‹ Œuvres complètesChapitre 71 sur 84 · LES GOUFFRES · texte numérisé non relu

LES GOUFFRES

J E cherche une épouvante à l'amour comparable, L'n abîme profond et vaste autant que lui, Mobile hier, demain, toujours, comme aujourd'iuii, l'ieiii de monstres rodant en troupe inexorable.

La mer? Non; le marin tombé dont le vaisseau Dans des gloires au loin fuit, les vergues chargées, Meurt bientôt, suffoquant après quelques gorgées. Ou coupé d'un seul coup de mâchoire à tleur d'eau.

Du lunèbre élément au fond des mornes couches 11 n'aura rien connu, ni l'horreur, ni le poids, Ni les crakens affreux cinglant ses membres froids. Ni les hideuses fleurs s'ouvrant, vivantes bouches.

Je cherche un infini comparable à l'amour, Q.ui nous roule éperdus dans d'effrayants mystères Où nous nous débattrons, victimes volontaires, Sans remonter iamais vers la cla:té du jour.

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La nuit ? Non ; sous la nuit le ciel est plein de phares ; La plus longue à coup sûr a son aurore enfin ; Ht l'affamé qui dort peut oublier la faim ; Ht le vaincu blessé peut rùvcr de fanfares !

l'our l'assassin aussi peut venir le sommeil; L'aube au moins chassera le spectre qui le hante ; Sa blancheur rassérène une Ame haletante; Ht le remords lui-même est joyeux au soleil I

Je cherche pour l'amour une sinistre image, Comme un gouffre sans fond ouvert traîtreusement, Où tout s'engloutira dans un effondrement, Dans l'irrémédiable et lourd et noir naufrage!

La mort? Non; son secret, nul n'en peut rien savoir. Peut-être la splendeur des étoiles ouvertes. Ou le néant épars dans les formes inertes; Mais malgré tout, pour tous c'est l'infrangible espoir !

Sous le coup du hasard ou frappé sur un ordre, Après ton dernier râle, en ramenant tes draps, (]alme et transfiguré, frère, tu descendras Dans l'empire où l'amour n'a plus de cœurs à tordre !

L'iiPARGNÉ 187

L'ÉT^TIG'K.È

i-iÉGER comme un volant qu'a frappé la raquette, Mon cœur rebondit loin du cœur de la coquette, Ht j'appelle au secours la jalousie en vain. Ce qui par-dessus tout chez la femme est divin, C'est toujours, dans sa paix ou ses métamorphoses. Son invincible instinct de nous cacher les causes. Le mieux est d'accepter son arrêt, quel qu'il soit : Et la fatuité des amants s'aperçoit Un peu trop à vouloir chercher i tout réponse. Tous leurs raisonnements n'ont pas le poids d'une once Pour s'immiscer, ainsi qu'avec rage ils le font. Dans les replis cachés d'un cœur qui les confond. Laissons le sot qui suit une infidèle amie Trancher du Sganarelle ou bien du Jérémie ; Car la fleur de l'amour est au commencement! Le premier baiser reste aussi le plus charmant.

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Ht le sage en riant, sans plainte et sans jactance, Vite au dédain oppose à son tour l'inconstance ; Jù l'amour est encor le meilleur médecin Ue l'amour, car il est son plus sur assassin.

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