CHAPITRE XXII
Los Noces vermeilles. (Août 1572.)
Le génie indomptable que Coligny avait déployé après Montcontour, où il partit d'une défaite pour courir la France en vainqueur, le dévouement tout personnel qu'il montra jeune à Saint-Quentin, où il couvrit la France de son corps, il les montra encore m juillet et en août 1572. De son corps et de sa personne, il couvrit son parti.
S'il eut seulement bougé de Paris, tout le Nord, qui avait les yeux sur lui, eût lâché pied. Elisabeth d'abord eût reculé; elle parlait d'abandonner Flesie, d'en rappeler ses Anglais. Le prince d'Orange eût recule. S'il s'aventura dans les Pays-Bas, et fit sa pointe hardie en Brabant, en Hainaut, c'est qu'il gardait l'espoir des douze mille arquebusiers que lui promettait Coligny. Toutes ces villes de Hollande et de Zélande qui venaient de se déclarer avaient la confiance que les Français allaient serrer le duc d'Albe et le retenir au Midi.
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Le seul séjour de Coligny à Paris et l'attente qui en résultait donnait une force énorme au parti protestant. Il avait perdu un millier d'hommes, il est vrai, devant Mons. Mais il triomphait en Hollande et dans les pays maritimes.
Il ne faut pas s'y tromper, ces succès, cette ardeur volcanique qui saisit la calme Hollande tinrent en grande partie au débordement du grand parti protestant français qui se répandit dans le Nord. Les nôtres sont alors partout. Et le premier secours que le prince d'Orange envoya à Flessingue fut un corps de cinq cents Français.
Situation étrange ! Le parti s'extravase au Nord ; le chef reste à Paris, à peu près seul.
Le prince d'Orange, si parfaitement informé, dit que l'amiral n'avait gardé à Paris que six cents gentilshommes. Plusieurs avaient des domestiques; quelquesuns, qui étaient des grands seigneurs, avaient leur maison. Ce n'était guère plus de deux mille épées qui restaient près de Coligny.
L'agent intelligent que Granvelle, alors éloigné, conservait à Bruxelles pour lui rendre compte de tout, le prêtre Morillon, lui écrit qu'on doute que Coligny envoie les siens contre le duc d'Albe, qu'il ne ferait finement de se tant désarmer. Finement? Non, sans doute. L'amiral ne fit pas finement. Le prêtre Morillon et le prêtre Granvelle auraient été plus fins. Ils eussent gardé une armée autour d'eux.
On voit que ces deux politiques, Granvelle et Morillon, ne regardent que la Belgique. Granvelle