IV. CE QUE NOUS DEVONS EVITER
poir et la pusillanimité, 13° faire tout avec lâcheté, hors le temps, et à contre-temps.
Quelle .sera la peine des paresseux ?
De se voir mis au rang des serviteurs inutiles, et exclus du repos des saints, n'ayant pas été compagnons de leurs travaux.
Les remèdes ?
1° La ferveur, 2° la diligence, 3n la mortification corporelle.
Qui doit en général nous détromper du péché?
Ce que les saints nous en disent : 1° que le péché n'a rien de beau que l'apparence, rien de doux que le désir, rien de solide que la peine ; 2° qu'il est un hameçon trompeur, qui donne peu à manger, qUi l'ait une plaie profonde, et de qui l'attache est très-forte ; 3° qu'il est puni par la perte du bien, de l'honneur, de la santé, de la vie, de l'éternité ; i" qu'un pécheur mourant laisse son bien à des ingrats qui le dissipent, son corps aux vers qui le dévorent , son âme aux démons qui l'emportent; 5° qu'un péché commis laisse après soi le désir d'en commettre un autre; que, lors même qu'on est las du crime, on n'en est pas rassasié ; qu'on conserve la volonté de pécher, après même en avoir perdu le pouvoir; 6° qu'en pratiquant la vertu la peine passe, et le plaisir demeure; et , qu'en s'abandonnant au vice, le plaisir passe et la peine resté : pourquoi tant aimer ce qui passe, et si peu ce qui demeure? Le monde s'enfuit, et on s'y attache, que ferait-on s'il demeurait? Il est amer, et on l'aime, que serait-ce s'il était doux? 7° Qu'il est cet oignon d'Egypte si convoité, mais qu'on ne porte pas plutôt à la bouche qu'on en a les larmes aux yeux. Quel enchantement de désirer tant un déplaisir, et d'acheter si cher une perte? 8° Que la fin d'un péché est toujours le commencement d'un autre, comme il en est la peine, et que l'homicide suit l'adultère, ainsi que l'ombre le corps.
Que répondra le genre humain assemblé au jour du jugement, lorsque Dieu, à la face du ciel et de la terre, lui reprochera que, pour le vil plaisir de manger d'une pomme, il a transgressé le premier et le plus important de ses commandements, prodigué la dignité et tous les avantages dont il l'avait revêtu, et méprisé le bonheur qu'il lui avait conféré et promis: qu'au sortir du paradis, au lieu de faire pénitence, il s'est plongé dans tant d'abominations, qu'il a fallu le submerger dans ie déluge, et qu'ensuite, loin de devenir plus sage, et de garder au moins la loi naturelle ou écrite, et d'écouler tant de prophètes, il a tout à fait secoué le joug du Créateur, et s'est souillé dans un abîme d'idolâtrie et d'impiété, sans vouloir reconnaître d'autre divinité que ses passions et le démon 1 qu'enfin lui ayant envoyé son Fils unique pour le rappeler, il s'est uni aux anges rebelles, avec qui, d'un comiuun accord, il a comploté la mort de ce Fils adorable qui venait le sauver, et Ytt meurtri, attaché a une croix et tué, car ce sont tous ces pécheurs, et par conséquent
tous les hommes qui véritablement ont commis ce déicide, et dont plusieurs, par une ingratitude inconcevable , n'ont pas cessé depuis ce temps-là d'abuser des grâces qui ont découlé de cette mort précieuse, de s'attacher encore à la terre, de mépriser le salut acquis par tant de peines, et d'ajouter à l'ancien péché un nombre infini de nouveaux crimes, et cela d'une volonté bien délibérée, sans qu'aucun frein ait pu les arrêter : que répondre à des accusations si atroces? L'enfer est-il un châtiment suffisant pour tant d'attentats, s'écrie saint Chrysostome? Mais votre miséricorde, ô mon Dieu, dit le sage, suspend les effets de votre justice, vous dissimulez le péché, pour obliger ■ le pécheur à apaiser votre colère, vous changez la peine éternelle qu'il mérite, en la peine temporelle qu'il s'impose, vous détournez la vue de dessus ses péchés, lorsqu'il les regarde, vous les oubliez sitôt qu'il s'en souvient, vous n'abandonnez pas vos créatures, comme elles vous abandonnent : et il ne faut aller chercher que dans votre clémence et votre bonté la raison de toute la miséricorde dont vous usez envers les hommes.
§ [X. — Des tentations.
. Qu est-ce que les tentations ?
1° Des mouvements de la convoitise qui s'excitent en nous, et nous portent au péché; 2° une langueur d'âme et un assoupissement spirituel, qui conduit au sommeil de la mort éternelle, si on ne résiste à ses charmes.
Qui en sont les causes?
Il y en a trois : 1° le monde, 2° le diable, 3° la chair. Le monde est la pomme ; la chair, Eve; le diable, le serpent. Ainsi, tout péché est une réitération du premier, et les mêmes excuses subsistent : le serpent m'a trompé; la femme m'a séduit; le mauvais exemple m'a entraîné. Telles sont les feuilles de ce vieux figuier, dont les enfants d'Adam ;pallient encore leurs crimes et cachent leur nudité, ouvrant leurs yeux pour voir le bien qu'ils ont perdu et le mal qu'ils ont fait. Qu'aurait fait Adam, si Dieu, touché de sa pénitence, l'eût remis dans le paradis et dans sa première dignité? C'est où nous en sommes par la grâce du Sauveur. Que ne devons-nous donc pas faire quand la suggestion se renouvelle?
Pouvons-nous les vaincre?
Oui, avec la grâce de Dieu, qu'il ne nous refuse point quand nous la lui demandons humblement.
Pourquoi permet-il que nous soyons tentés?
Afin, 1° de nous éprouver, 2" de nous épurer, 3° de nous humilier, k" de nous fortifier, 5° de nous enrichir de mérites, G" de nous couronner.
Quels avantages relirons-nous de la tentation, quand Dieu nous fait la grâce de la surmonter?
On en sort, 1° meilleur, 2° plus pur, 3° plus instruit, 4° plus prudent, 5° plus utile au prochain, ti° plus capable des bonnes œuvres; 7° plus affermi dans le bien, les
vents enracinant les arbres, et les tentations les vertus. On acquiert la connaissance d© soi-même et l'habitude de s'élever et de recourir à Dieu.
Dieu ne pourrait -il pas empêcher que nous ne fussions tentés?
Oui. Mais il ne fera pas un miracle pour l'empêcher; et c'en serait un, si, portant en nous la convoitise avec tant de passions et de misères que nous a laissées le péché originel, et ayant au dehors de nous tant d'ennemis de "notre salut et d'envieux de notre bonheur, nous n'éprouvions jamais de tentations. Mais si nous ne pouvons pas les empêcher de naître , empêchons - les de vivre.
Quels objets nous tentent le plus?
1" Les plaisirs, 2° les honneurs, 3° les richesses : ces trois idoles que le monde adore.
Pourquoi cet ordre?
C'est que les jeunes gens sont tentés d'intempérance; les hommes, d'orgueil, et les vieillards, d'avarice, quoique souvent cet ordre se renverse, que les vieillards soient porlés aux plaisirs sensuels, les jeunes gens à l'orgueil, les hommes à l'avarice, et même que ces trois sortes de tentations nous attaquent toutes ensemble et toutes à la fois. Que doit-on faire dans la tentation?
1° Prier; 2° résister, surtout dès le commencement; 3° fuir l'occasion; k° s'humilier \ 5° considérer ce qu'on doit à Dieu, la beauté et la récompense de la vertu, la turpitude et la punition du péché, la difficulté de la conversion; 6° la brièveté du plaisir, et la longueur de la peine qui le suit; 7" invoquer la sainte Vierge, noire patron, notre ange gardien; 8° avoir recours à des moyens extérieurs, à l'aumône et aux pèlerinages, se mettre à genoux, prendre de l'eau bénite, faire le signe de la croix, etc.; 9° songer qu'on est devant Dieu, qui voit tout, qui regarde nos combats, qui est présent au lieu où nous sommes ; 10° découvrir sa peine à un bon confesseur; 11° Quand, par le secours de la grâce, elle est vaincue, en rendre grâces à Dieu. Heureux qui défend à ses yeux de regarder, à son cœur de convoiter, à sa chair de se révolter.
§ X. — Moyens d'éviter le péché.
Que doit-on faire pour s'abstenir du péché?
Penser souvent avec attention, 1° que Dieu vous voit; 2° qu'il peut vous perdre pour jamais, dans le moment même que vous l'offensez; 3° que vous serez éternellement damnés, si vous mourez dans le péché.
A quoi encore penser?
Aux souffrances de Jésus-Christ et à sa Passion très-amère. 1° Que c'est le péché qui l'a crucifié; 2° que vous rouvrez ses plaies quand vous l'offensez; 3° que vous le faites mourir dans votre cœur. Faut-il que le péché, qui a tant causé de peine à Jésus- Christ, fasse encore le plaisir de l'homme!
Quoi faire encore?
1" Ayez un bon confesseur, à qui vous découvriez votre cœur, vos passions et vos
tentations, et aux avis duquel vous vous soumettiez humblement ; 2" recourez au sacrement de pénitence!; 3* approchez-vous dignement de la sainte table, £" parlez souvent de Dieu et des choses du salut; 5" lisez les bons livres, et assistez aux sermons et instructions; 6° aimez et fréquentez les personnes de piété, 7° faiies des a-;tes opposés à vos mauvaises habitudes; 8° imposez-vous quelque pénitence; 9° occupez-vous aux fonctions de voire charge; 10° évitez le jeu et les divertissements mondains; 11° fuyez \e< mauvaises compagnies; 12° aimez la retraite, la lecture, la prière; 13° mondiez vos sens, votre vue, votre odorat, etc.; li° privez-vous quelquefois des consolaiions mêmes honnêtes et permises ; 13° corrigezvous des pécliés véniels; 16° défaites-vous de l'affection et de l'attachement aux créatures; 17° marchez par la voie étroite. Seigneur, disait saint Augustin lors de ses langueurs, je voulais aller à vous; mais ce che-
min étroit qu'il fallait suivre pour y parvenir me faisait peur : j'avais trouvé lo trésor, et j'hésitais encore à vendre tout pour l'acheter.
Quelle autre bonne considération peut-on faire là-dessus?
Qu'une des plus grandes illusions est de croire qu'on se délivrera de la tentation en la satisfaisant du moins une fois, parce que l'expérience du péché ne fait qu'accroître le désir qui nous y porte, et que le péché, dit saint Grégoire, que la pénitence ne détruit pas, nous entraîne par son propre poids eu un autre péché; qu'en perdant la grâce de Dieu nous perdons la force de résister; et que le corps est moins capable d'être retenu dans ses appétits, lorsqu'il a une fois goûté le plaisir de les suivre. Ainsi, on peut aisément s'empêcher de se précipiter, quand on est encore droit. Mais comment se retenir quand on est dans le mouvement de la chute?