LA VISION DEVE
O Femme! qui, sachant porter un ciel en toi, A celui qui perdait l'autre ciel, en échange, Oiïris tout, ta splendeur, ta tendresse et ta foi. Plus belle sous le geste enflammé de l'archange I
O mère aux flancs féconds ! Par quelle brusque horreur, Endormeuse sans voix, étais-tu possédée?
Quel si livide éclair t'en fut le précurseur? A quoi songeais-tu donc, la paupière inondée ?
Ah ! dans le poing crispé de Caïn endormi Lisais-tu la réponse à ton rêve sublime? Devinais-tu déjà le farouche ennemi Sur Abel faible et nu s'essayant à son crime?
Du fond de l'avenir, Azraël, menaçant, Te montrait-il ce fils, ayant fait l'œuvre humaine, Qui s'enfuyait sinistre et marqué par le sang. Un soir, loin d'un cadavre étendu dans la plaine?
Le voyais-tu mourir longuement dans Enoch, Rempart poussé d'un jet sous le puissant blasphème Des maudits qui gravaient leur défi sur le roc. Et dont la race immense est maudite elle-même?
Ah I voyais-tu l'envie armant les désaccords, Et se glissant partout comme un chacal qui rôde? Le fer s'ouvrant sans cesse un chemin dans les corps, Le sol toujours fumant sous une pourpre chaude?
Et les peuples Gains sur les peuples Abels Se ruant sans pitié, les déchirant sans trêves; Les sanglots éclatant de toutes les Babels, Les râles étouffés par la clameur des grèves?
Sous l'insoluble brume où l'homme en vils troupeaux S'amoncelle, effraj'é de son propre héritage. Entendais-tu monter dans les airs, sans repos. Le hurlement jaloux des foules, d'âge en âge ?
Compris-tu que le mal était né? Qu'il serait Immortel? Que l'instinct terrestre, c'est la haine Qui, dévouant tes fils à Satan toujours prêt, Lui fera sans relâche agrandir la Géhenne?
Gompris-tu que la vie était le don cruel? Que l'amour périrait avec l'Aïeule blonde? Et qu'un fleuve infini de larmes et de fiel Né du premier sourire abreuverait le monde?
Dieu l'a su 1 — Jusqu'au soir ainsi tu demeuras Contemplant ces fronts purs où le soleil se joue; Et tandis qu'ils dormaient oublieux en tes bras. Deux longs ruisseaux brûlants descendaient sur ta jou:
LA FEE HAMONDE