SU% L^ TL^GE
V EUX -TU partir? — Partons! La mer lîst moins vaste encor que notre àmc.
L'amour m'a repris dans sa trame.
Il est plus calme et moins amer, Le ilôt qui fait plover la rame 1
Veux-tu chanter? — Chante! Ta voix Est moins sonore que mon rêve.
Q.ue ta chanson soit lente ou brève, Va ! tous les sanglots d'autrefois Me poursuivront do grève en grève !
Veux-tu dormir? — Dors! Le sommeil Est le moins clément des mirages.
On y revoit d'affreux parages !
Nul au fond d'un léthé vermeil N"\' boit l'oubli d'anciens naufrages t
•j8 LES AMANTS
Veux-tu parler ? — Parlons 1 Les mots Diront-ils vraiment nos pensées ?
Ah ! combien se cachent, pressées, Sombres nids sous d'épais rameaux, Le long dès paupières baissées !
(;rois-moi ! ne formons pas Je vœux ! Regardons-nous ! Restons à terre ! Ne chante pas. La nuit austère l'st moins noire que tes cheveux.
\'cilIons ! Surtout, sachons nous taire !
ATiIEV !
loi, pour qui l'amour n'est qu'un jeu, Sans remords, sans mélancolie, l'ais ton métier de femme ; adieu I
Toi qui sais oublier, oublie !
Je ne sens fermenter en moi Xi rancune, ni iiel, ni lie.
l:n tes yeux je n'avais pas foi.
Et dans mon âme rien ne saigne.
Obéis à la vieille loi !
Redore et repeins ton enseigne,
Arrête les désirs épars.
Cherche un sot qui demain se plaigne.
Cœur léger, cœur vide, adieu ! Pars !
CH^IsiSO'K,
Li E ciel est loin ; les dieux sont sourds. Mais nos âmes sont immortelles !
La terre s'ouvre ; où s'en vont-elles ? SoufFrirons-iious cncor, toujours ?
L'amour est doux ; l'amour s'émousse. Un serment, combien dure-t-ii ?
Le cœur est faux, l'ennui, subtil.
Sur la tombe en paix croît la mousse !
La vie est courte et le jour long.
Mais nos âmes, que cherchent-elles?
Ah ! leurs douleurs sont immortelles 1 Ht rien n'y fait, trou noir, ni plomb !
SAISONS BROUILLÉES 8l
5^41501^5 TiTlOUILLÉES
V^L" AN D naissent les fleurs au chant des oiseaux Ton étrange voix gravement résonne, Et comme aux échos des forêts d'automne Un pressentiment court jusqu'en mes os.
Quand l'or des moissons mûrit sous la llamme, Ton lointain sourire à peine tracé Me pénétre ainsi qu'un brouillard glacé. L'hiver boréal envahit mon Ame.
Quand saignent au soir les bois dépouillés, L'odeur de ta main laisse dans la mienne L'odeur des printemps d'une étoile ancienne, Et je sombre au fond d'espoirs oubliés.
Es-tu donc un monde au rebours du notre Changeant et mortel, où je vis aussi ? Soumis à lui seul, insensible ici, Si je meurs dans l'un, survivrai-jc en l'autre?
Je regarderai dans tes yeux ouverts duand viendront le froid, la neige et la pluie. La perdrai-je cncor, mon Ame éblouie, Dans tes yeux brûlants comme les déserts?