‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 134 sur 139 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

n n'y a point d'astre qui ne soulTie quelque éclipse ; et le plus brillant de tous, qui est le soleil, est celui qui en souffre tie plus grandes et de plus sensibles. Mais deux cliuses en ceci sont bien remarquables : l'une, que le soleil, quoique éclipsé, ne perd rien du fonds de ses lumières, et que, malgré sa délaillmce, il ne laisse pas de conserver la recliUule de son mouvement; l'autre, qu'au moment qu'il s'éclipse, c'est alors que tout l'univers est plus attentif à l'observer et à le contempler, el qu'on en étudie plus curieusement les variations et le sjstème- Symbole admirable des Etals où Dieu a permis que se soit trouvé noire prince, et oii je me suis engagé à vous le représenter. C'est uii astre qui a eu ses éclipses. En vain entrei'icndrais-je de vous les cacher, puisqu'elles ■ :i été aussi éclalantesque sa lunii; ro même : et peut-être serais-je prévaiiciileur, si je n'en ;uolit.Ms pas pour en faire au|ourd'hui le sujet lie ^olre inslruclion. J'api.elle ses éclipses le uialheui' qu'eut ce grand homuio de se voii

enveloppé dans un parti que forma l'esprit dé discorde, et qui fut pour nous la source funeste de tant de calamités : et, considérant ce grand homme dans sa profession de chrétien, j'entends, par l'éclipsé qu'il a soufferte, ce temps où, livré à lui-même, il nous a paru comme dans une espèce d'oubli de Dieu ; ce refroidissement où nous l'avons vu dans la pratique des devoirs de la religion. Deux choses que je ne puis pas disconvenii- avoir été les deux endroits malheureux de sa vie : l'une par rapport à son roi, et l'autre par rapport à son Dieu. Mais c'est ici, adorable el aimable Providence, où vous me paraissez tout entière, où je découvre le secret de votre conduite : car vous aviez donné à ce liéios un cœur droit, qui, dans les maux les plus extrêmes, lui a été d'une immanquable ressource ; un cœur droit qu'il a conseï vé dans ces deux malheureux états, et qui, ayant toujours été entre vos mains, ne s'est jamais absolument ni perverti ni démenti ; un cœur droit dont vous vous êtes avantageusement servi pour ramener ce héix)s à tout ce qu'il vous a plu, n'ayant peiinis qu'il s'écartât du droit chemin que pour l'y faire rentrer, et plus ulilemeui p jur nous, et plus glorieusement pour lui-inémc. Voiià, I^rovidence de mon Dieu, l'effet de vos miséricordes, que je dois laiie observer à ceux qui m'écoutent, et qu vont être pour eux autant de leçons de leurs plus importants devoirs.

Oui, pour le malheur de la France, le prince que nous pleurons se vit mêlé dans un parti que la discorde avait formé, et qui le détacha de nous. D'autres, plus éclairés que moi, ont appréhendé de loucher ce point de son histoire : et moi, pour l'intérêt de mon ministère, je me suis senli inspiré de m'y arrêter. Car j'ose dire que jamais point d'histoire ne fut plus propre à vous faire voir ce que peut la droiture d'un cœur dans l'extrémité des disgrâces humaines, ni plus propre à imprimer dans vos esprits la grande maxime, non-seulement de la véritable politique, mais de la pure religion, qui consiste dans l'inviolable atlacheme*it que l'on doit avoir pour les puissances établies de Dieu, et pour ceux en qui réside l'autorité lésiitime, ou qui en sont les dépositaires. Et je ne crains pas que le zèle que vous avez pour la gloire du héros dont nous pai'lons vous fasse supporter avec peine celte morale, puisque c'est de la droiture même de son cœur et de la pureté de ses sentimenls que j'en vais tirer les preuves les plus convaincantes.

11 est donc vrai , chrelieus : ce priuce jusqu'à-

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lors l'appui de l'Etat, par la conjoncture fatale des dissensions civiles, en devint tout d'un coup la terreur. Il est vrai qu'entraîné par le torrent, il se trouva malgré lui hors de la route que sa sagesse et sa raison lui faisaient tenir, et qu'il avait résolu de suivre. Mais il est vrai aussi (première circonstance bien essentielle que jamais son cœur ne se sentit si cruellement déchiré : et nous n'avons qu'à rappeler le souvenir des choses passsées, pour lui rendre aujoiid'hui celte justice, qu'au moins les maux que nous souffrîmes, causés par la guerre qui s'alluuia dans le royaume, ne durent point lui être imputés, puisqu'ils ne furent que les suites de la violence qu'on avait faite à son cœur. Et, en effet, on sait combien il s'efforça de détourner l'orage de celle guerre, et de quelle manière, sur le point qu'elle allait éclater, il s'y opposa, malgré les chagrins dont il était accablé, et dont il pouvait se promettre par elle du soulagement, on sait combien il y résista. Vaincu par d'aulres intérêts que les siens, auxquels il ne put être insensible, et qui l'y engagèrent enfin, on sait le désespoir qu'il en témoigna ; car il était naturellement ennemi des conseils violents, et, aux dépens de ses intérêts propres il en avait de l'horreur. Son cœur, dont les intentions éUiient droites, n'eut donc par lui-même aucune part à nos misères ; et si les mouvements (le ce cœur eussent été suivis, vous le savez, jamais l'esprit de division n'aurait prévalu ; jamais notre repos n'eût été troublé, et jamais la France n'eût eu la douleur de voir le prince de Condé, séparé d'elle. Ce fut la main du Seigneur qui s'appesantit sur nous ; ce fut le fruit de nos iniquités , ce fut la justice de Dieu qui, pour nous punir, nous ôta ce prince, sur le(iuel, et avec raison, nous comptions bien plus que sur la multitude de nos légions et de nos tbrlcicsses.

Je ne dis point ceci pour vous justifier sa conduite. A Dieu ne plaise que j'excuse ce que luimême a détesté, ni que je prétende faire ici une apologie dont il serait encore le premier à me faire un ci ime ! Qu'il ait été faible une fois, et qu'une lois il ait succombé à une tentation humaine {seconde circonstance), au moins est-il vrai iiu'il a eu le mérite des cœurs droits et des grandes âmes en se condamnant lui-même : et à Dieu ne plaise que je diminue rien, par mon discours, d'un mérite aussi rare que celuilà ! Carjc soutiens que, pour un héros connue lui, celle condaninalion de soi-même, surtout avecessuiles cpi elle a eues, et dont nous ra\ons vue accuiuiici-noo, a été, dans l'ordre politique

aussi bien que dans la religion, cette espèce de pénitence qu'une bouche éloquente de notre siècle assurait fort bien n'être pas moins glorieuse que l'innocence. Tel a étélesenlimentde celui qui devait en être le juge, c'est-à-dii'e du plus grand des rois ; et nous savons combien ce désaveu sincère d'une conduite malheureuse a eu de pouvoir sur lui pour regagner sa confiance et son amitié.

Mais ne croyez pas qu'il n'en ait coûté à notre prince qu'un stérile et vain repentir (troisième circonstance encore plus notable). Pour donner à ce repentir plus d'elflcace et plus de poids, l'un des soins de notre prince fut de le rendre utile et salutaire à tous ceux qui étaient alors compagnons de son triste sort. Eloigné de la cour et du royaume, il en faisait des leçons au jeune prince son fils; et par des confidences paleniclles de l'état douloureux où il se voyait, il rectifiait en lui, ou, si vous ainiez mieux, il prévenait les conséquences de son propre exemple. En père aussi tendre que sage, il lui représentait les horreurs de ces sortes d'engagements ; il lui mettait devant les yeux , et il lui faisait sentir la déplorable destmée d'un prince réduit à cheicher un asile, et à dé()endre de la protection d'une puissance étrangère , qui se délie toujours de lui , et dont lui-même ne peut jamais s'assurer. En un mot, il lui apprenait à profiter de ses malheurs : et son unique consolation, dans le comble de ses disgrâces, était de penser qu'il élevait, dans la personne de ce fils, un aulre lui-même ; mais qui, instruit et formé par lui , serait plus heureux que lui, mieux conseillé que lui, ledirais-je? plus irrépréhensible que lui dans la chose du monde où il avait plus recherché et plus passionném*?nt souhaité de l'être. Fut-il jauiais droiture de cœur comparable à celle-là ? Ce n'est pas assez.

Pénétré de ces sentiments, et parce qu'il avait le cœur droit, ce prince, quoique abandonné à sa mauvaise fortune, refusa constamment tous les avantages qui auraient pu la relever, mais qui, en la relevant, lui auraient été un obstacle à son rétablissement dans les bonnes grâces et dans l'obéissance du roi (quatiicme cit constance, dont vous avez dû faire avant moi la remarque). A quelle épreuve sur ce |)oiid l'Kspagne ne le udt-elle pas et à quelles conditions ne fut-elle pas toute prête à traiter avec lui, s'il avait voulu pour jamais s'allacher à elle ? Mais avec quelle fermeté, quelle hauteur ne rejeta-l-il pas les propositions, quoique spé-

ORATSON FWÎÈBÎ'F DE 1.0^"= ^W T^OmBON.

cieuses, par où on le tenta ? On lui offrit, en pleine souveraineté, des villes et des provinces considérables ; et il ne répondit à ces offres que par une généreuse indignation d'avoir été cru capable de les écouter. Le retour à l'obéissance de son roi lui parut quelque cliose de meilleur et de plus avantageux pour lui, que d'être lui-même souverain; et il préféra le droit qu'il t jlait réservé de travailler à ce retour et de pouvoir l'espérer, à tous les titres dont son ambition aurait pu hors de là être flattée. Elle était irritée par la misère, mais son devoir le soutint. 11 ne put ni souffrir, ni consentir d'acheter à ce prix une couronne ; et il aima mieux s'exposer à être toujours malheureux, que de renoncer pour jamais à être fidèle. Voilà ce que j'appelle un cœur droit.

Eut-il un moment de joie, tandis que, séparé de nous, il se vit dans l'affreuse nécessité d'être, maigre lui-même, notre ennemi ? Non, Messieurs ; séparé de nous, il gémissait, dans le secret de son cœur, des succès mêmes de ses armes ; sa valeur, employée contre sa patrie, lui était odieuse à lui même : forcé à en faire un tel usage, il aurait voulu, ou en avoir moins, ou être hors de toute occasion de la produire. Que ne fit-il pas pour mettre fin à un élat si violent (cinquième circonstance, dont je suis sûr que vous fûtes alors touchés)? Omit-il rien de tout ce qui dépendait de lui pour disposer [es choses à 'n paix ? Dans les négociations des Pyrénées, où il fut question de régler ce qui regardait sa personne, voulut-il être considéré au préjudice de la cause commune ? Hésita-t-il à sacrifier tout, plutôt que d'apporter à ce grand œuvre le moindre retardement ? Les inlércts de ses amis exceptés, ne pria-t-il pas qu'on l'oubliât les siens et qu'on l'oubliât luimême, si de là dépendait la conclusion d'un trailéqui devait pacifier l'Europe? Et pourvu qu'on lui ménageât le seul bien après lequel il soupirait, savoir, les bonnes grâces du roi, ne prolesta-t-il pas qu'il serait content ? La paix entre les deux couronnes ne lut-elle pas le eond)le de ses vœux, parce qu'elle l'assura que ce bien lui serait accordé? et n'avouait-il pas que le jour de sa vie le plus triomphant était celui où, rétabli à la cour, et favorablement reçu du roi, il était rentré dans la possession de ce bien?

Mais avec quel zèle ne travailla-t-il pas ensuite à se l'assurer et à s'en rendre digne plus que jamais (sixième et dernière circonstance) ? •A quel soin n'eut-il pas, après son retour, de

■'arer ses malheurs par le redoublement de

ses services ? Ici un nouvel ordre de choses se présentée moi, et je me trouve encore accablé de mon sujet. Car ce serait le lieu de vous faire voir notre prince suivant leroi dans ses glorieuses campagnes, qui ont été les miracles de notre siècle ; et prenant part à sesconquêtes, dont un jour la postérité aura droit de douter, ou peutêtre même qu'elle ne croira pas, parce qu'elles sont bien plus vraies que vraisemblables. De quel œil les regarda-t-il ?Si la droiture de son cœur n'en avait encore sur ce point réglé les mouvements, peut-être aurait-il eu peine à n'en pas concevoir une envie secrète, lui qui jusque-là n'avait rien trouvé dans la guerre qui pût être pour lui un sujet d'envie. Mais il fut alors convaincu qu'il y avait quelque chose de nouveau sous le soleil ; et parce qu'il avait un cœur droit, il vitavecjoieun plus fort que lui, selon le terme de l'Ecriture, sur le théâtre du monde, obscurcissant tous les héros, et lui causant à lui-même de l'étonnement. Je vous représenterais, dis-je, le prince de Coudé suivant les pas de Louis le Grand, qui étaient des pas de géant, et se surpassant par la nouvelle ardeur que lui inspirait l'exemple de ce monarque. Vous le verriez, ainsi que parle Daniel, rajeuni comme l'aigle, et, dans un corps usé de travaux rallumant tout le feu de ses premières années, combattre, et, comme un autre Hercule, défaire à Senef l'hydre conjurée contre nous, c'est-à-dire les trois formidables armées de l'empereur, de l'Espagne et de la Hollande, en poursuivre les restes, et les dissiper par la levée du siège d'Oudenarde ; repasser en Allemagne, et, par sa présence, sauver l'Alsace, exposée en proie à l'ennemi et désolée par la mort de M. de Turenne ; empêcher les funestes suites de la perle de ce général ; avec les débris d'une armée et avec une poignée de gens, arrêter toutes les forces de l'empire, les faire honteusement échouer devant Haguenau et devant Saverne, les fatiguer, les consumer, les pousser au delà du Rhin ; partout secondé de son illustre fils, qui partageait avec lui la gloire de ses actions , et à la valeur aussi bien qu'à lamour duquel il eut, à Senef, la satisfaction et la joie de se voir lui-inèuie redevable de la vie ; partout s'immolant et se sacrifiant, mais partout triomphant, et remplissant la mesure de cette glorieuse réparation qu'il faisait à la France. Changeant de scène , vous l'admireriez hors du tumulte de la guerre et dans une vie plus tranquille , achevant en ceci de se satisfaire par une conduite envers le roi qui n'eut peutêtre jamais d'exemple, mais qui en pourra éter-

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faveur de la religion : pourquoi ? parce que nellenient servir à tous ceux qui m'écoutent.

En effet, il n'y avait point de particulier dans le royaume à qui le prince de Condé ne fût un modèle de l'altaclieuient, du dévouement, de la soumission et de l'obéissance qui sont dus à un roi; il n'y avait point de courtisan qui n'apprît de lui à honorer, à révérer, à aimer le roi: il n'y avait point d'esprit ciiagrin, ni mécontent, qu'il ne redressât en lui inspirant la véi.nation et la tendresse qu'il avait pour le roi. Ce mérite du roi, si connu, avait des charmes pour lui qu'il faisait sentir aux autres; et on ne concevait jamais une idée plus haute des grandes qualités du roi, que quand le prince de Condé s'en expliquait, et qu'on l'en entendait parler. Avec quelle application n'étudiait-il pas les volontés de ce monarque, pour y conformer les siennes ? avec quelle ardeur n'allait-il pas au-devant de tout ce qui pouvait lui plaire ? avec quelle joie ne voyait-il pas sa famille unie à la personne de ce grand roi par le lien d'un heureux mariage ? avec quels saisissements de douleur et de crainte n'appréhendait-il pas et ne ressentait-il pas les moindi'es maux dont la santé précieuse de ce grand roi était attaquée ? avec quelle vivacité ne s'intéressait-il pas pour sa conservation ? Après avoir cent fois tremblé des affreux périls où il avait vu ce roi conquérant poussé par son héroicpie valeur, avec quelle résolution ne l'empêclia-t-il pas de s'exposer aux dangers où la maladie de la jeune princesse, c'est-à-dire où l'excès de sa bonté et de son amour de père allait l'engager ? avec quel courage, dis-je, et quelle vigueur notre prince, quoique lui-même languissant et déjà mourant, ne l'en rctira-t-il pas ? Mais ne peut-on pas dire alors, et n'eut-il pas droit de penser, (ju'il rendait par là un service à l'Etat, seul capable d'effacer le souvenir des choses passées; que par là il s'acquitlait envers la France de tout ce qu'il pouvait lui avoir dû ; et que lui conserver son roi était ne lui devoir plus rien ? Voilà, mes chers auditeurs, de quoi nous sommes redevables à la droiture de son cœur. Mais voyons de quelle ressource la droiture de son cœur lui a clé par rapport à son Dieu ; et c'est ici où votre piété va trouver de quoi se satisfaire.

Il est vrai, ce prince, ou livré à lui-môme, ou, si vous voulez, emporté par l'esprit du monde, nous a paru quelque temps comme dans une espèce d'oubli de Dieu. Mais quoi- .ju'il ait paru oublir de Dieu (ô profondeur et ; ' 'r-f de miséricorde ! ) il ne l'a jamais mé-

connu ; et malgré son relâchement dans la pratique des devoirs de la religion, il n'a jamais, dans le secret de son cœur, abandonné la religion, il n'a jamais perdu la foi, il n'a jamais douté de nos mystères. Ainsi l'a-t-il lui-même déclaré, et nous savons que son témoigujtge est vrai, puisque jamais prince ne fut moins capable que lui, surtout dans un sujet pareil de dissimuler ni de feindre. Quand il ne l'aurait pas assuré, certains traits de .sa vie, quoique alors moins chrélienne et plus dissipée, nous en auraient suffisamment répondu. Ce soia qu'il avait, après une victoire remportée, sur le champ même de bataille, les genoux en terre, d'en rendre à Dieu les premières actions de grâces ; c'est ce qu'il fit à Rocroi : ces ordres si absolus et si sévères qu'il fait garuer, pour empêcher, dans la licence de la guerre, la profanation des lieux saints ; cette exactitude à ne confier les bénéfices auxquels il devait pourvoir, surtout quand ils étaient chargés de la conduite des âmes, qu'à des sujets choisis et sans reproche, chose qu'il observa toujours ; ce zèle si louable qu'il té noignait pour la conversion du moindre de ses domestiques engagé dans l'hérésie : c'est ce que nous avons vu ; ces conseils salutaires qu'il a si souvent donnés à ses amis mourants, et à ceux qui dans les attaques étaient blessés auprès de lui, les exhortant le premier à mettre leur salut en assurance, et s' employant à leur en procurer les prompts secours ; ces marques de christianisme si édifiantes qu'il donna lui-même à GanJ, dans le danger d'une maladie ; et ce qui nous a enfin paru à sa mort, où, comme parle le Saint-Esprit, se fait la manifestation des .^entiments de l'homme et de ses œuvres : In fine hominis denudatio operum ipsius ' ; tout cela, dis-je, montre Lien qu'au milieu même des égarements du monde, la religion s'était conservée dans son cœur. Or elle ne s'y était conservée que parce qu'il avait un cœur droit ; et par là je prétends, mes chers auditeurs, rendre ici à la religion un des plus invincibles témoignages qui puissent lui être rendus, par là je prétends confondre le libertinage, et tous les monstres d'impiété qui pourraient rigner parmi vous ; et je veux par là vous faire adorer la Providence, qui sait si bien des plus grands maux tirer sa gloire et notre bien. Ecoutezmoi, et qu'au moins ce que je vais dire ne soit pas un jour le sujet de votre condamnation.

Témoignage invincible et irréprochable ea

■ Eccli., XI, 29-

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jamais homme ( à p(>ine en exceptera5s-je saint Aiiguslin ) n'a tant examiné la religion , ni avec un esprit si éclairé que notie prmce ; et ce que je vous prie en même temps de remarquer, jamais homme ne l'a étudiée avec moins de précaution que lui, ni avec plus de danger de la perdre, c'est-?i-dire avec un esprit plus curieux, et plus éloigné de cette soumission aveugle que la religion demande. Or que s'ensuit-il de là î le voici, non pas comme je l'imagine, mais comme le prince lui-même l'a éprouvé. par un don de grflce dont il a depuis tant de fois rendu gloire à Dieu. U s'ensuit de là qu'il n'a donc conservé la religion pure que parce que, malgré sa curiosité, il l'a connue vraie ; c'està-dire que parce que sa curiosité, son savoir, sa pénétration, n'ont pu y découvrir de faible que parce qu'à l'exemple de saint Augustin, plus il étudiait celte religion, plus elle lui paraissait fondée sur les principes éternels de la vérité et de la siiinleté ; que parce que toutes ses recherches n'aboulissaient qu'à l'en convaincre ; que parce qu'au milieu même des égarements du monde, il avait, aussi bien que saint Augustin, une raison saine, et que son cœur, qui ét;iil droit, a toujours été, sur le point de la religion, d'intelligence et d'accord avec sa raison. Car voilà ce que l'iniquilédu monde n'a jamais pu corrompre dans ce grand homme, et voilà ce qui l'a fauve. S'il avait eu moins de lumières, semblable à ces demi-savants qui ne sont impies que parce qu'ils sont ignorants, il aurait, comme dit l'Apôtre, témérairement condamné tout ce qu'il aurait ignoré 1. S'il avait eu moins de droiture, il n'aurait cru que ce qu'il aurait voulu, et à l'exemple de l'insensé, qui voudrait qu'il n'y eût point de Dieu, il aurait dit dans son cœur : Il n'y a point de Dieu '. Mais parce que la droiture de son cœur répondait parfaitement à l'abondance de ses lumières et à l'intégrité de sa raison, malgré l'impiété du monde, il a toujours dit et dans sa raison et dans son cœur : Il y a un Dieu ; et par un enchaînement de conséquences, contre l'évidence desquelles il a cent fois confessé que le libertinage le plus fier n'avait rien à opposer que de faible et de pitoyable, son cœur, de concert avec sa raison, lui a toujours fait conclure : Il y a un Dieu. Ily a une religion qui est le vrai culte de Dieu. De toutes les religions du monde, la chrétienne est unifjuement et incontestablement l'ouvrage de Dieu. De toutes les sociétés chrétia )us, il n'y a que aans la catholique où. se trouve l'unité, oîi sub-

■ Jud. Ei>ist. — ' fsal. xiii, t.

sisfe tordre, et par conséquent où réside f/îîprit de Dieu. C'est ainsi, mes chers auditeurs, que raisonnait ce grand prince, et c'esf 't quoii î'en ouvrant lui-même à ses plus confidents ïmi3, il protestait qu'il s'en était toujours lenr V

C Tvoilà ce que je prétends avoir été l'henituse ressource ou le remède souverain de ses froideu.s et de ses relâchements dans la pratique des devoirs chrétiens. Car d'un cœur ainsi disposé, que ne doit-on pas attendre ! D'un cœur en qui la religion n'est pas éteinte, que n'a-t-on pas lieu d'espérer ? Avec ce principe de religion, de quoi ne revient-on pas? Tandis que la foi est encore vivante, faut-il s'étonner, si, malgré la dissipation des voies du siècle, malgré la dureté de la pierre, malgré les épines qui l'étouffent, cette divine semence, surmontant tout cela par sa verlu, produit enfin des fruits de grâce, de salut et de sainteté ? Et n'est-ce pas le miracle de la miséricorde que nous avons vu dans la personne de notre incomparable prince ? Le dirai-je , chrétiens ? Dieu m'avait donné comme un piesscntiment de ce miracle, et dans le lieu même où je vous parle aujourd'hui, dans une cérémonie toute semblable à celle pour laquelle vous êtes ici assemblés, le prince lui-même m'écoutant, j'en avais non-seulement forméle vœu, mais comme anticipé l'effet, par une prière qui parut alors tenir quelque chose de la prédiction. Soit inspiration ou transport de zèle, élevé au-dessus de moi, je m'étais promis. Seigneur, ou plutôt je m'étais assuré de vous, que vous ne laisseriez pas ce grand homme, avec un cœur aussi droit que celui que je lui connaissais, dans la voie de la perdition et de la corruption du monde. Lui-même, dont la présence m'animait, en fut ému. El qui sait, ô mon Dinu, si, vous servant dès lors de mon faible organe, vous ne commençâtes pas dans ce moment-là à l'éclairer et à le toucher de vos divines lumières ! Quoi qu'il en soit, mes vœux et mes souhaits n'ont point été vains, 11 vous a plu. Seigneur de les exaucer, et j'ai eu la consolation de voir ma parole accomplie. Ce prince, qui m'avait écouté, a depuis écouté votre voix secrète ; et parce qu'il avait un cœur droit, il a suivi l'attrait de votre grâce. Mais je m'aperçois que j'entre dans le sanctuaire de ce cœur, et que sa droiture m'a insensiblement conduit à sa piété : dernière qualité qui, dans sa personne, a couronné, comme j'ai dit, une vie glorieuse par une sainte et précieuse mort. Encore un moment de votre attention, et je vais finir.

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