TROISIÈME PARTIE
C'est une des illusions du siècle les plus ordinaires, de vouloir être chrétien, et de croire le pouvoir être sans qu'd en coûte rien à la nature et à l'amour-propre ; et quoique l'Evangile nous prêche qu'il faut tout quitter et se renoncer soi-même, pour parvenir à celle grâce que j'appelle le trésor du christianisme ; quoique saint Paul proteste qu'il s'estime heareux de tout perdre pourvu qu'il gagne Jésus- Christ, Propterquem omnia detrimentum feci... ut Christum lucrifaciam i ; par un secret bien surprenant qu'a trouvé le monde, mais que les saints n'ont point connu, on se flatte de pouvoir gagner Jésus-Christ en ne perdant rien, et de pouvoir le posséder en retenant tout, je dis tout ce qu'il faut au moins être prêt à sacrifier pour acquérir un si grand bien. En un mot, on vit dans cette erreur, et l'on y vit Iran quillement, que, pour être chrétien, il n'est pas nécessaire de se détruire et de s'anéantir ; qu'on le peut être à des conditions plus supportables et plus proportionnées à notre faiblesse, c'est-à-dire qu on le peut être en goùlant les douceurs de la vie, en les recherchant et en se les procurant; qu'on le peut être en faisant éternellement sa volonté, et suivant sans contrainte et sans gêne le mouvement de ses désirs ; qu'on le peut être en travaillant à s'élever, en s'eflorçant de s'enrichir, en donnant à son ambition toute l'étendue que les lois du monde lui accordent ; qu'on le peut être, enSn, sans se dépouiller pour cela de soi-même, ni en venir à ce renoncement dont on ne laisse pas, parce qu'on est chrétien, de reconnaître en spéculation la nécessité, mais dont on sait bien, parce
! Philip., II,
SUR LE TRÉSOR CACHÉ DANS LA RELIGION
qu'on est sage et prudent selon la chair, se défendre dans la pratique. Car voilà, mes chers auditeurs, le raffinement de la dévotion chimérique doul le monde se parc :' ou veut avoir la gloire du chrislianisme, mais ou ne vent pas en avoir la peine ; on en veut avoir le mérite, mais on ne veut pas en porter le joug ; on veut en être quiltu- pour des paroles, pour des maximes, pour des sentiments, sans passer jamais jusqu'aux œuvres. Tel est l'abus dont je gémis, et qui excite tout mon zèle.
Mais n'ai-je pas en même temps de quoi me consoler, quand je considère que Dieu, pour la condanmatiou de i;et abus, suscite actuellement dans son Eglise des àines ferventes, des âmes remplies de son esprit, des âmes touchées de la grâce de leur vocation, qui, par un vœu particulier, se consacrant h lui et faisant divorce avec le monde, achètent le mérite et la gloire d'être parfaitement chrétiennes aux dépens de tout ce qu'il en peut coûter à des créatures mortelles? n'ai je pas de quoi bénir Dieu, quand je les vois, non contentes de quitter leurs biens, leurs prétentions, lem-s droits, se quitter elles-mêmes sans réserve, se priver de leur liberté, s'interdire les plaisirs les plus innocents, se livrer comme des victimes ? et pourquoi? pour donner une prouve authentique à Dieu et aux hommes qu'elles savent eslimer le christianisme et le faire valoir ce qu'il vaut; quand je les vois, dis-je, pénétrées d'une sainte joie, et que je les entends protester aussi bien que l'apôtre des gentils, Omnia detrimentum feci, et arbitrer ut stercora, ut Cliristum lucrifaciam; Oui, tout cela nous a semblé une heureuse perle, et nous avons regardé comme do la boue tout ce que le monde nous pouvait promettre, en comparaison du bonheur dont nous jouissons par la profession religieuse, d'être tout à Jésus-Christ comme il est tout à nous ; quand j'en ai devant les yeux un exemple aussi éclatant que celui de cette illustre vierge, n'ai-je pas, encore une fois, de quoi rendre à Dieu d'immortelles actions de grâces, d'avoir confondu par là l'infidélité et l'aveuglement des mondains? Reprenons, s'il vous plaif, et suivez moi.
On se l'ait honneur dans le monde de pratiquer le christianisme, et l'on croit en effet l'y pratiquer. J'en conviens, si vous le voulez ; mais avouons aussi que le christianisme est aujourd'hui pratiqué dans le monde d'une manière dont ou devrait rougir, cl dont on rougirait, pour pou qu'on eût de bonne foi, bien loin de s'en faire honneur. Jamais, dans le
monde prétendu chrétien, tant de zèle pour la voie étroite, jamais tant de démonstrations de réforme, jamais, en apparence, tant d'ardeur pour la sévérité de la morale et pour la pureté de l'ancienne discipline ; mais au milieu de tout cela, jamais tant d'amour- propre, jamais tant de recherches de soi-même, jamais, à proportion des conditions, tant de mollesse, ou du moins tant d'attention à être abondamment pourvu de tout et à ne manquer de rien. Or, avec cela, i! est aisé d'être chrétien ; avec cela, l'on ne sent point la pesanteur de ce fardeau du christianisme, et de ce poids du baptême dont parlait Tertullien ; avec cela on n'en est ni fatigué ni surchargé. Mais où est-ce qu'il se fait sentir? Disons-le hardiment, et parce qu'il est vrai, et parce qu'il ^est utile de le dire : où il se fait sentir, ce poids, c'est dans les communautés religieuses, où les exercices d'une vie réglée, où les jeûnes, où les veilles, où le silence, où la pauvreté, où l'assiduité aux offices divins, sont une pénitence sans interruption, qu'il faut avoir éprouvée pour en bien juger. Car c'est là que, par choix et par état, l'on porte ce qu'il y a de plus pesant dans le christianisme ; et c'est là que l'âme chrétienne dit à Dieu, avec la même confiance que L'avid : Propter verba labiorum tnoruui e(jo custodivl viaF duras ' : Pour vous, Seigneur, et pour le respect de votre loi, je marche dans des voies dures et pénibles. Le monde a lui-même des voies dures et pénibles ; mais on y marche, parce qu'on est dominé par ses passions, parce qu'on est esclave de son ambition, parce qu'on est livré au démon de l'avarice, et c'est ainsi que l'on porte le poids du monde ; au lieu qu'on suit les voies dures et pénibles de la religion, parce qu'on veut s'attacher exactement aux paroles de Jésus-Christ et à ses conseils, Propter verba labiorum tuorum ; et c'est ce que nous pouvons appeler la perfection ou le comble du poids du baptême : Pondus baptismi 2. Aussi est-ce par là, mes chers auditeurs, qu'on achète le trésor du royaume de Dieu. Mais écoulez ce que j'ajoute. Dans le monde on professe le christianisme, mais en même temps on fait dans le inonde sa volonté ; et, par un abus que le monde remarque bien lui-même, et dont il est quelquefois peu édifié, ceux qui dans le monde se piquent le plus d'être chrétiens et de le paraître, j'entends certains dévots, sont souvent ceux en qui la propre volonté règne davantai^, ceux qui y sont plus attachés et qui s'en départor.t le moins. Or, pour\uque l'on fasse sa volonté, ricu ne
' Psal,, XTi, 4. — -'TertuU.
SUR LE TRESOR C.\£HÉ DANS LA RELIGION
coûte ; et il n'y a ni excès de ferveur, ni pratique de pénitence, ni régularité de vie qu'on ne soutienne avec plaisir, tandis qu'on le veut, et
i qu'on se pique de le vouloir. Car cette volonté, du moment qu'elle est libre .et qu'elle prédomine, tient lieu de tout, et adoucit la plus rigou-
,' reuse austérité. De là combien d'illusions dans la plupart des vertus du monde ! Il n'en est pas de même de la religion : on y jeune, on y fait la volonté d'autrui, et jamais la sienne. Or, voilà le grand sacrifice dont l'homme avec railon se glorifierait, s'il pouvait jamais avoir droit Je se glorifier devant Dieu : cette obéissance à laquelle il se voue, celte dépendance d'une volonté étrangère à laquelle il se rend sujet, cette loi qu'il s'impose de ne pouvoir plus disposer de soi-même, de n'être plus le maître de ses actions, de vivre dans un ùge parfait comme un pupille qui ne doit jamais être émancipé, et qui, par un effet merveilleux delà vocation qu'il a embrassée, n'est libre que pour ne l'être plus, n'a de volonté que pour n'en avoir plus, n'use de sa raison et de ses lumières que pour n'en user plus. Voilà ce qui fait l'essentiel mérite de l'homme, et où il faut qu'il en vienne, alin qu'on puisse dire de lui ; Vendit universa quœ habet. Car tout le reste sans cela est peu, et cela seul, sans tout le reste, est d'un prix infini. Or, il n'y a que l'âme religieuse qui soil chrétienne à cette condition. Finissons, et
, Toici ce qui doit achever de confondre le monde,
' en consolant ceux qui ont le courage et le zèle de le quitter.
Qu'en coùte-t-il à la plupart des cnrtacns au siècle, pour mériter l'honneur qu'ils ont d'èlre, en qualité de chrétiens, incorporés à Jésus- Christ ? Oseraient ils dire qu'ils fassent pour cela aucun effort dont le christianisme leur soit proprement et purement redevable? Je parle de ceux dont le monde même vante si hautement la vertu et la probité ; de ceux qui, dans l'opinion du monde, passent communément pour gens d'honneur, de ceux qui lui |>araissent irréprochables ; que leur en coùte-t-il pour être chrétiens? Ils renoncent à toute injustice : les païens, disait le Sauveur, n'en font-ils pas autant? Ils s'abstiennent des plaisirs impurs : les sages de la gentilité ne s'en sont-ils pas abstenus ? Ils ont de la modération dans leurs passions, de la règle dans leurs actions, de l'équité dans leurs jugements, de la sincérité dans leurs paroles : la raison, indépendamment du christianisme, ne leur enseigne-t-elle pas tout cela ? C'est dans la profession religieuse que, pour se rendre digne de Jésas-Christ, on en-
chérit sur les vertus païennes ; et comment ? en se dégradant, pour ainsi dire, soi-même, et se réduisant, selon la doctrine de l'Apôlre, à l'état des enfants. Car voilà ce que les païens n'ont jamais fait, et n'ont jamais eu la pensée de faire. Ils jetaient dans la mer l'or et l'argent; mais ils demeuraient pleins d'eux-mêmes, dit saint Jérôme, et ils n'estimaient pas assez cette sagesse mondaine, dont ils se déclaraient les sectateurs, pour l'acheter au prix d'une vie obscure et humiliée. Voilà ce que ne font point encore les chrétiens engagés dans le monde. Ils seront réguliers, ils seront pieiLX, ils seront morfifiés, ils donneront tout, mais en se réservant toujours leur volonté propre, et n'allant jamais jusqu'à cette pleine abnégation, qui est le parfait christianisme, et le point capilal du sacrifice de l'âme religieuse : Vendit universa quœ habet, tt émit.
C'est ici, mes chers auditeurs, si le temps me le permettait, que je vous ferais remarquer en passant l'erreur et la mauvaise foi de l'hérésiarque Lulher, qui, pour colorer son libertinage et justifier son apostasie, affecta d'exalter les vœux du baptême, dans le dessein de décrier les vœux de la religion comme si les vœux de la religion; n'ajoutaient rien à la sainteté du baptême, et qu'en effet un simple chrétien donnât autant à Dieu qu'un religieux. Eri'eur que toute la théologie condamne comme également opposée à la raison et à la foi. Car ces saintes filles que vous voyez, en se dévouant à Jésus-Christ, lui ont fait, par leur profession, des sacrifices que nul de vous ne lui a laits en vertu de son baptême. Elles pouvaient être riches et bien pourvues, et elles se sont rendues pauvres; elles pouvaient être libres, et elles ont choisi de se captiver sous le joug d'une obéissance éternelle ; elles pouvaient goûter les plaisirs légitimes et permis, et elles ont embrassé la croix. Il leur en a donc coûté bien plus qu'à vous pour être ce qu'elles sont, puisque, tout chrétiens que vous êtes, vous n'avez jamais prétendu faire ce qu'elles font. Vous êtes puissants dans le monde, disait saint Paul aux Corinthiens déjà convertis à la foi, mais qui pour cela n'avaient pas renoncé aux avantages des conditions où Dieu les avait fait naitre ; vous êtes puissants dans le monde, et nous qui avons tout quitté pour Jésus-Christ, nous sonnnes faibles, sans crédit et sans autorité : Nos injirmi, vos autem fortes '. On vous honore, et on nous compte pour rien : Vos nohiles, nos autem iynobiles 2. Vous êtes considérés et respectés, pendant que
SUR LE CHOIX MUTUEL DE DIEU ET DE L'AME RELIGIEUSE
Ton nous regarde comme le rebut des hommes : Tanquam purgamenta hujus mundifacti sumus '. Or, c'est ce que les vrais religieux pourraient bien s'appliquer, en se comparant avec les chrétiens de ce siècle. Mais du reste, à l'exemple de saint Paul, je vous dis tout ceci, mes chers auditeurs, non pas pour vous faire d'inutiles reproches, Non ut confundam vos - ; mais pour vous avertir, comme mes chers frères, d'un de vos plus essentiels devoirs : Sed ut filios meos charissimos moneo 3 ; c'est-à-dire, pour vous faire connaître le mérite de la vocation chrétienne, pour vous apprendre ce qu'elle vaut, combien vous la devez priser, et à quoi il faut que vous soyez déterminés lorsqu'il s'agit de marquer à Dieu jusques à quel point vous savez estimer ce trésor. Car enfin, ces épouses de Jésus-Christ, dont la ferveur vous édifie, ne servent pas un autre Dieu que vous, ne croient pas un autre Evangile que vous, n'attendent pas une autre gloire que vous. Si elles laciièlent
'I Cit., IV, 13. — = Ib.d., li. — ' Ibid.
plus cher que vous, c'est ce qui doit vous faire trembler, puisqu'il est certain que, quoi qu'elles donnent pour l'avoir, elles ne donnent rien de trop, et que le royaume du ciel, prisé dans sa juste valeur, vaut encore bien au-delà. Uue devez-vous donc conclure de leur exemple, si • non que jusqu'à présent vous n'avez pas connu le don de Dieu? Ah ! Seigneur, devez-vous dire, je me flattais d'être chrétien, et je ne l'étais pas ; mais aujourd'hui j'apprends à le devenir. Si vous êtes, mon cher auditeur, dans ces dispositions, c'est, pour vous, avoir trouvé le trésor de l'Evangile, et c'est le fruit que vous devez remporter de cette cérémonie. Vous, vierge fidèle, achevez ce que vous avez commencé. Présentez-vous avec confiance à l'autel où votre Dieu vous attend. Prononcez sans peine ces vœux qui vous engageront éternellement et irrévocablement à lui. Quoi que vous lui donniez, il vous le rendra au centuple et en cette vie et en l'autre, où nous conduise, etc.
DEUXIIÎME SËKMON SUR L'ETAT RELIGIEUX.
LE CHOIX QUE DIEU FAIT DE L'AME RELIGIEUSE, ET QUE L'.\.ME RELIGIEUSE FAIT DE DIEU.
ANALYSE
Sujet. Souvenes-vous-en, Israël, et ne l'oubliez jamais : vous choisisse: aujourd'hui le Seigneur, afin qu'il soit lotrt Dieu; et le Seigneur vous choisit aujourd'hui, afin que vous soi/er son peuple particulier.
Ces paroles expriment parfailenienl ce qui se passe entre Dieu et lame religieuse, lorsqu'elle se consacre à la rilii,-iun.
Division. Le choix que l'âme religieuse fait Je Dieu, alin qu'il soit particulièrement son Dieu: première partie. Le clioix que Dieu fait de l'âme religieuse, alin qu'elle soit particulièrement sa créature : deuxième partie.
Première partie. Le choix que l'âme religieuse l'ait de Dieu, afin ([u'il soit particulièrement son Dieu. 1° Choix glorieu.x à Dieu ; 2° choix heureux pour l'âme religieuse ; 3° choix qui lui rend Dieu souverainement nécessaire ; 4° choix après lequel aussi Dieu lui suffit ; b' choix emin p,ir où Dieu devient spécialement et plus proprement son Dieu.
1" Choix glorieux à Dieu : car c'est reconnaître uuthenliquement l'excellence de l'être de Dieu et sa souveraineté, piiiscui'il n'y a qu'un Dieu qui mérite que nous quittions tout pour le posséder. Hommage qui lui est du, et qu'il ne reçoit dans toute son étendue, que de l'âme religieuse.
2» Choix heureux pour lame religieuse. Ce choix est pour elle une assurance aussi grande qu'on peut l'avoir en cette vie, qu'elle aime Dieu de cet amour parfait dont la grâce est inséparable.
3° Choix qui rend Dieu souverainement nécessaire il l'âme religieuse. Si par son infidélité elle venait à ne pas trouver Dieu dans la religion, ne pouvant d'ailleurs y trouver les consolations du monde, quelle serait sa ressource 'i du reste, heureuse nécessité qui l'oblige à s'attacher 'a Dieu.
'i" Choix après lequel aussi Dieu suffit à l'âme religieuse. Les mondains, comblés des biens du monde, ne sont pas encore i jntents; l'âme religieuse, avec Dieu seul, jouit d'une paix parfaite, et nous sert de preuve sensible pour connaître comment rien seul fera dans le ciel toute notre béatitude.
5° Choix par où Dieu devient spécialement et plus proprement le Dieu de l'âme religieuse. Dieu lui tient lieu de tout; il es donc particulièrement son Dieu. De plus, il e>t le Dieu de tout l'univers par la nécessité de son être ; mais il est plus proj;ement le Dieu de l'âme religieuse par le choix libre et volontaire qu'elle a fait de lui.
Deuxième partie. Le choix que Dieu fait de l'âme religieuse, afin qu'elle soit particulièrement sa créature. Elle ne pouvait choisir Dieu, si Dieu auparavant ne l'avait choisie et recherchée ; mais pourquoi Dieu la-l-il choisie? 1° afin qu'elle soit sainte; i- afin qu'elle soit irrépréhensible ; 3" afin (|u'elle serve de modèle aux chrétiens du siècle ; et c'est ainsi qu'elle appartient spécialement ii Dieu, et qu'elle en est particulièrement la créature.
1° Afin qu'elle soit sainte : car Dieu l'a choisie afin qu'elle soit plus dévouée i son service. Or, Dieu étant saint, et le Saint des saints, dit saint Chrysostome, il veut et il doit être servi par des saints. Et n'est-ce pas de quoi sont remplies tant de roinniunautés religieuses ?
^ Afin quelle soit irrépréhensible : liaiis lélat religieux une sainteté ordinaire ne suffit pas ; il faut une sainlelé irréprochable, une sainteté ii l'épreuve de toute censure, une sainteté où le monde, ce monde critique et si attentif à observer les per-
SUR LE CHOIX MUTUEL DE DIEU ET DE L'xVME R'iUGîEUSE.
ïonnes religieuses, ne puisse déconiTir aucune tache. Il faut, pour l'iionneur de Dieu, que les rcrigieux puissent dire ani mondains ce que saint PhuI disait aux p licjs ; Copite nos ; Examinei-nou-;, et voyea s'il y a rien dans toute notre eondoite quevousayez droit de reprendre.
3° Afin qu'elle serve de modèle aus chrétiens du siècle : car qu'est-ce qu'un vrai religieux, sinon un chrétien arfait, et une image vivante de la perfection évangéliqne ?
Les personnes religieuses sont donc le peuple de Dieu particulier, et d'un façon plus propre ses créalores, puisque rien ne leur manque pour être totalement, uniquement et irrévocablement à Dieu.
JUémenco, Israël, et ne ohîiviscaris.i. Dommunt eleffifti hodie, ut sit iibi Deus... et Doimntis elegit te hodie, vt sis ei populos peeuiiaris,
Souvcuez-vous-en, Israël, et ne l'oubliez jamais : vous choisis- Bez aujourd'hui le Seigneur, afin quM soit votre Dieu ; et le Seigneur vous choisit aujourd'hui, afin que vous soyez son peuple particulier. (^DetUéroJiome, chap. chap. ix,7;ïxrl, 17, 18.)
C'est ainsi que Dieu parla aux Israélites, lorsque, après les avoir tirés de la servitude et les avoir longtemps éprouvés dans le désert, il les fit entrer dans la terre promise qu'ils avaient si ardemment désirée, et qui devait être pour eux une terre de bénédiction. Mais tontes ces choses, dit saint Paul, n'étaient encore que des figures ; et ce qui arrivait alors aux Israélites, selon le dessein de Dieu même, se rapportait essentiellement à nous : Hœc autem in figura fada suntnostri '. En effet, c'est tlans les parfaits cliréliens que ces figures de l'ancienne loi trouvent leur accomplissement ; et, sans sortir du lieu où nous sommes, c'est dans cette cérémonie religieuse que l'on voit clairement et sensiblement la vérité de ce que le Saint-Esprit a prétendu nous faire entendre par ces divines paroles que j'ai prise? pour mon texte, et qui renlêrment tout le sujet de ce discours. Car, dites-moi, une âme dans les dispositions oii nous paraît cette généreuse fille qui sert ici de spectacle aux anges et aux hommes, une âme que Dieu, par la vertu toute-puissante de sa grâce, tire aujourd'hui de l'esclavage du monde, une âme prédestinée, dont l'heureux sort, après de saintes épreuves, est d'entrer dans la rehgion qu'elle regarde comme la terre des élus, et vers laquelle elle porte ses vœux les plus ardents ; une vierge qui, à la face des autels, par une profession solennelle, choisit le Seigneur pour son Dieu, et que le Seigneur choisit réciproquement pour l'associer au nombre (le ses épouses, c'est-;"i-dire au nombre de ces Vierges qui lui sont uniquement dévouées, et qui composent dans le christianisme ce peuple particiilier dont il se glorifie d'être servi, n'estce pas à la lettre tout le mystère qu'exprime ce passage : Dominum elegisti hodie, ut sit tibi Deus ; et Doniiinis elegit te hodie, ut sis eipopulus peculiaris ? C'est donc à vous, digne épouse de Jésus- Christ, que j'adresse ces paroles : écoutez-les avec respect, et u'en peidez jamais le souvenir :
■ 1 Cor., X, 6.
Mémento, et ne obliviscaris. En vous consacrant à la vie religieuse, vous allez choisir le Seigneur, afin qu'il soit votre Dieu : Dominum elegisti hodie, ut sit tibi Deus; et par une insigne faveur votre Dieu va vous choisir, afin que vous soyez particulièrement sa créature : Et Duminus hodie elegit te, ut sisei populus peculiaris. Médiditez bien ces vérités importantes, et qu'elles demeurent pour jamais profondément gravées dans votre cœur. Voilà ce (fk\(i je vous propose, et ce que vous devez envisager comme le fonds de toutes vos obligations : le choix que vous faites de Dieu, et le choix que Dieu fait de vous. Le choix que vous faites de Dieu, source des niéiilcs infinis que vous amasserez en le servant, et qui seront les fruits du sacrifice que vous allez lui offrir, c'est la première partie ; le ciioix que Dieu fait de vous, source des grâces abondantes qu'il vous prépare, et qu'il commence dès c* jour à répandre sur votre personne, c'est la seconde partie. Le choix que vous faites de Dieu, afin qu'il soit particulièrement votre Dieu : fondement solide du droit propre que vous aurez de vous confier en lui et de tout attendre de lui. Et le choix que Dieu fait de vous, afin que vous soyez spécialement sa créature : souverain molif de l'inviolable attachement que vous devez avoir pour lui. Que ne dois-je point me promettre de ces deux considérations, parlant ici à des âmes religieuses pleines de l'esprit de leur vocation, et continuellement occupées du soin de le conserver, de le renouveler, île l'augmenter ? Quel exemple pour les chrétiens du siècle qui m'écoutent! car pour votre édification, mes chers auditeurs, il n'y aura rien dans ce discours que vous ne puissiez et que vous ne deviez vous appliquer selon ce que vous êtes, et ce que Dieu demande de vous, dans la vie séculière et néanmoins chrétienne à laquelle il vous a appelés. Tout ce que je dirai vous instruira, ou, si vous n'en profitez pas, vous confondra. Mais indépendamment du fruit que les chrétiens du siècle en tireront, voici encore une fois, fidèle épouse du Sauveur, les deux avantages dont la profession religieuse va vous mettre en possession, et dont le devoir de mon ministère m'oblige à vous féliciter. En vertu de l'action que vous allez faire, le Dieu
SUR LE CHOIX MUTUEL DE DIEU ET DE L'AME RELIGIEUSE
de lunivers, parce que vous le choisissez, \a devenir singulièreuient votre Dieu; et vous, parce qu'il vous clioisit lui-même, vous allez devenir singulièrement sa créature. C'est-àdire, il va être votre Dieu avec toute la distinction qu'il le peut être dans l'ordre de la grâce; et vous, avec la même dislinclion, vous serez sa créature d'une manière qui, dans l'ordre de la grâce, va dès maintenant \ous combler de gloire. Avant que d'en venir à la preuve, ayons recours à la Mère de Dieu, et saluons-la en lui disant : Ave, Maria.