Manière de- faire f aumône
Comment pèche-t-on dans la manière de faire l'aumône, et de traiter les pauvres ?
Voici les défauts qu'on y commet : 1° leur abord déplaît, chagrine, importune ; 2" on ne leur donne point d'audience favorable, on ne les voit point de bon œil ; 3° on ne les renvoie [tas avec des paroles douces, on ne les croit point, on les soupçonne de mensonge, hypocrisie, malice, fourberie, etc. ; 4° on est prévenu et indisposé contre eux ; 5° leur pauvreté est onéreuse; 6" on leur donne peu, et après tant d'instance, que cette aumône n'est plus une donation, mais une vente, et bien chère, dit saint Augustin ; 7° on a peu d'attrait pour les instruire, leur faire entendre la Messe, fréquenter les sacremenis, les porter a faire un bon usage
de leur misère : en un mot, leur saiul est for! négligé; Dieu nous donne d'autres sentiments par son intinie miséricorde.
Comment donc bien s'acquitter de cette obligation?
Imitant la Madeleine, qui, dans les devoirs qu'elle rendit au corps naturel de Jésus- Christ, figura les dispositions requises en ceux qui secourent son corps mystique , ou ses membres affligés, c'est-à-dire les pauvres.
Que fii-elle ?
1° Elle se prosterna aux pieds du Sauveur; 2° elle les arrosa de ses larmes; 3" elle les essuya de ses cheveux; 4" elle les baisa de sa bouche; 5° elle les oignit d'onguent.
Qu^sl-ce que cela signifie ?
1° Se prosterner aux pieds du Sauveur, c'est honorer Jésus-Christ dans les pauvres, et ne pas dédaigner de les servir; 2° les arroser de larmes, c'est compatir à leurs maux, et les consoler ; 3° les essuyer de ses cheveux, c'est les assister et secourir de Sun bien et superflu ; k" les baiser de sa bouche, c'est les aimer et les chérir ; 5° les oindre d'onguent, c'est panser et nettoyer leurs plaies. Cinq degrés de perfection dans la charité envers les pauvres : les honorer, consoler, sustenter, aimer, médicaraenter.
Pèche-t-on souvent contre ces excellents devoirs?
Rarement les accomplit-on tous. En effet, selon saint Grégoire, 1° les uns médicamentent les pauvres, mais ils les traitent avec hauteur; et ceux-là oignent les pieds de Jésus-Christ, mais ils ne se prosternent pas devant lui. 2° D'autres respectent Notre-Seigneur en eux, mais ils n'en ont pas de compassion ; et ceux-là s'abaissent aux pieds de Jésus-Christ, mais ils ne les arrosent pas de leurs larmes. 3° D'autres sont touchés de leurs misères, mais ne se retranchent de rien pour les soulager ; et ceux-là arrosent de leurs larmes les pieds de Jésus-Christ, maisils ne les essuient pas de leurs cheveux. k° D'autres leur donnent, mais ils les ont à dégoût; ceux-là essuyent de leurs cheveux les pieds du Sauveur, mais ils ne les baisent pas de leur bouche. 5° D'aulres enfin les aiment, mais ils ont horreur de leurs plaies ; et ceux-ci baisent les pieds de Jésus-Christ, mais ils ne les oignent pas avec le baume.
Que doit on considérer en faisant l'aumône?
1° Que de tous les biens que nous possédons sur terre, il n'y a que ceux que nous donnons aux pauvres qui nous demeurent, et que nous empurtons avec nous, ainsi que ce qu'enlève un homme de sa maison qui brûle, dit saint Grégoire. 2° Que ce n'est pas à un pauvre que nous donnons, mais à Jésus-Christ même caché dans le pauvre : le pauvre tend la main, mais Jésus-Christ reçoit. 3° Que nous ne nous dépouillons pas de notre propre bien , mais que nous rendons à autrui ce qui lui appartient , puisque le superflu est aux pauvres, et non à nous.
Excuses de ceux qui ne veulent pas faire raumùne.
Que dites-vous de ceux qui consument tous leurs biens en folles dépenses, en vanités, beaux habits, jeux, bonne chère, et par conséquent qui n'ont jamais de superflu, ou qui ne se souviennent de leurs dettes, que quand il faut faire l'aumône; et point du tout quand il faut se divertir.
Qu'ils sont coupables de trois crimes, dont ils rendront compte à Dieu : de prodigalité, dissipant le bien que Dieu leur a donné pour leur salut ; d'inhumanité envers les pauvres, se mettant hors d'étatde les pouvoir secourir; d'hypocrisie, ne se servant du voile de la justice, que pour cacher leur manque de charité, et pour ne satisfaire à aucune de ces deux vertus.
Et de ceux qui, loin de donner leur superflu aux pauvres, s'amusent à thésauriser, et à le garder dans leurs coffres, et qui souhaitent même la disette, pour débiter plus chèrement leurs denrées ?
Que ce sont des avares; or les avares ne posséderont jamais le royaume de Dieu.
Mais ils ne prennent pas le bien d'autrui ?
Non, aussi ne seront-ils pas jugés comme des voleurs, mais comme des gens attachés à l'argent; car on peut se perdre en aimant trop son propre bien, aussi bien qu'en prenant celui d'autrui , tout ainsi qu'on peut s'enivrer aussi bien du vin de son tonneau, que de celui de son voisin, dit saint Augustin.
Mais je donnerai par testament?
Abus, parce que, 1° les dernières volontés sont ordinairement très -mal exécutées; 2° quelle libéralité après ne s'être rien refusé en ce monde, de faire profusion de ce qu'on ne saurait emporter en l'autre; 3° de commencer d'être humain quand on cesse d'êtie homme ; h" c'est donc à la mort qu'on a obligation de vos largesses, car si vous aviez toujours vécu, vous n'auriez jamais rien donné ; 5° ni accompli les commandements de Dieu, si vous aviez été immortel ; 6° offret-on sur l'autel des cadavres de victimes; 7° voudriez-vous traiter vos amis des restes de votre table? Comment donc osez-vous traiter ainsi votre Bienfaiteur; 8° si la lumière ne devance, de quoi sert-elle? dit saint Basile.
Mais j'ai des enfants ?
Mais vous avez une âme; c'est voire aînée, conservez-lui son préciput, ajoute le même saint. Donnez aux enfants, mais n'oubliez pas le père ; aux naturels ajoutez-en un adoptif, c'est-à-dire le pauvre, ou plutôt Jésus-Christ établi de Dieu l'héritier universel , le premier-né d'entre ses frères. Partagez avec lui sur la terre, il partagera avec vous au ciel ; qu'il soit ici-bas votre cohéritier, vous serez là-haut le sien.
Mais je n'ai pas de superflu ?
Parce que vous ne vous contentez pas du nécessaire ; retranchez ces excès en habits, rubans, dentelles, meubles, équipage, bonne chère, curiosités, vanités, inutilités,
débauches, etc., et vous en aurez de reste? du moins dites avec saint Pierre : Je n'ai ni or ni argent, mais je vous donne ce que j'ai, de Ja commisération, du secours, du service, etc., c'est donner non ce qu'on a, mais ce qu'on est, non son bien, mais soimême, dit saint Grégoire.
Que reste-t-ildonc à ceux qui n'ont point d'argent pour faire l'aumône?
Ils ont, 1° un cœur pour compatir aux misérables; 2° des yeux pour les voir; 3° des oreilles pour les entendre ; 4° des pieds pour visiter; 5° des mains pour les servir; 6° une langue pour les instruire, exhorter, corriger, encourager, conseiller, consoler, etc. ; 7° une bouche pour prier, parler, solliciter en leur faveur, secours incomparablement plus grands et plus méritoires que quelque argent souvent exiorqué par le respect humain, ou l'importunité, et destitué de douceur, d'humanité, et de vues de foi.
Vlll' COMMANDEMENT. — FiUlX témoignage
ne dit as, etc.
Que nous est-il ordonnépar ce précepte ?
D'être, 1° véritables, 2° charitables, 3° de bonne foi envers le prochain.
Comment peut-on être véritable à l'égard du prochain ?
1° Reconnaissant et louant le bien qui est en lui ; 2° ne lui imputant point le mal qu'il n'a pas.
Et charitable?
1" Excuser ses défauts ; 2° les taisant.
Boit-on taire la vérité?
On n'est pas toujours obligé de la dire, parce que la charité est bien toujours véritable, mais la vérité n'est pas toujours charitable.
Et de bonne foi?
1° Agissant avec droiture et sincérité dans tout ce que nous avons à démêler avec lui. 2° Tenant nos paroles et promesses qu'on doit faire avec non moins de maturité, que de dessein de les accomplir, et qu'on ne doit point violer par inconstance, légèreté, etc.
Que nous est-il défendu par ce commandement ?
D'être, 1° faux témoins; 2° calomniateurs ; 3° menteurs ; k" rapporteurs ; 5° flatteurs.
Qu'est-ce qu'un faux témoignage?
Une accusation ou une déposition fausse, faite devant le juge contre un innocent, ce qui est un horrible péché, parce que le faux témoin blesse tout à la fois la vérité, la charité, la justice et la religion.
Pourquoi la religion?
11 prend Dieu à témoin qu'il dira la vérité, et il se parjure, puisqu'il ment : ce qui est trahir sa religion; ainsi que mentir dans la confession, ou imposer par hypocrisie, deux espèces de faux témoignage.
Qu est-ce que calomnier ?
C'est 1° imposer un crime au prochain qu'il n'a pas commis ; 2° exagérer les fautes légères, et les faire passer pour de grands crimes; 3° interpréter à mal ce qu'il a fait ou dit innocemment.
Qu'est-ce que mentir ?
C'est aller contre la vérité, parler contre sa pensée, dire ce qui n'est pas, affirmer pour vrai ce qu'on croit faux, ou nier comme faux ce qu'on croit vrai.
Qu'est-ce que l'Ecriture dit en général de ce péché?
1° Que le démon est le père du mensonge, et que les menteurs sont les entants du diable, ce qui devrait en donner une grande horreur; 2° qu'il est très-opposé à l'Eglise, base et colonne de vérité.
Combien y a-t-il de sorte de mensonges?
1° Le joyeux ; 2° l'officieux ; 3° le pernicieux.
Quel est le joyeux ?
Celui qu'on fait pour rire et se divertir.
L'officieux?
Celui qu'on fait par complaisance à quelqu'un, et qui ne nuit à personne qu'à celui qui le profère.
Doit-on éviter ces deux espèces de mensonges ?
Oui, et jamais on ne doit mentir, le mensonge déplaît à Dieu, insensiblement on vient des petites menteries aux grandes, rien ne décrie tant que de passer pour menteur.
Qu'est-ce qu'un mensonge pernicieux?
Celui qui porte un préjudice notable à quelqu'un, ou qui est en matière importante.
A quoi sont tenus les faux témoins, les calomniateurs et les menteurs?
A réparer le tort qu'ils ont fait au bien, à l'honneur, ou à la réputation du prochain (68).
Qu'est-ce que rapporter ?
C'est redire au prochain le mal qu'un autre à dit de lui, et être ainsi un semeur de querelles.
Quel mal fait un rapporteur?
Il blesse, 1° la charité ; 2" la vérité, car d'ordinaire il exagère ; 3° il trouble la paix ; h" il se décrie lui-même.
Est-ce être rapporteur que d'avertir, par principe de conscience, un père de famille ou un supérieur, de quelque désordre qui se commet chez lui, afin qu'il y remédie?
Non, c'est être charitable et zélé, et on est obligé de donner ces sortes d'avis.
Qui porte une personne à faire de méchants rapports?
1° l'envie; 2° la vengeance; 3" la pure malice; k" la flatterie.
Qu'est-ce que flatter?
C'est louer quelqu'un par complaisance
(G8) En rétractant Us faux témoignages, les ca- biens, sa profession et son crédit, etc. L'attaque et
loinnies et les autres atteintes à la réputation Ou le dommage sont bien fréquents aujourd'hui , 'la
prochain, en le dédommageant aussi de tous L s réparation bien rar-. Et on parle dé charité! Et on
p\e,udicés qu'il à pu subir dans son honneur, ses ose compter sur le Ciel!
Âtil
ou par intérêt, espèce de faux témoignage, souvent plus pernicieux que la médisance, laquelle ne nuit que dans l'esprit des autres, et quelquefois est utile à celui dont on inédit; au lieu que la flatterie gâte souvent le cœur et l'esprit de celui qu'on flatte, le remplissant d'orgueil, de présomption et d'amour-propre, et nuit au flatteur et à ceux qui ['écoutent.
Est-ce péché?
Oui, en sept rencontres particulièrement.
Quelles ?
1" Quand par là on applaudit au péché d'aulrui; 2° qu'on l'encourage à mal faire; 3° qu'on l'approuve ou qu'on l'autorise dans ses désordres ; 4° qu'on veut en obtenir quelque chose de mauvais; 5" ou le séduire, corrompre, tromper ; 6° qu'on le loue de ce qui est blâmable, ou de ce qu'il n'a pas ; 7° quand on voit qu'il en conçoit de la vanité.
A quoi cela nous doit il porter?
1° A n'être jamais assez lâches pour flatter personne; 2° ni assez vains pour vouloir être flattés par personne ; 3° à aimer en toutes choses la vérité, quand même elle nous serait contraire.
IXe et K« commandements. — L'œuvre de chair ne désireras, elc. — Bien d'aulrui ne convoiteras, etc.
Que marquent ces deux commandements, ajoutés au (r et au 7e?
1" La sagesse des lois de Dieu ; 2° et la sainteté intérieure qu'il exige de l'homme, étant et dangereux de penser aux choses qu'il n'est pas permis de posséder, et pernicieux de les convoiter; 3° son domaine sur le cœur humain.
Qu est-il donc défendu par ces deux préceptes ?
J)e suivre les désirs déréglés du cœur pour les plaisirs et les richesses, auxquels, comme à deux torrents impétueux, il faut opposer celte digue : lu ne convoiteras pas.
Pourquoi défendre ces deux espèces de désirs en particulier?
La nature corrompue y a le plus de penchant; leurs objets ont l'apparence, quoique fausse, du bien ; ils sont les plus véhéments, les deux tiges, d'où pullulent tous les autres.
D'où naissent ces mauvaises inclinalions?
Delà convoitise; c'est pourquoi si l'on veut garder ce commandement, il faut ne la pas suivre et demander à Dieu le détachement des biens sensibles, étant difficile que celui qui aime l'argent et le plaisir, ne soupire après le bien ou la femme d'autrui. Extirpation de convoitise que Dieu nous ordonne ici pour conclusion de ses préceptes, afin de couper le mal par la racine, et de renfermer toute sa loi dans ce petit mot : Tu ne convoiteras pas. Celui-là étant bien éloigné de prendre-, qui s'empêche même de désirer. D'où vient, selon saint Grégoire, Œuvres comtl de de la Ciiétardie.
que David, qui n'avait pas craint de ravir la femme d'autrui, craignit ensuite de convoiter un verre d'eau froide.
Pourquoi ces deux commandements sont-ils les derniers?
Us sont la perfection des autres, et en les observant on les observe tous entièrement. En effet, qui s'interdit jusqu'à la pensée du péché, est bien éloigné d'en commettre l'acte. D'ailleurs cette dernière parole du Décalogue bien entendue: Tu ne convoiteras point, et qui répond à la première : Tu aimeras Dieu; va encore plus loin, et nous apprend l'obligation que nous avons d'agir en tout par charité et non par cupidité, deux principes qui distinguent la nature corrompue de la nature réparée, les saints d'avec les pécheurs, les prédestinés d'avec les reprouvés.
Doit -on se contenter de garder les commandements de Dieu ?
Ce serait beaucoup sans doute; néanmoins Notre-Seigneur a dit qu'après cela il manque encore une chose.
Quelle est-elle?
De tendre à la perfection chrétienne, en observant même les conseils évangéliques, suivant ainsi l'Agneau partout où il va, et faisant des œuvres de subrogation.
Pourquoi Jésus-Christ a-t-il ajouté les conseils aux préceptes ?
Afin, 1° d'assurer davantage notre salut, en les pratiquant; 2° de faciliter l'observation de ses commandements, dont ils sont comme un avant-mur; ainsi ne jurer jamais, ne plaider point, ne posséder rien en propre, sont d'excellents moyens pour s'éloigner du parjure et ne point blesser la religion ou la charité ; 3° de nous rendre parfaits.
Des vertus et conseils évangéliques.
Combien y a-t-il de vertus évangéliques ?
Trois principalement, 1° la pauvreté volontaire; 2° la chasteté perpétuelle; 3" l'obéissance régulière.
Sont-elles de commandement ?
Non, elles sont seulement de conseil.
Qui les a conseillées ?
Jésus-Christ, lequel les a lui-même pratiquées, ainsi que les apôtres, et, à leur imitation, beaucoup de saints et de saintes.
Qui doit les garder?
Ceux particulièrement qui en font vœu, comme les religieux et religieuses, ou qui y sont tenus par leur état, ou qui aspirent à une haute perfection.
En quoi consiste celte pauvreté?
Dans une désappropriation de fait et de volonté de toutes sortes de biens temporels.
Et la chasteté?
Dans une pureté entière d'esprit et de corps.
El l'obéissance?
Dans une soumission parfaite de jugement et do volonté aux supérieurs légitimes.
En quoi consiste l'excellence de ces trois conseils?
Ils s'atlaquent à la. racine de tout péché: la pauvreté à l'avarice, la chasteté à la sensualité, l'obéissance à l'orgueil.
Quels sont les conseils évangéliques ?
Il y en a plusieurs de grande perfection. En voici quelques-uns : 1" prier toujours; 2° ne plaider jamais; 3" prêter volontiers; k° quand on nous a ôté le manteau, donner la robe ; 5° quand on nous a frappés sur une joue, tendre l'autre; 6° nous étudier à faire du bien à nos ennemis; 7° ne redemander point ce qu'on a pris et qui nous appartient, etc.
Que dites-vous de ces saints conseils?
Qu'on doit, 1° les estimer infiniment; 2° se réjouir de ce qu'on les observe si excellemment dans l'Eglise ; 3° en pratiquer du moins quelques-uns.
En quoi diffèrent -ils des commandements?
1° Nous sommes tous obligés aux commandements, et non tous aux conseils; 2° La loi ancienne, qui ne portait à rien de parfait, n'avait que des commandements, la loi nouvelle ajoute les conseils ; 3° les commandements nous séparent des choses défendues, les conseils des permises ; k° par les commandements on évite le péché, par les conseils on pratique la perfeclion; 5° enfin, on apprend ainsi à devenir obéissant aux préceptes, docile aux conseils, fidèle aux inspirations.
De la perfeclion chrétienne.
Doit-on tendre à la perfeclion?
Oui, du moins a celle de son état; ainsi une personne ou mariée, ou veuve, ou vierge, ou prêtre ou religieux, ne doit pas seulement se contenter de vivre bien, mais encore accomplir excellemment les devoirs, et supporter les croix de sa condition; car c'est une erreur de croire, quand on parle de la perfection, que cela veut dire qu'il faut nécessairement et aussitôt changer d'élat, et embrasser un autre genre de vie plus austère.
Pourquoi tendre à la perfection ?
1° C'est l'esprit du christianisme, de l'Evangile et de la loi de grâce par-dessus l'ancienne; 2" Jésus-Christ le conseille; 3° qui ne tend pas à la perfection du conseil, souvent ne parvient pas à celle de précepte, étant certain que quand on se limite à ne vouloir rien faire de ce qui est de perfeclion et de subrogation, on ne parvient pas même d'ordinaire à accomplir ce qui est de commandement et d'obligation. L'archer qui ne vise pas au-dessus du but n'atteint qu'au-dessous, dit saint Cnrysostome. k" Autrement on ne sera jamais exemplaire; or la vie exemplaire est la plus belle vie du monde et la plus utile, ainsi que la vie scandaleuse, la plus infâme et la plus pernicieuse; 5° ni favorisé des grâces abondantes, Dieu les proportionnant à nos services, et nous mesurant à notre aune ; 6° le modèle que nous devons imiter nous y engage;