CHAPITRE XI
Terrorisme des Guises. — La Renaudie. (1560.
Les Guises, appuyés en France par Philippe II et ses rivaux en Angleterre, comme chefs du parti catholique, avaient double sujet d'imiter l'Espagne, dans ses furies contre les hérétiques, de la surpasser, s'ils pouvaient.
Gomment allait s'organiser la machine des persécutions ?
On l'a vue déjà sous deux formes : la police des curés, les sermons sanguinaires des moines. L'énorme clientèle du clergé dans Paris, les confréries marchandes qui lui étaient affiliées, les bandes d'écoliers tonsurés, les frères de toute robe, surtout les Mendiants, enfin, et plus que tout, l'infini des misères publiques, le grand troupeau des pauvres assidus aux églises, assiégeant les couvents, suivant les prêtres distributeurs d'aumônes, tout cela, dis -je, rendait possible la Terreur ecclésiastique.
i il; ko Kl s. M i: DES cri si s 179
Force morale énorme, mais non moindre matériellement. Notre-Dame et les grands abbés (Saint- Germain, Sainte - Geneviève , Saint-Martin, etc.), nombre d'églises, avaienl juridictions, officiers, huissiers, sergents el bedeaux. Tout cela appuyé du guet et du prévôt, d'autre part soutenu des pauvres robustes à bâtons, c'étail une cohue redoutable. Qu'était-ce si le clergé, maître dans chaque paroisse, avait fait appel aux bannières, à cette armée urbaine qui, des le temps de Charles VI, offrait un front de soixante mille hommes ?
Dès août 1559, un mois ou deux à peine après la mort du roi, le cardinal de Lorraine dressa ses batteries. Le personnel de ses acteurs se composait ainsi.
Il y avait un clerc du greffe, Frété, homme d'esprit et parleur habile, qui faisait l'apôtre à merveille: on le mettait fréquemment au cachot avec les prisonniers douteux. Ce comédien les gagnait, les tentait, leur faisait désirer la couronne du martyre. Chose peu difficile, au reste ; il suffisait de leur dire, comme faisait le lieutenant criminel : « Si tu renies Jésus, il te reniera à son tour. »
Il y avait encore un tailleur, Renard, homme nerveux, peureux, qui, depuis l'horrible hiver de 1535, où l'on brûla tant d'hommes, vingt ou trente ans durant, fut entre la peur et la foi. Il se fît, se défît, se refit protestant. Quand la persécution revint, on lui dit que, comme relaps, il était perdu. Effrayé, il se fit mener à l'inquisiteur De Mouchi, lui donna
les noms, les adresses, tout le détail des assemblées. En une fois, il révéla toute l'Eglise.
Son charitable conseiller, qui l'effraya et le mena, était un homme de sac et de corde, un certain orfèvre, lluffange, ex-surveillant d'assemblées protestantes, destitué pour s'être approprié l'argent des pauvres. Sur l'espoir de la belle prime qu'on promettait (moitié de la confiscation!), il s'était fait délateur patenté. On aurait rougi cependant de ne produire que lui. Il fallait des témoins.
Deux apprentis avaient été menés par leurs maîtres aux assemblées. Puis, fiers de ce secret, ne voulant plus rien faire, ils furent mis à la porte. Leurs mères, fort irritées, les mènent à confesse, leur font déclarer tout. L'inquisiteur et un parlementaire accueillent, caressent ces garçons, les gardent avec eux, les font manger et boire. Les vauriens, tout à coup importants, bien nourris, parlent tant qu'on veut, davantage. Les assemblées infâmes, les orgies aux lumières éteintes, tout ce qu'on disait de sale, ils ont tout vu, tout fait.
Ayant ces témoins respectables, on ramasse des forces. Archers du guet, sergents de la justice, bedeaux et porte-croix, on réunit le ban et l'arrièreban. On fond rue des Marais sur une hôtellerie. L'assemblée y était nombreuse ; quatre hommes tirent l'épée, sans s'étonner de cette racaille de police, barrent la porte de leur corps, donnent le temps aux autres d'échapper. A force de pousser, la foule entre pourtant. Tout fut cruellement saccagé, les gens