DE DE LA CIIETARDIE
7° L'aliment dont nous nous nourrissons confère une vie parfaite; 8" sans cela on se met dans la disposition de ne vouloir ni avancer ni reculer, situation aussi impossible que dangereuse dans le chemin de la vertu, comparé à un fleuve rapide et à une montagne roide qu'on remonte; 9" on ne résistera pas à une violente tentation, à une occasion pressante ; 10* on diminue sa gloire et sa récompense; 11° on répond mal aux excès de l'amour de Dieu; 12° nous sommes partout blâmés dans l'Evangile d'être des hommes, de raisonner en hommes :
Quelle doctrine inouïe est ceci? quel langage nouveau de saint Augustin ? On nous tourne à crime d'être, non des pécheurs, mais des hommes ? Et avec raison, ajoute ce saint, parce que nous devons être les enfants de Dieu; 13° nous sommes des ouvrages imparfaits; recourons à noire ouvrier pour nous finir.
Quelle est la loi la plus propre del'Evangile ?
La loi la plus propre de l'Evangile, et dont personne n"est exempt, est celle de porter sa croix , qui est à l'Eglise et à l'âme fidèle, dit saint Ambroise , ce que le mât est au vaisseau.
Que dites-vous de la croix?
Qu'elle est la vraie épreuve de la foi, le solide fondement de l'espérance, le parfait épurement de la charité, le chemin assuré du ciel. Jésus-Christ est mort à la croix , il a porté sa croix toute sa vie; c'est à la croix qu'il veut qu'on le suive, et il met la vi ^ éternelle à ce prix : sitôt qu'il fut à la croix, le voile qui couvrait le sanctuaire se déchira du haut en bas, et le ciel fut ouvert aux âmes saintes.
Jésus-Christ nous a donc montré l'obligation que nous avons de porter la croix par sa doctrine et par son exemple ?
Sans doute; il nous a de même mérité la grâce de la porter après lui, afin d'entrer dans la gloire avec lui.
INSTRUCTION
Sur les commandements de l'Eglise.
LEÇON i.
Des commandements de l'Eglise en général.
Suffit-il pour être sauvé d'observer les commandements de Dieu?
11 faut encore garder ceux de l'Eglise.
L'Eglise a-t-clle le pouvoir de faire des commandements?
Oui , elle peut lier, et elle a exécuté cette autorité dès le commencement, lorsque, défendant aux fidèles certaines choses, elle dit: lia semblé bon au Saint-Esprit et à nous; pour marquer que Jésus-Christ, son époux, lui avait donné ce pouvoir.
A quelle fin ?
Pour le bon gouvernement des fidèles ses enfants : Obéissez, dit saint Paul , et soyez soumis à vos pasteurs, qui veillent comme devant rendre compte de vos âmes.
Est-on obligé en conscience de les garder ?
Généralement parlant, tout Chrétien, de quelque qualité qu'il soit, s'il n'a excuse légitime, ne peut les violer sans péché mortel : et il est de plus obligé de les faire observer par ceux qui sont sous sa charge.
Pourquoi ?
Parce que : 1° Dieu veut qu'on obéisse à l'Eglise ; 2° c'est désobéir à Dieu et à Jésus- Christ que de lui désobéir; 3° personne n'aura Dieu pour père dans le ciel, s'il n'a l'Eglise pour mère sur la terre; ka elle a droit de nous commander, puisqu'elle est notre mère et que nous sommes ses enfants ; 5° elle n'or-'onne rien qui ne soit bon, juste, raisonnable, salutaire et môme nécessaire, surtout à notre négligence, qui, sans cela , irait jusqu'à mettre en oubli nos plus importants devoirs; 6° l'observation des commandements de l'Eglise sert à observer les commandemenls de Dieu et à en faciliter la pratique.
Quel empêchement en dispense?
L'Eglise est une bonne mère, qui nonseulement n'oblige pas ses enfants à l'impossible, mais même au très-dillicile, comme quand il y a danger de perdre la vie, la santé, les biens, etc.
Que faut-il faire en ce cas-là ?
Demander dispense.
Nous servira-t-elle d'excuse devant Dieu ?
Oui, pourvu qu'elle soit fondée sur une cause véritable et sincèrement exposée.
Que dites-vous de ceux qui méprisent les lois de l Eglise ?
Qu'il faut les regarder comme des infidèles et des publicains.
Les infidèles y sont-ils tenus ?
Non, ils ne sont pas ses sujets ni de sa juridiction.
Et les hérétiques ?
Ils sont baptisés, et leur révolte ne les exemple pas.
Un Catholique, par exemple, qui présente de la viande à un huguenot le vendredi, offense- t -il Dieu ?
Le Catholique fait un péché mortel d'en donner, et le huguenot d'en manger.
Que dites -vous de ceux qui s'y soumettent ?
1° Ils réjouissent l'Eglise ; 2° ils édifient le prochain ; 3° ils acquièrent le paradis.
Quel est le but et la fin principale de l'Eglise dans ses commandements ?
De régler et de prescrire : 1° les moyens; 2° le lieu; 3° le temps ; k" la manière de rendre à Dieu le service et le culte qui lui sont dus.
Dites les principaux?
Les dimanches Messe ouïras, etc.
I" commandement. — Les dimanches Messe ouïras, etc.
A quoi oblige ce commandement?
1° A entendre ces jours-là une Messe entière ; 2° à l'entendre avec intention et dévotion ; 3° à procurer que ceux dont on est chargé l'entendent.
Pourquoi l'Eglise en fait-elle un commandement?
Afin' que les fidèles célèbrent les jours consacrés au service de Dieu , par la plus sain'e pratique de piété qu'ils aient et la plus propre à honorer Dieu, qui est l'oblation du grand sacrifice de la nouvelle alliance.
Et quand, pour cause légitime, on ne peut aller à la Messe ?
11 est bon de s'unir d'esprit et d'intention, pendant une demi-heure , aux prêtres qui la célèbrent et aux peuples qui y assistent, offrir son cœur à Dieu, et lui faire une oblation et un sacrifice de soi-même.
Que dites -vous de ceux qui ne cherchent qu'une Messe courte, qui ne viennent qu'après qu'elle est commencée, qui l'entendent dans une posture indécente et avec mille distractions et dissipations , tournant la tête, s'asseyant -, causant, regardant tout , ne priant point, roulant dans leurs esprits des pensées vaines et souvent mauvaises , et donnant U; reste du jour à leurs affaires ou à leurs plaisirs ?
1° Que ce sont des impies et des scandaleux ; 2° qu'ils ignorent que la Messe est un sacrifice où le fidèle assistant s'unit à Jésus-Christ, pour êlre avec lui le sacrificateur de son corps, et offre pour son propre salut cette même victime qui a été offerte sur I? croix pour le salut du tout le monde, et par conséquent où il va être avec le prêtre et avec Jésus-Christ, par le minisière du prêtre, le sacrificateur du Dieu qu'il adore. Car s'ils savaient ces divines vérités , ils n'outrageraient jamais sur l'autel par leurs irrévérences le môme Dieu de gloire , que les Juifs , pour l'avoir méconnu, crucifièrent sur le Calvaire.
Que faut-il faire pour l'entendre dignement ?
S'instruire : 1° de l'excellence de ce sacrifice ; 2° de la signification des cérémonies mystérieuses qui s'y pratiquent ; 3" des dispositions qu'il y faut apporter; k" des iruits que l'on en doit retirer.
Qu'est-ce que fait l'Eglise à la Messe?
Elle s'offre elle-même à Dieu , et avec elle tous les fidèles, afin de lui offrir tout ensemble et le chef et les membres.
Qu'est-ce donc que la Messe ?
Une prière publique et solennelle de l'Eglise, consacrée par la célébration de l'Eucharistie, où Jésus-Christ présent honore son Père, sanctifie les fidèles qui l'offrent, et s'offre avec eux à lui, joignant ainsi au sacrifice de son corps naturel l'oblaiion de Sun corps mystique : en quoi son oblation, sur le Calvaire, diffère de son oblation sur l'autel ; car sur le Calvaire il s'offrit pour lus hommes, sans que les hommes l'offrissent, ni s'offrissent ; et sur l'autel les fidèles l'offrent, et s'offrent avec lui.
Apprenez-nous une courte méthode pour entendre dignement la Messe?
Vous pouvez adorer et considérer Jésus- Christ : 1° depuis le commencement de la Messe jusqu'à l'Epître , comme pénitent; 2° de l'Epître jusqu'à l'Offertoire, comme docteur; 3" de l'Offertoire jusqu'à la Consé-
ŒUVRES COMPLETES DE DE LA CïiETAKDIE.
eration , comme prêtre; h" de la Consécration jusqu'au Pater, comme victime; 5° du Pater jusqu'à la Communion, comme aliment; 6" de la Communion jusqu'à la fin, comme remède : telles son les vues religieuses dont ont peut pour lors s'occuper, et qu'il est aisé d'étendre.
§ 1. — De lu Messe paroissiale.
Quelle Messe doit-on principalement entendre ces jours-là ?
La Messe paroissiale autant qu'il se peut , suivant l'institution ancienne.
Qui doit le plus donner l'exemple?
1° Les pères et mères de famille ; 2° les magistrats et personnes publiques ; 3° ceux qui font profession de piété.
Qui pèche contre ce devoir ?
Ceux qui par négligence , indifférence, indévotion ou mépris, se contentent d'entendre une Messe basse.
N'est-ce pas le même Jésus-Christ qu'on offre dans toutes les Messes?
Oui, mais la Messe paroissiale est recomraandable et privilégiée par-dessus les autres.
En quoi l'est- elle ?
V Elle se dit particulièrement pour les paroissiens. 2° Les prières que l'on y fait sont plus agréables à Dieu, et plus efficaces, puisqu'elles s'y font par les fidèles unis et assemblés en son nom, et qu'ils les offrent par la bouche du pasteur, comme établi sur le troupeau. 3° Elle représente mieux la charité et la communion des saints. k° Les cérémonies qui s'y pratiquent, portent à Dieu et attirent la grâce.
Quelles sont ces cérémonies ?
1° L'eau bénite ; 2° la procession ; 3" le prône; k" l'offrande et le pain bénit ; 5" la communion générale.
§ II. — De l'eau bénite.
Qu'est-ce que l'eau qu'on bénit solennellement à la Messe de paroisse ?
C'est une eau que l'Eglise consacre à des usages religieux par la prière et le signe de la croix, d'où toute bénédiction découle.
Que signifie le sel bénit qu'on mêle avec l'eau?
L'union de la nature divine à la nature humaine, et de Jésus-Christ avec son Eglise, qui en a contracté l'incorruption et la sanctification.
Quels sont les effets de l'eau bénite?
Quand on s'en sert avec foi, la elle excite la dévotion ; 2° elle réjouit et récrée spirituellement ; 3° elle purifie du péché véniel; k" elle écarte le démon, les tentations et les mauvaises pensées; 5° elle dissout les charmes et les maléfices ; 6° elle purifie l'air, et elle détourne les foudres et les tempêtes; 7Q elle guérit ou soulage les malades; 8° elle console ; 9° elle attire des grâces ; 10° elle produit divers bons mouvements et sentiments; 11° elle porte à Dieu.
Pourquoi en met-on à la porte des églises?
Pour en ressentir les bons effets, et surtout pour nous disposer à la prière, et nous marquer la pureté qu'elle exige.
Pourquoi dans les chambres?
1" Pour marque de religion, 2° pour attirer la bénédiction divine; 3° par dévotion; k° pour en chasser les esprits malins.
Pourquoi enjetle-t-onsur les morts?
Atin de marquer , 1° notre communion avec eux; 2° notre désir que l'âme du défunt soit arrosée des miséricordes de Dieu, et les flammes de son purgatoire éteintes par ces actes de religion et de charité; k° de chasser les démons qui quelquefois habitent dans les sépulcres , empêchent les oraisons des fidèles, profanent les ossements par les maléfices des sorciers ; 5° et de réveiller le souvenir de la résurrection des morts ; on arrose un arbre qu'on croit devoir reprendre vigueur.
Quand doit -on en prendre?
V Quand on se lève et qu'on se couche ; 2° qu'on entre ou qu'on sort; 3" qu'il tonne ou qu'on a peur; k" qu'on est tenté ; 5° qu'on commence la prière.
Comment faut-il s'en servir?
Il la faut prendre avec respect et piété, et et en former la croix sur son front, sa bouche et son cœur, disant quelques paroles saintes.
Quelles sont les fuutes contre l'eau bénite ?
1° Eu prendre avec le gant ; 2° n'en mettre que sur les coiffes et habits ; 3° en présenter par manière de galanterie ; k" en user par coutume et habitude , sans songer à ce qu'on fait.
Qu'est-ce que l'Eglise a dessein de marquer et de renouveler dans notre esprit par l'aspersion de l'eau bénite au commencement de la grand' Messe ?
1° Notre sanctification par le bapiême; 2° l'aspersion du sang de Jésus-Christ qui nous a lavé de nos crimes ; 3° la pureté de conscience avec laquelle nous devons assister au sacrifice, et y offrir nos prières; 4° les mouvements de pénitence et dévotion, représentés par l'eau et par le sel, dont nous devons être touchés pendant la Messe.
§ III. De la procession.
Que signifie la procession qu'on fait avant la Messe paroissiale ?
1° La venue de Jésus-Christ sur la terre, et son retour au ciel ; 2° sa vie laborieuse et voyagère; 3° le chemin qu'il fit en allant au Calvaire que l'autel représente; 4" le retour de la nature humaine vers Dieu, dont elle était sortie ; 5° les pèlerinages et stations des premiers Chrétiens aux tombeaux des martyrs; 6° la confiance avec laquelle nous allons tous ensemble aborder la bonté divine, lui faire nos prières, et lui offrir le sacrifice; 7° l'obligation que nous avons de marcher après Jésus-Christ comme les brebis après leur pasteur; 8° et celle que le clergé a de suivre de près Jésus-Christ, de montrer au peuple le chemin de la vertu, de le précéder, lui servir de modèle.
Pourquoi les ecclésiastiques marchent-ils deux à deux ?
1° Pour imiter les disciples que Jésus- Christ envoya ainsi prêcher l'Evangile. 2" En signe de la charité fraternelle.
CATECHISME DE BOURGES. — PART
Pourquoi porlc-t-on la croix mec deux luminaires et de l'encens devant la procession ?
Pour marquer : 1" que nous devons suivre Jésus-Christ crucifié, c'est-à-dire imiter ses travaux et sa patience; 2° que celui qui le suit, ne marche point dans les ténèbres; 3" qu'on va célébrer un sacrifice , qui n'est qu'une rénovation de celui de la croix ; ka pour se souvenir des premiers Chrétiens qui célébraient les saints mystères dans des cryptes ou lieux souterrains et obscurs, lors des persécutions: 5" que le sacrifice offert par Jésus-Christ a été en odeur de suavité à son Père, et que, pour assister dignement à la rénovation de ce même sacrifice, on doit y apporter un cœur qui, comme un encensoir mystique, exhale un parfum précieux de prières et de louanges vers Dieu.
Pourquoi le célébrant vient-il le dernier ?
Par conformité à l'esprit humble de Jésus- Christ qui a assigné la dernière place au premier de ses ministres.
§ IV. — Du prône.
Qu'est ce que le prône ?
Il ;i deux parties principales.
Quelle est la première ?
C'est la prière publique commandée de Dieu pour toute l'Eglise , pour la paroisse, le diocèse, le Pape, l'évêque, les pasteurs, etc. Pour les rois, princes, seigneurs, magistrats, etc. Pour les malades et les aflligés : pour la conversion des infidèles et des pécheurs : pour la sanctification des justes: en un mot, pour toutes les nécessités publiques et particulières, temporelles et spirituelles.
Cette prière est- elle agréable à Dieu ?
Sans doute , principalement se faisant en commun par le pasteur et les fidèles assemblés.
Quelle est la seconde ?
C'est l'instruction pastorale , qui fait le premier des aliments qu'on nous présente à la Messe paroissiale, où on se nourrit comme en un banquet spirituel de l'instruction, de la prière et de l'Eucharistie.
Est-elle fort importante ?
Oui, parce que, 1° elle vient de celui qui est chargé de nos âmes; 2° elle est établie et ordonnée par l'Eglise; 3e c'est elle que cette bonne mère nous recommande le plus ; i° c'est là qu'on publie et qu'on explique ses ordonnances, ses fêtes, ses jeûnes , ses observances, son esprit, et ce qui regarde le service de Dieu ; 5° le lait maternel est toujours le plus salutaire, quand même il ne serait pas le plus abondant ; G° l'Evangile est le pain des âmes, c'est au père de famille à le rompre et à le distribuera ses enfants. 7° On le donne les six jours de la semaine au corps, est-ce trop de le donner le septième à l'âme?
§ V. — De l'offrande, du pain bénit et de lu puix.
Qu'est-ce que le pain qu'on offre à la Messe paroissiale, pour être bénit et distribué ?
Un vestige du l'ancienne coutume des premiers Chrétiens 1° qui après que les catéchumènes avaient entendu la prédication, et