INSTRUCTION SUR LES INDULGENCES ET SUR LE JL'BILÉ
§ 1. — De la satisfaction en général.
Quelle peine mérite le péché mortel ?
La peine éternelle.
Qui remet la peine éternelle ?
Le sacrement de pénitence.
En quoi change-l-il cette peine ?
En l'obligeant de subir une peine temporelle, ou en ce monde par des œuvres expiatoires, ou en l'autre par le purgatoire.
La seule contrition pourrait-elle être assez grande pour obtenir même la rémission de toute la peine temporelle?
Oui, mais c'est une chose si rare, qu'on ne voit presque point d'exemple, tant la dureté du cœur humain est extrême.
Les œuvres satisfactoires que le confesseur enjoint au pénitent par le devoir de sa charge, et celles que le pénitent s'impose par un mouvement de pénitence, ne devraient-elles pas eorpier cette peine temporelle ?
Oui, si elles étaient proportionnées à l'énormité du péché commis.
Qui empêche que cela ne soit?
La condescendance du confesseur, et la lâcheté du pénitent.
Comment peut-on donc satisfaire à Dieu ?
1° Par la péniience que le prêtre impose ; 2* par les mortifications volontaires; 3° par les tribulations de cette vie patiemment endurées, et qu'il plaît à Dieu de nous envoyer; k" par les indulgences.
§ IL — De rindugcnce.
Qu'est-ce que l'indulgence ?
La rémission de la peine temporelle due au [léché pardonné quant à la coulpe : car, comme la nécessité des œuvres satisfactoires a obligé l'Eglise ancienne d'imposer aux pénitents les peines que l'on appelle canoniques, et que quand ils les subissent avec humilité, cela s'appelle satisfaction ; aussi, lorsque ayant égard, ou à la ferveur des pénitents, ou à d'autres bonnes raisons, l'Eglise relâche quelque chose de la peine qui leur est due, cela s'appelle indulgence.
L'usage des indulgences est-il ancien dans l'Eglise ?
La puissance d'accorder des indulgences a été conférée à l'Eglise par Jésus-Christ même, lorsqu'il donna aux apôtres, particulièrement à saint Pierre, et en leurs personnes à leurs successeurs, l'autorité de gouverner les fidèles, de remettre les péchés, ou d'ôter les obstacles qui peuvent retarder ieur entrée dans le ciel.
L'usage de ce pouvoir a-t-il été de tout temps pratiqué dans l'Eglise?
Oui, saint Paul même s'en servit 5 l'égard d'un pécheur de Corinthe, auquel il remit une partie de la pénitence que méritait sou crime; et nous voyons des marques de cette discipline dès le nc et nie siècle, dans les écrits des saints Pères qui nous sont restés,
où fréquemment il est fait mention que l'Eglise dispensait des exercices laborieux de la pénitence, les pécheurs que les martyrs lui recommandaient.au milieu de leurs tourments, comme leur appliquant par là une partie de leurs souffrances en supplément de celles qui leur manquaient. Quant aux siècles suivants, il yen a tant de preuves éclatantes, que les hérétiques mêmes ne disconviennent pas que l'usage n'en fût commun sous saint Grégoire le Grand; et on sait que saint Bernard, et plusieurs autres saints docteurs ont prêché celles de leurs jours, et ont fait des miracles en leur continuation, quoique pourtant leur usage fût moins fréquent autrefois qu'aujourd'hui.
D'où vient cela ?
C'est que la ferveur et l'innocence des premiers Chrétiens étaient en ces bienheureux temps plus grandes qu'à présent, et qu'on n'ouvre point les trésors de la république quand les particuliers sont dans l'abondance.
Qu'est-ce que le trésor de l'Eglise?
C'est la grandeur, la multitude, et la variété des peines et des souffrances , 1" que Jésus-Christ a offertes pour nous en satisfaction de nos péchés et des châtiments qu'ils méritaient; que la sainte Vierge, qui était l'innocence même, a supportées en ce monde ; 3" qu'un grand nombre de saints et de martyrs, comme saint Jean-Baptiste, et plusieurs autres ont endurées, et beaucoup au delà de ce que la justice divine exigeait d'eux eu expiation de leurs propres fautes.
Est-ce que les satisfactions de Jésus-Christ ne sont pas suffisantes toutes seules?
Elles sont infiniment plus-que suffisantes, et tout le mérite des souffrances des saints n'est qu'un écoulement et une application du mérite infini des souffrances de Jésus- Christ, loin que ce soit un supplément aux satisfactions du Sauveur, comme si elles étaient insuffisantes et imparfaites, et qu'on y [lût ajouter quelque chose, erreur impie que les hérétiques nous imposent faussement : or, c'est ce riche amas de satisfactions que l'on nomme le trésor de l'Eglise, d'où (comme d'un réservoir sacré) cette bonne Mère tire les mérites de son chef, qui en est une source inépuisable,, et de quelques-uns de ses membres qui sont les plus larges canaux de cette source, afin de suppléer à la disette des uns par l'abondance des autres. C'est à elle que Dieu a commis la dispensation de ce trésor dont il lui a confié les clefs, avec le pouvoir de l'ouvrir et de le distribuer à ses enfants dans leurs besoins, et il accepie l'application qu'elle en fait en faveur des pénitents qui en manquent. D'où il s'ensuit qu'à proprement parler, l'indulgence est plutôt une commutation qu'une simple relaxation de peines, la justice divine se trouvant toujours ainsi pleinement dédommagée, ou par le fond du pécheur qui devait lorsqu'il fait des œuvres satisfactoires, ou par le fond de Jésus-Christ qui paye, pour lui lorsqu'on applique des indulgences.'
Pourquoi donc faire encore des œuvres
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satisfactoires, puisque les souffrances de Jésus-Christ sont surabondantes , et que les nôtres ny ajoutent rien ?
C'est que celui qui, nous ayant fait sans nous, ne nous sauvera pas sans nous, a voulu que le mérite des souffrances de son Fils nous fût appliqué par la voie des souffrances, et que les satisfactions des pénitents fussent les souffrances et les mérites de Jésus-Christ appliqués et communiqués.
Que prétend l'Eglise par la dispensalion des indulgences ?
1* Aider les hommes de bonne volonté à s'acquitter envers Dieu de leurs dettes; 2° suppléer à leur indigence et à leur infirmité; lis exciter à la ferveur, à la dévotion et à l'amour de Dieu, conformément à cette parole du Sauveur, celui à qui on donne davantage, doit aimer davantage; 4° ôter ou amoindrir les {vraies peines dues au péché, telles que la soustraction ou diminuiion des grâces abondantes et des secours de la Providence, les ténèbres de l'esprit, la dureté du cœur, le dégoût et la répugnance pour le bien, la pente et l'inclination au mal.
Les indulgences remettent-elles toute la peine due aux péchés ?
Oui, les indulgences plénières ; mais les autres n'en remettent qu'une partie seulement, ainsi obtenir une indulgence de quarante jours, de sept ans, etc., c'est obtenir la rémission de la peine qu'on aurait dû subir en ce monde par ides satisfactions c muniques pour autant de temps, ou en l'autre dans le purgatoire (56).
Quelle proportion y a-t-il entre les peines de ce monde, et celles du purgatoire?
Dieu seul la connaît, il est toujours certain que celles du purgatoire sont incomparablement plus grandes et plus longues que celles de cette vie, et ne sont pas agréables à Dieu, n'étant ni libres ni méritoires ; de sorte que le moindre inconvénient d'un pénitent qui par mo!le>se ne rachète pas les peines dues a ses [léchés par des œuvres satisfactoires, est de payer bien cher, et bien longtemps en
(56) Il est nécessaire de compléter ici les explications du pieux auteur, car elles sont iusullisanles. Remarquons d'abord que les indulgences ne s'appliquent pas seulement aux vivants, mais aux morts, par voie de suffrage, suivant l'expression de la théologie.
Quant à ce qui regarde les vivants, l'indulgence ne leur oie ni le péché mortel, ni même le p4ché véniel. C'est le repentir joint aux bonnes œuvres et à la confession, qui nous obtient la rémission de nos fautes. L'indulgence eniève seulement la peine temporelle que nous méritons.
Mais pour cela on distingue les indulgences partielles et plénières. Un sait que les premières ne diminuent qu'une partie de la peine, à proportion des dispositions que nous apportons et de notre fidélité à remplir toutes les conditions requises.
L'iiHulgeiice plénière, quand elle est gagnée dans son intégiiié, eiïace toute la peine.qui es' due à nos I é. liés, en sorte que le ciel m'ouvi irait immédiatement pour nous, si nous venions à mourir dans cet heureux état. Mais qui peut se vanter de l'obtenir avec une pareille étemlue? C'est le secret de Dieu, cl il laui se confier à sa miséricorde, en nous
l'autre monde, ce dont il aurait pu s'acquitter aisément et promptement en celui-ci.
Pourquoi est-ce le moindre inconvénient ?
Parce ipie le pi us grand et le plus ordinaire malheur deceuxqui, après avoir vécu dans le désordre, ne font pas de dignes fruits de pénitence, est de retomber assez aisément dans le péché, à quoi leur vie tiède et lâche les porle d'autant plus qu'elle les prive des plus puissants secours et des plus précieuses grâces réservées aux pénitents fervents et mortifiés.
Ne pourrait -on pas dire que les indulgences n'exemptent des peines dues aux péchés que pour cette vie seulement, et non pour l'autre; que devant les hommes, et non devant Dieu ?
Non; car, 1° si l'indulgence n'était qu'une simple décharge de l'obligation de faire des œuvres satisfacloires en ce monde seulement, et qu'elle laissât toujours l'obligation d'aller en purgatoire satisfaire à la justice divine, l'indulgence ne serait plus indulgence, ni grâce, ni faveur, ce serait une grande rigueur ; 2° comment tant de saints et savants prélats, tels qu'un saint Charles, et plusieurs autres, auraient-ils désiré si ardemment de les gagner è l'heure de la mort?
Qui a reçu dignement le sacrement de pénitence, et gagné le Jubilé ou l'indulgence plénisre, est-il encore tenu à faire des œuvres satisfactoires?
Quand on serait sûr de l'un et de l'autre, il faudrait toujours vivre dans la pénitence.
Qui nous y obligerait ?
1° La religion chrétienne; 2° l'exemple de Jésus-Christ; 3" les méchantes inclinations dont on est plein ; k' les habitudes vicieuses qu'on a contractées, qui pullulent sans cesse si on ne les réprime; 5° les vertus dont on manque ; 6" la convoitise qu'on porte; 7" !a crainte de la rechute; 8° l'amour de la persévérance ; 9° la pratique des vrais pénitents, tels que le saint roi David, saint Pierre, sainte Madeleine, etc.
efforçant de nié iter le plus d'indulgences possible.
2° Il esi certain qu'on ne peut remettre, ici-bas, directement les péchés des âmes du purgatoire. Il n'est donc plus question d'absolution pour elles; mais on peut les soulager, les délivrer par voie de suffrages, en offrant en leur faveur des satisfactions puisées dans le trésor de l'Eglise.
Une indulgence partielle , et à plus forte raison une indulgence p'éuière. appliquée aux âmes du purgatoire, leur obtient la rémission de leurs peines dans une proportion que Dieu seul connaît et qu'il faut abandonner à sa clémence infinie. Ou no doit jamais se lasser de faire, pour le soulagement. des défunts, toutes les bonnes oeuvres possibles, et de leur appliquer les indulgences de l'Eglise; car, lors même que les âmes du purg-Uoire sont déli vrées des peines attachées à leurs fautes passées et déjà pardonnées, il peut leur rester des fautes vé nielles qui exigent une longue expiation. Ainsi, nous devons leur continuer toujours les secours de notre assistance et de notre clivué, burluui au moyen des indulgences.
§ ni. — Du Jubilé.
Que signifie le mol de Jubilé?
il siguitie dans la langue hébraïque, joie, consolation, allégresse, parce que citez les Juifs le Jubilé était cette célèbre cinquantième année, en laquelle les débiteurs étaient affranchis de leurs dettes, les héritages aliénés revenaient francs au premier et ancien propriétaire et les esclaves recevraient leur liberté ; or c'étaient là des figures de ce qui devait spirituellement arriver dans la loi nouvelle, particulièrement quand nous participons pleinement à la grâce du Jubilé.
Comment cela?
C'est que par le moyen de cette grâce : 1° nous sommes faits quittes des dettes immenses dont nous étions redevables à la justice divine; 2" nos âmes qui sont l'héritage de Dieu, et qui avaient été vendues par le péché et aliénées de son domaine, reviennent eu la possession de leur véritable Seigneur et Maître; 3° les pécheurs qui gémissaient sous la tyrannie du diable rompent leurs fers, et recouvrent leur liberté.
Quelle différence y a-l-il entre l'indulgence et le Jubilé?
Il n'y en a point quant à l'effet, car qui gagne pleinement l'un ou l'autre, obtient également la rémission de toute la peine due aux péchés actuels commis depuis le baptême, et va droit en paradis, sans passer par le purgatoire, s'il meurt en ce bienheureux état ; mais il y en a beaucoup quant aux privilèges : car, 1" la cause du Jubilé est plus importante et plus manifeste, ainsi la raison que l'on a eue de le concéder, est plus solide; 2° il regarde les besoins généraux de la chrétienté; 3" il s*élend en tous lieux et sur tous les fidèles; k" il prescrit des œuvres plus salisfaetoires; 5° il est plus impétratoire, puisqu'il réunit les vœux et les désirs de toute l'Eglise ; 6" la forme est plus solennelle; 7° il donne une ample liberté aux pénitents de choisir tels confesseurs approuvés qu'ils voudront ; 8° et aux confesseurs divers pouvoirs considérables.
Quels sont-ils ?
lis peuvent, 1° absoudre des cas et des censures réservées à Mgr l'archevêque, et même à notre Saint-Père le Pape, que la bulle ne réserve pas; 2" changer les jurements promissoires non acceptés ; 3" commuer les vœux , excepté ceux de chasteté perpétuelle et de religion ; k° prolonger le temps du Jubilé; 5° commuer les œuvres prescrites, du moins à certaines personnes qui n'ont pu pour quelque empêchement légitime les exécuter en tout ou en partie, ni dans le temps marqué, mais ils ne peuvent pas dispenser des irrégularités (57).
Pourrait-on jouir des privilèges du Jubilé sans le vouloir gagner ?
Non, et ainsi un homme qui ne voudrait profiter de ce temps, que pour se faire absoudre de quelque cas ou censures réservés, se faire changer certains vœux, etc.,
sans vouloir faire autre chose, n'obtiendrait ni une absolution, ni une dispense légitime , ces grâces n'étant accordées qu'en faveur de ceux qui veulent gagner le Jubilé.
Que faut-il faire pour gagner le Jubilé?
Toutes les choses exactement qui sont prescrites par la bulle: 1" le jeûne du mercredi, vendredi et samedi ; 2° l'aumône selon sa dévotion, se souvenant néanmoins qu'une petite aumône n'est guère convenable dans un temps où l'Eglise répand ses trésors avec tant de profusion , ni capable d'attirer les plus rares miséricordes du ciel sur celui qui refuse au prochain les plus communes de la terre; 3° des prières vocales avec attention, et à dessein dimpétrer l'effet du Jubilé, celles que notre prélat nous propose, sont préférables aux autres; k" la visite des églises, ou au moins d'une; 5° la confession générale ou particulière à un prêtre approuvé, et non à d'autre, chacun suivant son besoin ou sa dévotion : il est rare néanmoins qu'une personne bien intentionné n'en fasse pas d'extraordinaires.
Comment faut-il faire ces œuvres ?
1° Avec dévotion, piété, bon exemple; 2° dans ledessein de gagner le Jubilé; 3° selon les intentions de notre Saint-Père le Pape; 4" autant qu'on peut dans l'ordre marqué, quoiqu'il n'y ait pasd'inconvénient, surtoulquand on n'en a pas la commodité, de le renverser, et de commencer par exemple la confession , ce qui pourrait même quelquefois être mieux; 5° dans une seule semaine, selon l'usage et la pratique ; 6° il est bon et édifiant d'assister à la procession qui se fait pour l'ouverture du Jubilé, mais cela n'est pas absolument nécessaire; 7uil n'y a nul inconvénient de gagner deux fois le Jubilé, et d'accomplir deux semaines de suite les œuvres prescrites , surtout si on a quelque scrupule de ne s'en être pas assez bien acquitté la première, avec un conseil néanmoins ; 8° les enfants, les vieillards, les malades, les prisonniers, les voyageurs, les religieuses, etc., doivent suivre les ordres de Mgr leur prélat, que MM. les curés, et les confesseurs leur apprendront; 9° on ne le peut fias gagner pour les morts, car la bulle n'en parle pas, et ce n'est pas la coutume de leur appliquer le Jubilé, qui n'est donné que pour les vivants ; il est néanmoins trèsbon de prier pour eux en ce temps de grâce et de bénédiction.
Y a-t- il apparence que Von puisse obtenir de Dieu d'aussi grandes choses qu'on en demande pur les Jubilés, en faisant des œuvres si aisées ?
Quoique ces choses , moyennant le secours divin, soient faciles à exécuter, elles sont néanmoins très-propres pour obtenir de la miséricorde infinie de Dieu l'effet de nos prières: parce que, 1° les grâces que nous lui demandons, sont sans doute trèsbonnes en elles-mêmes, très-conformes à sa sainte volonté, très-avantageuses à sa gloire,
(57) L'auteur n'écrivait que pour le diocèse de Par. s, mais il est certain que dans le temps du Ju-
bilé, il est accordé aux confesseurs le pouvoir d'absoudre de tous les cas réservés aux évoques, etc.
et très-salutaires pour les hommes ; 2° les moyens que le saint Père nous propose poulies impétrer de Dieu, sont très-efficaces; car ce sont des jeûnes, des aumônes et des prières, accompagnés de véritables sentiments de pénitence et de religion, et de gémissements de toute l'Eglise; 3° les mérites de Jésus-Christ suppléent à tout.
L'usage du Jubile comme nous l'avons, estil ancien dans l'Eglise?
On écrit communément que ce fut Boniface VIII, l*an 1300, qui en fut le premier auteur, ou du moins qui le premier lui donna la forme dans laquelle nous le voyons aujourd'hui, y attachant des privilèges , et !e faisant célébrer avec plus de solennité qu'autrefois. Car on peut recueillir et de la constitution de ce Pape, et d'un traité que publia peu après Jacques Cajetan son neveu, cardinal-diacre du titre de Saint-Georges , qu'il ne lit que rétablir, et renouveler une ancienne indulgence, qui s'obtenait à Rome tous les siècles une fois, et lui donner plus d'éclat qu'elle n'en avait auparavant, sans néanmoins se servir du mot de Jubilé, qui n'était pas encore en usage : et de là vient que, se tenant à cette antiquité, il arrêta qu'on ne le gagnerait que de cent ans en centans.iMaisClérnentVl, l'an 1350, touché des calamités de l'Eglise, de l'invasion des infidèles, des guerres parmi les Chrétiens, etc., en considérant la brièveté de la vie des nommes, ordonna qu'elle reviendrait tous les cinquante ans, et fut le premier qui lui donna le nom de Jubile', par allusion à l'année jubilaire des Juifs. Ensuite Urbain V, l'an 1389, abrégea ce terme encore, et le mit à trentetrois ans, en l'honneur des trente-trois ans de la vie de Notre-Seigneur. Mais Nicolas V, l'an 1449, le remit à cinquante. Et Paul 11, l'an 1V70, à vinq-cinq. Enfin, Sixte IV, l'an 1473, confirma cette dernière réduction , qui subsiste encore aujourd'hui. Et outre ce grand Jubilé, les Papes en accordent encore d'autres à leur élection, et en semblables occasions importantes.
Le Jubilé qui revient tous les vingt-cinq ans, na-t-il rien de particulier par-dessus les autres ?
Il a d'ordinaire une prérogative, qui le distingue non-seulement des indulgences, mais même des autres Jubilés, c'est que Sixte IV, l'an lkTS, suspendit pendant cette année jubilaire, dite sainte, toute indulgence hors la ville de Rome, ce qui s'est continué depuis, de sorte que toute autre sorte d'indulgence pour les vivants, concédée par le Saint-Siège hors la ville de Rome, est révoquée, et cesse pour cette année-là. Ce que ce Pape tit afin d'attirer par là le concours des peuples, et les exciter d'aller à Rome, de visiter le sépulcre des apôtres, et faire, par le mérite de ce pèlerinage, qu'ils participassent avec plus d'abondance à la grûce singulière du Jubilé. D'où il s'ensuit que les indulgences pour les défunts, subsistent cette année-là, qu'on peut toujours dire des Messes aux autels privilégiés, et gagner des indulgences pour les morts, à l'ordinaire,
ainsi que les bons auteurs l'enseignent communément.
Que remarquez vous particulièrement dans l'Eglise au temps du Jubilé ?
Un renouvellement général de piété, que le Saint-Esprit y cause, et duquel il ne faut pas manquer de se prévaloir.
Que dites-vous de la grâce du Jubilé?
Qu'elle est , 1° nécessaire ; 2° facile à acquitter; 3" certaine; 4° excellente.
Comment est-elle nécessaire ?
A raison, 1° de nos grandes dettes envers la justice divine; 2° du petit nombre et du peu de mérite de nos œuvres satisfactoires; 3° de la rigueur du payement qu'il faudra nécessairement faire en l'antre monde, après avoir refusé de s'en acquittera si bon marché de celui-ci.
Comment facile ?
Les actions prescrites sont , 1" peu en nombre; 2° aisées en elles-mêmes; 3" légères par la communion, et l'exemple des fidèles, et surtout par l'abondance des secours divins.
Comment certaine ?
Elle est fondée, 1° sur les paroles et sur les promesses de Jésus-Christ; 2° sur la valeur et l'efficace de ses souffrances; 3° sur la pratiquée! l'autorité de l'Eglise.
Sur quoi encore est-ell-e fondée ?
Sur l'excellence du trésor de l'Eglise, en qui l'on trouve bien autrement qu'en ceux de la terre, 1° une sainte multitude; 2° une admirable variété; 3° un grand prix.
Comment la grâce du Jubilé est-elle excellente ?
A raison, l°de sa source, qui n'est autre que le sang de Jésus-Christ, répandu avec tant d'abondance qu'il efface jusqu'à la peine temporelle due au péché; 2° de ses effets, qui sont si grands qu'ils peuvent égaler ceux du baptême; 3" de sa fin, qui est d'ôter tout obstacle et retardement à notre entrée au ciel, et à notre union à Dieu: de sorte qu'on y trouve réunis en quelque façon lesetfetsdu baptême, delà pénitence, de* l'extrême-onction , pour ne pas ajouter ceux du purgatoire.
Du purgatoire.
Les peines du purgatoire excèdent-elles les peines de cette vie?
Sans doute, elles les surpassent beaucoup.
Quelles sont ces peines ?
1" La privation de la vue de Dieu; 2" le feu; 3° d'autres espèces de punitions conformes à la malice du péché qu'on y expie.
Combien de temps y est-on ?
Jusqu'à ce que, 1° la rouille du péché soit tombée; 2° que l'âme soit purifiée; 3* que la justice divine soit satisfaite.
Pourquoi ?
Parce que rien d'impur ni de souillé n'entrera jamais da;is le ciel.
Qui soulage et console ceux qui y sont ?
1" La présence des bons anges ; 2" la certitude du salut; 3" les prières, sutfrages, jt unes, pénitences, aumônes, indulgences, et autres bonnes ^œuvres qu'on offre pour
eux dans l'Eglise, et surtout l'oblation du saint sacrifice de la Messe.
Que faut il pour ne pas aller en purgatoire ?
Faire pénitence, éviter le péché véniel, gagner les indulgences : vivons si purement, que nous ne soyons pas redevables de notre prompte entrée en paradis, aux flammes du purgatoire.