I. — Obligation de la faire
Est -on obligé de faire l'aumône?
Sans doute, puisque Jésus-Christ enverra aux flammes éternelles ceux qui ne l'auront pas faite, et ce qu'il dira aux réprouvés lors du jugement, montre assez celte obligation.
Qu est-on obligé de donner aux pauvres? On doit les aider du superflu de son bien dans leurs besoins pressants ; el on doit les aider de son nécessaire dans leurs besoins extrêmes plus fréquents qu'on ne le croit, la pauvreté tuant, non sur-le-champ, mais de langueur, bien des personnes. En effet, ce superflu ne nous appartient pas, if est aux pauvres; ainsi c'est comme retenir le bien d'autrui, que de le garder. Ce blé que vous resserrez, disent les saints, est le pain des des faméliques ; ces vêtements que vous renfermez, sont les habits des nus; cet argent que vous enfouissez, c'est le prix et la rançon du prisonnier et du captif. Saint Grégoire sachant qu'on avait trouvé un pauvre mort, et soupçonnant que c'était de misère et de nécessité, s'imputa cet accident, et se priva de la table de l'Agneau sans lâche pendant plusieurs jours, tant la maxime des saints Pères était encore en vigueur, que celui qui ne nourrit pas le nécessiteux, le tue.
Qu appelez-vous le superflu du bien?
Ce qui reste après qu'on a pris son entretien honnête : sainl Paul travaillait et voulait qu'on travaillât pour avoir de quoi donner aux indigents.
Ceux qui n Ont que le nécessaire sont-ils exempts de faire l'aumône ?
1° Ils doivent procurer, autant qu'ils peuvent par leurs soins et sollicitations, le secours et le soulagement des pauvres; celui qui a le cœur plein de charité, a toujours de quoi donner, dit saint Augustin; 3" l'Apôtre ne nous ordonne pas d'ouvrir notre bourse, mais de ne jamais fermer notre cœur; k" si on ne peut faire l'aumône corporelle, qu'on fasse la spirituelle.
Qu'csl-ce que faire l'aumône spirituelle?
C'est aider les pauvres, 1° par ses prières, 2° conseils, 3° instructions, k° corrections, 5° crédit. Enfin c'est leur témoigner de la bonté et de la compassion, et leur rendre le service dont on est capable.
• Quelle est la bonne aumône?
Celle qu'on fait, 1° de ce qu'on se retranche sur soi; 2° de ce qu'on gagne du travail de ses mains : tel est un homme qui dépense moins, qui s'habille, se nourrit, se loge, se meuble, se chauffe plus mal qu'il ne ferait pour donner aux pauvres ce qu'il s'ôte ainsi à lui-même; 2° et l'artisan qui distribue le dimanche ce qui lui reste du travail de la semaine, l'entretien de sa famille pris : car c'est là proprement faire l'aumône de sa substance, et la convertissant en la substance du pauvre, rendre l'aumône vivante, et prier ainsi dans le pauvre comme dans un autre soi-même, et par autant de bouches qu'on a secouru d'indigents.