DE L'EXTRÊME-ONCTION
LEÇON I
Sou nom; sa n:iture; son institution; s» promulgation; son administration; sa nécessité, ses effets.
Qu'est-ce que V extrême-onction?
Un Sacrement qui nous aide à bien mourir.
Pourquoi Vappelle-t-on extrême-onction ?
Il est la dernière onction du Chrétien, et il la reçoit à l'extrémité de sa vie.
Dans quels sacrements sommes-nous oints?
i" Dans le baptême; 2° dans la confirmation ; 3° dans l'ordre; 4° et enfin dans l'extrême-onction.
Quand Notre-Seigneur V institua-t-il ?
On tient que ce fut le jeudi saint, veille de sa mort et Passion, et qu'il en instruisit ses apôtres : d'où vient que l'Eglise a pris ce jour-là avec beaucoup de convenance , pour y bénir solennellement par le ministère des évoques, les saintes huiles qui servent à ce digne sacrement, qu'on administre aux fidèles lorsque leur dernière heure est venue, comme pour mettre le sceau à celui que nous recevons en venant en ce monde, qu'ainsi le Seigneur bénisse notre entrée et notre sortie.
En a-t-il donné quelque idée pendant sa vie ?
Oui, 1" quand envoyant en mission ses apôtres, il leur donna pouvoir d'oindre les malades avec de l'huile , et de les guérir. 2° 11 permit qu'on oignit sa tête et ses sacrés pieds, peu de jours avant sa mort. 3° Il est remarquable qu'il voulut souffrir l'agonie dans le jardin des Olives.
Qui l'a promulgué par écrit ?
L'apôtre saint Jacques, évêque de Jérusalem.
Qui doit l'administrer ?
Le pasteur du malade, ou autre prêtro commis par lui.
Qui peut le recevoir ?
Tout Chrétien parvenu à l'usage de raison, qui a péché.
Quand faut-il le demander ?
Lorsqu on est malade, et en danger de mort.
Doit-on attendre qu'il soit désespéré?
Non, et ce sacrement est d'autant plus salutaire qu'on connaît mieux ce qu'on fait en le recevant, et qu'on est plus capable de s'excitera le recevoir dignement: d'ailleurs il rend la santé par voie de remède.
Peut-on te recevoir plusieurs fois ?
Non, pas dans la môme maladie ou le môme péril, qui d'ordinaire n'est pas censé différent, ni être une récidive, s'il n'y a quinze jours au moins , ou trois semaines
d'intervalle ; sur quoi il est bon de consulter les médecins , et les supérieurs ecclésiastiques.
Est-il nécessaire à salut ?
Non, absolument parlant; il y a pourtant certains cas extraordinaires , dans lesquels le salut pourrait dépendre de sa réception: par exemple, quand on croit de bonne foi être en état de grâce, et qu'on n'y est pas : car alors ce sacrement, par sa propre institution, efface le péché qu'on ignore avoir, donnant non-seulement la grâce à laquelle on ne met point d'obstacle volontaire, mais même effaçant ces espèces de reliques , ou de restes du péché, et réconciliant à Dieu.
Est-il très-utile ?
Oui, c'est pourquoi on est obligé de le demander pour soi, et de le procurer à ceux qui dépendent de nous. Car ce serait un grand crime de le mépriser ou négliger, à cause des secours puissants qu'il nous apporte à l'heure de la mort, d'où dépend l'éternité, et de nos besoins extrêmes dans ce dernier passage.
Que faut-il pour le recevoir dignement ?
V Etre en état de grâce, car si on savait être en péché mortel, et qu'on le reçût ainsi, on ferait un sacrilège. 2° Et pour ctda se confesser et recevoir le saint viatique s'il se peut. 3° S'y disposer par des actes fervents du foi, d'espérance, de charité . de résignation, de contrition, etc.
Quels sont ses effets particuliers ?
il donne, 1° la patience pour souffrir chrétiennement la maladie et la mort; 2° la lumière et la force, pour découvrir les artifices, et repousser les violences du serpent infernal , qui tend des pièges au talon de l'homme, c'est-à-dire^ à la fin de la vie, et qui jouit de son reste dans cette dernière heure : ainsi la bonté de Dieu nous a muni d'un sacrement pour nous défendre quand nous entrons au monde, et d'un autre quand nous en sortons. 3° Il met sous la protection spéciale de Dieu. 4° Il établit dans la dernière et immédiate disposition de pureté requise au sortir de cette vie, pour paraître devant le Saint des saints , et être admis dans ce royaume, où rien de souillé n'entrera jamais. 5° Il efface les restes du péché, et les péchés oubliés, ou qu'il serait comme impossible de confesser: aussi le nomme-t-on la consommation de la pénitence chrétienne.
Quappelle-t-on les restes du péché ?
Comme après une grande maladie corporelle il reste encore diverses incommodités, l'insomnie, le dégoût, la faiblesse, la maigreur, etc., ainsi après que notre âme a été guérie de la grande maladie du péché, il lui reste encore bien des langueurs et des infirmités spirituelles, des taches et souillures que ce sacrement achève de guérir et de laver.
Marquez-les en particulier?
1° La pente au mal. 2° La peine à s'élever à Dieu. 3° L'anxiété et le trouble de conscience que donne le souvenir des péch'és passés. k° L'attachement à la terre. 5' La crainte scrvile de la mort. G0 Le dégoût des
choses saintes. 7° La faiblesse et l'infirmité dans la pratique des vertus , vraies symptômes de la vieillesse spirituelle.
Ote-l-il toits ces obstacles ?
Il fortifie le moribond, et lui confère des grâces pour les vaincre.
Quels autres bons effets produit-il ?
1° Il soulage le malade. 2° Il lui rend même quelquefois la santé corporelle, selon qu'il est convenable à la Providence, et expédient à sa sanctification et à son salut. 3°II l'anime et l'aide à supporter les douleurs du corps et les peines de l'esprit. 4° Il le console et le réjouit. 5° Il lui donne de la liaine du péché véniel, et il le détruit en tant qu'il est une infirmité à laquelle la vigueur que confère ce sacrement est opposée.
Dans quel esprit doit-on le recevoir ?
1° D'union à l'agonie de Jésus-Christ, au jardin des Olives, et à l'arbre de la croix ; 2° de conformité à la volonté deDieu ^"d'acceptation de la mort ; k' d'oblalion de soimême en esprit de pénitence et de sacrifice ; 5° d'espérance en la résurrection ; 6° enfin un bon Chrétien doit alors plus penser à l'immortalité qu'à la mort.
Etait-il d'usage dans l'ancienne Loi ?
Non, à cause, 1° de sa perfection, de quoi la Loi ancienne n'était pas capable, puisqu'il efface jusqu'aux moindres reliques du péché; 2° de ce qu'il met dans le dernier degré de pureté requis pour entrer au ciel, où la Loi ancienne n'introduisait pas.
LEÇON II
Matière, forme et cércni<iiies de l'cxtrème-onction.
Quelle est la matière du sacrement de l'extrême-onction?
L'huiled'olive, bénite parl'évêque, et bénite d'une bénédiction singulière, et avec des cérémonies toutes mystérieuses.
Pourquoi cette bénédiction ?
1° Le Sauveur l'a ainsi voulu. 2° Il ne s'est pas servi de cette liqueur, et ne l'a pas consacrée par son usage et saint attouchement, comme il a fait l'eau dans le baptême, et le pain et le vin dans l'Eucharistie ; ainsi une [elle bénédiction et préparation est très-convenable, particulièrement à un sacrement i'une telle plénitude de grâce, de perfeclion et d'énergie, qui s'étend jusqu'à effacer es moindres vestiges du péché, et à chasser 'infirmité corporelle et spirituelle.
Pourquoi cette liqueur ?
Elle a des propriétés qui ont rapport aux iffets de ce sacrement: car, 1" l'huile adouit ; 2* guérit ; 3° fortifie ; k" éclaire ; 5° nourit; 6° brûle; 7° monte; 8° s'épanche. Et ce acrement , 1° adoucit les peines ; 2° guérit îs maladies corporelles et spirituelles;
* fortifie l'âme à l'agonie; k" éclaire la foi ;
• nourrit l'espérance ; 6° enflamme la charité ; élève l'esprit; 8U répand la grâce.
(58) Toutes les réponses des questions suivantes îgardenl les devoirs du malade lui-même, pendant u'il icçoit le sacrement de rextrtMne-onction.il lut alors qu'il soit en pleine connaissance, afin de
Pourquoi fait-on les onctions sur les organes des sens, et vers les reins ?
1° Le péché s'est introduit dans notre âme par les sens; 2° nous nous sommes servis des sens pour offenser Dieu ; 3° le démon nous moleste parles sens à l'heure de la mort: ce sont donc les sens qu'il faut purifier et prémunir; 4° la convoitise est la source de la corruption des sens.
Que dit le prêtre en les faisant ?
Il prie Dieu de pardonner au malade les péchés qu'il a commis par ses organes et ses facultés, ou puissances.
Pourquoi le fait-il en forme de croix ? C'est du sang de Jésus-Christ mourant en croix que découle la vertu de ce sacrement. Pourquoi se sert-il des prières en le conférant, et non des termes d'autorité, comme dans les autres sacrements ?
1° Le malade commence à n'être presque plus de la juridiction et sous l'autorité de l'Eglise, ayant déjà comme un pied dans l'autre monde : 2° il n'est plus capable d'aucun secours humain, ou nature! ; il est entre les mains de Dieu seul; 3° comme il se trouve dans la dernière impuissance de se soutenir lui-même, on a recours plus que jamais à la pure miséricorde de Dieu.
De quoi faut-il demander pardon à Dieu , quand le prêtre fait l'onction sur les yeux (58)?
De tous les mauvais regards et œillades curieuses, orgueilleuses, immodestes, impures, et de toutes les lectures dangereuses qu'on a failes pendant sa vie.
Et quand il oint les oreilles ?
De tous les discours opposés à la charité, à la piété, à la vérité, à la chasieté , et tous les airs profanes qu'on s'est plu à entendre.
Et quand il oint les narines ?
De tous les parfums et bonnes odeurs dont on a flatté sa sensualité.
Et quand il oint la bouche?
De tous les dérèglements de paroles, etdes péchés de gourmandise et d'impureté.
Et quand il oint les mains?
De toutes les mauvaises actions et attouchements. Et quand il oint les pieds?
De tous les pas qu'on a fait vers le crime, de tous les rendez-vous et lieux criminels où on a été, des danses, jeux et mouvements profanes dont on est coupable , et où nos pieds ont porté notre cœur.
Et quand il fait l'onction vers les reins ? Nous devons demander pardon à Dieu de tous les péchés que la convoitise, et particulièrement celle de la chair, nous a fait commettre.
Pourquoi tant d'onctions?
A cause de la multitude de nos plaies, auxquelles le nombre des appareils doit répondre.
Font -elles divers sacrements?
s'unir aux prière^ et de s'occuper de tous les motifs de contrition que le souvenir de ses p clies doit lui suggérer.
Pas plus que la somplion des deux espèces dans l'Eucharistie, cette multitude de signes ne représentant qu'une chose totale.
Pourquoi n'y méle-t-on pas du baume comme à la confirmation?
L'extrême-ouction étant un remède du péché, n'exige pas la bonne odeur des vertus, figurée par le baume.
Le vin n'esl-il pas aussi un remède avec l'huile?
Oui, mais il est piquant et mordicant, et à la mort il ne faut rien que de consolant et d'adoucissant.
Quelle obligation contracte un malade qui recouvre la santé, après avoir reçu l'extrêmeonction ?
1° De se regarder comme de nouveau consacré à Dieu; 2° de mener une vie plus sainte; 3° de considérer que Dieu ne la lui prolonge que pour en l'aire un meilleur usage.
De la maladie.
Quelle utilité apporte la maladie soufferte chrétiennement ?
1° Elle mortifie ; 2° elle humilie; 3" elle détache; k" elle rend soumis, dépendant, patient, obéissant, docile, reconnaissant; 5° elle dompte; 6° elle fait voir la vanité des choses du monde qu'il faut quitter tôt ou tard ; T elle dégoûte des plaisirs sensuels, et de l'amour immodéré du corps; 8° elle met devant les yeux les fins dernières ; 9° elle fait songer sérieusement à la conscience; 10° elle apprend à compatir aux pauvres malades et à les soulager; 11° elle donne un excellent moyen de faire pénitence, et de satisfaire à la justice divine; 12° et de se préparer à recevoir dignement les sacrements.
Quels défauts doit-on éviter ?
La tristesse, la mélancolie ou l'ennui, l'impatience, le murmure, la colère et le chagrin, les plaintes et les inquiétudes, la pusillanimité, la défiance de la Providence, Ja crainte des sacrements, auxquels il faut recourir de bonne heure, la maxime d'une famille véritablement chrétienne étant de ne point appeler le médecin qu'après le confesseur. Enfin un vrai fidèle doit croire que la moindre grâce qu'il peut attendre de Dieu dans la maladie, est la guérison.
Et quand la santé revient ?
Ce retour de la maladie à la santé est souvent un état dangereux à la piété chrétienne, plusieurs alors se laissant aller à la vaine joie, à la sensualité, à l'immortification, à un trop grand soin d'eux-mêmes, et des désirs superflus : on se relâche, on s'oublie de ses exercices spirituels; et enfin, en fortifiant le corps, on affaiblit l'âme : celuilà guérit et celle-ci devient malade, dit saint Jérôme.
(59) Les réflexions de cetie réponse et des deux suivantes ne sont plus applicables dans les temps actuels. Il n'y a plus ni bénéfice ni richesses à convoiter; les vocations sont libres, et les parents n'imposent pas le sacerdoce à leurs enfants. Mais tei tains individus peuvent avoir le désir d'entrer