‹ Œuvres completesChapitre 52 sur 296 · III. CE QUE NOUS DEVONS FAIRE · texte numérisé non relu

III. CE QUE NOUS DEVONS FAIRE

communion à jeun, l'exclusion du lavement des pieds, du nombre des sacrements, etc. ; 3° ecclésiastiques, qui regardent diverses observances religieuses, dont les Papes et les prélats sont les auteurs, comme la célébrité des fêtes, la i raliqui- île divers jeûnes, abstinences, vigiles, l'usage de l'eau bénite et des cendres, etc.

§ II. — De l'espérance.

Qu'est-ce que l'espérance ?

Une vertu théologale, par laquelle fondés sur les mérites de Jésus-Christ et sur les promesses de Dieu, nous attendons avec confiance de recevoir de la bonté divine les biens temporels et spirituels qui nous sont nécessaires pour faire notre salut en ce monde, et la vie éternelle en l'autre, pourvu que nous gardions ses commandements.

Pourquoi notre espérance se fonde-t-elle sur les mérites de Jésus-Christ?

Ils sont infinis ; il les a offerts pour nous ; aucune grâce n'a jamais été, et ne sera jamais accordée que par lui ; nous ne méritons par nous-mêmes que l'enfer.

Pourquoi sur les promesses de Dieu ?

Lui devant tous nos services, ils ne peuvent, quels qu'ils soient, obliger en justice ce Père de famille, si lui-même ne s'oblige volontairement, faute de laquelle convention les bienheureux et les âmes du purgatoire ne méritent plus. Mais Dieu étant sincère, fidèle, bon et tout-puissant, il est impossible qu'il manque de tenir ce qu'il a promis à ses serviteurs, si de leur côté ils exécutent ce qu'il leur a ordonné.

Que devons-nous espérer par Jésus-Christ ?

Trois choses principales : 1° le pardon ; 2° la grâce; 3° la gloire.

Eaites un acte d'espérance.

Mon Dieu, j'espère de votre bonté infinie, qu'en considération de Jésus -Christ mou Sauveur, vous me pardonnerez mes péchés, vous pourvoirez à mes besoins, et me ferez la grâce de vous aimer et de vous servir, et de parvenir a.nsi à la vie éternelle. Ainsi soit-il.

Pouvons-nous espérer de Dieu les biens temporels ?

Oui, pourvu qu'ils soient utiles à notre salut, ce qui est assez rare, l'ancien proverbe n'étant que trop vrai, que les richesses et les vertus ne s'accordent guère ensemble.

Sur quoi fondez-vous cette espérance?

1° Sur la bonté de Dieu ; 2° sur sa miséricorde ; 3° sur sa providence ; k" sur sa charité, 5" sur sa qualité de Père, bon, riche, libéral, véritable, fidèle, tout-puissant, et qui est informé de nos besoins avant même que nous les lui exposions : en effet , que craint un pupille à qui Dieu même sert de tuteur, Uii saint Cypnen ? 6° sur le soin qu'il a des créatures inférieures à l'homme, des petits corbeaux abandonnés, des passereaux, des lis et herbes des champs, etc.; 7" sur sa libéralité envers ses ennemis mêmes, faisant reluire son soleil et tomber sa pluie sur l'héritage du pécheur aussi bien que sur celui du juste.

Pourquoi donc obtient-on assez rarement les biens temporels?

On demande, 1° par un principe de convoitise, ou pour une tin vicieuse, quoique souvent on ne le voie pas; 2° des choses nuisibles ou superflues; 3" avec plus d'ardeur le temporel que le spirituel, c'est-à-dire, la commodité des richesses, que le mérite et le bon usage de la pauvreté; 4° sans confiance, car comme nous n'accordons pas à Dieu ce qu'il demande de nous, nous avons peine à cioire qu'il nous accordera ce que nous demandons de lui; 5° nous ne cherchons pas, premièrement, le royaume de Dieu ; car ce sont les lis, non des parterres cultivés par le soin des hommes, mais des champs : et les oiseaux, non marchant ou rampant sur terre, lesquels s'amassent, ou à qui on prépare des magasins ou réservoirs, mais du ciel, qui volent et qui crient, et qui sont sans greniers ni celliers, figure des âmes libres, détachées, élevées, que Jésus-Christ donne comme les sujets sur qui sa providence reluit avec éclat. Aussi l'ut-ce avec de l'eau, symbole du baptême et de la pénitence, et non avec de la terre, que ce divin ouvrier forma les oiseaux lors de la création du monde; 6° quand on a des moyens humains, on espère ; quand ils manquent, on désespère : ainsi on compte tout sur la créature, et peu sur le secours divin ; 7° quand nous demandons les biens temporels, nous ne savons ce que nous demandons : quand nous demandons les biens spirituels, nous ne voulons pas ce que nous demandons : de là peu de prières exaucées. Que dire d'une nation qui se ferait une religion de demander chaque jour à Dieu des choses qu'elle ne voudrait pas obtenir? tels sont la plupart des Chrétiens récitant l'Oraison dominicale; 8° enfin, c'est que la pauvreté est bien moins à craindre que le salut, que l'opulence.

Pourquoi ?

La pauvreté rend, 1* humble; 2° doux; 3° patient; k" paisible; 5" dépendant; 6° sobre ; 7° mortifié ; 8° soumis ; 9° modeste ; 10° détaché ; 11" dévol ; 12" appliqué à l'oraison : tels sont les fruils de la pauvreté vertueuse, qui fait trouver la félicité dans la misère et l'abondance dans la disette. Et ne dites pas que vous êtes distrait de Dieu, parce que vous êtes pauvre, puisque vous n'êtes pauvre qu'à cause que vous êtes distrait de Dieu.

Consiste-l-elle à n'avoir point de bien?

Non, mais à n'en point convoiter, et à ne s'y point attacher.

Et tes richesses ?

Elles rendent souvent l'homme : 1" superbe; 2° arrogant; 3° voluptueux; k° prodigue ou avare; 5° vindicatif; 6° ambitieux; 7° amateur de soi-même; 8° ennemi des mortifications, des souffrances et des corrections; 9° indévot; 10" attaché au monde et à ses plaisirs, au jeu, aux divertissements, aux superlluilés, aux vanités, aux curiosités, etc.; H" intempérant; 12° dur envers les pauvres : tels sont les malheureux germes Ucs richesse», tels sont souvent les riches,

pour l'ordinaire impies ou sensuels, et quelquefois tous les deux ensemble.

Et les pauvres?

1° Leur étal est plus saint ; 2° leur vie plus innocente; 3" leur mort plus tranquille; 4° leur jugement plus doux; 5° leur récompense plus grande.

Que devons -nous donc demander des biens temporels dans nos besoins ?

1° La concession ; 2" la conservation ; 3° le bon usage; k" le détachement; 5° la résignation.

Quel est le mieux ?

De prier Dieu, non qu'il multiplie nos richesses, mais qu'il diminue nos convoitises.

§ 111. — De la charité, ou de l'amour de Dieu et du prochain.

Qu'est-ce que la charité?

La plus excellente des vertus chrétiennes, par laquelle nous aimons Dieu par-dessus toutes choses pour l'amour de lui-même, le prochain comme nous-mêmes, pour l'amour de Dieu.

Comment est-elle la plus excellente des vertus ?

Elle nous rend plus agréables à Dieu, qu'aucune autre, nous obligeant à lui donner notre coeur qui est ce qu'il demande, ce que nous avons de plus précieux, et avec lequel nous donnons tout le reste , et de serviteurs nous faisant ses amis.

Comment l aimons-nous par-dessus toutes choses ?

En l'aimant, 1" plus que tous les biens du monde; 2° plus que toutes les personnes du monde; 3° plus que nous-mêmes, en sorte que nous soyons prêts à perdre nos biens, nos parents, nos plaisirs et notre propre vie, plutôt que de lui déplaire.

Qu'est-ce qu'aimer Dieu pour l'amour de lui-même?

C'est l'aimer, non point pour aucun intérêt, ni en vue d'aucune récompense, mais à cause de l'excellence de son être et de ses perfections infinies.

Qu'est-ce qu'aimer son prochain comme Soi-même?

C'est lui faire, lui désirer, et lui procurer autant qu'on peut, le bien que nous voudrions nous être fait- à nous-mêmes.

Quel bien principalement ?

La possession du vrai et unique bien qui est Dieu, et l'exemption du vrai et unique mal qui est le péché : car c'est là l'aimer véritablement comme Dieu nous aime, et comme Dieu nous le commande, tout autre amour étant ou frivole ou vicieux, et celuilà seul étant solide et pur.

Qu'entendez-vous par ce mot de prochain ?

Tous les hommes sont bons ou mauvais, mais principalement les fidèles et les justes.

Qu'est-ce que l'aimer pour l'amour de Dieu?

C'est l'aimer non point par aucun motif humain, mais à cause qu'il est à Dieu; qu'il a quelque chose de Dieu, qu'il est l'ouvrage et l'image de Dieu, que Dieu l'aime, qu'il veut être aimé de lui, qu'il l'a rendu capa-

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ble de le posséder, qu'il l'appelle à son paradis.

Pourquoi devons- nous aimer Dieu?

1° Il est souverainement aimable , étant la bonté même par essence, et la beauté première et originale; 2° il nous aime d'un amour éternel, gratuit, excessif, tendre, incomparable ; 3° il nous a créés, conservés, rachetés, recherchés, appelés, justifiés, sanctifiés, vivifiés, quoique nous lussions très-indignes de ces grâces; 4° il nous a donné son Fils et son Saint-Esprit; 5° il veut se donner à nous pour jamais, nous rendre éternellement heureux.

Pourquoi devons-nous aimer le prochain?

PDieu le commande; 2° Jésus-Christ en a fait sa loi; 3° il l'a .prescrit comme la marque à laquelle ses disciples doivent être connus ; 4-° il nous en a donné l'exemple d'une manière toute divine; 5° il nous l'a recommandé en mour.mt ; 6° nous sommes tous les enfants d'un même Père céleste, et d'une même mère qui est l'Eglise ; 7° les membres d'un même corps ; 8° nous avons tous le même chef. Nous nous asseyons tous à la même table, et mangeons le même pain ; 10° nous aspirons tous au même hériiage, et avons la même espérance; 11° enlin, Dieu dès le commencement voulut que tous les hommes sortissent d'un seul mariage, pour établir cette union, et une espèce de parenté entre tous les hommes : ce que Jésus-Christ notre divin Rédempteur est venu rétablir et recimenter.

Quand devons-nous le plus témoigner notre amour à Dieu?

Dans le temps, 1° des tentations ; 2° des tribulations; 3n des consolations; 4" de la mort.

Et au prochain ?

Quand il est, 1* dans le péché ou en danger de son salut; 2° dans la pauvreté; 3' dans l'affliction; 4° dans la maladie; 5° dans la vieillesse : 6° à l'heure de la mort ; 7" quand il nous incommode ou nous offense.

En quoi consiste l'amour affectif, que nous devons à Dieu ?

Dans les actes intérieurs et les sentiments du cœur.

Quand devons-nous les former en nous?

Incessamment si nous pouvions, mais du moins si fréquemment, qu'on ne nous reproche pas d'avoir manqué à l'exercice d'une vertu qui fait l'essence du christianisme, et qui est l'âme et l'esprit de la loi nouvelle de Jésus-Christ et de son Evangile; le premier et le plus grand des commandements, et d'où tous les autres dépendent, et tirent leur vie, leur progrès, leur perfection.

En quoi consiste l'amour affectif?

Dans l'accomplissement lies commandements de Dieu, et l'exéculionde ses volontés.

Quel est le meilleur ?

Il faut joindre l'un avec l'autre; car si l'on n'a l'un et l'autre, on n'a ni l'un ni l'autre : les trois impressions du vrai amour de Dieu en nos âmes, selon saint Thomas, étant de nous faire languir, souffrir, agir.

Qu'est-ce que l'amour de préférence?

C'est, 1° faire marcher dans l'ordre de nos affections le service de Dieu avant tout autre devoir ou engagement ; 2" ne mettre rien en concurrence avec ses intérêts, estimer toutes les créatures comme du fumier, en comparaison de son bon plaisir; 3" choisir plutôt mille morts, que de lui déplaire; 4° n'avoir rien de si à cœur ni de si cher, que Dieu; 6° être prêt à se priver de tout bien créé et de toute satisfaction temporelle, quelque grande ou importante qu'elle puisse paraiire, et à souffrir tous les maux du monde, plutôt que de manquer à ce qu'on doit à la charité envers lui.

Et l'amour de bienveillance?

C'est, 1° un désir continuel, ardent et tendre que Dieu soit connu, aimé et servi, et que son nom soit béni et exalté par toute la terre; 2° une sainte tristesse et un ennui incomparable de voir le monde ignorer ou offenser ce Créateur si aimable et si digne d'être aimé; 3* lui souhaiter tout ce qu'il est, tout ce qu'il a, tout ce qu'il veut, et tout ce qu'on sait et qu'on ne sait pas lui être agréable; 4° se nourrir de l'accomplissement de ses volontés.

Et l'amour de complaisance?

C'est, 1° trouver un souverain plaisir dans la contemplation des perfections de Dieu et de ses grandeurs, de l'excellence de son être et de la fécilité qu'il possède; 2° mettre sa joie à désirer ce qu'il désire et à aimer ce qu'il aime; 3° à approuver ce qu'il approuve, et condamner ce qu'il condamne ; 4° à trouver bon toutee qu'il ordonne, quoique contraire au jugement et à la volonté humaine; 5" à se réjouir dans la beauté de ses ouvrages; G* et être ravi des louanges que les anges et les bienheureux lui rendent, et dont le ciel retentira à jamais.

A quoi se mesurent la gloire et la récompense des saints dans le ciel?

A la grandeur de leur charité sur terre.

Qu'est-ce qu'aimer Dieu de tout entendement, de tout son cœur, de toute son âme, de toutes ses forces?

C'est, 1° lui consacrer notre esprit, ne pensant qu'à lui; 2° notre volonté, n'aimant que lui ; 3° notre vie, ne respirant que lui ; 4° nos opérations, n'agissant que pour lui; 5" nos forces, ne mettant aucunes bornes à notre amour envers lui; G" nos intentions, faisant tout pour lui et pour l'amour de lui, mêlant de l'amour en tout ce que nous faisons pour lui ; ou , 2° comment dit saint François de Sales : l'amour de Dieu doit prévaloir sur tous nos amours et régner sur toutes nos passions, et c'est ce que Dieu demande de nous, qu'entre tous nos amours le sien soit le plus cordial, dominant sur tout notre cœur; le plus affectionné, occupant toute notre âme; le plus général, employant toutes nos puissances; le plus relevé, remplissant tout notre esprit; le plus fort, exerçant toute notre vertu ; ou, 3° que Dieu, sa bonté, son bon p.aisir, ^on service, sa possession, etc., soit, 1° la [-lus douce de nos pensées ; 2° la plus tendre de nos dfeitions ; 3" la plus forte de nos passions; 4° le

plus continuel de nos soins; 5° le plus étendu de nos désirs.

Qualités de l'amour du prochain.

Quelles qualités doit avoir la charité envers le prochain?

Pour êlre vraie , il faut qu'elle soit 1° universelle, n'excluant aucune personne, non plus que la foi aucun mystère; 2° ordonnée, préposant par exemple le père à l'étranger, le bien de l'âme à celui du corps ; 3° désintéressée, autrement c'est s'aimer soi-même; k" forte, ou constante dans les adversités, misères et afflictions; 5° spirituelle, chrétienne et sainte, banissant toute inclination, soit charnelle, comme celle des bêtes; soit naturelle, comme celle des païens; soit impure, comme celle des sensuels; 6" effective, secourant le prochain dans tous ses besoins.

Est-ce là la bonne preuve ?

Sans doute, autrement; 1° l'amour du prochain sans les œuvres n'est ni édifiant, ni consolant, ni utile, ni gagnant; 2° il n'est qu'imaginaire ; 3° il n'imite pas la charité de Dieu envers nous; k" il est essentiel à la bonté de se répandre; 5" vous devez aimer les autres comme vous voudriez que les autres vous aimassent; 6° la vraie charité a pour principe le Saint-Esprit toujours agissant, opérant, bienfaisant; 7° Dieu récompense les œuvres.

Du support du prochain.

Qui rebute souvent l'amour du prochain?

Ses défauts corporels ou naturels, ses humeurs, passions, maladies, etc.

Qui doit nous les faire supporter?

Ils ne sont souvent qu'imaginaires, et ils disparaîtront sitôt que vous l'aimerez ; 2° ou ils ne sont pas criminels ; 3° ils sont récoin- I ensés par des vertus ; k" Dieu les tolère ; 5° Jésus-Christ souffrit Judas; 6° personne n'en est exempt; 7° vous en avez de (dus grand, quand ce ne serait que de ne pouvoir supporter ceux des autres, et d'être souvent insupportable à votre prochain et à vousmême ; 8° l'Eglise enferme dans son sein les imparfaits ; 9U un père ne laisse pas d'aimer ses enfants quoique contrefaits; 10° le prochain vous supporte patiemment; 11° il se corrigera ; 12" il en souffre plus que vous; 13° quel bien serait-ce si on se supportait charitablement l'un l'autre ; IV' quelle gloire de vivre en paix avec le prochain fâcheux ; 15° et quelle en sera la récompense?

Que doivent imiter les fidèles dans ce support réciproque?

Les membres d'un même corps, qui par le seul instinct naturel s'enlre-secourent,

(64) Nous devons faire observer ici qu'il faut sans (toute éviter les procès et ne point intenter de poursuites judiciaires contre personne. Il vaut mieux souffrir sans se plai die et pardonner à nos ennemis, va remettant noue cau*e entre les mains de Dieu. Cependant quand il ne s'agit pas seulement d'injures particulières ou de persécutions qui s'arrêtent à rions individuellement, mais qu'il y a d'autres inié êls compromis et de lâcheuses consequen-

s'entr'aident, se servent, se défendent et s'intéressent mutuellement, affectueusement, gratuitement. Ils se maintiennent et ne se refusent rien. La main, l'œil, l'oreille, le bras, le pied, la langue servent plus souvent aux autres qu'à eux-mêmes. En effet l'Eg'ise est un corps mystique dont le Saint- Esprit est l'âme, Jésus-Christ le chef, et les fidèles les membres: or dans le corps naturel ; 1° le bras n'envie point l'honneur qu'on l'ail à la têle ; 2" la main ne se venge point du pied qui l'a blessée ; 3° la langue ne refuse pas du secours au doigt malade; 4° l'œil ne se contente pas de veiller à sa propre conservation ; 5* les plus vils sont les plus honorablement couverts ; G" les sains compatissent aux malades ; 7° chacun se répute fait à soi ce qu'on fait à l'autre, et la bouche crie sitôt qu'on blesse le pied ; 8" les plus forts protègent les plus faibles, la main s'expose au coup qui menace l'œil ; chacun d'eux ne prend que l'aliment qui lui est précisément nécessaire, et laisse le reste aux autres ; 10° ils craignent par-dessus toutes choses la division et la séparation, qu'ils regardent comme leur propre ruine et destruction ; 11° l'un ne découvre point les vices et les imperfections de l'autre, au contraire, il les cache. Or voilà la vive image de ce que devraient être les Chrétiens, à quoi porte la charité fraternelle, où engage l'amour du prochain.

De l'amour des ennemis.

Sommes-nous obligés d aimer nos ennemis ? Oui, Noire-Seigneur l'ordonne et nuus en a montré l'exemple, nous ayant lui-même aimé jusqu'à mourir pour nous, lorsque nous étions ses ennemis, et ayant souffert et prié pour ses bourreaux, afin sans doute que celte prière nous servit de loi, et que nous sussions que c'était lui désobéir et lui déplaire, #que de ne le pas imiter dans la circonstance de sa vie, qui doit avoir le plus d'empire sur nous.

Suffit-il de ne leur vouloir ni bien, ni mal?

Celle indifférence n'est fias chrétienne, et n'est ordinairement qu'un déguisement de la haine.

Dieu veut-il que les méchants nous persécutent?

Non, puisque le leur défend très-expressemenl, mais supposé qu'ils le fassent contre son ordre, sa volonté est que nous les endurions patiemment pour l'amour de lui, sans nous en venger, et que nous en remettions nos intérêts entre ses mains.

Mais ils en deviendront pires?

Peut-être qu'oui, mais nous en deviendrons meilleurs ((ji).

ces à craindre pour ses fonctions, son honneur, sa famille, etc. C'< si alors une obligation de recourir a la protection des lois et de réclamer la justice, l'appui de» tribunaux pour soi et pour couk dont les intérêts nous sont lonliés. Ce n est (dus ici esprit de vengeance, mais le bien de la société ellemême qui exige qu'on emploie tous les moyens de défense légitime.

CATECHISME DE BOURGES.— PART

.4 quoi lemoignc-l-on qu'on aime ses ennemis?

Quand, 1° on pardonne leurs offenses; 2° qu'on dit du bien d'eux, qu'on leur en désire, et qu'on leur en fait; 3° qu'on prie de bon cœur pour eux ; k° qu'on les assistent temporellement et spirituellement ; 5° qu'on leur donne des marques extérieures de charité nécessaires pour faire cesser le scandale que nos inimitiés auraient pu donner au public; G" qu'on oublie les injures.

De l'oubli des injures.

Pourquoi oublier les injures?

C'est, 1° pratiquer une vertu d'un grand et rare mérite; 2° ùter une occasion continuelle de pécher; 3" soumettre ses facultés spirituelles, aussi bien que lessensitives, à la loi de Dieu; k° imiter l'étendue de sa miséricorde; 5° l'obliger à en user ainsi envers nous, à nous mesurer comme nous mesurons, à remettre comme nous remettons; 6° honorer le Saint-Esprit, à qui la mémoire est particulièrement consacrée, de qui elle porte les traits divins, et qui, étant la bénignité même et la charité essentielle, est très-opposé au souvenir des injures, qui nous ulcère l'esprit, qui nous indispose contre le prochain, et qui, lui faisant sentir de la froideur, l'indispose contre nous; 7° enfin, c'est remporter une grande victoire sur soimême.

Des œuvres de miséricorde.

Combien y at-il d œuvres de miséricorde?

11 y en a de corporelles et de spirituelles.

Combien de corporelles?

Sept : 1» donner à manger à ceux qui ont faim ; 2° donner à boire à ceux qui ont soif; 3' vêtir les nus ; 4" loger les pèlerins; 5° visiter les malades ; 6° délivrer les prisonniers ; 7° ensevelir les morts.

Et de spirituelles?

Sept : 1° enseigner les ignorants; 2° conseiller ceux qui sont en perplexité ; 3° corriger ou reprendre ceux qui manquent; k° consoler les affligés; 5" pardonner les offenses; 6* supporter les personnes fâcheuses; 7° prier pour les vivants et pour les morts, et particulièrement pour ses ennemis.

Est-on oblige' à la pratique de tontes ces œuvres ?

Oui, le précepte de la charité y engage.

Quand ?

En tout temps et en toute rencontre, lorsqu'il y a nécessité et qu'on le peut.

Comment peut-on exercer la charité envers les riches et les grands ?

1° Compatissant aux afflictions qui leur arrivent ; 2° les servant en leurs maladies ou autres besoins; 3° leur disant humblement la vérité; k" leur suggérant de bons avis; 5° empêchant que les envieux n'en médisent; 6° priant pour eux, et les plaignant de les voir parmi les périls inséparables de leur étal; 7° ne les visilant que dans la nécessité ; sans quoi on se met en péril de les flatter, ou de les fâcher, et ainsi de leur nuire ou de se nuire.

OElVRES COMPL PU HE LA ChÉTABDIE

lit. CE QUE NOUS DEVONS FAIRE. 550

Actes de foi, d'espérance et de charité, qu'il est bon de faire apprendre et réciter aux enfants.

Faites un acte de foi.

Mon Dieu, je crois fermement tout ce que vous avez révélé à votre Eglise, et qu'elle nous propose à croire de votre part ; et je !e crois, mon Dieu, parce que c'est vous-même qui l'avez dit.

Faites un acte d'espérance.

Mon Dieu, j'espère par les mérites infinis de Notre-Seigneur Jésus-Christ, que vous me donnerez les biens temporels et spirituels qui me sont nécessaires en ce monde pour faire mon salut, et la vie éternelle en l'autre, parce que vous l'avez promis.

Faites un acte de charité.

Mon Dieu, je vous aime de tout mon cœur et de toute mon âme, par-dessus toutes choses , et mon prochain comme moimême pour l'amour de vous , parce que vous êtes infiniment bon et infiniment aimable.

INSTRUCTION

Sur les Commandements de Dieu.

leçon J.

Du Déeabgue en général.

Qu est-ce qite le Décalogue ?

L'abrégé de la Loi de Dieu, contenu en dix commandements ou le sommaire des premiers principes du culte divin , de la loi naturelle et de la société civile : la source de toutes les autres lois, qui comme des ruisseaux, ont découlé de celte équité originale.

A qui Dieu les a-t-il premièrement donnés?

A M. ïse , le plus ancien des historiens , le plus sublime des philosophes, le plus sage des législateurs, le pi us éclairé des prophètes, et par Moïse aux Juifs sur le mont Sinaï, dans les déserts de l'Arabie, lorsqu'ils sortaient de la captivité d'Egypte pour aller en la terre promise, figure du ciel, où les fidèles, délivrés de la captivité du diable et du péché, vivant once monde comme en un désert et gardant les commandements de Dieu, tâchi-nl de parvenir.

Comment furent-ils publiés ?

Avec grande solennité, parmi les éclairs et les tonnerres et au bruit des trompettes du ciel, sans doute afin que la crainte de la justice divine nous obligeât à les garder.

Les hommes savaient-ils ces commandements avant Moïse?

Dieu les avait imprimés en leurs cœurs en les créant, n'étant que les premiers principes de la raison dans les choses de pratique : mais il jugea à propos de les donner encore pour lors par écrit, et de les leur remetire devant les yeux et au dehors, afin , 1° d'em- I êcher que l'ignorance et le vice, alors trèsgrands, n'éteignissent au dedans d'eux les lumières naturelles; 2° de montrer qu'il était le Maître et le Seigneur; 3" de manifester ses volontés aux hommes ; k° de leur faire sentir leur dépendance, la multitude de leurs infirmités, et le besoin qu'ils avaient de secours et de remèdes, et par conséquent de Jésus-Christ, auquel ils conduisent; 5° de

connaître plus distinctement le bien pour l'aimer et le mal pour le haïr ; 6' de mériter et d'être heureux eu obéissant à ses lois, dont la déclaration ainsi faite pour lors ne fut pas tant la promulgation d'une loi nouvelle, que le renouvellement d'une loi ancienne, ou plutôt de la loi naturelle.

Où furent-ils écrits ?

Sur deux, tables de pierre, comme se rapportant à deux chefs, à l'amour de Dieu et à l'amour du prochain. En effet, le premier commandement de la charité ou de l'amour de Dieu, que Jésus-Christ appelle le grand et suprême commandement, qui regarde Dieu et son service, a été bien exprimé par les trois préceptes de la première table, qui se rapportent aux trois personnes de la sainte Trinité, selon saint Augustin ; et l'amour du prochain ne l'a pas moins été par les autres commandements de la seconde table, dont le nombre septénaire marque le temps de cette vie composée des sept jours de la semaine, parceque la charité qui est due au prochain, ne paraît en ce monde que par le soin qu'on a de l'aider et de le secourir dans ses nécessités,qui finiront avec cette vie, car dans le ciel, lors de notre octave bienheureuse, il n'y aura plus d'oeuvres de miséricorde, parce qu'il n'y aura plus de misères : et l'amour du prochain ne consistera que dans l'union des cœurs et dans la joie mutuelle, que les saints, exempts de jalousie et d'ambition, auront de leur béatitude et de leur gloire.

Quel est donc le sommaire ou la fin des préceptes de la première table?

D'unir l'homme à Dieu par connaissance, amour et religion, et d'éloigner tout ce qui l'en sépare.

Et de la seconde ?

D'unir l'homme à l'homme par les devoirs mutuels de la justice et de la charité, et d'ôler tout ce qui les divise, en sorte que chacun fasse à autrui tout ce qu'il voudrait qui lui fût fait, et qu'il ne fasse à personne ce qu'il ne voudrait pas qu'on lui fît.

Que nous enseignent les premiers?

Nos devoirs envers Dieu, qui se réduisent, 1° à lui garder fidélité; 2° à lui porter révérence ; 3° à lui rendre service, et c'est de quoi nous nous acquittons en les observant.

Qu'ajoutez-vous encore à cela ?

Que par le premier précepte on reconnaît et on adora Dieu comme principe de tout être créé. Par le second, comme source de toute vérité. Par le troisième, comme auteur de toute sanctification, en quoi se découvre le mystère de la très-sainte Trinité, et l'honneur qu'on rend aux trois personnes divines, par l'accomplissement des commandements de la première table.

Que nous apprennent les seconds ?

Ce que nous devons au prochain, et à nousmêmes, puisqu'ils règlent tous les devoirs de la vie civile ; car le premier pourvoit à l'autorité des pères et à l'éducation des enfants ; le second, à la sûreté de la vie; le troisième, à celle du mariage; le quatrième, à celle du bien; le cinquième, à celle de l'honneur ; le sixième et le septième refrè-

nent la convoitise, comme !a force de toutes les transgressions, et répriment jusqu'aux désirs illicites, particulièrement à l'égard de la luxure et de l'avarice, comme des deux plus violentes passions.

Qu est-ce que cela fait voir ?

1° Que Dieu étant un esprit saint et pur, veut être servi en esprit et en vérité, et par principe de conscience, et c'est le cœur qu'il regarde et qu'il demande, sur lequel il veut dominer, et qui lui doit être assujetti ; 2° que la loi est incomparablement plus parfaite et plus sainte que les lois humaines, qui ne vont qu'à défendre les actions, et à régler l'extérieur; 3° qu'elle estinfmiment sage, en ce que défendant l'effet, elle défend la cause; 4° et efficace, puisqu'elle porte avec elle la grâce et la vertu de réprimer l'un et l'autre.

Qui rend encore ces préceptes recommandables, et digne d'être observés ?

l°Leur fin, ils conduisent les hommes au ciel ; 2° leur perfection, ils contiennent tout ce que les lois ont d'excellent, et rendent parfaits ceux qui les gardent; 3° leur auteur, c'est Dieu même, la première, règle de toute justice et vérité ; k° si le Symbole conduit nos pensées en nous marquant que nous devons croire; le Pater, nos affections, nous marquant ce que nous devons désirer; le Décalogue règle nosactions, nous prescrivant ce que nous devons faire.

Que devons-nous avoir pour ces saintes lois?

1°Un profond respect, puisqu'elles contiennenlles ordres de Dieu intimés par son propre Fils;2"une entière soumission, puisqu'elles viennent de la part de notre Souverain ; 3° un tendre amour, puisqu'elles nous sont données par notre Père céleste, et que l'obéissance que nous lui rendons en les observant, est le chemin assuré de la vraie sagesse, de la parfaite justice, et du souverain bonheur.

Jésus- Christ a-t-il dit qu'on les gardât ?

Oui, et ce souverain Législateur les a gravés dans son cœur dès le moment de son incarnation, et les a lui-même observés, expliqués, et de nouveau autorisés et recommandés : et l'Ecriture est pleine de bénédictions pour ceux qui les observent.

Comment Dieu les bénit-il ?

1° Il les reconnaît et les traite comme ses chers enfants; 2° il les exauce en leurs prières ; 3° il les console en leurs afflictions ; k° il les assiste en leurs besoins; 5° il les secourt en leurs périls; 6° il les soutient en leurs tentations.

Pouvons-nous les garder?

Oui, avec la grâce de Dieu, qu'il ne refuse point quand on la demande comme il faut : en effet, selon saint Augustin, la Loi a été donnée pour chercher la grâce, et la grâce accordée pour garder la loi, laquelle ne peut être accomplie sans la grâce, non par aucun manquement qui soit dans la Loi, mais à cause du vice qui se trouve dans la nature corrompue, que la Loi prend soin de découvrir, et la grâce de guérir ; car, sans la grâce, ou l'homme ne garderait pas la Loi, et il serait un prévaricateur ; ou il ne la garderait

qu'extérieurement, et il serait un hypocrite ; ou il la garderait par des motifs humains, et il serait un orgueilleux, qui se croirait juste par lui-même.

Et ceux qui disent que les commandements sont impossibles ?

La bouche qui' profère un tel blasphème mérite d'être brisée avec une pierre, dit saint Jérôme (64-65).

Récitez-les.

Un seul Dieu tu adoreras, etc.

EXPLICATION DES COMMANDEMENTS DE LA PREMIÈRE TABLE, QUI REGARDENT DIEU.

1er commandement. — Un seul Dieu tu adoreras, etc.

Que nous est-il défendu par ce commandement ?

1° De rendre à la créature le culte dû et réservé au seul Créateur; 2° d'attendre d'elle les biens que nous ne devons espérer que de lui.

Que nous est-il commandé ?

D'honorer Dieu par l'exercice de la foi, de l'espérance, de la charité et de la religion.

Comment honorons-nous Dieu par la foi?

En croyant tout ce qu'il a dit.

Et par l'espérance '/

En attendant tout ce qu'il a promis.

Et par la charité?

En l'aimant de tout notre cœur, et en gardant ses commandements.

Et par la religion ?

En lui rendant nos respects intérieurs et extérieurs.

Comment honorons-nous Dieu par l'exercice de ces vertus ?

En publiant et reconnaissant, 1° par la foi, qu'il est véritable ; 2° par l'espérance, qu'il e>t fidèle; 3° par la charité, qu'il est bon; 4° par la religion, qu'il est excellent.

Qui pèche contre la foi ?

Oux, 1° qui négligent d'apprendre le catéchisme; 2" qui ne font point d'actes de foi ; 3° qui ne vivent pas selon leur croyance ; 4° qui doutent ou qui raillent de nos mystères ; o° qui lisent des livres, ou qui f réqueutent des personnes hérétiques; 6° qui veulent trop curieusement approfondir nos mystères, et les examiner par leur faible raison.

Qui pèche contre l'espérance ?

Ceux, 1° qui présument de se sauver sans la grâce de Dieu, se promettant tout d'eux seuls, quand ils le voudront ; 2° ou quoiqu'ils vivent mal, comme se confiant follement qu'ils auront le pardon sans pénitence, le secours divin sans prières, le paradis sans bonnes œuvres ; 3° qui désespèrent de la miséricorde de Dieu, à cause de la grandeur de leurs crimes ; 4" ou de leur conversion même avec la grâce de Dieu, à cause de leurs méchantes inclinations; 5° qui s'appuient trop sur la créature, qui présument de réussir quand ils ont des moyens humains, et qui désespèrent quand ils n'en ont pas ; G" qui désirent trop peu l'éternité bienheureuse ; 7° qui ne se confient pas assez à la

Providence ; 8° qui se découragent dans le service de Dieu ; 9° qui se croient abandonnés de Dieu dans l'adversité.

Qui pèche contre la charité ?

Ceux, lu qui ne font pas d'actes d'amour de Dieu ; 2" qui sont tièdes et paresseux à son service; 3" qui n'aiment pas leur prochain ; 4° qui nefontpasde bonnes œuvres.

Qui pèche contre la religion ?

Ceux, 1" qui profanent les sacrements par leurs sacrilèges ; 2° qui déshonorent les lieux saints par leurs immodesties ; 3° qui n'ont point de zèle pour les Offices et cérémonies de l'Eglise; 4e qui consultant les devins et les diseurs de bonne aventure, qui ont recours aux superstitions, aux charme.*' et maléfices, qui ajoutent foi aux songes, etc 5° qui achètent ou vendent les bénéfices . 6° qui ne rendent pas à Dieu leurs devoirs par des actes fréquents d'adoration, de louanges, de remercîments ; 7° qui n'offrant plus à la vérité de victimes aux simulacres des fausses divinités, en immolent néanmoins encore tous les jours à l'idole de la convoitise, et de leurs passions ; qui sacrifient leurs corps à l'impureté, à la gourmandise, à la vanité, etc., leur âme à l'orgueil, à l'envie, à l'avarice, etc., leurs biens à l'intempérance, aux plaisirs sensuels, à l'ambition, etc.

II* commandement.— Dieu en vain tu ne jureras, etc.

Que nous est-il ordonné par là ?

D'avoir le nom de Dieu en une souveraine vénération, de le louer, le bénir et l'invoquer,de n'en parler que respectueusement, et de ne l'employer qu'en des discours sérieux.

Que nous est-il défendu ?

1° De jurer en vain ; 2° de blasphémer; 3° de parler irrévéremment de Dieu et des choses saintes; k" d'abuser des vœux, qui sont une espèce de jurement.

Qu'est-ce que jurer?

C'est prendre Dieu à témoin de ce qu'on dit.

En combien de façons le peut-on faire?

1° En l'appelant en témoignage comme auteur de toute vérité ; 2° en se soumettant à lui. comme vengeur du mensonge.

Cela est-il quelquefois permis ?

Oui, quand c'est pour une chose: 1* importante; 2° juste; 3° vraie; car comme l'homme est sujet au mensonge et qu'on ne croit pas facilement ce qu'il dit, Dieu qui est la suprême vérité, veut bien qu'on l'appelle au secours et qu'on le donne pour caution de ce que l'homme dit et veut faire croire.

Quand est-ce mal fait ?

Lorsqu'on jure pour des choses vaines, ou fausses, ou mauvaises.

Un homme qui a juré de faire une chose mauvaise* est-il tenu d'accomplir son serment?

Non, il a péché de promettre, il pécherait de tenir.

Pourquoi?

Parce que ce serait prendre Dieu à témoin du mépris qu'on fait ae ses lois.

(6i-Co) Parce cu'on supposa par là que Dieu ordonne des clioses impossibles, et ne cherche que des victimes, connue les Iviaio.

Qu'est-ce que se parjurer ?

C'est faire un faux, serment, ce qui est un grand péché.

Pourquoi?

Parce que c'est, 1° se servir de Dieu auteur de toute vérité, pour autoriser son mensonge; 2° détruire le dernier refuge de la sincérité humaine.

Que dites-vous de ceux qui font des imprécations , qui se souhaitent à eux ou aux autres, la peste, la mort , l'enfer, la damnation éternelle, la possession du diable, et qui ont toujours des serments et des malédictions en bouche?

Que ce sont de damnables coutumes :

pour assurer donc ce qu'on avance, il suffit à un Chrétien de dire oui, ou non, cela est, ou cela n'est pas.

Qu'est-ce que blasphémer ?

C'est dire une parole injurieuse contre Dieu, ou la religion, ou les saints : ce qui est un crime très-énorme et très-inexcusable.

Pourquoi très-énorme ?

Parce que le blasphémateur s'en prend direclement et mal à propos à Dieu, et qu'il imite la rage des démons et des damnés dans l'enfer.

Pourquoi très -inexcusable?

Parce que le blasphème n'apporte ni bien, ni plaisir, ni honneur.

Qui sont ceux qui se laissent aller le plus ordinairement aux jurements et aux blasphèmes ?

1° Les impatients; 2° les colères; 3° les joueurs; k° les querelleurs ; 5° les impies ; 6° les ivrognes.

Que peut-on faire quand on entend jurer ou blasphémer?

1° Le signe de la croix ; 2° reprendre celui qui jure ; 3° se retirer de là ; k" en avertir les supérieurs ou magistrats ; 5" s'exciter à louer Dieu pour réparer l'outrage qu'on lui fait.

Duquel de ces remèdes vaut-il mieux se servir ?

De celui que la prudence suggérera le plus.

Nommez ceux qui parlent irrévéremment de Dieu et des choses saintes?

1° Les faux dévols en parlent par coutume; 2° les hypocrites, par vanité ou par intérêt; 3° ies libertins, par dérision et moquerie, etc. ; h" les imprudents, devant les personnes mal disposées à les entendre; 5" les impies murmurent contre sa providence, sa sagesse, sa justice, sa conduite, ses ouvrages, etc.

Quels bons effets produisent ceux qui parlent de Dieu à propos et avec respect ?

1° Ils glorifient Dieu ; 2° ils se sanctifient eux-mêmes ; 3° ils édifient le prochain, particulièrement s'ils le font dans le temps de l'affliction.

Qu'est-ce que le vœu?

Une promesse à Dieu de faire quelque chose qu'on sait lui être fort agréable. Est-on obligé d'accomplir son vœu?

Oui , et c'ost une espèce de moquerie de promettre et ne pas tenir, ou trop différer

sans raison, ou n'accomplir qu'une partie de ce qu'on a promis ; car le voeu est une espèce de serment.

Qu'avez-vous à dire des vœux ?

Que comme il n'en faut point faire sans y avoir hien pensé et pris conseil d'un bon confesseur ; aussi faut-il être fidèle à les accomplir quand on Jes a une fois légitimement faits.

IIIe commandement. — Les dimanches tu garderas etc.

Ce précepte est-il une suite des deux autres ? Oui, car il n'est pas possible de croire en Dieu, et de savoir qu'il faut honorer son nom , ce qui se fait par les deux premiers, qu'on ne se sente aussitôt porté à lui rendre quelque culte extérieur, ce qui s'accomplit par celui-ci.

Que nous est-il défendu par ce commandement?

Tous soins terrestres incompatibles avec le culte qu'on doit rendre a Dieuces jours-là. Que nous est-il ordonné?

De sanctifier le saint jour du dimanche. Pourquoi ?

En mémoire, 1° de la création; 2" de la résurrection de Jésus-Christ; 3° de la descente du Saint-Esprit? ces grands mystères s'étant opérés en un tel jour; 4° auquel aussi Jésus-Christ institua le sacrement de pénitence, donnant le pouvoir à ses apôtres de remettre les péchés; 5° et qu'ils commencèrent la prédication de l'Evangile ; 6° et que l'Eglise fut formée à la première prédicat on de saint Pierre, par l'agrégation d'environ trois mille personnes touchées de componction , premier sentiment du nouveau peuple, et esprit primordial de la religion, qui doit toujours y durer; 7° c'est aussi pour signifier le repos des saints après les travaux de cette vie ; 8° et que nous devons chercher le repos par la peine; 9" les anges, ces astres du malin, ces esprits purs et brillants, ces prémices d'entre Jes créatures, au moment qu'ils sortirent des mains de leur divin ouvrier, ravis d'admiration , se mirent à louer sa puissance et sa beauté dans un transport de jubilation, comme on le lit en Job; 10" ce fut le septième jour que Moïse fut appelé de Dieu pour converser avec lui sur le sommet du mont de Sinaï.

Pourquoi encore ce commandement ?

1°JI sert extrêmement à l'observation des autres commandements, n'étant pas possible de s'instruire et de s'examiner sur ses devoirs envers Dieu, l'Eglise et le prochain, si l'on ne prend certains jours pour cela; 2° toute celte vie devant être une fête continuelle pour remercier Dieu de ses bienfaits, vaquer à son culte, et penser au salut ; et les nécessités présentes ne le permettant pas, ces jours choisis y suppléent; 3° ayant travaillé pour Dieu toute la semaine , laissons travailler Dieu pour nous ledimanche, nous sommes sa terre, sa vigne , son héritage, etc.

Le dimanche des Chrétiens est -il le même que le sabbat des Juifs?

CATECHISME DE BOURGES.— PAKT. III

Non, ilesl le lendemain : mais il est également appelé le jour «lu Seigneur, et le jour du repos, el de l'arche de sa sanctification, et consacré au bienfait de la création, et au culte du Créateur : jour huitième, jour nouveau, que Jésus-Christ a fait par sa résurrection, aurore de la nôtre, el que la circoncision , figure du retranchement de tout ce qu'il y a de mortel en nous; la transfiguration , les béatitudes, la tribu du Lévi , mise au huitième rang dans Y Apocalypse, rendent célèbres.

Pourquoi encore est-il appelé le jour du- Seigneur?

Parce que c'est le jour auquel le réparateur de l'univers acheva de refaire le monde qu'Adam avait défait, et mit fin aux travaux de sa vie laborieuse par sa résurrection.

Quel jour tombe donc notre dimanche ?

Le premier jour de la création, auquel Dieu par sa parole toute-puissante fn la lumière.

Y a-t-il du rapport entre le premier jour de la création auquel Dieu fit la lumière par sa parole, et le jour, 1° du dimanche; 2" de Pâques: 3° de la Pentecôte.

Oui ; car, l°le jourdu dimanche on dissipe les ténèbres de l'ignorance par la prédication de la parole de Dieu; 2° le jour de Pâque, Jésus-Christ sortant du sépulcre, devint la lumière du monde; 3° le jour de la Pentecôte , le Saint-Esprit descendant en langue de feu sur les apôtres, illumina toute la terre, et enseigna legenre humain, et lui fut comme autrefois, un nouveau souille de vie.

Qu'est-ce que cela nous apprend ?

Une la solennité de notre dimanche est consacrée au mystère de la très-sainte Trinité,, et à honorer les opérations de trois personnes divines, dans l'ouvrage du salut de l'homme.

Qui a fait ce changement ?

L'Eglise,, laquelle pour ces raisons a transféré au dimanche toute la gloire du samedi , et qui nous applique à considérer principalement la nouvelle créature, et les ouvrages de la grâce et du monde spirituel, plutôt que ceux de la nature et du monde corporel, faisant voir par là que nous célébrons la vérité des mystères que les Juifs honoraient en figure, et que Jésus-Christ est le Sei- • gneur même du sabbat.

Pourquoi ce commandement était-il conçu en ces termes : « Souvenez-vous de sanctifier le jour du repos ? »

1" C'est que Dieu l'avait fait à l'homme dès Je commencement du monde, mais le péché l'avait fait oublier, ou si on l'observait, on n'en savait pi us la raison. Cela montre, 2" que Dieu a ce précepte fort à cœur, semblable à un père de famille, qui, laissant ses ordres à ses domestiques, leur recommande surtout de se souvenir d'une telle chose; 3" que ce jour ne se solennise dignement qu'en rappelant dans son esprit ces grands bienfaits, et qu'en les méditant avec attention.

Qui nous rend encore ce jour recommandable?

La sainte Eucharistie que nous y devrions

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