‹ Œuvres completesChapitre 88 sur 296 · LA PASSION · texte numérisé non relu

LA PASSION

Des souffrances du Sauveur en général.

Jésus-Christ pouvait-il racheter les hom^ mes autrement que par sa mort et Passion ?

Il avait un nombre infini d'autres moyens, mais celui-ci parut plus convenable à sa justice et à sa miséricorde, voies par lesquelles Dieu se communique aux hommes :

à sa justice, puisque par l'effusion de son sang l'injure que le péché avait faite à Dieu fut pleinement expiée, et notre rançon plus qu'abondamment payée : à sa miséricorde, puisque l'homme était dans une entière impuissance de satisfaire pour le péché, particulièrement de tout le genre humain, de se guérir, de mériter le pardon, de se délivrer de l'enfer , de se rapprocher de Dieu, et de se procurer la grâce et le bonheur éternel. '< Seigneur, » dit saint Augustin, « nous aurions cru, vous voyant si éloigné de nous, no pouvoir être unis à vous et devoir désespérer de nous, 6i votre Fils, pour nous rassurer, ne fût venu se faire chair pour nous, demeurer avec nous, iet s'immoler pour l'amour de nous.» Jésus- Christ pouvait donc racheter les hommes par le plaisir et par la gloire, et il lui était facile de les faire heureux, sans se soumettre à tant de misères : mais voyant que les hommes douteraient de sa charité, si leur salut ne lui coûtait guère, et qu'ils prendraient pour prétexte de leur ingratitude ou de leur incrédulité, la facilité de leur rédemption, il voulut les sauver par L'ignominie et par r. I. 15

la douleur, afin, 1° qu'ils fussent malgré eux convaincus qu'il les aimait, elqu'ilsse vissent d'autant plus engagés à l'aimer, qu'il avait enduré toutes sortes de peines pour leur té moigner davantage son amour; 2° et qu'ils sussent qu'il ne leur suflisait pas de l'aimer, s'ils le voulaient faire utilement, à moins qu'ils ne l'aimassent comme il. les avait aimés ; 3° enfin Dieu le Père, principe de toute fécondité, n'ayant créé ce monde avec toutes ses beautés que pour l'amour de son Fils, et afin qu'on eût pour ce Fils un amour ardent, dit saint Jérôme ; ce même Fils, voyant l'injure que ce monde ingnii avait commise contre son Père, voulut .^'abaisser jusqu'à se faire homme, et mourir pour l'amourde son Père, afin de réparer l'outrage que le péché lui avait fait, qu'on eût pour ce Père chéri et si honoré un amour ardent, et qu'on apprît du Fils combien le Père mérite d'être aimé et adoré. Quel retour, quel retlux, quel réciproque amoureux!

Etait -il convenable quil mourût ainsi?

Oui, car par là nous avons, 1° connu combien Dieu aimait et estimait l'homme devenu vil à ses propres yeux, et ce qu'il valait, par le cas que son Créateur en faisait; 2° en un parfait modèle des vertus nécessaires au salut de l'homme, de l'obéissance, de l'humilité, de la pénitence, de la justice, etc. ; 3° conçu une plus grande horreur du péché, pour la réparation duquel il faut une telle victime; k° si Jésus-Christ fût mort de maladie, comment croire qu'il venait nous délivrer de nos langueurs etde nos infirmités sa mort n'eût été aussi certaine et publique, comment ne pas douter de sa résurrection? 5° s'il eût, par d'autres voies que par l'obéissance, l'humilité, la patience et les autres vertus, ravi la proie au démon, cet esprit orgueilleux et rebelle n'aurait-il pas, quoîqu'à tort, murmuré contre l'autorité qui l'eût dépoudlé ? 6° et l'homme aurait su qu'il ne le peut chasser de son cœur que par les mêmes moyens dont Jésus-Christ s'est servi pour le chasser du monde?

Quelles furent les peines de Jésus-Christ en sa Passion?

Il souffrit, 1° de la part des Juifs, des gentils, des démons, tout ce que la plus noire envie, la plus aveugle impiété et la plus horrible fureur [turent leur suggérer; 2" de ses disciples et de ses amis, qui le trahirent, le vendirent, le livrèrent, le renièrent, l'abandonnèrent; 3" des prêtres et des religieux , des magistrats et du peuple, qui l'accusèrent, le réprouvèrent et demandèrent sa mort à hauts cris ; k" des rois et des grands de la terre, des juges et des bourreaux, des soldats et des malfaiteurs, qui le méprisèrent, le condamnèrent, lu maltraitèrent, le crucifièrent, le maudirent; 5° en sa réputation, ayant été accusé d'un nombre intoni de crimes, insulté et accablé d'injures , de calomnies, de reproches, de moqueries, de railleries sanglantes; 6" en son honneur, étant traité de séditieux, de séducteur, de blasphémateur, postposé à un homicide, réputé digue d'être supplicié avec

les scélérats et les plus grands pécheurs.» 7° en son âme, par des délaissements épouvantables de la part de son Père, et par le poids effroyable de tous les péchés du monde et des peines qu'ils méritent ; 8° en son corps et en tous ses membres, ayant eu sa tête percée par les épines et meurtrie par les roseaux; son visage livide de soufflets et de coups de poings; ses mains écorchées parles liens dont on le garrotta, et transpercées aussi bien que ses pieds par les clous ; sa chair déchirée à coups de fouets ; 9° selon tous les sens : ses yeux, par la vue de la rage de ses ennemis, de la désolation de sa douce Mère, des instruments de son supplice; ces cordes, ces verges, ces fouets, cette colonne, ce roseau, ces bâtons, ces épines, ces clous, ces marteaux, celte croix, cette éponge, cette lance, ce fiel, ce vinaigre, ô Dieu, quel spectacle 1 ses oreilles, par les blaspèmes, les les menaces, les imprécations, les dérisions, les impiétés qu'il entendait : son goût, par le fiel et le vinaigre dont on l'abreuva : son odorat, par le lieu infecte des cadavres, où on le crucifia : son toucher, par toutes les rigueurs qu'on exerça sur ses membres : le Prophète ayant prédit que, depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête, ce ne serait qu'une plaie, nulle partie de son corps mystique n'étaitsans péché, nul endroitdeson corps naturel ne sera sans blessure, particulièrement à cause de la délicatesse de sa complexion, qui le rendait plus sensible à la douleur; 10" dans sa jeunesse, où la nature plus forte, plus vigoureuse , plus vive et plus capable de souffrir, résiste davantage aux tourments et aux peines, en est plus susceptible, et les sens plus dans leur entier ; 11° dans un lieu public et élevé au milieu d'une grande ville, devant un peuple infini , en plein jour; 12° par un supplice le plus long, le plus douloureux et le plus infâme; 13° joignez à cela l'idée qu'on doit avoir de Jésus-Christ, auprès duquel tout ce qui s'appelle grandeur d'âme, élévation, noblesse, générosité, n'est que bassesse et que roture ; quelle fut donc l'indignité qu'il ressentit, avec laquelle on le traita et dont il fut couvert?

Que concluez-vous de tout cela ?

Que les peines de Jésus-Christ furent, 1° immenses, dans leur nombre et dans leur grandeur; 2" intérieures et extérieures, eu l'âme et au corps ; 3° universelles et singulières, dans tous ses membres et dans chacune de ses facultés, pour tout le genre humain en général, et pour chaque âme en particulier; 4° naturelles et surnaturelles, ayant éprouvé la rage des hommes et des démons, les abattements et découragements delà nature, les délaissements et abandons de son Père; 5° pures, sans consolation, ni du côté du ciel , ni du côté de la terre.

2° Qu'il accomplit par sa Passion tous les sacrifices anciens qui la figuraient : 1° les immolations des fruits, qui, en partie, se faisaient par l'effusion des liqueurs, dans le jardin des Olives; 2° les sacrifices des animaux, dont on épanchait le sang et qu'on

écorehait, dans la flagellation; 3° les holocaustes, que l'on consumait au feu, sur la croix : expiant ainsi les péchés d'orgueil, de luxure et d'avarice, auxquels ces trois sortes de sacrifices répondent.

Que nous a- t-il procure par là?

1° Il a satisfait pour nous à la justice divine : rien n'étant plus doux à un débiteur que de dire : « J'ai payé, je ne dois rien; » 2° il nous a réconciliés avec son Père ; 3° mérité la grAce et les moyens du salut, et la mort au péché, toutes ies grâces qui font mourir en nous la convoitise, n'étant que des écoulements et des impressions de sa mort en nous, ainsi que tous mouvements de la vie surnaturelle, des écoulements de sa résurrection : combien donc est grand l 'outrage que nous commettons contre celui qui tua Je péché en lui, lorsque nouslaissons vivre le péché en nous, qui l'avait fait mourir pour nous, disent quelques saints : que la mort de la convoitise en nous soit donc une preuve de la mort de Jésus -Christ pour nous : la mort des membres une conviction, un effet, une expression de la mort du chef ; 4° délivrés des peines éternelles; 5° ouvert le paradis; 6" élevé notre nature en sa personne au plus haut des cieux, au-dessus des anges, et jusqu'au trône de Dieu môme; et toutes ces choses aussi bien qu'un nombre infini d'autres bienfaits sont les fruits de la rosée céleste qu'il a répandue sur nous de l'arbre de la croix.

Pourquoi en l'arbre de la croix ?

Un bois nous avait perdu , un bois nous devait sauver ; l'homme sensuel avait péché en Adam, l'homme pénitent sera crucifié en Jésus-Christ; l'homme désobéissant avait étendu sa uiain à l'arbre défendu, il fallait qu'il y fût cloué, et que les principaux instruments de celui qui satisfaisait pour nous fussent de bois, ou en provinssent : les bâtons, les verges, la couronne, le roseau, la lance, la croix, le vinaigre, etc. Ce fut par le bois que le genre humain échappa au déluge; Moïse, avec une verge de bois, til un nombre infini de prodiges , ouvrit la mer llouge, submergea Pharaon, délivra le peuple de Dieu, tira de l'eau d'un rocher, rendit les eaux salées et amères d'une fontaine (iOuces et potables, en y jetant un morceau de bois ; ce fut sur un poteau de bois qu'il (leva le serpent au désert : l'arche d'alliance et le tabernacle étaient de bois incorruptible; et c'est par le bois de la croix, figuré par tous les autres, que Jésus-Christ a triomphé du péché, du diable et de la mort, et qu'il règne dans l'univers : que si les prophètes l'avaient comparé, non 5 un homme, mais à un ver, Jésus-Christ, en croix, n'estil pas un ver dans un bois, dit saint Ainbroise.

Quelle différence y a-t-il entre les souffrances de Jésus-Christ et celles des hommes ?

Celles de Jésus -Christ, 1° ont été libres et volontaires, et avant qu'il les endurât, et pendant qu'il les endurait; 2° il n'avait aucun péché qui iui fût propre, ni qu'il eût héritéd'Adam ; 3' il ne souffrait que pour autrui,

c'est-à-dire pour les hommes qui, sans le savoir, punissaient en lui leurs propres crimes, ou plutôt expiaient leurs crimes par des crimes qui se condamnaient eux-mêmes en le condamnanl; qui se crucifiaient en le crucifiant : mais il fallait l'effusion d'un sang aussi précieux pour les racheter; une intercession aussi puissante pour les réconcilier; des moyens aussi efficaces pour les sauver.

Le jardin des Olives.

Quel jour Judas vendit-il Jésus-Christ aux Juifs ?

Le mercredi saint.

Combien le vendit-il ?

Trente deniers, tant Dieu est vil dans l'estime de l'homme ; tandis que Jésus-Christ donnait son sang pour racheter l'homme : tant l'homme est cher dans l'estime de Dieu.

Quand Jésus-Christ instilua-t-il le trèssaint Sacrement de l'autel ?

Le jeudi saint sur les sept heures du soir.

Pourquoi l'institua-t-il alors?

Pour être, 1° un gage de. son amour ; 2° un suplément de son absence visible ; 3° un mémorial de sa Passion ; 4° un sujet de consolation à ses disciples affligés; 5° une arrhe de la gloire que ses souffrances procureraient.

Où fut Jésus -Christ après la Cène?

Il passa le torrent de Cédron l'âme pleine d'amertume, ainsi que David autrefois fuyant son fils Absalon, et s'en alla au jardin des Olives près des murs de Jérusalem, et joignant un village nommé Gethsémani, environ sur les neuf heures du soir.

Pourquoi Jésus-Christ commença-t-il sa Passion dans un jardin, et pourquoi en fut-il mis dehors en criminel et en voleur ?

Afin que, commençant dans un jardin de douleur, la réparation du péché de l'homme qui s'était perdu dans un jardin de délices! et qui en avait été chassé par sa rébellion et son larcin, il lui méritât la grâce de rentrer dans le paradis.

Que fit-il là ?

11 se mit en prières la face contre terre, et l'esprit plongé dans un abîme inconcevable de tristesse, de désolation et d'horreur, à la vue, 1° de tant de péchés, pour lesquels il devait satisfaire ; 2° de tant d'ignominies et de peines qu'il devait soulfrir ; 3° de tant d'abandons et de délaissements, qu'il devait supporter ; 4° de tant d'âmes ingrates, qui devaient périr malgré l'effusion de son sang.

Que lui arrica-t-il alors ?

1" Il tomba dans une agonie épouvantable ; 2° il sua des gouttes de sang et d'eau en si grande abondance, qu'elles découlèrent sur la terre ; 3" un ange s'apparut à lui pour le conforter; voulant ainsi témoigner qu'il était homme, qu'il avait pris sur lui nos infirmités, et qu'il ne faut point se décourager, quoiqu'on prie sans succès, et sans consolation.

Pouvait-il s'exempter de souffrir?

Oui; mais combien les soull'rances me le rendent-elles cher, dit saint Amhroise : et

ito

combien lui suis-je plus obligé d'avoir pris ma tristesse, que ma joie; ma pauvreté, que mes richesses; mes douleurs, que mes plaisirs : ses pleurs m'ont mérité les ris; ses vils haillons, une robe de gloire; le fer qui déchira le voile de sa chair, déchira l'arrêt de ma condamnation ; les blessures qu'on lit à son corps, guérirent les plaiesdemon cœur, et le dernier coup qui lui donna la mort, m'a rendu la vie.

Qui l'obligea donc à souffrir, et à tant s'attrister ?

1° Son zèle pour son Père ; 2° son amour pour l'homme; 3° sa haine pour le péché ; h° il voulut par sa tristesse expier la vaine joie des pécheurs ; suppléer au peu de regret qu'ils ont d'avoir offensé Dieu, et de s'être mis en état de le perdre pour jamais; leur obtenir la grâce de faire un bon usage des angoisses où ils se trouvent quelque fois réduits ; enfin les racheter de la tristesse éternelle à laquelle ils étaient condamnés, et leur mériter une joie sans fin.

Qu'arriva-t-il ensuite?

Judas, devenu en un momentd'apôtre chef des scélérats, vint à la tête d'une troupe de soldats, il s'approcha de Jésus-Christ, et il le baisa, pour le faire connaître à ce signe, afin qu'on le prît sûrement.

Jésus-Christ refusa-t-il ce baiser.

Non., il appela même Judas son ami, sans doute pour le toucher par ce terme de confiance et de tendresse, et lomme pour lui dire : Qu'allez-vous faire, mon fils, arrêtezvous, que vous ai-je fait? n'achevez pas de vous perdre. Voyez que celte trahison n'a pas éteint ma charité pour vous, ni le souvenir de celle que vous me témoignâtes quand vous quittâtes tout pour moi, et dont je voudrais encore embraser votre cœur.

2° 11 lui demanda à quel dessein il était venu, comme s'il l'eût ignoré, atin de lui faire comprendre que son crime était tel, qu'on avait peine à se l'imaginer, et quelle étrange suite il aurait.

3° Il souffrit donc qu'il le baisât, tâchant par son souffle amoureux qui donne la vie a toutes choses, de ranimer son âme morte par le péché.

4° Il lui dit néanmoins qu'il trahissait le Fils de l'homme p;ir un baiser, voulant lui causer du remords de ce qu'il faisait servir à la perfidie, le gage le plus établi et le plus inviolable de l'amitié, et de ce que, par une ingratitude qui n'aura jamais d'exemple parmi les hommes, il trahissait un homme qu'il n'eût pu trahir, si pour lui, de Fils de Dieu il ne se fût fait Fils de l'homme. Car, c'est comme s'il lui eût dit, selon .^aint Ambroise : lngr-it qui vends en moi ce que j'ai pris pour toi !

5° S'adressant ensuite aux soldats, il leur demaida par deux fois qui ils cherchaient, et les obligea de répondre autant de fois, qu'ils cherchaient Jésus, afin qu'ils vissent bien que c'était leur Sauveurqu'ils voulaient perdre ; leur libérateur qu'ils voulaient enchaîner ; relui qui venait leur procurer la vie, qu'ils voulaient faire mourir.

6° Leur ayant répondu : « C'est moi, » ce mot, comme un éclair de sa divinité renversa par terre ces hommes terrestres. Tombant ainsi à la renverse, il parut qu'ils tombaient repoussés par la vertu de cette parole puissante, et rejetés de devant la face du Seigneur, ainsi qu'il arrivera aux réprouvés au jour du jugement, et qu'il arrive aux pécheurs qui font de grandes chutes, lesquels ne voient ni le lieu où ils tombent ni les suites funestes de leur chute ; qui ne se relèvent que difficilement, et qui ne le sauraient s'ils ne se tournent et ne regardent la terre par la considération profonde de leur bassesse et de leur néant.

7° Après quoi saint Pierre voyant que les soldats se saisissaient de son cher Maî're, etlemallraitaient, lira l'épée et coupa l'oreille a l'un d'eux, domestique du pontife : Jésus l'en reprit, et remit l'oreille à cet homme ; ce qui signifiait, selon saint Ambroise, que les Juifs par leur surdité volontaire seraient d'abord privés de la prédication apostolique, mais qu'un jour Jésus-Christ leur rendrait l'ouïe de la foi ; puis il donna toute liberté aux soldatsde le lier, et de l'emmener prisonnier.

8° Pour lors les disciples le voyant pris et garrotté, l'abandonnèrent, et s'enfuirent à la mode des amis du monde, laissant seul celui qui devait seul payer pour tout le genre humain lequelavail véritablement ditdans ledésespoirde son salut, par la bouche de Caïphe : Il est nécessaire qu'un seul meure pmr tous, de peur que tous ne périssent. Saint Pierre toutefois le suivit, mais de loin.

Que concluez-vous de ces miracles ?

Que ce ne fut pas par impuissance que Jésus-Christ se laissa prendre, lier, immoler, ainsi qu'un lsaac, un Joseph, un Samson, etc.; vu, 1° qu'il parut tout-puissant au milieu même de ses faiblesses et de ses infirmités volontaires ; 2° qu'il réprima le zèle de saint Pierre, qui le défendait ; 3° qu'il guérit la blessure de Malchus qui le maltraitait; k" qu'il se livra dans le temps qu'il délivrait tous les hommes en lapersonne desapôtres, auxquels il conserva la liberté aux dépens de la sienne, ordonnant aux soldats qui le retenaient, de les laisser aller comme ils firent : nous délivrant ainsi en eux d'entre les mains des satellites de la justice divine que nous craignons tant, en se mettant lui-même entre les mains des satellites juifs qui Je haïssaient tant; rompant nos liens en se laissant garrotter ; nous élargissant en se laissant emprisonner ; nous absolvant en se laissant condamner; nous détachant de la potence en s'y laissant clouer ; 5° il aprit à tons ses disciples, en la personne de saintPierre, qu'il ne fallait défendre ni son corps naturel, ni son corps mystique par aucune violence, sous prétexte même d'en soutenir les intérêts ; qu'on ne conserve la vérité que par l'humilité; que saint Pierre blessant Malchus avait blessé sa patience, laquelle avec la résignation étaient les deux épées qu'il, leur laissait pour toutes armes ; il montra donc par sus miracles qu'il était Dieu, et par ses

souffrances qu'il élail homme; 6" i| voulut enfin par cet enchaînement réparer le mauvais usage que nous faisons de notre liberté, nous mériter celle des enfants do Dieu, nous consoler dans nos impuissances, nous délivrer de l'esclavage du démon, nous empêcher d'étendre nos mains à l'iniquité, et lier celles de la justice divine.

Anne et Caïple.

Du jardin des Olives, où les soldats conduisirent-ils Jésus-Christ ?

Chez les grands prêtres Anne et Caïphe, qui se le renvoyèrent l'un à l'autre (ces méchants s'honorant ainsi, et triomphant aux dépens de l'innocent), où tous les scribes et les docteurs de la Loi s'étaient assemblés pour y tenir à son sujet ce dernier de leurs trois conciles, dans lequel ils achevèrent de perdre l'esprit de vérité, eux qui autrefois en avaient tant honoré l'ombre. Elle fut entière dans le premier, décidant que le Christ devait naître à Bethléem. Elle s'affaiblit dans le second, prophétisant, mais par un principe erroné, que le Sauveur mourrait pour le peuple. Elle s'éteignit dans celui-ci, auquel l'esprit de ténèbres présida, passant du pontife et de la Synagogue à Jésus-Christ d'où elle émanait, et à son Eglise. Assemblée nocturne, où l'obscurité extérieure, fut infiniment moindre que l'intérieure qu'elle figurait ; il était dix à onze heures du soir.

Trouvèrent-ils quelque prétexte à leur haine et à leur cruauté}

Non, quelque artificieux que fussent les faux témoins, et quelque prompts que soient les pécheurs à décrier la vertu quand elle est blâmée, et à accuser les justes quand ils sont malheureux , son innocence était trop visible. Celte éternelle vérité ne put être obscurcie par le mensonge ; cependant un ministre lui donnant sans raison un soufflet, comme s'il eût dit quelque chose d'injurieux au pontife, dont il honorait la dignité, il s'en justifia; expiant par cet affront les crimes que la complaisance pour les grands, la flatterie, ou l'intérêt, font si souvent commettre à leurs courtisans, et nous montrant, par la inodéralion de sa réponse, la gloire qui reluit dans une injure bien soufferte, et que s'il n'y a rien de plus i joom'inieux selon le momie qu'un soufflet reçu, il n'y a rien de plus grand selon Dieu qu'un soufflet patiemment enduré. Après quoi il souffrit le reste des douleurs et des opprobres dont on l'accabla, en silence et avec une souveraine tranquillité; le Prophète ayant prédit qu'il présenterait son visage aux coups, ainsi qu'une pierre dure, ou impénétrable à l'impatience.

Que firent-ils au défaut de preuves?

Ils l'interpellèrent de la part de Dieu qu'il eût à dire s'il n'était pas le Christ, le Fils du Dieu vivant; le Messie si promis de sa part, se servant ainsi de la religion pour commettre la plus grande des impiétés et vérifiant qu'il n'est rien de plus pernicieux ni de plus redoutable, qu'un méchant homme qui se couvre du masque de la

justice et du zèle, pour colorer sa malice et contenter sa passion.

Que répondit -il?

Il confessa la vérité, quoiqu'il vît bien que cet aveu lui coûterait la vie; et par celte confession il mérita le titre et la qualité de chef des martyrs : qu'ils disaient vrai; qu'il était le Messie, le Fils du Dieu vivant, et qu'ils le verraient un jour venir dans les airs: parlant exprès du jugement dernier, comme de la considération la plus puissante, et la pi us capable d'intimider les pécheurs, et d'obliger ceux-ci à prendre garde au jugement qu'ils allaient porter.

Que dirent-ils à cela ?

Ils n'en voulurent pas savoir davantage, aussi cela seul suffisait pour leur salut.

2° Le grand prêtre, faisant l'indigné, se leva de son siège et déchira ses vêtements, ne voyant pas qu'avec eux il déchirait sa religion, sa puissance et sa dignité, qui avec sou trône qu'il laissa vide en se levant, et son autorité, s'en allaient tomber.

3" Il feignit d'avoir ouï avec une grande horreur ce prétendu blasphème , que sa haine lui avait fait entendre avec un extrême plaisir : il en sera rassasié dans les enfers.

k° Ils le condamnèrent tous à la mort, renonçant par ce moyen à la vie qu'il était venu leur apporter.

5" Ils mirent un bandeau devant les yeux de la vérité incarnée, !e couvrant ainsi euxmêmes de ce voile d'incrédulité qui les aveugle; se condamnant à ne le voir et à n'en être plus vus ni regardés d'un œil favorable ; consentant qu'il ne veillât plus à leur conservation ni à leurs besoins, et imitant les pécheurs qui voudraient se dérober aux regards de Dieu, qu'ils ne peuvent supporter.

6° Ils lui lièrent les mains, ne songeant pas qu'ils se privaient en même temps de sa protection et de ses bienfaits.

7" Ils couvrirent de crachats celte face, dont l'éclat fait le bonheur des saints : ils n'en verront jamais la beauté ni les charmes; ils y trouveront éternellement les marques de leur crime, et le sujet de leur condamnation, et ils seront chassés sans retour de devant la face de Dieu.

8° Ils le livrèrent à leurs satellites, méritant par cet attentat de devenir les esclaves et le jouet de tous les peuples, le rebut et la lie du genre humain.

9° Ils affectèrent de l'humilier en sa qualité de roi, de prêtre, de prophète et do juge. De roi, fléchissant par dérision les genoux devant lui. De prêtre, meurtrissant son visage et sa tête. De prophète, lui disant qu'il devinât celui qui l'avait frappé. Dt> juge le condamnant au dernier supplice ; sans prévoir que par là ils éteignaient pour toujours en eux la royauté, le sacerdoce, l'esprit de prophétie, et la gloire de leur naiion.

tO" Enfin tous ensemble ils commirent tant de crimes contre sa personne adorable,

4ti7

ils lui firent souffrir lant de cruautés et d'ignominies pendant toute la nuit, que les saints assurent qu'on ne les saura qu'au jour du jugement, oùTiniquilé du leur paraîtra à tout l'univers.

Qu'arriva-t-il encore cette nuit chez les pontifes ?

Saint Pierre s'étant imprudemment exposé dans celte maison de tentation, et engagé dans la mauva.se compagnie de leurs satellites : affaibli déjà par sa présomption précédente, par son peu de foi à la prophétie de sa désertion, par son sommeil dans la prière, par sa fuite et par sa lenteur à suivre Jésus- Christ de loin ; le renia, non sur l'interrogation des juges, ni sur les menaces du pontife, mais à la parole d'une simple servanle. La voix d'une misérable portière jeta l'épouvante dans le cœur du portier du ciel ; une chélive fille qui tenait en sa main les clefs de la maison d'un prêtre, triompha de ie!ui qui portait les clefs du royaume de Dieu, et encore une fois Eve ouvrit la porte au péché, l'introduisant dans le cœur de l'homme. Il ajouta bientôt le serment au mensonge ; et au parjure le blasphème et l'exécration. Il s'était vanté de plus de force et de courage que le reste des apôtres, il en eut le moins : il oublia la prédiction de sa chute avec le sentiment de sa faiblesse; il apprit par sa triste expérience qu'il n'avait pas reçu la clef du royaume des cieux, pour ne l'ouvrir qu'aux innocents, et que le palais des grands est souvent un dangereux écueil à la vertu des ecclésiastiques. Jésus le regarda et l'excita à pénitence, il sortit, et il commença à pleurer amèrement son péché, dit l'évangéliste, pour marquer qu'il ne finit ses larmes qu'avec sa vie , dit saint Clément.

Pilaie et Hérode.

Que firent les prêtres quand le jour fut venu?

Après avoir condamné Jésus-Christ pour un crime prétendu de religion, ils voulurent le faire condamner pour un crime d'Etat: ils le conduisirent sur les huit heures du malin à Pilate, intendant de la Judée pour les Romains, afin qu'il le crucifiât : ils prétendaient par là rendre sa condamnation plus célèbre, sa mort plus profane, le genre de son supplice plus ignominieux, leur conduite moins odieuse et moins suspecte, enfin se disculper d'un si injuste homicide, et le rejeter sur autrui, ne sachant pas l'abandon qu'ils taisaient par là du Messie en faveur des gentils, à qui ils le livraient comme un autre Joseph aux Ismaélites ; encore moins que les faisant concourir, aussi bien qu'eux, à sa mort, ils la rendraient ulde à tous deux.

Comment Pilate les reçut-il ?

Instruit de leur malice et de l'innocence de Jésus, il voulut le délivrer; chose admirable, deux étrangers parlèrent seuls pour Jésus-Christ en sa Passion, Pilate et sa femme, et non aucun Juif ! Il l'interrogea néanmoins devant les piètres, les scribes et les pharisiens, sur plusieurs faits qu'ds lui imposèrent, car ils prétendaient lui ôter l'hon-

neur avant que de lui ravir la vie, sans qu'ils pussent les prouver, nique Jt'sus répondît un seul mot pour sa justification, quelque instance que ce juge lui en fît. Nouveau spectacle, et que Pilate étonné ne put comprendre, effrayé d'ailleurs par certaines visions de sa femme, qui, quoique païenne, s'inléressanl dans la réputation et la vie de Jésus-Christ, lorsque les Juifs le déshonoraient et le poursuivaient à mort, lui manda de n'avoir rien à démêler avec ce Juste (présage de la conversion prochaine des gentils, et de la réparation du péché d'Eve qui n'inspira que des sentiments d'injustice et de mort à son mari); apprenant qu'il était de Galilée, il le renvoya à Hérode, roi de celte partie de la Judée, pour lors à Jérusalem, afin qu'il le jugeât.

Que fit Hérode ?

L'ayant vu comme il le souhaitait depuis longtemps, et ne pouvant en tirer aucune parole, ni aucun miracle, qu'il ne demandait que pour satisfaire sa vaine curiosité : incapable d'ailleurs de comprendre que la patience du Sauveur était un prodige sans exemple, et son silence un langage aussi éclatant qu'inouï, il le méprise avec toute sa cour. Ce petit prince, à la tête de quelques soldats, insulta au grand Dieu des armées; il traita de fou et de roi de théâtre la Sagesse éternelle et le Souverain de l'univers: marquant ainsi, sans y penser, le caractère du péché des princes impies et des gens de guerre, pour lesquels Jésus-Christ satisfaisait, c'est-à-dire une espèce d'athéisme, ou de dérision des choses saintes et de toute religion, qui ne passe souvent dans leur esprit que [tour une politique et une fable ; et ces cérémonies les plus sacrées, pour une comédie : avides au reste de miracles et de signes extraordinaires. Ensuite le revêtant d'une robe blanche, il le renvoya en cet état, chargé d'opprobres, à Pilate, Hérode et lui devenant amis dès ce jour, d'ennemi;» qu'ils étaient auparavant, et recevant ainsi le bien pour le mal, puisque notre Roi pacifique, finissant leur inimitié mutuelle, donna à chacun d'eux, parcelle réconciliation , un puissant ami : il était près de dix heures du malin.

Que signifiaient ces choses ?

1° Que Jésus-Christ, par sa mort, réconcilierait le peuple juif et le peuple gentil, les unissant tous deux par une même foi ; 2" que la reconnaissance du Yrai Dieu passerait tour à tour des Juifs aux gentils , et des gentils aux Juifs ; 3° que les Juifs et les gentils persécuteraient le corps mystique du Fils de Dieu, aussi bien que son corps naturel ; 4" que la sainteté chrétienne serait folie aux yeux des mondains toujours unis à la décrier et à la tourner en ridicule ; 5" qu'à ce prix nous recouvrerions la robe d'innocence dont Adam avait été dépouillé; 6" et que Jésus-Christ expiait le péché que le luxe des habits fait si souvent commettre, particulièrement dans la cour des princes, d'où, comme d'une source empoison-

née, il se répand impérieusement clans tout l'Etat.

Et ce silence de Jésus devant lier ode, Pilât e et ses accusateurs?

1° Qu'il voulait mourir pour nous sans disputer sa vie; 2° que nos péchés dont il s'était chargé, et pour lesquels il satisfaisait, étaient sans excuse; 3° que les rois et les grands de la terre seraient les derniers à écouter la parole de vie; k° que Dieu ne châtie jamais plus rigoureusement les pécheurs que quand il ne leur dit mot. 5° Hérode ayant refusé d'entendre la vérité de la bouche de saint Jean-Baptiste, qui était la voix de Jésus-Christ, méritait de ne l'entendre plus. 6° Les Juifs n'avaient aucun droit de l'accuser étant leur roi. 7° Leurs accusations frivoles et tumulluaires se détruisaient d'elles-mêmes. 8° Les impies eussent pu dire qu'il avait lâché de se justifier sans avoir pu en venir à bout , et il avait résolu de les convaincre, que rien ne lui donnait la mort que le désir de leur procurer la vie. 9" Il ne voulait pas nous accuser, car c'était, non lui, mais eux et nous, qui tous ensemble, nul excepté, élion- coupables, ou plutôt atteints et convaincus de tous les crimes qu'on lui imputait, et pour lesquels on le faisait mourir, et d'être de vrais séditieux, rebelles, pécheurs, publicains, gourmands, ivrognes, amis des pécheurs, transgresseurs des lois , séducteurs, impies, blasphémateurs, démoniaques, etc., indignes d'entendre le Verbe divin, même à présent, dans l'Ecriture. 10u Le mystère de la croix est incompréhensible à la raison humaine.

Barabbas, la flagellation, le couronnement d'épines. VEcce homo.i

Que fit Pilate quand Jésus eut été renvoyé ?

Ce qu'il put pour fléchir les Juifs, mais inutilement: condescendant donc à leur fureur, il leur dit :

1° Que ne trouvant point de crimes en Jésus, il le ferait châtier et flageller , puis le laisserait aller. Horrible conduite ! pourquoi vous contredites-vous ? sentence inique!

Déclarer un homme innocent et le punir cruellement I le délivrer pour satisfaire à sa conscience , et le déchirer [tour contenler l'injustice et l'animosilé ! reconnaître la vérité, et la sacrifier à la passion et au respect humain! Que Pilate a d'imitateurs, qui, ne pouvant accorder Dieu et le monde, tout considéré , préfèrent enfin le monde et les scélérats à Dieu, puis délibèrent avec ce lâche et politique magistrat, ce qu'ils feront de ce Jésus dont la doctrine, les lois, les exemples et les menaces les embarrassent et les intimident I

2° Auquel ils aimaient mieux faire grâce, 5 Barabbas, voleur insigne, qui dans une sédition populaire de Jérusalem avait fait un homicide, et se trouvait déjà saisi par la justice, ou à Jésus. Ils préférèrent Barabbas, «lui veut dire fils d'Adam , selon saint Ambroise, au Eils de Dieu: le méchant fut délivré, et le juste condamné, ce qui figurait

que le Sauveur innocent se niellait en la la place de l'homme criminel, car ce Barabbas est tout le genre humain, et subissait la peine due à Adam, coupable, l°de sédition, pour s'être révolté avec les anges rebelles contre Dieu, dans la sainte cité, ou le paradis ; avait causé la sédition universelle qui dure encore dans le monde contre le Créateur, et laissé à ses descendants cette malheureuse indocilité ; 2° de vol, pour avoir aussi bien qu'eux voulu ravir la divinité ; 3° de meurtre, pour s'être donné la mort et à toute sa postérité.

Qu'arriva -t-it ensuite ?

Pilate voyant le tumulte augmenter, mit sur les onze heures Jésus-Christ entre les mains de ses soldats, qui assemblant toule la cohorte dans le prétoire, dépouillèrent ce nouvel homme de ses vêtements, l'ancien après avoir perdu la double robe d'innocence et d'immortalité, ayant voulu vainement cacher son crime, sa honte et sa nudité sous des feuilles de figuier : ils l'attachèrent è une colonne, et le déchirèrent à coups de fouets, lui faisant ainsi expier l'effronterie et la sensualité des pécheurs qui dépouillent toute pudeur pour s'abandonner sans honte au péché déshonnête; après quoi le. revêtant d'un vil manteau d'écarlate , image de la robe pontificale, toute tachée de nos crimes, lui mettant un roseau à la main, et entourant sa tête d'une couronne d'épines, nouveaux fruits que la terre produisait à ce nouvel Adam, et figure des inquiétudes mortelles, des chagrins et des remords cuisants, dont la conscience des réprouvés sera à jamais bourrelée et déchirée par les ministres de la justice divine , et par ce ver rongeur qui donnera des afflictions perpétuelles ; ils le saluèrent par dérision comme roi des Juifs, ils lui donnèrent des soufflets, ils le frappèrent à coups de roseaux sur la tête, et ils le couvrirent de crachats: c'est ainsi que Jésus-Christ par ce supplice infâme, destiné aux esclaves, par ce diadème de douleurs et d'opprobres, par ces larmes de sang, et ces crachats, expiait les péchés de notre sensualité,de notre superbe, etde cette vanité dontles tilles d'Eve déshonorent leur visage, ou plutôt l'ouvrage du Créateur, et nous méritait la grâce de mortifier notre corps, de régner sur nos convoitises, et de posséder une couronne de gloire : et que devenu le jouet des créatures , il réparait l'audace des pécheurs qui se jouent du Créateur : le crime des faux amis qui déguisent la vérité, ou des ennemis déclarés qui sont de véritables outrages : et le sacrilégedes hypocrites qui ne lui rendent qu'un culte moqueur.

Que fît ensuite Pilate ?

Il prit avec lui Jésus, devenu par tant de plaies le miroir et l'hostie d'une conscience criminelle, telle que celle des Juifs, et le mena sur un perron élevé, pour le montrer en ce pitoyable état au peuple et aux prêtres, croyant les attendrir par ce spectacle, et leur dit : Ecce homo. « Voilà Vhomme. » Comme s'il eût dit : Voilà l'état où le péché, la pénitence, i'amour et la justice divine ont

OKU VUES COMPLETES DE DE LA ClIETAIlDIE.

réduit l'homme pour s'être voulu faire roi ; voilà l'homme de douleurs prédit par vos prophètes, reconnaissez vos Ecritures: voilà votre nouveau Salom'on avec le diadème, dont la Synagogue sa mère l'a couronné au jour de ses épousailles et de la joie de son cœur. S'il change plusieurs ^fois d'habit à la mode des anciens époux le jour de leurs noces, ce n'est que pour mieux enflammer votre amour par la vue des humiliations et des douleurs qu'il a endurées pour vous,dont ces vêtements tantôt blancs et tantôt rouges sont le symbole, et par eux vous méritez la candeur de l'innocence et la pourpre de la gloire. Sortez filles de Sion, accourez, et voyez.

Que dirent les Juifs quand ils le virent ?

Ils crièrent tous: Crucifiez-le, crucifiez-le ! marquant par cette clameur réitérée, avec leur implacable aversion, une ferme et persévérante résolution de devenir les persécuteurs du corps naturel et du corps mystique du Fils de Dieu.

2° Pilate, qui s'opposait à la mort de Jésus- Christ, par-ce qu'il était innocent, ne sachant pas que son innocence même était la cause de sa mort, et que s'il eût été coupable, il «ût fallu qu'un autre fût mort pour lui , s'étant encore une fois assis dans son tribunal, disposé en un autre endroit, leur montra de nouveau Jésus, et leur dit par une inspiration, dont sans doute il ne comprenait pas la force : Voilà votre roi ! Mais ils crièrent tous : Toile, toile, « Oiez-lc, ôtez-le,» de dessus la terre, de devant nos yeux. Aveugles, qui ne comprenaient pas qu'ils se dégradaient eux-mêmes, et qu'avec la lumière de la foi, ils perdaient la dignité d'enfants d'Israël, c'est-à-dire voyant Dieu, pour ne plus envisager le Dieu de leurs pères.

3° Pilate, en sa conscience déjà Chrétien, si l'on a égard à sa relation à Tibère, à l'expression de Tertullien , répliqua : Crucifierui-je votre roi? Vérité terrible, Jésus-Christ, fut moins connu des religieux, des prêtres, et du souverain pontife, que d'un juge idolâtre, qui informe de Jésus-Christ que son royaume n'était pas de ce monde, mais de l'autre, duquel il se mettait peu en peine, à la mode des gens du siècle, et ne voyant rien à craindre du côté de son ambition, pouvait peut-être soupçonner qu'il était un homme extraordinaire, promis du Ciel aux Juifs, pour réformer leur religion et leurs mœurs corrompues, et attendu d'eux sous le titre de roi ; mais dont l'empire ne devait donner aucune jalousie à la puissance romaine: au lieu que ceux-là ne le connaissaient par aucun endroit. En effet, les Juifs, déjà réprouvés, et devenus infidèles, protestèrent à haute voix qu'ils n'avaient point d'autre roi que César, se soustrayant de cetlesorte à la domination et à la protection de Dieu, pour se soumettre à la tyrannie des princes païens, qui les exterminèrent, qui les vendirent comme des esclaves, qui détruisirent leur pays, et firent de la Judée leur patrimoine , ainsi que Josèphe le rapporte expressément ; qui brûlèrent et rasè-

rent leur temple, passant la charrue sur ses ruines, et posant leur statue équestre sur le Saint des saints, ou le sanctuaire : qui les chassèrent delà Palestine? avec défense d'y mettre le pied sous peine delà vie, excepté une fois l'an, qu'ils achetaient bien cher la liberté d'y venir pleurer, et qui les obligèrent à payer annuellement au temple de Jupiter Capitolin à Rome, le didrachme qu'ils payaient auparavant à Jérusalem au temple de Dieu vivant.

4° Knfin Pilate n'ayant rien omis de ce qui dépendait de lui pour toucher ces inhumains, fit porter un bassin, et à l'imitation de bien des pécheurs, il lava publiquement ses mains, et non sa conscience souillée, déclarant, qu'il était innocent de la mort de ce juste, et que c'était aux Juifs à prendre garde à ce qu'ils allaient faire; mais ils crièrent tous hardiment et comme de concert : Que son sang soit sur nous et sur nos enfants, voulant bien qu'eux et leurs descendants portassent à jamais la peine de ce prétendu homicide, estimant ainsi Jésus-Christ moins qu'un homme, et qu'ils ne s'attireraient aucun châtiment pour l'avoir tué.

5° Cela fait, Pilate craignant qu'on ne le rendît suspect auprès de l'empereur, pour avoir laissé vivre un homme accusé de prendre la qualité de roi, et voulant plaire à ce peuple séditieux et méchant, leur livra Jésus, après l'avoir con.lamné à être crucilié, suivant leurs désirs. Midi n'était pas loin.

Le crucifiement.

Que se passa-t-il ensuite ?

On dépouilla Jésus-Christ de ces habits ignominieux, pour lui redonner les siens: figures de nos propres œuvres , que seules nous portons avec nous au sortir de ce monde : on le chargea d'une pesante croix , et accompagné de deux voleurs, que les Juifs pour le confondre avec les malfaiteurs voulurent qu'on suppliciât avec lui (la vérité étant toujours proscrite en la compagnie des pécheurs) on le fit marcher en cet état vers le Calvaire, petite montagne destinée au supplice des criminels, hors les murs de Jérusalem, pour montrer,: 1° que la yertu du sacrifice de la croix, loin d'être renfermée, n'aurait aucunes bornes, et se répandrait dans tout l'univers ; 2° que les Juifs chassant Jésus-Christ de leur ville, il se retirait chez les gentils jusque-là hors du bercail du peuple de Dieu; 3° que ce triste voyage était la représentation de la vie chrétienne, c'està-dire un continuel portement de croix après Jésus-Christ; 4° que ce n'était plus dans les sacrilices du temple qu'il fallait chercher le salut, mais dans celui de ce nouveau Isaac allant à la montagne , chargé de bois de son immolation et de tous les péchés du monde, ainsi que l'ancien bouc émissaire mis dehors et envoyé par le grand piètre pour être la victime de la colère de Dieu, et la détourner de dessus la tête du peuple. Aussi fut-ce sur le Calvaire même, comme observent les saints Pères, qu'Abraham ofl'ril en sacrifice son lils , ou plutôt ce

bélier couronné d'épines ; et qu'on ensevelit Adam, le père commun île tous les hommes afin qu'on vit encore mieux qui* le Sauveur mourait pour donner la vie à toute la postérité de celui qui la lui avait ôtée par son crime; et que tout ainsi qu'Ahel, le premier des justes, et l'image parfaite de Jésus- Christ, avait été conduit de sa maison au milieu de la campagne par Gain son frère, pour l'y massacrer : ainsi les Juifs, frères du Sauveur selon la chair, le menèrent hors la ville de Jérusalem , pour tremper leurs mains dans son sang. Après cela faut-il s'étonner s'ils accomplissent la vérité dont Caïn avait été la figure, fugitifs par toute la terre de devant la face du Seigneur, pour avoir épanché ce sang innocent; tremblants à la vue de celui qu'ils ont pendu à une croix , et portant partout le signe de la circoncision ,que Dieu leur laisse , pour les distinguer des autres nations de la terre , afin qu'ils nu soient point exterminés , ainsi que ces autres anciens peuples qu'on ne connaît plus que par l'histoire.

Quarriva-t-il en chemin?

Jésus-Christ, accablé de tant de peines et de maux, tomba de lassitude sous le poids de sa croix : il satisfaisait pour les pécheurs que le fardeau des iniquités et la pesanteur de la vengeance divine écrasent : les soldats qui le menaient trouvant par occasion un étranger nommé Simon le Cyrénéen, l'en chargèrent pour la porter après lui, ce qui signifiait que le peuple gentil , étranger des Testaments, prenait sur lui la croix du Rédempteur, préférablement au Juif, et que les martyrs arboreraient ce trophée. 11 était midi.

Que fit-on au mont du Calvaire?

On arracha à Jésus-Christ ses habits collés sur ses plaies, habits qui loin d'arrêter le sang comme à l'hémorroïsse,Ie tirent découler de toutes parts en abondance : celte céleste rosée après avoir humecté la toison de ce nouveau Gédéon , ou la seule Judée, tandis que le reste du monde était à sec, devant laisser à sec la Judée, et humecter le reste du monde. Ensuite on étendit ce divin Agneau sur la crois, on l'y attacha avec des clous de 1er, dont on perça ses mains et ses pieds , on l'éleva sur la croix entre deux voleurs, l'un à droite et l'autre à gauche, et Jésus au milieu: on l'abreuva de fiel et de vinaigre. Là les railleries sanglantes, les dérisions, les moqueries et les insultes des scribes et pharisiens , des prêtres et des soldats, et de presque toute la nation juive, le couvrirent de honte et de confusion : on partagea ses habits, on les tira au sort, on les joua, et on conclut qu'il n'était pas Fils de Dieu, parce qu'il se laissait attacher à une potence, ni tout-puissant , puisqu'il n'en descendait pas.

Que fit Jésus à l'arbre de la croix?

Il se tut au milieu de cet océan de douleurs et d'ignominies , il y montra une patience héroïque , il ne parla que pour pardonner à ses ennemis , que pour prier pour ceux qui le crucifiaient, que pour y exercer ainsi

l'ofiîce de prêtre et de victime, et que pour donner aux fidèles en la personne (Je saint Jean, la sainte Vierge pour Mère, et la rendre ainsi la mère de son corps mystique, comme elle l'était de son corps naturel, de celui-ci dans la joie, de celui-là dans la douleur.

Qui pourrait exprimer ce que souffrit alors cette Mère désolée au pied de la croix?

Personne. En effet , pour peu d'amour qu'on ait envers quelqu'un , s'il souffre de grandes douleurs on ne peut fias en être légèrement touché : et quand on l'aime beaucoup, quoiqu'il souffre peu, on n'est pas médiocrement affligé. Mais quand on aime beaucoup, que la personne endure de grandes douleurs, et qu'on les voit, on ne peut dire la douleur que la compassion donne : il faudrait avoir autant d'amour pour Noire-Seigneur et la sainte Vierge, et voir ce qu'elle voyait, pour pouvoir parler de ce qu'elle souffrait. Les clous qui perçaient les pieds et les mains du Fils, perçafent le cœur de la Mère: elle ressentit vivement tous les coups, toutes les blessures, tous les outrages, tous les mauvais traitements qu'on lui fit ; et le glaive de douleur, comme il lui avait été prédit , fut d'autant plus douloureux, qu'il ne perça pas son corps, mais son âme : blessures, plaies, douleurs d'autant plus aiguës, plus vives, plus profondes, qu'elles étaient plus intérieures. Une Mère, une telle Mère , voir un Fils, un tel Fils, souffrir le dernier supplice, si cruel, si long, si douloureux, si sanglant, si horrible, si honteux 1

Que fil encore Jésus-Christ sur la croix?

Il assura au bon larron, qui se convertit à la croix, qui se reconnut en cet état et qui ravit véritablement le ciel , que ce jour même il serait en paradis avec lui (comme si à la même heure, et au même jour, selon saint Irénée, qu'Adam avait été chassé du paradis, pour avoir méconnu son Dieu, l'homme pénitent eût dû y rentrer pour l'avoir reconnu), tandis que l'autre voleur blasphéma et demeura dans l'endurcissement; figure de ce qui se passait alors dans la réprobation des Juifs et la vocation des gentils, et de ce qui se passera au jour du jugement, lorsque tes réprouvés à la gauche iront en enfer, et les justes à la droite, en paradis.

Continuez à nous dire le reste ?

Le soleil s'obscurcit , toute la terre fut couverte de ténèbres, et Jésus-Christ, quatre heures approchant, après en avoir demeuré plus de trois heures suspendu en croix , et prié avec larmes etaveccris pour notre salut, ainsi qu'assure saint Paul , et s'être offert pour nous en sacrifice, l'âme plongée dans une infinie tristesse, et le corps accablé d'inexplicables douleurs, recommanda son âme à Dieu par ces paroles : Mon Père, je remets mon esprit entre vos mains, et baissant la tête, signe de la vérité de sa mort, de l'acceptation qu'il en iaisait, de sa résignation aux volontés de son Père, et du poids de nos péchés, il expira. Alors le mystère de son infirmité accompli, celui de sa vertu commença d'opérer: la terre trembla, et Nicée, où la

divinité de Jésus-Christ devait être un jour solennellement définie, crue, publiée, se ressentit le plus de la violente secousse du Calvaire : les pierres se fendirent, le voile du temple se déchira du haut en bas, le centurion et les soldats donnèrent gloire à Dieu, et confessèrent que Jésus-Christ était son Fils.

Que signifiait tout cela ?

1° Que toute la nature ressentait la mort de son auteur; 2° que les Juifs étaient plus durs que les rochers, et plus aveugles que Jes idolâtres; 3° que les figures mystérieuses de la Loi cessaient, et que les vérités célestes se découvraient; 4° que le ciel, vrai sanctuaire, s'ouvrait aux hommes et que Jésus- Christ, parles tourmen'sde la croix, lesdélivrait des tourments de l'enfer; 5° que comme souverain pontife il entrait , non dans le Saint des saints, fait de main d'homme: mais dans le ciel même, couvert, non du sang des animaux, maisdu sien propre, pourse présenter en cet état tout ensanglanté devant la face de son Père, afin d'apaiser sa colère comte nous par l'oblation d'une telle hostie, et nous servir d'avocat auprès de ce Père, qui, désarmée cet aspect, ne peut plus rien refuser.

Pour quelle autre raison Jésus-Christ mourut-il dans un si grand abandon, et dans de si extrêmes souffrances ?

Dieu voulait donner au monde, en la personne de son Fils, l'image d'une vertu accomplie, qui n'a rien sur la terre, et dont les hommes ne récompensent les bienfaits que par de continuelles persécutions. Jésus- Christ meurt sans trouver ni reconnaissance dans ceux qu'il oblige, ni fidélité dans ses amis, ni équité dans ses juges, ni compassion dans ses bourreaux : son innocence , quoique reconnue, ne le sauve pas, et ne lui donne pas ce faible secoursquede ledélivrer du dernier supplice. Son Père môme, en qui seul il avait mis son espérance, retire toutes les marques de sa protection, le Juste est livré à ses ennemis, et il meurt abandonné de Dieu et des hommes.

Pourquoi cela?

1° Pour nous racheter de l'abandon de Dieu que nous avions mérité. 2° Il fallait faire voir à l'homme de bien, que dans les plus grandes extrémités, il n'a besoin d'aucune consolation humaine, ni même d'aucune marque sensible du secours divin; qu'il aime seulement, et qu'il se confie, assuré que Dieu pense à lui sans lui en donner aucun témoignage extérieur , et qu'une éternelle félicité lui est réservée. Telle est la haute leçon que Jésus-Christ nous fait sur la croix, ou plutôt sur cette chaire mystérieuse, de laquelle il prêche si sublimeïnent toutes les vertus, et où il les porte dans le dernier degré de perfection.

En quel esprit Jésus-Christ acccpta-t-il la mort?

En esprit, 1° de religion, s'oll'rant en sacrifice à son Père; 2" de pénitence, satisfaisant à la justice divine pour nos péchés; 3° de charité, nous procurant la vie; 4° de sainteté, se séparant de ce monde corrompu, et se retirant dans le sein de son Père.

Le coup de lance.

Qu'arriva-t-il après qu'il fut expiré, c'està-dire sur les six heures du soir?

Un soldat lui perça d'un coup de lance le côté, d'où découla du sang et de l'eau.

Qu'est-ce que cela signifiait?

1* Les mystères de notre rédemption et de noire régénération, qui venaientde s'accomplir; 2° les sacrements qui nous purifient dans le sang de Jésus-Christ, et dont il a enrichi son Eglise, et particulièrement le baptême, qui nous fait naître a la vie de la grâce, et l'Eucharistie qui conserve et perfectionne cette vie, et nous donne les arrhes de la gloire qui venaient de s'établir ; 3° l'Eglise, ou la nombreuse multitude des peuples fidèles, dont l'eau est le symbole qui fut formé du côté du nouvel Adam endormi sur la croix, et qu'il a acquise au prix de son sang, à laquelle il venait de s'unir; k" le baptême d'eau et le baptême de sang, l'un pour servir pendant la paix, et l'autre pendant la guerre de l'Eglise, dit un saint; 5" la vérité de la nature humaine en Jésus- Christ. En effet,, les composés se résolvant naturellement dans les principes qui les composent, et le corps humain étant composé de quaire éléments et de quatre humeurs correspondantes, il est visible que celui de Jésus-Christ se résolvant en éléments et en humeurs, c'est-à-dire en eau et en sang, était un véritable corps humain ; 6° la réalité de sa mort, car la vie résidant dans le sang, il ne pouvait prouver plus efficacement qu'il avait perdu la vie pour nous qu'en faisant voir qu'il avait répandu tout son sang jusqu'à la dernière goutte, et jusqu'à celui que la nature eût pu conserver dans le cœur, comme dans son dernier et plus intime réservoir, que le fer inhumain alla ouvrir pour lui donner cours ; 7° l'excès de son amour, puisqu'au défaut de sang naturel, il en produisit de miraculeux ; et que devenu Christ à double titre, il fut oint de son sang répandu sur tout son corps, après l'avoir été de la grâce inondant son âme : ne demandant rien pour tant de sang qui efface le péché de la volonté de l'homme, sinon que l'homme n'effaçât pas de sa mémoire un si grand bienfait; 8" et que tout le sang de ses veines s'étaut écoulé pour nous, il substituait, par un prodige sans exemple, une autre liqueur en la place du sang, comme pour dire : Je n'en ai plus : et que ce qui était assez pour notre salut, n'était pas assez pour son amour. D'où vient qu'un saint a dit : qu'à travers ses plaies il voyait son cœur, et qu'il en était sorti, non du sang qui criât vengeance, mais du baume qui donne la vie.

Telle fut la charité de Jésus-Christ à laquelle rien ne peut être égal, que la dureté de ceux qui le firent mourir : car, comme observent les saints, la rage du démon fut moindre que la cruauté du Juif.

Comment cela?

1° Le diable doute seulement si Jésus- Christ est le Fils de Dieu, le Juif proteste hardiment qu'il ne l'est pas, et l'accuse 'de blasphème pour avoir dit qu'il l'était; 2° le

diable lui présente des pierres pour en faire du pain dans son besoin, c'élait à mauvais dessein, il est vrai; mais le Juif prend des pierres pour le lapider, et l'abreuve de fiel et de vinaigre dans sa soif ; 3° le diable lui propose de se jeter du pinacle en bas, sous prétexte (pie les anges le soutiendront, le Juif le traîne pour le précipiter du baut de Ja montagne de Nazareth; i° le démon lui offre des honneurs et des richesses, il l'appelle Saint, il lui veut persuader de conserver sa vie, du moins il l'abandonne quand il expire ; le Juif le couvre d'opprobres, il le dépouille de tout, même de ses habits, il publie qu'il est un pécheur, un publicain, un séducteur, un possédé ; il ose le crucifier, il perce son corps déjà mort, et déchire sa réputation par le glaive de la médisance, après même sa résurrection.

Quelle réflexion peut-on faire là-dessus ?

Qu'après cela il ne faut pas s'étonner de l'abandon de ce peuple malheureux, de son aveuglement ni de son obstination à ne vouloir pas reconnaître celui que toute la terre a reconnu, à attendre celui que tout le monde a reçu, et à rejeter encore tous les jours celui qui se présente tous les jours à eux depuis dix-sept cents ans. « Qu'attends-tu, Juif incrédule, «s'écrie saint Jérôme, « tu commis plusieurs cri.mes du temps de les juges; ton idolâtrie te rendit esclave des nations voisines, mais Dieu prit bientôt pitié de loi, et ne tarda pas à l'envoyer des sauveurs. Ton impiété n'étant pas moindre sous tes rois, Babylone ravagea ton pays, et lu réduisit en une affreuse solitude, mais tes abominations furent expiées par soixante et dix ans de captivité- Cyrus envoyé de Dieu te rendit ta patrie, ;et Darius releva ton temple, tes autels et tes sacrifices. A la fin, Vespasien et Tite ont de nouveau rasé ta ville et ton temple; Adrien, cinquante ans après, a achevé de t'exterminer, et il y a près de quatre cents ans que toute la Judée n'est qu'un amas de ruines, et que tu gémis dans l'oppression sans apparence de secours.

Qu'as-tu fait, peuple ingrat? Esclave dans tous les pays et de tous les princes, tu ne sers point les dieux étrangers; comment Dieu qui t'avait élu, t'a-t-il oublié, et que sont devenues ses anciennes miséricordes? Quel crime, quel attentat plus grand que l'idolâtrie te fait sentir un châtiment que jamais tes idolâtries ne t'avaient attiré? Tu te tais? tu ne peux comprendre ce qui rend Dieu inexorable? Souviens-toi de cette parole de tes Pères : Son sang soit sur nous et sur nos enfants; et encore : Nous n'avons point d'autre roi que César. Le Messie ne sera par ton roi, garde bien ce que lu as choisi; demeure l'esclave de César et des rois, jusqu'à ce que la plénitude des gentils soit entrée, et qu'enfin tout Israël soit sauvé.» Te! est le discours de ce grand docteur.

Thamar enfantant Phares, qui veut dire, division; et Zara, qui veut dire, Orient; Zara sort la main, que la sage-femme lie d'un cordon rouge, disant: « Celui-ci viendra le premier. » Mais il retire incontinent

la main, et Phares naît, puis Zara, et cela au temps que le gentil devenant idolâtre, se sépara du Juif fidèle.

Je reconnais , Seigneur, dans ces deux, jumeaux, les deux peuples, qui tour à tour devaient venir à la lumière de la foi. Le gentil dans l'état de nature paraît d'abord eu la personne de quelques justes mettre son espérance au sang de son Sauveur, mais presque aussitôt il se retire dans le sein obscur de l'infidélité, emportant néanmoins avec sa foi en votre Passion, le signe de son retour, et le gage de sa rédemption future. Le Juif naît ensuite, et croit le premier en vous, mais rebuté du mystère de la croix dont il ne porte aucune marque, il est supplanté par le gentii qui le suit, et qui revient avec son ancien droit d'aînesse, et sa première confiance en vos douleurs.

Raab, femme infidèle, reçoit chez elle les envoyés de Josué près de passer le Jourdain, et d'introduire les Israélites dans la terre promise, et attachant un ruban rouge à sa fenêtre, elle se sauve avec sa famille du sac Jéricho sa ville, et est agrégée au peuple de Dieu.

Sauveur du monde, vrai Josué, qui par le baptême donnez entrée au royaume de Dieu, sauvez l'Eglise des nations instruites par vos apôtres et empourprée par votre sang, et ce signal conservez-le au milieu des cendres de la Synagogue inconstante, dont les prophéties, le sacerdoce et la loi sont déjà comme éteintes en la personne de Marie, d'Aaron et de Moïse, morts dans le désert, et l'incorporez au corps mystique dont vous êtes le chef.

Circonstances de la Passion.

Expliquez les circonstances de la Passion du Sauveur ?

1° Celte couronne montre sa royauté sur les ingrats qui le font mourir, et son triomphe sur le péché.

2° Ces épines, que les Juifs et les pécheurs lui sont un royaume ennemi, révolté, stérile, et qu'il annule l'arrêt qui nous reléguait en une terre chargée d'épines. D'où vient l'ancienne aversion des premiers Chrétiens pour les couronnes de fleurs, et les fleurs mêmes, instruits que la véritable grandeur consiste à régner >ur la chair crucifiée.

3° Ce roseau creux, sec et rompu, leur loi sans fruit, et leur âme vide de charité, sèche, morte, aride, sans onction ni vertu et inutile qu'à brûler.

k° Cette flagellation sur le dos, qu'il vent oublier nos crimes quand nous nous tournons vers lui, ou nous reprocher nos ingratitudes quand il se retire de nous.

5° Ces larmes interdites aux personne pieuses, qu'il veut boire le ea lice jusqu'à la lie, sans admettre celte espèce de soulagement qu'on goûte dans la commisération oes amis, et que pour arrêter nos impatiences et nos murmures, il faut recourir à la main qui s'appesantit sur nous.

(i° Ces bras étendus, qu'il embrassé tous

les hommes et qu'il les aime à proportion do ce qu'ils lui coûtent.

7° Ces mains percées, qu'il répand ses grâces sur eux.

8" Ce côté ouvert, qui les admet dans son cœur.

9° Ces pieds cloués, qu'il ne les quittera plus.

10° Cette société de voleurs et ces tombeaux ouverts, qu'il enlève la proie au démon et à la mort, et qu'il restitue à Dieu la gloire que l'ange et l'homme avaient voulu lui ravir et dérober.

11° Cette élévation à la croix, qu'il veut être vu de tout le monde, et que si nous nous égarons après cela ce sera notre pure faute, ayant un tel guide devant les yeux.

12° Et de là prêcher sans cesse )e genre humain, lui apprenant que ce qu'il approuve là doit le sauver, et que ce qu'il y condamne, doit le perdre.

13° Et devenir le médiateur entre Dieu et l'homme, le ciel et la terre, de laquelle il veut nous détacher.

14° Et être un sujet de méditation continuellement exposé à nos yeux.

15° Nous montrer ce que nous avions mérité, et de quoi il nous a délivrés.

16° Où nous trouverons le remède à la morsure du serpent infernal et au poison du fruit défendu et de l'arbre qui le porta. 17° Quelle sera la grandeur île la gloire acquise à un tel prix et quelle eût été la grandeur du supplice expié par un tel tourment.

18° Qu'il no faut plus appréhender la mort sous quelque visage affreux qu'elle se présente.

19° Ni craindre d'annoncer publiquement et sans ménagement les mystères de la croix.

20° Dont les quatre extrémités ont fait sentir la vertu au ciel et aux enfers, et aux confins de l'univers, et porté le prix de la rédemption du monde entier.

21° Cette nudité, que comme Je vrai Noé enivré d'amour pour l'Eglise, cette vigne mystique qu'il a plantée et arrosée de son sang, il s'est endormi dans le tabernacle de sa chair mortelle et a découvert la honte de notre nature. Malheur au Juif, cet enfant impie et incrédule, qui s'est moqué de son Père assoupi sur sa croix, parce qu'il n'a vu en lui que l'ignominie de l'humanité; il sera maudit par ce Père éveillé du tombeau, et le gentil fidèle et respectueux béni. 22" Ce pardon, que Jésus-Christ accorda à ses ennemis, la prière qu'il tit et l'excuse qu'il apporta pour eux, le nom decrimiuels et de crimes qu'il ne donna ni à leurs personnes, ni à leurs actions, quoiqu'il intercédât pour le salut des plus méchants d'entre les pécheurs et pour la rémission du plus grand des attentats (sans doute pour ne rien insérer dans sa prière qui accusât les hommes, ni qui exciiât l'indignation de son Père contre eux), et ce qu'il n'en marqua ni n'en exclut aucun en particulier, pour les y lomprendre tous et tous leurs

crimes, fait voir un fonds de charité, et une étendue de bonté au-dessus de tout ; il ne les regarda que par l'endroit qui pouvait donner quelque compassion d'eux ; il faisait attention, non qu'il mourait par eux, mais qu'il mourait pour eux, dit un Père. Il attendit à être sur la croix comme une victime sur l'autel, pour y crier miséricorde en leur faveur; ce furent les premières paroles qu'il y proféra et le premier soin qui l'y occupa, et qui devança même celui qu'il voulait prendredesa bénite Mère, afin de nous enseigner qu'il songeait premièrement au salutdeceux d'entre les hommes, qui en avaient lé plus besoin, qu'ainsi les plus misérables devaient être les premiers objets de notre charité, et qu'au reste, ni l'inégalité de ceux qui nous offensent, ni la grandeur de leur malice, ni leur ingratitude, ni le mal qu'ils nous font, ni leur implacable haine, ne sont plus des raisons suffisantes à un Chrétien pour ne pas pardonner.

23° Ce champ d'argile destiné à la sépulture des pèlerins et acheté de l'argent dont Jésus-Christ fut vendu, signifie que ce divin réparateur de l'homme, achète par son sang de quoi refaire son ouvrage, formé d'abord de terre rouge, et que les gentils étrangers des Testaments divins, seraient le prix de sa mort, lorsque enfin, fatigués des ouvrages de terre et de boue dont ils se faisaient des idoles, et devenus, non des habitants, mais des pèlerins en ce monde, ils chercheraient leur repos en sa mort.

24° Par une vue encore plus haute, cet achat d'un champ par les Juifs sur le point de Inur dispersion de l'héritage de Dieu, figuré par celui de Jérémie à la veille de finir tiansmigration en Babylone, découvre et présage leur retour futur dans la terre et la foi de leurs pères, lorsqu'à la fin du monde, d'étrangers et de pèlerins qu'ils étaient devenus par leur incrédulité, ils deviendront les héritiers et les enfants de celui dont ils ont vendu le sang: le retour dont cet achat est une espèce d'assurance et de litre.

Deux Israélites, envoyés par Moïse pour reconnaître la terre promise, rapportent sur un levier la branche d'un cep de vigne, où. pend une grappe de raisin d'une grosseur et d'un poids extraordinaire.

Ces deux hommes, Seigneur, me représentent les deux peuples qui devaient porter votre joug : le Juif précède et passe le premier dans l'ordre des temps, il vous prédit et il vous promet : mais comme il n'attend de vous qu'une abondance et une grandeur temporelle, il vous méconnaît quand vous venez pauvre et humilié, et il vous tourne le dos. Le gentil suit et vous considère attaché au bois de la croix, d'où comme de dessous un pressoir sacré découle ce vin mystérieux qui guérit ses plaies et qui l'enivre, lui faisant oublier ses maux et perdre la raison humain*, pour lui faire embrasser la folie de la croix. 11 comprend en vous regardant qu'il faut boire au calice de

Page 1