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CHAPITRE IX

Persécution. — Mort de Henri II. (1558-1559.»

Il étail temps, grand temps, que le protestantisme prit l'épée et avisât à sa défense. Il périssait certainement s'il ne devenait un parti armé. Des événements graves, cent fois plus importants que cette vaine guerre des deux cours catholiques, s'étaient accomplis dans le monde religieux. La question suprême du temps éclatait dans sa vérité. Elle s'était révélée en Angleterre sous le terrorisme de Marie-la- Sanglante. En France, des ténèbres elle jaillit par un jet de flammes comme un incendie souterrain. En face de ces grands signes, les rois allaient se reconnaitre, cesser une lutte qui n'avait point de sens, s'avouer qu'ils étaient d'accord, qu'ils n'avaient d'ennemi que la liberté protestante et tourner leurs efforts contre elle.

Aux Pays-Bas, eu Angleterre, en Italie, en Espagne et en France, au nord comme au midi, tout s'accorde pour l'étouffer.

liO HISTOIRE DE FRANCE

La Réforme française peut dire à ses enfants, comme le loup de la fable aux siens : « Montez sur une montagne, et regardez aux quatre vents ; aussi loin que vous pouvez voir, vous ne verrez qu'ennemis. »

L'Allemagne ne lui est pas amie. Les luthériens sont devenus, par leur succès sur Charles-Quint, un parti officiel et reconnu, une église établie ; ils sont maintenant en sûreté dans les constitutions de l'Empire, d'autant moins disposés à en sortir et courir l'aventure, à recommencer les combats pour la réforme calviniste, en rébellion contre Luther.

Allemands autant que luthériens, ils haïssent la France pour le vol des Trois Evêchés. Les réformés français sont encore des Français pour eux.

Combien moins de secours ceux-ci peuvent-ils espérer de la Suisse, catholique ou sacramentaire ? Ajoutons franchement, de la Suisse gorgée de pensions françaises et espagnoles. (Granvelle, YIII.)

Que fallait-il? Les chrétiens diront : « Accepter le martyre, continuer de tendre la gorge aux bourreaux. On eût vaincu à force de souffrir. »

Et les philosophes, les amis de la civilisation diront : « Attendre en attendant, se fier à la toutepuissance de la lumière naissante ; la lumière, c'est la liberté, elle aurait vaincu à la longue. »

Réponses agréables aux tyrans et celles qu'ils demandaient eux-mêmes.

Accepter le martyre ? Il y avait quarante ans qu'on l'acceptait sans résistance. Ouvriers ou marchands,

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bourgeois des villes, ces chrétiens pacifiques se

Livraient à la boucherie*; bien plus, ils voyaient, sans dire un mot, brûler Leurs femmes el Leurs enfants.

I.^ur soumission excessive, dénaturée (coupable!), aux puissances, aux fléaux de Dion, trahissait la

famille, livrait non seulement à la mort, mais à la tentation, à la corruption, à la damnation, les fîmes innocentes dos faibles, dont la défense était leur plus sacré devoir.

On insiste : « Le christianisme primitif a vaincu

la patience, par l'obstination du martyre. » Vieille

redite; ajoutez donc la force; une grande révolution

sociale dans les rangs inférieurs, une conquête, l'épée

de Constantin.

Voilà pour les chrétiens. Quant à l'inertie pacifique des hommes de la Renaissance, qu'aurait-elle produit? que leur eût-il servi de s'aveugler eux-mêmes? qui ne voyait que la lumière, loin de s'accroître, s'éteignait? qui ne voyait l'immense extension de L'intrigue dévote, du matérialisme d'Ignace? D'autre part, la victoire des sots, Ronsard éclipsant Rabelais? Quelle chute de son livre, du livre où gît l'espoir, au livre sceptique, égoïste et décourage de Mon-

.'ie.

Les sciences de la nature, si brillantes au début du siècle, vont pâlissanl et faiblissant. Tous leurs héros sont des martyrs. Qu'esl devenu Paracelse, le Luther des sciences? assassiné. Que devient le Christophe Colomb de l'anatomie, Yésale, tout médecin qu'il est de Charles-Quint? assassiné; du moins, il meurt de

faim dans une île déserte. Que deviennent Goujon, Ramus et Goudimel? tués en un même jour. On ne refait pas de tels hommes. Et il ne faut pas croire que la création sera infatigable. L'histoire dit le contraire; et le bon sens aussi.

Non, si les protestants n'avaient tiré l'épée, s'ils n'étaient devenus un grand parti armé qui, du continent condamné, chercha la liberté des îles, en Angleterre, aux Pays-Bas; si l'invincible épée, si les vaisseaux vainqueurs de la Hollande n'eussent gardé, au dernier îlot de l'Europe, l'asile de la pensée humaine, vous n'auriez jamais vu le jet nouveau de la lumière; vous n'auriez eu ni Shakespeare, ni Bacon, ni Harvey, ni Descartes, Rembrandt, Spinoza, Galilée. Oui, je dis Galilée, puisque le télescope hollandais lui ouvrit les cieux.

Au seuil de la grande guerre où le protestantisme sauva les libertés humaines, qu'on me permette d'aller encore au Louvre, et, d'un cœur religieux, de saluer dans les tableaux de Ruysdaël et de Backhuysen le sacré drapeau tricolore de la république de Hollande, qui défendit le monde contre Philippe II, contre Louis XIV.

Quand la vraie foi vaincra, quand on fera des temples au Dieu de la pensée, qu'on y suspende donc les images sublimes où, mettant l'infini dans un infiniment petit, Rembrandt peignit deux fois l'abri sacré de la Hollande, son vieux lecteur, qui ne lit plus, mais qui pense au foyer, son puissant cosmographe, qui, les yeux sur un globe, mesure les mers, le champ

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