‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 107 sur 139 · PREMIER SERMON SUR L'ETAT RELIGIEUX · texte numérisé non relu

PREMIER SERMON SUR L'ETAT RELIGIEUX

LE TRÉSOR CACHÉ DANS LA RELIGIOÎ

ANALYSE

'SoJET. le royaume des deux est semblable d un trésor enterré dans un champ ; l'homme qui l'a trouvé le cache; ti, transporté de joie, il va vendre tout ce qu'il possède, et achète ce champ.

Quel est ce trésor, et où est-il caché, si ce n'est dans l'état religieux ? .

Uivisiox. Le trésor dont il est ici parlé, c'est le parfait christianisme. Or, voici les trois avantages de l'âme religieuse: c'est qu'en qu.ttant le monde et se consacrant à la religion, elle trouve parfaitement le christianisme, invenit , première partie, c'est qu'embi-assant une vieca^hie, elle le met en sûrele. abscondit , deuxii^me partie ; et c'est que, ne se réserwnt rien, elle l'acheté au prix de toutes choses, et vendit univeria qure habet, et émit , troisième partie.

Première partie. Premier avanta^je de l'âme religieuse, c'est qu'en quiltanl le monde et se consacrant à la religion, elle trouve parfaitement le clinsliunisme: iiiuenit. Le clirisliaiiismj pur et sans lâche ne se trouve point dans le monde; mais on le trouve dans l'état religieux : car c'est là qu'on trouve des communautés d'àmes élues, qui, vivant dans la (*air, comme parle l'Apôlre, ne vivent jiomt selon la chair ; d'âmes innocentes et tout ensemble pjnitentes ; de saintes vierges qui usent dï ce monde comme n'en usant point, qui sont crueiftées au monde, et à qui le monde est crucilié. Tout cela nous parait grand et audessus de l'homme, mais tout cela est nécessaire pour le vrai christianisme.

llors de la religion ce trésor ne se trouve que rarement, ou mJiuj, à prendre le mondfe dans le sens de l'Ecriture, ne s y trouve point du tout. Car tout ce qui est dans le monde, est ou concupiscence de la chair, ou concupiscence des yeux, ou orguail de la vie.

En effet, en quoi consiste ce christianisme qui est par excellence le do:i de Dieu ? Dan j la béatitude de la pauvreté, dans la gloire de rhuiiiililé, dans le goût et l'attrait de l'austérité. Or, voilii ce que le monde ne conoait point. Dans le monde il y à des pauvres, maisqui s'estimjiit miiiieureux de l'être. Daas le mo.iie ou voit des ho.nnjs humiliés, mais qui ont en horreur l'iiumilité. Dans le mo.iJj oa soa.l'ro, mjison estaa dJjBs,)ji" de souTcir. Il ny a que dans la religion oii l'on trouve des pauvres qui se font un bonheur de leur pauvreté ; il n'y a que dans la religion où l'on se glorifie d'être obscur et humilié, il n'y a que dans la religion ou l'on souffre avec joie, et où l'on se fasse un plaisir d'être morliflé.

. Deuxième partie. Second avantage de l'àmi religieuse, c'est qu'e.njc-a,sjnt la vie religieuse, elle met en sûreté ce trésor du christianisme qu'elle a trouvé: abscondU. Laretraite religieuse est pour elle un préservatif, 1° contre la corruption du monde, 2° contre les railleries et la censure du monde, 3° contre les vaines complaisances et la fausse gloire du monde.

1° Préservatif contre la corruptiondu monde. Car l'âme religieuse s'étant sjparéedu monJe, elle est à couvert de la dissipalion du monde, de ses attraits, de ses exemples, i: ses io:s, de ses usages ; et, au lieu que le monde corrompt pour les mondains les choses mêmes les plus indifférentes, lapiligion sanctifie tout.

2" Préservatif contre les railleries et la censura du monde, il y a des ânes dans le monde qui voudraient servirDieu, mais le respect humain les arrête ; au lieu que l'âme religieuse est inlépendante des jugements du monde, et que la censure même du monde serait pour elle une raison de s'attacher à son devoir; car le monde ne censure le* religieux qu'autant qu'il les foil s'écarter de leur profession.

3° Préservatif contre les vaines complaisances et la fausse gloire du monde. Qu'un chrétien du monde fasse la moindre partie de ce que fait une âme religieuse, on l'exalte, on le canonise, et les louanges qu'il refoit sont une dangereuse tentation p .ui lui ; mais dans la religion la vie parfaite est une vie ordiujiro, et par conséquent à l'abri de toutes les atteintes d une vamij secrète.

Troisième partie. Troisième avantage de l'âme religieuse, c'est qu'elle donne tout pour posséder ce précieux tcésor du christianisme : Vendit universa quœ habet, et émit. Ou voudrait être chrétien dans le monde ; mais en même temps l'on voudrait qu'il n'en coûtât rien. Dans la religion, on sacrifie tout pour cela, et l'on se dépouille de tout. Belles paroles dans le inonde prétendu chrétien, belles apparences de réforme ; mais dans la pratique, oisiveté, mollesse, amour-propre. Dans la religion, exercices pénibles, jeûnes, v illes, silence, pauvreté, ofllces divins, etc.

Dans le monde on professe le christianisme ; mus en mi ne teiu,)i oi fait dans le monde sa volonté, et on veut toujours li faire. Dans la religion on y renonce ; et n'est-ce pas le plus graa I Je tous les sacrifices '( La plupart des vertos du monde ■ont des vertus païennes ; dans la religion ce sont des vertuà vra;mjn. chrétiennes. Krreur de Luther, lorsqu'il osa avancer queles vœux de la religion a'ajoutaieat rien à la sainteté du bapléiue, et qu'un simple carétieii doaauit autant à Dieu qu un religieux.

SUR LE TRÉSOR CACHÉ DMS LA RELIGION

SiTSiC m est regjium o^Êiorum thesauro àbsconâito in agro : quem qui imienil homo aàscoitiit, H prx gauiio illiia vadil, el vendit univerta çua habet, et émit agrum iilum.

La royaume d£S deux est semblable à un trésor enterré dans im champ : l'homme qui l'a trouvé le cache, et transporté de joie, il va. vendre tout ce qu'il possède, et achète ce champ. (^&iiiit Maltkieu, chap. un, 44.)

C'est une des similitudes dont Jésus-Christ se servait pour expliquer le mystère du royaume de Dieu. Vous le comprenez parfaitement, âmes religieuses, qui, élevées dans l'école de ce divin Maître, êtes ses fidèles disciples aussi bien que ses saintes épouses ; et je puis vous appliquer aujourd'hui ce qu'il ajoutait en parlant à ses apôtres : VoMs dalum est iiosse myslerium regni Dei, cœteris auleni in parabolis ^ ; Pour vous, qui êtes spirituelles et éclairées, il vous a été donné de discerner et de connaître ce royaume mystérieu-x, que les justes par la foi possèdent dès maintenant sur la terre. Telle est la grâce de votre état, tel est le fruit de ces profondes méditations dont vous vous occupez si utilement et si saintement dans la religion : Vobis datuin est. lilais pom* les autres, qui sont grossiers et aveugles dans les choses de Dieu, c'est-à-dire pour ItiS mondains, ce royaume ne leur est projuse qu'en paraboles, et ils n'en ont par là qu'une idée confuse, si le prédicateur de l'Evangde ne leur en découvre le secret. Permettez-moi donc de m'accominoder à leur disposition ; et puisque, en vertu de mon ministère, je suisredevable à tous, souffrez, mes chères sœurs, que jûignantà votre édification particulière l'insti'uclion générale des chrétiens du siècle, qui ne sont ici assemblés que pour profiter de votre exemple, je leur fasse entendre, sous la parabole du trésor caché, ce qu'il y a de plus important dans ce royaume de Dieu, dont le Sauveur du monde nous a faillui-mè.ne de siexcelleules leçons. L'illustre vierge qui tait lesujel de cette cérémonie, et qui, par un acte héroïque de sa piété, va se dévouer pour jamais à Dieu, sera la preuve sensible et vivante de tout ce que j'avaucerai. Com.ae elle est déjà toute pénétrée des lumières du ciel, et qu'après les saints exercicesi^u'elle a si dignement soutenus, nous n'avons rien pour elle à désirer, sinon qu'elle persévère dans la ferveur où nous la voyons, sans m'arrêter à l'instruire, c'est vous, hommes du siècle qui m'écoutez, que j'inslrairai par elle. Par elle vous coiMiaitrez la nature de ce trésor, à quoi le royaume des deux est comparé ; par elle vous apprendrez où on le trouve ; comment on le conserve, et à ijuel prix il mérite d'être acheté. Nous avons besoin des grâces du Saint-Esprit, el, pour les obtenir, nous nous adressons à vous,

' Luc, viil, 10 .

glorieuse Mère de mon Dieu, et nous vous disons :

Ave, Maria.

A prendre dans les vues de Jésus-Christ la

parabole que je viens de vous proposer, quel en est le sens ? Ce royaume de Dieu, semblable à un trésor, selon la pensée des Pères de l'Eglise, et en particulier de saint Jérôme, c'est le christianisme, où Dieu, par sa miséricode, nous a appelés, et où sont renfermées pour nous toutes les richesses de sa grâce; Simile est regnum cœloruin thesauro. L'hoiume heureux et prédestiné dont parle le Sauveur du monde, n'est autre que celui même qui a trouvé ce trésor : Quem qui invenit liomo ; qui a su le mettre à couvert : Abscoadit ; et qui s'est dépouillé de tout pour l'acquérir : Et vendit universa qux liabet, et émit. Trois choses distinctement marquées dans l'Evangile, et qui vont faire le partage de ce discours ; car voici tout mon dessein. Le christianisme que nous professons, et dont selon Dieu nous nous glorifions, est en effet notre tré.sor ; maisce trésor, avouons-le, mes chers auditeurs, ne se trouve que rarement et difficilement dans le monde ; mais ce trésor est infiniment exposé, et court grand risque dans le monde ; mais à en juger parla conduite delà plupart des hommes, on voudrait qu'il n'en coûtât rien, ou du moins qu'il en coûtât peu pour avoir ce trésor dans le monde. Au contraire, on trouve infailliblement et sans peine ce trésor dans la religion ; on me* en assurance et hors de danger ce trésor dans la religion , et on ne ménage rien, ou plutôt on sacrifie tout, pour posséder ce tiésor dans la religion. Trois oppositions entre la religion et le monde, que je vais développer, et d'où nous conclurons que c'est doue évidemment et à la lettre, dans l'âme religieuse, que s'accomplit la paraboledu trésorcaciié : pourquoi ? parce qu'el" leales trois avantages que demande le Fils de Dieu, et qui sont pour cela requis: je veux dire, parce qu'en quittant le monde et se consacrant à la religion, elle trouve parfaitement le Christianisme , Invenit; qu'embrassant une vie cachée, elle le met en sûreté , Abscundit ; et que, ne se réservant rien, elle l'aclièle au prix de toutes choses , Et vendit universa qiue habet, et emtl. Avantage, encore une fois, où consiste, par rapport à ce trésor, son bonheur, sa sagesse, sou courage. Son bonheur, en ce qu'elle le trouve ; sa sagesse, eu ce qu'elle le cache ; son courage, en ce qu'elle abandonne tout, jusqu'à se livrer elle-, nème pour l'acheler. Voilà, généreuse épouse de Jésiis-Glirist, les trois prérogatives essentielles de votre vocation, et de quoi

SUR LE TRÉSOR CACHR DANS LA RELIGION

j'ai à vous Miciter : voilà, Iioinmcs du siècle, par où j"entrc|)rcuJs, ou de vous convertir, ou de vous confondre, si vous me donnez une fa- Torable alteulion.

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