CHAPITRE XXXVIII
Henri III est forcé de s'anéantir lui-même. (1587.)
La sombre, mais belle histoire, qui finit en 1572, a été justement intitulée : Les Guerres de religion. L'histoire misérable que nous faisons maintenant devrait s'appeler : Les Intrigues sous prétexte de religion.
Les catholiques peuvent là-dessus s'en fier au pape lui-même. Sixte-Quint avait en dégoût la grande tartuferie à laquelle on l'associait. Ce bon père, tout occupé de sa petite affaire romaine, d'arrêter et de faire pendre les bandits de son désert, regardait de loin sans plaisir la sotte pièce de la Ligue. Il voyait de mauvais œil ce que ses fils les ligueurs et ses fils les Espagnols s'obstinaient à faire pour lui. Il leur donnait à la rigueur des parchemins et des bulles, point d'argent, se disant trop pauvre. « Si j'en avais, disait-il ironiquement aux ligueurs, je n'aurais garde d'en donner pour la guerre ; je suis un homme de paix. »
C'était un rusé paysan qui n'était pas dupe. Il voyait qu'il n'y avait guère de vérité dans tout cela,
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qu'on oe travaillait pas pour lui, et que, s'il y avait succès, ce serait la grandeur de L'Espagne, dont il dépendrait plus encore.
L'Espagne marchant sur l'Europe, menaçante malgré sa fatigue et sou appauvrissement; l'Espagne, aidée d'une force immense d'illusion et de terreur, poussée par L'armée du mensonge, unie si intimement à la réaction fanatique qu'elle n'avait pas même besoin de la ménager, voilà ce qu'on voyait venir.
Force fatale, qui, quoi qu'elle fit, parfois insultant Le pape, parfois massacrant des moines (comme on vil en Portugal), n'en semblait pas moins catholique et la catholicité elle-même.
On a vu les sournoises, maladroites et impuissantes tentatives des Jésuites en 1578 et 1583, pour agir sans Philippe II par des épées d'aventuriers. Ils retombent toujours à l'Espagne; ils sont à sa discrétion.
On va voir de plus en plus la sottise de la Ligue, qui voudrait être par elle-même, le chimérique roman de Guise, qui vainement se figure quil se servira de Philippe IL II ne fait rien que se perdre. La Ligue n'a de force sérieuse que par sa base espagnole.
La Ligue fut-elle une chose française et nationale? Les Français du seizième siècle (après le Gargantua et pendant qu'écrit Montaigne!) sont-ils véritablement si fanatiques et si sots? Les actes soi-disant populaires qu'entasse M. Gapefigue auront peine à me le faire croire. Son procédé n'est pas habile. Il prend, copie tout ce qu'il trouve aux Archives de la ville, convo-
cations de la milice, ordres d'armer les bourgeois, programmes de fêtes publiques, et il appelle tout cela des actes du peuple, les élans municipaux de la bonne ville de Paris, l'action des confréries, des halles, etc., etc. Lisez avec attention; vous reconnaissez des actes officiels, émanés de l'autorité.
Ce qui d'avance m'avait mis tout d'abord en défiance sur cette prétendue popularité de la Ligue pendant vingt années, c'est la longueur du temps même. La France n'est pas si longtemps folle. Une pièce qui traîne ainsi, qui n'aboutit pas promptement, qui recommence sans cesse pour avoir de fréquents entr'actes et laisser la scène vide, n'est pas une pièce française. Il y fallait une patience qui n'est pas de cette nation, on l'aurait sifflée cent fois si le véritable auteur, le clergé, n'eût été là, avec sa forte police de boutiquiers ruinés, de mendiants à bâtons, et son arrière-garde espagnole.
Dès 1586, dans les dépêches d'un agent très clairvoyant, vivement intéressé à la chose, l'ambassadeur de Savoie, je trouve cet aveu curieux : « La Ligue a dégoûté tout le monde. » (Archives diplomatiques de Turin, 27 mai 1586, portef. 5.)
Qui dit la Savoie dit l'Espagne : Philippe II venait de donner sa fille au jeune duc de Savoie. C'est l'aveu des intéressés, de ceux qui comptaient se servir de la Ligue pour démembrer la France, qui travaillaient dans ce but, qui pratiquaient Marseille et Lyon. [Md., 27 avril 1587.)
Si la Ligue avait eu en France les fortes et vastes