HENRI II. — AFFAIRE DE JARNAC
de violentes féeries el de coups de théâtre qu'on peut le soutenir. Cette Annide de cinquante ans qui mène
on laisse un chevalier de (renie doit Ions les jours frapper de la baguette. À ce prix, elle est jeune; je ne sais quelle Jouvence incessamment la renouvelle. Elle l'a lit, abat, rebâtit, s'entoure de tous les arts. Elle lance la France dans d'improbables aventures. Des princes de hasard, les Guises, vont agir sous sa main, éblouir, troubler et charmer. Surprenants magiciens, s'il reste un peu de sens, ils sauront nous en délivrer. La France, décidément romanesque, espagnole, les remerciera de ses pertes.
Et d'abord elle se trouve riche à la mort de François Ier. L'argent abonde pour les fêtes. Trois fêtes coup sur coup. Fête de l'enterrement, splendide, immense, et noblement tragique, où l'on jette les millions. Fête du sacre, de royale largesse, où le roi comblera ses preux. Fête d'un comhat à outrance, d'un Jugement de Dieu : celle-ci sombre, sauvage et sanglante, où toute la France est invitée.
En attendant, des voyages rapides, qui sont des fêtes eux-mêmes, la vie des chevaliers errants, dans nos forêts, de château en château, et par les arcs de triomphe. Le vieil ami du roi, le connétable, le prend, le mène aux délices d'Écouen, de l'Ile-Adam, de Chantilly. Mais Diane le garde à Anet. Là, entouré des Guises, enivré de fanfares, d'emblèmes prophétiques et du rêve de la conquête du monde, les yeux fermés, il donne les actes décisifs par lesquels l'idole signifie sa divinité.
Le premier étonna. Pendant que le feu roi, à peine refroidi, faisait son lugubre voyage de Rambouillet à Saint-Denis, vingt jours après sa mort, on souffleta son règne, on avertit la France qu'elle entrait dans un nouveau monde, hors des anciennes voies, hors de toute voie, de toute tradition, qu'on supprimait le temps, qu'on retournait d'un saut au roi Arthur, à Charlemagne.
Nos rois, nos parlements suivaient, dès le treizième siècle, la grande œuvre du droit. Récemment Charles VIII, Louis XII et François Ier avaient écrit, rédigé nos Coutumes. Gujas mettait en face le droit romain, et le grand Dumoulin recherchait l'unité du nôtre. Cette révolution se réclamait du roi, se rapportait au roi, cherchait en lui sa force. Mais voilà que le roi la dément et la répudie, et n'en veut rien savoir : tout le travail des lois, il le met sous ses pieds. Il réclame le droit de la force, le bon vieux droit gothique, la sagesse des épreuves, la jurisprudence de l'épée. Saint Louis, tant qu'il peut, entrave le duel juridique; Henri II (dans le siècle de la jurisprudence!) l'autorise, le préside et l'arrange; il fait les lices, lance des champions selon la forme antique : Laissez-les aller, les bons combattants !
Une révolution si grave se fait par trois lignes informes, sans signature, au bas d'un chiffon de défi.
Toutefois, avec ce mot : Fait en conseil royal. Et signé Laubespin (le nom du secrétaire d'État)!
Et quel est ce conseil? Fort inégalement partagé