DEUXIÈME PARTIE
Comme il est de la foi que la grâce, qui est le principe du mérite, doit par conséquent précéder en nous tout mérite, aussi est-ce pareillement un point de foi que le choix que Dieu fait de nous doit, par une absolue nécessité, précéder le choix que nous faisons de Dieu. Et voilà pourquoi saint Bernard, instruisant une épouse de Jésus-Christ, et lui donnant une juste idt'e
' Psal., exi m, Ifc. — ' IbW
SUR LE CHOIX >rUTUEL DE DIEU ET DE L'AME RELIGIEUSE.
de sa vocation, en concluait toujours pour elle l'obligation indispensable où elle était de marcher saintement devant Dieu, et de se tenir dans une profonde humilité, accompagnée d'une vive reconnaissance, parce raisonnement invincible : Nisienim priiis qitœsita, non qitœreres ; siciit nec eligeres, nisi electa ; car, lui remontrait-il, quelque fidèle et quelque fervente que vous puissiez être dans la voie de Dieu, vous ne chercheriez pas Dieu, si Dieu le premier ne vous avait cherché ; et vous n'auriez pas l'avantage de l'avoir choisi, s'il n'avait eu auparavant la bonté de vous choisir lui-même, en vous prévenant par sa grâce, et en vous attirant à son service. Appliquons-nous, mes chères sœurs, cette grande vérité; et, remontant jusqu'à la source des miséricordes de notre Dieu, entrons dans les desseins de son aimable providence snrnous, quand il nous a appelés à la religion. Les voici. Dieu nous a choisis, afin que nous soyons dans le monde, je disdans le monde chrétien, sonpeuple particulier: Et Dcnninus elegit tehodie, id sis et popiilus peculitiris. Qu'est-ce à dire, son peuple particulier ? Saint Paul nous l'apprend en deux mots, dans ce beau passage de l'épitre aux Ephésiens : Elegit nos in ipso... ut essemns sancti et immactihiti in conspectu ejus^. J'avoue que saint Paul parlait \h des cin-étiens en général ; mais du reste, il est évident qu'il parlait des chrétiens parfaits , et qu'ainsi sa proposition convenait encore mieux à ceux et à celles qui, dans la suite des temps, devaient renoncer au monde, pour embrasser la profession religieuse , puisque c'est dans la profession religieuse que se trouvent plus communément les parfaits chrétiens. C'était donc vous et moi, mes chères sœurs, que l'Apôtre de Jésus-Christ avait surtout en vue, lorsqu'il disait : Elegit nos, ut essemns sancti et jmmaculati. Entre les élus mêmes, Dieu nous a élus, afin que nous soyons saints ; il nous a élus afin que nous soyons irrépréhensibles ; et j'ajoute, suivant la même pensée :il nous a élus afin que nous servions d'exemples aux chrétiens du siècle ; il nous a élus, afin qu'au milieu d'eux nous paraissions comme la lumière du monde et comme le sel de la terre. Définition très-naturelle et très-vraie de l'état religieux. C'est le peuple saint du Seigneur : en comparaison des mondains, c'est le peuple sans tache et sans reproche, c'est le peuple suscité et prédestiné pour être le modèle des chrétiens ; c'est le peuple établi de Dieu pour confondre les erreurs et l'infidélité du siècle, et pour en arrêter la corruption : en un mot, c'est le peuple de Dieu par-
1 £fbe»., I, 4.
entier, dont les Israélites n'ont été que la figure. Voilà, dis-je, âmes religieuses, à quoi se termine le choix que Dieu a fait de nous. Encore quelques moments de votre attention.
Dieu nous a choisis, afin qu'en qualité de religieux nous soyons son peuple saint : Elegit nos, utessemus sancti. ChoLx adorable,'qui nousa séparés du monde profane, pour nous associer, si j'ose m'exprimer de la sorte, à la sainteté de Dieu même : Sancti estote, quia ego sanctussum *. Car Dieu, dans le fond de son être, étant saint et le Saint des saints, il voulait, dit saint Chrysostome, et il devait être servi par des saints. Or c'était l'état religieux qui, par une divine fécondité, devait produire ce nombre de saints que Dieu voulait former pour la perfection de son culte. C'était l'état religieux qui, dans la retraite et dans l'éloignement du monde, devait élever cette multitude de saints éprouvés, de saints mortifiés, de saints consommes en toute sorte de vertus, de saints victorieux du monde et d'eux-mêmes, tels qu'il les fallait à Dieu, pour être servi en Dieu. David se plaignait autrefois, et gémissait de ce qu'il n'y avait plus de saints dans le monde. Sauvez-moi, Seigneur, s'écriaitil, touché des progrès que faisait le vice, et des désordres qu'il voyait croître de jour en jour : sauvez-moi , parce qu'il n'y a plus de saints dans le monde. Or qu'est-ce que le monde, sinon un enfer, du moment qu'il n'y a plus de saints? Salvum mefac. Domine, quoniam defecitsanctus'^. Telle était la prière de ce saint roi, dans l'ardeur de son zèle, à la vue des iniquités du monde. Mais, par un sentiment bien contraire, je me console aujourd'hui de ce que, malgré les iniquités du monde, il y a encore des saints dans le monde. Car tandis que je vois des communautés de \ierges consacrées à Dieu, et uniquement appliquées à remplir les devoirs de leur vocation, des communautés qui se distingi^ it par leur inviolable et constante régularité, qui édilicnt l'Eglise, et qui sont de celles que saint Cypricn appelait la plus noble portion du troupeau de Jésus-Christ ; tandis que je vois des maisons religieuses de ce caractère ( or il y en a ), je dis hardiment et sans crainte : Non, la main du Seigneur n'est pas raccourcie; et, malgré l'envie du démon, il ne laisse pas d'y avoir encore des saints. Comme il y en a dans le ciel que Dieu glorifie, il y en a sur la terre qui glorifient Dieu, et ce sont au moins, mes chers audileurs, ces chastes épouses du Sauveur, qui se vouent à lui comme à leur unique époux ; ces âmes pures, qui, possédées de l'Esprit de Dieu,
' Levit., XI, 44. — ' Psal., il, 2.
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font un divorce éternel et solennel avec le monde ; ces cMiies raclictées d'entre les liommes, pour être, dans les familles où elles sont aces, comme les prémices offertes au Dieu qu'elles adorent ; ces vierges dont les vêtements blancliis dans le sang de l'Agneau, n'ont jamais été souilles, et qui, tout nniocenles qu'elles sont, s'imposent tout le joug de la pénitence. Voilà les saintes de Dieu sur la terre : Sandis qui saut in terra ejus K Tout le reste du monde si vous voulez, est corrompu ; et je consens qu'indignés des scandales dont le monde est plein, vous disiez avec le Prophète : Tous se sont égarés : Ornnes declinaverunt 2 ; tous, en quittant Dieu, se sont livrés aux plus abominaltles désirs : /lto»n)ia/)(7(.'s facti sind in stucUis s}:is 3 ; il n'y en a pas un qui ne \be dans le déié;;lement, pas un qui ne se fasse de ses passions de secrètes idoles : Non est qui faciat honum, non est usque ad unum *. Oui, je consens que vous parliez de la sorte, pourvu que vous en exceptiez ces saintes tilles, qui uivent des voies si opposées à celles du umnde, et qui par là, se préservant de sa contagion, ne peuvent avoir aucune paît à cet égarement universel ; pourvu que vous reconnais iez que dans leurs personnes Dieu s'est réservé desservantes fidèles, qui n'ont point fléchi le genou devant Baal ; de sincères adoralrices qui le servent en esprit et en vérité, et qui, jour et nuit occupées du soin de lui plaire, lui font aux dépens d'elles-inômes des sacrilices dont il n'y a que lui seul qui sache le prix et le mérite. Car voilà toujours, mes chères Sœurs, la fin pour laquelle Dieu vous a choisies.
Je dis plus : Dieu nous a choisis, afin que dans le monde chrétien nous soyons irrépréhensibles ; Ut essemus saneti et immaiululi. Car dans l'état religieux, une sainteté ordinaire ne nous sulfit pas ; il nous faut une sainteté irréprochable, une sainteté à l'éprouve de toute censure, une sainteté où le monde critique ne puisse découvrir aucune tache, j'entends de ces taches honteuses qui déshonorent notre profession : pourquoi ? parce qu'il nous faut une sainteté propre à confondre le libertinage du monde et son impiété. Or, jamais notre sainteté ne sera telle, si elle ne monte jusqu'à ce degré d'iirépréhensihilité. Et en eflèl, c'est par ce motif que saint Fieric engageait les premiers fidèles à se conduire parnn les gentils d'une manière qui les mit à couvert, non-seulement de tout blâme, mais de tout soupçon, afin, leur disait-il, mes Frères, que vous 1er-
' Psal., xv, 3. .- î lbid.,xiii, 3. - ' Ibid., 1. — i Ibid., 8.
B. ToM. III.
niiez ainsi la bouche anx hommes ignorants et insensés, c'est-à-dire aux ennemis de la foi : Vt benefiicientes obnmtcscere facialis imprudentium hvminuin ignoruntiam '. C'est par cette même raison que saint Paul conjurait les minisires de l'i^^glise d'être des hommes sans reproche, afin, reprenait-il, que nos atlversaires, qui étaient les païens et les idolàlres, n'ayant aucun mal à dire de nous, soient forcés de nous respecter et de glorifier Dieu dans nous: Vt is qui ex adverso est, verentnr, nihil hahens wolum dicere de nobis 2. Oi- voilà justement, mes (hères Sœurs, ce que Dieu deniande de vous et de moi : car les mondains, au milieu desipicis nous vivons, ne sont pas moins attentits à nous observer, ni moins déterminés à nous censurer, que l'étaient alors les païens et les idolâtres à l'égard des premiers fidèles ; et nous ne sommes pas moins obligés, comme religieux, à confondre, par l'iutégiité de notre vie, l'injuste et maligne critique des libertins d'aujourd'hui, que l'étaient les chrétiens de ce temps-là à confondre celle du paganisme : comme religieux, la cause de Dieu et de son service n'est pas moins entre nos mains, et j'oserais bien dire qu'elle y est encore plus. C'est donc à nous de la soutenir par l'excellent moyen que je vous marque, et le voici. L'erreyr des monilains, par exemple, est de se figurer que la piété, dans les vues secrètes de laplupartde ceux qui la luatiquent, n'est qu'un rainnement spécieux d'intérêt ou de vanité : c'est à nous de les convaincre d'ignorance, en leur taisant voir dans la religion des âmes solidement ininiblcs, qui, bien loin d'y cnercher l'éclat, font leurs plus chères délices de s'y ensevelir, et d'y mener une vie cachée avec Jésus- Christ en Dieu ; des âmes plus que desintéressées, ou dont l'unique iutérôt est de n'avoir plus dans le monde nul intérêt : Ut oonuitescere facialis imprudeutium hominum igiiorantiam. La malignité des impies et des libertins est de décrier les serviteurs de Dieu par certains endroits faibles qu'ils leur reprochent, et dont ils fout contre eux le sujet de leurs railleries : c'est à nous d'éviter ces faibles, et pour l'honneur de la religion, du.|uel nous devons personnellement répondre, de ne donner sur nous ancime prise : Ut nihil htibeani nialum dicere de nobi.s. Ainsi en usaient ces premiers chrétittns révérés par les païens mêmes, et à qui, comme religieux, nous avons du succéder. Ca^u'if nos, disaient-ils, on piiilôl disait en leur nom le grand Apôlre, en t.a^ant aux
I I Tetr., II, K. - - Tit , il, 8.
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genlils un saint défi : Capite nos : neminem ia'siinus, nemiiiejn circumveiiimus i ; Examinez-nous bien : nous n'avons lait tort à personne, nous n'avons ni oflensé ni trahi personne: qu'avez-vous à nous oltjecter q-ii puisse nous faire rougir, ou qui soil indigne de nons? voilà de (juoi ils se piijunient : rirrépréhonsibililé de leur conduite éSait la gloire, tout easenilde, et de leur Dieu et de lenr profession ; par l:i ils désarmaient l'impiélé, et par \h ils trit mphaienl de la calomnie. Or, grâces au Seigneur, l'Eglise chrétienne est encore anjourd'iuii en possession du même avanlage. Mais à qui est-ce surtout qu'elle en est redevable ? A ces lervenles communautés dont je viens de ■vous parler, à ces monastères où règne l'esprit de Dieu ;car sans chercher des exemples aillei;rs que dans cette sainte lUidsou, quel droit CCS vierges qui m'écouteni n'auraient-^ lies pas de dire udx mondains, coniuie saint Paul : Capite ims ; Infurtuez-voiis de notre vie tant qu'il vous plaira; et toute votre iMalignilé n'y trouvera rien dont elle puisse se |)révaloir contre la profession que nous faiious o'élre les épouses de ^lolre Dieu ? Mais parce que leur humiiitêueleur permettrait pas, peut ètie, de tenir ce langage, quoique vrai, quel droit, mes chers auilileiu'S, n'aurais-je pas uioi-;nènie de vous le prod :ire, pour vous fiire un défi pareil à ccini de suint Paul, en vous di-aut : Considérez bien ces sei vantes de Dieu ; et, sans leur iaire aucune g- àce, ce que je n'^ii ga: de de vous deniand( r | onr elles, rendez-leur la juslice qui leiir esi due, et confessez quelles sont au-ilcssusdc la plus rigide censure. Et en effet, qui de vous les accusera d'ambition ? «lui de vous les soupçiumera d'hypocrisie ? qui de vous les reprendra d^aucun de ces vices par où la vertu tons les jours devient si douteuse et même si odieuse duiis le monde ? Il n'y a dans touleleur conduite, ni artifice, ni déguisement, ni affectatijn, ni orientation, ni politique, ni intrigue: quel re|uuche auriez-vous donc à lenr faire, et par quel endi'oit nourriez-vous éluder ou affaiblir l'argum.nt que saint Paul tirait de là pour la condamnation de votre vie lâche et mondaine ? Or voilà, mes chères Sœurs, à quoi vous et moi nous devons aspiier daiis la religion, à être de ces sujets irrépréhensibles. Il y a plus encore.
Dieu nous a choisis, afin qu'eu qualité de :..igieux, nous servions de nu dèle aux chrélieus ilu siècle; c'est-à-dire afin (|ue les chrétiens du siècle appienneut de nous ce qu'ils • 11 coi-., vil, a.
sont, on [ilnlôtce qu'ils doivent être ; afin qu'ils aient toujours dans nos personnes une idée sensible de la perfeclion à laquelle ils sont appelés; afin qu'eu nons voyant, ilsse rouvienneut, pour ainsi dire, de quelle tige ils sont sortis, et qu'en se mesurant à nous, ils reconnaîsscut qu'autant qu'ils se sont éloignés de cette tige, autant ils ont dégénéré du christianisme qu'ils protéssent. Car quelque différence qu'on su; - [lose entre leuréiat et le nôtre, qu'est-ce qu'un vrai religieux, sinon un clirétien parlait ; et coiiuneuf un clirélie.n peut-il espérer d'être parfait eluéiien, si, il-ms le siècle même où Lieu l'engage, il n'est leligieux d'esprit et de cœur ? Je serais infini si je voulais api roi'ondir celte pensée; nais je manquerais au devoir essentiel de mon i"iuistère, si je ne concluais de là, mes chères Sœurs, combien nous sonur.rs spécialement obligés d'èlrerégidiers et tervcals dans la :>r tique de nos devoirs. G ir, puisque, en qaah'éde refigicn.x, nous sommes choisis poiu' èlrelcs modèles deschréiiensdu siècle, je dis le; modèles vivaulsde Jasairil^tléde leurprofessioii, que sCi-iit-cc si tious-mèmes nous venions à «ég!;gei la nilre, et à nous oublier? jusqu'à quel point nos in fidélités -et nos tiédeurs, par les funestes conséquences qu'en tireraient les mondains, n'a'jloriseraipnl-elles pas Ji urs viésordres, et jnsqu'à quel point leur liberlinage ne se prévaudrait-il pas de nos moindres relâchements ? Si le sel se corrompt, disait Jésus- Cluisf, avec qui cm;Kclie:a-t-on tout le resie de se corroni|)ie; et si datis l'Eglise de Dieu ce qui devait èlre lumière dévie. it ténèbres, que sera-ce des ténèbres mêmes ? Or c'est vous, ajoutait notre divin .'lîaitre, en parlant à ceux qui avaient tout tjuiilé pour lui, c'est vous qui êtes ce sel de la terre: Vos eslis sal terrœ. C'est vous qui, destinés pour éclairer et pour édifier, êtes la Imnière du moude : Vos estis lux tuumliK Sel de la terre qui n'est plus bon à rien dès qu'une fois il a perdu sa force ; lumière du monde qui, venant à s'éteindre ou à s'obocurcir, selon la parabole du Sauveur, laisse tout le cori'S obscur et ténébreux. Ma consolation est d: parler aujourd'hui à des vierges prudente.:, zélées, vigilantes, qui sont bien à couvert de ce reproclie ; à des épouses du Fils de Dieu, dont la sainte vie est dans la maison du Seigneur un flambeau ardent et luisant, un sel pur et incorruptible, dont la vertu est à l'épreuve de toute l'iniquité du siècle.
De là, mes chères Sœurs, Dieu nons a choisis, afin que nous soyons dans la loi de grâce son
< Wuti.i , V, 13. U.
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peuple particulier, con^meles israélitcs i'élaien dans l'ancienne loi. Car c'est par là qu'on les distinguait, et qii'enlre tous les peuples de la terre en k s regardait coni.'r.ele peii|ile de Dieu : pourquoi ? parce que c'était à eux, dit saint Paul, qu'aitpartenait l'adoption des enfants, la gloiie, ralliaiice, le culte, la loi, les oracles de Dieu et ses iH'oiiiesscs : Quorum adoptio est filiurum, et gluria, et tiSlmnentum, et legislutio, et obsequium, et proniissu '. Or, après le choix que Dieu a iail de nous par la vocation relii;ieuse, tout cola nous convient encore plus qu'à eux L'ado[ition des enfants, puisque, en qualité de jiauvres volontaires, nous sommes sans contestation les héritiers primitifs du Père céleste. La gloire, puisque, en vertu du sacrifice que nous lui taisons de nous-mêmes, nous possédons dans la religion toute la dignité, aussi Lien que la sa initié du sacerdoce royal de Jésus-Cliiist. L'alliance, puisque, étant vierges par état, vous êtes, par un titre solennel, les épouses de cet Homme-lHeu. La loi, (luisque, pour l'endjrasser dans toute son étendue, non contentes d'en accomplir les connnandements, vous y ajoutez les conseils de la plusémincîite perfection. Le culte, puisque, lilires et dégagées des emplois profanes du siècle, vous êtes uniquement occupées des choses de Dieu. Les promesses, puis(iue c'est expressément pour vous que le Sauveur du monde a dit : Quiconque ama tout quitlé, et s'allarhera à me suivre, recevra le centuple, et eu cette vie, et dans la vie éternelle. Nous avons donc, comme religieux, tous les dons et tous les avantages qu'on peut avoir, pour èlre dans le cbiislianisme le peuple de Dieu particulier , et au lieu que dans l'Ecriture Bleu dit aux nrondains : Vos non popiiliis meus , Vous n êtes point mon peuple, et vous êtes indignes de l'élre ; si nous sommes fidèles à la grâce de notre vocation, Dieu nous dit au contraire: C'est \ous qui, séparés du monde, méritez de porter celte glorieuse qualité; c'est vous qui, dévoués à mon service, êtes noiisculeiiicnt njon peuple, mais l'élite de mon peuple ; c'est vous qui, rachetés de la terre, êtes ce peuple conquis que j'ai choisi pour puhlier n)es grandeurs, et pour chanter éteruellemenl mes louanges : Populus acquisilionis, ut viituti's aiinif'tieiis ejus qui de lenebiis vos vocavit in admirubile lumen suum 2.
Or c'est à ce peuple particulier, ma chère Sœur, que vous atkzôtrc associée. Dieu vous a ciioi.-ie, alin (pic, par le plus spécial de tous les titres, vous deveniez sa créature. Comme e.liré-
tienne, vous l'éliez déjà, mais vous ne l'étiez pas encore aussi parfaitement, aussi pleinement, aussi absoliunent que vous pouviez l'être ; et Dieu, par la prédileclion qu'il a eue poiu" votre persoime, a voulu que vous le fussiez dans la même étendue de [lerfection qu'il est votre Dieu. Comme chiélienne vous n'étiez iju'un commencement, qu'un essai, et, si j'ose user de ce teiine, qu'mie éhauche de sa créature; car c'est ainsi que le SHinl-Esprit même s'en explique : Geiiuitnos virb» veritatis, utsimus initium aliquod creaturœ ejus ' ; Il nous a engendrés comme chrétiens par la paiole Je la vérité, afin que nous soyons au moins un commencement de celte créature )]arlaite, que sa grâce est capable de former en nous : Ut simus iniliun. nliquod. Mais comme religieuse vous allez être cette créature pariaile, celte créature à qui rien ne manquera pour èlie lutalement à Dieu, pour être uniquement à Dieu, poiu- être irrévocablemenlàDieu ; puisqu'il est vrai qu'on ne peut être plus à Dieu qu'eu se consacianl à la religion. Il ne me reste donc qu'à conclure par les paroles de mon texte, et qu'à vous dire, ma chère Sœur : Mémento et ne obliviscaris; Souvenez-vousen, et ne l'oubliez jamais. Souvenez-vous-en dans les occasions importantes, où il s'agira de remplir les devoirs pénibles de votre état Souvenezvous-en dans les épreuves que Dieu voudra faire de vous, quand il sci-a question de Un donner des marques de votre persévéïance. J'ai choisi le Seigneur, et le Seigneur m'a choisie: ces deux pensées vous soutiendront ei \ous iorlifieront. Avec cela, il n'y aura point de dilïiculté que vous ne surmontiez, point de tentation que vous ne repoussiez, point de chagrin et de dégoût au-dessus duquel vous ne vous éleviez. J'ai choisi le ï^eigneur, et le Seigneur a bien voulu agréer le choix que j'ai fait de lui ; le Seigneur m'a choibie, et (lar un libre cous, nlenient j'ai ratifié le choix qu'il a faitde moi : ces deux [,eusécs, dis je, vous feront goûter le bonheur de votre état, vous en adouciront toutes les peines, vous exciteront à en acquérir toute la perfection. Souvenez-vous en durant le cours de la vie, pour vous maintenir dans rinviolai)le fidélité que notre Dieu attend de vous. Vous vous en souviendrez aux approches de la mort, pour vous animer d'une sàiiite confiance à la vue de cejugementsi formidable pour les mondains, mais plein de consolation et de gloire pour les àincs vraiuicnt religieuses. C'est la grâce que je vous suuiiuiic, etc.
' Jac, I, 18.