‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 41 sur 59 · LE GOUFFRE · texte numérisé non relu

LE GOUFFRE

Il est des gouffres noirs dont les bords sont charmants.

La liane à l'entour qui tapisse la lande

Se balance aux parois et s'enroule en guirlande.

Fleuri d'une couronne aux mille chatoîments,

Je sais un gouffre noir sur la verte colline.

Des arbres de senteur l'ombragent en entier,

Et l'on y vient joyeux par le plus gai sentier.

Parfois un souffle frais et qui caresse incline

Le feuillage agité d'un rapide frisson,

Et sous un vol épars d'amoureuses paroles

Penchant les cloches d'or et les blanches corolles.

Verse à l'abîme, ainsi qu'un lidèle échanson.

Avec l'esprit des fleurs les gouttes de rosée.

Dans ce sinistre puits, ô perles 1 ô parfums 1

Comme des espoirs morts ou des rives défunts.

Pour qui donc tombez-vous? de quelle urne brisée?

De quel fleuve divin grossissez-vous le cours?

l66 LES LÈVRES CLOSES

Qui vous recueillera pour la source épurée,

Vous inutile encens, larme toujours filtrée?

Un matin, — qu'ils sont loin déjà, ces temps trop courts !

Un matin, j'admirais, l'âme neuve et ravie.

Tout cet enchantement de verdure et de fleurs

Suspendu sur le vide et mêlant leurs couleurs.

Je m'enivrais de joie et d'arôme et de vie.

Hors des bruits de la plaine et du banal regard,

Je laissais ma pensée indolente et distraite,

Sur les recoins ombreux de la douce retraite,

Avec les oisillons voltiger au hasard.

Le soleil à travers les branches pacifiques

Criblait de diamants ces émaux sur ce noir;

Si bien que l'on eût dit sous la terre entrevoir

L'autre image du ciel dans les nuits magnifiques.

Et pour sonder le creux du soupirail profond,

Pour réveiller l'écho qui dormait sous ces plantes,

J'y fis tomber caillou, pierre et roches branlantes;

Mais comme au néant même en qui rien ne répond.

Tout s'abîmait. Nul bruit ne monta des ténèbres.

Un horrible frisson de pâleur et de froid

M'envahit tout à coup. Et je m'enfuis tout droit.

Souffleté par le vent des mystères funèbres.

l'orgueil 167

L' 0%GUEIL

IVioNTS superbes, dressez vos pics inaccessibles Sur le cirque brumeux où plongent vos flancs verts 1 Métaux, dans le regret des chaleurs impossibles. Durcissez-vous au fond des volcans entr'ouverts !

— Hérisse, amer orgueil, ta muraille rigide

Sur le cœur que des yeux de femme ont perforé ! Désirs inassouvis, sous cette fière égide, Mornes, endormez-vous dans le sommeil sacré !

— L'antique orage habite, ô monts 1 dans vos abîmes, Et prolonge sans fin sous les cèdres vibrants

Les sonores échos de ses éclats sublimes.

Et des troncs fracassés qu'emportent les torrents.

— Orgueil, derrière toi l'amour est là, qui gronde Toujours, et fait crier l'ombre des rêves morts. Aux lugubres appels de l'angoisse inféconde

Et des vieux désespoirs perdus dans les remords.

l68 LES LÈVRES CLOSES

— Sur les ébranlements, les éclairs, les écumes. Pics songeurs, vous gardez votre sérénité.

Du côté de la plaine, ô monts! vierges de brumes, Vos sommets radieux baignent dans la clarté.

— Sur les déchirements, les sanglots, les rancunes. Fermez, orgueil, fierté, votre ceinture d'ori

Du côté de la vie aux rumeurs importunes Reluisez au soleil, et souriez encorl

SOIR d'octobre 169

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