III. CE QLE NOUS DEVONS FAIRE
core, nous commencions néanmoins à vivre comme on y vit, et que, prévenant en quelque sorte les biens que nous attendons par une félicité anticipée, nous souhaitons que Dieu change la terre en un ciel, qu'il rende les hommes semblables aux anges, et que par la parfaite conformité de leur volonté à la sienne, ils deviennent ainsi que les bienheureux , comme impeccables et affermis dans le bien; k" de la faire exécuter par notre chair qui est notre partie terrestre, aussi bien que par notre esprit; 5" de coopérer à ce que les pécheurs l'accomplissent par leur conversion, ainsi que les justes par leur sanctification ; 6° de ne jamais condescendre à notre propre volonté, parce qu'elle est corrompue; ni à celle du monde, parce qu'elle est vaine ; ni à celle du démon, parce qu'elle est injuste; ni à celle de la chair, parce qu'elle est impure; mais uniquement à celle de Dieu, parce qu'elle est sainte; 7° de nous soumettre à tout ce que Dieu ordonne ou permet en ce monde, surtout en ce qui nous concerne et en quoi nous avons peine et répugnance , nous abandonnant entièrement à sa conduite, et mettant à la tête de nos pratiques de piété l'adoration -perpétuelle de la Providence.
Qui nous fait connaître la volonté de Dieu?
1" La foi ; 2° les commandements de Dieu ; 3° les supérieurs légitimes; k° les bonnes inspirations (prenant garde néanmoins que toute inspiration est pensée, mais que touie pensée n'est pas inspiration) ; 5° l'ordre de la Providence; 6° les lois de l'Eglise ; 7° les obligations de notre état; 8° la nécessité; 9" les avis des personnes pieuses.
Comment pouvons-nous nous soumettre à la volonté de Dieu ?
1° En obéissant; 2° en soufflant; 3° en pratiquant. Au reste nous ne disons pas Faites votre volonté en nous , non plus que nous voulons faire votre volonté: mais que votre volonté soit faite, pour montrer, selon saint Chrysostome , que l'accomplissement de la loi est l'ouvrage, non de la grâce seule, ni de la volonté seule, mais de l'une et de l'autre ensemble.
En quel temps devons-nous surtout pratiquer cette prière ?
Au temps de la tribulation et de l'adversité, ainsi que Jésus-Christ nous en adonné l'exemple, particulièrement au jardin des Olives, et tous les saints qui ont imité.
Qui doit alors nous consoler?
1" Dieu, qui nous aime plus que nous ne nous aimons nous-mêmes, le veut, ou le permet ainsi; 2° c'est pour notre bien ; 3° nous ne serons pas tentés ni affligés au-delà de nos forces. Nul médecin ne proportionne si prudemment le breuvage au tempérament que la Providence mesure nos larmes à nos forces ; k" nous sommes conformes à Jésus-Christ; 5" nous en tirons un profit inestimable ; 6" nous en aurons une récompense immense ;, 7" nos croix sont: 1" peu en nombre, une ou deux tout au plus ; 2° médiocres dans leur grandeur ; 3° courtes dans leur durée ; k" ailoucies par diverses consola-
■lions. Qu'est-ce en comparaison de celles de Je&us-Uirist et des martyrs , ou des peines que nos péchés méritent, ou des réprouvés?
Quelle est l'erreur du monde là dessus?
De croire que l'adversité est une punition de i-ieu, et la prospérité une faveur, au lieu qu'il est si ordinaire de voir le juste dans l'affliction, et le pécbeur dans la prospérité, que les saints ont regardé comme un prodige: Un pécheur affligé, et un juste heureux.
Pourquoi cette demande s'adresse-t-elle particulièrement au Saint-Esprit?
11 procède par voie de volonté, il nous fait par sa grâce exécuter la volonté de Dieu la sanctiticalion de notre volonté lui est attribuée.
Quatrième demande. — Donnez-nous aujourd'hui noire pain quotidien.
Comment cette demande est elle une suite de la précédente ?
}Cn ce que faire la volonté de Dieu est notre véritable pain , et qu'un serviteur a droit de demander du pain quand il a fait la volonté de son maître.
Que demandons-nous par là ?
Les biens nécessaires ou utiles à l'entretien et conservation de la vie du corps et de l'âme , ou de l'être naturel et surnaturel.
De quoi se nourrit notre âme ?
1° De la parole de Dieu; 2° de l'oraison; 3° de l'Eucharistie : trois aliments figurés par Je luminaire, l'encens , et les pains de proposition de l'ancien temple, et proportionnés à la vie purgative, îlluminative et unitive, ou aux trois âges de l'homme spirituel formé par la parole, fortifié par la prière, perfectionné par l'Eucharistie , qui nous transformant en Jésus-Christ, ainsi que J'aiiment en celui qui le mange, nous fait participer à la grâce de l'union hypostatique ou de la personne: comble et couronnement de la nature, et nous donne un être plus noble.
Que s'ensuit-il de là ?
Que quand notre âme ne goûte pas, ou ne îetient pas, on ne fait pas usage de ces divins aliments, elle ne peut ni avoir la :>anié, ni conserver la vie spirituelle.
L'Eucharistie doit-elle être le pain quotidien ?
Oui, à l'égard des âmes qui sont dans l'état d'innocence conservée, ou réparée, à qui l'Eglise est comme un paradis terrestre, et ce sacrement un arbre de vie; à son défaut on peut dire que l'Oraison dominicale méditée attentivement chaque jour, et bien goûtée, est elle-même un excellent pain quotidien ?
Pouvons-nous appeler le pain spirituel « nôtre? »
Oui, parce qu'encore qu'il apparliennne à Dieu, puisqu'il vientde lui, que c'est lui qui le fait et qui le distribue; cependant il est destiné pour nous, et le Sauveur qui nous l'a gagné, nous a donné avec ses mérites, un droit légitime de ledemander.il est le -vrai pain des enfants de Dieu, tels que nous sommes par le baptême.
DE DE LA CHETAIiDIE. 298
Pouvons-nous demander les biens nécessaires à la vie du corps ?
Jésus-Christ et les saints dans l'Ecriture, la pratique de l'Eglise, le sentiment universel des fidèles, la voix commune de la nature, nos besoins continuels apprennent assez cette vérité.
Porirquoi?
Les biens temporels ne sont pas moins des effets de la bonté de Dieu , que les biens spirituels, et n'en dépendent pas moins. Nous sommes autant insuffisants de nous les procurer, et par conséquent nous devons les demander et les recevoir dans le même esprit de gratitude et de dépendance.
Comment devons-nous les demander ?
Pour nous en servir, et non pour en jouir, c'est-à-dire, comme des moyens de pourvoir à nos besoins, et de parvenir au salut, et non comme notre fin pour nous y arrêter, et nous y établir, ou pour fournir à notre sensualité.
Quand faut-il le demander ?
Après avoir cherché le royaume des d'eux et sa justice, c'est-à-dire, la gloire de Dieu et notre sanctification , car alors ils nous sont donnés sans même les rechercher. Et c'est ce que nous avons fait dans les trois premières demandes ; de sorte que celle-ci qui contient une confiance en la bonté paternelle de Dieu, pour en obtenir nos nécessités corporelles et spirituelles, est un effet et une suite naturelle des précédentes.
Les riches aussi bien que les pauvres doivent-ils les demander à Dieu?
Oui, et c'est à sa libéralité qu'ils sont redevables de leurs richesses; c'est à sa justice qu'ils en rendront compte; c'est de sa bonté qu'ils en doivent impélrer la conservation , c'est de sa grâce qu'ils doivent en attendre le bon usage.
Le riche se confie- t-il aussi facilement que le pauvre au secours du Ciel?
Non, car comment mettrait-il sa confiance au secours divin , qu'il ne voit pas, et ne la metlrait-il pas au secours de l'argent qu'il voit?
Et le pauvre ?
Comme il éprouve fréquemment les effets merveilleux de la Providence, il lui est plus aisé d'espérer au secours du Ciel qui lui est si libéral , qu'à celui de la terre qui lui est si ingrat. Ainsi la confiance en Dieu est donc plus naturelle à la pauvreté, qu'aux richesses.
Pourquoi ces paroles : « Donnez-nous? »
C'est, non pour fomenter notre paresse, mais pour marquer l°que tout bien, soit corporel, soit spirituel, vientde Dieu, et est un pur don de sa miséricorde ; 2° que comme nous n'avons pu nous donner l'être et la vie, nous ne pouvons conserver ni l'un ni l'autre sans son assistance gratuite; 3° que notre industrie ne suffit pas, et même est inutile sans le secours de la Providence, et qu'ainsi nous devons avoir plus de confiance que de sollicitude; k" que le bruit temporel n',est pas une dette; 5° (pue nous nous mettons au rang de ses serviteurs inutiles, dont il est
CATECHISME DE BOURGES. — PART. III. CE QUE iNOUS DEVONS EA1RE.
parlé dans l'Evangile, qui ne méritent pas le (>ain qu'ils mangent; 6° que nous devons sans cesse invoquer la toute-puissance , et remercier la boulé de ])ieu qui nous fournit la nourriture; 7" et implorer la bénédiction sur les aliments que nous mangeons, afin qu'il leur donne la vertu de nous sustenter, et qu'ils servent aux fonctions du corps, ainsi que le corps aux exercices de l'esprit et l'esprit aux mouvements .de la grâce.
Pourquoi du «pain ? » Pour faire voir, 1° que nous attendons de Dieu le nécessaire, et non l'abondance, encore moins les délices, les excès et les superfluités , qui, loin d'être des biens, sont de véritables maux , et qui, étant opposés au salut, ne peuvent être demandés au nom du Sauveur: car il y a cette différence entre les dons de Dieu, et ceux que le démon offre, que ceux-ci semblent des biens, et ne le sont pas, et que ceux-là ne le semblent pas, et en sont, comme les sacrements, les tribulations, la pauvreté, etc. ; 2° que ceux qui prétendent être pauvres , sans se laisser manquer de rien, sont trop ambitieux, puisqu'ils veulent avoir l'honneur de la pauvreté, et la commodité des richesses; 3U que. nous ne voulons que les aliments communs et d'un goût ordinaire ; k° que nous condamnons la gourmandise , les délicatesses de la bouche, et les curiosités de l'esprit; 5" nous ne demandons pas une liqueur agréable, dit saint Augustin, qui figure la vérité pure que les bienheureux goûtent dans sa source ; qui n'est autre que le sein de Dieu , et ce torrent de volupté, où ils se désaltèrent sans travail, mais un pain, ou des véritésdontnous nous nourrissons en ce monde avec peine. Pourquoi quotidien et aujourd'hui ?
Afin de témoigner , 1° nos besoins journaliers ; 2" notre indigence, notre confiance et notre dépendance continuelle; 3° notre abandon à la Providence, en ne nous inquiétant point d'un avenir incertain ; k° notre éloignement de l'avarice qui veut toujours amasser ; 5° notre détachement de ce monde, regardant chaque jour comme le dernier de la vie, qui n'est elle-même qu'un jour ; 6° de peur que nous ne contredisions, en effet, comment souhaiter une longue vie temporelle, et tout à la lois le prompt avènement du royaume de Jésus-Christ ; 7° demander du pain pour aujourd'hui, nous en demandons pour l'éternité, qui n'a ni veille ni lendemain, et qui n'est qu'un aujourd'hui perpétuel ; 8° nos besoins journaliers marquent l'obligation que nous avons de dire tous les jours notre Oraison dominicale, pour obtenir la réparation de notre déchet continue).
Pourquoi « nôtre ? »
Parce que , 1* malheureux si nous mangeons le pain d'autrui, de la veuve et de l'orphelin, et si nous vivons du bien acquis par la violence, fraude, rapine, et autre voie injuste ; 2° heureux si nous gagnons si bien le pain que nous mangeons, par notre travail et à la sueur de [notre Iront, que nous
OEUVRES COMP. DE DE IA CllÉTARDlE.
puissions l'appeler nôtre ; 3* nous demandons par là avec l'amour du travail et de la frugalité le don d'une prudente économie qui sache faire une sainte et sage dispensation du bien, et le rendre doublement nôtre ; et par le travail qui l'acquiert, le conserve et l'augmente ; et par le bon usage qui nous en fait sentir l'utilité et la commodité, et qui nous garantit de deux extrémités, de l'avarice et de la prodigalité qui nous rendent non maîtres mais esclaves du bien ; et qui font que nous sommes plutôt leurs, qu'ils ne sont nôtres.
Pourquoi «donnez -nous notre pain,» et non pas, <.< donnez-moi mon pain ? »
Afin, 1° de bannir tout propre intérêt, et tout amour-propre d'une prière que la charité commune doit rendre agréable à Dieu ; 2° de témoigner que nous avons autant de soin et de sollicitude des besoins du prochain, que des nôtres propres ; 3° de montrer que nous prétendons rendre commun à nos frères, le bien même que nous demandons, et que Dieu nous donne pour nôtre propre subsistance ; k° que l'intention de Dieu n'est pas de nous le donner pour nous seuls.
Que nous apprend en dernier lieu cette demande ?
1° La mendicité où le péché a réduit l'homme, autrefois roi de l'univers, et maintenant en cela de pire condition que les bêtes, puisqu'il est réduit à demander son pain ; 2° sa corruption, ne pouvant presque plus sans périls ni désirer, ni posséder les biens même qui lui sont les plus nécessaires ; 3" le besoin qu'il a de la grâce pour en bien user, et pour éviter les péchés qui en sont presque inséparables , de là vient la demande suivante.
Cinquième demande. — Et pardonnez nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous onl offensés.
Combien cette demande contient-elle] de parties ?
Deux.
Quelle est la première ?
Pardonnez-nous nos offenses.
Est-elle ici à propos ?
Oui, parce que, 1° quand un homme aurait assez de mérite pour appeler Dieu son père ; que Dieu régnerait pleinement sur lui ; qu'il ferait la volonté de Dieu sur terre, comme on la fait au ciel, il devrait toujours se mettre au rang des pécheurs ; 2° comment celui-là espérera-t-il de nouveaux dons, qui n'a pas encore acquitté ses anciennes dettes ; 3° et qui ayant même lait tout ce qui lui est ordonné, chose si rare, peut encore dire en toute ..vérité, qu'il est un serviteur inutile ; k° ayant demandé dans la prière précédente les biens spirituels et temporels qui servent à l'entretien de la vie île l'âme et du corps, il est naturel de demander la rémission des péchés qui donnent la mort à l'âme, et que nous commettons dans l'usage et l'administration des biens temporels du corps.
De quels sentiments doit-elle être accompagnée ?
1° De componction, de confusion et d'humiliation dans la vue de notre malice, de noire ingratitude et de noire audace, d'avoir osé offenser un Dieu si saint, si bon et si puissant; et c'est ce que nous confessons ici humblement devant lui : de façon que si jamais nous devons avoir de la douleur de nos péchés, c'est quand nous récitons cette prière, puisque c'est à Dieu même que nous parlons au nom de son Fils, quand nous la faisons, et que nous demandons pardon ; 2° de crainte, voyant les innombrables dettes dont nous sommes redevables à sa majesté, et que loin d'acquitter par des fruits dignes de pénitence, nous multiplions sans cesse tous les jours ; 3° de confiance en sa bonté paternelle, puisqu'il ne nous obligerait pas à recourir à sa clémence, ne nous rendrait pas maîtres du pardon que nous lui demandons, en le faisant dépendre du pardon que nous accordons à ceux qui nous offensent, s'il ne voulait nous accorder, avec la grâce de lui demander pardon, le pardon même que nous lui demandons.
Pourquoi appelons -nous nos péchés des dettes?
Toute iniquité est une injustice qui nous engage à restitution : et, en cela les dettes temporelles sont les figures des péchés qui nous rendent débiteurs, 1° à la justice divine , 2° à l'Eglise , 3° au prochain , 4° au père de la famille de qui nous sommes les fermiers, et à qui nous n'avons pas payé les fruits de sa terre ou de son héritage, qui est notre cœur; 5° nous témoignons, par cette demande et cette expression, que nous n'avons pas de quoi satisfaire à la justice de Dieu, et que nous sommes réduits à recourir à sa miséricorde avec ce pauvre serviteur de l'Evangile; 6° nous apprenons à ne pas traiter à la rigueur nos débiteurs ; 7° que nul ne se peut dire exempt ce péché, puisque nul n'est exempt de faire cette prière ; 8" et qu'après le baptême, nous avons encore un remède à nos péchés, qui n'est autre que la pénitence : l'Eglise ayant deux portes, dit saint Jérôme , l'une par laquelle on y entre, et l'autre par laquelle on y rentre. Deux voies par lesquelles on parvient à la vie, la génération et la résurrection; le baptême de Jean ou [de l'eau: et celui de la Madeleine, ou des larmes.
Que demandons -nous donc dans cette dernière partie ?
1° Que Dieu nous donne la grâce de fairo une véritable pénitence; 2," qu'il supplée, par son infinie bonté, à nos satisfactions insuffisantes ; 3° qu'il nous réconcilie à lui, et nous remette au rang de ses amis.
Pourquoi, « pardonnez-nous nos offenses,» et non pas , « pardonez-moi mes offenses ? »
1" Pour marquer la charité qui unit les membres de Jésus-Clirist ensemble, et le soin qu'ils ont mutuellement de leur salut ; 2° pour attendrir et émouvoir davantage le cœur de Dieu à compassion, en vue de la multitude humiliée et pénitente qui le ré-
clame, et qui reconnaît que tout le genre humain, sans exception, a besoin de pardon et de miséricorde : 3° nous appelons ici les péchés nôtres, non comme nous venons d'appeler nôtre, le pain quotidien, ou les grâces que Dieu nous donne, et que, pour ce seul sujet, nous appelons nôtres, rien n'élant mieux à nous, que ce qui nous est donné; puisque, excepté la coopération, nous n'y avons autre chose que les défauts dont ordinairement nous les ternissons ; au lieu que nos péchés sont nôtres, parce que nous en sommes les seuls auteurs, et qu'ils sonl les purs ouvrages de notre volonté ; ce qui a fait dire à un saint aussi humble que graul, ces belles paroles : Mes biens ne sont ni véritablement biens, ni véritablement miens, et mes maux sont véritablement maux, et véritablement miens ;j 4° cela nous apprendra ne rejeter point sur autrui la cause de nos péchés, et à nous en confesser humblement les seuls auteurs.
Quelle est la seconde partie de celte demande?
Nous prions Dieu qu'il nous pardonne, comme nous pardonnons â ceux qui nous ont offensés.
Que faisons-nous en disant cela ?
V Nous nous engageons à pardonner à nos ennemis; 2° nous nous condamnons nousmêmes si nous ne leur pardonnons pas ; 3u nous voulons bien que Dieu nous traite comme nous les traitons, et qu'il ait pour nous les mêmes sentiments que nous avons pour eux; voilà la règle, le sommaire et l'esprit de cette demande.
Que faut -il faire pour se réconcilier de bonne foi avec celui qui nous a offensés, pour satisfaire en cela à notre conscience et à Dieu, et pour remplir cette demande dans toute son étendue?
1" Ne plus songer à l'injure reçue; 2° interpréter ce qui s'est passé en meilleure part ; 3° le voir si l'on peut, le saluer et l'aimer cordialement ; 4° n'en [joint parler en mal ; ou lui vouloir du bien, et lui en faire dans l'occasion : c'est ainsi que quand le venin de la haine a souillé et blessé n^s puissances, le baume de la charité les guérit et les purifie.
Comment la vengeance souille-t-elle nos puissances ?
Elle corrompt en nous, 1° la mémoire, par le souvenir des injures; 2° l'esprit, par des pensées noires, des jugements téméraires, et des desseins funestes ; 3" le cœur, par de.-, animosités, des ressentiments et des rancunes; 4° la langue, par des injures, des menaces, et des médisances; 5U les mains, par des actions violentes, inhumaines et crue les.
Et le pardon charitable?
Il purifie, 1° la mémoire, par l'oubli des offenses ; 2" l'esprit, par des jugements favorables ; 3° le cœur, par des mouvements tendres; 4° la bouche, par des paroles officieuses; 5" les mains, par des services obligeants.
Dieu nous trait e-l-il ainsi?
Oui, car si, quand il nous veut punir, il rappelle le souvenir de nos péchés; s'il médite notre fierté, s'il s'anime à la vengeance; s'il nous menace en sa fureur, s'il lève son bras pour nous détruire, lorsqu'il nous pardonne, il oublie nos péchés; il prend des pensées de paix; il s'attendrit sur nos malheurs; il nous absout en sa bonté; il nous tend les bras dans sa miséricorde ; c'est ainsi que l'Ecriture s'en explique.
Sixième demande. — Et ne nous induisez point en tentation.
Que demandons-nous par là?
Du secours contre les tentations, dont cette vie n'est qu'un tissu, et notre exercice qu'une guerre et une malice continuelle contre les ennemis de notre salut.
Le quoi devons-nous être remplis quand nous faisons celle prière?
D'humiliation et de crainte dans la vue, 1° de notre fragilité ; 2° de nos périls ; 3" de la ruse et de la force de nos ennemis; 4° de la perte de tant de grands personnages qui ont fait des chutes déplorables dans la tentation; 5° de l'incertitude où nous sommes de la persévérance ; C° de confiance en la honté^de Dieu, qui ne nous ferait pas demander la force de combattre les tentations, s'il ne voulait nous donner la grâce de les surmonter; 7° nous apprenons par là que le démon ne saurait nous tenter sans la permission de Dieu, ni nous vaincre que par notre lâcheté.
Cette demande est-elle dans son ordre?
Oui, puisqu'après avoir invoqué la miséricorde de Dieu sur nos péchés passés dans la demande précédente, il est naturel que nous implorions son assistance, dans celleci, pour n'en plus commettre à l'avenir, en ne succombant pas à la tentation, qui nous y mène, comme la maladie conduit à la mort; et pour cela que nous demandions, r la lumière pour la connaître; 2° la prudence pour l'éviter ; 3° la force pour la vaincre.
Lieu nous tente-t-il?
Dieu ne nous porte jamais au mal, ce serait un blasphème de le dire, ou de le penser; mais il éprouve souvent notre fidélité, nonquil icnore le fond de nos cœurs» mais pour nous faire connaître ce que nous serions sans lui, ce que nous sommes en lui, 'et nous tenir par ce moyen unis à lui.
Que voulons -nous donc dire, quand nous le prions dene nouspas induire en tentation? 1° Qu'il nous donne une salutaire défiance de nous-mêmes ; 2° qu'il ne mette point notre fidélité à l'épreuve; 3° qu'il ne permette pas que nous succombions, s'il lui plaît de nous éprouver; 4° qu'il ne nous abandonne pas aux désirs déréglés de notre cœur, comme d'autres enfants prodigues.
Quand est-ce proprement qu'il éprouve, en sorte qu'il soit dit induire en tentation? En quatre rencontres particulièrement.
Quelle est la première ?
Lorsqu'au lieu des consolations intérieures, et des goûts spirituels que les âmes
dévotes ont coutume de ressentir dans la pratique de la vertu, il les laisse dans des sécheresses, des ennuis, el des aridités extrêmes; de façon que, dépourvues de ferveur et de plaisir sensible, elles semblent comme livrées en proie aux distractions, aux dissipations, et à toute sorte de tentations ; qu'elles ne trouvent plus que des difficultés dans les bonnes œuvres, des obscurités dans les prières, des amertumes dans les sacrements, et des abandons ou des rebuts dans les exercices de piété. Epreuve que sainte Thérèse supporta dix-sept ans , qui sert aux âmes saintes comme un désert pour passer de l'Egypte du monde et du péché, à la terre de promission, c'est-à-dire, à l'état de perfection, auquel très-peu de personnes parviennent.
^Quelle est la seconde?
""Lorsqu'il commande fquelque" chose qui ne paraît pas de grande importance en soi, mais d'où dépend une grande suite de biens ou de maux, et souvent le salut, comme il parut en notre premier père, en Saiil, etc. Quelle est la troisième?
Lorsqu'il permet que nous tombions en des désastresfet ilescalamités.'extraordinaires de corps, d'esprit ou de biens ; que sa protection sensible ne reluit pas sur nous, et que le démon, les hommes et notre mauvaise nature nous provoquent au murmure, ou au désespoir, ainsi qu'il arriva au bienheureux homme Job.
Quelle est la quatrième?
Lorsqu'en punition de nos crimes, ou de notre impénitence, ou de notre orgueil, ou' d'une présomptueuse témérité, ou pour éprouver par un secret jugement notre fidélité, ou pour quelque autre raison cachée, que lui seul connaît, et qu'il faut adorer humblement sans vouloir la pénétrer, il retire ses grâces abondantes et puissantes, et nous laisse avec les seuls secours nécessaires, et néanmoins suffisants pour éviter le péché, dans des conjonctures périlleuses à l'infirmité humaine, telles que furent celles de David et de saint Pierre.
Quelles sont ces conjonctures si dangereuses?
Quand tout conspire intérieurement et extérieurement à nous porter au péché, l'inclination au mal, la tentation, la passion, l'objet, le lieu, le temps, la facilité, de spécieux prétextes d'honneur, de plaisir, d'intérêt, etc. Et par-dessus tout cela le démon qui, dans ces moments, allume le Jeu de la convoitise, et efface autant qu'il peut les pensées utiles et chrétiennes ; telles que sont la crainte de l'enfer et des jugements de Dieu, les suites funestes du péché, la difficulté de la conversion, qu'il fait au contraire paraître alors très-aisée. Or c'est de ces fâcheuses rencontres, dont particulièrement nous prions ici Dieu de nous préserver, en ne permettant pas que jamais nous nous y trouvions, ou que si nous nous y trouvons, nous en sortions victorieux par son secours, mais surtout, que nous ne nous y engagions jamais par notre imprudence, et que nous
les fuyions avec soin, ce que nous ne saurions lui demander assez instamment tous les jours, quand nous lui disons : Ne nous induisez point en tentation.
Lorsque nous succombons à la tentation, pouvons-nous dire que Dieu nous ait abandonnés ?
Non, Dien ne nous abandonne point, si nous ne l'abandonnons les premiers ; c'est bien par sa permission que nous sommes tentés ; mais c'est par notre faiblesse et par notre infidélité à sa grâce, que nous sommes vaincus, comme c'est par son secours que nous devenons victorieux.
Septième demande. — Muis délivrez-nous du mal.
Que demandons-nous par là ?
Du secours contre les misères de < elle vie. Cette demande est-elle dans son ordre, et pouvons-nous la faire?
Oui, car comme dans la première partie du Pater, après avoir demandé les biens spirituels, nous avons pu demander les biens temporels : ainsi dans la seconde, après avoir prié Dieu de nous délivrer des maux spirituels, il est permis et naturel de lui demauler la délivrance des maux corporels, surtout, parce que souvent ils nous rejettent dans les maux spirituels, pourvu néanmoins que ce soit avec paix et sourni->sion et dans la vue de le servir avec plus de liberté et de facilité.
Que dites-vous de cette prière ?
Qje, quoiqu'elle soit la dernière du Pater, cependant elle est souvent la première, et presque la seule que bien des gens savent iaire avec ardeur.
Pourquoi?
Parce qu'ilsdésirentextrêmement l'exemption des tribulations, comme des seuls mallieurs qu'ils connaissent et qu'ils craignent, et dont ils souhaitent la délivrance jusqu'à recourir quelquefois aux moyens illicites, et même superstitieux et diaboliques pour s'en garantir, quand Dieu ne les soulage pas assez tôt, de quoi il ne faut pas s'étonner, puisque le démon même dans l'Evangile n'a demandé qu'une chose à Notre-Seigneur, savoir de ne le pas faire souffrir, cet ennemi de toute sanctification ne kcraignant rien tant que la croix.
Que montrent de tels désirs?
1° Un esprit intéressé et servile; 2" un cœur qui n'aime que soi-même ; 8° une contiance en la créature, et une défiance du Créateur ; 4" une horreur de la souffrance.
Quel est le plus parfait sentiment dans les adversités ?
De demander à Dieu la grâce de les supporter en esprit de pénitence et d'humilité. Mais pouvons-nous demander rien de mieux que ce que JSotre-Seiyneur nous a appris à demander?
Non, mais il n'a pas voulu nous apprendre à demander l'exemption de la croix, puisqu'il nous assure que, si nous ne la portons après lui, nous ne sommes pas .lignes de lui, et (pie la croix est l'instrument le notre sanctification. Il a donc voulu, par
cette prière, nous faire demander le secours, pour faire un bon usage des maux temporels, et pour nous en délivrer, en les transformant en des moyens de salut. C'est ainsi qu'on se délivre d'un ennemi, non en le tuant, mais en le changeant par l'effort de la charité en un ami ; et c'est par un tel secret que, faisant de nos maux par la pénitence de véritables biens, nous nous en délivrons, et voilà ce que nous demandons par cette prière, sans en exclure néanmoins les autres espèces de délivrances.
Pourquoi leprétretàla Messe,laisse-t-il faire au peuple cette prière :«Sed liberanosamalo?»
l°C'estla prière des infirmes et des faibles, quand elle ne regarde que la délivrance des iuaux temporels, comme d'ordinaire le peuple ne songe guère qu'à ceux-là; 2° à cause de la multitude des maux qui nous environnent de tous côtés, et auxquels un chacun demande avec cris du remède.
Pourquoi le prêtre repond-il a Amen » à cette prière du peuple, quoique dans toutes les autres ce soit le peuple qui réponde «.Amen» à la prière du prêtre?
L'Amen du prêtre est ici un acquiescement nu désir du peuple, et comme une assurance que Dieu reçoit sa demande, et qu'il l'exaucera. Ou plutôt le prêtre, par cette parole, témoigne qu'il condescend à la prière du peuple, et qu'après l'avoir rectifiée, épurée et entendue dans le sens du Sauveur, il la présente à Dieu, et qu'il l'appuie de la sienne, lui demandant qu'il nous délivre, 1° du remords des maux passés qui nous poursuivent; 2° de l'oppression des maux présents qui nous accablent; 3° de la crainte des maux futurs qui nous menacent.
Pourquoi Dieu les permet-il?
1° Pour nous exempter des éternels ; 2° pour nous préserver du péché; 3° pour sappléer à nos satisfactions ; 4° pour nous obliger à recourir à lui, et à chercher une nuire félicité que celle de cette vie.
Quels en sont les vrais remèdes?
1° La prière ; 2" la résignation ; 3° la patience ; 4° l'espérance; 5° l'exemple de Jésus- Christ et de ses saints ; 6° l'entretien des personnes pieuses; 7° la parole de Dieu; 8° les sacrements ; 9° le. silence.
Desquels Dieu ne délivre-t-il pas ordinairement les fidèles, du moins sitôt ?
De ceux qu'il leur envoie, 1° pour les convertir ; 2° pour les détacher ; 3" pour les châtier; 4° pour les humilier; 5° pour les purifier; 6° pour les rendre conformes à Jésus-Christ; 7° pour en faire des modèles de patience; 8° et des victimes de la pénitence, ou de l'amour en ce monde, afin de les recevoir comme des holocaustes de sait leté en l'autre.
Desquels a-t-il accoutumé de les délivrer ?
De ceux qui leur font des obstacles ; 1° à son service; 2° à leur salut; 3° au bien du prochain ; 4° à leurs emplois.
Comment les en délivre-t-il?
1° Les détournant ; 2° les modérant; 3' les* abrégeant; 4° donnant de la force, de la pa-
:oj
lience, de la consolation, du refllède, des ressources.
En un mot, de quels maux devons-nous demander la délivrance?
1° Du péché et des châtiments qu'il mérite; 2° de la convoitise; 3° du démon; 4° des misères de notre mortalité; 5" de la damnation éternelle, ou, pour parler avec plus d'ordre, 1° des causes du mal, qui sont la convoitise et le démon ; 2° du mal même, qui est le péché; 3° des effets du mal. qui sont les peines temporelles et éternelles.
Pourquoi finir par cette demande?
1" Elle contient la consommation de la vie chrétienne, et le commencement de la vie bienheureuse, d'où il est aisé de voir que nous demandons par là, du moins tacitement, une bonne mort, qui seule peut nous affranchir de tout mal, et qu'on peut dire être le dernier des biens de cette vie 2° et c'est ainsi qu'ayant commencé cette oraison, en demandant le premier et le plus grand des biens, ou le bien de Dieu même, qui est la sanctification de son nom, nous la finissons en demandant la délivrance du dernier et du plus grand des maux, qui est le péché ou le mal de Dieu même.
Telle est l'exellence de cette prière, qui surpasse les aunes, 1° en autorité, à raison de son auteur ; 2° en brièveté, qui facilite le moyen de l'appren.ire, de la retenir et de la dire; 3° en sens, contenant une multitude et une diversité surprenante de choses ; car on y trouve ce qu'on doit croire, espérer, aimer,' désirer , estimer, craindre, faire, éviler,„souffrir, mépriser; et on y demande tout ce qu'il y a de nécessaire, d'utile, de parfait dans la vie chrétienne; 4° en efficace, nul ne sachant mieux, que le Fils ce qu'il faut, et comment il faut demander les besoins de l'homme, que le médecin et l'avocat de l'homme.
L'ordre des demandes du Pater.
Y a-t-il quelque ordre dans les demandes du Pater ?
Oui, car après avoir d'abord demandé la gloire de Dieu, disant : Votre nom soit sanctifié, ce qui doit être le premier et le principal de nos souhaits, nous le [irions en peu de mots, de nous accorder tous les biens que nous devons désirer, et de nous délivrer ,ue tous les maux que nous pouvons craindre, et cela par une manière de méthode digne d'être considérée.
De quels biens demandons-nous la possession?
1° Des biens de la gloire, disant : Votre royaume nous advienne; 2° des biens de la grâce, disant : Votre volonté soit faite, qui n'est autre, selon saint Paul, que notre sanctification; des biens de la nature, disant : Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien.
De quels maux demandons-nous la délivrance?
1° Des maux éternels, disant : Pardonneznous nos offenses; 2" des maux spirituels, uisant : Ne nous induisez point en tentation;
3° des maux corporels, disant : Délivreznous du mal.
Que dites-vous encore de l'ordre de ces demandes ?
Qu'elles se suivent l'une l'autre naturellement, car c'est une conséquence de la qualité que nous avons d'abord prise d'enfants de Dieu ; 1° de souhaiter la gloire de notre Père céleste; 2°d'aspi rer à son roya urne ; 3e de faire sa volonté; 4° d'attendre de lui notre substance ; 5° de lui demander pardon de nos fautes ; 6" de le prier de ne révoquer point en doute notre amour; 7° de nous préserver du mal.
D'où vient que l'Oraison dominicale est si courte en paroles, et si riche en pensées ?
Nous devons beaucoup, 1° méditer; 2° désirer; 3" peu parler, même dans la prière, Dieu sachant nos besoins avant que nous les lui exposions, et n'étant plus question que de gémir, et non de discourir, afin d'obtenir.
Pourquoi ajouie-t-on «Amen, » ou « Ainsi soit-il, » ou 'i Ainsi soit-il fait? »
Pour mettre comme le sceau à celte excellente prière, et témoigner l'ardeur avec laquelle nous souhaitons l'accomplissement de toutes ces demandes, qu'il est très-bon de méditer à chaque jour de la semaine.
Donnez-nous un moyen pour empêcher que notre esprit ne s'attiédisse par la répétition si fréquente que nous faisons de cette prière, et pour faire que nous puissions concevoir chaque jour de nouvelles pensées et de nouvelles ardeurs, et entretenir ainsi notre esprit dans une sainte et spirituelle vigueur.
C'est de partager les sept demandes selon les sept jours de la semaine, afin que chaque jour ait la sienne, et qu'étant bien méditée, elle serve de pensée amoureuse, qui, comme ce bois sacré de l'ancienne Loi, dont on entretenait continuellement le feu de l'autel, puisse conserver dans notre cœur le feu de l'amour divin sur la terre, jusqu'à ce qu'il devienne notre éternelle nourriture dans le ciel. Une grande et illustre sainte, qui était tout embrasée de ce divin feu, c'est sainte Thérèse, nous a appris sur cela une méthode fort utile.
Quelle est- elle?
De considérer Dieu sous sept titres et qualités très-aimables : le lundi, de le regarder comme notre Père, en lui disant : Notre Père qui êtes aux deux, votre nom soit sanctifié. Le mardi, notre Roi, lui disant : Votre royaume nous advienne. Le mercredi, comme notre Epoux, lui disant : Votre volonté soit faite. Le jeudi, comme notre Pasteur, lui disant : Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien. Le vendredi, comme notre Rédempteur, lui disant : Pardonnez-nous nos offenses. Le samedi, comme notre Médecin, lui demandant la grâce de nous préserver de la tentation, vraie maladie de l'âme. Le dimanche, comme notre Juge, le priant de nous délivrer du mal, c'est-à-dire de nous absoudre du péché, qui seul nous rend criminels devant lui, et dus [veines qu'il mérite.