DE BELLOY
Un poète qui m'a toujours fait songer à Benserade. Tous deux gentilshommes, tous deux beaux esprits, tous deux aimables et fins railleurs. Les talents se ressemblent. Mais quelle différence dans les destinées! Benserade loué, accueilli, fêté, pensionné, comblé de largesses et d'honneurs par le plus beau monde du plus beau règne ; de Belloy vivant et mourant dans la pauvreté et dans l'obscurité, inconnu surtout de cette noblesse qui aurait dû pourtant s'honorer de lui. 11 est mort voilà six mois à peine, n'est-il pas mille fois plus oublié qne Benserade lui-môme ?
On dit que la postérité remet tout à sa place; hélas!
je n'en crois rien. La postérité ne fait le plus souvent que confirmer le jugement des contemporains. Elle reçoit toute faite une liste de noms illustres, et n'y touche que pour en retrancher. 11 est rare qu'elle tire un nom de la nuit pour le placer dans la gloire. Une réhabilitation tardive est un miracle qui ne se voit guère plus que la résurrection d'un mort.