‹ Œuvres completesChapitre 45 sur 296 · EXPLICATION DE L'ORAISON DOMINICALE · texte numérisé non relu

EXPLICATION DE L'ORAISON DOMINICALE

Du Pater nosler en général.

Est-il bon de faire des prières vocales ? ï%

Oui, l'exemple de Jésus-Christ et des saints de l'unet de l'autre Testament, l'usage de l'Eglise, la pratique des fidèles, et la nature de la chose en elle-même, le montrent assez.

Pourquoi ?

1° Il est juste que notre corps serve au culte de Dieu, aussi bien que notre âme, et que notre langue le loue aussi bien que

notre esprit; 2° la prononciation extérieure excite la dévotion intérieure; 3° l'oraison vocale édifie le prochain, quand elle est bien faite.

Quelles prières vocales faut-il faire ?

Les plus approuvées et. usitées dans l'Eglise, et qui nous instruisent ou nous touchent davantage.

Quelle est la plus excellente ?

L'Oraison dominicale, c'est-à-dire l'Oraison du Seigneur, ou le Pater noster.

Pourquoi ?

1° Son auteur est Jésus-Christ même, la Sagesse incréée, qui non-seulement l'a composée et enseignée à ses apôtres , et en leurs personnes à tous les fidèles , mais même qui l'a faite le premier à son Père en nous apprenant à la lui faire, qui par cet usage l'a consacrée et sancti l\ée , et y a attiré une bénédiction extraordinaire, et qui la répète continuellement par nous, comme par ses organes, et nous par lui, ainsi que les membres par leur chef ; étant raisonnable, disent les saints, que Jésus-Christ venant apporter aux hommes une loi nouvelle, et leur apprendre, selon le saint roi David, un cantique nouveau , leur ail enseigné une prière nouvelle, et propre aux enfants de la nouvelle alliance. En effet, ajoute saint Augustin, qui considérera avec attention les demandes du Pater, trouvera que la confiance qu'on a de les faire, aussi bien que leur impétralion, est un fruit de l'incarnation du Eils de Dieu. 2" L'amour du Fils la fait écouter favorablement du Père, et il est naturel que la parole de Dieu monte jusqu'à Dieu, et que le Père reconnaisse la voix de son Fils. 3° Elle est la très-sage et très-sainte règle de nos désirs, ne devant rien demander au delà, et ne pouvant rien souhaiter d'utile pour le salut qui ne lui soit conforme, qui n'y soit compris ou qui ne s'y rapporte.. C'est pourquoi , selon saint Augustin , celte prière enferme en substance toutes les autres ; et quelques pensées ou mouvements que nous formions en nous-mêmes, nous ne pouvons rien dire, si nous prions comme il faut, que ce qui est contenu dans celle prière: et nous prions mal , si nous disons autre chose: Parce que , dit saint Cyprien, toute demande qui ne s'y rapporterait pas, n'y pourrait être qu'une invention de notre esprit, qui ne sait ce qu'il lui faut, tout bien ne nous étant pas utile , ni tout mal nuisible. 4° Elle est l'abrégé admirable de tout ce que nous devons demander, comme le Symbole l'est de ce que nous devons croire, et le Décalogue ce que nous devons faire. 5° Elle est le sommaire de l'Evangile, puisqu'elle en comprend l'esprit et la perfection. 6° Elle se proportionne à tous ceux qui la récitent; elle remplit les plus grands esprits, et elle nourrit les plus simples. 7" Elle a toujours tenu le premier rang entre les prières du sacrifice. 8° Elle est consacrée par J'usage continuel des fidèles. 9" L'Eglise est si pleine de vénération pour celte prière .

qu'elle^se sert d'un préambule respectueux

à la Messe, pour protester qu'elle n'oserait

la dire, ni user des termes dont elle est composée, sans le commandement exprès du Seigneur. 10" Elle obtient rémission des péchés véniels, quand elle est dite avec dévoiion.

Est-on obligé de la savoir?

Sans doute, et ce serait une né^liyence horrible dans un Chrétien de l'ignorer. Jésus- Clirist, dans son Evangile, nous l'ayant expressément ordonné, et l'Eglise, parses conciles, les Papes, les Fères et les pasteurs ne nous inculquant autre chose.

Faut-il la réciter?

Oui, et en bien comprendre les richesses , crainte de la routine ou de l'avilissement; car, quoique ce soit la plus excellente et la plus divine de toutes les prières, c'est néanmoins souvent celle qu'on dit avec le moins d'attention, de dévotion, de pénétration. Or, comment Dieu vous écoutera-l-il, dit un grand saint, si vous ne vous écoutez pas vous-mêmes? Ou comment Dieu vous accordera-t-il vos demandes , si vous ne savez vous-mêmes ce que vous lui demandez?

Quand et comment doit-on la réciter?

Particulièrement le soir et le matin à deux genoux, posément, avec attention, respect, confiance, amour, dévotion, union à Jésus- Ciirist, en un mot, d'une manière digne d'un enfant de Dieu, qui va parler à son Père cé- Jeste, ei lui exposer ses désirs.

Récitez-la en latin et en français ?

Pater noster, etc. Notre Père, etc.

De quoi est composé le Pater?

D'une préface et de sept demandes, dont Jes trois premières ne s'accomplissent parfaitement que dans le ciel, ni les quatre dernières que sur la terre; celles-ci concernant les biens de cette vie seulement, et les moyens «le parvenir au salut. Les unes regardent la gloire de Dieu, et les autres les besoins de l'homme; et toutes sept figurent l'indigence de la vie présente, et la totalité des choses qu'on y doit souhaiter, après quoi nous n'avons plus à attendre que la béatitude de l'octave qui nous est promise.

La préface du Paler.

Quelle esi la préface ?

Llle est contenue en ces paroles : Notre Père qui êtes aux deux.

Que remarquez-vous dans cette préface?

,L'n saint artilice et une divine rhétorique , à la faveur de laquelle nous semblons vouloir comme nous insinuer dans les bonnes grâces de Dieu, par les éloges que nous lui donnons, et nous animer à oser lui faire nos demandes par les litres que nous prenons.

Comment cela ?

1" Disant qu'il est aux deux que nous regardons comme le plus illustre de ses ouvrages inanimés, qui étale davantage sa magiiilicem e cl sa sagose, et qui le fait davantage connaître, nous le louons de sa grandeur, île, son élévation, de sa gloire, de .son pouvoir, de ses richesses; et nous voulons dire que les cieux, par leur lumière, leur hauteur, leur incorruptibilité, leurgran leur,

WG

leur beauté, leur mouvement, leur influence, leur vertu , précèdent infiniment moins en excellence les choses terrestres et corruptibles, (pie ce premier de tous les êlres précède tous les autres en prééminence et en dignité, et que ce Père céleste excelle, par-dessus lous les pères de la terre, en vérité, autorité, charité, libéralité; 2° l'appelant notre Père, et nous mettant au rang de ses enfants, nous excitons en lui la tendresse paternelle, et en nous la confiance filiale, comme deux puissantes dispositions pour obtenir ce que nous allons demander ; . 3° la qualité de Père, et de Père céleste,' que nous donnons à Dieu , est une source féconde et inépuisable d'où ses enfants doivent attendre toutes sortes de biens; k" que ne donnerat-il pas, dit saint Augustin, à ses enfants qui demandent, auxquels il a déjà donné d'être ses enfants auparavant qu'ils le demandent , bienfait inestimable, plus grand que tout ce qu'ils demandent.

Que dé courrez- vous encore en cette grande parole de Père ?

1° Le grand objet de notre foi ou le mystère de la très-sainte Trinité; car elle nous apprend que nous sommes, 1° les enfants du Père; 2" les frères du Fils; 3° les organes du Saint-Esprit, nul ne pouvant former utilement cetle prière, ni s'exprimer ainsi, que par la vertu de ce divin Esprit, selon l'Apôtre; 4* et que Dieu est d autant plus notre Père, que nous tenons tout de lui, être, substance, qualités, ressemblance, etc.

Quoi encore?

L'honneur et le bonheur que nous avons : 1° d'appeler et d'avoir, non plus Adam, mais le Dieu d'infinie majesté pour Père ; 2" de nous appeler et d'être ses enfants; 3" de n'avoir plus le démon pour père, et de n'être plus ses esclaves, ce qui doit nous remplir d'amour et de reconnaissance envers Dieu , et de désir de mener une vie digne d'nn enfant de Dieu.

Quoi encore ?

La bienveillance et la charité de Dieu . 1° de nous donner le nom, et de nous faire être ses enfants; 2° de vouloir être nommé, et de vouloir être notre Père; 3° de nous avoir adopté, et d'enfants du démon, que nous étions par le péché, de nous avoir lait ses enfants par la grâce; 4" de nous aimer, quoique défigurés et contrefaits par le péché.

Comment Dieu est-il notre Père?

Par le titre : 1° de la création , nous ayant fait à son image et semblance, aucun des êtres inférieurs n'ayant cet avantage ; 2° de l'adoption, ne leur ayant non plus départi que quelques dons ou vertus, et nous ayant réservé tout l'héritage ; 3° de la rédemption, réparation et justification , ayant par ses bienfaits retracé en nous ses traits divins, et fait être doublement ses enfants par la génération et la régénération; k" de la glorification, où nous lui serons parfaitement semblables, et en attendant ; 5° par les titres de la conservation, de la providence, de la correction paternelle, et des soins qu'il prend de nou«.

Pourquoi na-t-il pas voulu que nous lui donnassions un nom plus majestueux et plus terrible, comme de Tout -Puissant, d'Eternel, etc., ou plutôt que celui de Père?

A cause que son Fils : 1° s'est revêtu de notre nature; 2" qu'il nous a honorés <ie la qualité «le frères; 3° qu'il nous a faits ses cohéritiers; k" qu'il veut animer notre confiance quand nous prions, et nous donner un libre accès auprès lui; 5° que c'est Jésus-Christ qui, en vertu de l'extension et do la communication qu'il nous a faite de sa divine filiation, parle par notre bouche quand nous récitons cette prière, et veut que nous !a fassions en son nom à son Père, comme ses organes, ses membres et ses frères, et que par celte voix amoureuse le fidèle Chrétien se distingue du Juif, qui se conduisait parles mouvements d'une crainte servile, et qui n'avait eu aucun commandement d'appeler Dieu son Père en [triant, quoiqu'il lui soit S'iuvent reproché «le n'avoir pas Voulu être son fils, en péchant.

Que nous apprennent encore ces paroles ?

La pureté de conscience qu'exige cette Oraison. Car, comment oser appeler Dieu son Père, réclamer sa bonté, et se flatter d'en être exaucé, si on sent des reproches intérieurs, de ne mener pas une vie digne «l'un enfant de Dieu, qualité que sa grâee donne et que le péché ôte, ainsi l'enfant prodigue, et fait qu'on est enfant «Ju démon plutôt qu'enfant de Dieu ; en sorte que, comme observe saint Augustin, un pécheur qui récite celte prière, au lieu de dire : NotrePère quiètes aux deux, devrait plutôt dire avec ses semblables : Notre Père qui êtes aux enfers.

Pourquoi adressez-vous celte oraison au Père , plutôt qu'au Fils ou au Saint-Esprit ?

1° La demande se fonde sur la qualité du Fils, et la paternité s'approprie au Père par une raison attachée à sa personne , d'où toute paternité descend, ce qui ne s'atiribue ni au Fils ni au Saint-Esprit. 2° Le Père comme principe d'où tout bien découle, doit être particulièrement considéré comme le dispensateur des grâces que nous demandons : le Fils comme le médiateur des demandes que nous faisons, et le Saint-Esprit comme I auteur des désirs que nous formons ; mais au reste on peut également s'adressnr aux trois personnes de la sainte Trinité, en faisant cette prière : en effet, la prière ainsi que l'adoration, selon la coutume de l'Eglise, s'est toujours ordinairement adressée au Père seul par le Fils, dans l'unité du Saint-Esprit : non qu'on ne puisse les invoquer directement, puisque Jésus- Christ lui-môme nous a appris de faire dans l'invocation Ja plus authentique de la religion, savoir dans celle du baptême, ou de la consécration du nouvel homme; mais parce qu'il a plu au S;ùn t-Espri t , qui dicte les prières de l'Eglise, qu'en éternelle recommandation de l'unité du principe, on adressât ordinairement l'invocation au Père, dans lequel on adore ensemble et le Fils et le Saint-Esprit, comme dans leur source ori-

ginaire, et que parce moyeu l'adoration, ainsi que l'invocation, suivît l'ordre des émanations, et prît, pour ainsi dire, le même cours : et si on prend garde de près, on trouvera que la première demande s'adresse particulièrement au Père, la seconde au Fils , et la troisième au Saint-Esprit ; que les trois suivantes reprennent ce même ordre, et que la septième et dernière regartle spécialement toute la sainte Trinité.

Pourquoi « Notre Père,» et non pas « Mon Père ? »

Pour montrer : 1° que nonobstant les différents états et conditions de la vie, devant Dieu nous sommes tous frères, grands et petits, riches et pauvres, puisque nous avons tous le même Père et la même Mère , que. nous nous asseyons à la même table , et que nous espérons le même héritage. 2° Que nous devons et respecter le prochain, puisqu'il est enfant de Dieu, et l'aimer, puisqu'il est notri; frère : ainsi ces deux premiers mots, Notre Père, emportent nos deux principales obligations, l'amour de Dieu, et l'amour duprochain, les deux grands commandements qui renferment la Loi et les Prophètes. Admirable doctrine aussi haute qu'abrégée ! 3° Ce serait comme entreprendre sur les droits du Fils naturel , et ne pas s'exprimer avec l'humilité convenable au fils adoptif. 4° Il faut réciter cette prière avec humilité , n'affectant point de nous distinguer des autres par un mérite personnel , qui donne un droit particulier de dire Mon Père , et nous regarder comme un membre de cette nombreuse famille, qui n'est aulre que l'Eglise , dont Dieu est le Père; car nous prions , dans la communion des saints, chacun pour tous, et tous pour chacun. 5° Nous sommes unis au corps de l'Eglise par la foi; à son esprit, parla charité, et à ses biens, par l'espérance, dont la prière est le fruit. 6" Pour rendre notre prière plus efficace en parlant au nom «le tous et comme unis à tous. 7° Plusieurs faibles peuvent plus qu'un seul fort. 8* Dieu écoute plus volontiers les vœux de celui qui prie pour ses frères. 10° Ce n'est pas une petite consolation à un fidèle de savoir que tout ce qu'il y a de Chrétiens au monde prie pour lui.

Que dites-vous encofe de ce mot de Nôtre?

1° Que ce nous est un bonheur inestimable de pouvoir appeler Dieu nôtre; 2° que nous ne devrions jamais dire que Dieu est à nous , sans amour et sans joie de l'avoir recouvré; 3° ni sans reconnaissance envers Jésus-Christ de nous l'avoir rendu , et de nous donner les moyens de le posséder à jamais.

Pourquoi «qui êtes aux deux , » puisque Dieu est partout ?

■ Pour apprendre : 1° que c'est là dorénavant celte terre de promission, et non la Judée, où il veut êlre cherché , où il manifeste à ses enfants sa grandeur et sa gloire , et où il leur prépare un ro.yaume et un héritage incorruptible; 2° qu'il faut élever notre cœur en haut quand nous prions; 3U que nous sommes des pèlerins en ce mon-

de , que le ciel est noire véritable patrie, puisque notre Père y est, et la terre un exil!; k° que l'espérance des biens de l'autre vie doit nous consoler des maux de celle-ci, et le repos à venir des travaux présents ; 5° quenousne devons riendemanderà ce Père céleste qui sente la terre; G" ni s'arrêter dans celte basse région, mais porter plus haut nos désirs et nos prétentions, n'en avoir que pour le ciel, après lequel nous devons soupirer, ne cherchant que les biens éternels, spirituels, divins, proportionnés à notre seconde naissance, qui nous engage à mener une vie toute céleste ; T que c'est au ciel que nous devons aspirer, lever les yeux, et attendre tout de là : qu'avons-nous à faire en terre, puisque notre Père est au ciel; 8° qu'il faut crier bien haut, si nous voulons êlre entendus; 9° par le mot de deux, on peut encore entendre, dit saint Augustin, les âmes , non des pécheurs , qui sont comparés à la terre, mais des justes et des saints de ce .monde et de l'autre, dans lesquels Dieu habite spécialement, comme dans des cieui spirituels , ornés de grâces et de vertus, ainsi que d'autant d'astres mystiques infiniment plus lumineux que ne le sont les astres visibles et corporels, et qu'ainsi notre vie doit être si sainte, si pure, si éclatante et si féconde en bonnes œuvres, que nous puissions nous-mêmes devenir des cieux, des temples et des paradis animés, dans lesquels la majeslé divine se plaise à résider et oùelle éiaolisse son liône, afin que nuus n'ayons besoin que de nous recueillir, et non pas de sortir hors de nous, et de recourir aux temples matériels, pour trouver Dieu, pour l'adorer, pour lui rendre nos devoirs et pour lui demander nos besoins : quelle apparence donc que Dieu refuse des biens célestes à ceux qu'il* fait être des cieux, dit saint Thomas 1

Première demande. — Votre nom soit sanctifié.

Que demandons-nous par là î

De grandes choses : 1° que les infidèles embrassent la foi; 2° que les pécheurs se convertissent; 3° que les justes se perfectionnent , et que le nom de fidèles qu'ils ont reçu au baptême, et que Dieu leur a donné, ne soit jamais profané, ni déshonoré par le péché; 4° en un mot, que tous les hommes honorent Dieu par un culte véritablement religieux et par une vie parfaitement sainte, afin qu'ils fassent connaître, glorifier, bénir, exalter et louer le maître qu'ils servent, par l'expression de sa sainteté en eux. C'est ainsi que le nom de Dieu, si saint en lui-même, et dont la sainteté essentielle ne saurait ni croître, ni diminuer, peut être sanctifié parmi nous et en nous, et recevoir de l'éclat et de la gloire.

Qui fait le contraire ?

Ceux dont l'impiété de l'esprit, en la corruption des mœurs, font jaillir sur la religion qu'ils professent, et sur le Dieu qu'ils adorent, l'opprobre de la vie qu'ils mènent, et

sont cause que le saint nom de Dieu est blaphémé.

Comment produisent - ils ce mauvais effet ?

En donnant lieu de croire, par leur conduite dépravée et vicieuse, que le Dieu qu'ils servent, n'est pas un Dieu amateur de la sainteté, de la justice et de la vertu.

Que trouvent-ils dans cette prière quand ils la font ?

Leur condamnation.

Pourquoi « vtre nom, » plutôt que votre puissance, votre majesté? etc.

Dieu veul que tous les noms sous lesquels on le connaît et on l'honore, ei par lesquels on exprime son être et ses perfections, aient un caractère de sainteté qui le rende auguste, vénétable et imitable à toute nature intelligente, douée d'entendement et de volonté.

Pourquoi «.votre?»

Tout autre nom ne mérite que l'oubli , et doit faire hommage, et être comme anéanti auprès de celui de Dieu , qui seul est digne de louange.

Pourquoi « soit sanctifié, » et non soit exalté, qlorijié , honoré? etc.

Pour montrer : 1° que Dieu n'a rien plus a cœur, ni qu'il estime davantage en soi , ni qu'il exige tant de nous, que notre sanctification ; 2° que rien ne nous est plus utile , plus avantageux, ni plus glorieux, que d'exprimer en nous la sainteté de Dieu ; 3° que c'est la sainteté intérieure, et non la sanctification légale , externe et apparente qu'il demande et que nous demandons ici ; k' que Dieu n'a pas besoin de nos honneurs, ni de nos adorations, et qu'il n'en tire aucun avantage, puisqu'il faut que nous lui demandions la grâce de pouvoir les lui tendre , que nous seuls en recueillons le fruit , et desquels nous sommes par nous-mêmes incapables , s'il ne nous en donne la force , et s'il ne s'honore et ne se sanctifie luimême en nous par sa miséricorde et par sa bonté, pour nous rendre ensuite participants de son bonheur ; 5° que de tous les attributs divins nous ne pouvons presque participer qu'à celui-là ; car comment imiter l'éternité, l'immensité, l'immutabilité, la toute-puissance, etc. ; 6° qu'à la vue de celte perfection adorable les séraphins éblouis ferment les yeux et se prosternent, étant dans des sentiments incomparables de religion. Saint, saint, saint est le Seigneur Dieu des armées : genre de culte qu'on ne trouve point dans l'Ecriture être rendu à aucun autre attribut de Dieu, non qu'ils ne soient tous également excellents, n'y ayant rien en Dieu déplus ou de moins, mais parce qu'il lui a plu se rendre plus vénérable à la créature intelligente sous cette perfection que sous une autre.

Pourquoi non pas, soit sanctifié par nous?

Parce qu'il l'est de plus, 1° par les anges et les bienheureux; 2° par les âmes du purgatoire; 3" par toutes les créatures, quand on ne les profane pus, qu'on s'en

Ml

sert saintement, et qu'on s'élève d'elles à lui.

Pourquoi commençons-nous par cette demande, auparavant que de parler de nos besoins?

1° La première chose qu'un fils doit avoir au cœur, c'est l'honneur de son père ; 2* nous devons aimer Dieu plus que nousmêmes ; 3" préférer sa gloire à nos propres intérêts ; k° ceci fait voir combien cette prière est divine, n'y ayant que le Saint- Esprit seul qui pût apprendre à l'homme de désirer du bien à Dieu, avant que de s'en désirer à soi-même; 5° enfin, dit saint Chrysoslome, ce souhait est véritablement digne de celui qui vient de nommer Dieu son père, de se qualifier enfant de Dieu, d'être honoré d'une si haute dignité et appelé à un état si relevé, et par conséquent a droit d'en prendre les sentiments et d'en tenir le langage, faisant de la gloire de son l'ère la principale de ses demandes, le premier de ses soins, le plus ardent de .ses désirs.

Quel avantage aurions-nous d'obtenir Veffet de cette prière ?

1° Toutes les autres demandes du Pater nous seraient accordées; 2° le péché serait banni de la terre.

Pourquoi cette demande s'adresse-l-elle particulièrement au Père?

Jl est du devoir des enfants d'honorer leur père, et d'étendre sa gloire et son renom. D'ailleurs, la création étant attribuée au Père, il est juste d'apprendre son nom à s.es enfants égarés qui l'ignorent, de les ramener à sa connaissance et à son amour, et de faire reluire en eux sa divine image, par la pratique d'une vie sainte et vertueuse.

Deuxième demande. — Voire royaume nous advienne (til). '

Cette demande est-elle une suite de la précédente?

Oui, puisque le royaume des cieux est la récompense de eeux'qui sanctifient le nom de Dieu, et que nous trouvons notre salut quand nous cherchons la gloire de celui qui veut que son nom soit principalement sanctifié dans la sanctification de nos âmes.

Que nous insinuc-t-elle?

1° Que Dieu est notre souverain bien; 2° que nous devons sans cesse soupirer après sa possession ; 3" que nous sommes capables de ce bonheur; 4° qu'il ne nous le ferait pas demander, s'il ne voulait nous l'accorder; 5° que sa grâce nous donne les moyens de l'obtenir ; G° qu'il faut la lui demander et y coopérer; 7° et se faire violence, puisque le Fils de Dieu a mis son royaume à ce prix.

Que demandons-nous par là ?

V que le royaume du démon soit détruit, et la tyannie du péché anéantie; 2° que l'Eglise s'étende par tout l'univers; 3° que tous

les hommes reçoivent le joug du Seigneur, embrassent sa loi, et forment un empire de sujets parfaitement unis et soumis à ce roi pacifique et véritablement zélés pour sa gloire ; h" qu'il règne en nous par sa grâce ; 5* que son empire soit absolu sur notre intérieur, et que nos pensées, nos désirs et nos [tassions, qui sont comme un peuple indocile, lui obéissent sans révolte et sans murmure; 6° que nous soyons son royaume et qu'il soit le nôtre; T que nous ne gémissions plus sous la tyrannie du monde, du diable et de la chair, qui, tour à tour, disputent à qui nous aura, comme si Dieu n'était pas notre seul et véritable maître et légitime possesseur ; 8" qu'il nous fusse un jour régner avec lui dans la gloire; 9° que Jésus-Christ vienne juger le monde, reléguer l'impiété dans l'enfer, et établir ensuite ce règne bienheureux qui n'aura jamais de fin, prière qui ne doit pas moins consoler le juste, qu'effrayer le pécheur.

Que remarquez-vous encore dans cette demande?

1*Elle inspire le mépris et le détachement des biens et des grandeurs de la terre ; 2° elle renferme un désir secret de la mort ; 3° elle excite notre espérance, elle enflamme nos désirs, et elle nous apprend l'obligation que nous avons de nous rendre dignes de ce royaume céleste, par une humilité profonde, une crainte filiale, une obéissance parfaite, une vie pure; k° elle nous donne aussi un avertissement tacite de vivre si saintement que nous [missions souhaiter, et non pas craindre la venue de ce juste et souverain juge, dont l'empire intérieur, loin de préjudicier à la domination de personne, affermit l'autorité de tous les supérieurs, établit les rois dans leur souveraineté, et maintient les peuples dans la sujétion.

Qui sont ceux en qui Dieu règne par sa grâce ?

Ceux qui sont fidèles à réprimer les inclinations de la chair, et à suivre les mouvements du Saint-Esprit et non ceux qui demandent de bouche seulement le royaume de Dieu, refusent en effet d'être ses sujets, en ne se soumettant pas à ses lois.

Pourquoi celle demande s'adresse-t-elle particulièrement au Fils?

C'est au Fils unique à qui proprement appartient l'héritage du Père, que d'ailleurs il a acquis par son propre sang, c'est donc à lui à nous en faire part, et à nous à le lui demander.

Pourquoi « votre? »

Pour montrer, 1° que le paradis est l'ouvrage de la sagesse et de l'amour de Dieu par un titre particulier; 2° qu'il esta Jésus- Christ, et qu'il l'a acquis au prix de son sang; 3° qu'il est un pur don de sa miséricorde, qu'il le donne à qui il lui plaît, que nous ne devons l'attendre que de sa grâce.

Pourquoi « royaume? »

Pour nous apprendre : 1° que le royaume

((il) Ces paroles son', les ntcui>>s que celles que nous l'ér-élon 3 en d'sant : Que voire règne arrive.

§93 CATECHISME DE BOURGES; — PART

do Jésus -Christ n'est pas de ce monde; 2° que ce monde, comme une autre Egypte, est un lieu de servitude ; 3° que Dieu ne promet rien moins qu'un royaume à ceux qui le servent; i° qu'ils ne doivent pas être esclaves de leurs passions; 5" c'est régner que servir Dieu.

Pourquoi « advienne? »

Parce que nous trouverons dans cet avènement : 1° la fin du péché ; 2" la gloire de Dieu ; 3U notre souveraine félicité ; k° ce mot fait voir '.pie le bonheur éternel est un don gratuit qui nous avient comme par sort et par aventure, tant il est élevé au-dessus de nos mérites.

TitoisifcME demande. — Voire volonté soit faite en la terre comme au ciel.

Cette demande est-elle une suite de l'autre?

Oui, car le seul moyen de parvenir à la possession du royaume de Dieu, est de l'aire sa volonté sur la terre.

Que contient-elle ?

l'Un avertissement secret de joindre au désir que nous vêtions de témoigner d'obtenir le paradis, l'exercice des bonnes œuvres et la pratique des vertus, par l'accomplissement des volontés de Dieu sur nous, si nous prétendons parvenir à cette gloire ; 2° un gémissement intérieur de sentir en nous de l'opposition à cette sainte volonté; 3° un désir ardent d'être fidèles à [la grâce du Saint-Esprit, de coopérer à ses divins mouvements, et de lui faire un sacrifice de notre volonté ; k" un aveu amoureux que tout ce que Dieu veut et ordonne est si bien, qu'il ne peut être mieux, et qu'il doit être exécuté avec une entière soumission et une parfaite exactitude; 5° une horreur de l'indépendance si naturelle è l'homme corrompu, qui veut tout ce qu'il veut et qui ne peut souffrir l'accomplissement d'aucune autre volonté que de la sienne, tant la désobéissance de notre premier père a jeté de profondes racines dans le cœur de ses enfants, qui n'aiment rien tant que de dominer et de commander; qui ne craignent rien tant, que d'être dépendants et assujettis, et qui, aspirant toujours à cette trompeuse promesse du démon : Vous serez comme des dieux, prétendent aussi toujours que leurs volontés soient accomplies comme celle du vrai Dieu, et quelquefois préférableinent aux siennes.

Que demandons-nous par là ?

La grâce : 1° de vouloir ce que Dieu veut; 2" de faire sur la terre en toutes choses, ce que nous connaissons être de celte divine volonté ; 3" de la faire dans le même esprit et de la même manière que Jésus-Christ l'a faite sur la terre, et que les anges et les .saints la font dans le ciel, c'est-à-dire avec amour, joie, promptitude, ferveur, pureté d'intention, intégrité, persévérance, et que l'Eglise militante imite en cela l'Eglise triomphante, étant juste, dit saint Chrysostome, que venant de demander le royaume •Je Dieu, quoique nous n'y soyons pas en-

Page 1