PREMIÈRE PARTIE
De toutes les idées que l'Ecriture nous donne de Jéïus-Glirist dans l'état de sa résnrrcclioii, la pliis surprenante et la plus digne de nos réflexions, c'est celle qu'en avait conçue saint Paul, quand il disait aux Corinthiens : Et si coynovimus secundinn caïuem Christum, sed mine jani non novimus ' ; Ainsi, mes Frères, quoique autrefois nous ayons connu Jésus-Christ selon la chair, maintenant qu'il est ressuscité et dans l'état de sa gloire, nous ne le connaissons plus do cette sorte. Mais sur quoi l'Apôtre fondait-il, ou sur quoi pouvait-il fonder cette proposition si étonnante, et même en apparence si contraire à la vérité du mystère dont il parlait? Car il est de la foi que Jésus-Christ est ressuscité dans la même chair où il avait vécu, et où il était mort ; et il est de la foi que la gloire de sa résurrection n'avait point détruit celte chair. Cela est vrai i mais elle l'avait tellement changée, que saint Paul prétendait avoir droit de ne la plus reconnaître. C'était un corps, dit saint Grégoire, pape, mais qui n'avait plus rien de nialériel ni de terrestre, et que la gloire de sa résurrection rendait si différent des autres corps, qu'il ne devait plus être regardé que- comme un pur esprit. Aussi les apôtres troublés et effrayés s'iniaginaientiis, en le voyant, voir un esprit : Conturhati et conterriti existimabant se sp iritian vider e'^. Eneffel, par un miracle inouï, et qui ne pouvait être que le privilège des purs esprits, il entrait dans les divers lieux où les disciples se trouvaient assemblés, sans que les portes lui en fussent ouvertes; pour montrer, ajoute le même Père, que dans l'état de sa nouvelle vie sa chair était bien de même nature que dans sa vie mortelle et passible, mais qu'elle jouissait d'une tout autre
■n Cor., V, 15. — ■ Luc, x>iv, 37.
gloire : Ut ostendcret esse posl resuirectionem carnem siicnn, ctejusdem naturœ, et clteriusgloriœ.
Excellent modèle de ce qui s'accomplit tous les jours dans les vierges consacrées à Jésus- Christ pour être ses chastes épouses. Voulezvous savoir le premier avantage qui leur revient de celte consécration? le voici. Quoiqii'cKjs vivent encore dans la chair (c'est ainsi ijue s'exprime l'Apôtre), elles ne vivent plus selon 'la chair, elles ne marchent plus selon la chair, elles n'agissent plus selon la chair : In carne ambulantes, non secitndum carnem militamus ' ; c'est-à-dire que par la chasteté religieuse elles sacrifient leurs corps à Dieu, et que leurs corps sacrifiés semblent n'être plus ce qu'ils étaient, tant ils sont eniioltlis et perfectionnés dans l'ordre de la grâce. Divin parallèle de Jésus- Christ ressuscité et de ses épouses; parallèle dont je ne puis mieux vous faire voir le parfait rapport, qu'en le réduisant aux quatre propositions où saint Paul miirquait les prérogatives de la résurrection des corps glorieux. Peut-cire scrcz-vous surpris de trouver toutes ces propositions vérifiées clairement et presque à la lettre dans la personne d'une vierge qui se voue à Dieu. Prenez garde. Le corps mort, dit le docteur des gentils, est mis en terre comme un un corps animal et matériel, et il ressuscitera tout spirituel : 5H)Y/('ff())7n« spiritale 2. Il est mis en Icrre plein de corruption, et il ressuscitera incorruptible : Surget in incorruplione'^. 11 est mis en terre difforme et hideux, et il ressuscitera tout éclatant et brillant de gloire : Surget in yloria *. li est mis en terre privé de mouvement et d'action, et il ressuscitera rempli de force et de vertu : Surget in virtute &. Voilà, par rapport aux prédestinés, ce que fera un jour la résurrection. Or, je soutiens que, dès cette vie, la chasteté religieuse, dans ceux qui l'embrassant, produit déjà tous ces effets. Je soutiens que c'est elle qui par avance, et même dans le sens de saint Paul, rend le corps d'une vierge tout spirituel; que c'est elle qui le maintient dans une parfaite intégrité, et, si je puis me servir de celte expression, dans une sainte incorruptibilité ; que c'est elle qui le remplit d'une force surnaturelle et divine; que c'est elle qui fait déjà sa gloire anticipée, et que ces quatre caractères des corps glorieux sont les quatre dons de grâce que la religion lui communique. Voilà ce que je soutiens, et dont \ous allez convenir.
• II Cor., X, 3. — 2 1 Cor., xv, U. ' Ibid., 42. — ' Ibid., 43. — s Ibid.
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J'ai dit que la cliaslclé religieuse, anlicipant dès celte vie l'eflet delà résiincction, rend un corps tout siiiriliiel ; et la ("reiive en est évidente : parce qu'il est ccrlnin que la cliaslelé, surtout avec ce caraclêre de stabilité que lui donne la religion, affranchit un corps de la servitude des sens, le met dans une disposilion à n'être plu* dominé par la concupiscence de la chair, le rend souple et obéissant à la loi de l'esprit. Or, pourquoi nn corps soumis à l'esprit ne deviendrait-il pas spiriluei, puisqu'un esclave du corps est appelé dans l'Ecriture un esprit charnel ? Car la grâce, dit saint Augustin, n'est pas inoins eflîcace pour le bien que le péché pour le mal; et puisque le péché peut taire qu'une âme raisonnable, de spiri- Uiclle qu'elle était, devienne tout animale et toute charnelle, faut-il s'étonner si la grâce, par une opération toute contraire, a la vertu de sanctifier un corps quoique matériel, et d'en faire un corps spiriiuel ! ISeque enim abninlum est, qitod sit in homine caro spiritiialis, si pot est esse inhacvita spiritus ipse carnalis. C'est le raisonnement de samt Augustin ; et pour mieux établir la proposition que j'ai avancée, consultons l'Evangile, et demand ons au Sauveur du monde en quoi consiste cet état de spiritualité où doivent être élevés les corps bieniieureux par la résurrcclion. C'est luimême qui nous l'apprend dans le chapitre vingt-deuxième de saint Matthieu. In resurrectione ncque nubent, ueque nubentur ; sed eruiit sicut angeli Dei in cœlo i ; Après la résurrection, dit le Fils de Dieu, les hommes, libres et dégagés des alliances sensuelles, seront comme les anges dans le ciel : pourquoi ? parce qu'ils n'auront plus entre eux d'autre société que celle dont les anges sont capables: Sed erimt sicut angeli Dei. Or, il est manifeste qu'en ceci l'état de la religion ressemble parfaitement h celui de la résurrection. Car qu'estce que la religion, qu'est-ce qu'un monastère de vierges, sinon une assemblée d'âmes élues qui sont vraiment les anges de la terre; qui, s'étant associées pour être, par une inviolable et unanime profession, les épouses du Dieu qu'elles servent, n'ont point entre elles d'autre alfmité que celle qu'elles auront comme les anges dans le séjour bienheureux ; qui, selon la parole de saint Paul, ont des corps comme n'en ayant point, et usent du monde comme n'en usant point ; enfin, dont il est vrai de dire, dans le sens propre et naturel : IWqite nubent, neque nubentur, sed erunt sicul amjeli
t Matth., xxii, 30.
Dei ? Un corps sanctifié par la chasteté et par la solennelle profession qu'en fait une vieige, |)eut donc, dans les principes de Jésus-Christ, être considéré comme un corps spirituel et angélique;et Dieu, remarque saint Lhrvsostome, par son aimable jirovidonce, a ainsi disposé les choses, afin que de même qu'il y a des hommes dans le monde qui, par des péchés honteux, déshonorent leur corps et l'avilissent jusqu'à la condition des béies : Ho7no cumin honore ebset, non intellexit \'comparatus est jumentis insipientibus, et similis factus est illis ', il y eût aussi des vierges sur la terre qui, par la sainteté de leur état, ennoblissent ce même corps, et rélevassent en quelque manière jusqu'à la condition des anges : Sed erunt sicut angeli Dei in cœlo. Suivons la pensée de saint Paul.
Le corps, tout sujet qu'il est par lui-même à la corruption, ressuscitera tout inconuplible : Surget in corruplioue ; et je prétends que la chasteté, sans attendre la résurrection, nous fait déjà voir cette merveille dans une épouse de Jésus-Christ : second privilège que je vous prie de bien comprendre. Quand Madeleine, dans la ferveur de sa conversion, répandit sur les pieds du Sauveur du monde un précieux parfum, Jésus- Christ, pour la défendre et pour justifier son zèle contre les apôtres qui en murmuraient, dit une parole bien remarquable, et qui convient admirablement à mon sujet : Quod habuit hœc, fecil ; prœeenit ungere corpus meum in scpulturam 2 ; Ne condanmez point cette femme : ce qu'elle a tait, c'a été pour prévenir le temps de ma sépulture, et pour embaumer dès à présent mon corps, en me rendant par avance ce devoir de sa piété : Prccvenit ungere corpus meum. Or voilà, mes chères Sœurs, ce que vous avez saintement imité, et ce que Dieu, par une grâce singulière, vous a inspiré de pratiquer pour vous-mêmes dans la religion. Car la chasteté que vous avez embrassée est, dans la pensée des Pères, connne une onction céleste répandue sur vos corps ; comme un baume sacré qui maintient vos corps dans une intégrité parfaite. Oui, c'est cette onction de la chasteté religieuse (pii vous conserve au milieu de tant de dérèglements, où toute chair, dans ce mallieureiix siècle, semble être livrée ; et c'est cette onction de chasteté vouée à Dieu qui fait que le nioude, tout perverti et tout corrompu qu'il est, ne peut néanmoins vous surprendre et vous pervci tir. Hors de la religion, les vertus même les plus
» Psal., xLTiiI, 13. — • ilar., Ciiv, B,
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solides sont exposées à celte corruption du inonde. Sans une grâce tout extraordinaire, pour peu qu'une femme du monde vive selon l'esprit du monde, ce ver, qui infecte aujourd'hui ce qu'il y a de plus saint dans le christianisme, ce ver de l'impureté se forme peu à peu dans son cœur : l'oisiveté, la mollesse, les délices de la vie, la liberté des entretiens, les occasions, les mauvais exemples, tout cela, sans qu'elle s'en aperçoive, porte avec soi un air contagieux, dont il est difficile qu'elle se défende. Mais votre état, mes chères Sœurs, est un préservatif infaillible contre tout cela : préservatif contre la mollesse, par les austérités de la profession religieuse ; préservatif contre l'oisiveté; par le travail et les observances régulières qui partagent votre vie ; préservatif contre la licence des conversations mondaines, parles pieux entretiens et les saintes conférences que vous avez ensemble ; préservatif contre les occasions, par le divorce que vous avez fait avec le monde ; préservatif contre les mauvais exemples, par l'édification que vous donne une communauté tout entière, dont la ferveur vous soutienne, et dont la sainteté est pour vous, selon l'Ecriture, une odeur de vie : Odor vitœ in vitam • ; au lieu que les scandales dont le monde est plein sont pour les jusies mêmes qui y vivent une odeur de la mort : Odor mortis in moitem 2. Or, vous trouvant ainsi préservées de la contagion du monde, et respirant sans cesse un air pur dans la maison de Dieu, il ne faut plus être surpris que votre vie soit avec tant de distinction et irréprochablement exemple de cette corruption générale qui règne aujourd'hui dans le monde, et dans le monde chrélien. Une vierge, comme épouse de Jésus-Christ, a donc le bonheur d'être incorruptible par un don de la grâce, comme le seront un jour les corps des bienheureux par une propriété de leur résurrection.
De ces deux espèces d'incorruptibilité, vous me demandez quelle est la plus glorieuse devant Dieu. Mais peut-on douter que ce ne soit, prélérablement à l'autre, celle qui convient à l'épouse de Jésus-Christ ; et n'est-ce pas encore ici que se vérifie la troisième proposition de saint Paul : Siirget in gloria ? Non, tout ce que nous concevons de l'éclat et de la gloire des corps bienheureux, n'ap|)roche point de la gloire solide et intérieure d'une vierge consacrée cà Dieu ; de celle gloire qui lui vient de l'inviolable chastelé qu'elle professe ; de celte gloire que le Prophète royal lui attribue par
' II Cor., Il, 16. — Jlbid.
ces paroles du psaume quarante-quatrième : Omnis gloria filiœ régis ah intus '.Car c'est cette divine chasteté qui élève l'âme chrétienne à la sublime alliance qu'elle contracte avec le Verbe de Dieu. C'est en vue de cette divine chasteté que le Fils unique de Dieu ne dédaigne pas, mes chères Sœurs, de vous reconnaître pour ses épouses, et que l'ange de l'Apocalypse disait à saint Jean : Veni, et ostendam libi sponsam, nxorem Agni 2 ; Venez, je vous montrerai celle qui est l'épouse de l'Agneau. Titre spécialement acquis aux âmes religieuses, parce qu'il n'y a qu'elles dans l'Eglise de Dieu qui soient les épouses de l'Agneau par un vœu formel et solennel, par un engagement éternel, par r.n renoncement qui les met en droit d'appartenir bien plus que les autres vierges à cet époux immortel. C'est par le mérite decette divine chasteté que vous suivez l'Agneau partout où il va, que vous avez part à ses plus intimes faveurs, que vous êtes rachetées d'entre les hommes pour être les prémices des offrandes qui lui sont faites ; Primiiia Dec et Agno 3. Que pouvez-vous espérer de la résurrection future, qui surpasse cet honneur ?etun corps ainsi dévoué par la religion a-t-il besoin d'attendre la fin des siècles, pour être aux yeux de Dieu un corps revêtu de gloire ? n'est-il pas déjà tel qu'il sera dans la béatitude que Dieu lui prépare ?
Ce n'est pas qu'il n'y ait de la différence entre l'élat présent d'une vierge et l'état d'un corps glorieux ; mais c'est par proportion la même différence que saint Bernard a mise enlreun ange et une vierge. Ils diffèrent entre eux, dit ce Père, par le bonheur, et non par la force et la vertu : Dijferunl felicitatc, non virlute. Je vais encore plus loin, et je prétends qu'à l'égard même de la vertu et de la force, nonseulement il y a de la différence entre l'élat d'une vierge sur la terre et celui d'un corps glorieux dans le ciel ; mais qu'à comparer l'un et l'autre, tout l'avantage est pour les vierges : comment cela ? parpe qu'après la résurrection, la pureté des corps glorieux sera désormais une pureté sans efforts, une pureté sans combat, une pureté sans victoire ; au lieu que la pureté des vierges, épouses du Sauveur, est en cette vie une pureté victorieuse, une pureté sujette aux atta(jues de l'ennemi, et quj se soutient, qui résiste, qui triomphe. Or, pour cela, quelle vertu ne faut-il pas ? D'où je conclus que cette pureté met donc nos corps dans la disposition où seront les corps des élus,
' Psal., XLIT, U. - ' âpoc, m. 9. — ' Ibid., JCIT. «•
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quand ils ressusciteront pleins de force, et qu'elle opère déjà dans nos personnes ce qui doit un jour arriver quand le dernier oracle de saint Paul s'accomplira : Surget in virtute.
Mais ici, mes chères Sœurs, permettez-moi défaire avec vous une réflexion qui renfermera le fruit de cette première partie, et qui me parait d'une conséquence extrême pour votre édification et pour la mienne. Il est vrai que nos corps, par une grâce particulière de notre état, et par une prérogative de la prolassion religieuse, participent dès maintenant à la gloire de Jésus-Christ ressuscité ; mais souvenons-nous qu'ils n'y participent qu'autant que nous y coopérons, et que par notre fidélité nous travaillons à les maintenir dans cette perfection. Souvenons-nous que nos corps, quoique consacrés par le vœu de la chasteté, ne sont en celle vie ni spirituels, ni incorruptibles, ni revêtus de gloire, ni remplis de lorce qu'autant que nous avons soin de les rendre tels par une application constante à tous les devoirs de la religion. Au lieu que les corps glorieux posséderont dans le ciel ces excellentes qualités sans aucun danger de les perdre, et au lieu que ces qualités leur tenant lieu d'une récompense éternelle, ils les posséderont par une invariable et bienheureuse nécessité ; souvenons-nous que ces qualités ne nous peuvent convenir que dépendamment du bon usage que nous faisons de notre liberté ; que dépendaiument de l'attention que nous avons sur nous-mêmes, du courage avec lequel nous combattons contre nous-mêmes, de la guerre que nous déclarons à notre chair, comme à la plus dangereuse ennemie de nous-mêmes, de l'esprit de pénitence que nous entretenons dans nous-mêmes. C'est ce qui augmente devant Dieu notre mérite ; mais aussi persuadons-nous bien que c'est ce qui doit augmenter notie circonspection et notre crainte. Car enfin, quelque confiance que nous donne la religion, elle ne nous donne point d'assurance ; et les grâces dont elle nous fortifie, quelque puissantes qu'elles soient d'ailleurs, ne sont point des grâces à fomenter notre lâcheté, beaucoup moins à autoriser notre présoni|)tion. Quelque fonds que nous puissions faire, et que nous ayons droit de faire sur ces secours abondants de la rehgion, il faut après tout reconnaître que, n'étant ni absolument impeccables, ni confirmés en grâce, nous pouvons toujours déchoir de cet état de pureté où notre vocation nous établit ; que[)lus celte pureté est dans un degré éminent, plus les cbules
sont grièves et redoutables ; que plus elle est éclatante, plus il est aisé d'en ternir le lustre ; que le moindre souille de l'esprit impur est capal)le d'en effacer les plus beaux traits ; que portant, comme dit saint Paul, ce trésor dans des vases de terre, nous devons marcher avec une sainte frayeur et mesurer tous nos pas ; que la conduite la plus téméraire serait de nous glorifier de cet état de pureté, et de ne pas trembler dans la vue de notre fragilité ; que non -seulement les vices grossiers, mais les moindres relàcbemenls peuvent avoir des suites funestes ; que la recherche de certaines commodités, que l'attache même trop grande aux nécessités de la vie, sont autant de dispositions à faire revivre en nous ce corps terrestre, dont la destruction doit être, avec la grâce, l'ouvrage de notre ferveur, et surtout de noire mortification ; que nos corps, quoique sanctifiés par la chasteté, ont toujours un penchant à s'affranchir des devoirs pénibles, et que, par une malheureuse sympathie, ils entraînent l'âme peu à peu, ils l'appesantissent, la rendent tardive et languissante, lui font porter avec dégoût et avec chagrin le joug de Dieu. Vérités dont nous sommes assez instruits; et plaise au Ciel qu'une fatale ex|)érience et une preuve personnelle ne vous les fasse jamais sentir !
Que devons-nous donc faire pour nous préserver de ces désordres ? vous eu savez, mes chères Sœurs, l'imporlaiit secret, et votre vie en pourrait être pour les autres une leçon. C'est de mettre en œuvre toutes les vertus religieuses qui doivent nous aider à enlretenL cette admirable conformité de nos corps avec le corps glorieux de Jésus-Christ. Et quelles sont ces vertus ? La vigilance, qui nous est représentée par ce don de clarté qu'eut le corps du Sauveur après sa résurrection ; l'obéissance, qui nous est marquée par le don d'agilité ; la pénitence, qui éteint en nous toutes les [lassions, et que nous figure le don d'impassibilité ; mais par-dessus toutes les autres une humilité sincère, sans laquelle il ne peut y avoir en tout cela ni sûreté pour nous, ni solidité. Donnez-les-nous, mon Dieu, toutes ces vertus ; nous vous les demandons. Achevez l'ouvrage que vous avez couunencé ; et puisque vous nous avez engagés dans la sainte entreprise que nous avons formée, ne nous y abandonnez pas. Dans l'obligation où nous sommes d'accomplir notre sacrifice, s'il nous manquciit une de ces vertus, où en serions-nous ? si, par une vaine dissipation, nous donnions eocore h
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nos sens une dangereuse liberté , si, par l'infraclion de la règle qui nous est imposée, nous tàciiions d'en éluder la vérilé ; si dans la pratique de l'obéissance nous trouvions mojen, par les artifices de notre amour-propre, de ne faire jamais que notre volonté ; si nous prétendions être chastes sans être humbles, et si la sainteté de notre vœu ne nous dégageait par des sentiments d'une secrète vanité : ah ! Seigneur, notre profession ne servirait qu'à notre confusion ;et n'aurait-on pas bien sujet alors, mes chères Sœurs, de nous faire le reproche que saint Paul faisait aux Galates ; Nonne carnales estis, et secundiim hominem ambiilalis ' ? Quelque spirituels que vous paraissiez et que vous vous piquiez d'être, vous êtes encore tout charnels.
C'est à vous-mêmes, hommes du siècle, que vous devez appliquei' cette morale. Car sans être religieux, il vous suffit d'être chrétiens, pour avoir une indispensable et essentielle ol)!igation de vous conformer à Jésus-Christ, comme à votre modèle. C'est-à-dire que si vous êtes spirituellement ressuscites avec ce divin Sauveur, que si dans cette solennité de Pâques vous avez été véritablement et sincèrement convertis, vous ne devez plus être esclaves de la cupidité et delà chair; vous ne devez plus suivre les appétits et les aveugles convoitises de la chair ; que cette chair, purifiée par le sacrement du corps de Jésus-Christ, ne doit plus être désormais sujette à la corruption du péché ; et qu'au lieu que nous gémissions autrefois de vous voir honteusement dominés par les sens, nous, les ministres du Seigneur, nous devons avoir la consolation de vous trouver heureusement changés et transformés en d'autres hommes ; de sorte que nous puissions dire de vous : Et si cognovimus semndum car- 7icm, sed nunc jam non novimus. Car voilà comment vous porterez l'image de l'homme céleste. Voilà les caractères de son corps glorieu.v, et voici ceux de sa bienheureuse âme dans l'état de la résurrection, non moins fidèlement exprimés dans une âme chrétienne qui se consacre à la retraite et à la vie religieuse. Henouvelez votre attention pour cette seconde partie.