‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 114 sur 139 · LE RENONCEMENT RELIGIEUX, ET LES RÉCOMPENSES QUI LUI SONT PROMISES · texte numérisé non relu

LE RENONCEMENT RELIGIEUX, ET LES RÉCOMPENSES QUI LUI SONT PROMISES

ANALYSE

Sd;et. Pierre prenant la parole, dit à Jésus-Christ : Tous loyeï, Seigneur, que nous avons tout qtiiUé, et quenoM vous avons suici: quelle récompense en recevrnns-nous donc? Jésus-Christ leur répumUt : Je vous dis en vérité qu'au temps de la résurrection, vous qui m'avez suivi, vous sere:: assis sur des trônes pour juger les douze tribus d'Israël. Et quiconque aura quitté sa maison, ses frères et ses sœurs, son père ou sa mère, recevra te centuple, et aura pour héritage la vie éternelle.

Voilà en quoi consiste le renoncement religieux, et le fruit que lame religieuse en doit espérer; voilà ce qui a porté tant de cliréliens à se séparer du monde, et à se dépouiller de tout pour suivre Jésus-Christ.

DiMsiox. Avoir tout quitté po'ir suivre Jésus-Christ, c'est pour l'âme religieuse une grâce inestimable, et le fonds de toutes les grâces dont elle est ndevable il Diea lans la religion : première partie. Avoir droit aux promesses de Jésus-Christ, c'est (jour lame religieuse une récompense et une béatitude commencée, mais qu'elle doit soutenir par sa ferveur, et qu'elle doit continuellement mériter dans la religion : deuxième parlie.

PRtMiÈRE PARTIE. Avoir tout quitté pour suivre Jésus-Christ, c'est pour l'âme religieuse une grâce inestimable, et le fonds de toutes les grâces dont elle est redevable à Uieu dans la religion. Bien loin de se glorifier du sacrifice qu'elle a fait, elle on doit remercier Uieu, qui lui a ins|)iré le dessein de renoncer, 1° à des biens onéreux, 2° à des biens contagieux, 3° à des biens qui, dans la vicissitude continuelle des choses de la vie, et plus encore dans l'inévitable nécessité de la mort, n'aboutissent qu'à affliger l'homme et à le rendre malheureux.

1° Biens onéreux, je dis onéreux pour la conscience : ce sont de grandes charges devant Dieu, à qui il en faut rendre conaple. Les vrais chrétiens en ont iremb'i^ lorqii'ils ont été pourvus de ci'S biens : mais l'âme religieuse en est déchargée. Et n'est-il pas plus avantageux pour elle de ne les point posséiler, que de les avoir et de courir le risque affreux de se perdre? .\ quoi a-t-elle proprement renoncé ? eU-ceà l'agréable de ce bien ? Non, puisqu'il est même défendu aux chrétiens do sièile. Elle n'a donc fait, a le bien pjendre, que se délivrer de ce que ces biens ont de pénible

2° Biens contagieux : biens qui souillent l'âme par la cupidité qu'ils y allument. Il est d'une extrême difficulté de les posséder sans s'y attacher; et. en s'y allaL-hant, il n'est pas possible de se sauver. C'est donc un parti bien plus aisé à l'âme religieuse de s'en défaire tout d'un coup, et d^; s'épirgner ainsi tant de combats que les chrétiens du siècle ont à soutenir, pour accorder ensemble li possession de ces biens et le soin de leur s.dut.

3° Biens qui, dans la vicissitu le continuelle des clioses de la vie et dans l'inévitable nécessité de la mort, n'aboutissent qu'à affliger l'homme et à le rendre malheureux. Ce sont des biens fragiles ; mille accidents les font perdre, la mort au moins les enlève ; et sur cela à quels chagrins ne sont pas exposés les gens du monde ? tandis que l'âme religieuse est indépendante de toutes les calamités publi |ues ou particulières, et qu'elle voit sans regret approcher la mort.

Deuxième partie. Avoir droit aux promesses de Jésus-ChiJSt, c'est déjii pour l'âme religieuse une récompense et une béatitude commencée, mais quelle doit soutenir par sa ferveur, et qu'elle doit conlinuellement mériter dans la religion. Trois promesses de Jésus-Christ : 1° confiance au jugement de Dieu, et même supériorité et prééminence; 1° le centuple en ce monde; 3° la vie éternelle dans l'autre.

1° Confiance au ju^eniîit de Die i. et m -mes supériorité et prééminence. Exemple de saint Hilarion qui s'écriait à la mort .- Sors, mon âme ; que crains-tu ? il y a près de soixiate-dix orw que tu sers Dieu. Outre la confiance, super orité et prééminence : Je roiis dis en vérité qu'au temps de la résurreclion, vous qui m'u lez suiri, vous serez assis sur des trônes pour juger les douze tribus d'hraël. En effet, la vie des personnes religieuses sera la condamnation des mondains.

2° Le centuple en ce monde. Qu'est-ce que ce centuple ? La liberté de l'esprit, la paix intérieure, les dons de la grâce. Erreur du mondain qui voudrait jouir de ce centuple, sans se mettre auparavant dans les dispositions nécessaires. 11 est vrai qu'il y a des âmes religieuses qui ne le goûttnt pas ; mais pourquoi ? parce qu'elles De sont pas vraiment religieuses selon l'esprit et lecœur.

3° La vie éternelle dans l'autre monde, .\insi l'a dit en termes formels le Fils de Dieu : Quiconque aura quitté sa maison, ses frères et ses sœurs, son père ou sa mère, rcceira le centuple, et fossédera la rie éternelle. Or, de telles espérances et de tels avantages ne sont-ils pas déjà pour l'âme religieuse une félicité anticipée ? et qu'y a-t-il de plus propre à exciter sa ferveur ?

lie spondcn: Pelrusdixit et . Ecce nus rdiquimus omnia et stcuti £)e tout l'EvailSile, VOilà leS parok>S QUi COn-

'unius te • ûuid ergo erit nobisî Jésus au'em dizH mis : Amen d'co . . , . ii l \ i - -

■MUqw>dvosq,iis^cuii»iisme.inregmeratione... sedtbiiisetvos Viennent pliis naturellement à la cérémonie

super sedes ditodecim. juiicnntes duodecim lril.us Israël. Et minis poUr laquelle nOUS SOmilieS Icl aSSemblés. Cai',

qui reliûuerit domum, vet/ralres, aut sorores, aut palrem, aut via- . , . ï r»> i , • j a

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Pierre prenaut la parole, dit à Jesus-Christ : Vous voyez, Sei- P '

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iuelle récompense en recevrons-nous donc ? Jésus-Clirist leur ré- (londtt ; Je vous dis en vérité qu'au temps de la insurrection, vous

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;ui m'avez suivi, vous serei assis sur des trônes, pour juger les qu'il pi'Oinillait aUX apiJtreS, puisqu'il a COll-

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{Sami jjctihteu, ciiap. xix, 27, 28, 29.) ct'ux (jui, puussés de l'espril (Je Dieu, renonce-

SUR LE RENONCEMENT RELIGIEUX

raient au monde comme les apôtres, recevraient ciinime eux le centuple : Et omnis qui reliquerildomum, ceiituplum accipiet. Paroles, s'écrie saint Bernard, qui, depuis l'clablissement du clirislianisme, malgré l'iniquité du siècle, ont persuadé aux hommes ce que la chair et le sang ne leur avaient pomt révélé, savoir, le mépris du monde et la pauvreté vo- J'jiiiiiiie. Taiiilis qui, par une admiiable fécontlité, ont rempli les déserts de solitaires, les monastères et les cloiti'es d'âmes ferventes, l'Eglise de Dieu de saints et de florissants ordres, l'aroles qui, fous les jours encore, dépeuplent l'Egypte, et lui enlèvent ses plus riches dépouilles ; ilœc sunt vcrba quœ JEgyptum spoliant, et oplinia quœqiie ejus vasa diripiunt ; c'est-à-dire, paroles qui tous les jours arrachent au monde tant d'excellents sujets dont le monde aurait pu se faire honneur, mais dont le monde n'élait pas digne, et que Dieu s'était réservés, en les prédestinant pour la religion. Je ne suis pas venu sur la terre, disait le Sauveur, pour y apporter la paix, mais l'épée : Non Vi'iii paccm inittcre, sed gladium ' ; car je suis venu séparer le père d'avec son fils, et la fille d'avec sa mère : Veiu enim separare liominem adveisus patrem suum, et (iliam adoersus matrem suam 2. Or, quelle esl l'épée mystérieuse avec laquelle il fait cette séparation ? La parole que je vous prêche, celle parole vive et efficace, cette parole qui péiièlrejusque ilans les cœurs, et qui convertit les âmes par l'ardeur qu'elle leur inspire pour la parfaite sainteté, et par la promesse fidèle et solennelle qu'elle leur fait au non même de celui qui est l'oracle de la vérilé : Vivussermo, comertens aniiiuts, et felici œmiilatioue sanctitatis, et fideli piomissione veritatis '■>. En un mot, cette parole de saint Pierre à Jé.-;us Christ : Seigneur, nous avons tout quitté pour voas ; et celle de Jésus-Christ à saint Pierre : Vous recevrez le centuple et vous posséderez la vie éternelle, c'est, dans le sens littéral de l'Evangile, l'épée, ou le couteau de division, qui fait dans les familles chrétiennes ce parlage si surprenant, par où les uns deviennent volontairement pa ivres , tandis qu'on Iravaille à enrichir les autres ; les uns s'humilient et s'anéantissent pour Dieu, pendant que les autres s'élèvent aux honneurs du monde, les uns embrassent une vie austère et pénitente, lorsque les autres cherchent des étabUssements commodes. C'est là, dis-je, ce qui sépare tous les jours dans la loi de grâce ceux à qui la naissance avait donné les mêmes pré-

' Mutlli., X, 34. — ' Ibid., 35. — ' Bern.

tentions et le mêmes droits. Quel bonheur pour moi, si, par la vertu de cette môme parole, je pouvais aujourd'hui persuadera ceux qui m'écoutent ce saint renoncement au monde que la seule obligation du baptême, indépendanunent de tout autre vœu, rend indispensa bleinent nécessaire pour le salut, en quchpie condilior et en quelque état que se trouve l'honmie chrétien ! C'est voire ouvrage, ô mon Dieu ! et l'exemple de cette jeune vierge, qui va pour jamais se consacrer à vous, est bien plus capable d'y contribuer, que tout ce que j'en pourrais dire. J'ai besoin de votre grâce, ei je la demande par l'intercession de Marie : Ave, Maria.

C'est une question qu'on propose, comment les apôtres, par la bouche et l'organe de saint Pierre qui fut leur chef, purent direau Sauveur du monde : Seigneur, nous avons tout quitté, et nous vous avons suivi : eux qui, nés pauvres, ne possédaient rien, et qui, pour suivre Jésus- Christ, n'avaient quitté qu'une simple barque. Saint Grégoire, pape, répond que, tout pauvres qu'ils étaient, ils eurent néanmoins droit de parler ainsi, parce qu'en conséquence de leur eiigiigement avec le Sauveur, quoiqu'ils n'eussent rien, au moins était-il vrai qu'ils avaient quitté, pour le suivre, le désir d'avoir, l'espérance d'avoir, la puissance même et la faculté d'avoir. D'où ce saint docteur concluait qu'en suivant le Fils de Dieu, ils avaient donc quitté autant de choses qu'ils en auraient pu lésirer, qu'ils en auraient pu espérer, qu'ils en liraient pu même acquérir et posséder, s'ils ne t'étaient pas attachés à lui : Uiide et a sequentibus tanta derelicta sunt, quanta a non sequentibus desiderari poluerunt. Voilà, mes chers auditeuis, ce qui m'a toujours paru un des plus touchaiits et des plus consolants principes de noire religion. Nous avons affaire à un Dieu qui nous tient compte, non-seulement de nos actions et de nos œuvres, mais de nos intenUons et de no» désirs ; non-seulement de ce que nous quittons pour lui, mais de ce que nous voudrions quitter. Nous servons un Dieu qui entend, qui agrée et qui récompense, comme dit l'Ecriture, la préparation même de nos cœurs ; un Dieu qui répond à nos désirs par les magnifiques promesses d'un royaume qu'il nous destine, d'uo centuple qu'il nous assure, d'une vie éternelle dont il nous déclare les légitimes possesseurs.

Deux pensées auxquelles je m'arrête, cl qui vont partager ce discours : car mon dessein.

SUR LE RENONCEMENT RELIGIEUX

mes chères Sœnrs, est de vous monlrer, premièremenl à quoi nous avons louoncé pour Jésus-Cliris(, et seconJemenl i'i quoi Jéhus-Chrisf s'est engagé pour nous : à quoi nous avons renoncé [lour Jésus-Christ, et par là vous comprendrez quelle est la grâce essei.tiellc de votre vocation ; à quoi Jésus-Christ s'est engagé pour nous, et par là vous connaîlrez combien cette vocation vous doit être précieuse. Sujet important, non-seulement pour voire édification et poui' la mienne, mais pour l'inflruclion générale des cluTtiens du siècle qui vont être témoins de celte cérémonie. En vous faisant voir h quoi nous avons renoncé pour Jésus-Christ, je leur donnerai lesjiislcs idées qu'ils doivent avoir dcs biens de la lerre, auxquels ils ne renoncent pas ; et en vous apprenant à quoi Jésus-Christ s'est engagé pour nous, je leur découvrirai ce qui doit réveiller leur loi, exciter leur zèle, intéresser leur piété, et les piquer d'une sainte envie, par la comparaison que je ferai de lein' état et du vitre. Deux points, encore une fois, auxquels il est impossible qu'ils ne prennent part comme cbrétirns. Mais voici, mes chères Sœurs, le fruit principal qui nous reg;u-de, vous et moi, coumie religieux. Avoir tout quitté pour suivre Jésus-Clirist, c'est pour nous une grâce inestimable, et le fonds de toutes les grâces dont nous sommes redevables à Mieu dans la religion, première vérité ; avoir droit, comme nous l'avons, aux promesses de Jésus-Christ, c'est déjà pour nous une récompense et une béatitude commencée, mais qui doit être soutenue par notre ferveur, et que nous devons continuellement mériter dans la religion, seconde vérité ; voilà, si j'ose m'ex|.rimer ainsi, les deux termes de cette vocation divine qui nous a séparés du monde, ce qu'il nous en a coûté, et ce que nous y avons gagné : ce qu'il nor.s en a coûté, non pas pour nous en repentir, mais pour en bénir le Seigneur, et pour nous en loliciter ; ceque nousyavous gagné, pourn'eu pas perdre le mérite, mais pour en tirer tout l'avantage que Dieu a prétendu nous y faire trom er. BeUcjuimus omnia, et secnti siimus te; Nousavons tout quitlépour\ous. Seigneur; mais qu'avons-nous quitlé en quillant tout ? c'est ce que j'expliquerai dans la première partie. Quld ergo crit vobis ? Que nous en reviendia-t-il donc, et quelle sorte de récompense en devonsnous iittcmlre ? c'est ce qu'il iious importe de savoir, et à quoi je répondrai t!ins la seconde partie. Donnez à l'une et à l'aulre votre atleu- Uon.

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