets en tant qu'aliment ? D'opérer dans nos âmes ce que l'aliment matériel opère en nos corps ; car comme celui-ci ; 1° ne sert point aux morts ; 2° qu'il conserve la vie, et répare ce que la chaleur naturelle détruit chaque jour ; 3° qu'il donne l'accroissement ; 4° qu'il fortifie ; 5° qu'il plaît au goût ; 6° qu'il rassasie et désaltère : ainsi l'Eucharistie : 1° ne se donne point aux pécheurs ; 2° elle entretient la vie de l'âme, et répare ce que le feu de la convoitise détruit ; 3* elle fait croître la charité et les vertus ; 4° elle fortifie contre les tentations et les tourments; d'où vient qu'autrefois on la donnait aux confesseurs allant au martyre ; 5° elle cause un goût savoureux à ceux de qui le palais de l'âme est bien disposé ; 0° et une sainte satiété qui ne produit ni fatigue ni dégoût.

Quels sont les effets en tant que remède ? Comme le péché que nos premiers parents commirent en mangeant le fruit défendu, infecta leur corps et leur âme, et devint une source de corruption, d'où toutes nos maladies corporelles et spirituelles ont découlé aussi bien que la mort temporelle et éternelle : Jésus-Christ se donne à nous dans l'Eucharistie comme le fruit de vie, et comme un contre-poison souverain, sa chair adorable, qui n'est que vie et vertu, ne s'unissant pas inutilement à la nôtre, qui n'est

notre

que mort et faiblesse, ni son esprit a esprit.

Montrez-nous ces effets à l'égard du corps.

1° La figure de l'Eucharistie, c'est-à-diro la manne, préserva les Israéliies de toute infirmité dans le désert, que ne fera pas la vérité ? 2° le seul attouchement du corps de Jésus-Christ sur terre et de la frange même de ses habits, guérissait les malades, et ressuscitait les morts, que ne doit pas opérersa chair mêlée avec la nôtre par la communion? 3* l'Eucharistie prise indignement, cause des maladies, et la mort même selon saint Paul : par une raison opposée elle doit être un principe do vie et de santé quand elle est dignement reçue ; 4° ce sacrement donne un droit à la résurrection, et est un germe de la vie éternelle ; 5° elle en est même la figure, disent les saints : et par le changement qui s'y fait d'une substance corruptible en une incorruptible : et parce qu'étanl composée de deux, parties, dont l'une est visible et terrestre, et l'autre cachée et céleste, elle nous apprend par là que l'homme, au milieu même de la mortalité qui l'environne, nourrit en soi l'espérance, et conserve le droit à l'immortalité.

Comment est-elle un remède à l'égard de l'âme ?

1° Elle nous rend le goût des biens spirituels que nous avions perdu ; 2° elle remplit le vide et l'inanition où nous étions de Dieu et des choses saintes ; 3° elle nous fortifie contre les langueurs que nous a laissées le péché ; 4° elle préserve contre les infirmités qui pourraient nous y faire retomber, en augmentant en nous le principe de la vie spirituelle, c'est-à-dire, la grâce sanctifiante, et la charité en nous affermissant dans les vertus qui sont comme les nerfs de l'âme, en affaiblissant la convoitise cette grande maladie de l'âme, et modérant ses dangereux symptômes, c'est-à-dire, les liassions qui nous agitent.

Quels sont les effets de l'Eucharistie en tant que sacrifice ?

l°Elle nous fait participer réellement à la victime qui s'immola pour nous en l'arbre de la croix ; 2° elle nous en applique le mérite et la vertu ; 3° elle excite en nous le souvenir de ce sacrifice sanglant ; 4° elle nous communique la grâce de nous immoler avec celui qui s'immole pour nous.

Comment est-ce que nous participons réellement ait sacrifice de la croix par la communion, et qu'elle nous est un témoignage que Jésus-Christ s'est immolé pour nous ?

Tout ainsi que les anciens juifs ne s'unissaient pas seulement en esprit à l'immolation des victimes pacifiques qui étaient offertes pour eux, mais qu'eu effet ils mangeaient la chair sacrifiée, ce qui leur était une marque de la part qu'ils avaient à cette oblation : ainsi Jésus-Christ s'étant fait luimême notre victime, a voulu que nous mangions effectivement la chair de ce sacrifice offert pour nous, afin que la communication actuelle de cette chair adorable fût un téà chacun de nous en

moi;

$nage perpétuel

CATECIIISME DE BOURGES. — PART

particulier, que c'est pour nous qu'il l'a prise, que c'est pour nous qu'il l'a immolée.

Comment est-ce que le mérite et le fruit du sacrifice de lu croix nous sont appliques par la communion ?

En ce que nous y recevons la grâce do l'expiation de nos péchés : car il faut aussi remarquer que Dieu dans l'Ancien Testament avait défendu aux Juii's de manger cette espèce d'hostie qui était immolée pour leurs péchés, et qu'on appelait, hoslia pro peccato, afin de leur apprendre que la véritable expiation des crimes ne se faisait pas dans la loi, par le sang des animaux: tout le peuple était comme en interdit par cette défense, sans pouvoir actuellement participer à la rémission des péchés : par une raison opposée il fallait que le corps de notre Sauveur, vraie hostie immolée pour le péché, fût mangé par les fidèles, afin de leur montrer, par celte manducation, que la rémission des péchés était accomplie dans le nouveau Testament. Dieu défendait aussi au peuplejuif de manger du sang, et l'une des raisons de cette défense était que le sang nous est donné pour l'expiation de nos âmes ; mais au contraire, notre,Sauveur nous propose son sang à boire, à cause qu'il est répandu pour la rémission des péchés.

Comment la sainte communion réveillct-ellc en nous le souvenir du sacrifice sanglant de la croix ?

De même que les Juifs, en mangeant les victimes pacifiques , se souvenaient qu'elles avaient été immolées pour eux; ainsi, en mangeant la chair de Jésus-Christ notre victime, nous devons nous souvenir qu'il est mort pour nous : de façon que cette même chair mangée par les fidèles, non-seulement réveille eu eux la mémoire de sou immolation, mais encore leur en confirme la vérité. Que si les enfants ne se souviennent jamais plus tendrement de leur père et de ses bontés, que quand ils s'approchent du tombeau où son corps est renfermé; combien noire souvenir et notre amour doivent-ils être excités , lorsque nous tenons sous ces enveloppes sacrées, sous ce tombeau mystique, la propre chair de noire Sauveur immolé pour nous, cette chair vivante et vivifiante, et ce sang encore tout chaud par son amour, et tout plein encore d'esprit de sa grâce?

Qu inférez-vous de ces trois réponses?

Que comme on donnait aux anciens la chair des victimes immolées pour eux; le dessein de Jésus-Christ dans l'Eucharistie est de nous y donner à manger sa chair adorable, non d'une façon matérielle et charnelle , ainsi que l'entendaient les Capharnaïtes , mais toute céleste et divine. 2" Que comme cette manducation leur était un si^nc que la

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