‹ Œuvres complètesChapitre 41 sur 111 · I. A PAIX, ! I POINT DE PAIX · texte numérisé non relu

I. A PAIX, ! I POINT DE PAIX

Majesté peut lui faire connaître Vétat réel de ses

affaires. » (Vêlait toute la peur do Catherine qu'on no mit son fils contiv elle ; le polit roi, ne violent, défiant, faisait peur à sa mère; la nature féline el la griffe pouvaient s'éveiller un malin. Le chat pouvait de venir tigre. Cette peur alla au point qu'on va la voir bientôt chercher dans un plus jeune une arme conliv Charles IX, préparer un roi de rechange.

L'autre côté par où on la tenait, c'était la faim. Elle était à l'aumône, vivait d'expédients fortuits. L" dépense était de dix-sept millions, la recette de deux et demi. Sans le pape on n'eût pas dîné. On en tirait des dons, quelques ventes des biens du clergé. Guise lui-même n'eut pu faire la guerre sans l'argent du duc de Savoie. En retour, peu avant sa mort, il lui avait rendu ce qui nous restait de tant de conquêtes au delà des Alpes, livré Turin, quitté l'Italie pour toujours.

Voilà la vraie situation, comme elle apparaît dans les basses et serviles lettres du jeune roi et de sa mère, où ils tendent sans cesse la main au pape (Archives du Vatican), au roi d'Espagne et à tous.

Cette pauvreté royale faisait un grand contraste avec la richesse des Guises. Leur maison (ou leur dynastie?) était restée entière à la mort de son chef. Elle gardait ses quinze évèchés, aux mains des cardinaux de Guise et de Lorraine. Elle gardait le palais, la charge de grand maître de la maison du roi, par le fils aîné Join ville ; Mayenne était grand chambellan ;

Aumale grand veneur, Elbeuf, général des galères. Toute charge d'épée était donnée par eux. Ils avaient les finances par un homme sûr. Les gouvernements de Champagne et de Bourgogne étaient dans leurs mains, c'est-à-dire nos frontières de l'Est, les passages vers la Lorraine et vers l'Allemagne, la grande route militaire.

Puissance énorme. Mais le chef était un enfant, Henri de Guise, qui n'avait que treize ans. Du père, il eut, non le génie, mais l'audace, l'intrigue ; de sa mère, un charme italien, et non pas peu du sang des Borgia. Anne d'Esté, en longs habits de deuil (quoique dès le lendemain consolée par Nemours), allait montrant partout sa douleur et son fils. C'était toujours la scène de Valentine de Milan, embrassant le petit Dunois, disant : « Tu vengeras ton père. » L'enfant, fort bien dressé, trouvait des mots hardis, ou on lui en faisait. Les bonnes femmes en pleuraient de joie ; les prêtres bénissaient le bon petit seigneur. Tout était arrangé pour faire un favori du peuple, un prince de carrefour, un héros de l'assassinat.

Le chef des protestants, élu le lendemain de la bataille de Dreux qui les délivrait de Coudé, était désormais l'amiral, et il avait bien gagné ce titre par cette conquête subite de la Normandie en plein hiver. Seul, ayant fait la guerre, il pouvait faire la paix. Le prisonnier Condé, contre le chef d'élection, était mal posé pour négocier. Goligny revient de Normandie

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en hâte : quand il arrive, la paix, depuis cinq jours, . taii signée Â.mboise, 12 mars 1563).

Gondé l'avait signée pour lui et Les seigneurs. Pour lui, la Lieutenance générale du royaume, qu'a eue

sou frère. Pour les seigneurs, le culte; libre dos châteaux. El pour le peuple, quoi? Une ville par bailliage, de sorte qu'en ce temps de trouble, où l'on o'osail pas voyager, on ne pouvait prier ensemble qu'en faisant un voyage souvent de vingt ou vingtcinq Lieues.

Pour la forme, Conde avait consulté les ministres, mais signé malgré eux. L'amiral en conseil lui dit celte parole : « Monseigneur, vous vous êtes chargé de faire la part à Dieu; d'un trait de plume vous avez ruine plus d'églises qu'on n'en eut détruit en dix ans. KL quant à la noblesse que vous avez garantie seule, elle doit avouer que les villes lui donnèrent l'exemple. Les pauvres avaient marché devant les riches, et leur avaient montré le chemin. »

Il était facile à prévoir que tout irait à la dérive ; que les seigneurs même, désormais isolés des villes, ne se défendraient pas; que l'influence papale, espagnole, emporterait tout; que non seulement cette cour misérable s'assujettirait à l'Espagne, mais que 1rs Guises eux-mêmes allaient devenir tout Espagnols.

C'est lo moment de bien mettre en lumière une chose qui, méconnue, égara tous les politiques, puis les historiens, et maintenant les égare encore :

la balance était impossible, dans la violence de ces temps, L'équilibre était impossible' ; un milieu poli-

tique, un parti politique, était un mythe, une fiction. Ce parti deviendra possible, mais après la Saint- Barthélémy.

Tous cherchèrent ce milieu et le manquèrent.

Philippe II même imaginait garder son libre arbitre entre les modérés et les violents. Il écoutait Granvelle, il écoutait Gomès, mais inclinait au duc d'Albe.

Chez nous, le connétable eût voulu l'équilibre ; peu à peu il pencha aux Guises.

Et le rêve des Guises eux-mêmes aurait été un certain équilibre, une certaine indépendance entre l'Espagne et l'Allemagne. Le cardinal de Lorraine, au moment même où le secours espagnol donnait à son frère la victoire de Dreux, intriguait contre l'Espagne. D'une part détournant Marie Stuart d'épouser le fils de Philippe II, d'autre part créant au Concile de Trente un parti anti-espagnol. 11 s'y joignit aux Allemands pour obtenir quelques réformes (surtout le mariage des prêtres). Tout cela inutile. Par la mort de son frère , le cardinal retomba au néant. Il lui fallut laisser son rêve d'indépendance et suivre l'impulsion espagnole.

Où donc fut l'équilibre? Dans Gatherine'de Méclicis? Il ne tient pas aux historiens italiens que nous ne voyions en elle le pivot de l'action et le meneur universel. Mais les actes disent le contraire. Ils la montrent toujours servante du succès, habile seulement à faire croire qu'elle mène, lorsqu'elle suit et qu'elle obéit. En 1563, sur la menace de l'Espagne, elle tourne, elle cède, elle change non seulement sa

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