‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 121 sur 139 · COMPARAISON DES PERSONNES RELIGIEUSES AVEC JÉSUS-CHRIST RESSUSCITÉ · texte numérisé non relu

COMPARAISON DES PERSONNES RELIGIEUSES AVEC JÉSUS-CHRIST RESSUSCITÉ

ANALYSE

SoJET. Si nous sommes cn'.ijs en Jcsus-Christ far la ressemblance de sa mon, nous le serons en mCi,\c temps par la ressemblanee de sa résurrection.

Etal (le Josu5-Cl;;ist ressuscite, vrai modèle de la perfection religieuse ; ou, vie religieuse dans sa perfeclion, fiJcIe image de l'clat de Jésus-Christ ressuscité.

riEvisiox. Conformité de iVtal religieux avec l'état de Jésus-Christ ressuscité, soit par rapport au corps, soit par rapporta lame. Par rapport au corps ; c'est ce que fait l'angélique pureté que professent les âmes religieuses : pi emiérc partie. Par ra[iport ii l'àme ; c'est ce que fait l'entier éloignemenl du monde, et l'inlime commerce avec Dieu oii vivent les personnes religieuses : deuxième partie.

PBFviÈnE PAP.TiE. Conformité de l'état religieux avec l'état de Jésus-Christ ressuscité par rapport au corps : c'est ce que fait rangéli.iiie pureté que professent les personnes religieuses. Quatre qualités des corps glorieux, selon s.iint Paul, e! en partieulier du «orps de Jésus-Clirist ressuscité : 1° corps tout spirituel: Surgel corpus spirilale ; 2" corps incorruptible : Surget

538 SUR L'OPPOSITION MUTUELLE DES RELIGIEUX, etc.

in tjicorrup'ione ; 3° corps tout éclatant de gloire : SurgeJ in ^(oria; 4° xorps plein de force: Surget in virtute- Or Toilii dans une vierge dévouée à Dieu les quatre effets de la chasteté.

1"> Corps lo.it spirituel : Suigeî corpus spinla/e ; c'est-à-dire corps affranchi de la servitude des sens. Tel fut celui de Jésus-Christ ressuscité, tels seront ceux des bienheureux après la résurrection, et tel est l'étal oii le vœu de chasteté met une personne religieuse.

1" Corps inoorruplible : Sxirget in incomiptione. La chasteté, semhiabîo à ce précieux parfum que Madeleine répandit sur les pieds du Sauveur du monde, est, dans la pensée des Pères, comme un baume .«acre qui maintient le corps d'une épouse de Jésus-Clirist dans une intégrité parfaite. Hors de la religion elle serait en danger de se corrompre ; mais l'état relig.eux est pour elle un préservalif assuré.

3° Corps tout éclatant de gloire : Surget in gloria. C'est une inviolable chasteté qui fait aux yeux de Dieu le plus bel agrément d'une vierge. C'est elle qui l'élève à la noble alliance qu'elle contracte avec le Verbe de Dieu, en devenant l'épouse de l'Agneau.

i° Corps plein de vertu et de force: Surget inrirtute. La pureté des corps glorieux après la résurrection sera une pureté sans effort ; mais la pureté d'une vierge sur la terre est une pureté victorieuse, qui résiste et qui triomphe.

Du reste, lout cela demande dans les personnes religieuses un grand soin de se conserver, et l'exercice de toutes les vertus nécessaires pour se maintenir : morale que les chrétiens du siècle doivent s'appliquer il eux-mêmes.

Dei'xième partie. Conformité de l'état religieux avec l'état de Jésus-Christ ressuscité par rapport à l'âme; c'est ce que fait l'entier éloignement du monde et l 'intime commerce avec Dieu où vivent les personnes religieuses. Comment vécut Jésus- Christ sur la terre durant les quarante jours qu'il y demeura après sa résurrection? 1° Il y fut s -paré du commerce des hommes ; 2° si de temps en temps ilse fit voir à ses disciples, ce ne futque pourdes besoins importants; 3° dans ces apparitions, il vit ses disciples et leur parla, mais en leur lémoignani toujours une sainte impatience de les quitter ; 4= du reste, il n'eut d'entretien qu'avec Dieu, et toute sa conversation fut dans le ciel. Or n'est-ce pas là, en figure et en abrégé, la vie d'une àme religieuse ?

1. Jésus-Clirist fut séparé du commerce des hommes, et toute la vie d'une àme religieuse est une vie cachée avec Jésus- Christ en Dieu.

2. Jésus-Christ de temps en temps se fit voir à ses disciples, mais ce ne fut que pour des besoins importants, pour les rassembler, pour les confirmer, pour les consoler, pour les instruire. Une âme religieuse ne doit avoir de commerce avec les chrétiens du siècle qu'autant que l'édification, le zèle, la charit*!, la nécessité le demandent.

3. Jésus-Christ dans ses apparitions vit ses disciples et leur parla, mais en leur témoignant toujours une sainte impatienca de les quitter. Dans les visites qu'une âme religieuse reçoit quelquefois de ses proches, elle n'aspire qu'à rentrer bientôt dans sa retraite, et qu'à retourner à ses exercices.

4. Jésus-Christ n'eut d'entretien qu'avec Dieu, toute sa conversation fut dans le ciel; et une àme religieuse n'est occupée que de Dieu, ni ne goiite que les choses du ciel. Heureuse vie dont elle comprend le bonheur, et dont elle rend sans cesse à Dieu des actious de grâces

St complantati Jacii sumus similitudini mortîs ejus, simul et resurrectionis erîmus.

Si nous sommes cntùs en Jcsus-Christ par la rcsscmîilance de sa mort, nous le serons en même temps par ia ressemblance de sa résurrection. Epitre aux Romains^ chap; VJ, v. 5.

Ne vous étonnez pas, chrétiens, si je vous parle de Jésus-Christ ressuscité, dans une céi émonie qui, selon toutes les maximes de la loi, est un véritable sacrifice, et doit être par conséquent regardée comme une véritable moi t "'. 11 est vrai, la mort et la résurrection sont deu^c termes essentiellement opposés, et il est aussi impossible dans l'ordre de la nature de mourir et de ressusciter tout à la lois, (jue d'étie cl de n'être i)as. Mais celle opposition ne se rencontre point dans l'ordre de la grâce : car l'ànie cluétienne, par la conformité qu'elle a avec Jésus-Christ, peut sans conlradiclion réunir en elle ces deux choses; je veux dire qu'elle peut, tout ensemble, et être morte spirituellement, et être spirituellement ressuscitée. Si comjdantali facti suvius similitudini mortis ejus, simul el resurreclionis erimus : Si, comme de nouvelles plantes, nous sonnne» entés sur la croix de cet Homme-Dieu ; si notre conversion, par laquelle nous mourons au péché, est en nous comme elle le doit être, l'image de sa mort, elle le sera en môme temps de sa résurrection. L'.\-

' 1-0 ï*. iiourdaloue rit ce sermon pour le temps de l'àques.

pôtie ne dit pas qu'après avoir été semblables cl Jésus-Clirist dans l'état de sa mort, nous lui serons un jour semblables dans l'état de sa résurrection et de sa gloire ; mais il prétend que, par un effet miraculeux et tout divin, nous lui serons tout à la fois semblables dans l'un et dans l'autre ; et qu'en qualité de parfaits ciuéliens, nous aurons l'avantage d'être conformes à sa vie plorieuse, dès le moment même que nous nous iiouverons conformes à sa sainte morl : Simul et resurrectiouis erimus. Je conviens donc, divine et fidèle épouse du Sauveur, qu'en mour<ml au monde vous allez mourir et vous ensevelir avec Jé.--us-Cbrist, suivant la pensée et l'expression de saint Paul. Consepulti sumus cum illo i ; mais mourir et s'ensevelir de la sorte, c'est ressiscitor et entrer dans une nouvelle vie, Si commortui sumus, et convivemus '• ; et afin de ne me [loiiit écarter des sentiments de l'Eglise, qui, dans ces saints jours, est occupée à célébrer la résurrection du Fils de Dieu, après avoir pleuré sa mort, je veux vous montrer que l'état de Jésus-Christ ressuscité est le vrai modèle de la perfection de la vie religieuse, et que la vie religieuse, dans sa perfection, est la plus fidèle image de l'élat de Jésus-Christ ressuscité. Pou-

1 Hom., T(, 4. — MI Tim., ii, 11,

SUR LE RAPPORT DES RELIGIEUX, etc.

vais-je choisir un sujet plus propre à vous donner une liauléidée de votre vocalioii ?Muis pour en tiicr tout le Iruit que je me promets, j'ai besoin, pour vous et i)Our moi, dos lumières du Saint-Esprit, et je les demande par l'intercession de la iMère de Dieu, en lui disant : Ave, Maria.

Quand saint Paul parlait aux chrétiens de l'oliiigation que nous avons tous de porter, même dès cette vie, l'image de l'homme céleste, il s'cxpliciuait trop clairement pour rie pas convenir d'abord que par cet homme céleste, il entendait Jésus-Christ ressuscité. Car voici comment il raisonne dans cet admirable chapih'e de la première épître aux Corinthiens, où, après avoir établi la résuriection du Fils de Dieu, comme le fondement de toute la morale du christianisme, il en tire cette conséquence, que je vous prie de bien comprendre, parce qu'elle va faire tout le sujet de ce discours. Nous reconnaissons, dit-il, deux hommes bien différents et bien opposés, mais qui sont néanmoins les deux principes de noire origine : le premier est Adam, qui fut formé de la terre, Et qui, par cette raison, mais plus encore par le désordre de son péché, mérite d'être appelé l'homme terrestre : Primiis honio de terni, terrenus ' ; et le second est Jésus-Christ, cet lionnne descendu du ciel, qui dans tous les nijslèies de sa vie, mais surtout dans sa sainte résurrection, a paru parfaitement ce qu'il élait, c'est-àdire un honnne céleste et divin : Secitmliis liomo de cirlo, calcslis 2. Tel qu'a été l'homme terrestre, qui est Adam, tels sont parmi nous ceux qui, menant une vie sensuelle et animale, bornent leurs désirs à la terre, et n'ont de vue que pour la terre : Qualis lerrenus, taies et terreni 3 ; et tel qu'a été l'homme céleste, qui est Jésus-Christ, tels sont ces chrétiens qui, par la pureté de leurs mœurs, se conformant à son exemple et imitant sa sainteté, semblent déjà participer à sa gloire : Et qualis cœlestis, taies et caicstes *. C'est pourquoi, mes Frères, conclut l'Apôtre, comme nous avons été assez malheureux pour porter l'image de l'houuue terrestre et pécheur, efforçons-nous maintenant de porter T image de l'homme céleste et glorieux • I(jitursicut portavinnis imagiiiem lerreni, porlemus et imayinem cœlestis *. Or voilà, mes chers audilcius, ce quêtait cxceilennneiit une vierge chrétienne qui quitte le monde, et ijui se consacre à Dieu par les vœux de la religion. Car pour vous eu convaincre sonsiblcnicnt, et pour

I 11 Cor.jXV, 47. — 2 Ibid. — ^ Ibii., 4S. — * Ibid — ' IbiJ., i».

vous donner une idée juste de la profession religieuse, en la comparant avec la résurrection du Fils de Dieu, voici mou dessein. Je trouve deux choses singulièrement remarquables dans l'état de Jésus-Christ ressuscité (j'entends de Jésus-Christ ressuscité avant qu'il montât au ciel, et pendant les quarante jours qu'il demeura sur la terre) : l'une par rapport à son corps, l'autre par ra|)[iort à son âme bienheureuse. L'une qui consiste en ce que le corps de .lésiis-Christ, par une vertu merveilleuse de sa résiarcclion, quoique toujours matériel dans sa substance et eu iui-uicuie, devint tout s|)iriluel dans les divines qualités qu'il acquit en ressuscitant ; l'aube, qui consiste en ce que Jé.sus-Christ, a|>rès sa résurrection, demeura tellement sur la terre, qu'il y fut désormais séi)aré du commerce des hommes, n'ayant même avec ses disciples que quelques entretiens courts et passagers, selon qu'il le jugeait nécessaire pour les affermir dans la foi; et du reste n'élaut occupé que du ciel, et ne voulant |)lus avoir de conversation que dans le ciel. Deux choses qui font de Jésus-Christ ressuscité un parfait modèle de l'état religieux. Car c'est ainsi, ma tiès-chère Sœur, que, par le vœu de chasteté, vous allez présenter voire corps à Dieu comme une hoslie vivante, sainte et agréable à ses jeux. Oi-, dans la doctrine de saint Paul, votre cori)S consacré delà sorte et immolé à Dieu va devenir un corps tout spirituel par la grâce de votre vocation, comme l'était celui du Sauveur par la gloire de sa résurrection. Par le vœu de clôture, ^ous allez, à l'exemple du même Sauveur, sans sortir du monde, vous séparer du commerce du monde, pour n'avoir plus de société ni de communication avec le monde, qu'autant qu'une sauite nécessité vous y engageia; en sorte que vos entretiens avec les personnes du monde ne seront, si je l'ose dire, que de simples apparitions pour leur ins[»irer le zèle de leur conversion et de leur salut, pour les contii nier dans le bien, pour les éililier. Je vous ferai donc voir d'abord les caractères du corps glorieux de Jésus-Christ vivement marqués dans une vierge chrétienne qui, renonçant à la chair cl au sang, clioisit Jésus-Christ pour son unique é|)oux ; et ensuite vous verrez la forme de vie que tint sur la terre Jésus-Christ ressuscité, iidèlemeut et heureusement imitée par une vierge qui, se renfermant dans la maison de Dieu, se fait au milieu du monde une solitude où elle ne pense plus qu'à l'éternité. En deux mots, votre profession, âmes religieuïis, par une pleine conformité avec la résuueeliou du

SUR LE RAPPORT DES RELIGIEUX, etc.

Fils de Dieu, opère en vous tout à la fois deux miiacles de la grâce; savoir, une chair toute spirituelle, et un esprit tout céleste. Une chair toute spiriluellc, par l'angélique pureté que vous professez ; ce sera la preniicre partie. Un esprit tout céleste, par l'eulier éloignement du inonde et l'inliinc commerce avec Dieu, où vous vivez : ce sera la seconde partie. Voilà, dis-je, les deux avantages que je découvre dans la vocation religieuse; voilà à quoi je réduis les obligations de votre état; et voilà, mes chers auditeurs, ce que chacun de vous doit par proportion s'appliquer jusque dans la vie séculicrc, et cependant chrétienne, où la Providence l'engage.

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