‹ Œuvres complètesChapitre 6 sur 111 · HENRI 11. — AFFAIRE DE JARNAC US · texte numérisé non relu

HENRI 11. — AFFAIRE DE JARNAC US

reurSj dans cette sale èchauffourée, pourquoi? pour assommer une femme qui se noyait déjà.

Autre endroit plus sensible encore où on pouvait lui enfoncer L'aiguille, piquer la malheureuse, sans qu'elle pût crier seulement. Pendant vingt ans, maîtresse d'un malade, ci tristement malade, elle avait eu sans doute des consolations. La cour malicieuse pensait que le consolateur devait être Jarnac, beau grand jeune homme, élégant, délicat, que la duchesse d'Étampes, pour l'avoir toujours près d'elle, avait donné pour mari à sa sœur. Jarnac faisait beaucoup de dépenses, menait grand train, quoique son père, vivant et remarié, ne pût être bien large. Il était trop facile de deviner qui fournissait.

Gela compris, senti, il fallait bien se garder de la tuer. Son ennemie, pour rien au monde, ne lui aurait coupé la tète ; elle pouvait lui percer le cœur.

On n'eut pas la patience d'attendre la mort de François Ier. Un an ou deux avant, on mit les fers au feu. Le Dauphin, instrument docile, lança l'affaire brutalement par un mot qu'il dit à Jarnac : « Gomment se fait-il qu'un fils de famille dont le père vit encore peut faire une telle dépense, mener un tel état? » Le jeune homme, surpris, se crut habile et parfait courtisan en répondant une chose qu'il croyait agréable, disant que sa belle-mère Ventretenait, ne lui refusait rien. Mot équivoque, qui semblait faire entendre que Jarnac imitait l'exemple du Dauphin, avait la femme de son père.

Ce mot tombé à peine, le Dauphin le relève, le

répète partout, et dans ces termes : « Il couche avec sa belle-mère. »

Un tel mot, et d'un prince, va vite. Il alla droit au père de Jarnac, du père au fils. Sous un tel coup de foudre, le jeune homme osant tout, bravant tout, et roi et Dauphin, jura que quiconque avait ainsi menti était un méchant homme, un malheureux, un lâche.

Tout retombait d'aplomb sur la tête du prince.

Un roi ne se bat pas, ni un prince, un Dauphin. Mais ils ne manquent guère d'avoir des gens charmés de se battre pour eux. Henri en avait, et par bandes. Grand lutteur et sauteur, aimant l'escrime, il choisissait ses amis sur la force du poignet, la vigueur du jarret, la dextérité du bretteur.

Le spécial ami du Dauphin était un homme fort, bas sur jambes et carré d'échiné, admirable lutteur, d'une roideur de bras à jeter par terre les lutteurs bretons. Il avait vingt-six ans, et déjà il s'était signalé à la guerre, surtout à Gérisoles. Quoique bravache, il était brave, et se portait pour le plus brave. Il courait les duels, défiait tout le monde. Gela en avait fait un personnage. Du reste, sans fortune et cadet, il se faisait appeler, de la seigneurie de son aîné, le sire de La Châtaigneraie. Il traînait après lui (aux dépens du Dauphin) une meute de gens comme lui.

Le Dauphin n'eut aucun besoin de lancer La Châtaigneraie. Dès qu'il entendit parler de l'affaire, il la fit sienne. Il soutint que c'était à lui que Jarnac avait dit la chose, qu'il la lui avait dite cent fois, et lui défendit de dire autrement.

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Jarnac avait quelques années de plus que La Châtaigneraie, était beaucoup plus grand, long, délicat ri faible. Vautre^ même sans arvnes^ dit l'inscription mémofative du combat, l'aurait défait, anéanti.

Et cependant que faire? La Châtaigneraie demandait le combat; il avait fait grand bruit, et s'était, adressé au roi (c'était encore François Ier), qui défendit de passer outre. Combien de temps l'affaire fut-elle suspendue? Nous l'ignorons. Mais les mots ironiques, les gestes de mépris, les affronts, ne furent pas suspendus. Car le lw2 décembre 1546, ce fut Jarnac qui, ne pouvant plus vivre, demanda au roi de combattre. Le roi répondit qu'il ne le souffrirait jamais.

François Ier (mort le 31 mars), quelle est la première affaire de la monarchie? La grande guerre d'Allemagne apparemment? les secours promis aux princes p ro testants? Non, nous avons bien autre chose à faire. Charles-Quint les bat à Mulhberg. La grande affaire, c'est le duel, c'est la mort de Jarnac, la vengeance de femme.

Un mot dit pendant le combat nous autorise à croire que Jarnac, alarmé, se voyant si forte partie et derrière, le roi même), lit l'humiliante démarche d'aller trouver Diane son ennemie et qu'il essaya de la fléchir. Grande simplicité. Il était trois fois condamné. Comme amant de la duchesse d'abord, mais aussi comme étant Chabot du cote paternel, cousin de l'amiral Chabot, et par sa mère des Saint-Gelais, parent du poète de ce nom, comme tel affilié peut-être à

Ig HISTOIRE DE FRANCE

cette damnable fabrique d'épigrammes contre la vieille, dont nous avons parlé.

La grande dame paraît lui avoir dit, avec sa froideur apparente, qu'elle n'y pouvait rien, que le vin était tiré et qu'il fallait le boire, qu'il n'y avait pas de remède, puisque le roi personnellement était en jeu et qu'il ne céderait jamais.

Nul moyen d'en sortir que de s'humilier, de ne plus démentir l'inceste, de confirmer l'outrage sur le front de son père, de rester le plastron du roi et l'amusement de la cour.

Celle-ci y comptait, et l'on s'en amusait d'avance. Tout était arrangé pour donner à l'affaire une publicité effroyable. On en avait fait une fête ; le roi voulait y présider et donner ce régal aux dames.

Henri II avait fait dresser les lices au centre de la

France, près de Paris, sur l'emplacement admirable

de Saint-Germain. Ce lieu unique, même avant qu'on

bâtit la terrasse d'une lieue de long, a toujours été un

théâtre et le plus beau de nos contrées. Le plateau

triomphal d'où la forêt regarde la Seine aux cent replis

reçut toute la France. Paris y vint, bruyant et curieux,

marchands et artisans, bourgeois et compagnons de

tout état, les deux grands peuples noirs, la robe et

l'université, celle-ci spécialement très aigre et mécon-

tente. Mais le plus curieux, ce fut la foule de la

pauvre noblesse qui, du 23 avril au 10 juillet, dans

ces deux mois et demi, eut le temps de venir de toutes

les provinces.

Étrange elle-même et vrai spectacle pour la cour.

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