‹ Œuvres complètesChapitre 53 sur 111 · CHARLES IX. CONTRE PHILIPPE II · texte numérisé non relu

CHARLES IX. CONTRE PHILIPPE II

plus estimés. La Noue fut le Bayard du temps, non moins Irréprochable, nel entrq ions. Dans ces horribles guerres, il garde un cœur de paix, L'immuable cœur du vrai brave. La gaieté innocente de ce bonhomme (dans ses Mémoires) étonne et attendrit; elle dit que la nature, l'humanité, ne sont pas mortes encore.

Le jeune roi fut tout d'abord gagné. Ils lui dirent qu'il avait les Indes à sa portée; que, dans l'embarras de l'Espagne, il n'avait qu'à étendre la main pour prendre les Pays-Bas, qui désiraient d'être pris. Que, pendant que Philippe II était aux mains avec les Turcs, les Rochellois dresseraient le pavillon français en Amérique. Louis de Nassau, déguisé, vint lui dire les mêmes choses, s'offrir et se donner à lui.

Une chose arrêtait Charles IX, c'est que cette belle guerre eût été conduite encore par le duc d'Anjou. La première chose était de le mettre hors de France.

Contre la Ligue du Midi qu'organisait Philippe II, Elisabeth méditait une alliance avec la France. Elle venait de faire sa déclaration au duc d'Anjou. Je ne crois pas qu'elle mentit alors. Elle était femme, et on ne parlait que du prince et de ses deux batailles, de grâce et de son esprit, surtout « de sa belle main ». Les semi-catholiques poussaient fort à la chose. Le grand ministre, Burleigh, n'y contredisait pas. Il laissait faire Elisabeth, sachant bien qu'après tout elle «-tait fort prudente et qu'elle se raviserait. Le Français, moins âgé qu'elle de vingt ans, n'eut épousé la vieil i que pour servir de centre au parti catho-

lique, pour se faire veuf peut-être, pour épouser Marie Stuart. «

Les catholiques déjà écrivaient au duc d'Anjou : « Passez la mer, et ne disputez pas; acceptez toute condition ; vous vous trouverez ici bien plus fort que vous ne pensez. »

Tout au contraire, en France et en Espagne, les catholiques avaient peur de ce mariage. Le clergé de France, tellement que, pour l'empêcher, il offrait au roi de lui donner par an quatre cent mille écus. Charles IX en rit : « Nous sommes ravi, dit-il, d'apprendre que notre clergé est si riche. »

L'Espagne crut n'avoir pas de temps à perdre. Tout en négociant avec Elisabeth, elle agit pour la détrôner, appuyant en dessous l'intrigue de Marie Stuart avec le plus grand seigneur d'Angleterre, le duc de Norfolk. Du fond de sa prison, cette Hélène, poursuivie de tant d'amants ambitieux, et qui fut la perte de tous, tourna la faible tête de Norfolk, et en fît un traître. Il le paya sur l'échafaud.

En tout cela, la France était contre l'Espagne, mais timidement, sournoisement. Elle aurait voulu décider Venise à s'arranger à tout prix avec les Turcs plutôt que de s'engager dans une guerre qui allait la faire vassale de Philippe II. Les Vénitiens n'écoutèrent rien; ils firent la sottise de gagner, pour la glorification des Espagnols, la grande bataille de Lépante. (7 octobre 1571.)

Mais la France, du moins, accéléra la paix. Les Turcs, reconnaissants, firent un triomphe à notre

Page 1