HENRI H. - AFFAIRE DE JAKXAC
«Mitre l'ami et la maîtresse, entre If connétable, qui parait mener tout, et Diane, présente, agissante, par ses hommes, les Guises, qui emportent tout en effet. Montmorency gouverne à la condition d'être gouverné.
L'acte bizarre dont il s'agit, supposant que ce droit barbare était la loi régnante, obligeait le sire de Jarnac de répondre au défi du sire de La Châtaigneraie.
Jarnac, beau-frère de la duchesse d'Étampes, de la maîtresse qui s'en va avec François Ier. La Châtaigneraie, une épée connue par les duels, un bras de première force, un dogue de combat, nourri par Henri II.
La jeune maîtresse du vieux roi avait trop provoque cela. Dix ans durant, elle avait harcelé la grande Diane, en l'appelant la vieille. Il y avait chez François Ier, entre ses domestiques, valets privés et ri meurs favoris, une fabrique d'épigrammes contre la maîtresse de son fils. Un jour, on lui offrait des dents; une autre fois, on lui conseillait d'acheter des cheveux. Ces fous criblaient à coups d'épingle une femme de mémoire implacable, qui allait être plus que reine, et le leur rendre à coups d'épée.
Il était bien facile de perdre la duchesse d'Étampes. D'abord, elle avait été, comme le malheureux et disgracié Chabot, comme Jean Du Bellay, favorable à toutes les idées nouvelles. Elle avait une sœur protestante, connue pour telle, et exaltée.
Ensuite on avait monlé contre elle de longue date
Il HISTOIRE DE FRANCE
une machine directe et efficace. Par quoi sa tête ne tenait qu'à un fil. On avait dit, répété, répandu, qu'elle avait trahi le roi au traité de Grépy, que sans elle nous aurions vaincu, que c'était elle qui avait amené l'ennemi à dix lieues de Paris. Bruit absurde, comme le prouve Du Bellay, mais d'autant mieux avalé par l'orgueil national, qui y trouvait consolation.
Elle aurait péri sans les Guises. Déjà les gens de loi étaient lancés sur un homme qui lui appartenait et qu'on disait agent de sa trahison. Cet homme intelligent se garda bien de disputer; il donna un château aux Guises. Ceux-ci dès lors ajournèrent tout.
Ils dirent que ce n'était rien de tuer la duchesse, qu'il fallait la désespérer, qu'on ne commençait pas la chasse par les abois, qu'il valait mieux d'abord que la bête harcelée, mordue, sentît les dents, qu'elle eût la peur et la douleur, qu'elle versât surtout ces amères et suprêmes larmes qui prouvent la défaite et demandent merci.
La victime pouvait être mordue à deux endroits, à un d'abord. Elle avait en Bretagne un mari de contenance qu'elle tenait là en exil, comme gouverneur de la province. Il avait accepté la chose pour un gros traitement. Mais elle palpait ce traitement et le gardait. Gela, vingt ans durant. Ce mari, voyant le roi mort et sa femme perdue, éclate alors, crie au voleur, la traîne au Parlement. Voilà les deux époux qui se gourment dans la boue, et avec eux la^ mémoire du feu roi. Diane y jouit fort, au point qu'elle envoya Henri II, le roi, aux juges, aux procu-