SALOMÉ
L'histoire de Salomé attira vivement Jules Laforgue bien avant qu'il n'entreprit la « moralité légendaire » que nous possédons aujourd'hui. Il voulut d'abord écrire un poème sur ce sujet et dans une lettre à son ami M. Charles Henry, datée juillet-août 1882, il dit : « Je fais une Salomé qui n'a encore que quarante vers. » C'est par une lettre à ce même ami que nous connaissons la date de composition du conte, il lui écrit, en effet, en 1885: «Tu connais YHérodias de Flaubert. Je viens de finir une petite Salomé de moi. »
Le rappel de YHérodias de Flaubert s'imposait d'autant mieux que le conte de Laforgue n'est, en quelque Sorte, rien d'autre qu'une parodie du conte de Flaubert dont il suit fidèlement et pas à pas les .incidents.
Le texte de Salomé publié par la Vogue (21, 28 juin et 5 juillet 1886) ne fut que légèrement retouché par Laforgue au moment où le conte prit place dans le recueil des « Moralités Légendaires » : toutefois ce conte subit une modification importante : l'introduction du morceau, sensiblement remanié, intitulé Y Aquarium qui avait été publié séparément, un mois plus tôt dans la mëmeVogue, numéro du 29 mai 1886, pp. 191-196 (cf. plus loin note suri' Aquarium).
Voici les modifications importantes apportées au texte primitif de la Vogue :
Page 139 : Le début du paragraphe « En trois pâtés aux pylônes trapus... de cynocéphales »
se lisait ainsi : a Cinq pâtés de trapus pylônes, un observatoire en vigie à deux cents mètres chez le ciel, le fameux parc suspendu à jungles viridant aux brises du large, rampes à sphinx et cynocéphales ».
Page 140 : Le paragraphe « Titanique masse funèbre » a été ajouté.
Page 142 : « pour rire et tout ».
Page 143 : « un monsieur de génie » au lieu de « un
génie ».
Page 144 : « se faire pendre » au lieu de « se faire
prendre ».
Page 144 : « pavoisements et limonades », ajouté. Page 145 : « de juillet ».
Page 147 : « du titanique palais funèbre veiné de blême », ajouté.
Page 148: « et pneumatiquement, ma foi», ajouté.
Page 152 : A la place de la description de l'Aquarium, c'est-à-dire du morceau qui débute page I52par : «L'Aquarium! Ah ! l'Aquarium, par exemple ! Arrêtons-nous ici.. » jusqu'à (page 155): « Ce fut donc l'Aquarium : mais est-ce que ces princes étrangers comprirent ? » on lisait seulement : « L'Aquarium tournoyait en silence, trop minutieux ! mais si poignant pour les initiés. »
Page 157 : « bâtard de Jean- Jacques Rousseau » a remplacé « voltairien ».
Page 158 : « Oh ! brutes, brutes indéracinables », ajouté.
Page 158 : Après « deux longues larmes blanches lui coulant de dessous les lunettes », on lit dans la Vogue « et s'empoievant (?) par les joues émaciées vers la barbe ».
Page 161 : ajouté : « une trombe horizontale de
bouquets hors d'eux-mêmes ! »
Page 165 : « que sa jupe doit sentir simple » au lieu de
« que sa jupe doit sentir frais ».
Page 166 : ajouté : « mourir, à moins que ...» Page 168 : « L'Harmonie Bien- Veillante » au lieu de
« Bien-Veilleuse ».
Page 169 : « poudrés de pollens inconnus », ajouté. Page 169 : « geignait » au lieu de « ululait ». Page 169 : « comme plus bientôt elle-même... » se
lisait dans la Vogue : « comme plus qu'un
tissu arachnéen avec une âme en goutte
de météore dedans. »
Page 171 : « l'harmonieuse mansuétude » au lieu de
« l'harmonique mansuétude ».
Page 172 : « Adjugé ! », ajouté.
Page 173 : « sa chevelure et toute sa beauté, et sa toilette des Nuits (mousseline violetgros-deuil à pois d'or) » se lisait dans la Vogue :« sa chevelure, tout son corps et sa toilette des Nuits (mousseline vie le tgros-deuil).
Page 175 : «à qui aura le dernier mot », ajouté.
Les deux distiques : 0 Chanaan, etc., (p. 162) sont tirés de la Litanie des derniers quartiers de la Lune (cf. Poésies, tome I, p. 272. Imitation de N.-D. la Lune).
Sur une enveloppe qui porte le timbre « Londres, 5 octobre 1886 » et son adresse écrite de la main de sa fiancée, Jules Laforgue avait jeté au crayon ces notes :
« Salomé. — Et il eût fallu voir ça — maintenant c'est passé et c'est la tristesse du bateau qui s'efface.
— au mur les peaux des léopards qui bcndiicnt jeunes et riches d'instincts.
— les Harmonies orphelines et célibataires. » Le texte définitif de Salomé ne contient aucune de ces phrases, mais elles semblent bien indiquer que Laforgue avait, dès alors, entrepris la revision de ses textes en vue du recueil des Moralités Légendaires.