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vacantes au royaume. Or il n'y avaii pas un seigneur. ]»as une commune, qui n'eut près de soi quelqu'une (Je ces terres vacantes ei n'y prétendit quelque droit.
Un quart peut -être de la France était ainsi désert, inoccupé, vacant, litigieux.
On réclamait ce quart. On menaçait d'un coup deux ou trois cent mille ayants droit. On leur suspendait sur la tète cet immense procès où l'on était sûr de gagner.
Telle apparut la cour, le 10 juillet au matin, pompeusement rangée sur les estrades de Saint-Germain. On fut très matinal. Dès six heures, tous siégeant, les lices étaient ouvertes, et l'on procédait aux cérémonies. Le combat n'eut lieu que le soir, fort tard, presque au soleil couché.
Nous avons heureusement un long récit de cette journée, authentique, un procès-verbal dressé par ceux qui virent de près, par les hérauts. Vieilleville y ajoute des faits essentiels, et Brantôme, qui ailleurs est de si faible autorité, mérite ici quelque attention, étant neveu de l'un des combattants, et sans doute informé très particulièrement de cet événement de famille.
Donc, dès six heures, Guyenne, le héraut, alla chercher l'assaillant, La Châtaigneraie, qui entra dans les lices à grand bruit de trompettes et tambours, conduit par son parrain François de Guise, et par ceux de sa compagnie, trois cents gentilhommes, vêtus à ses couleurs, fort éclatantes, blanc et incarnat. Il honora
le camp par dehors et en fit le tour. Puis, il fut reconduit solennellement à son pavillon, d'où il ne bougea
plus.
Quel était donc ce prince qui faisait son entrée dans un tel appareil? Un cadet de Poitou qui était venu en chemise. « Il y avoit déjà cinq semaines, dit Yieilleville, qu'on voyoit La Châtaigneraie faisant une piaffe à tous odieuse et intolérable, avec une dépense excessive, impossible, si le roi qui l'aimoit ne lui en eût donné le moyen. » Odieuse, en effet, intolérable, lorsque c'était le juge qui prenait si scandaleusement fait et cause pour un des partis.
Si la tête avait tourné complètement à La Châtaigneraie, on ne peut s'en étonner. Fou de sa fatuité propre, il l'était encore plus de la folie commune. Le temps n'existait plus., l'affaire était finie avant de commencer, Jarnac était tué, dans son esprit, et il ne s'occupait que du triomphe. Il allait par la cour invitant tout le monde à son souper royal, les grands, les princes. Un Bourbon refusa.
Un autre des Bourbons, le duc de Vendôme, fort opposé aux Guises, voulut relever le pauvre Jarnac, et demanda à être son parrain; mais le roi le lui défendit. Jarnac n'eut de parrain que Boisy, le grand écuyer, de cette famille des Bonnivet, une famille tombée, éclipsée. Vendôme, indigné d'une partialité si manifeste et si grossière, se leva, et les princes du sang le suivirent.
Depuis deux mois Jarnac s'était préparé à la mort, et il avait fait de grandes dévotions. Toutefois, pour
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ne négliger rien, il avail t'ait venirun renommé maître italien qui savait des bottes secrètes el pouvait déroutejr un bretteur de profession. Cet Italien s'informa,
observa; il sut que La Châtaigneraie gardail un liras quelque peu roide d'une ancienne blessure, et il drossa là-dessus son plan de campagne.
Jarnac, étanl Vassaitli, avait droit de proposer les armes, l.a question était de savoir s'il valait mieux pour lui proposer les armes gothiques, embarrassantes e1 lourdes, du quinzième siècle, ou celles, plus légères, qu'on portait au seizième. En droit, puisqu'on renouvelait tout le vieil appareil, il pouvait exiger aussi les vieilles armes, comme on les portait aux combats de ce genre cent ans ou deux cents ans plus tôt. L'autre parti ne s'y attendait pas. Il n'aurait jamais deviné que le plus faible demanderait ces armes pesantes. Brantôme assure pourtant que La Châtaigneraie trouva dans leur roideur un obstacle qui gêna les mouvements du bras jadis blessé.
Du reste. l'Italien comptait si peu sur le succès de ce moyen, qu'à tout hasard il en avait enseigné à Jarnac un autre, connu en Italie. Il lui dit d'exiger deux dagues : l'une longue attachée à la cuisse, l'autre courte, mise dans les bottines; dernière ressource de l'homme terrassé, qu'on appelait miséricorde, parce qu'au moment de doute où le vainqueur était dessus et attendait qu'il demandât merci, il pouvait du bras libre tirer encore la dague et la lui mettre au ventre.
Les dagues furent accordées, et les cottes de mailles, les longues épées pointues, à deux tranchants. Je ne vois pas qu'on parle de cuissards ni de grèves; apparemment on les crut trop pesants, dans cette journée chaude, pour un combat à pied. La difficulté et la discussion, qui fut longue, porta sur les gantelets que proposa le parrain de Jarnac, longs et roides gantelets de fer, abandonnés depuis longtemps et curiosités d'un autre âge. Il présentait encore un vaste bouclier d'acier poli, non moins inusité alors, mais admirable pour faire glisser l'épée d'un fougueux assaillant, user la force et la fureur du bouillant La Châtaigneraie.
Tout cela refusé de Guise, son parrain. Les juges du litige étaient les maréchaux de France, et celui qui les présidait, le connétable. Il y avait à parier qu'ils décideraient contre Jarnac, pour Guise (et pour le roi). Cependant, soit par sentiment d'honneur et d'équité pour égaler les chances, soit par entraînement pour céder à la voix publique, les maréchaux pensèrent qu'on devait suivre, mot à mot, les usages des derniers combats, et qu'on ne pouvait refuser les armes usitées alors.
La voix du connétable était prépondérante. Qu'allait-il décider ? Nous l'avons vu bien faible et bien servile sous l'autre règne. Celui-ci commençait, et l'on ne savait bien encore où pencherait la faveur. Quoique Montmorency fut et parût le premier homme de l'État, quoique nominalement il eût tout dans les mains, il avait vu combien facilement sa grande
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amie Diane el ses petits amis les (luises avaient enlevé Henri II, et de Chantilly, d'Écouea, maisons du connétable, 1 avaient emporté à Anet. Il avait vu encore au conseil du 23 avril comme aisément, contre toute vraisemblance, ils tirèrent du roi l'ordre du combat, c'est-à-dire la mort de Jarnac. S'il les laissait ainsi toujours aller, lui-même perdait terre. Homme de paille et simple mannequin, il lui restait d'aller planter ses choux.
Tout cela sans nul doute le mettait pour Jarnac. Et cependant il eut flotté encore, redoutant d'irriter le roi, sans une très grave circonstance, qui bien plus droit encore saisit son cœur et dut lui faire violemment désirer la mort de La Châtaigneraie.
Ce fait, entièrement ignoré, et qu'un rapport de dates nous a fait découvrir, est tel :
Ce même jour du 23 avril où le conseil, de gré ou de force, avait cédé au roi et livré le sang de Jarnac, Montmorency obtint, en compensation sans doute de l'acte insensé qu'il signait, une très haute faveur personnelle. Le roi lui accorda pour son neveu Goligny les provisions de la charge de colonel général de l'infanterie française.
Goligny, il est vrai, était très digne. C'était un homme de trente ans, d'une gravité extraordinaire, d'une éducation forte et savante, d'une bravoure éprouvée et déjà couvert de blessures. Il avait pris la tâche dure de former nos bandes de pied, largement recrutées d'hommes effrénés et de bandits. Il passait pour cruel, dit un historien, mais sa cruauté
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a sauvé la vie à un million (/'hommes. Ses règlements, base première de nos codes militaires, le constituent l'un des premiers créateurs de l'infanterie nationale.
Un tel neveu était une bonne fortune pour l'intrigant austère (on verra si ce nom était dû à Montmorency). Goligny avait justement la réalité des vertus dont l'autre avait le masque. Il était infiniment utile à celui-ci que la noblesse de province, dont Goligny fut l'idéal, jugeât l'oncle sur le neveu. La parfaite netteté de l'un trompait sur l'autre. On lui faisait honneur du fier génie de Goligny, de ses paroles amères, parfois hautaines, sur la lâcheté du temps. Celle des Guises lui fit mal au cœur quand ils mendièrent une fille de Diane. Et il le dit très haut.
Les Guises eussent voulu à tout prix biffer ce titre que lui donnait le roi. Ils réussirent à tenir la chose en suspens et sans exécution pendant deux ans, pensant, dans l'intervalle, pouvoir la faire passer à quelque favori. Or celui du moment était La Châtaigneraie, le roi en était engoué; ils conçurent l'idée bizarre, étrange (sotte sous tout autre roi), de faire donner à ce bretteur, pour prix d'un coup d'épée, une charge qui exigeait un si haut caractère, la plus austère tenue, la moralité la plus grave, charge en réalité de juge militaire, une épée de justice autant que de combat !
Le bruit courut partout que La Châtaigneraie avait la charge, autrement dit, que Coligny ne l'avait plus, que l'on se moquait du connétable, que le parti des