‹ Œuvres complètesChapitre 10 sur 84 · V.t qui, brûlant trop tard, croyait brûler tout seul · texte numérisé non relu

V.t qui, brûlant trop tard, croyait brûler tout seul

lit de loin, te cherchant sous une ombre qui cache.

Tombant à sa genoux.

Je me faisais plus lier aliu J'ctre plus l.khc !

T U L L 1 A , avec enthousiasme.

Ah! sois lier, cette lois, mais d'être aimé, l'.ibicu

F AUIEX, se rcLi\int.

Vx je t'ai vue! Alors veux-tu savoir combien

Mon cœur, plein du remords de son propre courage,

A tressailli de joie, en se gonllant de rage/

.\fi iilitiiit (l'un gesic le foiul du ihéàtre.

Nous partirons bien loin. Cet homme, je le hais! Je ne l'ai point aimé, mon Fabien ! Et jamais Je n'v penserai plus!

F A ni EN , li part.

Moi, toujours!

Je le juie!

Où tu voudras, demain, partons 1 FAIilEN, <i part.

Cluelle torture !

Va ! nous nous aimerons d'un amour jamais las !

FABIEN

Nous aimer!

// ie recule. — .4 pari.

Insensés! Entre nous deux, hélas!

Se dresse un souvenir que vainement je raille. Entre nous deux je sens s'épaissir la muraille Où, debout sur l'oubli, l'orgueil veillait, gardien Des glaces de son cœur et des brasiers du mien ! Élans tardifs! Derrière un rempart tutélaire. Lâches élans! dormez! Sans plainte et sans colère. Redresse toi sur eux, fierté dont je m'armais!

SCEKE V 5,

Rien ne peut plus rcn:iître entre nous désormais.

St rapprochanl de Tiillia qui l'a suivi des yeux avec angoisse, el qui va à lui.

Ainsi donc, vous croyez, lorsqu'un vain souffle emporte En Teffeuillant, un jour, la rose à moitié morte, due rouge et chaque jour encor s'élargissant, Elle peut refleurir sur sa racine en sang? Vous croyez qu'un éclair, en s'éteignant dans l'âme, l'eut y faire surgir un paradis en flamme? Vous croyez qu'un refrain arrêté brusquement Peut nous suivre la nuit comme un rugissement Qui dans un noir ravin rebondit d'angle en angle? Qu'un vautour peut surgir d'un oiseau qu'on étrangle, lit d'un caprice un soir pour un autre oublié, Ln amour immortel, ardent, fier et souillé? Dites, le croyez-vous?

T U L L I A , écrasé:.

Oh! Fabien!

FABIEN, avec eniporlemenl.

Alors, dites Lequel sait plus aimer ses souffrances maudites, Des deux tyrans qu'on nomme orgueil et lâcheté? Dis-le, toi, femme, amour, perfidie et beauté !

TULLIA, suppliante.

Grâce pour ton supplice, ô Fabien ! je t'adore I Ht l'occident de pourpre est l'envers d'une aurore Immense! Crois en moi, Fabien, et pour toujours!

36 I-A RF.NCON'IRE

FAninN , amer.

Oui, tu sais oublier, toi, femme! Toi, tu cours, Sans qu'un baiser te laisse à toi sa cicatrice, C^omnie à celui d'iiicr, à ton nouveau caprice!

N'appelle pas ainsi mon amour d'aujourd'hui !

FABIEN

Que sais-tu de l'amour? Ne parle pas de lui!

Qu'il a soif de crovance !

Et faim d'hypocrisie !

A pari.

O misérable orgueil! Qu'es-tu donc, jalousie?

Je sais qu'il peut grandir sous des regards ingrats!

FAIilEN, à piirl.

Oh! pouvoir lui rouvrir éperdunient mes bras!

Je sais qu'il met en moi l'ardeur dont, toi, tu brûles!

Tu sais qu'il meurt aussi sous des lèvres crédules

Et boit au souvenir comme on boit au Léthé !

Mais s'il renaît en vous de sa duplicité,

Crois-tu qu'il ne soit fait pour nous que de bassesse ?

Non! A sa propre gloire il s'enivre sans cesse;

l:t quand sa propre honte a fait son piédestal,

Il ne redescend plus à son tréteau natal!

lit, tout éclaboussé de sa cendre avilie.

L'amour peut pardonner, mais jamais il n'oublie !

TU L LIA, aprci un court silence,

O l'abien ! je comprends à présent ton orgueil! Ht, lîère aussi, j'irai, muette, sous le deuil D'un bonheur dont l'amour est le gardien farouche Ht qui nous entre au cœur en nous fermant la bouche. Lui-même il nous sépare, ayant en moi versé Même frisson hautain, même horreur du passé, Agrandissant en moi ta blessure profonde, .NLiis en laissant en toi mon âme, morte au monde !

r.llc se (lin'ae vers la ilioile pour sortir. F A m EN, suppliant, les bras vers elle. O Tullia! pardonne à ton tour; j'étais fou!

TL'LLI A , aprcs un montent d'hésitation, revenant vers lui.

l;h bien, jette-moi donc tes deux bras ;i mon cou!

Fabien veut s'élancer vers elle, mais il s'arré'.e, et ses bras ouverts retombent comme malgré lui.

Ton amour se révolte, hélas! contre lui-même, l-.t le mien n'en sait voir qu'une prouve suprême,

38 LA RrN'CONTRi:

Hélas! dans cet affront cruel pour tous les deux!

Sur tes bras retombés quand j'avançais près d'eux,

Peso de tout son poids l'idole profanée;

Mt de loin vers ta bouche à re<i;ret détournée,

Une idole nouvelle et sans tache apparaît

Qui, prise entre tes bras, sur-le-champ tomberait

En opprobre avec toi ! D'aujourd'hui je m'cvcillc !

]:t ton amour m'a faite enfin à toi pareille,

Jalouse aussi de fuir un mépris mutuel.

L'amour est maintenant pour nous deux comme un ciel

Où dés qu'on y pénètre on en devient indigne,

Mais dont l'éclair lointain nous sacre de son signe.

Auréole saignante à toute heure, en tout lieu.

Que nous emporterons dans notre tombe! Adieu!

Cher amant, désespoir de mon âme ravie!

Nous nous sommes trouvés trop tôt dans cette vie ;

Nous nous sommes connus en ce monde trop tard 1

Adieu ! Regardons-nous dans un dernier regard.

Pour que toujours au loin notre image s'y dresse.

Ivre d'un souvenir d'impérissable ivresse,

l'abien, et d'un sanglot immortel!

lUle va pour sortir.

FADir. \, qui s'est laissé tomber, accablé, sur le banc.

Malheureux!

Je la laisse partir! Oh! le cœur est atîreux! Je suis seul, désormais! Tullia!

// fait quelques pas.

TULLIA, iournéi vers lui.

Tu blasphèmes !

L'impossible baiser que nous fuyons nous-mêmes, Que le vent à jamais rapportera vers moi, A jamais s'en ira de mes lèvres vers toi ! Et toujours il vivra dans notre cœur fidèle, L'amour, qui vient d'ouvrir entre nous sa grande aile !

rjli sort Iciilemcnt.

Fabien la regarde, désespéré, semble vouloir s'élancer à sa suite, puis s'arrête, et sort précipitamment de l'autre côté.

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