‹ Œuvres complètesChapitre 69 sur 84 · I.évc-toi, viens! lui dis-je, et suis-moi ! » Sans rien dir · texte numérisé non relu

I.évc-toi, viens! lui dis-je, et suis-moi ! » Sans rien dir

11 se leva, vers moi vint avec un sourire,

lit marchant ;\ ma gauche il me suivit. Sur nous

Les branches bruissaient dans un frisson plus doux.

« O toi, que tel encor je retrouve, j'écoute;

Parle, enfant, je t'en prie, et chante sur ma route !

Tout ce qui m'a quitté, tes extases, ta foi,

'l'es désirs, dis-les tous! Ton âme, rends-la-moi!

Ombre de ma jeunesse, où donc est ta demeure

A présent? Oh! dis-le! Parle avant que je meure! «

Or, il restait muet. Mais, 6 jours oubliés!

11 vous ressuscitait, et vous vous dérouliez

Un par un, me charmant de vos chansons légères.

Ht le ciel enfantin de vos mille chimères

filtrait comme un sourire en mon cœur adouci.

l:t longtemps, tous les deux, nous marchâmes ainsi.

Au pied d'un cèdre mort et couvert de broussailles,

— \'ision qui toujours vient glacer mes entrailles, —

l'aperçus un vieil homme, assis, voûtant le dos

< ^omme s'il eut ployé sous de nombreux fardeaux.

i:n ce fantôme fait de brumes condensées

Ai-je alors pressenti mes futures pensées?

lit dans son regard vide ai-je d'un coup d'œil prompt

Deviné le regard que les ans me feront?

Peut-être! Et, sans vouloir comprendre davantage.

Je m'enfuis; mais en vain. Cette nouvelle image.

Bientôt je la revis â ma droite marchant,

Sinistre, à chaque pas près de moi trébuchant,

Avec ses yeux pareils à des flaques d'eaux mortes.

« l;h bien! De quelque abîme inconnu que tu sortes,

Lui dis-jc, es-tu muet comme l'autre, vieillard?

Parle-moi dans le soir, parle dans le brouillard!

Puisque tu viens à moi comme un hideux prophète.

Ombre de ma vieillesse, où repose ta tète?

Q.u'as-tu donc à m'apprendre, et vers quel seuil vas-tu ;

Ton trésor, quel est-il? Sagesse, oubli, vertu.

Gloire ou prière? dis! Que t'a servi de vivre? »

Il se taisait aussi, s'acharnant à me suivre

Comme l'autre, et sur moi s'accumulaient les ans,

Et mon cœur et mes pas se faisaient plus pesants.

J'allais. Autour de nous, par le vent détachées.

Pendaient en lourds faisceaux les lianes séchées,

là mille souvenirs ignorés, lourdement.

Se balançaient de même en mon cerveau fumant;

lit longtemps, très longtemps, tous les trois nous passàmesi

Triple forme d'un être unique avec trois Ames !

Mais ces deux compagnons, chacun de son coté.

Me dérobaient mon âme et ma réalité;

Si bien que vers la nuit, perdu dans les allées,

L'esprit plein de candeurs à des adieux mêlées,

Parfois ivre du chant d'un rossignol, parfois

Tout entier tressaillant aux bruits secs du vieux bois,

J'avançais comme un spectre inerte, une ombre vaine,

Que retient un enfant et qu'un vieillard entraîne !

LES DEUX ILES iS^

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