LE SURVIVANT I
D'autres liens, les sots espoirs, la vaine étude 1 L'on doute. L'on oublie. — Est-ce possible? On croit Oublier! Mais en nous le cyprès planté croît. Il est là; bien plus haut que la nuitl Sur les fastes De ma vie il s'étend toujours. Ombres néfastes 1 Un souffle; et je vous sens immortelles! Couvrez Mes yeux, palmes sans fin ! lourds rameaux enivrés De ce souffle 1 C'est vous qu'il cherchait. — Le ciel brille, Vainement! — Dans ma chair fouille, racine! vrille Aux cent pointes ! C'est toi qu'il réveille ; et venu De là-bas! — Mon soupir? Q.a'avais-je reconnu? Cette odeur d'autrefois! Cette tendresse amie?... Etait-ce un rêve en peine? Un rêve d'endormie! Le rêve d'abandon d'une poussière? — Oh! oui, Dors en moi, rêve en moi, jeune amour enfoui!
LE M^'K.CE'K.ILLIEX
i^A jeunesse est un arbre aux larges frondaisons, Mancenillier vivace aux fruits inaccessibles; Notre âme et notre cœur sont les vibrantes cibles De ces rameaux aigus d'où suintent les poisons.
O feuilles, dont la sève est notre sangl mirage Masquant le ciel menteur des jours qui ne sont plus 1 Ironiques espoirs qui croissez plus touffus! Tous nos désirs vers vous sont dardés avec rage.
Nulle bouche n'a ri, mil oiseau n'a chanté. Nulle fleur n'est éclose aux grappes jamais mûres. D'où viennent ces parfums, ces rires, ces murmures, Vains regrets de ce qui n'a jamais existé?
Arbre vert du passé, mancenillier sonore. Je plante avec effroi la hache dans ton flanc. Bûcheron altéré d'azur, vengeur tremblant, Q.iii crains de ne plus voir le ciel mentir encore !
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LA CHANSOK DE MAHALL I95
L^A CH^'yiSO'K. T)E D^C^H^LL
v>'est un soir calme; un souffle aux arômes subtils Vanne de fleurs en fleurs, et du parc aux collines, Le pollen qu'il dépose aux pointes des pistils; Un soir d'été serein, aux étoiles câlines. Li lune magnétique arrose les halliers ; Et dans l'herbe, pareils à deux grands boucliers Chus d'un duel gigantesque en preuve pour l'histoire. Dorment deux lacs jaloux, d'acier blanc criblé d'or.
A la tour du château s'éclaire l'oratoire De Gemma. — Par accès, le long du corridor, Comme l'appel lointain d'un blessé qu'on emporte, Se répète un soupir traînant de porte en porte. Hors la fenêtre rouge aux deux barres en croix, Tout reste abandonné dans l'antique demeure ; Hors la plainte du vent, rien n'élève la voix. C'est qu'une femme est là, qui souffre, prie et pleure I
Sur d'étroites cloisons pèse le dôme obscur ; Mais un haut lampadaire est dressé près du mur, Et vers un portrait d'homme au noir sourcil projette Les tremblantes lueurs d'une lampe d'argent. L'âme du mort revit sur l'image inquiète, Sans cesse du front blême aux lèvres voltigeant. Au dossier blasonné de sa chaise ducale. Croisant les doigts, se tient Gemma, muette et pâle, Immobile, debout, jeune et belle, en grand deuil. Son bras luit à travers le crêpe qui le voile ; Et l'on voit un foyer de tristesse et d'orgueil En ses yeux maintenus fixement vers la toile. Dans son cadre d'ébène un très large miroir Réfléchit le portrait de l'homme au sourcil noir, La veuve comme un spectre, et les sombres tentures Q.ui viennent s'écraser partout sur le tapis ; Des filets de lumière alternent aux sculptures. Assise à la fenêtre et les sens assoupis. Une vieille marmonne entre ses dents branlantes Des mots qui troublent seuls le vol des heures lentes. Tout au fond saigne un christ d'ivoire, et devant lui Repose un beau missel incrusté d'armoiries, Sur le prie-Dieu de chêne, auprès de son étui. Un mystère s'amasse au bas des draperies.
Et, tout à coup, crispant ses deux mains sur son cœur Où bouillonnait le flot grossi de sa douleur, Gerqma se tord, la tête et le buste en arrière. Elle arrache ses yeux, à la longue taris.